BÉARN
reine de Navarre parvint à triompher de tous, en s' appuyant sur l'autorité des synodes et des Etats généraux de la province. « Elle abolit le culte des images, interdit Les processions publiques, supprima les couvents et transforma les églises en temples réformés. Les biens ecclésiastiques lurent réunis au domaine de la couronne, leurs revenus consacrés au soulagement des pauvres et à l'éducation de la jeunesse. Des missionnaires béarnais et basques prêchèrent partout l'Evangile dans la langue du pays, mais leur nombre était insuffisant. Par les joins de Calvin, la compagnie des pasteurs de Genève, qui avait déjà donné Merlin à Jeanne cTAlbret, lui envoya douze ministres et s'associa ainsi plus activement à l'œuvre qui, commencée en 1563, s'acheva en 1571 par les célèbres Ordonnances, monument du génie et de la piété de la reine de Navarre. » Une des gloires de Jeanne fut la fondation de l'académie d'Orthez, qui subsista de 1560 à 1620, et dont les professeurs les plus distingués furent Nicolas des Gallards, seigneur de Saule, et Lambert Daneau, élève du célèbre Anne Dubourg et ancien professeur de théologie à Leyde. Les Eglises béarnaises jouirent de la plus grande tranquillité pendant les premières années du régime de Fédit de Nantes, mais Louis XIII, envahissant tout à coup avec une armée la province, qui avait refusé avec raison de restituer aux prêtres tous les biens ecclésiastiques, affectés depuis 1569 au service des temples, des écoles, des hôpitaux et des pauvres, attendu que la population du pays était aux neuf dixièmes protestante, se saisit violemment de ces biens, les livra aux évêques, abbés, curés et jésuites du pays, et ferma la savante académie d'Orthez. Malgré ce désastre, les Eglises du Béarn redevinrent prospères et, vers le milieu du dix-septième siècle, elles comptaient 6 colloques, formant un même arrondissement synodal, i€ Eglises, 39 ministres, 86 temples et 6,414 familles, soit plus de 30,000 protestants. — La révocation de Ledit de Nantes fut très-funeste au protestantisme béarnais, mais ne le détruisit point. Des Eglises s'organisèrent dans la province vers le milieu du dix-huitième siècle et eurent pour pasteurs Etienne Dettère dit Montagny, Cazaucan, Cassagne, Pic, Laune dit Dubois, et, plus tard, Jean Journet, Marsoo, Fosse dit Richard, Bertezène, Chabaud et autres. Court de Gébelin, qui les visita en 1763, leur rend le meilleur témoignage dans ses lettres. La persécution les atteignit tard (1756), mais elle sévit longtemps. En 1759 le pieux catéchiste Dominique Chérer fut pris et condamné aux galères, d'où il s'échappa dix ans plus tard. En 1773 le pasteur Deffère, poursuivi de près, se vit contraint de quitter la province. A dater de cette époque et jusqu'en 1778, les Eglisesfurent ravagées dans tous les -us par les dragons. Court de Gébelin ayant pris chaudement leur défense auprès de la cour, elles purent, depuis 1778, se réunir paisiblement dans leurs granges sous la conduite de leurs pasteurs. Aujourd'hui 1 1*70: le Béarn, qui a servi à former le département des Basses- Pyrénées, compte 7 paroisses, 16 annexes et 5,000 protestants, ressortissant au consistoire d'Orthez. — Voy. Bulletin de la Société de V histoire du protestantisme en France, 1854, p. 501; IS55, p. 2N0 ; L857, p. 1. 259, 112; 1865. p. 230; 1867, p. 60 \ ■ 1872, p. 184, i87;
il. 10
146 BEARN — BEATTIE
1873, p. 188, 498; 1875, p. 415; Ch. Coquerel, Histoire des Eglises du désert; Th. Muret, Histoire de Jeanne d'Albret; Correspondance inédite des deux C Juron. E. Arnaud.
BÉATIFICATION , acte par lequel le pape déclare préalablement qu'une personne dont la vie a été sainte et accompagnée de miracles jouit, après sa mort, du bonheur éternel, qu'elle peut être publiquement invoquée et devenir ainsi l'objet d'un culte particulier, tandis que la canonisation est une déclaration définitive qu'un personnage va être mis au rang des saints et honoré comme tel dans toute l'Eglise. Les saints qui ne sont que béatifiés sont honorés d'un culte moins solennel que ceux qui sont canonisés. La béatification a été introduite principalement à cause de la longueur des procédures qu'on observe dans la canonisation. C'est Alexandre VII qui, le premier, a ordonné que la béatification aurait lieu solennellement dans la basilique du Vatican. Selon Gonzalès (in cap. Audivimus de rel. et venerat. Sanctor.), la béatification , dans les premiers siècles de l'Eglise, était faite par les évêques ; mais Urbain VIII déclara que ce droit était entièrement réservé au saint-siége (voy. Benoit XIV, De Scrvorum Dei beatificatione, I, 24 et 39; Glaire, Diction, des Sciences ecclés.).
BÉATITUDE. Saint Augustin la distingue ainsi de la félicité : Félicitas est omnium rerum expectandarum plenitudo. Beatitudo est status omnium bonorum aggregatione perfectus (De Civit. Dei, V). Renchérissant encore sur cette distinction, les théologiens catholiques admettent «une béatitude naturelle, qui est l'assemblage de tous les biens de la nature saine, et que la nature peut acquérir par les forces naturelles, comme l'exemption du mal, la connaissance de la vérité, l'amour du bien, la subordination des appétits sensitifs aux appétits rationnels , la droiture des puissances et des facultés de l'âme, enfin ce qui rendait l'homme heureux avant son péché; et une béatitude surnaturelle, qui est la réunion des biens que la nature même saine et entière ne saurait acquérir par ses propres forces , comme les grâces nécessaires pour faire le bien, les vertus surnaturelles, l'amour et la connaissance de Dieu comme auteur de la grâce » (Glaire, Dictionn. des Sciences ecclés.). La scolastique connaissait en outre la béatitude objective, qui est Dieu même, et la béatitude subjective, qui est la vue et 1 amour de Dieu, une béatitude parfaite et imparfaite, essentielle et accidentelle, commencée et consommée. Il est superflu de montrer la subtilité et l'inutilité parfaite de semblables distinctions. — On appelle béatitudes les huit (ou sept, lorsqu'on identifie les promesses contenues dans les versets 3 et 10) maximes que Jésus-Christ a placées à la tête du discours rapporté Matth. V, 3 ss., et qui ont pour but de déterminer d'une manière générale les conditions morales de l'entrée dans le royaume messianique : Initiale hoc verburn toties repetitum indicat scopum doctrine Christi (Bengel). Voyez l'explication et le lien organique des béatitudes dans les nombreux commentaires du Nouveau Testament, et en particulier dans Texorde du sermon de Massillon sur le Bonheur des Saints.
BEATTIE (James), philosophe et poète écossais, né en 1735, à La-