‹ Encyclopédie des sciences religieuses (volume 5)Chapitre 66 sur 263 · BÉRENGER DE TOURS · texte numérisé non relu

BÉRENGER DE TOURS

mais de leur efficacité dans l'âme du croyant. Sa conception, qui

manque de netteté, se t'approche de celle de Calvin. Luther, de même que l'Eglise catholique, la considérait comme entachée d'hérésie. — Ce fut dans une lettre à Lanfranc, prieur de Bec, passionnément épris de la formule de Radbert, que Bérenger exposa pour la première fois avec suite sa doctrine. Dénoncé et condamné sans être entendu par les conciles de Rome et de Verceil (1050), retenu en prison à Paris par Henri 1"", désireux de s'emparer de ses biens, il parvint à gagner la faveur du puissant légal du pape, Hildebr and, qui, dans son éloignement pour les discussions subtiles de la scolastique, voulait que Ton s'en tint, relativement à la Cène, aux paroles de l'Ecriture sans y ajouter de commentaires. Dans un synode tenu à Tours en 1054, il se contenta de la déclaration faite sous la foi du serment par l'accusé qu'il ne niait pas la présence du Christ dans la Cène et regardait les éléments consacrés comme sou corps et son sang. Enhardi par ce succès, l'archidiacre se présenta à Rome dans l'espoir d'obtenir du pape la confirmation de la sentence de Tours. Mais il se trompait amèrement. Un parti fanatique, à la tête duquel se trouvait le cardinal Humbert-de Langres, l'obligea, au synode de 1059, de jeter ses écrits au feu et de signer une confession de foi portant que « le pain devenu, après la consécration, véritable corps du Christ, était saisi sensualité)' parla main du prêtre, rompu et broyé par les dents des fidèles. » irrité de la faiblesse dont il s'était rendu coupable, Bérenger se rétracta publiquement dès qu'il eut franchi les Alpes et s'engagea dans une controverse très-vive, en particulier avec Lanfranc, au cours de laquelle il fut amené à donner à son opinion une forme plus précise, comme aussi à la soutenir par des arguments plus décisifs. Toutefois la, doctrine contraire ne tarda pas à triompher. Elle avait pour elle d'être beaucoup plus saisissable, dès que le miracle de la transsubstantiation était admis, et de répondre à la fois au goût de l'époque pour les opérations magiques et à la tendance de l'Eglise d'augmenter toujours davantage le prestige du sacerdoce. Hildebrand, devenu pape sous le nom de Grégoire VII, et que les questions de dogme intéressaient moins que celles de discipline ecclésiastique, hésita à compromettre plus longtemps sa réputation d'orthodoxie en soutenant l'hérétique de Tours. Celui-ci, mandé au deuxième synode de Rome (1079), se vit obligé d'adhérer à la doctrine de la transsubstantiation pure et simple et de promettre de cesser toute controverse ultérieure sur ce sujet. Le co^ur ulcéré, brisé par l'âge et par les chagrins. Bérenger se retira dans l'île de Saint-Côme, près de Tours. 11 y reçut, dans les pratiques d'un ascétisme rigoureux, jusqu'à sa mort (1088i. — Sources : la plupart des ouvrages de Bérenger sont perdus; ce qui en reste se trouve, avec les écrits de Lanfranc, dans les collections des PP. d'Achéry et Martenne. en particulier Epistola <ul Lanfr,, prim. éd. d'Achéry, in opp. Lanfr., p. 22, chez Mansi, XIX, 7(>8, et Acla concilii /!>>///. sub (irey. P. Vil, ah ipso Bereng. conscripta, prtm, tri. Martenne, m tkesaur, nov. anecdote IV, 99, chez Mansi, XIX, 761. Leasing a retrouvé à Wolfenbûttel l'importante défense, de Sacra cœna nilr. Lanfr, lib. < voy. Berenh, Turon. od. inkûnd, eines wichtigen Werîcs

Page 1