BEETHOVEN
et de puissance que Mozart étonné s'écria : « Ce jeune homme fera parler de lui ! » Déjà Beethoven se faisait remarquer par l'indépendance de son caractère autant que par son génie impétueux qui le poussait à franchir toutes les barrières. Il trouva cependant toujours des protecteurs fidèles et passionnés qui lui permirent de vivre avec une liberté presque absolue. Parmi eux il faut compter surtout le prince et la princesse Lichnowski. Celle-ci lui pardonnait toutes ses brusqueries et ses bourrades par affection et par respect pour son génie. A partir de ce moment Beethoven fut toujours fixé à Vienne et aux environs, uniquement absorbé par le travail incessant de la composition. Les pensions qu'il recevait de divers protecteurs le garantissaient à peine contre la pauvreté; il dut souvent avoir recours à des expédients pour vivre. Son plus grand malheur fut sa surdité, dont il ressentit les premiers symptômes à l'âge de trente ans et qui alla toujours en augmentant. Elle le rendit ombrageux et farouche et le condamna à une vie solitaire d'où sortirent cependant ses plus beaux chefs-d'œuvre. Il ne se maria pas et on ne lui connaît qu'une seule grande passion ; je veux parler de son amour pour la comtesse Guicciardi qui lui préféra un compositeur de ballets. Ses amis intimes furent Rochlitz et Schindler. En 1812 il fit à Tœplitz la connaissance de Gœthe dont les œuvres lui inspiraient une si grande admiration qu'il disait : « Ce Gœthe a tué Klopstock pour moi. » Mais si Beethoven comprit le génie de Gœthe, comme le prouvent son ouverture et ses intermèdes pour Egmont, l'auteur de Faust ne comprit qu'à demi la grandeur du musicien. Outre tous les soucis et ennuis qui lui pesaient d'habitude, les dernières années de Beethoven furent obscurcies par les succès que le jeune Rossini obtint à Vienne avec ses premiers opéras. Il passa la fin de sa vie dans une assez grande retraite, entouré seulement d'un petit cercle d'amis, et mourut d'une fluxion de poitrine suivie d'hydropisie, le 24 mars 1827, pendant un violent orage. Il avait 56 ans. — Beethoven est aujourd'hui presque universellement reconnu non-seulement comme le plus grand des symphonistes, mais encore comme le génie musical le plus vaste et le plus complet que l'humanité ait produit. S'il a passé auprès de ses contemporains pour un compositeur subjectif et capricieux, sa renommée grandissante l'a proclamé le Shakespeare de la musique. La musique instrumentale est son domaine propre, et il excelle surtout dans le pathétique et le sublime, mais la variété de ses œuvres le montre également capable d'exprimer tous les côtés de la nature et tous les sentiments humains. Ses œuvres sont trop universellement connues pour être énumérées ici. Qu'il nous suffise de rappeler en quoi Beethoven peut être considéré comme un compositeur religieux. Il n'a guère fait que trois œuvres qui rentrent à proprement parler dans ce genre : 1° le Christ au mont des Oliviers, oratorio (1800) ; 2° une messe (1810) ; 3° sagrande messe, Missa solemnis (1818-1819) qui fut comme une sorte de préparation à la neuvième symphonie. Cette dernière, la grande symphonie avec chœurs, ne rentre dans aucun genre déterminé, dans aucun cadre reçu. Par l'idée comme par la forme, elle nous apparaît comme le couronnement de son œuvre entière. Après avoir traversé dans les
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trois premiers morceaux toutes les formes delà musique instrumentale qui symbolisent ici la lutte de lvhomme contre la destinée, il l'ait entonner à ses choMirs l' Hymne à la Joie de Schiller, qui affirme par un élan sublime la toi de l'homme en Dieu et la fraternité de tous les êtres dans ce sentiment enthousiaste. Si l'on a dit du Faust de Gœtlie qu'il est une sorte d'évangile mondain, on peut dire de la neuvième symphonie de Beethoven qu'elle est un culte de l'Eglise universelle affranchie de tout dogme particulier, de toute limite confessionnelle. Beethoven n'est plus protestant à vrai dire, il est le plus humain et le plus universel des musiciens. Mais par l'esprit comme par la forme, son œuvre, d'un caractère essentiellement laïque et indépendant, n'en est pas moins le fruit de la Réforme et de la libre conscience. A ce point de vue, il a donné le dernier mot du grand développement de la musique religieuse en Allemagne, développement qui commence parles cantiques de Luther, se continue par Haendel et Bach et s'achève en Beethoven. E. Schuré.
BÉGUARDS et BÉGUINES {beggehart , beghardi, beginhardi, beguini, appelés aussi en France boni pueri; beghinœ, beguime, begultx, c'est-àdire « beiGott » ou bigotes, pau.peres so?*o?'es ; leur domicile : oratorium, gotteshus. et à partir du quinzième siècle beguinagium). A la lin du douzième et dans les premières années du treizième siècle, apparurent dans les Pays-Bas des associations à la fois religieuses et laïques d'hommes et de femmes; elles se répandirent rapidement dans les autres pays en vertu de l'importance sociale qu'elles avaient à une époque où les croisades, s'ajoutant aux guerres continuelles et aux autres maux dont soutirait le peuple, avaient augmenté la misère générale. La première maison de béguines qui soit mentionnée est celle fondée à Liège vers 1180 par le prêtre Lambert dit le Bègue (dont on a voulu .'(•trouver le surnom dans le mot ((béguine», tandis que d'autres ont fait dériver ce mot de sainte Begge, fille de Pépin de Landen, créatrice présumée de l'institution des béguines dès le septième siècle) ; lapins ancienne maison de béguards connue est celle de Louvain (1220). C'étaient des établissements de charité ouverts par l'initiative privée ou par ordre du magistrat aux personnes dénuées de ressources, qui désiraient passer le reste de leurs jours dans le silence et la sécurité d'une retraite religieuse et se livrer à la vie contemplative, sans se soumettre à la règle sévère des couvents. De là vient le nom de mendiants et de mendiantes que les membres de ces associations ont continué à porter dans la bouche du peuple, quand même ils eurent cessé de vivre exclusivement d'aumônes depuis leur admission dans une maison spéciale (Du Gange, (iïossai?*e,et Littré, Dictionn., font dériver béguard et béguine d'une racine beggen, mendier, (pie l'on retrouve en anglais : :■. abeggarj; artisans pour la plupart, les béguards demandaient leur subsistance au travail, tout en acceptant les dons de la charité populaire; les béguines s'oecupaient dans leurs maisons de travaux de femmes e1 d'exercices de piété; parfois aussi elles allaient soigner les malades dans les familles. Bien que soumis à une règle commune et dépendant d'une direction librement élue, les membres de ces asso-
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dations ne prononçaient pas de vœux perpétuels; ils continuaient à gérer leurs affaires, pouvaient quitter la communauté et contracter mariage, et, à leur mort, avaient le droit de disposer par testament d'une partie de leur fortune, sinon de leur fortune entière. Ils jouissaient des bienfaits de la vie monastique, sans cesser d'être laïques. Dans la plupart des grandes villes, il se forma en outre des béguinages de dames nobles, en possession de la même indépendance que les maisons des béguines pauvres. Les progrès de ces associations éveillèrent la jalousie du clergé tant régulier que séculier, dont les revenus avaient sensiblement diminué par suite de la faveur dont les béguards et les béguines jouissaient auprès du peuple. Le concile de Latran (1215) avait décidé qu'aucun ordre nouveau n'obtiendrait plus l'approbation pontificale; on accusa les béguards et les béguines d'appartenir à des congrégations non reconnues par l'Eglise. En outre, les reproches de paresse et de mauvaises mœurs commencèrent à s'élever contre eux depuis le milieu du treizième siècle. Le déclin de ces corporations religieuses fut hâté par les rapports que certains de leurs membres eurent avec les sectes hérétiques de leur époque, par suite de la liberté de leur genre de vie. Leurs noms servirent bientôt à désigner des hérétiques de toute espèce, les fratricelles, les partisans de Gérard Segarelli, et surtout les Frères et les Sœurs du Libre Esprit dont ils partagèrent le sort (voy. cet article). A côté des béguards et des béguines qui subirent l'influence de l'hérésie, il y en eut cependant un grand nombre qui restèrent orthodoxes, et qui furent souvent confondus avec ceux-ci et enveloppés avec eux dans une même condamnation. Pour sauver leur existence, les diverses associations furent obligées l'une après l'autre de sacrifier leur autonomie et de se soumettre à la direction des moines mendiants en acceptant la troisième règle de l'un de ces ordres. A l'exemple de leurs directeurs spirituels, les béguards et les béguines se livrèrent de plus en plus à la mendicité et au vagabondage, ils traversaient les rues et les places publiques en criant : « Du pain, au nom de Dieu! » La persécution et leur absorption progressive par le clergé régulier firent que ces associations disparurent au bout d'un certain temps en France et en Allemagne. Au milieu du quinzième siècle, il se forma dans les Pays-Bas la Cong égation des béguards de la troisième règle de Saint-François ou Congréqation de Zipperen, car elle était dirigée par une assemblée annuelle réunie dans cette ville. Au dix-septième siècle, Innocent X réunit cette congrégation, qui ne comptait plus que peu de membres, aux tertiaires franciscains de Lombardie. Ainsi disparurent les béguards. Quant aux béguines, elles se maintinrent en Belgique jusqu'à nos jours, sans que rien ne rappelât plus dans leur vie leur ancienne autonomie religieuse. — Voyez Mosheim , De Begliardis et Beguinabus commentarius , Leipz. , 1790; Hallmann , Die Gesch. des (T"sprungs der belgischen Begbinen, Berl.,1843; Ch. Schmidt, Die Strassb. Begmenhœuser im Mittelalter , dans YAlsatia, 1859; et mon Hist. du panthéisme populaire, etc., Paris, 1875, p. 42 ss.
A. JUNDT.
BEKKBR — BELGIQUE ici
BEKKER (Balthazar), né en 1634, dans la Frise, cartésien, docteur en théologie et pasteur à Amsterdam (1679). L'apparition d'une comète avant répandu l'effroi, il publia, en même temps que Bayle, un écrit, Recherches sur fes pronostics des comètes, 1()82, dans lequel il soutint que ces astres ne sont pas des présages de malheur. Dans un autre ouvrage, qui souleva de très-vifs débats, De belooverde Weereld, 1091, il s'attaqua aux superstitions démonologiques; car'on fait trop d'honneur au diable en lui attribuant des miracles ; « s'il est un dieu, qu'il sedéfende lui-même et s'en prenne à moi ». En tant qu'esprit, le diable ne peut, selon la philosophie, exercer une action sur les corps, et selon l'Evangile, il a été précipité au fond de l'abime et chargé de chaînes. Il ne faut donc pas prendre à la lettre ce que la Bible dit. des bons et des mauvais anges; la tentation de Jésus se passa dans son imagination; quand il guérissait les possédés, il parlait comme s'il eût chassé des démons. Le « lion rugissant » (I Pierre Y, 8), c'est Néron. La Bible a pour but la gloire de Dieu, notre salut, et non l'enseignement des choses naturelles ; en d'autres termes, c'est un livre non pas scientifique, mais pratique, religieux. Destitué par le synode, Bekker se retira dans la Frise, où il publia les deux dernières parties de son livre et mourut en 1698. Cet ouvrage fut traduit en français sous les yeux de l'auteur, le Monde enchanté, 1694 ; en italien ; en espagnol ; en allemand, 1781, avec notes de Semler et Schwager (voy. Schrœckh, Neuere Kirch. Gesch., VIII, p. 713 ss.). A. Matter.
BEL. Voyez Baal.
BELGIQUE (Histoire religieuse). On ignore l'époque précise de l'introduction du christianisme en Belgique. Au temps de Constantin déjà les deux provinces qui portaient ce nom ne comptaient pas moins de quatorze évèchés. Parmi les missionnaires célèbres qu'elles produisirent sous les Mérovingiens, nous citerons saint Amand, T apôtre de la Flandre, saint Aubert, évoque de Cambrai et d'Arras, saint Eloi, évêque de Tournay, saint Lambert, évèque de Liège, saint Hubert, l'apôtre des Ardennes. Le grand nombre et les changements fréquents des souverains, l'esprit mondain et guerrier de beaucoup d'évèques, en particulier de ceux de Liège, la prospérité industrielle et commerciale des Ailles libres flamandes n'étaient guère favorables au développement de la moralité et de la piété. Tandis que les chroniqueurs du moyen-àge sont unanimes à constater la corruption des mœurs dans ces contrées, l'éclosion de sectes nombreuses atteste la décadence précoce de L'Eglise et son peu d'action sur les masses. C'est dans les villes de Flandre que naissent et se propagent avec une merveilleuse rapidité les corporations des béguards et des béguines, les associations des lollards et des frères de la vie commune. Un double courant, celui des mystiques et celui des humanistes, y prépare la voie à la Réforme : Ruysbrœck et Frasme ébranlent, chacun à sa manière, l'autorité de L'Eglise romaine. — C'est dans le couvent des augustins d'Anvers que nous découvrons les premières traces d'une adhésion à l'œuvre du réformateur de Wittemberg. A sa tète se trouvait le prieur Jacob Spreng [Jacobus Prœpositus), duquel Frasme écrivit à Luther, n. 11
le 30 mai 1519 (Ep. 427) : « vir pure christianus, qui pâme solus Christumprœdicat. » Amené prisonnier à Bruxelles en 1521, il fut obligé de se rétracter, mais n'en prêcha pas moins la Réforme à Bruges, fut repris et réussit à s'enfuir auprès de Luther qui le fit nommer pasteur à Brème. Malgré la condamnation solennelle des nouvelles doctrines par les théologiens de Louvain, le 7 novembre 1519, la Réforme fut accueillie avec empressement dans les villes éclairées et actives de la Flandre et du Brabant. Pour enrayer le mouvement, Charles-Quint publia un édit, daté de Worms le 8 mai 1521, contre ceux qui propageaient des écrits hérétiques. Grapheus, secrétaire municipal d'Anvers, fut jeté en prison à Bruxelles en 1522, à cause de la préface qu'il avait jointe à sa traduction du traité de Jean de Gochsur/a liberté chrétienne: il fut condamné à la rétractation, à la confiscation de ses biens, à la déposition et à l'exil. Le couvent des augustins d'Anvers fut détruit en octobre 1522, et deux moines augustins, Henri Yœs et Jean Esch, furent brûlés à Bruxelles, le 1er juillet 1523. De nouveaux édits rendus à Matines en 1526, à Bruxelles en 1529, 1531, 1535, 1540, 1544, 1546, enjoignaient d'infliger les peines les plus sévères à ceux qui tenaient des conventicules, qui traduisaient ou répandaient des livres de la Bible ou d'autres ouvrages hérétiques, qui hébergeaient des moines ou des nonnes fugitives ou favorisaient leur évasion. Les relaps devaient « estre exécutés par le feu, et les autres, à sçavoir les hommes par l'espée, et les femmes par la fosse » . Mais ces édits ne furent pas dès l'abord exécutés avec rigueur. La gouvernante Marguerite de Savoie n'était rien moins que fanatique; elle engagea les prêtres à écrire contre Luther (Interrogavit ipsa : quisnam est iste Lutherus? Indoctus est, inquiunt, monachus. Respondit ipsa : Scribite multi docti contra unum indoctum, tune totus mundus plus credet multis doctis, quam uni indocto. Seckendorf, Comm. de Lutheran., I, 129), ordonna (22 septembre 1525) aux municipalités de surveiller les prédicateurs et les instituteurs afin qu'ils ne nuisent pas à l'Eglise par les fables ineptes qu'ils débitent et par leur conduite immorale. A Marguerite de Savoie succéda en 1530 Marie de Hongrie, la sœur de Charles- Quint, soupçonnée d'être secrètement favorable à la Réforme. Le pape Paul 111 l'en accusa formellement en 1539 auprès de son frère, quœ clandestine factioni Luther anse faveat, eamque efferat, submissisque hominibus causam catholicam déprimât, atque optime ab administris cœsareis ■conslituta impediat. De plus, l'exécution de ces édits étant confiée aux soins des autorités provinciales et municipales, et celles-ci n'étant nullement disposées à se soumettre aux exigences de la faculté de théologie de Louvain, qui avait dressé un long catalogue des écrits réputés hérétiques, ces derniers purent se répandre en toute liberté. — Ce qui compromit le plus gravement les progrès de la Réforme en Belgique et l'empêcha de s'y consolider, ce furent les excès commis par des sectaires fanatiques, la fureur iconoclaste des anabaptistes, les doctrines extravagantes des frères du Libre-Esprit. Une ordonnance de Charles-Quint du 29 avril 1550 porte que l'inquisition serait introduite dans les Pays- Bas et y fonctionnerait d'après le mode adopté en Espagne. Sur le refus
«les municipalités d'exécuter cette ordonnance, Marie la fait renouveler le Sfô septembre suivante! réussit à lu luire adopter grâce à la suppression du mot d'inquisition, la procédure d'ailleurs restant identiquement la même. En réalité, ces mesures ne purent être exécutées que sous Phi- KppeII,que les instigations de Granvelle, évêque d'Arras, avaient mal disposé contre les Pays-Bas. Treize nouveaux évêchés furent érigés pour rendre la surveillance ecclésiastique plus facile (1559). Des protestations unanimes accueillirent ces décrets. En même temps les réformés adressèrent au roi une confession, destinée à lui donner meilleure opinion d'eux et de leur croyance. LaConfessio belgica fut rédigée «mi 1559 par le prédicateur wallon Guido de Bres, communiquée à un grand nombre de théologiens dans les Pays-Bas et à l'étranger, envoyée à Philippe II en 1502, approuvée en 1566 par le synode d'Anvers, signée en 1571 par les pasteurs présents au synode d'Emden et confirmée en 1620 par celui de Dordrecht. Il en existe deux recensions, Tune, plus courte, qui fut aussitôt traduite dans plusieurs langues et qui reçut la sanction officielle; l'autre, plus étendue, qui sans doute reproduit le projet primitif et qui a été admise clans le Corpus et Syntagma de 1612, et éditée à nouveau, avec certaines variantes, par FestusHommius, en 1618, dans son Spécimen controversiamim belgicarum, seu eonfessto ecclesiarum reform. inBelgi'o, etc. Les deux éditions ont d'ailleurs le même nombre d'articles et ne diffèrent l'une de l'autre que sur des points secondaires. Elles portent toutes deux l'empreinte de la théologie calviniste, adoptée de préférence par les protestants des Pays-Bas, à cause de leurs fréquentes relations avec leurs coreligionnaires de France, et plus conforme d'ailleurs à leur génie national. — Nous n'avons pas à raconter ici les diverses phases du soulèvement des Pays-Bas, amené par le régime de terreur que le duc d'Albe imposa au pays, à partir de l'année 1567. Lorsque, par suite du traité d'Arras conclu par l'habileté d'Alexandre de Parme (17 mai 1579), les provinces du Sud séparèrent leur cause de celles du Nord pour se réconcilier avec l'Espagne, la Belgique devint le théâtre d'une réaction catholique violente. Ceux des protestants qui n'avaient pas péri sur les bûchers ou sur les champs de bataille prirent le chemin de l'exil. Les jésuites, d'abord établis à Saint-Omer et à Douai, se répandirent dans tout le pays et le fanatisèrent. Pourtant, au dix-septième siècle, Baïus et Janiis illustrèrent l'université de Louvain et s'efforcèrent de réagir contre le semi-pélagianisme de l'Eglise catholique et le relâchement il qui en était la conséquence, et, dans le domaine de l'érudition, bollandistes jetèrent un certain éclat sur Anvers. L'édit de tolérance, publié le 13 o< tobfe 1781 par Joseph il, introduisit le mariage civil en Belgique, décréta la suppression des ordres monastiques et des séminaires épiscopaux, défendit les pèlerinages et d'autres abus. Le peuple, excité par les jésuites se souleva, et il fallut la politique prudente de Léopold II, qui rétablit l'ancien ordre <\<^ choses, pour empêcher la Belgique éparer de la maison d'Autriche. La Révolution l'ran-
■ tit ce que n'avait pu accomplir la passion cléricale. Réunie à la ace républicaine en 171>:>, ù la Hollande protestante et monarchique
en 1815, la Belgique recouvra son indépendance à la suite de la Bévo- L ut ion de 1830, grâce aux efforts combinés des catholiques et des libéraux, qui ne se coalisèrent un instant que pour se diviser tout aussitôt de nouveau et commencer une lutte qui forme presque toute l'histoire du pays dans les quarante dernières années. Nulle part le catholicisme ne s'est montré plus entreprenant, nulle part aussi il ne se heurte à des haines plus violentes. — Sources : Dufau, La Belgique chrétienne, Liège, 1847 ; Heliferiçh, Jklgien in polit, u. kirchl. fieziehitng, Pforzh., 1848, et les ouvrages indiqués dans la Iieal-Encykl. de Herzog, II, p. 10, ainsi que les documents cités par Gieseler, Kirchengesch., III, p. 551. 11 n'existe pas du reste, jusqu'à ce jour, une seule monographie sur l'histoire religieuse de la Belgique.
F. LlCHTENBERGER.
BELGIQUE (Statistique ecclésiastique). Officiellement, la Belgique appartient presque entière à la religion catholique. Les adhérents d'autres cultes ne forment qu'une intime minorité. Mais, en fait, peu de pays sont aussi divisés au point de vue religieux. La population totale de la Belgique était en 1874 de 5,336,634 habitants. Les recensements officiels ne contiennent pas d'indications relatives aux cultes; on évalue le nombre des protestants à 13 ou 15,000, celui des israélites à 1,500 ou 3,000. L'énorme majorité delà population est donc catholique. La constitution garantit la liberté de tous les cultes ; elle assure aux principaux d'entre eux une subvention de l'Etat; mais elle laisse à toutes les Eglises la liberté de s'organiser et de se gouverner comme elles l'entendent. Il faut donc étudier chacune d'elles en particulier. — 1. Catholiques. Le chef de la hiérarchie dans le royaume est l'archevêque de Malines (12 mai 1559) ; ses sufîragants sont les deux évoques hollandais d'Amsterdam et de Bois-le-Duc et les cinq évoques belges de Liège (720), de Namur (1559), de Tournay (1146), de Gand (12 mai 1559) et cfe Bruges (1559). Les sièges d'Anvers et d'Ypres ont été supprimés en 1801. Quelques paroisses du Hainaut ressortissent au diocèse français de Cambrai. L'archevêque est assisté de 3 vicaires généraux ; chaque évêque a 2 grands-vicaires. Un chapitre de chanoines est joint à chaque cathédrale ; celui de Malines se compose de 12 chanoines ; les cinq autres en ont chacun 8. Les diocèses sont divisés en doyennés au nombre de 185 pour tout le royaume. La subvention de l'Etat à l'Eglise catholique figurait au dernier budget pour 4,568,200 fr. , soit environ 1 franc par tête d'habitant. Des biens d'Eglise assez considérables augmentent considérablement ces ressources. Les traitements de l'Etat sont de 21,000 francs pour l'archevêque de Malines, de 46,000 pour les évêques, de 2,000 pour les chanoines, de 6 à 800 pour Je clergé inférieur. L'Eglise a profité de la liberté de l'enseignement supérieur pour fonder à Malines en 1834 une université transférée à Louvain l'année suivante. Elle compte plus d'élèves à elle seule que les trois autres universités belges, celles de Liège et de Gand entretenues par l'Etat, et celle de Bruxelles fondée par les libéraux. Les couvents sont très-nombreux en Belgique, et leur accroissement a surtout été rapide depuis quelques années. En 1839 il y en avait 333, dont
BELGIQUE - BELLARMIN ir>5
12 d'hommes et 29i de femmes^ en 1874 on en comptait 993, dont 143 d'hommes et 848de femmes. — 2. Protestants'. Au commencement du siècle, le protestantisme n'était représenté en Belgique que par 'i communautés réformées,! èri Flatidreet 3 dans le Haînaut. Plusieurs autres turent fondées sous la domination des Français et des Hollandais, et depuis lors l'accroissement est lent; niais continu. Les protestants belges se rattachent aujourd'hui à trois groupes principaux. L'Union des Eglises protestantes évangéliques, formée en 1838 et reconnue par l'Etat, «se compose de 12 paroisses environ. Chacune d'elles a un conseil presbytéral présidé par le pasteur. Toutes ensemble forment un synode qui se réunit tous les ans à Bruxelles; il se compose de tous les pasteurs et de délégués de chaque paroisse. La part de l'Union dans le budget des cultes est de 69,336 francs. Les Eglises libres de Belgique sont au nombre crime vingtaine. Elles sont généralement composées de catholiques convertis parles soins de la Société' évangélique belge. Les éléments baptistes y dominent. L'Eglise épiseopale d'Angleterre entretient en Belgique 8 chapelles dépendantes de l'évêque de Londres,:} sont à Bruxelles, les 5 autres à Anvers, Bruges, Ostende, Spa et Gand. — :j. Les israélites touchent 11,220 francs au budget. Ils ont une synagogue centrale à Bruxelles, et 5 synagogues à Anvers, (.and, Liège, Arlon et Namur. — Bibliographie : Ahhanach royal officiel de Bulgique, 1870; Annuaire statistique de la IJelgique, 1876; Tarlier : Dictionnaire des communes de Belgique, 1877; Atmanach de Gotha, 1877; Martin, The Statesmaas Year Book, 1877.
E. Vaucher.
BÉLIAL. nom donné à Satan (2 Cor. VI, 15) et dérivé du mot hébreu beliaal (-zrrtziz, le mal ou le malin). Dans l'idiome hellénistique le changement du "a en p est fréquent : de là BeXta? au lieu de BeXweX. Ce mot est fréquemment employé dans les pseudépigraphes du Nouveau Testament, les canons apostoliques et les Pères de l'Eglise.
BELLARMIN. Le cardinal Bellarmin est connu des personnes mêmes qui ne s'occupent pas de questions théologiques, comme un des champions les plus savants et les plus déterminés de l'ultramontanisme ; peu de catholiques ont déployé autant d'érudition et de sagacité pour combattre, non-seulement les doctrines protestantes, mais tout système politique qui n'admet pas la suprématie du siège de Borne. Né le ï octobre 1542, a Montepulciano en Toscane, il reçut les noms de llo- François-Romulus ; son père, Vincent Bellarmino, appartenait à une ancienne famille noble ; sa mère était une sieur de ce cardinal .Marcel On in. cjui, en 1555, occupa pendant quelques jours, sous le nom de Marcel II, le trône pontifical. Il fut envoyé à l'université de Padoue pour >.• vouer au droit; mais, poussé par ses besoins religieux, il se lit recevoir en L560 dans la Compagnie de Jésus. Au collège de l'ordre à Rome il étudia les humanités ; pour la théologie il revint à Pado le. En 1589 le général le lit partir pour Louvain ; là, après avoir été consacré prêtre en 1570, à Gand, il expliqua la Somme de Thomas d'Afjuin; il lui le premier professeur jésuite de cette université. En même temps il apprit assez, d'hébreu pour pouvoir renseigner lui-