BAUR — BAUSSET
und die Tûbingèr Sc/wle, dans les JahrMchèr fur deutè&k'ê Tkeolrtgiéj 1861 et 1862 ; de Schmidt, Baurund die ncuere Tûbingèr Séhule, dans Herzog, Real-Encycl., t. XXI; Baur et les origines de l'Ecole de Tubingue, par Samuel Berger, Strasb., 1867; Histoire des idées religteuslôs ett Allemagne, par E. Lichtenberger, t. III, Paris, 1873. a. Sabatier.
BAUSSET (Louis-François de), né à Pondichéry en 1748, mort à Paris en 1824. D abord grand-vicaire à Aix, puis évoque d'Alais en 1784 jusqu'en 1790, année où cet évéché fut supprimé; incarcéré sous la Terreur; créé conseiller titulaire de l'Université en 1810; admis à l'Académie en' 1816, après la composition de ses deux ouvrages historiques, et nommé cardinal en 1817. Il est connu par son Histoire de Fénelon (1808, 4 vol. in-8°) et son Histoire de Bossuet (1814, 4 vol.). Ces deux écrits, auxquels un oratorien, M. Tabaraud, a ajouté, en 1822, un Supplément empreint de jansénisme, se recommandent par l'étendue des informations sur la vie et les ouvrages de ces deux illustres écrivains ainsi que sur les choses de leur temps, et par l'élégance tout académique du récit; aussi Sainte-Beuve a-t-il pu dire « que de Bausset a créé chez nous la biographie vraiment littéraire. » L'auteur a eu tous les manuscrits sous les yeux. En outre il a puisé, pour Y Histoire de Bossuet, dans les Mémoires*et le Journal manuscrits du secrétaire de ce dernier, l'abbé Ledieu (édités pour la première fois par l'abbé Guettée, 1856), mais il n'a pris que ce qui pouvait servir à la gloire de Bossuet, laissant de côté des détails moins favorables. La note de la louange règne d'un bout à l'autre de ces deux compositions historiques, et constitue un de leurs défauts. D'ailleurs la critique historique a depuis modifié sur plusieurs points le récit de l'évèque d'Alais (voir entre autres ouvrages : Y Intolérance de Fénelon, par 0. Douen ; les Etudes sur la vie de Bossuet, par M. Floquet, et les Etudes critiques de E. Gandar). Ces réserves faites, les deux Histoires du cardinal de Bausset ont des mérites réels ; aussi son Histoire de Bossuet, bien que fortement empreinte de gallicanisme, figure-t-elle en tête de la plus récente édition des œuvres de Bossuet publiée par une société d'ecclésiastiques entièrement dévoués aux principes de l'ultramontanisme (Bar-le-Duc, 1870). Le cardinal de Bausset, aie juger par ces ouvrages, est un esprit cultivé et modéré; plutôt favorable aux jansénistes, dont il n'approuve pas cependant la sévérité ni ce qu'il appelle leur « entêtement », qu'aux jésuites dont l'ambition et les principes lui déplaisent; fermement attaché aux libertés de Y Eglise gallicane, au point de raconter avec une sorte de lyrisme l'histoire des travaux et de la fameuse Déclaration de l'assemblée de 1682, dont il dit « qu'elle est un des plus beaux titres de la gloire de Bossuet et de l'Eglise de France, » à quoi les ecclésiastiques de l'édition de 1870 ripostent, en note : « Non ! mille fois non ! » refusant, avec Bossuet, l'infaillibilité au pape, pour la mettre dans les conciles; opposé, quant aux pratiques du culte, à toutes les nouveautés qui n'ont pas pour elles la tradition ; sévère envers l'horrible massacre de la Saint-Barthélémy, mais ne blâmant point la Révocation de redit de Nantes; exposant les controverses de Bossuet avec les ministres protestants et donnant toujours gain de cause au premier sans aperce-
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voir Les points faibles de son argumentation; en résumé esprit plus élégant que profond; historien agréable plutôt que solide critique, et dont les deux. Histoires, malgré d'inévitables imperfections, méritent t'estime dont elles jouissent. j.bastide.
BAUTAIN iLouis), né à Paris en 1796, mort en I867,nesedestinai1 pas d'abord à la carrière ecclésiastique. Après sa sortie de l'Ecole normale, il professa La philosophie au collège de Strasbourg. Passionné pour l'étude ■t voulant tout connaître, il fit dans la faculté de cette ville des études de médecine, obtint le titre de docteur, qui vint ainsi s'ajouter à celui de docteur es lettres qu'il avait déjà. Disciple et ami de Cousin, il vit son cours suspendu en 1823, à cause des vues trop libres qu'il y proessait. En 1828 une conviction intérieure des plus sincères le poussa dans l'Eglise : il devint prêtre. Ce changement ne s'accomplit pas sans réflexions ni hésitations. Ecrivant plus de trente ans après à un jeune homme qui voulait renoncer à une position brillante pour se faire ecclésiastique, il lui disait : « J'ai passé par cette épreuve; j'ai quitté !e monde pour entrer dans l'Eglise; j'ai ressenti vos aspirations, vos inquiétudes, vos incertitudes, surtout à l'approche du jour solennel, et quand il a fallu poser par un acte public ce qui jusque-là était dans le désir et dans la pensée. » Il ajoutait : « Grâces au ciel, je n'en ai jamais eu de regret; au contraire, je me suis senti toujours plus lieuvu x. de m'être donné pleinement au service de Jésus-Christ et de son Eglise, même au milieu des contradictions les plus dures et des mécomptes de plusieurs genres, effets des circonstances et de mon inexence. » Nommé professeur au grand-séminaire, il s'attira les censures de son évêque pour avoir dénoncé la méthode scolastique qui résidait à l'instruction du clergé et le manque de culture scientifique qui en était le résultat. L'abbé Bautain eut d'autres démêlés encore avec l'autorité supérieure à cause des articles (( à tendance hégélienne» qu'il avait insérés dans Y Ami de la religion. Peu soucieux de compromettre son avenir, Bautain. rétracta ses hérésies (1837), et fut nommé Tannée suivante professeur de philosophie et doyen de la faculté des Lettres de Strasbourg. Les vues exposées dans ses cours et dans ses livres sont un mélange des idées de Kant, de Jacobi et de saint Augustin. Le théologien chez lui est beaucoup moins hardi et moins or?- .h. il que le philosophe. Ce qui caractérise l'abbé Bautain, c'est la sérénité de sa foi en Christ, entretenue par la lecture assidue de la Bible^ et en l'Eglise. Il ne sépara jamais ces deux choses; aussi son obéissance au saint-siége était-elle entière, absolue. A cet égard il n'y ■■ut jamais chez lui les hésitations et les doutes qu'ont connus d'autres théologiens, le P. Gratry, par exemple, avec lequel il avait de commun me érudition variée et très-étendue. Il n'hésite pas à condamner les principes du gallicanisme et à « soumettre ses écrits, pour le fond et pour ia forme, au jugement du saint-siége, dont il accepte d'avance, dit-il, les décisions. » <hi est quelque peu étonné de cette intrépidité d'obéissance chez un esprit si éclairé. Elle découle de sa notion de orité de l'Eglise, qu'il veut absolue, et qu'il met bien au-dessus de celle d • l'Ecriture. Son argumentation sur ce point est des plus
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faibles. 11 se borne à dire « qu'en démontrant la vérité de la révélation on prouve l'institution divine de l'Eglise qui en est le dépositaire et le héraut; » soit, mais comme cette révélation est contenue dans la Bible, l'Eglise ne peut tirer son autorité que de la conformité de son enseignement avec celai de l'Ecriture (l'abbé Bautain n'aurait pas accepté cette conséquence), à moins de prétendre que le Saint-Esprit peut inspirer à l'Eglise des maximes ou des lois qui ne se trouvent pas dans la parole de Dieu, ce qui est ouvrir la porte à l'arbitraire. Au reste la pensée de l'abbé Bautain n'est pas toujours exacte. Il assimile constamment le protestantisme avec la libre pensée ou la philosophie. « Le protestant, dit-il, veut tout apprécier à la mesure de sa raison, et respecte peu les choses qui la dépassent. » Un autre trait du caractère de l'abbé Bautain c'est la liberté de ses jugements sur les hommes et les choses de son temps. Il a le don de l'observation, la pénétration du moraliste. Il use largement de son droit de n'être pas de Tavis de tout le monde, même pour les affaires de l'Eglise. Aussi il n'approuve pas sans réserve les grands catéchismes de persévérance en usage à Paris ; il blâme avec une ironie mordante l'institution des prédicateurs ambulants qui promènent pendant les Carêmes et les Avents leurs sermons d'une église à l'autre; la forme ordinaire de la prédication, qui consiste à réciter un discours écrit et appris, provoque ses critiques les plus sévères; ces titres même d'orateur et d'éloquence de la chaire le mettent en veine d'ironie et il se plaint que cette éloquence « ait son représentant à l'Académie », ce qui est un peu jeter la pierre dans le jardin du voisin, c'est-à-dire la gloire de Lacordaire et du P. Gratry. Il recommande, comme Fénelon, l'improvisation appuyée sur l'étude et la prière, aussi a-t-il intitulé le livre qu'il a consacré à ce sujet Etude sur Y art de parler en public, déparier, fait-il remarquer lui-même, et non réciter. En politique il blâme ceux qui identifient les intérêts de l'autel avec ceux du trône, et déclare qu'on peut être bon chrétien sous tous les. régimes. Il montre que le principe de la légitimité, ou de la transmission de la puissance royale par hérédité, n'est pas le fondement unique de la monarchie ; il prend en pitié les journaux catholiques, « qui ne peuvent pas s'entendre, » et condamne en termes vifs la tentative de quelques prélats de noblesse de créer un clergé de prêtres sortis de grandes maisons, tentative qui ramènerait le clergé d'autrefois formé des cadets de famille ; il lui préfère le clergé actuel, sorti des rangs du peuple « et qui a tant de peine à vivre qu'il a appris à vivre de peu et honnêtement. » Cette liberté de jugement a pu lui amener quelques-uns des mécomptes auxquels il est fait allusion plus haut. Elle n'empêcha pas cependant ses mérites et sa piété de l'élever à de hautes dignités dans l'Eglise ; il fut tour à tour vicaire général de Paris et de Bordeaux, professeur de théologie à la Sorbonne, et supérieur de la maison de Juilly. Sa prédication, « solide et pieuse, » disait monseigneur Darboy, plutôt que brillante, fut goûtée des esprits sérieux. Ses nombreux ouvrages traitent presque exclusivement des questions de philosophie et des questions de morale ou plutôt de vie chrétienne. Son principe philosophique est que la
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raison doit accepter les Lumières de la révélation, an lieu de les repousser comme Le font toutes les philosophies, sans en excepter Le spiritualisme. Le caractère de ses ouvrages de morale c'est la préoccupation constante d'introduire les principes du christianisme dans tous les états et tes détails de la vie. principalement de la vie contemporaine, ce « 1 11 i leur donne un grand intérêt d'actualité. Ils abondent en vues généralement exactes et profondes; on y regrette quelquefois un peu de banalité, une tendance marquée à la casuistique, (les répétitions fréquentes, et surtout le charme d'un grand et beau style. Celui de l'abbé Bautain, quelquefois vif et ému, est généralement long et un peu lourd. La pensée, chez lui, est bien supérieure à la forme qu'elle revêt. Sa piété, profondément biblique, mérite tout respect. — Voici ses principaux ouvrages : Psychologie expérimentale, 1834, 2 vol.; Philosophie morale, 1842, 2 vol.; Philosophie du christianisme, 2 vol.; La Religion et la Liberté considérées' dans leurs rapports, 1848; La Belle Saison à la campagne, 1858; La Chrétienne de nos jours, 1859'; La Conscience ou la règle des actions humaines, 1860; Le Chrétien de nos jours, 1861; Méditations sur les E pitres et les Evangiles, 1863, etc.
J. Bastide.
BAVIÈRE (Histoire religieuse). La Bavière a été en Allemagne le plus ferme soutien de l'Eglise de Rome. Comme son théologien, le Dr Jean Eck, dans les conférences et les colloques, de même, dans les affaires politiques, les ducs deBavièreont été les champions les plus ardents de la papauté. Le clergé, et surtout le clergé régulier, était puissant dans ce pays, où il possédait, à l'époque de la Réforme, de grands biens : « Si tu sors de Munich, est-il dit dans un pamphlet du temps, demande à qui appartiennent ces terres, et Ton te répondra : A nos gracieux .seigneurs de Degernsee, de Chiemsee, de Saunersee; de sorte que la moitié de la terre de Bavière appartient aux ecclésiastiques. » Cependant la Réforme y pénétra très-tôt et s'y propagea rapidement; beaucoup de prêtres s'y rallièrent et les Etats mêmes lui furent favorables. On partageait en Bavière les antipathies que toute l'Allemagne éprouvait pour la papauté ; les ducs eux-mêmes étaient mécontents de voir la juridiction ecclésiastique empiéter sans cesse sur les affaires temporelles, de sorte que le duc Guillaume, qui du reste n'était pas alors ou très-bons termes avec l'empereur, ne ht d'abord aucune opposition sérieuse aux doctrines nouvelles. Mais en 1521, après la diète de Worms, où Luther fut mis au ban de l'empire, ces dispositions changèrent. Eck surtout excita le duc contre les protestants, et d'un autre côté, les ordres monastiques, qui craignaient pour leurs possessions, Contribuèrent de leur mieux à ranimer le zèle religieux du prince. L'université dlngolstadt elle-même finit par reconnaître qu'elle ne pourrait se défendre de la contagion sans l'intervention du pouvoir. \a> maîtres l<'^ plus fanatiques, Jean Eck, François Burkhardtet George Hauer s'efforcèrent de l'obtenir, et ils furent puissamment secondés par le chancelier Léonard Eck, un de- hommes politiques les plus
actifs el les plus influents de l'époque. Les ducs rendirent alors, le
mercredi des Cendres, 5 mars 1522, une ordonnance portant que, sous
les peines les plus sévères, il serait défendu à tous les sujets d'abandonner la foi des ancêtres ; tous les fonctionnaires reçurent l'ordre d'appréhender au corps les récalcitrants, tant ecclésiastiques que laïques, et d'en faire rapport aux ducs (Frètes bam'sches Religiommawhit . Mûnchen am Eschermittiche angeender Vassten). Mais malgré toutes les mesures de rigueur, le mouvement religieux ne se ralentit point ; les évèques eux-mêmes, se sentant menacés dans leur autonomie, ne prêtaient pas au pouvoir séculier tout l'appui désirable, et bien souvent ils renvoyaient sans aucune condamnation les luthériens arrêtés par \a> fonctionnaires et traduits devant leur tribunal. Les ducs chargèrent alors (1523) le Dr Eck d'aller à Rome pour porter plainte contre les évêques auprès du pape Adrien VI et pour demander une extension des pouvoirs ducaux dans les actions judiciaires contre les hérétiques. Malgré la réclamation que les évêques bavarois envoyèrent à Rome (déc. 1523), Adrien VI, ne pouvant rien refuser au plus orthodoxe des docteurs, accorda, par une bulle, à une commission ecclésiastique instituée pour cet effet, le droit de dégrader et de livrer au bras séculier, sans le concours des évêques, tout ecclésiastique reconnu coupable d'hérésie ; en même temps il concéda aux ducs de Bavière la cinquième partie des revenus de l'Eglise (Seckendorf semble penser que ce fut pour cinq ans seulement), parce que « ils se sont engagés à prendre les armes contre les perfides ennemis de la foi orthodoxe )).. Le D1 Eck n'a donc pas seulement été un adversaire acharné de Luther; il a encore exercé en Bavière une très-grande influence sur l'Etat aussi bien que sur l'Eglise; et, en y constituant une autorité indépendante de l'épiscopat, et toute entre les mains du pouvoir séculier, il a fondé l'alliance entre les ducs, l'université d'Ingolstadt et la papauté, alliance qui a permis d'arrêter le mouvement national en Bavière. Les luthériens ressentirent bientôt les effets de cette alliance. Dès l'année 1524, Luther écrivait : « Dux Bavarix sxvit ultra modum occidcndu. profliyando, prosequendo totis viribus Evarigelium; » et le 30 octobre de la même année : « In Bavaria multum régnât crux et persêcutw verbt, etium non palam seminati, ita sxviunt Mi porci, sed sanguis fusus suffocabit eos. » On rechercha en effet les luthériens partout où l'on pouvait les découvrir. Tous les chemins furent gardés pour surprendre ceux qui se rendraient aux prédications du voisinage ; ceux qui étaient pris durent payer de fortes amendes; puis, comme on accusa le duc de sévir par intérêt, on leur infligea d'autres peines. A Landsberg neuf hommes furent condamnés à mourir par le feu (1526) ; à Munich, vingt-neuf autres, à mourir par l'eau. C'est alors aussi que périt Léonard Kaiser, qui était venu de Wittemberg à Schœrding (près de Passau) pour voir son père mourant ; dénoncé par le prêtre de l'endroit, il fut jeté dans les prisons de Passau et, malgré les supplications de l'électeur de Saxe et de plusieurs autres princes, il dut monter sur le bûcher. Ses dernières paroles furent : « Jésus, je suis à toi, donnemoi le salut » (Seckendorf, C omrnentarius de Luther anismo, 1. II). — Mais la puissance des ducs de Bavière ne s'étendait pas alors sur toute la Bavière actuelle, dont une partie, qui n'a été jointe à ce pays que dans
aptre siècle seulement, constituait alors des villes libres ou des territoires indépendants; là la Réforme eut son histoire à part et elle y put souvent se développer et s'établir librement. A Nuremberg l'Evangile fut prêché par Dominique Sleupner, André Osiander, Thomas Venator, qui adressèrent au conseil de la ville un avis (Bedenken) sur la question religieuse, puis par les prévôts de Saint-Sébald et de Saint-Laurent, George Bessler et Hector Boshmer. En 1534, à la fête de Pâques, au moment même où la diète était assemblée à Nuremberg, quatre mille personnes y reçurent la communion sous les deux espèces; dans ce nombre il y avait plusieurs personnages officiels (des lieichs Personen) et la sœur même de l'archiduc Ferdinand, Isabelle, reine de Danemark. Ferdinand fut fort effrayé de cette démonstration : « Je ne sais trop, dit-il, comment tout cela finira. » Il s'en plaignit au conseil de la ville; celui-ci lui répondit avec hardiesse « qu'il ne voulait pas consentir plus longtemps à des abus antichrétiens, mais s'attacher fidèlement à la Parole de Dieu. » Les membres les plus influents du conseil, tels que Jérôme Ebner, Christophe Scheurl, Jérôme Baumgwrtner, le secrétaire Lazare Spengler et autres, étaient déjà gagnés à la cause de l'Evangile. Mais ce qui caractérise l'établissement de la Réforme à Nuremberg, c'est la prudente lenteur avec laquelle les innovations furent introduites. On administra le baptême en' langue allemande, mais en conservant tout l'ancien rituel. On abolit sans doute les prières à la Vierge, mais on remplaça Y Ave Maria par cette formule plus évangélique : « Je te salue, Jésus-Christ^ roi de grâce; etc. » En 1529 Nuremberg prit part à la protestation de Spire et se prononça, au colloque de Marbourg, contre l'union avec les zwingliens; en 1530 elle apposa sa signature à la confession d'Augsbourg. A Nôrdlingen, c'est Billican qui établit le culte évangélique. A Augsbourg le papisme fut attaqué dès 1521 par Jean Frosch, secondé par Etienne Agricola, Urbain Regius, et, depuis 1530, par le théologien sfrasbourgeois Wolfgang Musculus. Luther se plaignait fort des tendances zwingliennes des prédicateurs d'Augsbourg. En 1534 le conseil de la ville rendit un décret portant qu'on cesserait a l'avenir de célébrer la messe dans les églises et chapelles de la cité, sauf !<• dôme, aussi longtemps qu'on n'aurait pas prouvé qu'elle est conforme aux Ecritures. Les chanoines et les prêtres quittèrent alors la ville et furent bientôt suivis par les religieuses et par les moines mendiants, dont on ferma le couvent (Seckendorf, Commentarius, 1. III). A Ratisbonne, où l'influence de la Bavière avait longtemps empêché la Réforme, le culte évangélique ne fut établi qu'en 1542; le premier prédicateur évangélique fut l'éloquent Erasme Zollner [der àeredte Pfaff). L'Autriche protégea alors la ville contre la Bavière ; le 14 octobre on put \ célébrer la communion sous les deux espèces, et l'on acheva aussitôt après l'organisation de l'Eglise évangélique. Un élève de l'école de Wittemberg, le \v Napp, y fut le premier surintendant. Les ducs <!<• Bavière durent se contenter d'empêcher leurs sujets d'apporter leurs denrées à Ratisbonne ; mais la ville supporta vaillamment ces vexations.
« Peu importe, disait-On, qu'il arrive un peu moins de beurre sur le marché. » La doctrine évangélique pénétra dès 1520 dans la ville
éplseopale de Bamberg, administrée par l'évêque pieux et intelligent George de Lindenbourg, qui s'entourait de savants, mais qui mourut trop tôt pour la cause de l'Evangile (1522). Le luthéranisme trouva encore un autre appui dans cette ville, le grand-maître de Bamberg, Jean de Schwarzenberg, jurisconsulte et lettré aussi savant que pieux. L'évêque de Wurtzbourg, Laurent de Bibra, avait reçu, en 1518, Luther qui se rendait cà Heidelberg, et lui avait témoigné beaucoup de bienveillance; mais lui aussi mourut trop tôt (1519), de sorte que la Réforme ne put triompher dans cette ville. —Dans la vieille Bavière, par contre, la réaction contre le protestantisme s'accentua de plus en plus. Non content de combattre 1' hérésie dans ses propres Etats, le duc Guillaume, resté seul après la mort de son frère Louis, poussa Charles- Quint à prendre les armes contre les protestants. Dans la guerre de Smalkalde, rien ne fut plus funeste à ces derniers que l'intervention indirecte du duc Guillaume, qui, en s'alliant secrètement à l'empereur, tout en gardant à l'égard des protestants les dehors de la bonne amitié, contribua peut-être plus que tout autre à l'effondrement de leur puissance. L'armée protestante avait été placée sous le commandement d'un vieux capitaine plein d'expérience, Sébastien Schsertlin de Burtenbach; celui-ci allait attaquer les Impériaux qui n'étaient ni concentrés, ni entièrement prêts à entrer en lutte, et surprendre l'empereur à Ratisbonne, ce qui eût probablement décidé du sort de la campagne, lorsque les princes lui défendirent de franchir les frontières de la Bavière, de peur de mécontenter le duc ; Charles-Quint eut donc le temps de rassembler ses forces, et l'on connaît l'issue désastreuse de la guerre. En 1549 Guillaume appela les jésuites, qui s'emparèrent de l'enseignement théologique à l'université d'Ingolstadt, et acquirent une influence très-grande en devenant les confesseurs et les conseillers des princes. A l'avènement d'Albert V le Magnanime (1550-79) les neuf dixièmes de l'Allemagne avaient abandonné Rome; la Bohême était protestante; dans l'archiduché d'Autriche, la trentième partie à peine de la population était restée fidèle à la vieille Eglise, qui ne pouvait plus compter que sur la Bavière et leïyrol ; aussi Canisius compare-t-il ces derniers à Juda et à Benjamin, après le schisme des dix tribus. Cependant même en Bavière il s'était formé, dans la noblesse, un parti luthérien. Les abus de l'Eglise romaine étaient si évidents que le duc Albert alla jusqu'à promettre à ses Etats la coupe des laïques (1556). Bien plus, il envoya au concile de Trente son conseiller Paumgartner, chargé de demander, au grand scandale des prélats assemblés, la communion sous les deux espèces et le mariage des prêtres, cette concession, disait-il, étant le seul moyen de retenir son peuple dans l'obéissance de Rome ; à la lin du concile (1564) Pie IV accorda en effet à la Bavière la communion sous les deux espèces (ïhiersch, Luther, Gustav Adolf u. Maximilian 1 von Bayerri). Mais étant tombé sous l'influence de l'Autriche et des jésuites, Albert perdit toute modération et devint à son tour persécuteur ; il permit d'établir une véritable inquisition, « produit de l'envie et du venin, » et obligea les fonctionnaires d'adhérer à la foi du concile de Trente; quiconque n'allait pas à la messe était emprisonné,
mis à la gène, exilé, et perdait la moitié de ses biens. C'est alors que Brenz et Amsdorf écrivirent aux protestants de Bavière des épitres consolatoires. Sous Guillaume V, élève des jésuites, et sous son lils Maximilien Ier, la persécution alla en croissant. La Bavière devint le centre du romanisme en Allemagne et le fanatisme clérical n'y connut plus de bornes, surtout Lorsqu'après la mort de l'empereur Maximilien II le duc de Bavière se vit soutenu par l'Autriche. En 1609 Maximilien Ier constitua à Munich la Ligue catholique, opposée à Y Union des protestants. Lorsqu'éclata la guerre de Trente ans, il s'avança jusqu'à Prague, et c'est à lui surtout qu'est due la victoire de la Montagne-Blanche. Plus tard il céda le commandement de son armée au fameux Tilly, En récompense de ses services, Maximilien fut investi du Palatinat et reçut le chapeau d'électeur. Les victoires de Gustave-Adolphe procurèrent un temps de répit aux protestants de la Bavière; mais après la défaite de Nôrdlingen (1634) et la prise d'Augsbourg (1635), les persécutions recommencèrent. Le traité de Westphalie confirma Maximilien dans la dignité électorale et dans la possession du Palatinat supérieur; à ce dernier était assurée la liberté religieuse, mais Maximilien refusa toujours de la lui accorder réellement. — Rome régnait alors en maîtresse dans la Bavière; mais le jour vint où son joug pesa même à d'aussi bons catholiques que l'étaient les électeurs de Bavière. Maximilien-Joseph ïep commença à réagir contre cette domination ; il enleva aux jésuites la censure, réforma les couvents et améliora l'instruction. Cependant ce n'est qu'à la fin du dix-huitième siècle, sous Maximilien-Joseph II et sous le ministère Montpelar, que l'on accorda en tin aux protestants la liberté religieuse. Beaucoup de couvents furent supprimés et l'on fonda un grand nombre d'écoles. L'annexion des nouveaux territoires, en grande partie protestants, donna une plus grande importance à l'Eglise évangélique, qui fut reconnue, par la constitution de 1818, à l'égal de l'Eglise romaine; cependant on lui interdit le nom d' 'évangélique, de sorte qu'elle porte officiellement celui d'Eglise protestante. Dans le Palatinat, l'Union entre luthériens et réformés fut établie en 1819, sur la même base dogmatique que dans le grand-duché de Bade. Comme ce dernier aussi, le Palatinat bavarois est devenu la conquête presque incontestée du Protestantenverein et le champ d'expériences du radicalisme religieux. Dans le reste de la Bavière. L'Eglise évangélique est restée luthérienne; l'université d'Erlangen a beaucoup contribué à y maintenir l'attachement à la doctrine et aux traditions luthériennes, et est devenue un foyer de science et de pieté pour la Bavière et pour toute l'Allemagne (Seckendorf, Commenta ri, i* de Lut lier anismo; Ranke, Deutsche Geschichte imZeitalter d. Réf.; Thiersch, Luther, Gustav Adolfu. Maçimilian l v.Bayerri).
Ch. Pfender.
BAVIERE (Statistique religieuse). La Bavière fut longtemps un Etat presque exclusivement catholique. Les changements territoriaux de la période napoléonienne .amenèrent L'annexion à ce pays de provinces nu les protestants étaient assez nombreux. Mais la majorité restait aux catholiques, «pu en usèrent et abusèrent jusqu'aux changements qu'en-
trama en Allemagne la guerre de 1866. Depuis lors, le pouvoir a passé aux éléments anticléricaux, qui l'ont rudement peser leur autorité sur les catholiques et les luthériens. Le recensement de 1875 attribue à ki Bavière une population de 5,022,904 habitants ; mais les résultats relatifs aux cultes ne sont pas encore publiés et nous devons nous en tenir à ceux de 1871 qui constatent 3,464,364 catholiques, 1,342,592 protestants, 5,453 membres d'autres dénominations chrétiennes (dont 3,820 mennonites, 360 irvingiens, 246 catholiques grecs, 217 vieux-catholiques, 72 anabaptistes, 63 anglicans, 623 adhérents de la Frète Religion), 50,662 Israélites et 379 personnes se rattachant à d'autres cultes non chrétiens, soit en résumé 71 0/0 de catholiques et 28 0/0 de protestants. Les résultats de 1871 seront sans doute assez analogues pour 1875, sauf pour les vieux-catholiques dont le nombre s'est accru considérablement. L'autorité centrale des cultes est le ministère de l'intérieur pour les affaires d'Eglise et d'écoles. Le budget de 1876-1877 attribue (pour deux ans) aux cultes et à l'instruction publique réunis une somme de 19,884,677 marcs (environ 25,000,000 de francs). — A. Eglise catholique : Les rapports de l'Eglise et de l'Etat sont régis par le concordat du 5 juin 1817. Le royaume est divisé actuellement en huit diocèses : l'archevêché de Munich-Freysing (évêché au huitième siècle, archevêché le 5 juin 1817) avec les trois évêchés suffragantsd'Augsbourg (quatrième siècle), de Passau (huitième siècle) et de Ratisbonne (huitième siècle), et l'archevêché de Bamberg (évêché le 1er novembre 1007, archevêché le 5 juin 1817) avec trois évêchés suffragants : Wùrtzbourg (huitième siècle), Eichstaëdt (huitième siècle) et Spire (quatrième siècle?). A chaque cathédrale est joint un chapitre composé d'un prieur, d'un doyen, de huit à dix chanoines et de six vicaires capitulaires. Ces huit diocèses se divisent en 171 décanats et 2,756 paroisses. Le clergé est assez nombreux , car il y a un prêtre par 464 âmes. Les couvents tant d'hommes que de femmes ne dépassent guère le nombre de 60, avec un peu plus de 1,000 religieux et religieuses. Le clergé catholique étudie dans les séminaires diocésains au nombre de huit et dans les deux facultés de théologie catholique de Munich et de Wùrtzbourg. La première compte (octobre 1876) 9 professeurs et 80 étudiants, la seconde 8 professeurs et 119 étudiants. Les traitements du clergé sont assez modestes; les plus élevés sont naturellement ceux des prélats qui touchent l'archevêque de Munich 20,000 florins, celui de Bamberg 15,000, les évêques de 8 à 10,000. — B. Les vieux-catholiques bavarois sont, d'après le compte rendu fait au synode de Bonnle7 juin 1876, au nombre de 10,110 formant 31 paroisses. — G. L'égalité civile et politique avec les catholiques est garantie aux protestants par la constitution de 1818. Dans le Palatinat les deux Egiises luthérienne et réformée sont unies depuis 1818 ; dans les autres provinces, les protestants se rattachent en majorité au luthéranisme. Ils sont en majorité dans trois provinces sur huit (Palatinat, Haute et Moyenne Franconie). L'autorité centrale des luthériens est le consistoire supérieur de Munich, composé d'un président, de 4 conseillers ecclésiastiques et d'un conseiller laïque. Deux consistoires provinciaux à Ansbach et à Bayreuth, sont