CELLARIUS — CELLERIER
ainsi que dans ses Dissertationes acad. et dans Ugolini thésaurus, t. XXII). Les principales publications de Cellarius relatives aux langues orientales se trouvent quelquefois réunies sous le titre de Philologicarum lucubrationum sylloge, Iéna, 1083, in-4°. J.-G. Walch a réimprimé un certain nombre de dissertations de Cellarius sous le titre de Cellariï dissertationes académies (Lips., 1712, in-8°), avec une notice sur Fauteur et la liste de ses nombreux ouvrages; il réunit aussi ses discours (Orationes academicœ, Lips., 1714) et un choix de ses lettres et préfaces (Lips., 1715). — Sources : Walch, notice citée; A. -H. Francke, Leichenpredigt auf Cellariwn, Hal., 1707; J. Burkhardi Epistola ad Strumum de Cellarii obitu, Hal., 1707; G. Ludovici Historia scholarum, Lips., 1709, t. II, p. 1; Clarmund, Lebensbeschreihungen , Wittemb., 1713, t. X; J.-P. de Ludewig, Opuscula oratoria, Hal., 1721, p. 308; Nicéron, Mémoires, t. V (la liste des ouvrages est plus exacte dans la trad. allem., t. Y); Hirsching, Hist. litter. Handbuck, Leipz., 1794, t. I; Bohn, De fatis studiilinguarum oriental. , Iéna, 1769; Meyer, Gesch.der Schrifterldœrung, t. III; H. Keil, Oratio de Chr. Cellarii vita et studiis, Hal., 1875, in-4°.
A. Beenus.
CELLÉRIER (Jean-Isaac-Samuel) [1753-1844], pasteur et prédicateur genevois, naquit à Crans, près de Nyon, dans le pays de Yaud, d'une famille d'agriculteurs. Son enfance s'écoula dans le calme de la vie des champs, en face des splendides paysages d'une des plus belles contrées du monde. Ses premières impressions, qui semblent avoir laissé une trace ineffaçable dans le développement de son individualité, furent celles de la piété domestique, associées à un vif sentiment de la nature. Il vint à l'âge de treize ans au collège de Genève, où il fit des études distinguées. De bonne heure il se fit remarquer par unegrande clarté d'intelligence, une exquise sensibilité, une consciencieuse application. Les sciences morales et les études littéraires eurent bientôt gagné toutes ses sympathies et devinrent ses travaux de prédilection. Seul, éloigné de sa famille, luttant contre la gêne, obligé de se suffire à lui-même et de gagner son pain en donnant des leçons en dehors de ses heures d'étude, il fit durant ces années l'apprentissage d'une vie austère, indépendante etforte. Entré à l'auditoire de théologie pour se préparer au saint ministère, il ne tarda pas à montrer des aptitudes spéciales pour la prédication, et l'on cite de lui plus d'un de ces traits de précoces succès dont les maitres de la chaire ont fourni tant d'exemples. Il fut consacré en 1776, en vertu d'une dispense d'âge : il n'avait pas atteint vingt-trois ans. Les années qui suivirent furent pour lui traversées par des épreuves de famille et de santé, par divers voyages et un séjour de quelque durée à l'étranger. Il les employa néanmoins à se perfectionner dans l'art delà prédication en s'y exerçant toutes les fois que l'occasion lui en était offerte, et en profitant des conseils et des directions de ceux qui étaient considérés alors comme des maîtres. C'est ainsi qu'à Paris il entra en relation avec l'abbé Fauchet et par son entremise avec les pères de l'Oratoire, dont les entretiens élargirent pour lui le champ de l'éloquence chrétienne. Revenu dans sa patrie, il fut appelé, en 1783, à occuperun poste de pasteur dans la paroisse de Satigny, qu'il ne quitta plus depuis
lors, et dans Laquelle, pendant trente-et-un ans, ses dons remarquables, mis au service d'une fidélité, d'un dévouement, d'un zèle exemplaires, firent de lui l'un des types les plus purs et les plus élevés, les plus sympathiques ci les plus complets, du vrai pasteur évangélique. Son ministère, qui embrasse la période troublée de 17S:> à 1814, lut fréquemment aux prises avec des difficultés exceptionnelles, dans lesquelles il se montra toujours à la hauteur des devoirs Les plus solennels, tour à tour, et les plus délicats. Sa réputation de prédicateur, qui grandissait tous les jouis, attirait de loin de nombreux auditeurs dans son enlise de campagne, et il était en outre souvent appelé dans ks chaires de la ville, où sa présence prenait occasionnellement l'importance d'un événement. En 1814, il se vit contraint par l'état de sa santé, toujours chancelante, de donner sa démission, et après quelques années passées encore au milieu de sis anciens paroissiens, il vint linirses jours à Genève dans la solitude et le recueillement, entouré delà vénération de sa famille, de ses amis, de ses concitoyens. Il atteignit ainsi l'âge exceptionnel de quatre-vingt-onze ans, et fut transporté après sa mort dans le cimetière de son ancienne paroisse, où ses restes mortels sont aujourd'hui déposésau pied du mûr de son église, recouverts d'unepierre tumulaire <pii. par sa volonté, ne porte pas même son nom. — Sur quatre cent quatre-vingts sermons sortis de sa plume, Cellérier en avait publié cent quarante-et-un de son vivant; vingt-trois l'ont été depuis sa mort; les autres sont déposés en manuscrits à la bibliothèque de la compagnie des pasteurs de Genève. Ce n'est qu'après son ministère deSatigny, en, 1818, que Cellérier publia un premier volume de sermons, Discours familiers d'un pasteur de campagne, in-S°), et il n'avait eu en vue, dans le choix qu'il en fit, que les intérêts de son ancienne paroisse. Encouragé par le succès et pressé par de nombreuses demandes, il publia ensuite successivement trois volumes de Sermons et prières pour les solennités chrétiennes et les dimanches ordinaires (Genève, 1819, et 2eéclit., 1824, in-8°) ; deux volumes d'Homélies (Genève, 1825, in-8°) ; deux volumes de Nouveaux discours familiers d'un pasteur de campagne (1827, in-8°) .Les éditeurs du volume posthume : Sermons, Homélies, Discours familiers et Prières (Paris, 1845, in-8°, 435 pages), ont fait leur choix, clans le nombre des discours qu'il avait lui-même mis à part comme prêts pour la publication, et se sont conformés aux désignations qu'il avait précédemment adoptées. On a encore de lui un Catéchisme ou cours d'instruction religieuse, volume de 4G0 pages, ((fruit de sa vieillesse, » comme il le dit lui-même, et résumé de sa longue expérience, publié en 1845 par deux amis auxquels il avait conlié ce soin : MM. Coulin et Barde pères, et un volume de Pensées pieuses extraites de ses divers ouvrages. Nous ne mentionnons la publication faite par lui, conjointement avec M. Gaussen, de la confession de foi helvétique, et celle faite après sa mort d'une profession de foi Individuelle, trouvée dans ses papiers, que pour rappeler ces paroles écrites en tête de la dernière et qui déterminent bien le caractère de son orthodoxie : « Je ne mets de prix à une vérité de doctrine, que >i elle peut contribuer à la sainteté pratique. » — La prédication de Cellérier se distingue par un ensemble de qualités faites pour Lui assurer une
place dans le petit nombre des productions de ce genre qui semblent destinées à triompher du temps. Si on y rencontre peu de pensées très-nouvelles et de mouvements oratoires très-entrainants, on y reconnaît d'autre part à chaque page ce caractère de perfection relative, qui fait les oeuvres classiques : une grande clarté de plan et de style, un admirable talent d'exposition, une profonde connaissance du cœur humain, un choix de détails, une noblesse sans déclamation, une familiarité sans vulgarité, une convenance enfin, une grâce, une poésie même d'expression qui ne se démentent jamais. Nous ne connaissons pas de prédicateur qui possède à un plus haut degré, et surtout d'une manière plus égale et plus continue, ce caractère rare mais essentiel de la prédication évangélique : l'onction, ce je ne sais quoi d'intime et de pénétrant qui va droit du cœur au cœur, de l'âme à l'âme. Ce n'est pas ici le souffle de Borée se déchaînant pour arracher au pécheur le manteau de ses illusions et de sa propre justice; avec Cellérier ce triste manteau semble devoir tomber de lui-même sous la douce influence de ce soleil d'en haut qui porte dans ses rayons la santé, le relèvement, la lumière et la vie. Nul prédicateur n'est plus fidèle dans la doctrine, nul n'en fait moins étalage, s'adressant toujours au cœur et à la conscience. Nul n'est plus fidèle dans la morale, nul ne joint plus de grâce à son austérité. Nul enfin ne semble avoir plus constamment obéi à cette pensée intime : rendre l'Evangile aimable. On se tromperait néanmoins en se figurant que la douceur et l'onction de Cellérier excluaient les impressions profondes chez ses auditeurs. Le témoignage des contemporains atteste au contraire que l'action de sa personne et l'accent dont il revêtait sa parole, comme il arrive chez tous les vrais orateurs, allaient remuer les âmes au plus avant et lui faisaient atteindre occasionnellement aux plus grands effets de l'éloquence. « J'en ai sangloté hier toute la soirée, » disait une jeune paysanne, le lendemain d'une de ses prédications. Strictement orthodoxe dans ses convictions, Cellérier n'était point un théologien, à moins qu'on ne prenne cette épithète dans le sens où la pieuse antiquité l'avait appliquée à saint Jean. Et s'il crut devoir, pour la défense des doctrines qui lui étaient plus chères que la vie, prendre part occasionnellement aux débats théologiques qui agitèrent l'Eglise de Genève au commencement du siècle, il en sortit bientôt, disant n'y avoir « guère aperçu que des sujets de s'affliger, d'oublier, de pardonner. » Peu de vies ont été aussi fidèlement employées, bien peu se sont terminées dans une sérénité plus grande, dans une plus intime anticipation des douceurs de la communion avec Dieu, la vraie récompense du serviteur fidèle. « Mon Dieu, te voir !... » fut la parole dans laquelle s'exhala son dernier souffle. Et on peut dire que toute sa vie terrestre se résumait dans ce mot qui est déjà celui de la vie du ciel. — Il existe en tête du volume de discours publié après la mort de Cellérier une notice étendue et fort remarquable due à la plume de M. le professeur Diodati. MM. Gaussen et Cellérier fils ont aussi consacré à la mémoire du pasteur de Satigny des écrits du plus haut intérêt, mais devenus aujourd'hui très-rares. F. Coulin.
OBLLÉRIEE 709
GELLÉRIER (Jacob-Elisée) [1785-1862], pasteur el théologien genevois. Uniqueenfant du pasteur J.-I. -S. Cellérier, il grandità la campagne sous l'influence d'une douce éducation domestique et du spectacle de l'un des plus pieux ministères qu'ait comptés l'Eglise protestante. De sou enfance il conserva toujours une disposition poétique et contemplative, l'amour de la nature, de la simplicité et des petites gens. Il lit unies à L'académie de Genève, en même temps que S. Vincent et F. Guizot, avec lesquels il prit part aux exercices (Tune société pour l'avancement des études. Il l'ut consacre ministre en 1808, devint plus tard L'auxiliaire et le successeur de son père à Satigny, où leur commun ministère frappa madame de Staël, qui le dépeignit dans Y Allemagne (46 partie, ch. IV). Deux ans après, il concourait pour la chaire d'hébreu dans la faculté de Genève, où il entrait en 1816. Il y enseigna pendant trente-huit années la critique sacrée, ies antiquités bibliques, l'exégèse de l'Ancien Testament d'abord, jusqu'en 1825, du Nouveau depuis, jusqu'à sa retraite en 1854. Il consacra à cette besogne du professorat et à plusieurs autres que lui coniiaient l'Académie ou l'Eglise (rectorat, présidence delà compagnie des pasteurs), toutes les forces d'une conscience vigilante et, en dépit d'une santé délicate, les mena heureusement à bout, grâce à un emploi méthodiquement réglé de son temps et à une constante discipline de soi-même. Cette vie paisible, longtemps sans épreuves au foyer, s'acheva dans une retraite laborieuse et surtout pieuse au milieu de la vénération générale. — Cellérier était vraiment une individualité chrétienne d'élite. Professeur, il donnait l'exem- ■ pie de l'obéissance scrupuleuse au devoir et se montrait un vrai père pour les étudiants. Pendant une longue suite d'années, il leur adressa à l'ouverture des cours des discours pastoraux qui ont été en bon nombre imprimés et dont six ont pour titre commun : Le serviteur de Jésus- Christ. Conducteur de l'Eglise, même après avoir quitté le pastorat, il ne cessa de s'intéresser activement à ses destinées. En 1817, il travaillait, dans les meilleures intentions, au règlement du 3 mai, qui prescrivait la réserve et la paix aux prédicateurs du réveil et à leurs adversaires, mais devait produire l'elict contraire. Plus tard il collaborait au Protestant de Genève, qui représentait l'Eglise nationale et l'ancien libéralisme supranaturaliste en face de l'orthodoxie et de l'Eglise libre; en 1835 il concourait à la version du Nouveau Testament et à la célébration du troisième jubilé de la Réformation. Après la constitution de 1847, il prit une part prépondérante aux efforts que fit la compagnie des pasteurs pour multiplier les œuvres d'évangélisation et de propagande religieuse et regagner ainsi la democratiehostile.il remonta dans les chaires pour y prêcher des méditations empreintes d'une profonde expérience morale sui la Vie intérieure, qu'il publia en 1852. Enfin, en vrai patriote, il s'occupa beaucoup de l'histoire de son pays. Déjà, au jubilé de 1835, il composail pour la jeunesse un tableau animé de la Réformation sous le : Histoire d'autrefois. Puis, dans [es Mémoires de la Société d'histoire, les Etrennes religieuses, le Bulletin de la Société de l'histoire du prote tantisme français, il publia diverses études, parmi lesquelles noie, nementionnerons que la Vie de ('hurles Pu-rot, pasteur libéral el charita-