BAUDOUIN
cela, un traité anonyme do son ami le pieux et savant théologien Georges Cassander, De o/fîcio pii vin) in hoc religionis dissidio^ qu'il regardait comme « un trésor » et une vraie panacée. Publié alors par ses soins el distribué lors du colloque, ce livre, qui prêchait l'union, déplut à tous les partis et ue lit pas fortune à Poissy. Il fut même l'occasion d'une ardente polémique; Calvin, le premier, s'éleva contre Baudouin qu'il croyait L'auteur de l' ouvrage. Duaren et Hotman, ses anciens collègues, vinrent à la rescousse : de part et d'autre ce fut un feu croisé d'acerbes pamphlets. Baudouin, désabusé et dépité, devint alors précepteur de Charles de Bourbon, fils naturel du roi de Navarre. Il devait être L'orateur de ce prince au concile de Trente, lorsque ce dernier lut tu»'1 au siège de Rouen, en 1562. Cette mort le décida à reprendre ses Leçons et il voulut aller enseigner le droit romain à Douai, dans les Etats de Philippe II. Il lui fallut pour cela obtenir le rappel d'un ban exécuté contre lui, en 1545, comme suspect d'hérésie, par suite de ses rapports avec un habitant de Tournay, qui avait payé de sa vie son zèle pour la religion (Bull, de la Soc. d'kist.du Protest, fr., 1, 148), et il lit en conséquence une abjuration publique le 24 juillet 1563, à Louvain, entre les mains de l'inquisiteur général et des théologiens. En publiant le procèsverbal de cet acte, qui se trouve aux Archives de Belgique, à Bruxelles (Rev. de LégisL, Paris, 1872, p. 308), M. Rivier demande l'indulgence de la postérité « pour un savant de la Renaissance, d'humeur vive, sain d'esprit et de goût, hostile à tout fanatisme et que sa destinée ballotta entre la Genève de Calvin et les Pays-Bas du duc d'Albe ». Rappelant que sa versatilité confessionnelle l'a fait maltraiter et durant sa vie et après sa mort, il va peut-être un peu loin en réclamant pour lui le bénéiice du dicton : Bonus jurisconsultes, malus christianus,qm a servi de texte à une ou deux douzaines de dissertations au siècle dernier. Quoi qu'il en soit, cette abjuration, qui fut la dernière, ne lui profita guère. Il accepta dans les Pays-Bas une mission analogue à celle qui lui avait été déjà confiée, mais qui n'eut pas meilleur succès. Pour ne pas servir les fureurs du duc d'Albe, il dut abandonner, en 1567, ce pays désolé, et vint ouvrir à Paris un cours de Pandectes qui attira un concours d'auditeurs de marque, puis fut appelé à la chaire de droit de Besançon, et enfin, en 1568, à Angers, par le duc d'Anjou, à qui le chancelier Hurault de Cheverny l'avait chaudement recommandé. Il fut aussi nommé maitre des requêtes de ce prince; mais il sut se soustraire aux obligations que ce titre semblait devoir lui imposer, lorsqu'on voulut Le charger de faire l'apologie de la Saint-Barthélémy. De Thou lui fait honneur de ce refus, qui ne le fit point tomber en disgrâce, puisque c'est lui qui fut appelé à répondre, au nom du duc, élu roi de Pologne, à la harangue latine de Jean Zamoski, chef de l'ambassade de la diète, qui venait lui offrir la couronne. Baudouin devait se rendre à Cracovie avec le nouveau roi et s'occuperde la réorganisation de l'université, lorsque !;i mort If frappa au collège d'Arras, à Paris, le 24 octobre 1573, âgé seulement de53 ans '.hnoiset 24 jours. Il mourut, dit-on, entre les bras ^lii célèbre jésuite Bfaldonat. En résumé, d'un esprit à la fois religieux el libéral, Baudouin se montra toujours conciliateur et tolérant: il admi-