BASNAGE
esprits n'étaient pas faits pour s'entendre : celui de Jurieu était plein d'emportement et de sévérité; celui de Basnage inclinait plutôt à la douceur et à la modération. La révolte des Camisards, qui venait d'éclater, vint fournir un aliment de plus à leurs discussions. Partageant les vues de Calvin sur l'obéissance passive que les sujets doivent à leur souverain, Basnage condamnait le soulèvement des paysans cévenols, que Jurieu approuvait et défendait. Pour échapper à ces dissensions de famille, Basnage finit par céder aux instances du grand-pensionnaire Heinsius, qui l'avait pris en amitié, et accepta le poste de pasteur à La Haye, où il était appelé. C'est là qu'il acquit une telle réputation d'habileté dans les affaires, que Voltaire a pu dire de lui « qu'il était plus propre à être ministre d1Etat que d'une paroisse. » Il fut employé en effet à d'importantes négociations, qu'il conduisit avec autant d'intelligence que de succès. Le régent de France lui adressa Tabbé Dubois, lorsque celui-ci fut envoyé à La Haye en 1716 pour négocier le traité de la triple alliance. N'écoutant que son amour pour son pays et oubliant tous ses justes griefs contre le gouvernement français, il déploya le plus grand zèle dans cette négociation et contribua pour une bonne part à la conclusion de l'alliance, qui fut signée en janvier 1717. Plus tard, le régent, craignant que la terrible guerre des Camisards ne vînt à se rallumer dans le midi de la France, s'adressa encore à Basnage , qui se hâta de mettre le gouvernement français en rapport avec un jeune homme destiné à devenir le restaurateur du protestantisme français, Antoine Court. Le pasteur du Désert donna l'assurance que la tranquillité ne serait point troublée. Pour maintenir ses coreligionnaires dans la voie d'une fidélité pacifique, Basnage leur adressa une instruction pastorale qui fut répandue à profusion dans le midi de la France. A cette activité diplomatique et pastorale, Basnage joignait une activité littéraire infatigable. Historiographe des Etats-généraux des Provinces -Unies, il recueillait et coordonnait les matériaux de leurs annales. Consulté de tous côtés, il entretenait une vaste correspondance avec des princes, des ministres, des grands seigneurs, des savants de toutes les parties de l'Europe. Son caractère ne le faisait pas moins rechercher que son savoir. L'éditeur de son grand ouvrage, Les Annales des Provinces- Unies, lui rend ce témoignage « qu'il était vrai jusque dans les petites choses, et que sa candeur, sa franchise, sa bonne foi ne paraissent pas moins dans ses ouvrages que la profondeur de son érudition et la solidité de ses raisonnements. » Il ajoute qu'il avait acquis par l'usage du grand monde une politesse exquise, assez rare parmi les savants, qu'il était affable et prévenant, et qu'il n'avait pas de plus grand plaisir que celui de rendre service et d'employer son crédit en faveur des misérables. Il mourut le 22 décembre 1723, ne laissant qu'une fille. La liste des ouvrages que Basnage a composés est considérable. On verra, en la parcourant, que c'est à la [ois sur !<s matières d'histoire religieuse, d'édification et de controverse qu'il s'est exercé; mais c'est surtout comme écrivain ecclésiastique qu'il a excellé. Ses deux ouvrages les plus importants: Y Histoire A la religion des Eglises réformées et Y Histoire de /' Eglise depuis Jésus-
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Christ jusqu'à présent, sont un trésor d'érudition et révèlent chez l'auteur une alliance de qualités scientifiques diverses : une connaissance approfondie des sources, une grande finesse et justesse dans les aperçus, une véritable impartialité dans les jugements, et avec tout cela un style correct, terme et parfois éloquent. Ce que le goût moderne pourrait y reprendre, c'est la surabondance des faits de détail et la monotonie des divisions. — Voici le catalogue de ses principaux ouvrages d'après l'ordre chronologique : Examen des méthodes proposées par MM. de V Assemblée du clergé de France en Vannée 1682 pour la réunion des protestants avec l'Eglise romaine, Colog., 1682, in-12 ; Considérations sur Y état de ceux qui sont tombez, Rotterdam, 1686, in-12; Réponse à M. l'évêque de Meaux sur sa Lettre pastorale, Cologne, 1686, in-12; La Communion sainte, avec Traité sur la nécessité et les moyens de communier dignement, Rotterdam, 1688, in-8° ; Histoire de la religion des Eglises réformées, Rotterdam, 1690, 2 vol. in-12 (la dernière édition, la plus considérable, est de 1725), 2 vol. in-4° ; Traité de la Conscience, Amsterdam, 1696, 2 vol. in-12 ; Lettres pastorales sur le renouvellement de la persécution, 1698, in-4°, sans nom d'auteur; Histoire de V Eglise depuis Jésus-Christ jusqu'à présent, Rotterdam, 1699, 2 vol. infol. ; Traité des préjugés faux et légitimes, Delft, 1701, 3 vol. in-8°; Histoire des Juifs depuis Jésus-Christ jusqu'à présent, Rotterdam, 1706, 5 vol. in-12; Entretiens sur la Religion, Rotterdam, 1709, in-12; Sermons sur divers sujets de morale, de théologie et d'histoire sainte, Rotterdam, 1709, 2 vol. in-8°; Antiquités judaïques, Amsterdam, 1713, 2 vol. in-8°; L'Etat présent de l'Eglise gallicane, Rome (Amsterdam), 1719, in-12 et in-8° ; Instructions pastorales aux Réformez de France sur l'obéissance due au souverain, 1720, in-12 ; Annales des Provinces- Unies depuis les négociations de la paix de Munster, La Haye, 1719 et 1726, 2 vol. in-fol. ; Nouveaux Sermons avec Prières, Rotterdam, 1720^ in-8°. Basnage a laissé imparfaite une Histoire des Hérésies qu'il avait conduite jusqu'au onzième siècle. N. Recolin.
BASSOUTOS, indigènes de l'Afrique centrale dont le pays fut exploré pour la première fois en 1833, par les agents de la Société des Missions évangéliques de Paris, qui en a fait, à partir de cette époque, son principal champ de travail. Ces noirs appartiennent à une variété de de la race cafre, qui se distingue des Gafres proprement dits par des mœurs moins belliqueuses, un caractère plus sociable et plus ami du travail. L'appellation patronymique Bassoutos paraît s'être originellement étendue à une agglomération très-considérable de peuplades qui sont maintenant distinctes et séparées par d'assez grandes distances. L'usage l'a presque exclusivement restreinte à la tribu qui fait l'objet de cet article, c'est-à-dire à une population d'environ 200,000 âmes réunie sous le même gouvernement. Venus du nord par migrations successives, ces Bassoutos se sont établis depuis plus d'un siècle à l'ouest de Natal sous la même latitude. Une haute chaîne de montagnes les sépare de cette colonie. Les plateaux qu'ils occupent sur le versant occidental étant à une élévation d'environ 5,000 pieds au-dessus du niveau de la mer, le climat en est tempéré et fort salubre ; la longévité