‹ Encyclopédie des sciences religieuses (volume 5)Chapitre 246 sur 263 · CAUS — CAUSE · texte numérisé non relu

CAUS — CAUSE

dicace ainsi terminée. C'est dans ses liaisons des Forces mouvantes (1615 et 1624) qu'en traitant de « l'eau élevée à l'aide du feu », il s'est donné des titres anticipés à l'honneur de cette grande découverte qui devait, en se développant, renouveler la face de la terre : la force d'expansion de la vapeur. Chakles Read.

CAUSE, CAUSALITÉ. Un des principes élémentaires de la pensée, e'est l'idée que tout fait qui surgit a une cause. Comme les événements qui s'accomplissent en ce monde sont fort divers, selon qu'ils appartiennent à des sphères différentes de l'ordre physique ou spirituel, leur causation est pareillement diverse, et l'idée de cause est susceptible de bien des nuances, qui sont indiquées par les mots: condition, force, principe, raison, mobile, motif, etc. Toutefois la notion de cause demeure très-précise, intelligible pour tous les esprits églaement; elle signifie : ce qui fait qu'un événement a lieu ; dans notre pensée à tous, d'une manière consciente ou inconsciente, elle se compose de deux éléments réciproquement complémentaires. D'une part l'effet est distinct de la cause ; ce qui est produit n'est pas la même chose que ce qui produit. Et cependant il y a un rapport entre la cause et l'effet, rapport qui explique la production de l'effet; quoique la succession des jours et des nuits soit constante, on n'a jamais été tenté de considérer la lumière comme un effet des ténèbres, et si l'argument : Post hoc, ergo propter hoc, a inspiré bien des erreurs, c'est qu'outre la succession des phénomènes l'esprit humain avait conjecturé quelque autre relation entre eux; car une certaine cause ne produit pas un effet quelconque, mais un effet déterminé. Dans ces termes l'idée de cause est d'un usage journalier, si habituel que nous ne nous rendons pas compte de l'importance de son rôle dans la formation de nos connaissances, et il nous faut y réfléchir pour reconnaître que, si ce principe disparaissait, notre vie intellectuelle ne serait plus qu'un kaléidoscope bizarre. Nous mesurons les progrès de la pensée humaine aux applications plus nombreuses et plus certaines qu'elle peut faire de ce principe; nous aspirons à savoir le pourquoi de toutes choses. Il est vrai, la recherche des causes n'est pas facile, à cause de la complexité des phénomènes ; rien n'est isolé en ce monde, chaque événement résulte du concours d'une multitude de causes et devient la cause partielle d'un nombre indéfini de faits nouveaux, les êtres particuliers qui existent simultanément sont réciproquement causes des changements qui se produisent en eux. Mais la difficulté qui résulte de cet enchevêtrement ne rebute pas notre soif de connaître ; au moyen de l'observation, de l'expérimentation, nous corrigeons les relations de causalité que nous avions d'abord improvisées, et peu à peu nous arrivons à constituer la science, c'est-à-dire l'explication des effets par leurs causes. — La question de la légitimité de ce principe se confond avec celle de son origine. Nous devons à Maine de Biran de connaître que la notion de cause est éveillée en nous par une expérience intime et primordiale : du moment où nous avons le sentiment de notre existence, nous avons aussi le sentiment que nous agissons, que nous sommes cause, soit d'une manière toute interne et spirituelle, en pensant, en voulant,

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soit en imprimant dos mouvements à nos muscles, de manière à produire des effets dans le monde extérieur. Ce n'est pas seulement l'analyse psychologique qui nous révèle cette genèse ; elle est confirmée

par ce que nous voyous chez nos entants, qui croient d'abord (jue les pierres, les plantes sont les causes volontaires des peines ou des plaisirs qu'ils ressentent, et c'est un progrès de leur part quand ils distinguent entre les êtres personnels et les êtres inanimés; évidemment ils ont conclu, par analogie, de la causalité dont ils avaient le sentiment intime à la causalité des objets qui les entouraient, et il leur a fallu supprimer dans leurs naïves conceptions l'élément intentionnel pour arriver à l'idée de simple l'orée. Toutefois Maine de Biran a méconnu le vrai caractère du principe de causalité; il croyait que nous l'obtenons par voie d'induction, en appliquant à tous les faits ce qu'une expérience intime nous a appris. L'expérience, si constante qu'on la conçoive, ne nous fournit que des notions contingentes, c'est-à-dire éventuelles; l'induction peut étendre, généraliser une telle notion; mais il y a une grande différence entre de telles notions générales et les idées nécessaires. Or le principe de causalité estime idée nécessaire; non-seulement nous l'appliquons à tous les faits, en quelque lieu qu'ils se passent, sur cette terre comme dans les régions les plus éloignées du firmament, dans n'importe quelle portion du temps, dans le passé le plus reculé comme dans l'avenir le plus indéfini, mais nous l'appliquons spontanément; nous n'avons pas besoin de nous le remémorer; la réllexion n'en augmente ni n'en diminue le rôle, elle ne peut que le constater; aucun effort de notre esprit ne nous permet de concevoir un phénomène naissant spontanément du néant sans être provoqué par quelque chose d'antérieur. C'est donc une loi fondamentale de notre esprit, une condition de la pensée, un élément constitutif de notre intelligence. On peut le ramener sous un principe plus général, celui de la raison suffisante, qui se divise en deux branches: de même que nous ne pouvons légitimement prononcer une affirmation sans une raison qui nous détermine (principium cognoscendi), de même un fait ne peut avoir lieu sans une cause déterminante {principium essendi). Mais le principe de causalité n'a pas besoin d'une telle déduction pour exercer son empire, et nous affirmons tout ensemble son origine et sa légitimité en disantqu'ilasa source dans la raison, c'est un principe de la raison, une idée a priori. Si nous avons tout à l'heure considéré la notion de cause comme provoquée par l'expérience personnelle, nous avons voulu seulement signaler la forme expérimentale sous laquelle elle apparaît d'abord, mais sans affirmer pour cela (pie la notion soit réellement antérieure au principe. On sait (pie chaque idée à priori est éveillé*; en nous par les circonstances dans lesquelles nous nous trouvons placés; elle n'en conserve pas moins son caractère de nécessité et de certitude universelle. Il en est de même pour le principe : Nihil fit si/a- causa, — La vérité de ce principe a été contestée, notamment par Hume. Aux yeux du philosophe écossais (Essais sur l'entend., VU), nous constatons seulement que tel fait est ordinairement suivi de tel autre, d'où nous attendons le second, quand le premier se manifeste.

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