‹ Encyclopédie des sciences religieuses (volume 5)Chapitre 61 sur 263 · BENOIT XIII · texte numérisé non relu

BENOIT XIII

gorovius, VI, 194; Reumont, II, 817; Christophe, Papauté au quatorzième siècle, 1853, III. S. Berger.

BENOIT XIII (Antipape). Pierre de Luna, d'abord soldat, puis étudiant en droit à Montpellier, lut créé cardinal-diacre de Santa-Maria in Gôsmedin par Grégoire XI; il fut au nombre des douze cardinaux qui déclarèrent illégale l'élection d'Urbain VI et provoquèrent le schisme. Après la mort de Clément Vil, les cardinaux d'Avignon, qui avaient tous promis sous la toi du serment qu'en cas d'élection ils abdiqueraient. si le pape romain abdiquait, choisirent Pierre de Luna qui prit le nom de Benoit XIII (28 sept. 1394). Benoit trompa l'attente de tous en repoussant obstinément la voie de réunion. Dès 1395 une assemblée épiscopale convoquée à Paris le somme de tenir sa promesse; il s'y refuse catégoriquement. En 1398, à la suite d'une conférence tenue à Reims, entre Wenceslas et Charles VI, celui-ci engage Benoit à abdiquer et demande que les cardinaux des deux obédiences se réunissent pour choisir un nouveau pape. Sur le refus de Benoit, les députés des universités et les prélats de France proclament sa déchéance, et Charles VI chargé Boucicaut d'occuper le Venaissin et de mettre le siège devant Avignon. Benoit résiste, Martin d'Aragon intervient en sa faveur et fait signer à son protégé l'engagement d'abdiquer en cas de cession ou de mort de Boniface IX. Mais Benoit n'est pas plus tôt libre qu'il reprend sa parole, encouragé surtout par Louis d'Orléans, s'enfuit d'Avignon, écrit de Marseille au roi de France qu'il est prêta traiteravec lui et à travailler à la réunion. Ni Benoit ni Boniface ne pensaient sérieusement à faire des concessions, et après la mort de ce dernier (^octobre 1404) les cardinaux romains s'empressent, malgré les instances de Charles VI, de choisir un nouveau pape, Innocent VII. A Innocent VII succède Grégoire XII (1406) , sans que la situation eût changé; la France s'impatiente; l'université, les évêques reprennent la question d'obédience; un concile national (nov. 1406) s'attaque au principe même de l'autorité pontificale. Enfin, la France, lasse des atermoiements de Benoit, déclare, dans les premiers mois de 1408, que si jusqu'à l'Ascension il n'y avait pas accord entre les deux pontifes, elle ne prendrait plus parti ni pour l'un ni pour l'autre. Benoît, qui se trouvait à Gênes en ce moment, répondit à la sommation de Charles VI par un bref qui menaçait d'excommunication ceux qui chercheraient une autre voie d'accommodement ou de réunion que celle des conférences. Le conseil du roi, en présence des princes du sang, condamne Benoit comme schismatique et perturbateur de l'Eglise (21 mai 1408); peu après les cardinaux des deux obédiences réunis à Livourne tombent d'accord sur la marche à suivre pour mettre un terme au schisme. Le concile de Pise dépose, le 5 juin 1409, Pierre de Luna et Angelo Corrario, et le conclave proclame le cardinal-archevêque de Milan sous le nom d'Alexandre V. Benoit ne cède pas. Quoique solennellement reconnu coupable de parjure et indigne de tout honneur, quoique privé par un concile de tout droit de commander et de retrancher de l'Eglise, il s'obstine à garder son titre et à exercer des pouvoirs que personne ne veut plus

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reconnaître. Lie concile de Constance, après avoir arraché la tiare à Jean XXIII et amené Grégoire XII à se retirer, essaie de vaincre l'obstination <le Benoit; rien. n'y lit, ni les représentations de Sigismond, ni les prières du roi d'Aragon; l'intraitable vieillard voulait mourir pape, et lorsque les envoyés du concile arrivèrent à Paniscola en Catalogne, accompagnés de trois notaires, et lui firent donner lecture de l'acte de déposition voté le 26 juillet 1417 , il frappa violemment sur le dossier de son siège en sYcriant : « Voici l'arche de Noé. » Benoit ne mourut qu'en 1421, à l'âge de quatre-vingt-dix ans; son pontifical avait duré trente ans. — Muratori,/?. /. Scriptore8,lU,2; Baiuze, Vitœ Paparum Avinionensium, P.,1693;Diètrich de Mien, De schismate, lil». il, III; Theiner/Corfea; diplomaticus dominiitemporalis;lx\yèha\ des Ursins, Vie de ('hurles VI; Tessier, Histoh*e des souverains Pontifes (/ni ml siégé à Avignon, Avignon, 1774; Christophe, Hist. de la Papauté pendant le quatorzième siècle, 1853; André, Hist.politiq. de la monarchie pontificale au quatorzième siècle,?., 1854; Magna, Hist. d'Urbain V et de son siècle, P., 18(tè ; Gregorovius ; de Reumont, etc.

BENOIT XIII (Vincenzo-Maria Orsini de Gravina), dominicain, cardinal en 1672, archevêque de Bénévent en 1(585, élu pape le 30 mai 1724. L'Eglise perdit à cette élection un excellent archevêque el n'y gagna qu'un pape médiocre. Trop confiant dans les hommes, inexpérimenté malgré son grand âge, Benoit compromit par sa faiblesse les intérêts du saint-siége. Des favoris indignes le suivirent à Rome et s'y emparèrent de la direction des affaires; un de ses domestiques, NiccoloCoscia, se lit nommer secrétaire des mémoriales, puis cardinal malgré la protestation du sacré-collége. Benoit, tout à ses exer< ices de piété, ignora ou toléra des dilapidations scandaleuses, le trafic des grâces et des bénéfices, une licence de mœurs telle qu'on ne l'avait plus vue depuis bien des années et que nous a décrite un voyageur allemand > Jean-Georges Keyssler, dans sa relation pédante mais vëridique. En 1725, Benoit célèbre le seizième jubilé de Tannée sainte, convoque un concile provincial à Saint-Jean-de-Latran qui décide la tenue triennale du concile provincial et la tenue annuelle des assembléès diocésaines et qui prend de sages mesures relativement aux tribunaux ecclésiastiques. Dans cette même réunion la bulle Unigenitus lut proclamée règle de foi; mais on a prétendu que le secrétaire Fini inséra frauduleusement cette résolution dans les actes du concile. Ce qui esl certain, c'est que la cour de Rome; n'a jamais protest*' contre cette supercherie et que Benoît demanda et obtint dans la suite que la France ne lit plus opposition à cette bulle. En 1729 le pape autorise la légende de Grégoire VII et condamne les édits publiés en France contre l'extension de cet office à toute l'Eglise; il canonise saint Jean Népomucène et approuve l'opinion de Pertusati relative à l'authenticité du corps de saint Augustin récemment découvert. "Le cardinal de Noailles, lied amitié avec Benoit, lui avait écrit dès après son exaltation pour le supplier de donner la paix à l'Eglise; dans une seconde lettre il lui soumel douze articles doctrinaux sur les questions qui divisaient alors le catholicisme. Benoit était prêt à les approuver, l'opposition

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