BASSOUTOS
multiplier les moutons mérinos et la chèvre angora qui leur étaient autrefois inconnus. Un peu avant l'arrivée des missionnaires, l'apparition de quelques ennemis montés sur des chevaux avait révélé aux Bassoutos l'existence de ces animaux qu'ils appelèrent d'abord les bœufs sans nom. Ils ont si bien appris à en élever que maintenant on vient en acheter chez eux. Voici, d'après un relevé publié l'année dernière par l'autorité supérieure du pays, des chiffres qui donneront une idée de la prospérité matérielle de ces indigènes que la Mission protestante de France trouva dans la plus affreuse misère et ignorés du reste 'du monde : Achats d'objets de fabrication européenne, principalement vêtements, valeur : 3,750,000 francs. Ventes de blés par exportation : plus de 100,000 sacs du poids de 220 livres; d° laines : 2,000 balles. Richesse rurale : 2,749 charrues, 299 wagons, 35,357 chevaux; 28,194 bœufs de trait ; 195,538 vaches et veaux; 303,080 brebis et moutons; 215,485 chèvres; 15,635 porcs. La construction de maisons de forme européenne est retardée par un déboisement fort regrettable, mais il vient des bois de charpente de la Cafrerie, et une prime a été instituée pour encourager la plantation d'arbres de haute futaie. — IL Progrès dans l'ordre religieux et intellectuel. Il n'y avait chez les Bassoutos rien qui pût rappeler à des Européens une religion proprement dite, des temples, des autels. Toutefois, l'enseignement des missionnaires trouva certaines bases, quelques précieux points d'appui. C'étaient : l'idée et le respect du surnaturel; une vénération des ancêtres allant, dans chaque famille, jusqu'à des prières, des offrandes et impliquant une croyance, sinon raisonnée, du moins très-réelle, à une continuation d'existence après la mort; la souffrance et le malheur considérés comme une souillure ayant pour remèdes des purifications, des sacrifices ; la circoncision, en dépit d'accompagnements absurdes, pratiquée comme un rite ' sacré faisant mystérieusement passer le jeune garçon à l'état d'homme raisonnable et de citoyen ; enfin des légendes où l'on reconnaissait sans peine la notion d'un Seigneur (Moréna), d'un Maître suprême résidant au ciel, et celles d'une catastrophe qui a soumis l'homme à la mort ; du rôle du serpent dans nos destinées malheureuses et dans les arts occultes ; d'un séjour des trépassés dans les régions souterraines correspondant au scheol des Hébreux. Le sens moral ne s'était pas oblitéré. En dépit d'infractions habituelles, la règle était restée au fond des cœurs. En entendant, pour la première fois, les missionnaires réciter les commandements de la seconde table, les naturels leur dirent : « Nous savions tout cela avant votre arrivée. » D'excellents proverbes nationaux en faisaient foi. La langue qui semblait devoir être un obstacle à tout progrès fut, au contraire, un puissant auxiliaire. Elle valait beaucoup mieux que les gens qui la parlaient. Ce n'était pas le maigre et incohérent vocabulaire de populations encore au point de départ, mais le dépôt des sentiments et des idées d'une] civilisation patriarcale pleine de sève, que des générations appauvries à tous égards par d'incessantes migrations avaient presque perdue, tout en continuant à s'exprimer comme elle. Le sessouto a suffi pour reproduire, sans presque aucune circon-