BASSOUTOS
des habitants égale celle des populations les plus favorisées de l'Europe. Le sol est très-fertile; des pluies l'arrosent suffisamment pour permettre (prou le cultive dans toutes ses parties sans irrigation. Une circonstance qui, du reste, n'était pas sans précédent dans l'histoire des missions, donne un intérêt tout particulier à L'œuvre que la Société de Paris a faite dans ce pays. Elle a eu le privilège de sauver les Bassoutos au point de vue terrestre, en même temps qu'elle leur offrait les bienfaits de l'Evangile. Lorsqu'on 1833 les missionnaires Arbousset, Casalis et Gossellin franchirent le fleuve Orange, à la recherche d'un champ de travail, un chasseur hottentot leur révéla l'existence des Bassoutos et les conduisit dans leur pays. Ils le trouvèrent presque dépeuplé. Des hordes ennemies l'avaient envahi et complètement ruiné. Pendant la lutte, qui avait duré plusieurs années, les champs étaient restés presque sans culture; il en était résulté une affreuse famine qui avait fait contracter à une partie de la population des habitudes de cannibalisme. Des multitudes s'étaient réfugiées dans des contrées plus heureuses. Cette expatriation se continuait malgré les efforts d'un homme intelligent et énergique, le chef Moshesh. Encore un ou deux ans, et le pays eût été complètement désert. L'arrivée des missionnaires, leurs exhortations, leurs conseils rendirent l'espoir au chef et à ceux de ses sujets qui lui étaient restés fidèles ; les hostilités prirent fin, les fugitifs revinrent, et pendant quinze ans le pays jouit d'une parfaite tranquillité. Durant cette période, le nombre des missionnaires s'accrut, plusieurs stations furent fondées, la langue et les mœurs nationales furent soigneusement étudiées, et des conversions remarquables commencèrent à récompenser le zèle des serviteurs de Christ. Depuis lors, les Bassoutos ont été plus d'une fois à la veille de voir leur nationalité se dissoudre au milieu de guerres produites par les empiétements des blancs. Le dévouement des missionnaires a grandement contribué à prévenir ce malheur. Sans se départir de leur rôle de ministres de paix, ils n'ont jamais fait de différence entre leurs intérêts et ceux de leurs troupeaux, ils ont donné l'exemple de la constance dans l'adversité ; et grâce à leurs instances, ils voient maintenant les Bassoutos, placés sous une protection et un contrôle efficaces, jouir sans crainte de ce qui leur reste de l'héritage de leurs pères. Ces luttes ont considérablement retardé l'œuvre de la rénovation sociale et religieuse des naturels, mais elle n'a jamais été interrompue. — I. Progrès matériels. Les Bassoutos sont devenus essentiellement agriculteurs. Le sorgho, le maïs, quelques «cucurbitacées et le tabac étaient autrefois les seuls produits qu'ils connussent ; ils y ont ajouté nos céréales, la pomme déterre, nos principales plantes potagères et nos meilleurs fruits qui viennent très-bien chez eux; toutefois, leur attention ne se porte encore d'une manière sérieuse que sur les grandes denrées qui commencent à les enrichir par l'exportation. La charrue et nos autres outils agricoles remplacent déplus en plus la pioche antique. L'élève des bestiaux, qui n'avait ci-devant d'autre but que d'en accroître le nombre, change de caractère; les indigènes comprennent maintenant qu'il faut surtout améliorer les races; ils s'attachent à