‹ Encyclopédie des sciences religieuses (volume 5)Chapitre 63 sur 263 · BENOIT XIV · texte numérisé non relu

BENOIT XIV

merciales de la Société el accorde pleins pouvoirs au roi pour confisquer les marchandises qui lui appartenaient. Benoit, qui était depuis longtemps mécontent de L'esprit de l'ordre et qui s'était élevé contre la conduite des jésuites dans les missions, approuva toutes les mesures prises par SakLanha et PombaL S'il n'eût tenu qu'à lui, la Société eût été dépouillée de son crédit, ramenée par une réforme radicale à son institution primitive; c'était peut-être le seul moyen de la sauver, maïs Benoit n'eut pas le temps d'y recourir. Il mourut avant d'avoir pris une décision. — Les souverains protestants ou grecs qui étaient en rela- ! ,,ii ou en correspondance avec Benoît et qui traitaient avec lui les affaires de leurs sujets catholiques, n'eurent qu'à se louer de son esprit éclairé et de sa tolérance. Frédéric II et Elisabeth Petrowna lui témoignèrent en toute occasion les plus grands égards ; tous les princes qui visitèrent Rome sous le pontificat de Benoit publièrent les louanges de ce papequi les avait accueillis et entretenus en homme du monde et en homme d'esprit. Les philosophes, dont quelques-uns l'avaient connu à 'Paris, en faisaient un éloge pompeux et même compromettant; Grimm l'appelait le plus infaillible de tous les successeurs du prince • les apôtres, parce qu'il avait à lui tout seul plus d'esprit et plus d'agrément que tous ses prédécesseurs ensemble (Co?Tespond., 1764). Joseph II le cite, lors de sa visite au Vatican, en exemple aux cardinaux et les engage vivement à choisir un pape qui lui ressemble, qui sache ne vouloir rien de trop et qui surtout, en traitant avec les souverains, n'oublie pas les règles de la politique et de la bonne éducation (papiers du marquis d'Aubeterre, ap. Saint-Priest, Chute des jésuites , p. 100-101). Si Benoit a été apprécié à sa valeur par toute l'Europe éclairée, il fut moins heureux à Rome où les grands prélats trouvaient qu'il n'avait souci ni de leurs intérêts ni des intérêts du saint-siége, qu'il les ruinait pour plaire aux cours étrangères, qu'il riait du monde entier et surtout de ses cardinaux, qu'il manquait enfin de la fortezza del petto du prêtre. On n'y goûtait ni la liberté qu'il affectait dans ses propos, ni ses boutades, ni même la simplicité charmante de ses manières. Le peuple romain, en voyant le souverain pontife parcourir les rues de la ville, un jonc d'Espagne à la main, disait plaisamment ; E un bivbante, questo papa. On ne lui sut pas gré de ses efforts pour rétablir les finances, pour uiettic quelque ordre dans l'administration, et 'les mesures qu'il fit prendre indisposaient même ceux qui devaient y trouver des avanta- Grand ami des lettres et des arts, il essaie de rendre la vie aux institutions scientifiques que possédait Rome, il en crée de nouvelles; il lui manque, pour réussir dans cette tentative, l'argent et les de talent. Il dote le collège de la Sapiencede chaires de chimie mathématiques, le Gapitole d'une chaire dé peinture el d'une de sculpture.; il fonde quatre académies pour l'histoire ecclésiastique, le droit canonique, les antiquités romaine et chrétienne; il enrichit la bibliothèque du Vatican; il ordonne des fouilles dans la. ville et dans les environs et fait transporter an musée du Gapitole les objets d'art grand nomon . N'oublions pas d'ajouterqùe sous le pontificat de Benoit le grand archéologue Winkelmann vinl se fixer à

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Home (1755), où il fut accueilli d'abord avec empressement par le cardinal Archinto, puis secondé dans ses travaux, et surtout dans la création du musée par le cardinal Alessandro Albani. Benoit mourut en 1758, à Page de quatre-vingt-trois ans. — Benoit était un écrivain infatigable; il s'est occupé de questions théologiques nombreuses et les a toutes traitées avec une compétence et une sagacité remarquables; ses œuvres, publiées d'abord séparément, ont été recueillies plusieurs fois : l'édition la plus connue et la meilleure a été revue par P. -Emmanuel de Azevado, 1747- 1751, 12 vol..in-4°; l'édition la plus complète a paru à Bassano, 1788, 15 vol. in-fol. ; la plus récente à Prato, 1839-1846. Les principaux ouvrages de Benoit sont les suivants : De servorum Dei beatificattone et canonisai ione ; Miscellanea ; De sacro-sanctô fm'ssœ sacrificio ; Instùutiones ecclestasticœ ; De synodo diocesano libri XIII ; Quœstiones canonicx (t morales. — A consulter : Fabroni, Vita di Benedetto XIV; Vie du pape Benoit XIV, P., 1775 et 1785, in-12; Ranke, Die Pœpste; de Reumont, Geschiehte der Stadt Rom; Winckelmann, Briefe, Berlin, 1824-25, 3 vol. in-8°. ' G. Léser. '

BENOIT DE NURSIE, fondateur de l'ordre des bénédictins, naquit en 480 à Nursie, petite ville de la Sabine, à une époque où la civilisation romaine expirante se débattait sous l'étreinte des barbares. La légende lui donne pour mère l'héritière des comtes de Nursie et pour père un descendant de la gent Anicia. Envoyé de bonne heure à Rome pour y faire ses études, il quitte en 494 sa nourrice pour se retirer dans la solitude, et nous n'avons plus pour nous guider dans sa vie que des légendes que nous conservons comme un trait caractéristique de cette époque troublée, car sa biographie, écrite par Grégoire-le- Grand d'après les témoignages des quatre disciples favoris de Benoît, est trop pénétrée de l'amour du merveilleux pour que nous puissions l'accepter sans réserve. Retiré à Lubiaco, sur la frontière de la Sabine et de l'ancien pays des Eques, le jeune enthousiaste établit sa demeure dans une grotte presque inaccessible et reçut pendant trois ans sa nourriture d'un moine Romanus qui chaque jour lui faisait parvenir un pain par une corde à laquelle était suspendue une sonnette pour l'avertir de sa présence. Ses jeûnes, son costume sauvage le firent prendre souvent pour une bête fauve parles rares paysans superstitieux des alentours, et l'esprit des ténèbres vint l'assaillir par des tentations et des épreuves multipliées. Toutefois sa réputation s'étendit au loin, et les moines voisins de Vicovaro le choisirent pour leur abbé. Mais la rigueur de sa discipline changea bientôt leur enthousiasme en une haine qui les poussa à se débarrasser de lui par le poison. Le saint ayant fait le signe de la croix sur la coupe fatale, celle-ci se brisa en morceaux. Benoit résolut enfin de grouper autour de lui quelques disciples romains et barbares. Ses miracles se multiplient : nous le voyons rendre à un Goth négligent la hache qu'il a laissée tomber au fond du lac et qui revient docile a l'appel du saint. Une autre fois, Maur, soutenu par son obéissance, marche impunément sur les eaux et arrache Placide à une mort inévitable. Les prêtres et les moines dégénérés du pays, jaloux de Tin-

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fluence de Benoit, honteux de leurprôpre indignité, le forcent à sortir de sa retraite et à chercher un nouvel asile au Mont-Cassin, isolé, escarpé, dont la cime arrondie domine le cours du Siris naissant, les plaines fertiles baignées par la Méditerranée, et du côté de l'Adriatique des vallées sombres et profondes. C'est dans cette retraite que Benoit passa les dernières années de sa vie (529-543) et fonda un monastère, le plus fameux peut-être de ceux, qifa fait surgir la piété du moyen âge. Le paganisme comptait dans ces contrées montagneuses des contins du Samnium et de la Gampanie de nombreux adorateurs. Benoît démolit lui-même un antique sanctuaire d'Apollon et travailla avec un zèle infatigable à civiliser les cœurs et les consciences. Les moines, obligés à une obéissance aveugle, à un travail manuel et intellectuel, dont il leur donnait l'exemple, construisirent eux-mêmes le couvent, défrichèrent les campagnes longtemps incultes, nourrirent pendant une famine des populations malheureuses, qu'ils défendirent contre les attaques et les spoliations des barbares. Sévère envers luimême, inflexible dans l'application de sa règle, Benoit condamnait toute austérité inutile pour l'àme; habile à lire au fond du cœur, il semblait deviner les plus secrètes pensées. Ayant fui le monde, il le voyait venir à lui. En 542, il a une entrevue avec Totila, auquel il prédit ses triomphes et sa fin prochaine. Lui-même touchait au terme de son pèlerinage : il mourut entouré des siens le 21 mars 543, debout, en oraison devant la fosse qui devait recevoir sa dépouille mortelle. — Benoit a le premier donné à la vie monastique une règle appropriée aux besoins de l'Occident qui, jusqu'à lui, avait suivi la règle de Saint- Basile et la vie érémitique de l'Orient. La meilleure édition de la règle de Saint-Benoit est celle publiée par Dom.Martène (Comm. in reg., etc., Paris, 1090, in-4°). Nous devons nous borner à en donner une idée sommaire. Elle exige la soumission absolue à l'abbé nommé par les moines eux-mêmes d'après certaines règles et qui ne peut être déposé que pour cause d'indignité notoire. Le prieur est nommé par l'abbé et lui doit l'obéissance. Chaque fraction de dix moines est sous la direction d'un doyen qui relève de l'abbé. Des prescriptions minutieuses entourent de précautions nécessaires l'admission et l'examen des néophytes; chaque moine a son rôle dans l'ensemble des travaux communs. Ce fut là la grande innovation de Benoit; ses moines ont été les défricheurs de l'Europe barbare. A l'obéissance, au silence, à l'humilité, ees trois vertus cardinales du moine, Benoît joint le travail qui combat l'oisiveté, cette ennemie de l'àme. Les frères doivent à certains moments se livrer au travail des mains; à d'autres, à de saintes lectures. Sept heures furent assignées au travail, trois à la lecture. Les articles qui concernent le vêtement et la nourriture sont austères, mais relativement modérés, proportionnés au climat. —L'essor de l'ordre de Saint-Benoît fut rapide, immense, d'une valeur incalculable pour le relèvement matériel et moral du monde barbare. Les couvents couvrent eu plusieurs siècles l'Europe entière. Nous pouvons citer en France : Glanfeuil d'Anjou, fondé par saint Maur;leBeeen Normandie', d'où sonl sortis Lanfrancet Anselme; Corbie, centre intellectuel aux n- 13

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septième et huitième siècles ; Saint-Denis ; Saint-Germain-des-Prés , Lérins ; Cluny ; Fontenelle ; Fleur y-sur-Loire, fondé par saint Léodebod en 638; en Angleterre : Glatonsbury, fondé parDunstan; Abingdon , en Belgique : Gemblon; en Suisse : Einsiedeln, fondé par Meinrad en 907 ; Saint-Gall ; Reichenau ; en Allemagne : Gorvey ou la nouvelle Corbie; Saint-Biaise dans la Forêt-Noire; Fritzlar; l'illustre Fulda; en Italie : Bobbio (600), soustrait comme Saint-Gall à la règle de Colomban. La règle de Saint-Benoît coïncida avec la fondation de nombreuses institutions monastiques, et comme elle était la plus large, la plus sage, la plus modérée, elle pénétra partout, fut seule maîtresse du neuvième au douzième siècle et profita de ce besoin d'unité, qui assurait le triomphe de la papauté. Les richesses, Finfluence de Tordre attirèrent dans son sein de nombreux disciples des hautes classes. 11 conserva, à côté de la noblesse de ses membres, le monopole de T intelligence, de la culture et de la conservation des trésors de l'antiquité classique. C'est de son sein que sont sortis Cassiodore, Bède le Vénérable. Ses écoles, dans lesquelles on enseignait le trivium et le quadrivium, devinrent des foyers de culture. Aelfric, l'Anglo-Saxon, rédigea pour elles un glossaire (Oxford, 1659), une grammaire, des Colloquia, des traductions d'auteurs sacrés et profanes. OEthelwold, évêque de Winchester, disciple de Dunstan, dirigea lui-même une école pour laquelle il écrivit des livres élémentaires (950). Abbon suivit la même méthode. Toutefois, dès le quatorzième siècle la décadence semblait irrémédiable et Boccace, visitant la bibliothèque du Mont-Cassin, trouvait les livres couverts de poussière bu déchirés par les moines, qui les vendaient aux paysans pour leur servir de sortilèges. Les bénédictins se signalèrent également par leur zèle pour les missions lointaines, où ils remplacèrent les moines irlandais dès la fin de la période mérovingienne. En Allemagne nous les voyons à l'œuvre, en Alemannie, en Bavière, avec Sturm, qui fonde les évêchés dePassau, Ratisbonne et Augsbourg; en Hanovre à partir de 856 ; Boniface fonde le monastère d'Ohrdruf en Thuringe. Celui de Corvey sur les bords du Weser mérite le titre de Dei seminarium apostolorium, et projette une grande lumière sur les contrées barbares. C'est de là que l'Evangile pénètre dans l'île de Rûgen en 850; qu'Anscar se rend enPoméranie; qu'Adalgar part pour une mission en Danemark à la fin du huitième siècle. De là sort son successeur, Uni, qui, accompagné de nombreux moines, va prêcher l'Evangile à la cour du roi Gorm ; entin Canut-le-Grand (1019-35) y trouve ses premiers auxiliaires dans F œuvre de l'évangélisation de la Suède. En Suisse, nous voyons Reichenau, fondé en 724; Rheinau, en 778; Pfsefïers; en 720, la règle de Saint-Benoît remplace celle de Saint-Colomban à Saint-Gall. L'Anglo-Saxon Aelfric est bénédictin, ainsi que le moine Augustin, l'apôtre des Anglo-Saxons. Etienne de Hongrie envoie le bénédictin Astrick en mission à Rome; c'est un bénédictin, Benoit Béta, archevêque de Grann, qui le couronne en Fan 1000. Grégoire-le-Grand, le biographe de saint Benoît, appliqua sa règle aux couvents de Rome, de Naples et de la Sicile. De nombreux réformateurs travaillèrent dans l'esprit du maître à régler la vie monastique: en France, en 670, saint

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