CELSE
bouche d'un juif qu'il met ce réquisitoire outrageant (ibid., I, 28; II, 79) ; mais il en endosse la responsabilité, non seulement en insérant ces injures dans son écrit, mais encore en les faisant suivre de discussions de nombreux passages des évangiles (ibid., III, 1 ; V, 65), desquelles il résulterait que le père de la religion chrétienne n'aurait été, pour me servir des expressions d'Origène (ibid., III. 1), qu'un imposteur qui aurait voulu, par des manœuvres frauduleuses et de faux miracles, se faire passer pour le Messie annoncé par les prophètes, et qui n'aurait eu ni la capacité ni le courage de soutenir ce rôle avec dignité. Evidemment Gelse mettait Jésus sur la même ligne que cet Alexandre de Paphlagonie, dont, sur sa demande, son ami Lucien avait démasqué les impostures. Les néoplatoniciens, qui combattirent plus tard le christianisme, furent à la fois plus clairvoyants et plus habiles, en reconnaissant un sage en Jésus qu'ils mettaient ainsi hors de cause, et en s'en prenant uniquement à ses disciples qu'ils accusaient d'avoir mal compris la doctrine de leur maître et de l'avoir dénaturée. Ce n'est pas que Celse ne signale çà et là dans les discours du fondateur de la religion chrétienne quelques paroles remarquables et quelques préceptes élevés ; mais il lui en enlève aussitôt tout l'honneur en assurant que ce sont des emprunts faits à Platon, sans s'inquiéter le moins du monde d'expliquer comment le prophète de Nazareth, dont il rabaisse à plaisir le caractère et l'intelligence, s'était trouvé en état de puiser à cette source de sagesse. Dans la seconde partie de son « Discours de vérité » il attaque au nom de la raison la plupart des doctrines chrétiennes, entre autres celles de la création (ibid,, VI, 47-65), du diable {ibid., VI, 42) et de la résurrection de la chair [ibid., VII, 32-35; VIII, 13). Enfin, dans la troisième partie, il essaie de montrer aux chrétiens que les principes d'après lesquels ils affectent de former un peuple séparé et distinct de tout le reste des citoyens romains et se refusent de prendre part aux charges et aux devoirs de la vie commune, ainsi qu'aux actes du culte public qui ne sont en définitive que des fêtes nationales et n'engagent en rien la conscience, ne peuvent se justifier devant la raison, et leur sont préjudiciables à eux-mêmes, en leur donnant l'apparence d'être toujours en révolte contre les lois de l'Etat et en attirant sur eux les rigueurs de l'administration romaine (ibid., VIII, 17, 21, 24, 28). — Ce qui s'explique encore moins, c'est que cet ennemi déclaré du christianisme en avait fait une étude approfondie, sans en avoir en aucune façon saisi l'esprit qui le caractérise. Son « Discours de vérité » nous apprend qu'il connaissait les évangiles jusque dans leurs moindres détails; que plusieurs des autres livres de l'Ancien et du Nouveau Testament lui étaient familiers; qu'il était au courant de la polémique des juifs avec les chrétiens; qu'il n'ignorait pas les dissentiments qui s'étaient produits dans l'Eglise primitive entre Pierre et Paul, et plus tard entre la « grande Eglise » dxzy£^(]Ey.vXr^ia) et de nombreuses sectes rivales, et bien d'autres faits que l'Eglise laissait volontiers dans l'ombre. Toutes ces choses étaient tellement étrangères aux païens, même aux plus instruits, qu'on est presque tenté de supposer qu'il avait vécu parmi les chrétiens, qu'il