‹ Encyclopédie des sciences religieuses (volume 5)Chapitre 43 sur 263 · BAYLE · texte numérisé non relu

BAYLE

d'après la direction de ses études, et pour le fond des idées, Aristote, quelquefois même Malebranche. Il comprend quatre parties : 1° la logique, avec des subdivisions assez semblables à celles de Port-Hoyal et de Gassendi, car elles ont une source commune, YOrganum; 2° la morale; 3° la physique; 4° la métaphysique. Les deux dernières parties sont les plus développées et contiennent ce qu'il y a de plus original dans tout le système. On a dit de Bayle qu'il fut « le grand journaliste de son temps ». Il est en effet critique et polémiste par goût et par vocation. Il a toujours besoin d'exercer sa plume alerte et vive en donnant son avis sur l'affairé du jour. A Sedan, à l'occasion d'un procès célèbre, il se fait, devant le public, l'avocat de François-Henri de Montmorency, duc de Luxembourg, accusé de sorcellerie, et il répond par ses Cogitalianes rationales de Deo, anima et malo au ministre Poiret, mystique, enthousiaste de mademoiselle Bourignon et de madame Guyon. A Rotterdam où il vient d'être appelé, Louis XIV ayant l'ait fermer en 1681 l'Académie de Sedan, il continue, tout en occupant la chaire de philosophie et d'histoire à l'université de cette ville, ses critiques et ses controverses. Une comète qu'on vit en 1680 avait causé une alarme générale. 11 publie sur ce sujet en 1682 ses trois volumes de Pensées diverses, suivies bientôt d'une Addition aux Pensées, et plus tard d'une Continuation des Pensées. Mais l'apparition de la comète n'est qu'un prétexte, et ce qu'il examine au fond, c'est si l'athéisme est moins dangereux que la superstition, s'il ne serait pas vrai de dire que Dieu fait des miracles pour confirmer l'idolâtrie clans le monde, en supposant que les comètes fussent un présage de malheur, et d'a.utres thèses trèshardies pour le temps. Dans la même année, le P. Maimbourg, jésuite, ayant publié une Histoire du Calvinisme, Bayle écrit en quinze jours l'une de ses meilleures et plus spirituelles réfutations, sous ce titre : Critique générale de l'Histoire du Calvinisme de M. Maimbourg . Le jésuite eut assez de crédit pour obtenir qu'on brûlât le livre de son adversaire en place de Grève, mais craignant son redoutable antagoniste, il évita de lui répondre. Un autre ennemi du professeur de Rotterdam, son collègue Jurieu, l'accusa, le combattit enfin avec tant d'acharnement qu'il finit par lui faire perdre sa place et par obtenir qu'on lui ôtàt jusqu'au droit d'enseigner. Bayle venait de publier en 1684 son journal, Les Nouvelles de la République des Lettres. Jurieu, non pas jaloux, comme on l'a dit souvent, mais aigri, affligé d'apprendre chaque jour qu'on ne cessait de persécuter en France les protestants, s'indigna de ce qui lui semblait être chez son collègue indifférence et manque de foi. Le Commentaire philosophique sur ces paroles de l'Ecriture, {{Contrains-les d'entrer,)) contre Louis AI V, paraît en 1686, provoque une première réponse de Jurieu, et un peu après, celui-ci, sans provocation nouvelle, attribuant à Bayle l'Avis aux réfugiés sur leur prochain retour en France, quoique le professeur de Rotterdam ait toujours soutenu qu'il ne l'avait pas écrit, l'accuse de trahir leurs coreligionnaires et d'être secrètement dévoué à leurs ennemis. Bayle eut beau répliquer et tourner en ridicule la Cabale chimérique. Il fallut renoncer à la place qu'il occupait. C'est alors que, délivré de toute autre occupation, ayant

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presque renoncé à la polémique directe avec ses contemporains (il n'y

revient qu'en 170't. deux ans avant sa mort, pour adresser à Leclerc, Jaquelot et Kiug sa Réponse aux questions d'un provincial, sur l'accord de la foi et de la raison c( touchant la Providence), il l'ait son Dictionnaire historique et critique. Ce dictionnaire, le meilleur ouvrage de Bayle, réimprimé onze lois, a été attaqué avec passion. En 1696, Tannée de la première publication, le consistoire de Rotterdam décide, à la demande de Jurieu : 1° que l'auteur s'est permis des paroles obscènes; 2° qu'il a l'ait de l'article David une diatribe contre ce roi ; 3° qu'il a prête de nouveaux arguments aux manichéens au lieu de les réfuter; \° qu'il mérite le même reproche pour l'article Pyrrhon; 5° qu'il a donné des louanges outrées aux athées et aux épicuriens; 6° qu'il a pris à tort la défense de quelques papes attaqués par les théologiens de la Réforme. Joly, dans ses Remarquée critiques, et les catholiques lui ont reproché de mauvais raisonnements dans ce qu'il dit notamment sur le jour, sur l' abbaye dé Fontevrault, sur les diables, une trop grande liberté d'expression dans ses articles sur Catulle, Horace, Juvénal, Branhême, Montaigu, les médecins, les avocats et les romans, et un détestable scepticisme, en particulier dans l'article Abel. Qu'y a-t-il de fondé dans tous ces reproches? On ne juge pas Bayle exactement quand on dit (pie son but est d'établir en général que la raison humaine étant plus capable de réfuter et de détruire que de prouver et de bâtir, il faut alors l'obliger à se captiver sous l'obéissance de la foi. Ses deux auteurs favoris furent toujours Montaigne et Plutarque. C'est dire qu'il n'appartient pas à cette école de sceptiques qui, comme Huet, Jérôme llirnaim et même Pascal (il ne se rejetait, disait-il, dans l'excès du dogmatisme que pour échapper au scepticisme et au néant), n'insistent -ni la faiblesse de la raison que pour justifier le dogmatisme le plus impérieux; Montaigne, Gassendi, voilà la famille d'esprits à laquelle Bayle appartient. C'est moins un sceptique qu'un incertain. « Mon talent, disait-il lui-même, est d'assembler des doutes. » Mais on peut comprendre, malgré ce qui a été écrit contre lui, qu'il n'aimait pas l'incertitude et la contradiction pour elles-mêmes, et penser qu'il a été assez persécuté pendant sa vie pour s'être donné la mission, dans le -ii m le de dogmatisme où il a vécu, d'enseigner aux hommes, en les faisant réfléchir et douter, ce qu'ils paraissaient ignorer entièrement, la tolérance. — Voy. Durevert, Histoire de Bayle et de ses ouvrages, 1710, in-É2 : Schœtterieek, Dissertatio de Petro Baylio, Tubingue, 1719, in-4p ; Chauffepié, Dictionnaire historique et critique pour servir de supplément à celui de Bayle, La Haye, 1750-1756, 4 vol. in-fol.; Dugald-Stewart, Histoire des sciences métaphysiques, trad. J.-A. Buchon, Paris, 1820-18^1, :; vol.; Damiron, Mémoires de l'Académie des sciences morales et politiques, t. VI, -lli); Michel Nicolas, biogr. Didot, art. Jurieu-Joly, Remar- / es, Paris, 1750,2 vol. in-fol. J. Abboux.

BAYONNE (Basses-Pyrénées) [Bajona, et jusqu'au douzième siècle, Lapurdum], évéclié suffragant d'Auch, connu depuis 980 : à ce mont il appartenait à Arsivus Racha, évoque de Gascogne. Ses succesimulèrenl plusieurs dignités. Raimond Ier le Vieux (1025)

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occupait les six évêchés de Bazas, d'Aire, de Dax, de Bayonne, d'Oloron et de Lescar ; ie pape le contraignit à se contenter de ce dernier siège. Son successeur Raimond II (1059) réunissait encore trois évêchés. Le diocèse de Bayonne contenait, outre les archidiaconés de Labourd et de Cize, quelques vallées espagnoles que Philippe II réunit à Pampelune. La cathédrale de Notre-Dame, l'ondée vers 1140, fut achevée au seizième siècle. — Voy. Compaigne, Chron. de Bayonne, P., 1660, in-4° ; Gallia, I.

BAZAS (Gironde) [Vasates, autrefois Cossio], évêché suffragant d'Auch. Grégoire de Tours (Gloria mari., I, 12) raconte qu'une matrone gauloise avait rapporté à Bazas une ampoule du sang de saint Jean-Baptiste, et éleva sur cette relique l1 église qui est consacrée au Précurseur (cette église, d'un gothique pur, remonte au douzième siècle). Nous savons du moins qu'en 417 Bazas avait un évoque. L'histoire religieuse de la Gascogne, au dixième et au onzième siècle, est troublée par le cumul et la confusion des sièges, résultat du malheur des temps. Gombaud, Hugues, les deux Raimond, réunirent presque tous les évêchés du pays en leur personne. Les noms mêmes des évêchés, dans ces pays désolés par l'invasion des Normands et par la fuite des prêtres, avaient disparu devant le titre général dVvêque de Gascogne. L' évêché de Bazas fut supprimé à la Révolution (Galha, I).

BÉARN (Eglises du). L'histoire ne dit pas quels furent les débuts de la Réforme dans cette province, qui relevait de la couronne de Navarre, mais on sait qu'à partir du mariage d'Henri II d'Albret avec la célèbre Marguerite de Valois, sœur de François Ier (24 janvier 1527), elle y lit des progrès. La nouvelle reine penchait, en effet, vers les idées luthériennes, et elle accueillit favorablement à sa cour plusieurs de leurs sectateurs, notamment Clément Marot, Calvin (1534), le savant et infortuné Dolet, Lefèvre d'Etaples, Gérard Roussel et autres. La non moins célèbre Jeanne d'Albret, sa fille, marcha sur ses traces, et la Réforme prit de l'extension dans le Béarn, qui fut évangélisé vers cette époque par les ministres François le Gay ditBoë Normand (sept. 1557), Martin (juillet 1579) , Henri de Barran , fondateur de l'Eglise de Pau (1556) , David et Théodore de Bèze. La mort d'Antoine de Bourbon, époux de Jeanne d'Albret (17 novembre 1562), laissa plus de liberté à cette dernière pour poursuivre l'œuvre de la réformation dans ses Etats. Calvin lui en rappela le devoir dans une lettre du 20 janvier 1563, en lui envoyant, pour l'assister, le savant et habile ministre Raymond Merlin, ancien aumônier de Coligny. « Je ne dis pas, madame, lui écrivait-il, que tout se puisse faire en un jour. Dieu vous a donné prudence pour juger de la procédure que vous aurez à tenir... Votre plus aisé sera de commencer aux lieux qui seront les plus difficiles pour être les plus apparents, et, si vous en avez gagné un, il tirera après soi plus longue queue. » Malgré le bon vouloir de Jeanne d'Albret, la marche de la Réforme rencontra de grands obstacles dans un pays déchiré par les factions et exposé sur ses frontières aux attaques du féroce Montluc et de Philippe II d'Espagne. La

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