Ô BELLARMIN
même et pour publier une grammaire. Pendant les troubles des Pays- Bas il trouva un asile à Douai. Bientôt après Grégoire XIII le chargea de faire, clans le Collège romain nouvellement fondé, des leçons sur les controverses du temps. Habile dans la discussion, versé dans les Pères, méthodique, il était mieux préparé que d'autres à traiter, au point de vue de son Eglise, les questions débattues entre les catholiques et les protestants. En 1581 il commença, sur Tordre de son général, la publication d'un grand ouvrage sous le titre de Disputationes de controversiis fîdei, adversus hujvs temporis hœretices^ dont le troisième volume parut en 1593 (Ingolstadt, in-f°). C'est la substance des cours qu'il avait faits à Rome pendant douze ans. Personne depuis les scolastiques n'avait exposé les doctrines romaines d'une manière plus complète et plus définitive. Sur chaque point Bellarmin donne les objections des adversaires, et il les donne si exactement qu'on lui a reproché d'éveiller parla des doutes chez les lecteurs catholiques. L'ouvrage provoqua des réfutations non moins éruclitesdela part de théologiens protestants. En 1589 Bellarmin accompagna en France un légat envoyé par Sixte- Quint auprès de la Ligue: il était chargé de discuter avec les réformés si l'occasion s'en était présentée. Après dix mois il revint à Rome. En 1599 Clément VIII le créa cardinal ; en 1602 il obtint l'évêché de Padoue ; il ne négligea rien pour rétablir la discipline dans son diocèse et pour remédier à quelques abus. Comme Paul V, élu en 1605, le retint auprès de lui, il renonça à son évêché, donnant ainsi un exemple aux prélats qui se dispensaient du devoir de la résidence. Vers cette époque les és7énements qui se passaient à Venise, où le gouvernement était en conflit avec le saint-siége, et en Angleterre, où le roi Jacques prenait des mesures rigoureuses contre les catholiques, engagèrent Bellarmin à prendre la défense du pouvoir pontifical. Contre les Vénitiens et leur défenseur Paul Sarpi, il publia en 1606 trois traités successifs ; contre les Anglais il écrivit son livre De Potestate Summi Pontificis in rébus tempora liùu s (Rome, 1610, défendu à Paris par ordre du parlement). Dans ces écrits, ainsi que dans plusieurs parties de ses Disputationes, notamment dans celle De Summo Ponfifice capite totius militantn Ecclesiœ, il développe la théorie que Dieu a institué le pape comme chef unique et souverain de l'Eglise, que ce chef a la plénitude de la puissance spirituelle, qu'il ne peut pas errer, qu'il juge tout le monde et que personne n'a le droit de le juger, que par conséquent il lui revient aussi une grande part dans le gouvernement temporel des peuples et qu'il doit empêcher les princes d'user de leur pouvoir contre lEglise. 11 est à remarquer toutefois que Bellarmin est loin d'attribuer au pape cette suprématie directe et absolue sur les princes clans les choses séculières, qui avait été le rêve de quelques canonistes du moyen âge et qui était la prétention de tous les évoques de Rome. Aussi Sixte-Quint avait-il été peu satisfait en le voyant apporter une restriction à son omnipotence, tandis qu'en France on trouvait qu'il allait encore beaucoup trop loin. Après avoir occupé dans ses dernières années l'évêché de sa ville natale, il se retira à Rome dans un collège de son ordre, où il mourut le 27 septembre 1621. — Ses œuvres complètes parurent à
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Cologne (1619, 7 vol. in-f°.) Outre ceux de ses écrits que nous avons mentionnés, il faut citer encore : son Liber de scriptoribus ecclesiasticis (Rome, 1613, in-4°), catalogue, sans critique, des écrivains ecclésiastiques jusqu'en 1500; son Explicatio doctrinae christ ian<v, un des catéchismes romains les plus répandus, publié d'abord en italien (Home, L603, in-V't el traduit en plusieurs langues, même en arabe; un Commentaire sur les Psaumes (Rome, 1611, in-i°,et souvent) ; une Admonitio ad episcopum Theanensem, ncpotem suum (Paris, 1618, in-12), où Ton voit quelle haute idée il se faisait des devoirs d'un évoque; enfin un recueil de lettres (Home, 1650). Les ouvrages qu'on a publiés pour le réfuter sont trop nombreux, pour être cités ici ; comme on le considérait avec raison comme le défenseur le plus autorisé du catholicisme orthodoxe, on écrivait encore des Antibellarmin bien longtemps après sa mort. Oh. Schmid.t.
BELLEY (Ain) [Bellicium, quelquefois Belisma], évêché suffragant de Besançon . Les auteurs racontent que Nyons (Colonia Fquestris, Nividunum) avait eu des évêques, et que le siège établi en cette ville fut transféré au cinquième siècle à Belley ; néanmoins l'évêché n'est connu avec certitude que depuis 555. L'évêque de Belley, qui avait le gouvernement de la ville, était prince de l'empire. L'église cathédrale, dédiée à saint Jean-Baptiste, possède des reliques de ce saint. — Voy. Guichenon, Hist. de Bresse et de Bugey, Lyon, 1650, in-fol. ; Depéry, ffist. hagiol. de Belley, 3 vol., Bourg, 1841-45; Hauréau , G allia
Christ.. XV.
BELLINI (Giovanni) [1426-1516], chef de l'école vénitienne, porta la peinture religieuse à un singulier degré de noblesse et de grandeur. Formé par son père, stimulé par l'exemple de son frère Gentile, peintre distingué lui-même, Giovanni Bellini a donné à ses christs, à ses madones, à ses saints un caractère d'auguste sérénité qu'ils n'avaient pas atteint avant lui. Un des premiers il adopta la peinture à l'huile, récemment introduite de la Flandre en Italie par les frères Van Eyck. Les œuvres de Bellini ne se distinguent ni par la profondeur de la pensée, ni par l'inspiration poétique, ni par la richesse ou la variété de la composition : ce qu'on admire en elles, c'est une sorte de grandeur sublime, tempérée dans ses madones et ses anges par une douceur et une -race presque vaporeuses, un coloris chaud, des tons admirablemenl fondus, comme ceux qu'offre le paysage des lagunes, illuminé par un soleil radieux et déroulant les scènes tranquilles et sereines d'une population habituée à l'éclat et à la pompe des costumes el qui semble être toujours en fête. Bellini, dans ses types, ne reproduil ni l'angoisse de la souffrance ; ni l'extase de la félicité céleste, mais I expression d'un bonheur calme que rien ne viendra troubler, parce qu'il a sa source dans l'absence de passions. Jamais peutêtre I déal el le réel ne se sont autant rapprochés et fondus. Ce que l'on peul regretter, c'est un certain manque de mouvement dans les attitudes comme dans les physionomies, un cachet uniforme de solennité aristocratique, quj interdit aux pensées et aux sentiments de I àme de venir se refléter d'une manière trop vive sur le visage. Il