BECKET — BEDA
royale, ce qui lui attira le blâme de ses partisans les plus dévoués (Neander, K. G., 4e éd., Gotha, 1864, VII, 278). Furieux de cette résistance inattendue, Henri II convoqua, en 1164, les grands du royaume à Clarendon. Après une vive résistance, Becket consentit à signer les XVI constitutions (Mansi, XXI, 1187), qui faisaient rentrer le clergé dans le droit commun. Convaincu d'avoir manqué par faiblesse à son devoir, l'archevêque, après avoir cherché sa consolation auprès du pape, voulut fuir, mais il se vit retenu par des vents contraires. Le roi, poussé à bout, le somma de comparaître à Northampton , devant les Etats du royaume, pour rendre compte de sa gestion comme chancelier, bien qu'il eût été dégagé de toute responsabilité lors de sa sortie de charge. Becket, bien qu'abandonné par une partie de son clergé, ne craignit pas d'en appeler au pape et dut chercher son salut dans l'exil. Les six années qui suivent (1164-1170) sont toutes remplies par les diverses vicissitudes de la lutte entre les deux pouvoirs et par de nombreuses tentatives de réconciliation. Réfugié d'abord à Sens, puis à l'abbaye de Pontigny en Bourgogne, Becket voit ses parents et ses amis jetés en prison ou envoyés en exil, et la cour papale elle-même, menacée par Henri II de se voir préférer l'antipape , ou gagnée par l'or anglais, blâmer son àpreté et lui conseiller la modération, il n'en lance pas moins de Vézelay (1168) l'excommunication contre les détenteurs des biens ecclésiastiques. Malgré la protection du roi de France Louis VII, il se voit presque abandonné par Alexandre III, dont il ne sait ni comprendre la situation délicate ni excuser la diplomatie, et en vient à douter presque de son infaillibilité. Toutefois, en 1170, son inflexible volonté l'emporta. Menacé à son tour de l'excommunication par le pape, dont la politique a varié avec les intérêts, le roi consent à lui rendre toutes ses prérogatives et à laisser tomber en désuétude les constitutions de Clarendon. Rentré à Cantorbéry avec le pressentiment d'une fin prochaine, Becket, voyant le roi manquer à ses engagements et ne pas rendre à l'Eglise les biens et les droits dont il l'avait dépouillée, lança l'excommunication contre les prélats d'York et de Londres. Une menace échappée dans un banquet à la fureur du roi arma contre lui quatre chevaliers, qui l'assassinèrent au pied des autels le 29 décembre 1170. 11 obtint par sa mort tragique, qui fut envisagée comme un martyre par ses contemporains et lui assura la canonisation, le succès que n'avaient pu lui assurer de longues années de luttes et d'épreuves, et Henri II dut renoncer pour un temps sur le tombeau de sa victime à ses prérogatives et reconnaître l'indépendance de l'Eglise. L'Eglise catholique célèbre sa fête le 29 décembre. — Voy. Reuter,| A. Thierry, ouvrages cités ; Giles, Life and letters, etc., London, 1846; Weber, Weltgesch., Leipzig, 1858, VII, 258 et ss. ; la bibliographie dans Hase, K. £.,9( éd., 1867, p. 224.
A. Paumier.
BEDA (Natalis, Noël Bédier), docteur et syndic de la faculté de
théologie de Paris, mort en 1536 à l'abbaye du Mont-Saint-Michel. 11
fut principal du collège de Montaigu et s'opposa au projet qu'avait
François Ier de faire approuver par la Sorbonne le divorce de
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Henri VIII. roi (^Angleterre. Beda l'ut l'un des adversaires les plus passionnes de la Réforme. Il obtint dé la Sorboiine (1521) une condamnation des écrits de Lefèvre d'Etaplés, et, sans l'opposition du roi, il eût arraché la même condamnation au parlement. Ce fut lui qui , en 1523, à propos des écrits de Louis Berquin, rédigea l'Avis de la Sorbonne, réclamant la persécution de tous ceux qui favorisent la propagation des doctrines hérétiques. Berquin ayant dénoncé comme impies 1- propositions tirées des ouvrages de Beda, François I" les soumit (1527) à la Sorbonne, afin qu'elle les justifiât par des textes bibliques. Ce jugement n'a jamais été rendu. Parmi les ouvrages de Beda nous citerons un traité De unica Magdalena, P., 1519, réfuté par Lefèvre d'Etaplés; une Apnhgia pro filiabus et nepotibus Annie, P., 1520, contre Lefèvre ; un écrit Contra commentarios Fabri in Evangeiio Hb. IL P., lo2(); un autre In Erasmi paraphrases, etc. Rabelais lui attribue, à cause de sa gourmandise devenue célèbre, un traité De Optimitate triparum, que Beda prétendait avoir trouvé dans la bibliothèque de Saint- Victor, sous le titre de Pantofla decretorum, conjointement avec deux autres : Décret um universitatis Parisiensis super gorgiasitate millier mlarani ad placitum, et V Apparition de saincte Geltrude à une nonnatri de Poissy estant en mal d'enfant.
BEDAN [Bedân, Badan'] se trouve cité 1 Sam. XII, 11, comme un des héros d'Israël, entre Gédéon et Jephté; mais ni le livre des Juges, ni aucun autre livre de l'Ancien Testament ne font mention d'un personnage portant ce nom. Au lieu de Bedan. plusieurs anciennes versions (LXX, Syriaque. Arabe) lisent 'Barak ; la paraphrase chaldéenneet les rabbins interprètent le mot par ben-cfàn, « iils de Dan, » et en font un surnom de Samson. La meilleure explication est celle qui regarde Bedan comme une autre forme pour Abdon {Bedân = 'Abdân— 'Abdon); la chute du am au commencement d'un nom propre est un phénomène très-fréquent en phénicien (cf. Schrœder, Phœn. Sprache, p. 88 (voyez Abdon).
BEDE (Deda), surnommé le Vénérable, le savant le plus distingué de l'Eglise anglo-saxonne du huitième siècle, naquit en 674. Sa vie présente peu d'incidents ; les récits de ses anciens biographes sont trop chargés de faits imaginaires pour mériter qu'on s'y arrête. A l'âge de sept ans ses parents le mirent au couvent de Wearmouth, dans le Northumberland, qui, sous l'abbé Biscop, possédait une des meilleures écoles du temps. Delà il entra au couvent deJarrow, où il passa la plus grande partie de sa vie, pieux, humble, sans ambition, ne s'occupant que d étude et formant des disciples, dont plusieurs arrivèrent à de hautes positions dans l'Eglise d'Angleterre. Il mourut le 20 mai 735, au inuiii.nl on il achevait une traduction anglo-saxonne de l'Evangile de saint .Iran. Ses nombreux ouvrages,' témoignent de l'étendue de ses connaissances et de l'état florissant des études dans son pays; ils se répandirent dans toutes les bibliothèques de l'Occident ;. Bède devint pour les écoles du moyen âge un des maîtres les plus utiles et les plus respectés. Il B traité de la plupart des sciences, d'exégèse, de grammaire, de physique, dJastronomie, d'histoire; il a laisse en outre quel-
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ques poésies religieuses. Ses travaux sur la Bible, eomposés de commentaires, d'homélies et d'explications de quelques points spéciaux, ne sont en général que des compilations où domine l'interprétation allégorique; au huitième siècle, où Ton ne pouvait guère faire autre chose, ces recueils de passages des anciens Pères étaient un précieux moyen d'étude. On rencontre aussi chez Bède des opinions qui prouvent une certaine indépendance à l'égard de la tradition, et, sachant très-bien le grec, il a su trouver quelques explications meilleures que celles de ses devanciers. Ses ouvrages historiques sont un Ckronicon sive de sex œtàtibus mundi, une Historia ecclesiastica gentis Brihmum, un martyrologe, une histoire des abbés de Wearmouth et quelques vies de saints. Sa chronique, qui va depuis Adam jusqu'en 726, est importante parce que Bède y a suivi, pour compter les années, le canon de Denis, et qu'il a contribué ainsi, plus qu'aucun autre, à faire adopter ce canon en Occident. L'ouvrage lui-même est le premier essai d'histoire universelle; il servit de point de départ à la plupart des chroniqueurs postérieurs, qui presque tous se conformèrent à la division en six âges ou périodes du monde. Le martyrologe eut le même succès; on ne le possède plus dans sa forme primitive ; le texte qu'on a est rempli d additions faites au neuvième siècle par le sous-diacre lyonnais Florus. L'histoire ecclésiastique des Bretons, qui commence par Jules- César pour s'arrêter à l'année 731, n'a de l'intérêt que dans la partie qui débute par la conversion des Anglo-Saxons. Dans les chapitres qui précèdent, l'auteur est peu original et peu authentique, mais pour la suite il a fait usage de renseignements et de documents qui, malgré quelques erreurs, donnent à son travail une grande valeur historique. Enfin ses traités de grammaire, de prosodie et surtout d'astronomie, tous très-simples et très-précis, furent copiés dans la plupart des couvents, où pendant plusieurs siècles on s'en est servi pour l'enseignement. Les anciennes éditions des œuvres de Bède (Paris, 1544; Bàle, 1563; Cologne. 1612 et 1688) laissent à désirer sous le rapport de la critique. Dans celles de Giles (Londres, 1843, 12 vol.) et de Migne (vol. 90 à 92 de la Patrologie), on a commencé à séparer des œuvres authentiques celles qui ne le sont pas. Les ouvrages historiques de Bède ont été plusieurs fois publiés à part. Sur sa vie, voy. l'introduction à l'édition de son tint, ecclés., par Stevenson, Londres, 1838, etGehle, De Bedœvita et scriptis, Leyde, 1838. Ch. Schmidt.
BÉELPHÉGOR. Voyez Baal.
BEELZÉBUB, nom du prince des démons (Matth. XII, 24 ; X, 25; Marc III, 22; Luc XI, 15). Trois explications ont été données de ce nom. — 1° Les manuscrits syriens, l'Itala, la Vulgate et les Pères latins ont adopté la forme BssXÇeSouê que l'on fait dériver de baal zeboub, le dieu des mouches : c'était le nom d'une divinité des Hekronites (Philistins) que le roi Achazia consulta pendant une maladie. D'autres peuplades paraissent avoir adoré une divinité semblable qui règne sur les mouches, et par conséquent est capable de délivrer ses adorateurs d'une plaie si pénible dans les pays de l'Orient. — 2° La plupart des exégètes modernes (Buxtorf, De Wette, Winer, Bleek, etc.) admettent
BÉELZEBUB — BEETHOVEN i;>7
cjne les Juifs, en changeant le 3 en X, ont, par un jeu de mots plus ou moins spirituel, gratifié le diable de l'épithète baal zeboul (ou plus correctement zè bel), dieu de la boue (dominus stercoris), c'està-dire de ce <|ui est impur et souillé. — 3° D'autres commentateurs (Michaelis, llitzig, Meyer, etc.) prêtèrent traduire zeboul par domicile, le seigneur de la maison, c'est-à-dire celui qui règne sur le sombre royaume qui est la demeure des esprits méchants (Matth. XII, 2't ss., et surtout 13 ss.). Cette dernière interprétation parait être la meilleure.
BÉER, « Puits. » — 1. Nom d'une station des enfants d'Israël au désert, au nord du pays de Moab. Peut-être identique avec Beer-Elim, i le puits des héros, » qui est cité par Esaïe (XV, 8). Du moins une vieille poésie , rapportée par le livre des Nombres , et qui semble faire allusion à ce nom , le ferait croire (Riehm, Handworterb. , comp. Nombr. XXI, 1(3-18 ). — 2. Lieu où Jotham s'enfuit de devant son frère Abimelech ( Jug. IX, 21). C'est à tort, parait-il, qu'on a voulu l'identifier avec Béeroth de Benjamin (voy. à ce sujet Sandrecski dans YAuslnnd, XLV (1872), p. 99 ss.).
BÉEROTH, « les Puits, » ville des Gabaonites. D'après une tradition conservée par Josué (IX, 17) et 2 Samuel (IV, 2-3), ses habitants l'avaient abandonnée, et elle était considérée comme appartenant à la tribu de Benjamin. Le partage du pays qui est donné au livre de Josué (XVIII, 25) sanctionne cet état de choses. Au temps d'Esdras, on voit figurer des Béerotites parmi les exilés qui revinrent avec Zorobabel. Béeroth existe encore sous le nom à."1 El Bireh ; on y voit des sources et les ruines d'un antique réservoir. C'est la première étape sur la route de Jérusalem à Naplouse. C'est là 'que Marie se serait aperçue de l'absence de l'enfant Jésus. Mais on ne sait pas si cette tradition, qui n'a en soi rien d'impossible, remonte au moyen âge. On la voit paraître pour la première fois dans les récits des pèlerins du seizième siècle.
BEETHOVEN (Louis van), né le 29 décembre 1770 à Bonn. Son père et son grand-père, d'origine hollandaise, avaient été ténors de la chapelle électorale. Beethoven avait cinq ans quand son père lui enseigna les premiers principes de la musique. Quoiqu'il devint virtuose plus tard, on dut tout d'abord contraindre de force l'enfant revèche et obstiné à l'étude du piano qu'il détestait. Il eut successivement pour maîtres un hauboïste et un organiste de la cour. L'organiste Neefe initia de bonne heure son élève aux grandes compositions de Haendel et de Bach pour lesquels il conserva un culte ardent jusqu'à la lin de sa vie. A douze ans Beethoven jouait déjà le clavecin tempéré de Bach sur un mouvement très-rapide et avait composé plusieurs variations, chansons et sonates. En 1785 il fut nommé organiste par l'électeur Mai Franz, mais il ne remplit ses fonctions que pendant fort peu de temps. Ayant fait un voyage à Vienne dans l'hiver de 1780-87 pour prendre des Leçons de Haydn, il y eut tant de succès comme pianiste et comme compositeur) qu'il se décida à y rester au risque de perdre sa pension. Ayant été présenté un soir à Mozart, il lui demanda la permission d'improviser sur un thème donné, et le fit avec tant de fougue