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place. Mais, en voyant tomber son père au premier coup, Jacques- Nompar, âgé alors de quatorze ans, avait eu l'inspiration de se laisser tomber aussi et de faire le mort. Des voisins s'étant ensuite approchés et montrant quelque commisération, il souleva sa tête et dit tout bas à l'un deux : « Je ne suis pas mort. Je vous prie, sauvez-moi la vie ! » L'homme lui mit la main sur la tête, disant : « Ne bougez ! ils sont encore là. » Et étant revenu peu après, il le fait lever, le couvre de son mauvais manteau et remmène. C'était un marqueur du jeu de paume de la rue Verdelet. L'enfant est d'abord caché par lui, puis conduit de grand matin, avec toutes sortes de précautions et de difficultés, à l'arsenal où sa tante, madame de Brisambourg, le reçoit tout émue et le met dans le cabinet du maréchal de Biron. L'arsenal n'était pas lieu de sûreté, des soupçons motivent une alerte vive, et il n'échappe aux recherches que parce qu'on l'a dissimulé, dans la chambre des iilles, entre deux lits d'enfants, sous un monceau de vertugadins. Tous les dangers étaient loin d'être conjurés : il fallait en courir de nouveaux pour échapper à celui de rester à Paris. Coniié à Jean de Durfort, il parvint, après huit jours de transes continuelles, jusqu'au château de Castelnaut, où son oncle Geoffroi s'était retiré. De pareilles épreuves ne furent pas mises en oubli par le jeune huguenot. C'est en vain que Henri III, pour s'assurer de lui et de ses biens, le plaça sous la tutelle d'un catholique zélé, le comte de La Yauguyon. Dès qu'il fut en état de porter les armes et de combattre la Ligue, cette queue grotesque de la Saint-Barthélémy, il se hâta de se ranger sous le drapeau du roi de Navarre et débuta au siège de Marmande, en 1577 ; il était à la prise de Cahors, en 1580, et obtint bientôt le gouvernement de Sainte- Foy et de Bergerac. La fermeté de ses avis plut au prince, lors des avances faites par Henri III en 1585; on n'y répondit pas, on ne désarma pas non plus, et la suite montra qu'on avait eu raison. Il montra successivement sa valeur à Castets, à Marans, au combat d'Anthogni, enfin à Coutras, où il mérita d'être fait gouverneur de la Basse- Guienne. Il refoula les ligueurs à La Linde (1587). Quand les deux rois se furent réunis contre la Ligue, il couvrit le siège de Pontoise, et, en 1589, combattit à Arques, où il se signala exceptionnellement, culbutant, avec 120 hommes, plus de 2,000 lances ennemies, et ayant trois chevaux tués sous lui et deux blessés. Le brevet de capitaine de cent hommes d'armes fut sa récompense. Il fut à Ivry et au siège de Paris (1590), à ceux de Chartres et de Noyon (1591), à celui de Rouen (1592). En 1593, il reçut le gouvernement du Béarn et la vice-royauté de Navarre. En 1594, il était au sacre de Henri IV, à Chartres, et à son entrée dans Paris. L'année suivante, il combattit à Laon et à Fontaine- Française, et, en 1596, à LaFère. Enfin, en 1597, il contribua à la reprise d'Amiens, et fut chargé, en 1599, de faire exécuter l'édit de Nantes en Béarn et en Guienne, tâche malaisée dont il sut venir à bout. Il fut mandé à Lyon pour l'expédition de Savoie, et c'est à lui que le vieux Théodore de Bèze dut sa célèbre entrevue avec le roi. Cette époque de sa carrière fut profondément troublée par le procès et la condamnation du maréchal de Biron, qui était son beau-frère. Henri IV,
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supplié par lui, fut inexorable, mais plein d'égards pour sa personne, et il lui pardonna d'avoir, quatre ans plus tard, vengé la mort de son parent sur l'homme qui L'avait trompé et vendu. Fidèle à son souverain. La Force s'entremit toujours pour L'apaiser dans ses ressentiments et maintenir soit Bouillon, soit Kohan, dans ses bonnes grâces. 11 se trouvait dans le carrosse royal, au jour fatal où Ravaillac lit son œuvre maudite. 11 devait, le lendemain, prêter serment comme maréchal de France et partir pour l'expédition contre L'Espagne. On lui donna ordre de quitter la cour et de retourner en Béarn pour y faire reconnaître le nouveau roi, observer la frontière et rassurer les huguenots alarmés. Sa conduite, dans les temps agités, fut prudente et énergique à la lois. Il eut à modérer ses coreligionnaires, en luttant contre les intrigues des évêques béarnais ; puis à manœuvrer, sans rien compromettre, au milieu des hostilités déclarées par Gondé et des délibérations des assemblées politiques de Sainte-Foy et de Grenoble. L'avénement de Luynes, en î()17, fut pour lui une menace sérieuse. En effet, le favori de Louis XIII, intéressé à le ruiner, essaya d'abord de perdre Fun de ses fils (Montpouillan) qui avait une charge de cour et était aimé du roi ; n'y ayant pas réussi, il souleva la question de la mainlevée des biens ecclésiastiques du Béarn, sachant bien que La Force ne pouvait que s'opposer à Fédit et se perdre ainsi auprès du roi. La résistance ayant éclaté à Pau et ailleurs, La Force fut mandé à Bordeaux par Louis XIII; il usa de son inlluence pour amener le parlement à enregistrer Fédit et à empêcher ainsi les malheurs que pouvait entraîner Farrivée du roi à Pau. C'était trop tard : le 15 octobre 1020, Louis entrait à Pau et les deux provinces étaient traitées en pays conquis. La Force ne fut pourtant pas arrêté, il fut même conservé; mais il n'était plus que Fombre d'un gouverneur. Il lui fallait bientôt pourvoir à sa propre sûreté, en levant des troupes. Sommé de désarmer, il dut se retirer précipitamment, en mai 1621, devant d'Epernon qui venait pour le déposséder. Il organisa aussitôt la défense en Guienne, mais eut à subir des défections et des défaillances qui le contraignirent à se réfugier dans Montauban, avec ses lils. Il eut à y lutter contre des préventions et des soupçons que le ministre Charnier l'aida à dissiper; mais quand il eut gagné la confiance des Montalbanais, il put agir puissamment dans leur intérêt. La ville lui dut de repousser L'armée royale et d échapper ainsi aux dures conséquences d'une défaite. Ce succès ayant relevé les courages, les huguenots reprirent des forces en Guienne. La prise de Tonneins assurait le passage de la Garonne, mais on ne put parvenir à le garder. Enfermé dans Sainte-Foy, La Force, que le parlement de Bordeaux venait de condamner à mort comme criminel de lèse-majesté, était résolu à s'ensevelir sous les ruines de cette place, Lorsque des conditions inespérées lui furent faites. Le roi lui accordait le bâton de maréchal et 200,000 écus. Ses tils et ses amis étaient rétablis dans leurs charges et emplois. Il se retira alors dans son château de La Boulaye en Normandie. On le chargea, en 1625, d'aller en Picardie, préparer cette province a une attaque que Calais semblait devoir attendre de Spinola. Il demeura étranger à la prise