‹ Encyclopédie des sciences religieuses (volume 5)Chapitre 28 sur 263 · BASEDOW — BASILE · texte numérisé non relu

BASEDOW — BASILE

Dessau, un établissement modèle, décoré du titre prétentieux de philan tropinon. Il devait recevoir des élèves de toutes les classes de la société, les riches à titre de pensionnaires, les pauvres comme famuli, placés au service des premiers. Des réclames pompeuses furent répandues à profusion dans toute l1 Allemagne. Elles assuraient que la bienveillance, la tolérance et une aimable familiarité remplaceraient la discipline rigide des anciennes maisons d'éducation ; les exercices corporels, les promenades et les jeux alternaient avec les études ; des examens périodiques, auxquels étaient conviées les premières illustrations scientifiques conjointement avec les parents, se chargeraient de démontrer T incontestable supériorité de rétablissement de Dessau. Imitée dans beaucoup d'institutions scolaires en Allemagne et en Suisse, cette tentative de réforme avorta misérablement à Dessau même. La direction négligente de Basedow, sa conduite immorale qu'il avait l'audace de proposer à ses élèves comme un modèle qu'ils ne devaient pas imiter, non moins que l'esprit superficiel et indiscipliné qui caractérisait ces derniers, expliquent suffisamment cet échec. « Basedow, disait Gœthe, qui regarda le monde entier comme mal élevé, était lui-même un homme sans aucune éducation. » Il eut néanmoins le mérite d'appeler l'attention des hommes de son temps sur l'important problème de l'éducation, et de demander qu'elle fût conçue d'une manière plus rationnelle et plus humaine : mais il se trompa généralement sur les moyens, et manqua de l'autorité nécessaire pour opérer une semblable réforme. F. Lichtenberger,

BASHUYSEN (Henri-Jacques van), théologien et surtout hébraïsant distingué, naquit le 26 octobre 1679 à Hanau, où son père était pasteur de l'Eglise réformée hollandaise ; il professa la théologie et les langues orientales d'abord au gymnase de Hanau, puis, dès 1716, à celui de Zerbst, où il mourut en décembre 1758. Bashuysen a beaucoup écrit, et la liste de ses œuvres présente plus de 120 titres, parmi lesquels, il est vrai, beaucoup d'opuscules de peu d'étendue; la plupart sont fort oubliés aujourd'hui, bien qu'ils attestent une grande érudition; les principaux traitent de quelques points spéciaux de critique ou d'exégèse biblique, d'archéologie judaïque ou de littérature hébraïque et rabbinique, qui était son domaine préféré; il avait établi dès 1708 dans sa maison à Hanau une imprimerie hébraïque d'où sortit entre autres une édition estimée du commentaire d'Abrabanel sur le Pentateuque (1710, in-fol.), que devaient suivre les autres ouvrages de ce rabbin ; ce projet ne se réalisa pas plus que celui d'une nouvelle Bible rabbinique, dont Bashuysen ne publia au'un spécimen. — Sources : Gœtten, Gelehrtcs LJuropa, I ; Moser, Lexicon der Theologen ; Strieder, Hessische Gelehrten- Geschichte, I (cf. II, IV, V et XV) ; Hirsching, Handbuch, 1 ; Meusel, Lexicon der verstorb. Teutschen, I; A.-G. Schmidt, Anhalt'sches Schrift- Ueller Lexicon. A. Bernus.

BASILE LE GRAND, frère de Grégoire de Nysse, l'un des trois doctez*rs de la Cappadoce, naquit en 329 à Césarée de Cappadoce, où son père exerçait les fonctions d'avocat. Sa famille était une des plus considérables de la province; attachée depuis plusieurs générations à la

foi chrétienne, elle avait vu plusieurs de ses membres souffrir le martyre pour elle. L'aine de dix enfants, Basile grandit sous l'influence des idées de Gtoégoire le Thaumaturge, disciple d'Origène, et de la piété ardente de sa mère Emmélia. On a comparé ses relations avee sa sœur \akrina à celles de Jacqueline Pascal avec son frère. Après avoir suivi à Constantinople les cours du célèbre rhéteur païen Libanius, qui resta son ami, il se rendit, suivant l'usage des jeunes chrétiens de bonne famille, à l'école célèbre d'Athènes, où il contracta avec Grégoire de Naziance une amitié que la mort seule put rompre, et eut pour condisciple le fameux Julien. Des lettres de cette période nous montrent les deux amis passant pour ainsi dire de l'école à l'Eglise et puisant dans la lecture des auteurs profanes, qu'ils sauront défendre contre un rigorisme étroit et la persécution ironique de Julien, ce goût délicat et ce style enchanteur qui nous charment encore. Rappelé à Gésarée par la mort de son père, Basile plaida quelque temps avec succès, mais céda bientôt à un travail spirituel, qui le porta à renoncer au monde et à un brillant avenir. En 360, pour se remettre d'une maladie grave, il entreprit un long voyage en Syrie, en Egypte et en Palestine, visita dans son exil Athanase, qui le fortifia dans sa foi en la divinité du Fils, et les pieux ermites des solitudes de la Thébaïde, dont il partagea les pratiques ascétiques. De retour dans sa patrie en 361, il se retira avec des membres de sa famille et quelques amis dans une solitude voisine du village d'Anési, dans la province du Pont. Quelles que fussent ses austérités, l'enjouement de quelques-unes de ses lettres nous révèle un esprit hostile à toute exagération. Il y condamne formellement la vie érémitique comme contraire aux devoirs de l'humilité et de la charité et donne la préférence à la vie en commun. S'il recommande les macérations et les jeûnes, il sait unir à la vie contemplative les travaux des champs et l'étude, c'est-à-dire la double activité du corps et de l'esprit, et sa règle est encore suivie de nos jours dans de nombreux monastères de l'Orient. Bien qu'il eût distribué tous ses biens aux pauvres, il sentait que la vie contemplative ne répondait pas au besoin d'activité qui dévorait son âme. « J'ai quitté, disait-il, la ville pour fuir le mal; je ne me suis pas quitté moi-même. » C'est pendant cette période qu'il composa son livre contre Kiinoniius et qu'il édita les P/uloJcalia, ou extraits des œuvres les plus remarquables d'Origène, dont il demeura dans une large mesure le disciple, bien que chez lui la lutte apparaisse entre les principes oriuénistes et les tendances générales de l'Eglise (Fialon, Étude lut. sur S. Z?., Paris, 1861). Appelé en 304 en qualité de prêtre à Çésarée par Eusèbe, il remplaça de fait le vieil évêque, auquel il succéda en 370. Il exerça son ministère au milieu des luttes des partis et des difficultés • l'une situation pleine de périls jusqu'à sa mort, qui l'enleva à son diocèse le 1er janvier 379. — Comme théologien, Basile n'occupe pas le premier rang dans l'histoire de l'Eglise. Tout en restant fidèle au\ principes spiritualistes d'Origène, il affirme contre lui la divinité absolue du Fils, sans vouloir employer le mot «homoousios»,de peur de prêter «les armes aux sabelliens, qui confondent les personnes. 11

envisage le péché sous la forme négative de l'indolence qui empêche Tliomme de s'élever à Dieu. Il admet le concours de la liberté humaine et de la grâce, que l'Eglise grecque a toujours enseigné, tandis que l'Occident adopta plus tard la théorie d'Augustin. 11 établit dans les béatitudes et les peines de la vie future des degrés en rapport avec la condition spirituelle des âmes. Ses idées sont vagues en ce qui touche le grave problème du rétablissement final. Il semble admettre que la punition a en vue l'amélioration du pécheur et que ses progrès vers le bien sont plus ou moins rapides, sans en tirer toutes les conséquences. Il a pris une part active aux controverses sur la personne du Saint-Esprit. Dans son traité sur cette matière il invoque contre Eunomius et le parti des macédoniens ou adversaires de l'Esprit plusieurs passages des Ecritures: Actes V, 4, 9; 1 Cor. XI, 12; XII, 4; il veut qu'on donne au Saint-Esprit le nom de Dieu, en appelle à la formule du baptême et met en lumière l'importance pratique de ce dogme dans l'œuvre de la régénération. Il montre que si le Saint- Esprit est appelé un don de Dieu, il en est de même du Fils. Du reste il tient moins à la netteté des formules qu'à la piété de la vie ; c'est le Saint-Esprit qui seul peut nous révéler Dieu. Il échoua dans sa tentative généreuse de rapprocher les deux Eglises d'Orient et d'Occident en enseignant la divinité du Saint-Esprit et en le faisant procéder du Père, sans nier qu'il procédât aussi du Fils. Comme évêque, Basile déploya les plus beaux dons de son esprit et de son cœur. Sa modération même le rendit suspect aux orthodoxes. Exposé, en outre, aux menées des ariens, il sut tenir tête à l'empereur Valens, dont la mort seule le préserva de l'exil. Défenseur intrépide des prérogatives de l'Eglise, il sut empêcher le gouverneur de porter atteinte à son droit d'asile; il rétablit la discipline, développa le goût de l'étude et favorisa la vie ascétique dans son diocèse. Comme prédicateur il introduisit l'un des premiers l'éloquence classique dans la chaire chrétienne. Dans son Hexaéméron, ou exposé de la création, à côté d'une science imparfaite et d'allégories outrées, il sut mettre les enseignements les plus sublimes à la portée des plus humbles, et unir la morale la plus pure à la poésie la plus grandiose. Si sa philosophie rappelle Platon et si son style reproduit le coloris d'Homère, sa morale est austère. Il a surtout prêché l'aumône et, dans l'ardeur de son zèle, il ne craint pas de comparer au voleur le chrétien sans charité. Ses écrits se distinguent par une foi profonde en la révélation, un usage constant des Ecritures, dont la tradition n'est pour lui que l'assimilation par les générations successives, enfin par un spiritualisme qui unit au respect pour les enseignements de l'Eglise l'amour éclairé des lettres antiques et d'une saine philosophie. — Voyez Œuvres, éd. Garnier, Paris, 1721- 30, 3 vol.; Jalm, Animadversiones in B. M. Opéra, Bernse, 1842; A A. SS. .un., t. II, 807; Klose, Bas. d. Grosse. Strasb., 1835; Bœhringer, Die K. Chr. in Biog., II, 2; Feiffer, Diss. hist. et tlieol. de vita B., Gron., 1828; Villemain, Elog. chr. au IVe s. Traductions : Lettres et sermons par l'abbé de Bellegarde, 1671 ; Morale, par Leroy, 1663 ; Hexaéméron, Homélies, par l'abbé Auger, 1788. A. Paumier.

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