‹ Encyclopédie des sciences religieuses (volume 5)Chapitre 47 sur 263 · BEAUREGARD — BEAUSOBRE · texte numérisé non relu

BEAUREGARD — BEAUSOBRE

que les U mps étalent changés. Plus porté à condamner qu'à consoler ses compagnons d'exil, il dut renoncer à la chaire. Il se retira à Maestricht, [)iiis à Cologne, et enfin chez la princesse Sophie de Holienlohe OÙ il mourut en 1804.

BEAUSOBRE (Isaac de), né à Mort le 8 mars 1659, pasteur à Châtillon-sur-lndre de 1683 à 1685, se réfugia en Hollande après la révocation de Tédit de Nantes, fut appelé en 1()8() à Dessau comme chapelain de la princesse d'Anhalt. En 1695 il devint pasteur de l'Eglise française de Berlin, et il est mort dans cette ville, où il a exercé son ministère pendant quarante -trois ans, le 5 juin 1738. Frédéric le Grand, dans une lettre à Voltaire, le nomme un grand orateur, et Formey a dit de lui que la Réformation a produit peu de prédicateurs de sa volée. Il disait lui-même que le prédicateur doit émouvoir ses auditeurs, et que cet effet n'est le résultat ni des grands mouvements ni des grandes ligures, mais des sentiments qui sortent de son cœur. On n'a de Beausobre, à l'exception du Sermon funèbre de Jean- George II . prince d'Anhalt, prononcé en 1693, que des sermons de sa vieillesse sur le XIIe chapitre de répitre aux Romains et sur le chapitre XI de l'évangile selon saint Jean, prêches, les uns en 1730 et 1731, les autres en 1735 et 173(3, et publiés après sa mort. Il y en a souvent plusieurs sur le même texte, sept, par exemple, dans le second recueil, sur le verset 47. Quelquefois les développements sont suffisants, et Ton rencontre çà et là des pages émues; mais en général les sermons écrits ne sont que de simples canevas des sermons prêches. Beausobre affirmait la résurrection de Jésus-Christ et les miracles rapportés dans les Evangiles; il combattait l'incrédulité; mais il s'interdisait de porter en chaire les sujets débattus entre chrétiens. « Vous êtes bien enseignés, mes frères, disait-il en caractérisant la prédication en usage de son temps à Berlin. Ici point de docteurs qui viennent vous repaître ou de disputes sur les mystères, ou d'explications allégoriques «le- ligures de la Loi. On s'attache à confirmer les vérités capitales de la religion, on combat les superstitions, surtout on insiste sur les devoirs de la morale. » C'est sans doute de peur d'encourager au renvoi de la conversion, qu'il se refusait à prêcher que l'homme étant ju>tiiié par la foi, et non par les œuvres, la vie éternelle lui est assurée a <ause de la mort de Jésus-Christ, s'il témoigne, en mourant, qu'il croit en lui, et qu'il soit touché de repentir {Sermons sur Romains, XII, t. II. (>. %){\). Le prince luthérien de Saxe-Barby ayant embrasse le calvinisme, et George Mœbius ayant, avec l'approbation de la faculté de théologie de Leipzig, écrit contre son changement de religion, Beausobre publia, pour le justifier, sa Défense de la doctrine é ! Réformé* tur la Providence, la Prédestination, la Grâce et l'Eucharistie, Hagdebourg, 1693. L'électeur de Brandebourg, informé que les anciennes versions françaises des saintes Ecritures, dont la langue a*ail vieilli, ne répondaient plus aux besoins de l'édification, le chari p'-ine arrivé à Berlin, conjointement avec Jacques Lenl'anl, l'un de ses collègues dans le pastorat, par un décret, de revoir celles du Nouveau Testamenl ou d'en entreprendre une traduction nouvelle. Il

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s'arrêtèrent à ce dernier parti et se partagèrent le travail tout en le poursuivant dans une entente parfaite. Beausobre se chargea des épitres de saint Paul; la préface générale sur ces épitres est aussi de lui. L'ouvrage parut à Amsterdam en 1718, en deux volumes in-4°, sous ce titre : Le Nouveau Testament de Notre-Seigneur Jésus-Christ, traduit sur l'original grec, avec des notes littérales. Les deux auteurs le présentèrent au roi de Prusse et, sur sa demande, y ajoutèrent une dédicace au prince royal, due à la plume de Beausobre, où il soutient la thèse dangereuse que les princes doivent être les défenseurs de la foi. La Chapelle a donné à La Haye, en 1742, comme supplément à la version de Berlin, et dans le même format, un ouvrage posthume de Beausobre, en deux volumes, intitulé : Remarques historiques, critiques et philologiques sur le Nouveau Testament. Quelquefois il y corrige Lenfant, d'autres fois il s'y corrige lui-même. Il y critique aussi les nouvelles versions publiées depuis peu, celle dite de Mons, celles de Richard Simon et de David Martin, et surtout celle de Le Clerc, à laquelle il revient sans cesse. L'orthodoxie de Beausobre avait été attaquée en 1719 dans une brochure par Dartis, ancien pasteur à Berlin, à propos de ses notes sur quelques passages, et il y avait répondu aussitôt. 11 maintient ici l'interprétation de Phil. II, 6, et Col. Il, 9, dont Dartis prétendait qu'il avait altéré le sens, et l'accuse lui-même de favoriser l'arianisme par un zèle sans science (t. II, p. 48). Les Remarques se suivent dans le même ordre que les livres et les chapitres auxquels elles se rapportent. Plusieurs sont de longues dissertations, suggérées au savant auteur par ses lectures, et qui ne servent pas toujours à l'éclaircissement du texte. Beausobre s'était proposé pendant son séjour à Dessau d'écrire l'histoire de la Réformation, et, pour la mieux comprendre, il lui parut nécessaire d'étudier aussi celle des sociétés chrétiennes qui, avant le seizième siècle, s'étaient séparées de l'Eglise grecque et de l'Eglise latine, ou en avaient été retranchées. Il ne s'en tint même pas là : de nombreuses condamnations à mort ayant été prononcées en divers lieux, à partir du commencement du onzième siècle, sous prétexte de manichéisme, contre les Vaudois, il voulait pouvoir comparer leurs doctrines avec celles qu'on leur attribuait. Telle est l'origine de son Histoire de Manichèe et du manichéisme, 2 vol. in-4°, dont le premier parut, de son vivant, en 1734, à Amsterdam, et le second en 1739, un an après sa mort, par les soins de Formey. La première partie contient l'histoire de Manichèe et du manichéisme, d'abord d'après les auteurs grecs et latins, et ensuite d'après les Syriens, les Persans et les Arabes, et Beausobre fait voir que ces deux histoires n'ont presque rien de commun entre elles. Personne n'avait révoqué en doute avant lui l'authenticité des Actes de la dispute entre Archélaus, évêque de Mésopotamie, et V hérésiarque Mânes. Il soutient que ce n'est qu'un roman composé entre les années 330 et 340 par un Grec, dans l'intention de réfuter le manichéisme et de donner à la foi orthodoxe l'avantage d'en avoir triomphé en confondant le chef de cette hérésie, mis en scène comme la défendant en personne. La deuxième partie est dogmatique. Beausobre

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reproche à saint Augustin d'avoir souvent mal représenté les croyances des manichéens, accueillant des fables qui leur étaient défavorables, donnant un mauvais tour à des paroles évidemment innocentes, et

irigeanl en dogmes de la secte des conséquences qu'elle désavouait. II prétend même que saint Augustin n'avait pas lu les livres des manii uéens qui existaient de son temps et dont il aurait pu tirer avantage contre eux en les citant dans ses disputes, ce qu'il ne fait jamais. Beausobre voulait s'occuper dans un troisième volume des hérétiques modernes accusés de manichéisme; mais il n'a pu exécuter ce dessein. On a de lui un Supplément à l'Histoire de la guerre des Hussiles, imprimé à Lausanne en 1745 avec deux autres pièces trouvées parmi ses papiers, V Examen de la nouvelle hypothèse de M. Mosheim touchant 1rs Nazaréens, et des Observations critiques sur l'extrait que M. du Pin a donné des lèvres, d'Optat. Quant à Y Histoire de la Réformation, ou Origine >■! /jrogrès du luthéranisme dans V Empire et les Etats de la Confession d'Augsbmug depuis 1517 jusqu 'en 1530, projetée dès sa sortie de France et à laquelle Beausobre revenait toutes les fois qu'il en avait le loisir, elle n'a vu le jour qu'en 1785 et 1786, à Berlin, en quatre volumes in-8°, dont Pajon des Moncets a été l'éditeur. L'auteur y suit Nrkendorl', dont l'ouvrage, Commentarius historicus et apologeticus de lutheranismo, publié de 1686 à 1692, venait de paraître lorsqu'il commença le sien, et il lui emprunte un grand nombre de documents. Ce qui lui appartient en propre, c'est l'appréciation du caractère, de la conduite et des écrits des hommes qui iigurent dans cette histoire. Ses jugements sur Luther sont souvent sévères, et son blâme est en maints endroits plein d'aigreur. Beausobre a inséré des articles importants dans la Bibliothèque germanique (Amst., 1720-1740), et il en fut longtemps le directeur. Marié deux fois, il eut sept enfants. Deux de ses lils se sont fait connaître par leurs écrits. En 1785, un siècle après la révocation de l'édit de Nantes, il ne restait de cette nombreuse famille qu'une petite fille de Beausobre, qui dédia au roi de Prusse la dernière œuvre de son grand-père. La Chapelle et Formey ont ajouté des notices sur sa vie aux ouvrages posthumes édités par eux. Voir aussi la France prolestante-. H. Lutteroth.

BEAUVAIS ( Uellocaci) , évêché suffragant de Reims. On donne

comme le premier évèque de Beauvais saint Lucien, compagnon de

ttint Denis et martyr. Ce n'est pourtant qu'à partir du neuvième

siècle (|n on trouve le titre d'évéque joint à son nom. Les évêques qui

ûvirent n'ont point laissé de traces. Eudes 1er, moine de Corblc

$6i-$8i), a écrit l'histoire de saint Lucien (AA. SS.9 8 janv. 1). Le cardinaj .Iran de Donnans (Johannes dictas Dormiens, 1360-1368) fonda

11 137Q I'1 collège de Dormans-Beauvais à Paris. Il faut encore nommer Milon de Donnans, son neveu, comme lui grand-chancelier de France, Pierre Çauchon (Calceo, 1420-1432), dont le nom est demeuré 1 " horreur aux Français, Odet de Châtillon, qui embrassa la Réforme

L53S-1502), et le cardinal de Forbin-Janson (1679-1713), grand-aumô-

duroyaume.nsetint à Beauvais plusieurs synodes (Hefele,IV et V:.

k'évêqui Mois (998-1022) avait reçu du roi Robert le comté

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de Beauvais; ses successeurs furent de ce l'ait pairs du royaume. Leur admirable cathédrale gothique, Saint-Pierre, est du treizième siècle. On remarque aussi l'église de la Basse-Œuvre, du huitième siècle. — Voy. Delettre, Hist. du Dioc. de B., 3 vol., 1842 ; Gallia, IX.

BEAUVAIS (Marie de), né à Cherbourg en 1733, mort en 1790, fut, avec le P. Guénard et l'abbé de Boismont, l'un des prédicateurs les plus goûtés de son temps. Sa réputation et son crédit à la cour le firent nommer évoque de Senez (1775); mais il se démit de cette charge (1783) et revint à Paris, où il avait obtenu de grands succès. Il fut député aux Etats généraux. On cite son Oraison funèbre de Louis XIV. Le cardinal Maury le met au nombre des prédicateurs français du second rang, dont il dit « qu'on trouverait dans leurs ouvrages d'éloquents sermons » qui formeraient un recueil excellent (Essai sur V éloquence de la chaire, chap. LX). On a 4 volumes de ses Sermons, édités par l'abbé Galard, Paris, 1806.

BEC (Abbaye du) [Beccum Herluini, Eure, diocèse de Rouen], célèbre par la sévérité de sa règle et la culture des lettres. Saint Helluin, chevalier, transporta en ce lieu, en 1040, le couvent qu'il avait bâti en 1034 à Bonneville. De l'école que Lanfranc y ouvrit sortirent saint Anselme, le pape Alexandre II, Guitmond, Yves de Chartres, ainsi que Gilbert et Miles Crespin, qui ont écrit (v. 1150) la vie des premiers abbés du Bec. Ces biographies se trouvent dans l'Appendice du Lanfranc de d'Achery, de môme que la chronique du Bec, attribuée à Robert de Thorigny (f 1186, voir aussi Bouquet) et continuée par des anonymes. L'abbaye du Bec, autrefois chef d'ordre, fut exemptée vers l'an 1100 des droits épiscopaux. La réforme de Saint-Maur y fut introduite en 1626. En 1563, le monastère avait été pillé par les protestants. Les bâtiments du couvent sont aujourd'hui un dépôt de remonte; de l'église, dédiée en 1343, et qui était sous l'invocation de Notre-Dame, il ne reste plus qu'une haute tour du quinzième siècle. — Voy. Gallia christiana, XI, 216; Mém. de la Soc. des Antiq. de Normandie, 1841 ; Monasticon Galiicanum, par Peigné-Delacourt et Léopold Delisle, 1873, in-4°, pi. 114; Bibl. de VEc. des Chartes, 1876, p. 519. S. Berger.

BÉCAN (Martin) [1550-1624]. Longtemps professeur de philosophie, puis de théologie dans les collèges de son ordre, ce jésuite belge mérita la faveur de l'empereur Matnias, qui le retint à Vienne, et de son successeur Ferdinand II , qui en fit son confesseur. Cette fonction et ses écrits font juger de l'ardeur avec laquelle il seconda la politique dont la guerre de Trente Ans fut le fruit. Tous ses ouvrages sont conçus dans l'esprit de l'ultramontanisme le plus intransigeant; mais ce qui distingue Bécan , c'est l'acharnement avec lequel il combattit l'Eglise protestante en général et l'Eglise anglicane en particulier. Il s'attaqua à diverses reprises à Jacques Ier et il alla jusqu'à soutenir, dans sa Controversia anglicana de potestate régis et ponti/icis (Mayence, 1612, in-8°), la légitimité éventuelle des attentats contre la vie des souverains. La cour de Rome jugea prudent de condamner l'ouvrage, mais de hautes influences empêchèrent la faculté de théologie de Paris de lui infliger même une simple censure. Une autre doctrine qui

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appartient moins en propre à la Société de Jésus, puisque L'empereur Sigismond l'avait déjà mise en pratique contre Jean Huss , fut aussi l'objet des spéculations de Bécan. 11 l'exposa dans ses Qusestiones de fide hœreticis seroanda (Mayence, 1609, in-8°). On ne voit pas que ses théories sur ce point lui aient attiré le moindre désaveu (Alegambe, Bibl. Scrip. S. ./. ; Valerius Andréas, Bibl. Belg., etc.). p- Rouffet.

BECK (Jacques-Christophe) [1711-1785] professa l'histoire et la dogmatique à Bàle, sa ville natale. On a de lui une Synopsis Tnstitutioiium univers» theologiœ naturalis et revelaUv, dogmçiticae,palemic& et practicœ, Bas., 1 7Ti-S. qui marque la transition entre la rigidité de l'orthodoxie confessionnelle et l'esprit plus large de la théologie moderne. Son Dtctionnaire biblique (1770) eut beaucoup d'éditions et jouit pendant longtemps d'une considération méritée. Beck publia aussi un certain nombre de dissertations latines, parmi lesquelles nous ne citerons que son curieux traité De Diluvio Noaf:kico universali, B., 1738, in-4°, complété par un autre De Partibm orbis quas ante diluvium Noachicum hommes incoluisse videntur, B., 1739, in-4°. Un traité contre les séparatistes < Ungintnd des Separatismus, Bas., 1779) achève de caractériser la tendance à laquelle se rattachait notre auteur.

BECKET (Thomas), l'un des défenseurs les plus ardents de l'autorité papale et des droits absolus de l'Eglise vis-à-vis de l'Etat, né à Londres wers 1119, après des études brillantes à Paris, attira par ses talents l'attention de Théobald, archevêque de Cantorbéry, qui le nomma archidiacre de la cathédrale. Une capacité extraordinaire et Fart consommé du courtisan lui concilièrent bientôt la faveur d'Henri II, qui l'éleva à la dignité de grand-chancelier du royaume. Le clergé anglo-normand, profitant des désordres du règne si agité d'Etienne, avait réussi à reconquérir en partie son indépendance en face du pouvoir royal. Henri II, reprenant la tradition des rois de la race anglo-normande, voulut rétablir ses prérogatives dans leur plénitude et trouva dans son chancelier un instrument aussi docile que dévoué de ses desseins. Compagnon de chasse et de plaisir de son souverain, dont il était le plus intime confident, entouré d'un faste vraiment royal, Becket semblait avoir renoncé pour jamais à l'ascétisme et aux principes ecclésiastiques de sa jeunesse. Tout entier à l'œuvre présente, il ne voulait entendre parler que des droits du pouvoir civil (A. Thierry, Conq. de /' Iny., V édit.,P., 183(), IV, p. 102-lOi), et, malgré l'opinion contraire de Reuter (Gesch. d.Papstes Alexander ]//, 3 vol., 2e éd., 1864-66, VI, p. 330), il est difficile de le justifier du reproche de duplicité. Elevé en 1 H'rl par la laveur royale à la dignité suprême de primat d'Angleterre, I homas Becket devint, pour ainsi dire,en un moment un homme nouveau, on bien, renonçant au rôle qu'il avait joué jusqu'alors, parvenu au terme de son ambition, résolutde sacrifier son bienfaiteur à son devoir, rendit les sceaux au roi et révéla bientôt la transformation qui s'était accomplie en lui par son ascétisme, par le relus qu'il opposa au synode de Westminster de soumettre les prêtres indignes à la justice royale. enfin par le soin jaloux qif il prit de se faire remettre le pallium par le pape lui-même au concile de Tours (1163) pour éviter l'investiture

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