CAVOUR - CAYET
lui redonneront leur vénération et leur culte. C'est ridée poétique de Dante et deManzoni, le rêve philosophique de Rosmini et de Gioberti. La forme définitive de la domination romaine spirituelle sera une fédération d'évêques régie par un chef électif; c'est-à-dire la première forme républicaine et parlementaire de L'Eglise chrétienne. Les évoques et le bas clergé qu'ils oppriment sans cesse, ayant pins de liberté, s'occuperont des libertés civiles et les répandront parmi le peuple. Bref, il faudrait détruire tons les obstacles qui empêchent d'équilibrer les forces des deux pouvoirs hostiles, l'Eglise et l'Etat, pour qu'une vie puissante et féconde pût circuler dans la nation. Si Rome refusela liberté et la conciliation, il faut agir avec beaucoup de prudence et de modération, temporiser longtemps ; mais si elle n'accepte pas les sentiments de la nation, il faudra un jour détruire sa puissance temporelle comme contraire au progrès. Cavour était sage lorsqu'il conseillait la modération, mais il construisait une immense utopielorsqu'il élaborait son système de conciliation avec Rome. Il est difficile de connaître les sentiments intimes de Cavour vis-à-vis de la religion. Catholique et ami de toutes les réformes libérales modernes, il est de l'école de Lacordaire, de Montalembert, et après avoir entendu à Paris l'abbé Cœur qui défendait la foi et la liberté, il écrivait à son ami Santa-Rosa: « Quand ces doctrines auront été accueillies par l'Eglise, je te promets de devenir un catholique fervent comme toi. » 11 ne s'occupait pas de la partie positive de la religion et professait une indifférence superbe à l'égard du dogme. Pour lui, comme pour la plupart des politiques, la religion est utile pour la vie d'une nation et pour sa constitution morale. — Voyez : Discorsi Porlamentari di Cavour, Florence, 1862 ; Treitschke, Der Graf von Cavour, trad., Florence, 1873; A. Yera, 77 Cavour c libéra Chiesa in lîbero Statu, Naples, 1871; Artom et A. Blanc, Œuvre parle* mentaire du comte de Cavour, Paris, 1862. P. Long.
CAYET (Pierre-Victor-Palma) [1525-1610]. Né à Montrichard en Touraine, d'une famille pauvre qui embrassa la Réforme, il étudia à Genève et fut nommé ministre à Poitiers, puis à Montreuil-Bonnin, près de cette ville, chez de la Noue, et enfin prédicateur de la sœur de Henri IV, Catherine de Bourbon, qui l'amena avec elle à Paris après l'entrée du roi (1593). Le treizième synode général (juin 1594) le déposa pour avoir composé deux écrits scandaleux sur les péchés du sixième commandement, accusation dont il inséra longtemps après, dans sa Chronologie novenaire, une justification .'maladroite ; et « làdessus, dit Agrippa d'Aubigné, étant déjetté, il passa en l'autre religion, où il fut bien venu de la Sorbonne, mais des jésuites assez mal. » Le clergé lui fournit aussitôt une pension et un logement à Saint-Martmdes- Champs; il eut, dès 1596, la charge de professeur d'hébreu au collège de Navarre, et de « lecteur royal aux langues orientales », le bonnet de docteur en 1600 et enfin la prêtrise. Encouragé par les félicitations de Clément VIII qui ne dédaigna pas de lui écrire, il publia contre ses anciens coreligionnaires une foule de Remontrances, Admonitions et autres écrits profondément oubliés. Il provoqua le célèbre Dumoulin à une discussion verbale dont il éluda ensuite de signer le