BAXTER — BAYEUX
en faisant delui l'un de ses chapelains. Baxter employa son influence à essayer de rapprocher les épiscopaux et les presbytériens. Dans la querelle qui les divisait, il prit une position moyenne et conciliante; il prépara une liturgie révisée, qui faisait disparaître du Frayer Book les parties auxquelles objectaient le plus les presbytériens. Malheureusement l'infatuation des évoques fit avorter cette tentative. Baxter, qui avait refusé, au cours des négociations, un siège épiscopal qu'on lui offrait, ne put pas même obtenir qu'on lui rendit sa modeste cure de Kidderminster, En 1661 Y Acte d'uniformité vint montrer comment la cour et le parlement entendaient faire delà conciliation. Le 24 août 1662, deux mille pasteurs sortirent de l'Eglise. Baxter, qui pendant deux ans avait travaillé à faire une place au puritanisme dans F enceinte de l'Eglise établie, fut le premier à donner le signal de cette rupture définitive. Forcé d'interrompre son ministère public, il trouva une retraite à Acton, puis à Totteridge, près de Londres, où il travailla à plusieurs ouvrages, spécialement à son grand Methodus Theologix. Après dix ans de retraite, il put enfin, en 1672, prêcher de nouveau publiquement à Londres. Mais la persécution, un moment ralentie, reprit bientôt contre les non-conformistes, et les dernières années de Baxter furent assombries par des tracasseries de toute sorte. En 1685 il fut traduit devant le juge Jeffries, pour répondre au sujet de quelques passages de sa Paraphrase du Nouveau Testament que l'on avait trouvés malsonnants. Il fut traité avec une brutalité révoltante par ce triste magistrat, qui le fît condamner à l'amende et à la prison. Après dix-huit mois d'emprisonnement, il fut relâché par l'intercession de lord Powis, et on lui fit grâce de l'amende. L'accession de Guillaume III au trône d'Angleterre mit fin à ces persécutions et ouvrit une ère de tolérance, sinon encore de liberté. Baxter put finir sa vie en paix. Il mourut à Londres le 8 décembre 1691. Baxter a publié un grand nombre d'ouvrages de théologie et d'édification. Sa théologie peut être définie la théologie de la modération ; il combattit l'ultra-calvinisme et essaya, dans son système, de sauvegarder à la fois la prescience divine et la liberté humaine. Ses ouvrages théoîogiques ne sont plus guère lus aujourd'hui. Mais ce qui reste de lui ce sont plusieurs traités d'édification, pleins de mouvement et de vie, dont la piété anglaise se nourrit toujours. Quelques-uns ont été traduits en français, le Repos des saints, la Voix de Dieu,\es Aphorismes sur la justification, etc. La meilleure édition de ses œuvres est celle d'Orme (Londres), avec une -biographie. Mentionnons parmi ses biographes : Calamy (Londres, 1713), Gerlach (Berlin, 1836), Schmidt (Leipzig, 1843). Nous avons en français : Baxter et l'Angleterre religieuse de son temps (par Mark \Yilks (?), Paris, 1840). Un ami de Baxter publia peu après sa mort, son autobiographie, sous le titre de Reliquix Buxterianx, Londres, 1696. Matth. Lelièvre.
BAYEUX (Calvados) [Bajocœ, Bajocum, Baex], évêché suffragant de Rouen. Saint Exupère (saint Soupir, saint Spire) est l'apôtre du pays Bessin; il vivait vers Fan 400, ses reliques sont à Gorbeil. Parmi ses successeurs on nomme saint Leu, saint Manvieu, saint Vigor, qui a donné son nom à une abbaye bâtie sur le mont Phaunus, saint Regno-
BAYEUX— BAYLE Ml
bert tmi construisit ta cathédrale. Gereboldus (f 691) châtia l'ingratitude de st s ouailles en les affligeant d'un mal d'entrailles, le mal Saint-Gerbaut. Eudes de Conteville, frère utérin de Guillaume le Conquérant, occupa révêché de L050 à 1097; ce prélat intrigant, qui avait été à Hastings et était comte de Kent, prétendit en 1085 à la dignité de pape. Sou frère le lit jeter en prison; il mourut après une vie agitée. Il avait consacré en 1080 sa splendide cathédrale, dédiée à Notre-Dame; ]« s célèbres monastères de Saint-Etienne et de la Trinité de Caen (Cadomw) avaient été peu avant fondés par le duc Guillaume et son épouse Mathilde. Le cardinal d'Ossat fut évêque deBayeux (1600-1604). — Voy. J. Lair, Orig. de Vév. de B., Bibl. de l'Ec. des Chartes, 1862 et 186.>; Hermant, Hist. du dioc. de B., Caen, 1705,[in-4° ; Gallia Christiana, XI; Fisquet, La France pontificale. s- Berger.
BAYLE (Pierre), célèbre critique et philosophe, né au Cariât, dans le comté de Foix, le 18 novembre 1647, mort le 28 décembre 1706, a i>\i'wé par ses ouvrages, presque tous traduits en plusieurs langues, une grande influence sur les lettres et la philosophie de l'Europe. Fils d'un ministre de l'Evangile, on le trouve d'abord, quand il a terminé à Puylaurens ses premières études, élève des jésuites à Toulouse, instruit par eux dans la vieille philosophie du moyen âge que Ton prenait dans ce temps-là pour la doctrine d'Aristote, et un moment converti au catholicisme ; puis, relaps, il est obligé de quitter la France et se réfugie à Genève, où, tout en occupant le modeste emploi de précepteur pour gagner sa vie, il a l'occasion de s'initier à la doctrine de Descartes, le nouveau réformateur des études philosophiques. Alors s'ouvre pour lui une difficile et glorieuse carrière, une vie de travail, d'activité et d'incessante agitation, dont les deux grandes étapes sont Sedan et Rotterdam. Ses nombreux adversaires, avec un égal mépris de l'évidence et du sens commun, l'ont accusé tantôt de mauvaise foi et d'ignorance et tantôt d'incrédulité révoltante. Ils lui reprochent surtout, à propos de sa conversion, ce qu'ils appellent sa versatilité. Coumu même va jusqu'à dire qu'il s'était décidé dans les derniers temps de sa vie à redevenir catholique pour rentrer en France. Mais il est certain que cette dernière accusation ne s'appuie que sur des calomnies, et en particulier sur ce*qu'a écrit Jurieu. Quant à sa première conversion, il est vrai, c'est lui-même qui l'avoue, qu'elle a eu lieu pendant -nu séjour chez les Pères jésuites. Son erreur dura dix-sept mois. Mais il la comprit lui-même et sortit de l'Eglise catholique comme il y était entré, de son plein gué. Quelques années après, espérant qu'on aurait oublié pendant son long séjour à Genève son abjuration, il revenait, s'arrêtant d'abord à Rouen, puis à Paris et enfin à Sedan, après avoir obtenu au concours , en 1675, la chaire de philosophie' à l'Académie protestante de cette ville. Son cours, rédigé et complété eu deux ans, a été conservé dans la grande édition de ses Œudiverses, imprimées à La Haye (1727-1741), en 4 volumes in-folio. C'est, avec une remarquable érudition et un talent de dialecticien trèsspécial à l'auteur que Voltaire appela plus tard« le premier dialecticien du monde », Descartes pour la méthode, comme on pouvait s'y attendre