‹ Encyclopédie des sciences religieuses (volume 5)Chapitre 242 sur 263 · CATHERINE DE MEDICIS — CATHOLICISME · texte numérisé non relu

CATHERINE DE MEDICIS — CATHOLICISME

captifs à Paris par les charmes de deux de ses plus séduisantes filles d'honneur, mesdemoiselles de Limeuil et de Renet (1569). La conjuration avortée d'Amboise dirigée contre le duc de Guise fortifie puissamment son parti : aussitôt Catherine se jette dans les bras du prince de Coudé, dont elle lève la sentence de mort (1561). Après la victoire de Dreux, la reine-mère craint que l'ambition du duc de Guise, qui Ta remportée, ne connaisse plus de frein : elle se hâte de mettre des entraves à la prise de la ville d'Orléans, qu'il assiège et, heureuse de son assassinat, accorde la paix aux huguenots (1563). Cependant ces derniers gagnent du terrain. Ils fondent un grand nombre d'églises, font venir des pasteurs de Genève, tiennent des synodes, Condé et Coligny leurs chefs grandissent dans la faveur publique; c'est le moment de les abattre. Catherine fait venir dans ce but 6,000 Suisses (1568). 11 en fut ainsi pendant les autres guerres de religion qui suivirent. La reine-mère les provoquait dès que les huguenots étaient forts, et elle y mettait fin quand les Guises devenaient trop exigeants. La Saint-Barthélémy elle-même ne s'explique pas autrement. C'est l'ascendant considérable que Coligny avait pris sur Charles IX qui porta Catherine, reléguée pour le moment dans l'ombre, à tramer sa perte et celle de tout son parti (1572). Les courtisans italiens, qui l'entouraient, entraient tout à fait dans ses vues et prenaient un plaisir extrême à ces luttes fratricides, qui les débarrassaient de tous leurs rivaux et créaient des vides, bientôt remplis par leurs créatures. Depuis le retour d'Henri 111 de Pologne (1574), la reine-mère, soit qu'elle se fit vieille, soit qu'elle fût méprisée de tous, n'eut plus aucune influence. L'assassinat du duc de Guise par son fils la frappa de terreur et elle mourut deux jours après, à l'âge de soixante-et-onze ans (5 janvier 1589). Elle s'était survécu, et sa mort ne produisit aucune impression. Un historien de l'époque raconte qu'elle fut jetée comme une charogne dans un bateau et inhumée dans un coin obscur. Les prédicateurs catholiques se demandèrent même en chaire si l'Eglise devait prier pour celle qui avait fait encore plus de mal que de bien. — Voyez les histoires de Jean de Serres, la Popelinière, Davila, d'Aubigné, de Thon, Mézeray, etc. e. Aenaud.

CATHOLICISME (Principe du). Le christianisme se présente au monde, à son origine, comme ayant pour objet la réconciliation, par le Christ, de Dieu avec les hommes. Les conséquences de ce principe s'aflirmant en face des religions anciennes sont faciles à saisir. Voici les principales. Dans la société religieuse, plus d'intermédiaires entre les hommes et la divinité, en un mot plus de sacerdoce. Dans le culte, plus de sacrifice expiatoire. Dans le dogme, plus de distinction entre une doctrine ésotérique, qui serait pour les seuls initiés, et une doctrine exotérique, qui serait pour le vulgaire. Dans la morale, plus de légalisme et plus de distinction artificielle entre le sacré et le profane, ni dans l'ordre des personnes ni dans l'ordre des choses. Dieu demande au même titre l'obéissance de tous les hommes et de l'homme tout entier. Considérons maintenant le christianisme tel que le représente la société religieuse qui, sous le nom d'Eglise catholique (ou universelle),

domine dans le monde'occidental. Quoi contraste entre le christianisme d'alors et le christianisme primitif ! L'Eglise n'est plus cette société dont chaque membre est appelé un sacrificateur et un roi ; elle est une monarchie visible. Un évêque, Tévêque de Rome, y concentre en sa personne ïa sacrificature et la royauté, aussibienque le pouvoir enseignant. Audessous de lui nous apercevons toute une hiérarchie qui constitue avec lui entre les fidèles et le Christ un intermédiaire obligé, sans parler de la hiérarchie céleste de la Vierge et des saints. Dans le culte nous retrouvons, avec le prêtre, le sacrifice expiatoire renouvelé par celui-ci, au profit de tous. Dans le dogme, nous retrouvons Tésotérisme : le clergé seul lit et interprète l'Ecriture sainte. Dans la morale, nous retrouvons le légalisme et une distinction artificielle entre le sacré et le profane dans Tordre des personnes et dans Tordre des choses. Il y a des hommes qui s'appellent les religieux par excellence. Il y a des états simplement légitimes ; il y en a d'autres qui sont saints. La sainteté des uns supplée à Tétat relativement profane des autres. Ajoutons à tout cela la prétention hautement affichée par TEglise de concentrer entre ses mainstout pouvoir, aussi bien temporel que spirituel, et le contraste étrange qu'offre la politique d'un Grégoire VII avec cette parole du Christ : Mon royaume n'est pas de ce monde. — Avant de nous demander quel est le principe de cette déviation, essayons de marquer brièvement par quels degrés successifs le christianisme primitif est * devenu, dans le monde occidental, le catholicisme. Déjà dans l'âge apostolique nous voyons un effort de Tesprit juif tendant à étouffer Tesprit chrétien dans son germe. Des chrétiens issus du judaïsme élèvent la prétention d'assujettir aux prescriptions de leur loi les chrétiens issus du paganisme. Cette prétention vient échouer, à l'assemblée dite concile de Jérusalem, devant la personnalité de saint Paul et le résultat de son œuvre missionnaire. Bientôt Tesprit juif revient à la charge sous une autre forme. Au début Tévêque était considéré, dans chaque église particulière, comme identique à l'ancien (Actes XX, 28; cf. XX, 17). Bientôt les deux charges sont distinguées ; puis la charge de Tévêque est considérée comme supérieure à celle de l'ancien, et enfin P évêque est considéré comme représentant, dans TEglise, l'autorité apostolique elle-même. Cette théorie est formulée pour la première fois par Cyprien, au troisième siècle. En même temps que l'autorité épiscopale, se constituait une certaine primauté des évêques de ville à l'égard des évêques de campagne. Cyprien, qui résiste d'ailleurs avec tant de force aux prétentions qu'élève, déjà de son temps, Tévêque de Rome à l'égard des autres évêques, exerce de t'ait une véritable primauté sur les évêques de sa province. Parallèlement à ce courant sacerdotal se développe, dans TEglise, une tendance marquée à donner une grande force à la tradition orale, en même temps qu'à constituer son unité doctrinale sur des bases Légales. On commence à chercher le critère de; Tapostolicité (Tune tradition dans T unanimité des évêques à la reconnaître. A cet égard les livres de Tertullien, Deprxscriptionibus contra haereticosy et de Cyprien, De unîtate Ecclesix, font époque. Il convient également de remarquer que la per-

sédition qui sévit sur l'Eglise des trois premiers siècles, et qui était pour sa sainteté une si puissante sauvegarde, tendait, d'un autre côté, à la pousser vers un ascétisme que favorisait d'ailleurs sa réaction contre le gnosticisme. On sait, en effet, que l'un des caractères du gnosticisme était d'opposer à l'excès la loi et la grâce pour exalter celle-ci. Tels sont les principaux éléments de déviation que nous trouvons déjà dans l'Eglise, si glorieuse d'ailleurs, des trois premiers siècles. Dans la période suivante, qui va de Constantin à Charlemagne (312 à 800), ces éléments se fortifient, se développent, et d'autres éléments viennent s'y ajouter. La persécution cesse. L'autorité de l'épiscopat se constitue par l'institution des conciles œcuméniques. La protection du pouvoir civil et d'un autre côté l'accession à l'Eglise de multitudes ignorantes et grossières viennent encore fortifier sa hiérarchie. L'institution des cinq patriarches se fixe. L'autorité de l'évoque de Rome s'accentue. La doctrine de l'autorité de l'Eglise et de la tradition orale reçoit avec Augustin et Vincent de Lérins (cinquième siècle) de nouveaux développements. Augustin écrit ces mots significatifs : Ego vero Evangelio non crederem nài me Ecclesix catholicse commoveret auctoritas. Vincent de Lérins pose dans son C ommonitorium le fameux critère du : Quod semper, quod uhique, quod ab omnibus creditum est. Surtout il reconnaît à la hiérarchie le droit non-seulement de désigner, parmi les traditions qu'elle trouve sur son chemin, celles qui sont apostoliques, mais de ratifier les développements qu'ont pu prendre dans le cours des temps les traditions apostoliques. C'est par là qu'il dépasse Tertullien et Cyprien. On conçoit que cette doctrine pouvait mener loin. L'importance du rite dans le culte s'accentue. Les sacrements augmentent en nombre et prennent plus d'importance. Un élément nouveau et considérable de déviation entre en ligne. A la réaction judaïque qui s'était manifestée surtout par la constitution de la hiérarchie, vient s'allier une réaction païenne qui se manifeste surtout par la constitution d'une hiérarchie extra-terrestre et la vénération de nombreux simulacres. Les dieux vaincus du paganisme renaissent sous des noms chrétiens. Ajoutons que la discipline prend en face des multitudes qui ont envahi l'Eglise, un caractère légal. Un lien purement extérieur ;avec l'institution ecclésiastique tient lieu de la foi éprouvée des premiers chrétiens. Des pénitences matérielles tiennent lieu des pénitences morales. En même temps qu'elle devient légale, la discipline se relâche. Par une sorte de compensation, l'ascétisme grandit d'un autre côté: le monachisme, né dans la période précédente, se développe. 11 y a dans l'Eglise deux morales. Un fait domine, au point de vue du développement du catholicisme proprement dit, la période suivante, qui va de Charlemagne à la Réforme (800-1517). C'est le fait de la pleine formation de la papauté. Ce fait se consomme sous la puissante influence de Grégoire VII. Pour lui, l'évêque de Rome est «. le vicaire de Jésus-Christ sur la terre. Il y tient la place du vrai Dieu. » « Lui seul peut déposer et rétablir les évêques. » « Lui seul peut déposer les empereurs. » Il n'est plus seulement le symbole de l'unité de l'Eglise, il en concentre en lui-même et l'unité et les pouvoirs. Ces pouvoirs s'étendent sur toutes les sphères de

la vie humaine, tant sociale qu'individuelle. Ce système n'existe pas

seulement à l'état de théorie; il l'ut appliqué. Il y eut deux siècles dans L'histoire, île Grégoire Vil à Boniface \ 111, en passant par Innocent 111, du onzième au treizième siècle, durant lesquels toute puissance spirituelle et toute puissance temporelle était considérée comme absolument dépendante de L'Eglise, et où L'Eglise c'était l'évêqut de Home. C'est le temps où la doctrine de la transsubstantiation triomphe, et où parla même la hiérarchie dispose de .lésus-Christ et de son sacrifice. C'est le temps où le pape impose à l'empereur Henri IV à la face du monde, les plus humiliantes pénitences. C'est le temps de lascolastique, des grandes cathédrales et des croisades. Dès lors le système catholique est complet Le concile de Trente ne fera plus qu'en rassembler les éléments pour les besoins de la lutte de l'Eglise contre la Réforme et lorsque, trois siècles plus tard, le concile du Vatican proclamera l'infaillibilité propre del'évêque de Rome, il ne fera que définir un pouvoir dont celui-ci aura usé depuis longtemps. Tels sont, ce nous semble, les principaux jalons, non de l'histoire de l'Eglise chrétienne, mais des déviations successives qui ont abouti à cette grande déviation du christianisme primitif qui s'appelle le catholicisme. — Essayons maintenant de marquer le principe qui domine tout le système. Le christianisme en lui-même, avons-nous dit, a pour objet le rétablissement du rapport normal qui doit exister entre Dieu et les hommes. Or ce raDport est à la fois individuel et social, il unit l'homme à Dieu; il unit aussi les hommes à Dieu, et par là même il les unit les uns aux autres. Nous concevons ces deux éléments coexistant dans une sorte d'équilibre au sein de l'Eglise, et représentés chacun par une tendance spéciale. La première de ces tendances, qui pourrait s'appeler la tendance catholique, aurait pour mission de rappeler la solidarité qui unit les chrétiens dans la suite des temps et dans l'espace. Elle accentuerait le rôle pédagogique de l'Eglise à l'égard de ses membres, elle rappellerait que le Christ est venu sur la terre, non-seulement pour y apporter le salut à des individus, mais pour y fonder un royaume. La seconde de ces tendances, qui pourrait s'appeler la tendance protestante, aurait pour mission de veiller avec un soin jaloux au respect de la conscience individuelle, d'écarter tout ce qui tendrait à y porter ombrage, en particulier tout ce qui tendrait à transformer le respect du passé en une soumission au passé, le rôle pédagogique de l'Eglise en une médiation. Mais nous concevons aussi que L'une de ces tendances vienne à prédominer dans l'Eglise. Supposons que ce soit celle qui représente L'élément individuel du christianisme; qu'arrivera-t-il? Le christianisme sera mutilé. Le rôle pédagogique de rKgïise sera méconnu, le chrétien sera livré à l'isolement; l'amour chrétien recevra une atteinte profonde. Supposons au contraire que la tendance qui prédomine soit celle qui représente l'élément social du christianisme; qu'arrivera-t-ill L'action pédagogique de l'Eglise sera exagérée, cette action deviendra un»' médiation, toujours nécessaire. Le caractère de la foi et de L'obéissance s'abaissera par là même. Cette foi et cette obéissance, ayant pour objet immédiat, non plus le Dieu invisible, mais une hié-

rarchie visible, prendront un caractère légal, matériel en quelque sorte, et nous concevons un moment où cette foi et cette obéissance n'auront plus en définitive qu'un seul objet, qui garantira et comprendra tous les autres, savoir l'Eglise. Eli bien! le catholicisme romain n'est pas autre chose que cette seconde supposition réalisée dans les faits. 11 se réduit, comme système spécial, à ceci : l'élément social du christianisme empiétant sur son élément individuel, et cela jusqu'à l'absorber ; en d'autres termes il a pour principe la souveraineté médiatrice de l'Eglise (c'est-à-dire ici de la hiérarchie romaine), notamment en matière d'autorité, en matière de salut, en matière de morale. Nous disons souveraineté médiatrice. En efi'et, l'Eglise ne prétend pas parler, sauver, ordonner en son propre nom; elle prétend représenter sur la terre Jésus-Christ. Nous disons pourtant souveraineté, car elle prétend exercer un pouvoir, et ce pouvoir est absolu. Nous disons souveraineté en matière d'autorité. C'est l'Eglise, en effet, qui non-seulement transmet aux fidèles l'Ecriture, mais qui en fixe le contenu par les décrets de ses conciles, et en détermine le sens par sa traduction officielle (la Vulgate) et par son interprétation. C'est elle aussi qui définit la tradition orale. Or si dans ses décrets (voir les canaris du concile de Trente, session IV) elle attribue une égale valeur à la tradition écrite ou à l'Ecriture sainte et à la tradition orale, il arrivera nécessairement que dans la pratique la tradition orale, dont l'Eglise dispose, primera l'Ecriture, de sorte que l'autorité religieuse sera en fait tout entière entre les mains de l'Eglise. Nous disons souveraineté en matière de salut. Assurément, pour l'Eglise catholique, c'est Dieu qui sauve, par Jésus-Christ. Mais l'appropriation de ce salut ne peut s'opérer, pour l'homme, qu'en vertu de la médiation de l'Eglise. Nous disons plus; en un sens l'Eglise dispose du salut lui-même, puisqu'il faut, d'après elle, que le sacrifice expiatoire du Christ soit renouvelé pour être applicable au fidèle, et qu'il n'est renouvelé que par la parole du prêtre. Voilà pourquoi, pour le dire en passant, en dépit des Augustin et des Thomas d'Aquin, qui accentuèrent avec tant de force la corruption humaine et l'œuvre de la grâce dans le salut, ce fut, en définitive, le semipélagianisme qui triompha. L'Eglise, avec Augustin lui-même, avait attribué à l'humanité, personnifiée par la hiérarchie, une trop grande puissance pour pouvoir lui refuser, d'une manière générale, la puissance de se sauver en quelque mesure par elle-même. Nous avons dit aussi : souveraineté en matière de morale. Le terme n'est point exagéré. Qui donc fixe les actes de pénitence que doit accomplir le fidèle pour rester en état de grâce, qui donc taxe d'orgueil l'acte par lequel une conscience revendique sa liberté, qui donc fait de l'obéissance passive l'objet d'un conseil de perfection, si ce n'est l'Eglise? Qui donc est infaillible en matière de mœurs, si ce n'est l'Eglise encore, parlant par la bouche de l'évêque de Rome? Voilà bien, n'est-il pas vrai, l'élément social du christianisme, prédominant, nous dirons plus, élevé à l'absolu. Voilà bien aussi le principe dont nous retrouvons l'empreinte sur toutes les parties du système catholique proprement dit. Ajoutons que la piété catholique, si grande par certains côtés, nous

apparaît revêtue du même caractère. Le catholique pieux ne conçoit pas la grâce divine en dehors de l'Eglise. L'obéissance à l'Eglise comprend

pour lui toutes les vertus; et rappelons que, pour le simple iidèle comme pour le théologien, l'Eglise ce n'est pasla société, visible ou invisible, de ceux qui croient en Jésus-Christ, c'est une société, bien mieux, c'est une hiérarchie donnée; de telle sorte qu'en pratique comme en théorie, cette grande société religieuse, qui a pris le titre de catholique ou d'universelle, est. malgré sa largeur apparente, la plus haute et la plus implacable représentation de l'esprit sectaire. — Nous renvoyons pour la littérature de notre sujet à l'article Symbolique, r. Hollard.

CATHOLIQUE (EgKse). Voyez Eglise catholique.

CATHOLIQUES ALLEMANDS (Deutsch-Katholiken). Cette désignation ne s'applique pas en Allemagne, comme on pourrait le supposer au premier abord, à des catholiques demeurés membres de leur Eglise, qui auraient poursuivi un but analogue à celui des gallicans français et défendu, vis-à-vis de l'absolutisme romain, avec leurs franchises nationales, les droits de l'épiscopat, mais à des sectaires qui rompirent en 18ii avec le catholicisme traditionnel pour former des associations indépendantes sur de nouvelles bases rituelles et dogmatiques. Le mot «. catholique » fut pris par eux dans son sens étymologique d'universel, commun à toutes les sectes chrétiennes; eux-mêmes se nommèrent quelquefois « catholiques -chrétiens » (Christ -Katholiken). La cause première, profonde de ce schisme doit être cherchée dans les principes constitutifs de l'Eglise catholique, son antagonisme toujours plus violent contre la société moderne, l'alliance toujours plus étroite qu'elle a contractée depuis 1815 avec les fauteurs de la réaction politique. L'occasion immédiate en fut fournie par l'exposition de la Sainte Tunique organisée dans la cathédrale de Trêves, sous les auspices de l'évêque Arnold i (18 août -6 octobre 1844). La distribution d'indulgences réservée aux pèlerins et prêchée avec grand fracas dans toutes les chaires de la catholicité excita le courroux de Jean Ronge, prêtre silésien, récemment suspendu, à cause d'une brochure anti-ultramontaine, par l'évêque de Breslau, Mgr de Diepenbrock, des fonctions pastorales qu'il exerçait à Grottkau, dans le district d'Oppeln (30 janvier 1843), et relégué en qualité d'instituteur primaire à Laurahiitte, sur la frontière polonaise. La lettre qu'il écrivit à Mgr Arnoldi, datée du 1er octobre 1844 et publiée le 15 du même mois dans les Feuilles patriotiques de Saxe, produisit une immense sensation dans le monde catholique et protestant, politique et religieux. Elle fut bientôt suivie d'autres brochures polémiques qui reçurent un aussi favorable accueil : une lettre au bas clergé où il l'invitait à rompre avec la curie romaine pour fonder une Eglise véritablement nationale, un appel aux laïques catholiques. Ronge avait à peine lancé son cartel à l'évêque de Trêves qu'il s'était mis à parcourir la Silésie pour y répandre ses idées réformatrices : ses pérégrinations ne tardèrent pas à se transformer en une M'aie marche triomphale, plus encore a cause de la maladresse et du fanatisme de ses adversaires qu'en raison de son éloquence el de son sérieux moral. Adresses pompeuses, bibles d'apparat, coupes commémoratives, listes

de souscriptions couvertes d'abondantes signatures, tout se réunit pour satisfaire son besoin immodéré d'éloges et lui assurer une brillante situation pécuniaire. L'excommunication majeure dont le frappa, le 4 décembre 1844, le chapitre de Breslau ne servit qu'à surexciter l'enthousiasme de ses adhérents. Une assemblée d'environ 60 laïques catholiques., tenue le 15 décembre 1844 à Breslau, sous la présidence d'un jurisconsulte distingué, le professeur de droit canonique Regenbrecht, se décida au schisme après avoir constaté la stérilité au sein de l'Eglise catholique de toute tentative de réforme. Le 4 février 1845 se constitua dans la capitale de la Silésie une communauté indépendante qui prit le nom de « catholique allemande » (deutsch-katholische Gemeindé), s'éleva bientôt à 1,200 membres et choisit Ronge pour son directeur spirituel. Le 9 du même mois elle publia sur les points les plus importants de la dogmatique, du rituel, de l'organisation ecclésiastique une profession de foi confirmée six semaines après au synode général de Leipzig (23-26 mars) . îl suffisait de ce premier document pour que le schisme avec la cour de Rome fût consommé d'une manière irrévocable. La liberté de conscience y était proclamée en termes quelque peu déclamatoires. L'Ecriture devenait la règle souveraine de la foi, mais aucune autorité extérieure traditionnelle ne pouvait en gêner Tinterprétation. Aux formules de la théologie orthodoxe se substituait une déclaration religieuse conçue dans un esprit très-large, très-pratique : <( Je crois à Dieu le Père qui a créé le monde par sa parole toute-puissante et le gouverne avec amour, sagesse, justice; à Jésus-Christ notre Sauveur qui nous délivre, par son enseignement, sa vie, sa mort, de la servitude du péché; à l'action du Saint-Esprit sur la terre, à l'Eglise chrétienne immaculée, universelle, à la communion des saints, à la vie éternelle. » Le baptême et la sainte cène étaient seuls conservés comme sacrements; celle-ci, en tant que simple repas commémoratif, devait être administrée sous les deux espèces. Ronge maintenait également au sein de la nouvelle Eglise le baptême des enfants et la confirmation, mais proscrivait comme autant de superstitions et d'erreurs : la primauté du pape, la hiérarchie du clergé, le célibat des prêtres, l'invocation des saints, l'adoration des images et des reliques, les jeûnes obligatoires, les pèlerinages, les indulgences. Le Christ était proclamé l'unique médiateur entre Dieu et les hommes. Il n'était mis aux mariages mixtes d'autres entraves que celles reconnues par la législation civile. Aux « catholiques allemands » incombait comme premier devoir la manifestation de leur foi par leur charité et leurs bonnes œuvres. Le culte consistait essentiellement dans l'édification, l'instruction des fidèles. L'usage de la langue latine y était supprimé ; chaque communauté jouissait d'une latitude assez étendue pour l'accommoder aux circonstances temporaires et locales. Les modifications opérées par Ronge dans le domaine liturgique ne furent que très-légères ; le nouveau réformateur usa d'une extrême prudence à cet égard et se contenta de restreindre la pompe extérieure du culte. Le concile de Leipzig adopta pour l'organisation de l'Eglise « catholique allemande » le système presbytérien et démocratique. Les néophytes du-

rcut. avant d'être admis dans son sein, prendre un engagement écrit et

signer sa confession de loi. Les paroisses étaient remises en possession dn droit antique d'élire leur conseil d'anciens et leur pasteur. Les

premiers n'étaient nommés que pour une année aux approches de la

Pentecôte. A leur première réunion ils choisissaient du milieu d'eux une commission executive, investie de pleins pouvoirs pour tout ce qui concernait l'administration, du droit d'introduction et de préavis pour toutes les autres questions, même celles qui se rapportaient au dogme, à la cure d'âmes et que l'ensemble du conseil tranchait à la majorité des voix. Le pasteur assistait aux délibérations, mais ne pouvait intervenir qu'avec voix consultative. La paroisse conservait toujours le droit de référendum. Les décisions prises par une communauté n'engageaient point ses voisines; chacune agissait dans sa sphère avec une complète indépendance et n'obéissait « qu'à sa connaissance plus ou moins exacte des besoins de l'époque, à son interprétation particulière et progressive de F Ecriture ». Le synode général, qui se réunissait au moins une fois tous les cinq ans, était composé pour un tiers d'ecclésiastiques, pour les deux tiers de laïques. Ses décrets n'obtenaient force de loi que s'ils étaient acceptés par la majorité des paroisses. — Quelques semaines avant que les pamphlets de Ronge missent en feu l'Allemagne entière, un mouvement d'une nature plus discrète, quoique tout aussi préjudiciable dans ses conséquences pour ' l'Eglise romaine, s'était produit dans la province de Posen. Le principal instigateur en était un jeune prêtre de la paroisse de Schneidemùhl ^district de Bromberg), né le 12 mai 1813 dans une pauvre famille de paysans, à Werlubien, dans la province de Prusse (district de Marienwerder) : le vicaire Jean Czersky. Ses vues étaient beaucoup moins ambitieuses, ses horizons moins étendus que ceux de son collègue. Au commencement il ne songeait qu'à protester contre les excommunications lancées par son supérieur, le doyen Busse, pendant le conflit des « mariages mixtes », et à mettre un terme à une situation devenue intolérable. La confession de foi qu'il rédigea le 19 octobre 1844 au nom de ses adhérents de Schneidemùhl et transmit le 27 du môme mois au président du gouvernement do Bromberg pour lui demander la reconnaissance de la nouvelle communauté et une répartition proportionnelle des revenus ecclésiastiques ne déviait de la tradition .orthodoxe sur aucun point essentiel. La sainte Ecriture et le symbole de Nicée y étaient proclamés la règle unique et certaine de la foi dans le sens tout au moins selon lequel les interprètent les chrétiens pieux et éclairés. Les sept sacrements étaient maintenus dans leur intégrité ne la source véritable du salut, la messe déi larée une institution utile à la fois pour les vivants et pour les morts. Peu importait, avec cette direction générale de la pensée, que Czersky eût changé dan., sa profession de loi quelques termes afin d'atténuer les superstitions les plus choquantes, qu'il dissimulât, par exemple, la confession auriculaire sous le nom de pénitence et l'extrême-onction sous celui de préparalion à la mort, ou bien qu'il prouvât le purgatoire par une subtile interprétation du passage johannique : « il y a plusieurs dem ires dans

la maison de mon Père, » et par eonséquent plusieurs degrés de perfection. La distribution de la cène sous les deux espèces ne portait aucun préjudice à la doctrine romaine de la transsubstantiation ; les fidèles continuaient à recevoir sous les apparences du pain et du vin la véritable chair et le véritable sang du Christ. La seule réforme pratique introduite par Czersky était la suppression de la langue latine dans le culte. Sur tous les autres articles abolis dans la profession de Breslau : confession auriculaire, exorcisme lors du baptême, adoration des saints et des reliques, pèlerinages, il gardait un étrange silence. Le seul obstacle sérieux à une future réconciliation avec Rome provenait du domaine ecclésiastique. Czersky condamnait nettement la primauté du pape et reconnaissait Christ pour seul intermédiaire entre Dieu et rhumanité. La communauté schismatique de Schneidemùhl ne prit point le nom de « catholique allemande », mais de « catholique chrétienne », afin de gagner les sympathies des Polonais fixés dans les provinces orientales de la Prusse. Son inauguration coïncida jour pour jour avec le mariage de son conducteur spirituel ; Czersky s'était en effet fiancé avec une jeune Polonaise pendant qu'il n'était encore que simple chanoine du chapitre de Posen, et avait renoncé à son bénéfice plutôt que de faillir à sa promesse conjugale. La confession de Schneidemùhl, malgré le scandale qu'elle produisit dans les sphères ultramontaines, témoignait encore chez son auteur d'une extrême timidité intellectuelle et ne reflétait qu'à trop d'égards l'étroitesse, l'ignorance, l'opiniâtre conservatisme religieux des populations slaves. Czersky, qui n'ayait reçu au séminaire de Posen qu'une éducation des plus incomplètes, y trahissait une regrettable ignorance théologique, un anxieux effroi de l'hérésie. «Qu'on me comprenne bien, disait-il dans une apologie publiée quelques semaines après son mariage, je répudie les erreurs de la hiérarchie romaine, mais je ne veux devenir ni luthérien ni. calviniste ; je reste prêtre et chrétien catholique selon les paroles de l'Ecriture et les commandements du Sauveur et de ses apôtres. » — Le mouvement suscité par Ronge se propagea comme une trainée de feu à travers l'Allemagne entière; après deux années de progrès continu, il atteignit son apogée à la fin de 1846 où il ne comprit pas moins de 298 associations qui adoptèrent à la presque unanimité les hardies réformes, le radicalisme dogmatique exposés dans la confession de Breslau. La Silésie, où un bas clergé instruit luttait avec une heureuse ténacité pour le maintien des traditions libérales, offrait pour les expériences des novateurs un terrain propice ; ils ne tardèrent pas à y posséder la majorité, tout au moins dans les centres de population les plus considérables (Breslau, Liegnitz, Oppeln, Gœrlitz, Glogau, Freistadt). Leur propagande rencontra également un favorable accueil soit dans le royaume soit dans la province de Saxe, où une faible minorité catholique s'était imbue des idées rationalistes qui prédominaient au sein de l'Eglise protestante. Du 15 au 20 février naquirent presque simultanément les communautés de Dresde, de Leipzig, d'Annaberg que suivirent bientôt celles de Magdebourg, Chemnitz, Bautzen, Plauen, Glauchau, Oschatz. Le reste de l'Allemagne du Nord leur demeura fermé, à

l'exception de quelques villes (Brème, Lubeck, Brunswick, Hildesheim

dans le Hanovre, Ludwigslust et WismardansleMecklëmbourg) : encore ces maigres communautés n'eurent-elles qu'une existence factice, éphémère. Les vicissitudes des catholiques allemands lurent tout aussi diverses dans te Sud. Si après des progrès rapides ils parvinrent à se maintenir dans la Hesse électorale, les grands-duchés de Bade (Heidelberg, Fribourg en Brisgau, Mannheim), de Hesse-Darmstadt (Worms, Offenbach, Mayence), de Nassau (Wiesbaden), ils ne trouvèrent dans le Wurtemberg qu'un pénible accès: dans le Palatinat bavarois la communauté de Neustadt sur la Hardt fut dissoute quelques semaines après sa fondation par l'ordre du gouvernement. La position de Czersky vis-à-vis de Rome était trop ambiguë pour qu'il put aspirer en dehors de sa province à un crédit considérable. Parmi les communautés importantes Berlin fut la seule qui adoptât son symbole, le surpassât même en orthodoxie ; à Hamm, à Elberfeld, dans tout rOuestde l'Allemagne, il ne parvint à organiser que de rares et chétives associations, lors même qu'il les décorait du nom pompeux de catholiques chrétiennes apostoliques. L'ultramontanisme avait jeté dans la Westphalie et la province du Rhin de trop vigoureuses racines pour en être extirpé aisément malgré le scandale de la tunique de Trêves, le fanatisme de Mgr de Droste-Vischering, les imprudences de Mgr Arnoldi. Ce fut dans la petite bourgeoisie que le catholicisme allemand recruta ses plus nombreux adeptes ; un fort appoint lui fut également fourni par le corps scolaire très-aigri à cette époque contre les autorités ecclésiastiques et civiles. Les municipalités de Dresde, de Berlin, de Leipzig et d'autres grandes villes qui étaient demeurées sous la réaction les derniers asiles du libéralisme et se voyaient sans cesse menacées dans l'exercice de leurs prérogatives, se vengèrent de l'arbitraire et des dénis de justice dont elles étaient les victimes, en prenant éciat parti pour les nouveaux sectaires, en leur accordant des subsides, en leur ouvrant des lieux de culte. Outre Ronge et Czersky, il convient de citer parmi les chefs les plus remarquables du mouvement Antoine Theiner, de Breslau, le père du célèbre historien, luimême exégète très-distingué dont l'adhésion fit grand bruit dans toute l'Allemagne, Henri Schreiber, professeur de morale et de dogmatique à l'université de Fribourg en Brisgau, le jurisconsulte Brugger d'Heidelberg, des républicains éclairés et sincères, tels que Franz Wigard de Dresde et Mans Kuehler d'Heidelberg, un agitateur démocratique comme Robert Blum de Leipzig. Leurs espérances furent partagées par des penseurs^el des écrivains protestants, fatigués du régime orthodoxe, mais que leurs connaissances historiques et leur expérience du passé auraient dûrendre plus circonspects. Paulus, le vieux professeur rationaliste d'Heidelberg, crut en toute bonne toi à la vitalité du catholicisme allemand et le proclama son héritier légitime; Gervinus lui prédit des destinées plus glorieuses encore et salua en lui la religion de 1 avenir (La Mission du catholicisme allemand; Le clergé protestant et les catholiques allemands, Heidelb., 1845). — Si le catholicisme allemand provoqua lors de son apparition des sympathies n 46

enthousiastes, il se heurta d'un autre côté contre des liâmes tenaces redoutables. La hiérarchie romaine, pour la croisade qu'elle organisa immédiatement contre lui, rencontra de fidèles alliés chez les conservateurs protestants qui s'efforçaient d'étouffer au sein de leur propre Eglise un mouvement tout semblable et proscrivaient toute aspiration à l'indépendance comme dangereuse. Afin d'obtenir plus aisément l'appui du bras séculier, ils insistèrent moins sur les hérésies théologiques de leurs adversaires que sur leur radicalisme politique, leur reprochant de saper les bases de l'Eglise, de la religion, de la société civile. Leurs accusations ne furent que trop complaisamment accueillies par des hommes d'Etat méticuleux, pusillanimes, hostiles à toute extension de la liberté religieuse, qui se refusaient à reconnaître toute confession autre que celles de Trente et d'Augsbourg, auxquels toute nouvelle association inspirait une défiance invincible. La situation des catholiques allemands fut dès le début très-difficile sur toute l'étendue de la confédération germanique. Dans la Saxe royale ils durent, en vertu de l'ordonnance du 26 mars 1845, s'adresser au pasteur de leur district pour tout ce qui concernait la cure d'âmes, tous les actes liturgiques sauf la confession et la cène. En Prusse l'usage des églises évangéliques leur fut enlevé malgré le vote favorable de plusieurs municipalités, par l'édit du 17 mai 1845, ou tout au moins elle fut entourée de restrictions dont l'ensemble équivalait à un refus : ils étaient en effet obligés de s'adresser successivement aux patrons, aux présidents des consistoires, aux présidents supérieurs de province qui le plus souvent étaient choisis dans les rangs du parti orthodoxe et féodal • les directeurs spirituels des nouvelles communautés furent dépouillés de tout caractère ecclésiastique ; les actes accomplis par leur ministère ne possédèrent aucune valeur légale. La Hesse électorale et le Wurtemberg adoptèrent des mesures conçues dans le même esprit mais plus rigoureuses encore. Dans le grand-duché de Bade les* catholiques allemands furent privés des droits civils. En Autriche en Prusse, en Bavière, ils ne purent pas porter leur véritable nom et se virent assigner celui de dissidents; dans le premier de ces pavs l'émigration même leur fut interdite. — Le mauvais vouloir des gouvernements et leur politique répressive n'auraient pas suffi pour paralyser une manifestation aussi vivace à ses débuts, sans les querelles intestines auxquelles s'abandonnèrent ses propres adeptes avec une aigreur toujours croissante. Aussitôt après la promulgation des décrets du synode de 1845, Gzerky s'était élevé contre le radicalisme religieux de Ronge et avait exclu de son Eglise par une énergique circulaire tous ceux qui niaient la divinité métaphysique de Jésus-Christ. Les catholiques allemands, qui partageaient ses vues, s'étaient réunis du 22 au 24 juillet 1847 à Sclmeidemuhl, afin de protester contre l'œuvre accomplie à Leipzig et de rédiger une nouvelle confession de foi, bientôt suivie d'une troisième qu'ils qualifièrent eux-mêmes de biblique mais qui présentait avec celle de Trente de nombreuses et regrettables analogies sur plusieurs points essentiels. Aux dissentiments dogmatiques se joignirent bientôt les rivalités de personnes. Theiner, quis'étaitasso-

cié dans Le commencement aux projets de Ronge et avait donné par son talent et son caractère à la communauté de Breslau une féconde

impulsion, fut bientôt froissé par L'ambition, la légèreté, le charlatanisme de son collaborateur et se démit de ses fonctions pastorales, au risque d'anéantir en Silésie les premiers résultats de ses réformes. Le Comité directeur de Leipzig déploya, pour mettre fin à une aussi fâcheuse zizanie, une activité aussi louable que stérile. Une entrevue ménagée à Rawietz entre Ronge et Czersky oll'rit la caricature de cclic de Marbourg entre Zwingle et Luther. Un synode général convoqué le 25 mai 1847 à Berlin, et auquel assistèrent les représentants de 142 communautés, ne servit qu'à constater l'universalité, la profondeur du schisme. Le catholicisme allemand, après avoir suivi depuis sa naissance une marche ascensionnelle, traversa en 1847 une période de stagnation pour s'acheminer bientôt vers une ruine complète. La révolution de 1848. au lieu de le galvaniser par l'adjonction de nouvelles recrues, l'ouverture d'un champ d'action plus considérable, le fit dégénérer toujours plus en une association démocratique dépourvue de tout esprit religieux. Ses chefs profitèrent, il est vrai, de l'entière liberté qui leur était garantie par les Droits Fondamentaux pour répandre leurs idées dans des villes dont l'accès leur avait été interdit jusqu'alors. A Munich ils obtinrent un réel succès, grâce à l'activité de leurs conclue-^ teurs spirituels, le professeur Kreutzer et l'abbé Dummhof; à Vienne au contraire, malgré les efforts des abbés Paulo et Huschberger, la propagande révolutionnaire de Robert Blum, l'élément ouvrier sur l'appui duquel ils comptaient pour leur réussite se montra indifférent ou même hostile. Depuis le triomphe des principes démocratiques au parlement de Francfort, Ronge affecta toujours davantage les allures d'un tribun et parcourut l'Allemagne en tous sens pour y prêcher ses théories subversives. Plusieurs livres et journaux publiés à cette époque, tels que l'Eglise Catholique chrétienne de Rauch, le Manuel de la Religion chrétienne de Schell, le Catéchisme de la Religion chrétienne raisonnable d'Héribert Rau, donnent une faible idée de l'élévation morale, des connaissances scientifiques de leurs auteurs. Les rares conquêtes qu'avec laide des circonstances politiques opéra le catholicisme allemand furent plus que compensées par la défection d'anciens et solides adeptes, la lutte toujours plus acharnée qui se poursuivit entre des fractions toujours plus nombreuses. Un de ses premiers et plus sérieux initiateurs, le canoniste Regenbrecht, suivit l'exemple de Theiner et se condamna volontairement à la retraite. Epouvantées par les excès de Ronge, les communautés de Dantzig, de Leipzig, de Darnistadt se déga« nt de toute solidarité avec lui et s'abstinrent de toute action sur le terrain politique. Celle de Posen, restée conservatrice sous l'influence de Czersky, expulsa son pasteur Dow iat qui prétendait la transformer en un club socialiste et qui rentra, après ses mésaventures, dans le giron de l'Eglise romaine. Un autre de ses collègues, le pasteur de Krefeld WangemûUer se convertit au protestantisme après avoir consigné le résultat de ses expériences dans une pittoresque brochure. — Les pourparlers les .1 ■ <- des Lumières Doués par Ronge, favorablement accueillis

par le pasteur Schwetschke de Halle, n'offrirent qu'un palliatif insuffisant contre la dissolution dont étaient menacées Tune et Y autre sectes. Lavie ne naît pas du contact de deux cadavres. L'alliance ébauchée en 1847 à Halle, différée lors des agitationsde 1848, fut reprise le 20 février 1850 à Darmstadtpour être définitivement consommée dans un synode général qui s'ouvrit le 22 mai de la même année à Leipzig, mais ne tarda pas à se transporter à Kœthen devant les dispositions menaçantes de la police saxonne. L'union fut complètesur le terrain des principes, quoique les deux contractants se réservassent leur autonomie sur divers points d'une importance secondaire. Ces légères divergences elles-mêmes disparurent dans une nouvelle assemblée tenue le 16 et le'17 juin 1859 à Gotha, après une longue période de compression de la part des gouvernements. Les anciennes dénominations furent supprimées pour faire place à celle de libres communautés religieuses. Leur base fut le libre examen pratiqué dans toute sa largeur, leur but le développement de la vie spirituelle. La direction suprême fut confiée dans l'intervalle des synodes à un comité de cinq membres nommés pour trois ans. Les communautés de l'Allemagne du Nord, de la Silésie, de l'Allemagne du Sud formèrent au sein de l'association générale des groupes plus intimement unis, annuellement représentés dans des synodes provinciaux. Chaque communauté fut tenue de se conformer aux décisions constitutives du synode, mais garda une complète indépendance pour le dogme, la liturgie, l'élection de ses anciens et de son pasteur. Le catholicisme allemand ne possédait pas*en lui la vitalité nécessaire pour résister à l'orage qui s'abattit sur lui en 1850 après le triomphe de la réaction. Déjà en 1849 la profession publique en avait été interdite en Autriche comme incompatible avec la fidélité à la maison de Habsbourg ; depuis 1850 il ne jouit en Bavière que d'une tolérance provisoire singulièrement restreinte. En Prusse, en Saxe, les réunions de ses adeptes furent soumises à la surveillance de la police ou fermées comme dangereuses, ses pasteurs entravés dansTexercice deleur ministère ou condamnés à l'exil, leurs enfants obligés de suivre l'enseignement religieux des ecclésiastiques protestants et de recevoir d'eux la confirmation. Leur situation ne s'améliora qu'en 1859, en Prusse avec la proclamation de la régence, dans l'Allemagne du Sud avec l'abolition des concordats et l'inauguration d'une politique plus ferme vis-à-vis de l'ultramontanisme. Encore furent-ils exposés depuis cette époque à de perpétuelles tracasseries, entre autres sous l'administration de M. deMùlher. En même temps à l'enthousiasme despremiers joursavait succédé dans leur propre sein une absence presque complète de vie spirituelle. Les conducteurs firent toujours plus défaut aux Eglises, moins encore à cause de la situation précaire à laquelle ils étaient condamnés que par manque de sérieux moral, de culture scientifique. Après avoir assisté à une de leurs prédications, on se rappelle instinctivement le mot cruel de Joseph deJMaistre sur le pasteur protestant : « Un monsieur habillé de noir qui dit de bonnes choses. » Des premiers chefs du mouvement, Czersky, qui s'était dissimulé pendant les troubles de 1848, avait «repris obscurément ses fonctions dans son ancienne paroisse de Schnei-

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demûhl. Ronge, après s'être fait envoyer au parlement de Francfort par nu district de Silésie e( y avoir joué un rôle humiliant pour sa vanité, avait passé à Paris et à Londres ses années d'exil ; en 1801 il revint en Allemagne el prit sa résidence à Francfort-sur-le-Mein, toujours avide de déclamations, toujours affilié à la propagande révolutionnaire. Depuis 1880 le catholicisme allemand a vu l'extinction de plus de 200 de ses communautés, soit par des mesures de compression extérieure, soit à cause de Ja lassitude de ses propres adeptes. Quelques-unes ont opéré leur soumission vis-à-vis de l'Eglise romaine; d'autres, et dans le nombre celles qui contenaient les éléments religieux les plus solides, les plus vivaces (Dresde. Mannheim), se sont converties en masse au protestantisme. Ce dernier phénomène s'est surtout produit dans les pays qui, comme le grand-duché de Bade, sont entrés pleinement dans les voies du libéralisme religieux. Eniin les associations qui sont restées fidèles aux principes de Ronge mènent une existence misérable et consument le reste de leurs forces dans des querelles rationalistes, des compétitions de personnes (Berlin, Dantzig, Breslau, Magdebourg). L'apparition du Vieux-Catholicisme n'a pu les ramener de leurs égarements, leur communiquer une salutaire ferveur. Ronge lui a reproché dans un véhément pamphlet la prudence de sa méthode, ses ménagements à l'égard du pouvoir civil, et a pris vis-à-vis de lui dès le congrès de Munich (1871) une position hostile. En 1870, on comptait en Allemagne 104 communautés religieuses libres : 75 en Prusse dont 31 en Silésie, 17 dans la province de Saxe, 10 dans celle de Prusse, 5 dans le Brandebourg, 3 dans la province de Posen,2dansla Westphalie, le Hanovre, les provinces du Rhin et de Nassau, 1 en Poméranie; 13 dans le grand-duché de Hesse-Darmsladt ; 4 dans le royaume de Saxe et les principautés d'Anhalt; 3 dans le grand-duché de Bade et I'- Wurtemberg, 2 dans les villes libres. D'après les dernières données statistiques, le nombre des catholiques allemands s'élèverait en Prusseà 10,920, à 3,000 environ dans le grand-duché de Hesse-Darmstadt, à 1 ,300 en Saxe, à 1,000 dans le grand-duché de Bade. — Sources : Kampe, Le principe constitutif du catholicisme allemand, Tub., 1850; Histoire des mouvements religieux dans l'époque moderne, Leipzig, 1852-1860, 4 vol.; Brockhaus, Konversations-Lexicon, 11e et 12e éditions, 1805, 1876; Meyer, hon><rsalions-Lexicon, 1875; E. Strœhlin, Le catholicisme allemand^ dans le Disciple de Jésus-Christ, 1873.

E. Strœhlin.

CATHOLIQUES (Vieux-), dénomination adoptée en Allemagne et en Suisse par les catholiques qui prétendent demeurer dans la communion de leur Eglise, tout en repoussant les décrets du concile de 1870. L'Allemagne catholique était appelée par son passé à prendre l'initiative d'une énergique résistance contre les usurpations de la curie romaine. Pins que dans les pays latins il s'était maintenu chez ses laïques une piété sérieuse, éclairée, hostile au fanatisme comme aux superstitions jésuitiques ; les traditions tout à la fois évangéliques el libérales de Wessemberg s'étaient conservées chez plusieurs membres du bas clergé, surtout dans le diocèse de Constance et la Forêt-Noire,

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la science théologique possédait à Bonn, à Munich, à Fribourg, à Breslau des sanctuaires justement renommés. Quelques-uns des évêques allemands et autrichiens (Mgrs Hefele de Rottembourg, Rauscher de Vienne, Schwarzemberg de Prague) s'étaient fait remarquer au dernier concile parla solidité de leurs connaissances, la franchise de leur ingage ; d'autres (Mgrs Ketteler de Mayence, Melchers de Cologne, ^cherr de Munich, Dinkel d'Augsbourg), malgré leur dévouement personnel pour le saint-père, n'avaient pas dissimulé à la majorité ultramontaine le schisme profond, persistant que susciterait dans leur patrie la proclamation de l'infaillibilité papale. Les uns et les autres, avant de quitter Rome, avaient signé la protestation par laquelle, après le vote du 13 juillet 1870, la minorité expliquait sa retraite : l'opinion publique salua les prémisses d'une opposition ferme et loyale dans un document destiné à masquer la prochaine capitulation de ses auteurs. Quelques semaines après être revenus dans leurs diocèses, les prélats germaniques se réunirent à Fulda, auprès du tombeau de saint Boniface, afin de s'entendre pour une action commune. Le résultat de leurs délibérations fut la lettre pastorale du 10 septembre 1870, par laquelle ils annonçaient leur soumission aux décrets du Vatican après en avoir reconnu la pleine légitimité et rétracté les objections qu'ils avaient formulées contre eux pendant la durée du concile. Le clergé inférieur et les laïques étaient tenus de faire preuve de la même souplesse et de s'incliner avec une obéissance passive devant les' ordres de leurs chefs spirituels. Les quelques évêques qui ne s'étaient pas rendus à Fulda se hâtèrent d'envoyer leur adhésion au mandement de leurs collègues; le dernier signataire fut Mgr de Hefele, qui avait quelques mois auparavant si fort excité le courroux des infaillibilistes par sa brochure sur le pape Honorius, sa mâle et vigoureuse éloquence, et qui aujourd'hui, pour sauvegarder une unité mensongère, se résignait au sacrifice de ses convictions religieuses et scientifiques. Loin d'user de leurs droits légitimes pour combattre un dogme funeste et de maintenir leur indépendance vis-à-vis de la curie romaine, il ne s'en trouva parmi les évêques germaniques aucun qui fût assez délicat pour mettre par sa démission un terme à un conflit douloureux entre ses croyances personnelles et la décision de l'autorité supérieure, comme l'avaient fait Wessemberg et l'archevêque de Breslau Seldnitsky. Tous opérèrent leur volte-face avec une singulière aisance et affirmèrent le lendemain ce qu'ils niaient encore la veille. Après la déclaration de Fulda, le Vatican se flatta d'avoir cause gagnée. Les gouvernements laïques montraient en effet vis-à-vis de ses nouvelles prétentions une étrange faiblesse : le cabinet de Berlin avait depuis 1850 abdiqué ses droits sur l'Eglise catholique et continuait avec M. de Mùhler les errements de Frédéric-Guillaume IV ; à la politique nette et prévoyante du prince de Hohenlohe (circulaire du 9 avril 1869) avaient succédé à Munich les subtilités doctrinaires, les tergiversations pratiques de M. de Lutz; Mgr de Hefele s'était entendu avec le ministre wurtembergeois des cultes, M. de Mittnacht, sur la teneur de la pastorale par laquelle il justifiait sa palinodie ; M. de

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Daiwigk était dans le grand-duché de Hesse*Darmstadl le complaisant sri. le de Mgr de Ketteler; seuls, les hommes d'Etat badois perse* viraient dans la voie libérale qui leuf avait si bien réussi depuis le rejet du concordat (9 avril 1860). Le bas clergé, façonné comme une cire molle dans les séminaires des jésuites, avait perdu dès sa jeunesse toute autonomie spirituelle et se sentait terrorisé par Fépiseopat: le peuple des campagnes était fanatisé par ses pasteurs; les laïques cultivés des grandes villes contemplaient tout débat théologique avec une superbe indifférence. Les seuls adversaires qui pussent encore entraver la curie dans l'exécution de ses desseins, étaient les- professeurs des facultés catholiques, mais elle avait appris à les dédaigner depuis la soumission successive de Hermès (1839*1840), de Gùnther (1859), de Baltzer (18(30), l'échec de Frohschammer et son passage de la théologie à la philosophie (1853). Ce furent eux cependant qui, dès avant l'ouverture du concile, en signalèrent dans la presse l'illégalité, en révélèrent au fur et a mesure les violences, combattirent l'ultramontanisme avec toutes les armes que leur fournissaient une piété, un patriotisme aussi nobles que sincères, une vaste et solide érudition, une dialectique acérée. Citons entre tous ces écrits qui produisirent au moment où ils parurent une si vive et si légitime sensation et dont quelques-uns n'ont rien perdu aujourd'hui de leur valeur : les Lettres sur le Concile de Ouirinus à la Gazette cF Augsbourg (Munich, 1871) ; Le v Pope et le Concile, par Janus (inspiré par Dcellinger, rédigé par Huher, Munich, 1870) ; les Voix de V Eglise catholique sur les questions ecclésiastiques contemporaines, par Huber , Liano , Friederich, Reinkens; Quelques mots sur V Adresse infaillibiliste et le Nouvel ordre du jour du Concile, par Dcellinger (Munich, 1870); la Puissance des Popes romains, Mémoire sur la position de l'Etat vis-à-vis des décrets de la constitution papale du 18 juillet 1870; les Rapports des Papes, des Conciles et desEvêques, par Frédéric de Schulte (Prague, 1871).— Ce fut également d'un milieu universitaire que quelques jours après le vote du 18 juillet 1870 partit la première attaque contre le nouveau dogme. Un professeur du séminaire de Braunsberg, dans la Prusse Orientale, avantageusement connu pour ses travaux apologétiques et philosophiques dans le monde des théologiens, l'abbé Frédéric Michelis, adressa par la voie de la presse à Pie IX une lettre où il l'accusait de prévarication et d'hérésie. Quelques semaines plus tard, quarante-cinq professeurs de Munich auxquels s'étaient joints plusieurs de leurs collègues catholiques de Bonn, de Fribourg, de Giessen, de Breslau, envoyèrent au gouvernement bavarois, à l'instigation de Friederich et de Dcellinger, une protestation solennelle contre la valeur normative des décrets conciliaires. A la fin d'août les chefs du mouvement oppositionnel contre le Vatican tinrent à Nuremberg une réunion intime dont ils ne livrèrent à la publicité les résultats qu'après un laps de tempe assez considérable, afin de ne pas enrayer plusieurs membres encore timides et hésitants du bas clergé, d'accorder un dernier délai aux prélats secrètement anti-infaillibilistes. Parmi les noms des signataires on remarquait ceu* de Dcellinger, de Huber. de Friederich de Munich,

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de Dittrich et de Michelis de Braunsberg, de Reinkens, de Baltzer et de Weber de Breslau, de Knoodt de Bonn, de Schulte de Prague. Loin d'obtempérer, ne fût-ce que dans une modeste proportion, aux vœux des pétitionnaires, les évêques qui avaient naguère siégé à Rome sur les bancs de la minorité, ne songeaient qu'à effacer par leur servilité actuelle le souvenir de leur indépendance première. Tous ceux qui donnaient un enseignement académique furent tenus, sous peine de perdre la missio canonica, d'apposer leur signature au bas de déclarations uniformes en vertu desquelles ils reconnaissaient l'excellence de l'infaillibilité pontificale, la légalité du concile, Ces mesures de terrorisation ne produisirent les effets qu'en attendaient leurs auteurs que iur un très-petit nombre d'opposants : le professeur Dieringer de Bonn, l'abbé Haneberg de Saint -Boniface, l'un des ecclésiastiques les plus instruits et les plus aimés de Munich. Tous les autres, auxquels s'associèrent bientôt les professeurs de Bonn , Langen , Reusch et Hilgers, persévérèrent dans leurs opinions avec une courageuse franchise. L'archevêque de Munich ayant une dernière fois (4 janvier 1871) ordonné à M. de Dœliinger de se soumettre sans réserve aucune, celui-ci répondit le 20 mars par un mémorandum célèbre, publié dans la Gazette d'Augsbourg, qu'il rejetait l'infaillibilité pontificale à la fois « comme chrétien, comme théologien, comme historien, comme citoyen du nouvel empire germanique : a) comme chrétien, puisqu'elle était en contradiction directe avec tout l'esprit de l'Evangile, les déclarations les plus nettes de Jésus et des apôtres; elle aspire en effet à l'établissement d'une souveraineté temporelle que Jésus a expressément refusée, à une domination sur les différentes Eglises dont saint Pierre n'a voulu ni pour lui-même ni pour ses successeurs; b) comme théologien, puisque le nouveau dogme est incompatible avec les traditions authentiques de l'Eglise à travers les siècles; c) comme historien, puisqu'en cette qualité il savait que les efforts persistants des papes pour la réalisation de la monarchie universelle avaient coulé à l'Europe des flots de sang, amené sur de nombreuses contrées la dévastation et la ruine, porté à l'harmonieux organisme de l'ancienne Eglise un coup mortel, suscité, nourri, entretenu dans son sein les abus les plus regrettables ; d) comme citoyen de l'empire germanique enfin, puisque, par la prétention de subordonner à la papauté les monarques, les Etats et tout l'ordre politique, par la position exclusive revendiquée pour le clergé, le nouveau dogme fournissait une ample matière à des controverses aussi longues que pernicieuses entre l'Etat et l'Eglise, les prêtres et les laïques. » Ces déclarations si fermes et si nettes provoquèrent pour le dimanche des Rameaux une pastorale de l'archevêque de Munich, uniquement dirigée contre leur auteur. Mgr de Scherz déclinait l'offre d'une joute scientifique à laquelle il était convié et refusait à son adversaire la permission de prouver devant une assemblée d 'évêques et de théologiens que (( les décrets votés dans la quatrième session du concile se trouvaient dans une complète divergence avec l'Ecriture sainte telle que l'avaient toujours interprétée les Pères, la tradition, l'histoire véridi-

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que, que tout au contraire cette dernière avait été défigurée chez les coryphées ultramontains par L'introduction de documents interpolés ou légendaires, qu'en conséquence les dernières décisions de la curie ne concordaient nullement avec l'ancienne jurisprudence canonique. » Le docteur Huber signala le 16 avril, dans une mordante brochure, la retraite précipitée de Mgr de Scherz, mais celui-ci se consola de sa déconvenue en lançant le 17 l'excommunication majeure contre l'hérétique septuagénaire qui plus qu'aucun autre avait maintenu au dix-neuvième siècle la renommée scientifique du catholicisme. Déjà en date du 3 avril, il avait interdit aux séminaristes de suivre ses cours ainsi que ceux de son collègue l'abbé Friederich. La querelle commençait à sortir du cercle étroit des théologiens pour s'imposer au grand public. Le 10 avril avait été tenue au Muséum, sous la présidence du premier chambellan de Louis II, le comte de Moy, une très-nombreuse réunion à laquelle avaient participé des laïques appartenant à toutes les professions, toutes les classes de la société, et qui avait décidé l'envoi au gouvernement d'une adresse pour le mettre en garde contre les dangers politiques et civils qui découlaient directement de la tolérance du nouveau dogme. Les signataires (plus de 8,000) prirent à cette occasion pour la première t'ois le titre de Vieux-Catholiques, afin qu'il ne planât aucun doute sur leur fidélité à la tradition, leur horreur du schisme. Encouragés par le succès des Bavarois, les libéraux rhénans provoquèrent dans le môme but, le 14 août, à Kœnigswinter, une assemblée qui remplit de joie ses organisateurs. Les desiderata des vieux-catholiques vis-à-vis de l'Etat, juridiquement formulés par M. de Schulte avec l'assentiment de Doellinger, peuvent se résumer dans les neuf points suivants: « 1° L'Etat déclarera solennellement qu'il ne reconnaît plus comme la véritable Eglise catholique celle qui adhère au dogme du 18 juillet 1870; 2° il refusera à ce dogme tout effet sur le terrain de l'Etat et de la commune, dans le domaine politique et civil ; 3° il repoussera par tous les moyens qui sont en son pouvoir toute tentative, de quelque part qu'elle vienne, d'introduire clans la vie civile les nouvelles maximes politiques de la papauté ; 4° il ne souffrira pas l'oppression des vrais catholiques par les évêques favorables au nouveau dogme et menacera les persécuteurs de la séquestration des revenus qui proviennent d'une source gouvernementale, à quelque personne et quelque institution qu'ils soient destinés; 5° il introduira des registres civils pour les naissances, les mariages et les décès, rendra le mariage civil obligatoire, imposera par signature et par serment le rejet de l'infaillibilité aux députes comme à tous les fonctionnaires catholiques ; ()" il protégera dans leur fortune ecclésiastique les patrons et les communautés qui seront restés fidèles à la véritable Eglise catholique; 7° il éloignera des emplois dont il dispose tout ecclésiastique infaillibilité; 8" il ne nommera quedes ecclésiastiques qui ne reconnaissent pas le nouveau dogme aux charges el aux bénéfices pour lesquels il possède un droit de nomination ou de présentation; (.)" il repoussera énergiquement toute incursion des prêtres el des évéques infaillibilistes dans le domaine de la vie civile. Ces desiderata deM.de Schulte, qui une année après servirent

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de base aux délibérations du congrès de Munich, ont depuis lors reçu une ample satisfaction par les lois successivement votées dans les parlements de Carlsruhe, de Darmstadt, de Berlin. [ — Malgré ces différents travaux, en dépit des nombreuses brochures scientifiques et polémiques contre le Vatican signées de noms illustres, d'une nouvelle assemblée populaire qui fut tenue le 21 mai 1871 à Munich et aboutit à Tenvoi d'une adresse aux catholiques d'Allemagne rédigée par le docteur Hubei% le mouvement anti-infaillibiliste semblait au bout d'une année sinon s'épuiser, tout au moins se réduire aux proportions d'une joute académique. Les laïques, dansleur immense majorité, persistaient dans leur apathie spirituelle, leur dédaigneuse indifférence. Les membres du bas clergé, qui étaient in petto favorables aux réformes, n'osaient le déclarer publiquement, de peur d'être excommuniés par leurs évêques. Au bout d'une année il n'en restait que neuf qui eussent persévéré dans leur opposition. Tous furent suspendus de leurs fonctions par leurs évêques respectifs. Ni le cabinet de Berlin ni celui de Munich ne prêtèrent aux anathèmes de l'Eglise le concours du bras séculier. Sur les pressantes injonctions du prince de Bismarck, M. de Mùlher se vit contraint, dans les derniers mois de son ministère, d'interdire aux évêques toute immixtion dans les universités de leurs diocèses : les professeurs censurés par eux ainsi que le chapelain Wollmann purent poursuivre en toute liberté leur enseignement anti-infaillibiliste. Les jésuites n'en conservèrent pas moins à la cour d'influents protecteurs. Ils possédaient au sein même du cabinet bavarois un champion dévoué dans la personne du ministre des affaires étrangères, le comte Bray, qui s'opposa énergiquement à l'adoption de toute mesure propre à sauvegarder les droits de l'Etat. Lorsque, le 25 juin 1870, un des signataires de l'adresse du Casino, le professeur Zengger, se trouva en danger de mort, le curé de sa paroisse, après lui avoir vainement demandé de se rétracter, lui refusa l' extrême-onction qui lui fut donnée par l'abbé Friederich; un autre vieux-catholique, le professeur Messmer, entendit sa confession; 20,000 personnes l'accompagnèrent à sa dernière demeure. Mgr de Scherz, aussitôt qu'il en fut informé, excommunia l'abbé Messmer et destitua l'abbé Friederich de son bénéfice à l'église de la cour, sans que le ministre des cultes, M. de Lutz, osât protester contre cette audacieuse usurpation. En 1871, malgré la présentation unanime de la faculté de théologie et du sénat, le même ministre refusa d'appuyer auprès du roi la nomination en qualité de professeur ordinaire du jeune et déjà célèbre théologien. M. de Dœllinger possédait seul la puissance nécessaire pour que l'excommunication de son archevêque, loin de lui causer le moindre détriment personnel, lui attirât de nouvelles distinctions. Louis II, avec lequel il est demeuré dans d'étroites relations t qui professe pour son caractère la plus haute estime, le maintint dans ses fonctions de prévôt de Saint-Cajetan, malgré toutes les intrigues ultramontaines, et le nomma en 1870 membre du chapitre de (( l'ordre de Maximilien pour l'art et la science ». Le 21 juillet ses collègues, par 54 voix sur G3, le choisirent pour leur recteur afin

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qu'il présidai au jubilé séculaire de l'université; eu 1875 il est devenu président perpétuel de l'Académie des sciences. Les chef s des vieuxcatholiques eux-mêmes contribuèrent peut-être à refroidir le zèle dé

leurs adeptes par leurs allures diplomatiques, leur excessive prudence, leur refus persistant d'autoriser la création de communautés distinctes,

lorsque dans la première heure d'enthousiasme elles auraient surgi de toute part, même dans des localités devenues indifférentes ou hostiles. Les seules (jui se fondèrent furent eelles de MeringetdeKattowicz, parce que dans l'une et l'autre paroisse la presque totalité des habitantsse rangea ouvertement sous la bannière du curéanti-infaillibiliste. Les comités d'action institués en Bavière et sur les bords du Rhin ne rendirent pas, faute d'une solide organisation intérieure, tous les services qu'on aurait été en droit d'espérer. Cette timidité qui nous surprend au premier abord chez les promoteurs d'une évolution progressive, s'explique par leurs antécédents personnels. Tous avaient été jusqu'au dernier concile des catholiques stricts sur l'esprit desquels L unité extérieure de l'Eglise avait produit une impression ineffaçable, auxquels aucune perspective ne répugnait plus que celle d'un schisme. M. de Dœllinger, qui avait été longtemps le patriarche vénéré du catholicisme germanique, avait témoigné en toute circonstance de sa haine profonde pour l'hérésie: dans ses discours à la chambre haute de Munich (4845-1849, 1808-1870) et au parlement de Francfort; dans ses brochures contre Bunsen au sujet du conflit des mariages mixtes (4837) et pour la génuflexion des soldats protestants devant l'hostie (4843) : dans ses ouvrages sur la Re formation en A llemagne (1846-1848;, Luther | 1853), /' Eglise et les Eglises (4864). Huber etFriederich s'étaient toujours montrés ses fidèles disciples et n'avaient pas suivi Frohschammer dans sa révolte. L'abbé Michelis avait siégé à la seconde chambre de Prusse sur les bancs ultramontains (1808-1869) ; M. de Schulte avait longtemps rempli les fonctions de conseiller juridique de l'archevêque de Prague et figuré au premier rang parmi les défenseurs du concordat autrichien (18 août 1855). Dans unesituation qui commençait à devenir critique, il était urgent de frapper un coup décisif pour prévenir un désastre. Les conférences d'Heidelberg (5 et 0 août 1871 vinrent en temps opportun pour ranimer les esprits quelque peu abattus, préparer le congrès qui se tint du 20 au 24 septembre à Munich, dans le palais de cristal, devant une foule aussi nombreuse que sympathique (6,00Q auditeurs). Le président fut M. de Sehuite, qui s'acquitta de ses fonctions avec une supérioritési marquée qu'il en fut investi dans tous les congrès suivants, y compris le dernier, celui de Breslau (24-24 septembre 1876); la majorité ne se départit point dans le« débats de sa prudence accoutumée et s'efforça visiblement de conserver dans son intégrité cette Eglise idéale qui, dans ta pensée de ses principaux docteurs, aurait subsisté jusqu'au votedu 1 S juillet 1870, d'écartet toute résolution qui aurait ressemblé à une rupture avec le passé, les principes du catholicisme. Les réformes plus vigoureuses auxquelles auraient incliné les délégués suisses et autrichiens furent ajournées connue intempestives jusqu'au prochain réveil de l'opinion publique.

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Et cependant la puissance de l'esprit moderne était si forte qu'en dépit de leurs craintes, de leurs calculs diplomatiques, ces novateurs malgré eux émirent une déclaration aussi hardie par sa portée que féconde par ses conséquences : « Les décrets d'un concile œcuménique ne sont valables que dans la mesure où ils ne contredisent aucune donnée certaine de la science, où ils concordent avec les besoins religieux nettement exprimés de l'Eglise universelle. » M. de Dœllinger travailla pendant le cours des séances à la réalisation de son rêve favori d'une réconciliation avec l'Eglise grecque; MM. Huber, Reinkenset quelques autres de leurs collègues insistèrent dans un sympathique langage sur la nécessité d'un rapprochement graduel vers le protestantisme, mais d'autre part ils s'abstinrent soigneusement de toute attaque, même légère, contre la dogmatique traditionnelle et bornèrent leurs vœux à des améliorations pratiques: éducation solide et nationale des futurs prêtres, protection du bas clergé contre l'arbitraire des évêques, sauvegarde des intérêts matériels et spirituels des vieux-catholiques. Quelques-uns de leurs postulats, celui entre autres qui réclamait l'expulsion des jésuites, reçurent du Reichstag, avec l'ouverture des hostilités entre l'Etat et l'Eglise romaine et leur âpreté croissante, une satisfaction aussi rapide qu'inespérée (loi du 4 juillet 1872). Le congrès de Munich, en dépit de tous les atermoiements, prit deux décisions importantes. Il statua en premier lieu, malgré la persévérante opposition de Dœllinger, qu'il serait procédé à la création de paroisses distinctes, organisé une cure d'àmes régulière dans toutes les communautés où le besoin s'en ferait sentir. L'alliance fraternelle conclue avec les jansénistes hollandais et leur représentant l'évêque de Deventer permit aux vieux-catholiques de confirmer leurs enfants, de consacrer leurs prêtres suivant les règles canoniques, quoique tous les évêques allemands se fussent courbés devant les ordres de Pie IX et les eussent excommuniés comme hérétiques. Les bienfaisants effets du premier de ces votes ne se firent pas attendre : avant la fin de 1871 il s'était constitué plusieurs communautés vieilles-catholiques florissantes, soit en Bavière (Munich, Passau, Kempten), soit sur les bords du Rhin (Fribourg, Heidelberg, Kaiserslautern, Bonn, Cologne, Elberfeld). Dans la plupart des cas elles furent reconnues par le gouvernement et obtinrent la jouissance d'une église; cependant M. de Lutz,qui se complaisait à la tribune et dans la presse à de subtiles discussions juridiques avec les ultramontains, s'efforça de regagner leurs bonnes grâces par ses pratiques administratives, les obstacles de tout genre qu'il suscita à ses adversaires. A Simbach par exemple, dans la Basse-Bavière, où la majorité de la paroisse s'était prononcée contre l'infaillibilité, il refusa l'église sous le prétexte que le curé persévérait dans l'opinion contraire. Le clergé conserva partout sa suprématie sur l'école, sauf dans quelques villes où les enfants qui appartenaient à des familles libérales furent dispensés de suivre un enseignement qui blessait leur conscience; encore ne jouirent-ils de cette immunité que pour les gymnases et les autres établissements d'instruction secondaire. En Prusse M. Falk combattit avec une vigueur tout autre les empiétements hiérarchiques. Les

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vieux-catholiques avaient obtenu à Cologne Le simultanéum pour mie église affectée au service de La garnison: celle de Pantaléon; l'aumônier

militaire Mgr Namzanowski, qui y interdit le culte romain, comme si elle eût été profanée, aussitôt après la célébration delà première messe par le curé vieux-catholique Tangermann, lut cité devant un tribunal disciplinaire et suspendu de ses fonctions. Les vieux-catholiques de Wiesbaden lurent exemptés de toute contribution pour le culte infaillibiliste parmi décret ministériel du 19 mars 1872, qui lit loi pour tous les cas subséquents du même ordre; ceux de Kattowicz furent autorisés à se constituer en communauté distincte. D'autre part, afin de tenir la balance égale entre les deux partis, M. Falk dispensa les enfants ultramontains de Braunsberg de suivre les leçons de 1* hérétique chapelain Wollmann. Ainsi se forma peu à peu par la force des choses une procédure toute empirique : en thèse générale la prétention de M. de Schulte, d'après laquelle l'Etat devait reconnaître les vieux-catholiques, en dépit de leur infime minorité, comme les seuls héritiers légitimes de l'Eglise qui existait avant le décret du 18 juillet 1870, était tout aussi inadmissible que celle des ultramontains d'expulser leurs adversaires. Les hommes d'Etat allemands gardèrent la neutralité aussi longtemps que le conflit resta sur le terrain du dogme, et n'intervinrent que lorsque leurs droits coururent de la part de la [hiérarchie romaine un sérieux péril. — Départ et d'autre la lutte s'accentua avec l'année 1872. Les ultramontains redoublent de violence pour maintenir le clergé sous le joug, les laïques dans leur indifférence ou leur aveugle soumission. Les événements parurent leur donner gain de cause. Le bas peuple, fanatisé par d'habiles agitateurs, contraignit dans les campagnes de la Bavière deux curés vieux-catholiques à la retraite, quoique la majorité leur demeurât acquise dans leurs paroisses ; dans plusieurs villes de la province rhénane il se porta à des excès assez graves pour nécessiter l'intervention de la force armée. D'autre part les chefs de l'opposition, Dœllinger, Friederich, Huber, Michelis, Reinkens, déployèrent une extrême ardeur et se multiplièrent soit dans des conférences scientifiques partout suivies par de nombreux auditeurs, soit dans des synodes provinciaux successivement tenus à Kaiserslautern, à Aschati'enbourg, à Bonn (17 mars 1872). L'archevêque d'Utrecht, Ifgr Henri Loos, entreprit en juillet de la même année pour la confirmation des enfants de son nouveau diocèse, malgré son grand âge, une tournée pastorale qui eut de très-heureuses conséquences et provoqua en plusieurs endroits de véritables ovations. Ces divers travaux préparatoires reçurent leur couronnement au deuxième congrès général qui fut tenu à Cologne, dans l'antique salle du Gurzenich,du20 au 2'i septembre 1872. Les séances furent principalement consacrées a l'examen dequestions administratives et politico-ecclésiastiques. Et tout d'abord L'assemblée confirma solennellement les déclarations de Munich d'après Lesquelles le concile du Vatican n'avait pas seulement changé le contenu objectif du dogme, mais la qualité essentielle <lu docteur, et avait en conséquence provoqué la création d'une Eglise schismatique ultramontaine. Les évéques qui s'étaient rendus complices <!<• cette révolution

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avaient perdu toute autorité sur les membres demeurés tidèles à l'ancienne Eglise. L'Etat tout au contraire était tenu de protéger ces derniers dans l'exercice de leurs droits ecclésiastiques, de reconnaître leurs évêques et leurs pasteurs, de placer leurs communautés sur un pied d'égalité complet avec les autres corporations légales, de les exempter de tout impôt destiné au culte ultramontain, de leur garantir le simultanéum pour les Eglises, une part proportionnelle dans les revenus communs, d'inscrire à son budget une somme suffisante pour la dotation d'un clergé national, l'entretien de son culte. Relativement à l'organisation intérieure, les membres du congrès décrétèrent en principe l'élection d'un évêque qui. conformément aux canons de l'ancienne Eglise, serait accomplie d'un commun accord par le clergé et le peuple; la fondation de paroisses ou d'associations vieilles-catholiques dans toutes les localités où le besoin s'en ferait sentir. Ils adoptèrent en outre une série de mesures propres à l'allégement de la crise actuelle, telles que la validité des sacrements distribués sans l'autorisation épiscopale, l'abolition pour l'exercice des fonctions pastorales de toute restriction diocésaine, et en thèse générale dans les cas d'urgence de toute prescription liturgique, la légalité des mariages contractés devant deux témoins malgré l'absence d'un prêtre ou la violation d'une des formalités maintenues jusqu'à nos jours par le saint-siége, la faculté de se servir pour la célébration du culte des chapelles protestantes. Les archevêques d'Utrecht et d'Arménie continueraient à exercer leur juridk tion jusqu'à l'élection d'un titulaire particulier pour l'Allemagne. Si la majorité de l'assemblée, avec sa prudence ordinaire, résolut de différer jusqu'à une époque plus favorable des réformes qui semblaient urgentes, telles que l'abolition de la messe en langue latine, du célibat des prêtres ou la confession obligatoire, si elle se crut dans l'obligation de condamner en termes sévères soit le récent mariage du P. Hyacinthe (août 1872), soit les tendances rationalistes, les procédés quelque peu révolutionnaires du curé de Vienne, Aloys Anton, elle marqua cependant avec éclat par la bouche d'un de ses chefs les plus autorisés, l'abbé Friederich, l'esprit véritablement libéral qui l'animait. « Nous sommes, dit-il, poussés dans les voies du progrès par le mauvais vouloir des évêques. Le mouvement vieux-catholique a franchi les barrières qu'il s'était posées lors de ses débuts et ne combat pas seulement aujourd'hui l' infaillibilité, mais tout le système papal, un système uniquement basé sur l'imposture, qui fleurit depuis un millier d'années et n'a fait, avec le vote du 18 juillet 1870, qu'atteindre son apogée. » La timidité du congrès dans les questions dogmatiques fut corrigée par la netteté avec laquelle, en réponse aux agitations de la démagogie ultramontaine, il affirma ses sentiments nationaux et patriotiques, la vigueur avec laquelle il s'éleva contre ces abus de la chaire qu'avait déjà réprimés le Reichstag sur la proposition de M. de Lutz (loi du 10 décembre 1871). L'année suivante, le 4 juillet 1873, la vitalité du mouvement vieux-catholique fut attestée par l'élection de l'évêque à laquelle procédèrent à Cologne les prêtres anti-infaillibilistes, les délégués des différentes paroisses. Leur choix tomba sur un de leurs théologiens les plus instruits,

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de leurs hommes d'Etat les plus clairvoyants et Les plus habiles, Lancieu professeur d'histoire ecclésiastique à l'université de Breslau, Joseph-Hubert Reinkens. Le Douve! élu, après avoir été consacré le 11 aoûl delà même année, à Rotterdam, par L'évéque janséniste de

Deventer, l'ut successivement reconnu par la Prusse (7 octobre 1873), rands-duchés de Bade et de Hesse-Darmstadt. La Bavière se complut, comme à son ordinaire, dans une position équivoque. La seconde chambre se refusa à une faible majorité, sur le préavis d'une commission présidée par le jurisconsulte de Poëzl, de prendre une mesure semblable à celle de tous les autres parlements germaniques, mais d'autre part le gouvernement, malgré les instances de l'évéque d'Augsbourg, n'empêcha pas Mgr Reinkens d'accomplir chaque année son voyage de confirmation et se tira (rembarras en feignant d'ignorer sa présence. L'organisation communale et synodale fut arrêtée la même année dans ses grandes lignes au congrès de Constance (11-H septembre 1873). Les auteurs s'efforcèrent avec une incontestable habileté de concilier les principes de l'autonomie paroissiale, de la représentation laïque avec la prééminence qui dans tout système catholique appartient au clergé. Au sommet de la hiérarchie fut placé l'évéque élu par le svnode, immédiatement au-dessous de lui un vicaire général comme son mandataire personnel, et une délégation synodale composée de quatre ecclésiastiques et de cinq laïques. Le synode lui-même, dont font partie tous les prêtres et tous les délégués des paroisses (un pour 200 électeurs), est convoqué annuellement par Tévêque qui préside à ses délibérations. Les projets d'arrêtés sont présentés par la délégation synodale; les amendements, pour entrer en délibération, doivent être signée par douze membres au minimum ; les pétitions, les propositions individuelles transmises à la présidence quatorze jours avant l'ouverture de la session. Les décisions se prennent à la majorité absolue; cependant l'exécution de celles qui n'obtiennent pas les deux tiers des voix peut être ajournée jusqu'au prochain synode, qui les soumet à un nouvel examen. Chaque paroisse, pour ce qui concerne la cure d'âmes, est confiée immédiatement à un curé, médiatement à l'évéque; pour tout le reste elle ressort à un comité directeur. Celui-ci, dont les membres varient de six à dix-huit, fixe le budget et administre la fortune de ses mandataires, les représente au dehors et correspond avei les autres paroisses, s'occupe des secours pour les pauvres, veille au bon ordre du culte. Le président est choisi chaque année par ses col- Lègues. L'assemblée paroissiale formée par tous les catholiques qui se sont fait inscrire auprès du conseil et jouissent de leurs droits civils, nomme le curé. I.- conseil, les délégués au synode, approuve le budget. détermine le chiffre de la contribution ecclésiastique. Les curés élus pai elle sont confirmés par l'évéque et ne peuvent être déposés qu'après une enquête ordonnée et conduite par le synode. — Lu vertu dr ces déc sions, !«• premier svnode régulier des vieux-catholiques se réunit à Bonn du -21 au :2(.» mai 1874, <-t fut fréquenté par trente délégués e< i léiques, < inquante-neuf laïques. La même sagesse, qui dés l'origine ;,\ | présidé à tout !<' mouvement, inspira ses délibérations. Il fut

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établi en thèse générale qu'aucune réforme ne pourrait être introduite dans une communauté avant d'avoir été adoptée par le synode ; toute modilication qui serait opérée arbitrairement soit par une paroisse; isolée, soit par un seul prêtre, fut proscrite avec une extrême rigueur. Les vieux-catholiques, qui ne redoutent rien autant qu'un désaccord avec l'autorité civile, évitent avec une anxieuse sollicitude toute mesure intempestive, toute exagération démocratique qui rappellerait celles de Ronge ; ils voient clans cette marche ferme et prudente leur meilleure garantie de succès, dans l'œcuménicité de leurs décisions leur différence caractéristique avec le protestantisme. La confession auriculaire,, l'obligation des jeûnes n'en furent pas moins supprimés d'un commun accord par le premier synode ; de sérieux avertissements adressés aux prêtres pour qu'ils administrent les sacrements dans un esprit véritablement évangélique et mettent en garde leurs adhérents contre les indulgences, le culte des images et d'autres pratiques superstitieuses ; une commission chargée de la préparation d'un rituel en langue allemande, d'un catéchisme, d'une histoire biblique. Les deux premiers volumes, à la rédaction desquels l'abbé Friederich prit une part prépondérante, parurent en 1876; pour l'enseignement religieux dans les écoles, les vieux-catholiques se servent provisoirement des ouvrages de Wessemberg, de Van Ess. La question délicate, embrouillée, des biens ecclésiastiques fut abordée par eux dans le quatrième congrès qui se tint du 6 au 9 septembre 1874, à Fribourg en Brisgau, afin d'établir juridiquement les droits de leurs adeptes ; celle du célibat des prêtres que rejettent en théorie tous leurs canonistes et leurs théologiens sérieux (Dœllinger, Friederich, Schulte, Reinkens), mais qui avait été encore ajournée pour des motifs d'opportunité au dernier synode de Bonn (7-8 juin 1876), reçut une solution provisoire au congrès de Breslau (21-24 septembre 1876). Les délégués décidèrent de s'informer de l'opinion des divers gouvernements germaniques à cet égard, de provoquer un vote individuel de la part des prêtres, un vote collectif de la part des paroisses. La messe en langue latine y fut également supprimée. Dans le domaine pratique, le congrès de Fribourg vota la création d'une caisse centrale pour des conférences anti-ultramontaines, celui de Breslau l'organisation de subsides pour les étudiants vieuxcatholiques. — Les vieux-catholiques, depuis leurs premières manifestations, n'ont cessé de faire en Allemagne de solides et constants progrès malgré leur lenteur apparente. En 1876, d'après le dernier rapport statistique présenté au congrès de Bonn, ils comptaient en Prusse 35, en Bavière 32, dans le Wurtemberg 1, dans le grand-duché de Bade 44, dans celui de Hesse-Darmstadt 5, dans celui d'Oldenbourg (principauté de Birkenleld) 2 paroisses régulièrement constituées. Dans ces divers pays le nombre de leurs adeptes s'élève respectivement : en Prusse à 20*524 (accroissement depuis 1875 : 1,259) ; Cologne, 3,500 ; Bonn, 750; Cret'eld, 1,200; Dortmund, 1,200; Essen, 1,200; Wiesbaden, 1,500; Kœnigsberg, 1,200; Breslau, 2,136; Kattowicz, 1,020; Neisse, 490; en Bavière, 10,567 (accroissement depuis 1875:38')); Munich, 3,000; Kempten, 1,024; Mering, 1,400; Passau, 450; Straubing, 250; Nurem-

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berg, oOO; dans la Bavière Rhénane : Kaiserslautern, 161 ; Deux-Ponts, 'h)~ : dans le grand-duché de Bade, 1 7,203 (accroissement depuis 1875: 2,240) : Constance, 2,000; Fribourg, 200; Carlsruhe, 1,104 ; Heidelberg, 924 ; Mannheim, 750; dans celui de Hesse-Darmstadt, 1,012 (accroissement depuis 1875 :358): Offenbach, 626; dans celui d'Oldenbourg, 2\\) (accroissement depuis 1875 : 56); en Wurtemberg, 223 (accroissement : 126) ; communauté de Stuttgard, 223. Le terrain le plus favorable pour l'extension du vieux-catholicisme a été le grand-duché de Bade, où la majorité des catholiques depuis Wessemberg s'était toujours montrée hostile au Vatican, et où depuis les réformes de 18G0 l'ultramontànisme avait successivement perdu tout appui législatif. Les progrès ont été surtout sensibles dans le district de Constance et la Forêt-Noire, où à diverses reprises des paroisses entières se sont prononcées en bloc contre l'infaillibilité. Si en Bavière le mouvement demeure stationnaire, si en particulier Dœllinger et Friederich se sont vus contraints de suspendre leur enseignement en présence du mauvais vouloir de M. de Lutz, des excommunications de l'archevêque, il a opéré des conquêtes aussi sérieuses qu'inattendues dans des provinces jusqu'alors inféodées au jésuitisme (la Haute-Silésie,les bords du Hhin), grâce surtout à la persévérante activité de deux prêtres, MM. Knoodt de Bonn et Weber de Breslau. Le nombre des ecclésiastiques qui ont fait profession publique de vieux-catholicisme s'élève aujourd'hui à 60 (Prusse, 25; Bade, 22; Bavière, 11; liesse, 2); il a doublé depuis Tentrée en fonctions de Mgr Beinkens. 9 étudiants suivent les cours de la faculté vieille-catholique de Bonn sous la direction des professeurs Keuseh et Langen. Dans la presse le vieux-catholicisme possède comme organes spéciaux : le Mercure allemand, rédigé par le professeur Hirschwalder de Munich; le Messager Vieux-Cotholique; la Gazette de Bonn; en outre ses idées trouvent un sympathique écho dans toute la presse libérale, entre autres les Gazettes de Cologne et d1 Augsbourg. Outre les vieux-catholiques proprement dits, l'équité exige que parmi les partisans d'une évolution progressive au sein du catholicisme soient comptés des milliers de laïques qui acceptent volontiers les lois ecclésiastiques votées par les chambres de Berlin, de Carlsruhe, de Darmstadt, dont quelques-uns même figurent parmi leurs plus ardents promoteurs, leurs défenseurs les plus éloquents et les plus infatigables : citons parmi ces catholique* d'Etat i Staatskatholiken), pour ne choisir que deux noms, le président du Beichstag, M. de Forckenbeck, celui de la chambre des seigneurs de Prusse, le duc de Batibor. — Les vieux-catholiques ne peuvent qu'être satisfaits de leurs rapports avec les autres confessions chrétiennes. M. de Dœllinger, qui en 1873 avait, sous le titre significatif «le Réunion des Eglises, publié un (h; ses meilleurs écrits et organisé dans le même but à Bonn des conférences périodiques, n'a pu s'entendre, il est vrai, sur le Filioque et d'autres subtilités théologiques avec les délégués des Eglises grecque et anglicane, mais cette controverse n'a point altéré leur estime, leur affection réciproques. Les évéques d'Ely, de Lincoln n'ont cessé de suivre avec un sérieux intérêt L'émancipation religieuse vis-à-vis (le Rome, dont le chanoine octogén. 47

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naire demeure le plus illustre représentant. Les protestants orthodoxes ont dès le début montré une froideur voisine de la malveillance (conférences de Berlin, 7-11 octobre 1871 ; d'Erlangen, juin 1872; de Halle, 30 septembre - 4 octobre 1872); dans les chambres prussiennes et le Reichstag, les membres de F extrême droite et du parti de la Croix ont fait, depuis la loi sur l'inspection des écoles (11 mars 1872), cause commune avec les ultramontains. Les protestants libéraux, tout au contraire , bien qu'ils n'approuvent pas les timidités dogmatiques des vieux-catholiques et qu'ils aient la conscience très-nette des divergences qui subsistent entre eux, se sont associés avec joie à leur énergique protestation contre Rome et ont salué en eux des alliés venus d'autres régions mais animés du même esprit. Le congrès de Darmstadt (4-5 octobre 1871) prit contre les jésuites une position toute semblable à celle du congrès de Munich. M. Bluntschli se rendit en hôte sympathique au congrès de Cologne, M. Holtzmaim à ceux de Constance et de Fribourg. Sans parler du manque de prêtres, les vieux-catholiques allemands ont été au début entravés dans leur action par une législation politique déjà ancienne, toute favorable au Vatican. Une ère nouvelle s'ouvrit pour eux en Prusse avec les lois de mai 1873, complétées par celle du 7 juin 1876 sur les biens ecclésiastiques; adversaires et partisans de l'infaillibilité jouissent pour les édifices religieux du simultanéum, pour les biens paroissiaux et les fondations pieuses d'une part proportionnelle au nombre de leurs adhérents. L'évêque vieux-catholique est inscrit au budget des cultes pour une dotation annuelle de 60,000 francs. La situation des vieux-catholiques est encore plus propice dans le grand- duché de Bade où, le 11 février 1873, le ministre Jolly, à la requête du conseil municipal de Constance, leur avait accordé pour une église le simultanéum, le 27 du même mois son usage exclusif après une protestation illégale des ultramontains. En mai 1872 fut promulguée la loi des vieux-catholiques qui établit une complète égalité entre les deux partis pour la jouissance des biens et des bâtiments communaux. Les paroisses détachées de Rome purent s'organiser en toute indépendance, assurées qu'elles étaient .de la conservation de leurs revenus ; les curés, après leur adhésion publique au mouvement, n'en gardèrent pas moins leurs bénéfices. La libre disposition de la fortune ecclésiastique appartint dans chaque paroisse à la majorité ; cependant il fut toujours réservé à la minorité la portion à laquelle elle avait droit. En Bavière tout au contraire les vieuxcatholiques demeurent condamnés à une situation précaire à cause du mauvais vouloir et de la politique ambiguë du gouvernement. M. de Lutz leur refuse obstinément le simultanéum, même dans les cas où le prescrirait l'équité la plus élémentaire. A Munich où, en vertu de leur nombre, ils auraient droit à plusieurs églises, ils se voient réduits à l'usage d'une petite chapelle au-delà de l'Isar; à Wurzbourg, où le sénat académique leur a octroyé en 1872 la chapelle de l'université, ils attendent encore l'autorisation du ministre; à Simbach, où ils possèdent cependant la majorité, ils ont été obligés de construire à leurs propres frais un édifice pour leur culte. La seconde chambre leur a

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refus,', à mit1 faible majorité il est vrai, (nui suicide. Mgr Keinkens n'es! pas encore officiellement racorni», ses voyages ntàssionnaifres ne voni que tolérés, tes décisions prises à .Munich et dans les congrès suivants restent pour tOOl le royaume nulles et non avenues. Cependant leur loi dans l'excellence de leur cause ne semble point refroidie par d'aussi nombreux, d'aussi persistants obstacles, à eu juger par l'entrain, la confiance de leur dernière réunion à Munich (décembre ISTin. — Si le vieux-cathol'u isiue peut considérer Y Allemagne comme sa \éi-itable patrie, il à rencontré en Suisse un sol tout aussi favorable pour la propagation de ses idées* La lutte y fut provoquée, comme au-delà du lllrin. par le fanatisme des évèques, leurs exorbitantes prétentions vis-à-vis du pouvoir civil. Si celui de Goire, tout en proclamant l'infaillibilité, se tint dans les limites (Tune modération relative, si ceux de Sion et de Fribourg bénéficièrent de la faiblesse des tommes d'Etat avec lesquels ils se trouvaient en rapport, celui de Saint-Gai 1 s'engagea avec îe gouvernement de ce canton dans une série de graves conflits; celui de Bàle, Mgr Lâchât, se complut dans la violation des lois auxquelles lors de son installation il avait juré obéissance et lança l'anathème contre des prêtres universellement respectés (MM. Egli et Herzog de Lucerne, Gschwind de Starrhirch dans le canton de Soleure), dont le seul tort consistait à rejeter le nou- , veau dogme pour rester fidèles à leurs convictions. Quelques laïques instruitset courageux, qui depuis longtemps s'efforçaient d'opposer une digue aux progrès de l'ultramontanisme, et parmi lesquels il convient de citer au premier rang M. Relier d'Argovie, prirent l'initiative de la résistance contre le Vatican et déployèrent dans cette amvrejiatriotique autant de tact (pie d'énergie. Les congrès de Soleure (18 septembre 1871;. d'Olten il"- décembre 1872, 31 août 1873, 14 juin 1873, 7-8 juin 187(5), de Berne (44 juin 1874) posèrent les bases de la nouvelle organisation ecclésiastique, accomplirent de nombreuses réformes et répondirent par leur libéralisme aux besoins religieux des populations. Nous mentionnerons parmi les innovations les plus heureuses l'abolition du célibat des prêtres, de la confession auriculaire, de la messe en langue latine; l'élection des curés par les paroisses: l'introduction d'un nouveau rituel pour le servicedivin rédigé par l'abbé Michaud i !<S7«)) et d'un manuel pour l'enseignement religieux dans les écoles, commun aux catholiet aux réformés (Mamtelde Martig, 1875). En Allemagne les chefs du mouvement ont attaché une extrême importance à l'unité de leurœuvre, à sou développement harmonieux et graduel, à son excellence juridique et théologique; en Suisse la crise a revêtu un caractère fout démocratique et les paroisses jouissent pour leur organisation intérieure d'une complète autonomie. L'ce* uménicité indispensable à toute évolution qui revendique le titre de catholique u'a point cependant été sacrifiée, tout

au contraire, il a été élevé COBtre les fantaisies individuelles une solide

barrière par L'élection d'un évêque (Olten?, o-0 juin 1876). Le choix des délégués tomba sur un prêtre aussi recommanda-blé par son talent que par son caractère, M. Edouard Herzog, curé à Berne, pour la consécra

tion duquel Mgriteinkens >«■ rendit le 18 octobre de la môme année dan

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la petite ville argovienne de Rheinfelden. 11 a été pourvu au commencement de Tannée académique (1874-1875) aux intérêts scientifiques de la nouvelle Eglise par l'adjonction à l'université de Berne d'une faculté de théologie vieille-catholique à laquelle ont été successivement appelés MM, Hirschwalder, Gœrgens, Gareis, Herzog, Michaud ; ce dernier remplit en outre les fonctions de vicaire général pour les cantons de langue française. Dans la Suisse romande, Genève a été jusqu'à présent le foyer le plus actif du mouvement, le principal théâtre des réformes. Un prêtre ambitieux et intrigant, M. Gaspard Mermilliod, curé de Genève, évêque in partibus d'Hébron, s'était arrogé, au mépris de la loi et avec la connivence du gouvernement dirigé par M. James Fazv, d'exorbitantes prérogatives et ne rêvait rien moins, après la proclamation de l'infaillibilité, que la célébration de la messe dans la cathédrale de Saint-Pierre, la restauration d'un évêché dans la république de Calvin. Sa foi trop audacieuse dans le succès, l'intempérance de son zèle déchirèrent la trame patiemment, artificieusement ourdie par ses maitres, les jésuites. Le 20 septembre 1872 le Conseil d'Etat, présidé par M. Carteret, le suspendit de ses fonctions soit comme curé soit comme vicaire épiscopal pour avoir exercé des fonctions pour lesquelles il n'était pas autorisé, travaillé au démembrement du diocèse de Lausanne tel qu'il avait été institué par la bulle de 1819. M. Mermilliod refusa de se soumettre (lettre du 28 septembre), fut soutenu dans sa résistance par tout son clergé (lettre du 5 octobre) et accepta de Pie IX pour la Suisse la charge de vicaire apostolique. Le Conseil fédéral punit de l'exil cette nouvelle usurpation (arrêtdu!7 février 1873). Une nouvelle ère s'ouvrit avec la loi du 19 mars 1873, qui rendit aux vieux-catholiques le droit d'élire leurs pasteurs. Les libéraux profitèrent de l'abstention des ultramontains pour choisir trois curés qui leur fussent sympathiques, entre autres M. Hyacinthe Loyson, dont les conférences sur la Réforme catholique venaient de produire une immense sensation et avaient été applaudies par des milliers d'auditeurs. Depuis cette époque le mouvement s'est propagé dans les campagnes; il existe aujourd'hui dans le canton de Genève quatorze paroisses libérales. Comme dans tout le reste de la Suisse, les novateurs placent leur espoir dans la jeunesse, les enfants confirmés ou instruits dans les écoles. Cinq années de lutte ont prouvé sa puissance et il se montre aujourd'hui aussi vivace qu'au début, malgré les intrigues et les violences des ultramontains, la démission du P. Hyacinthe (août 1874), les crises inséparables de toute évolution religieuse. Son triomphe doit être attribué dans une large mesure au dévouement et à la persévérance de ses chefs, à la prédominance de l'élément laïque. Dans la Suisse les principes catholiques chrétiens (c'est le nom adopté par les vieux-catholiques) l'ont emporté dans la ville de Zurich et se déploient avec une énergie, un succès toujours croissants dans les cantons d'Argovie et de Soleure. Dans le canton de Berne ils progressent lentement, mais sûrement dans le Jura, malgré le fanatisme des ultramontains, l'ignorance et la paresse spirituelle des populations, les mesures brutales du pouvoir exécutif. Voici les derniers chiffres statistiques présentés au svnode d'Olten :

CATHOLIQUES (Vieux-) — CATIXAT 741

Berne, 34 paroisses, 22.600 membres, 36 ecclésiastiques; Soleure, 8 paroisses, 8. 770 m., \ ceci.; Lucerne, 3 sociétés, 1.250 m.; Saint-Gall, 3 sociétés, 3.950 m. : Baie (ville), 1 paroisse, fc.OOOm. ; Bàle (campagne),

2 sociétés, 070 in.; Zurich, 1 paroisse. S. 000 ni., 2 eccl. ; Argovie,

S paroisses, 7.200 m., 7 eccl.; Neuchatel, 1 paroisse (Chaux-de-Fonds), 2.000 m., 1 ceci.; Genève, i't paroisses, 11.940 m., 15 eccl.— Dans le reste de l'Europe les espérances de réveil qu'on avait pu concevoir au lendemain du dogme du 18 juillet 1S70 se sont promptement démenties. Le curé de Vienne, Aloys Anton, a échoué dans sa bizarre combinaison du joséphisme et du catholicisme allemand. Sa communauté (fondée le 11 février 1872) subsiste encore et se fait régulièrement représenter dans les congrès germaniques, mais elle n'est pas reconnue par l'Etat et ne possède aucune Eglise. Le ministre des cultes M. Stremayr, malgré sa réputation de libéralisme, s'est montré comme tous les doctrinaires un complaisant fauteur du clergé et a étouffé en germe toute nouvelle association religieuse en lui refusant le titre de catholique (loi du 21 mars 1874). En France la tentative isolée de l'abbé Michaud n'a pas trouvé d'écho ; nous ne savons de quel effet pratique seront suivies les récentes conférences du P. Hyacinthe (avril 1877). L'Italie a fait preuvedela même indifférence, du même scepticisme que les autres pays latins. Le comité vieux-catholique qui s'était constitué à Rome le 7 mai 1872 n'a pas recruté d'adhérents et ne posséderait que de faibles perspectives de succès, s'il fallait en croire le rapport présenté au congrès de Fribourg par un de ses membres les plus sérieux, le marquis Guemeri Gonzaga. — Sources : Comptes-rendus stéi m graphiques des congrès vieux-catholiques en Suisse et en Allemagne; Bnukhaus, Conversationslexicon,!, 1875, 12" édition; WolfgangMenzel, L'injustice de Rome, Stuttgard, 1871; Les intrigves récentes des jésuites en Allemagne, Stuttgard, 1873; Nippold, Origines et Etendue du mouvement vieux-catholique, ses chances adverses et favorables; Le Catholicisme et V Etat modei'ne, Berlin, 1873. E. Stkœhlin.

CATINÀT. Ce célèbre cam isard, dont le vrai nom était Abdias More], naquit au Cayla, près d'Aigues-Mortes, et dut son surnom de Catinat à l'admiration qu'il professait pour cet illustre général, sous qui il avait servi en Italie. Il débuta par l'assassinat du baron de Saint-Cosme, qui avait commis d'atroces exécutions contre les protestants. Poursuivi pour ce crime, il rejoignit Cavalier, qui le nomma son lieutenant (septembre 1702). Il se signala au sanglant combat de Vaquières (5 septembre), se saisit de la ville de Sauve à la faveur d'un déguisement de lieutenant-colonel, mit en déroute, aidé de Havanel, le duc de Broglie au Val-de-Bane (12 janvier 1703), et culbuta dans le Gardon à Barn le chevalier de Saint-Chaptes. Sentant le besoin de posséder quelque cavalerie, Cavalier l'envoya ensuite dans la Camargue, d'où il ramena 200 chevaux. .Mais il échoua dans son expédition du Rouergue. Quand Cavalier eut traité avec Villars,il ne voulut point se soumettre et se lit battre à Marnège en Vannage. Découragé, il se rendit et passa en Suisse (8 octobre 1703), d'où il revint au bout de deux mois. Sa tête ayant été mise à prix parBerwick, le 20 avril 170*j,

742 CATINAT — CATURCE

il fut arrêté dès le lendemain dans la campagne de Nimes. Soumis à la torture, il lit de coupables révélations et l'ut condamné à être brûlé vif, 11 mourut en désespéré, tandis que son compagnon Havane! expirait en chantant des psaumes, d'où Ton peut inférer que la gloire de Dieu n'avait pas été le mobile de ses actions.

CATROU (François), jésuite (1659-1737). Après quelques années de prédication, il renonça à la chaire pour se livrer à la littérature. Il donna une traduction, ou plutôt un travestissement de Virgile justement oublié, et une Histoire générale de l'empire du Mogol, d'après les mémoires portugais de Manouchi, qui eut plusieurs éditions et une traduction en italien. Il fit, en collaboration avec le P. Rouillé, une Histoire romaine (Paris, 1725-48, 21 vol. in-4°, lig.). Le P. Routh en lit le dernier volume, qui ne va guère au-delà de Claude. Elle fut traduite en anglais et en italien, mais le style en est aussi pompeux que l'érudition pleine de fatras, et elle n'a plus de valeur que par les gravures dont elle est illustrée. L'ouvrage où il montra le plus de verve, mais aussi de partialité, estl' Histoire des anabaptistes, leur doctrine, etc. (Paris, 1695), qu'il fondit en 1733 dans son Histoire du fanatisme des religions protestantes, de Vanabaptisme, du davidisme, du quaherisine (Paris, 3 vol. in-12). Catrou mérite une notice par sa collaboration au Journal de Trévoux : il commença en 1701 ce recueil célèbre et y travailla douze ans.

CATURCE (Jean de), martyr protestant, natif de Limoux, où il fut brûlé vif comme hérétique en 1532. Crespin l'a inscrit dans son Livre d'or. (( Homme d'excellent savoir, tant en sa profession qu'es saintes lettres », il professait le droit à l'Université de Toulouse. Se trouvant dans sa ville natale, le jour de la Toussaint 1531, il fit une exhortation et fut cause qu'à souper, au lieu du cri païen : Le roy boit! On adopta de dire : Que Christ règne en nos cœurs! Ensuite, au lieu des propos et jeux licencieux auxquels on avait coutume de se livrer après boire, on conversa sur l'Ecriture. Dénoncé comme novateur, il fut arrêté en janvier 1532, et comme il embarrassa les juges en justifiant et maintenant tout « ce qu'il avait sur le cœur », voulant un débat public « avec gens savants », on lui demanda seulement de se rétracter sur trois points, et de déclarer aux écoliers qu'il avait failli, moyennant quoi on le relâcherait. Après un moment d'hésitalion, il tint ferme, et fut condamné comme hérétique. Le supplice eut lieu au mois de juin, place Saint-Etienne, et l'on y mit le temps. La dégradation prit environ trois heures, que Gaturce employa bien, citant l'Ecriture en témoignage contre ses bourreaux et la mettant en évidence devant les écoliers. Un jacobin, chargé du sermon de circonstance, ayant pris malencontreusement pour texte le quatrième chapitre de l'épitre de Paul à Timothée : « Mais l'Esprit dit expressément, etc. » et s'étant arrêté aux premiers mots, pour l'écourter et le commenter à sa guise : « Suivez! suivez donc! » lui dit Caturce à haute et intelligible voix. Mais comme notre jacobin n'avait garde de e faire et restait muet, il poursuivit lui-même la citation : « Etant entraînés par l'hypocrisie d'imposteurs marqués de flétrissure en leur propre conscience, qui

CATUROE — CAUMOXT LA FORCE 743

proscrivent le mariais et l'usage d'aliments, etc. » On juge quel fut l'eue! d'une telle prédication but les auditeurs. Reconduit an palais pour y recevoir sa sentence, il y tut revêtu d'un san-benito et mené au bûcher, « ne cessant jusquesau dernier soupir de louer et glorifier Dieu, et d'exhorter le peuple à la connaissance d'iceluy. » Sa mort porta de grands lruits d'édification, u spécialement vers les escholiers. »

CAUCHON (Pierre), évéque de Beauvais, puis de Lisieux, tristement fameux par le rôle qu'il joua dans le procès de Jeanne d'Arc. Chassé de Beauvais en 1429, par ses propres diocésains, à cause de son attachement au parti anglais et bourguignon, il lit bien voir qu'il ne renonçait que de force à son siège quand Jeanne d'Arc lut prise à Compiègne, dans les limites de son ancienne juridiction. L'ardeur avec laquelle il réclama le droit de la juger n'eut d'égale que celle qu'il mit à la condamner. Le siège de Rouen où l'héroïne fut conduite étant vacant, il se ht déléguer par le chapitre pour exercer les droits épiscopaux, c'est-à-dire pour présider les six évèques et les docteurs qui remplirent sous lui les fonctions de juges et d'assesseurs. Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans les détails d'un procès dans lequel Cauchon. selon le témoignage d'un greffier, essaya de falsilier jusqu'aux réponses de L'accusée. Après avoir condamné l'héroïne à une prison perpétuelle, au pain et à l'eau, il n'eut pas honte de renchérir par un second jugement sur la première sentence en la livrant « au bras séculier » pour être brûlée vive. Il mourut subitement douze ans après i 1443). Le roi d'Angleterre l'avait garanti contre toute condamnation du saint-siège. Aussi Calixte 111 l'excommunia-t-il un peu tard, après sa mort. On exhuma ses restes pour les jeter à la voirie; mais les exé nations des contemporains avaient devancé plus vite celles de la postérité.

CAUMONT LA FORGE. François de Caumont, seigneur de La Force, en Périgord, né en 1524, fut du nombre « des gens de la religion que la maison de Guise attira à Paris, sous le prétexte du mariage du roi de Navarre, pour exécuter contre eux le détestable massacre de la Saint- Barthélémy ». Ainsi s'exprime, dans ses Mémoires, celui de ses lils que cet odieux événement ht orphelin et qui, miraculeusement sauvé lui-même, est devenu maréchal de France et a illustré dans l'histoire le nom de cette famille. Ils étaient logés rue de Seine. Avertis par un serviteur dévoué-, qui avait passé l'eau à l'a liage, ils croient d'abord (pie le roi n'est pas consentant et veulent aller se ranger autour de sa personne; bientôt désabusés, ils s'enferment en leur logis, et attendent de pied ferme a la grâce de Dieu, lies assassins arrivent aux cris de : Tue! tue! et commencent par piller, puis vont procéder au meurtre, quand le capitaine ouvre l'oreille à une promesse de rançon et accoutre >e> victimes en égorgeurs pour les préserver : croii blanche au chapeau, bras droil nu jusqu'à l'épaule. Mais les deux mille écus promis tardaient à venir; La Force veut rester fidèle à sa parole et refuse da fuir. Le soir même du jour où il allait être libéré et sauvé. Coconas le vient chercher, comme pour le conduire au <\\w d'Anjou ; bientôt, arrivés au fond de la me des Petits-Champs, ils sont massacrés et dépouillés sui

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