‹ Encyclopédie des sciences religieuses (volume 5)Chapitre 5 sur 263 · BACH · texte numérisé non relu

BACH

ciens. — La vie de Sébastien Bach n'ofïre aucun incident remarquable. Son caractère fut celui d'un bon pasteur de campagne et n'eut rien de la fière indépendance, de l'originalité capricieuse d'un Mozart ou d'un Beethoven. Ses biographes sont unanimes à louer ses qualités d'époux, de père, d'ami, son naturel bienveillant, égal et facile, ses habitudes hospitalières. Peu soucieux des richesses et dédaignant les succès populaires, il n'estimait que les éloges des connaisseurs et préférait à tout les douceurs d'une vie retirée et laborieuse. Sa modestie était si grande qu'il faisait peu de cas de son génie et n'attribuait ses succès qu'à son travail. A quelqu'un qui lui demandait comment il avait acquis son talent prodigieux, il répondit naïvement : « En travaillant beaucoup ; tous ceux qui voudront travailler de la même manière y parviendront comme moi. » Bach jouit de son vivant d'une grande renommée, mais son génie ne fut vraiment apprécié qu'après sa mort. Ses œuvres les plus originales, celles pour piano et celles pour clavecin, ne furent imprimées et connues que longtemps après sa mort. Il les composait pour un petit cercle d'amis, et une fois jouées, les entassait dans une armoire. On dut les y repêcher quarante ans après sa mort, et ce fut toute une découverte. L'attention publique fut d'abord mise en éveil par Mozart. Celui-ci passait à Leipzig sur la fin de sa vie. Doles, directeur de musique à l'école Saint-Thomas, lui fit entendre un motet de Bach, qui produisit une vive impression sur l'auteur de Don Juan. 11 s'écria : « Dieu merci, voilà du nouveau ; ici j'apprends quelque chose. » Cette anecdote lit le tour de l'Allemagne, et à partir de ce jour on se mit à déterrer et à publier les œuvres inédites du maître. Une société se forma en 1850 pour la publication de ses œuvres complètes, et aujourd'hui encore Bach a ses adorateurs, ses fanatiques, son école, ses fêtes et sa petite église qui, pour être en dehors du mouvement musical actuel, n'en est pas moins fervente. Bach a été tout d'abord le premier organiste du monde et l'inventeur du style fugué qu'il a poussé jusqu'à son dernier degré de perfection et même jusqu'au formalisme abstrait. Les caractères distinctifs de son style sont une originalité foncière, une élévation soutenue, une teinte mélancolique mêlée de bizarrerie. Les thèmes ingrats et baroques lui plaisent; il a l'air de s'en amuser et de les manier pour le plaisir de la difficulté vaincue. Bach marque dans l'histoire de la musique allemande la lin de la période hiératique et y occupe une place semblable à celle de Giotto dans l'histoire de la peinture italienne. Sa musique est essentiellement de la musique sacrée et de la musique d'église. S'il a clos une période, il a préparé aussi la période nouvelle; car, en élaborant le monde de l'harmonie jusque dans ses dernières profondeurs, il a fourni à ses successeurs des ressources infinies pour l'orchestre comme pour les voix. Beethoven, qui lui ressemble si peu, en fit son bréviaire, et conserva pour lui un véritable culte jusqu'à la fin de sa vie. Le nombre de ses œuvres: motets, cantates, fugues, préludes, etc., est prodigieux. L'expression la plus complète et la plus haute de son génie se trouve dans son oratorio : La Passion selon saint Matthieu. Elle est écrite à deux cho?urs et à deux orchestres, avec récitatifs, airs,

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chœurs et chorals harmonisés. Los idées hardies, les combinaisons compliquées, les effets inattendus s'y succèdent, sans que tous ces motifs répartis sur de grandes masses vocales et instrumentales nu isenl à L'unité de l'œuvre. Bach se montre à nous dans son chef-d'œuvre comme le représentant le plus élevé et le plus parfait de la musique protestante confessionnelle. Cette musique est à celle de Palestrina ce que la religion de Luther est à la métaphysique et au mysticisme transcendant d'un saint Augustin. Cet oratorio de la Passion nous représente le genre d'édification propre à la communauté croyante. renfermée dans son dogme, mais dégagée dans une certaine mesure par le sentiment. Enoncer ce fait, c'est dire quelle fut l'excellence de Bach, et c'est aussi marquer sa limite. Nous trouvons ici l'âme humaine qui, dans le cercle de la foi de Luther et dans une chaste contrainte, s'élève aux plus hauts mystères de la religion et se répand en émisions intimes devant la grandeur du Crucifié. Ce n'est pas, comme dans Beethoven, l'homme libre qui, à travers tous les combats, tous les doutes et toutes les angoisses de la [vie, arrive à l'affirmation d'une foi qui est au-dessus de toutes les confessions, de tous les temps et de tous les climats. Mais dans son genre et sur son domaine Bach est un maître inimitable. , E- Schueé.

BACON (Roger) [1214-1294], surnommé doclor mirabilis, est l'un des savants les plus originaux qu'ait produits le moyen âge. Né à Ilchester, dans le comté de Sommerset, il lit ses études à Oxford et à Paris, subit l'influence de Robert Grosshead, évêque de 'Lincoln, esprit vraiment éclairé et libéral, qui le détermina à entrer dans l'ordre des franciscains dont il attendait de grandes choses (1240). Fixé à Oxford, où il continua à étudier et à enseigner, il ne tarda pas à scandaliser par ses libres opinions les moines, ses collègues, dont il censurait d'ailleurs avec une courageuse franchise les mœurs dissolues. Roger Bacon passa en prison la majeure partie de sa vie, et ce ne fut que sous le pontificat de Clément IV qu'il jouit de quelque liberté. C'est à ce pape, ami des lumières, qu'il dédia son Opus ma/us (1265), dont il a présenté successivement deux ivi 1 uctions dans son Opus minus et dans son Opus tertium. Une édition incomplète du premier a été donnée en 1733 à Londres par Sam. Jebb; ce n'est que de nos jours, et grâce aux découvertes faites par Y. Cousin, qu'une édition complète en a été donnée par J.-S. Brewer, Iiogeri Bacon opéra quœdam kactenus inedita, Londres, 1859. On ne connaissait pendant longtemps de Bacon que son Epistola de secretis operibus artis et nalurx et de nullitate magiœ, éditée par J. Dee, à Paris, en loi2, et lile eu français, en 1557, par Girard de Tournus, sous le titre: De r admirable pouvoir de l'art et de la nature, ainsi qu'un Spéculum alchemicum, également traduit en français. Usser, dans son Historia dogmaticade script uris, éd. Wharton, Lond., 1()(.)0, a inséré des fragments d'un ouvrage de Bacon, /Je laude Scripturx sacras. Un grand nombre d'ouvrages manuscrits sur la grammaire, les mathématiques, la physique, la géographie, la chimie, la logique, la philologie, etc., se trouvent a la bibliothèque de ^université d'Oxford. — L'importance de p Bacon est dan- l'opposition énergique qu'il lit à la méthode

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