‹ Encyclopédie des sciences religieuses (volume 5)Chapitre 68 sur 263 · BÉRÉNICE — BERGERAC · texte numérisé non relu

BÉRÉNICE — BERGERAC

elle. On ne sait rien de la fin de sa vie. Dans ses voyages de Palestine à

Rome, elle s'arrêta plus (l'une lois sans doute à Athènes, où le souvenir de ses Largesses lui consacré par des colonnes et' (les inscriptions. On en a retrouvé une ainsi conçue : 'IouX(a Lhpvniv.r, WxzC/,:~zy. Mr^X-r;, 1:j/.'.:j \\\-z:--z; (âajiXéwç Ox/aTYjp (Corp. lnscrip. grœc, n. 361).

BERGERAC (Eglise de). Les premiers apôtres de la Réforme dans cette ville turent des religieux. Pendant le carême de 1545 le moine franciscain Guillaume Marentin en sema les germes dans ses prédications. Trois prêcheurs de Sainte-Foy le suivirent bientôt, qui nièrent le purgatoire et le saint-sacrement. Huit ans après, et bien que les sectateurs de .Marentin eussent été vigoureusement punis, le culte réformé fut célébré publiquement à Bergerac (1553). Il s'écoula encore huit années et la nouvelle religion pénétra dans les couvents des jacobins, des cordeliers et des carmes. L'église de Saint-Martin fut rasée et un temple s'éleva sur ses ruines (1561) ; pendant la première guerre de religion, Bergerac, qui eut à souffrir beaucoup du féroce Montluc, de Xoailles et de Borie, qui commandaient les troupes du roi dans la Guyenne, fut pris par le chef protestant Armand de Clermont, seigneur de Piles (1563). Pendant la deuxième, de Saint-Geniès de Badefol, lieutenant pour le roi en Périgord, s'en saisit à son tour 'juillet 1569), et ce ne furent que prises et reprises jusqu'à redit de Nantes, qui mit fin à ses perplexités. L'Eglise s'affermit, malgré le sac de la ville en 1()21 parles troupes de Louis XIII. Celle-ci était toute protestante à cette époque. Un collège s'y éleva, qui devint florissant, et I»' 7 juillet 1636 fut posée la première pierre d'un nouveau temple, dont la dédicace se fit le 10 avril 1(537. L'ancien avait été détruit pendant les troubles. Le pasteur de Bergerac le plus distingué au dix-septième siècle fut Azimont, qui jouissait dans son Eglise d'une grande autorité et n'était même pas sans crédit auprès de la cour, à qui il avait eu l'occasion de rendre des services pendant la guerre de Guyenne. Azimont a laissé un livre fort rare intitulé: L ' Anti-Chiron ou défense de l'accord de la foi et de la raison contre la réfutation et les répliques de maître Jean Chiron, prestre et bachelier en théologie , Paris, 1665, in-12. Le temple de Bergerac, par arrêt du parlement de Toulouse, fut démoli le 11 novembre 1682. Toutes les autorités civiles, militaires et religieuses assistèrent à une procession solennelle ordonnée à ce propos et plantèrent une croix sur les ruines d'un des piliers du temple. Un autre temple, construit au quartier et bourg delà Madeleine avait été déjà détruit par un arrêt du Conseil d'Etat du 18 septembre Kwi). La révocation de Ledit de Nantes, survenant peu après, porta un rude coup à l'Eglise, qui se dépeupla en partie par l'émigration et l'abjuration. Les tribulations de l'un de ses enfants sont restées célèbres (voy. Mémoir. d'un pr.ot. condamné aux gàL, publiées à Rotterd. en 1757 et réimpr.en 1865). Les dragons, de leur coté, la ravagèrent. Elle l'ut réorganisée en 17'i(.) par les pasteurs JeanPradon, Claire et Pélissier, qui y tinrent des assemblées nombreuses. En 17r>!) le maréchal de Richelieu, gouverneur de la province, impuissant à les faire cesser, les toléra dans des maisons particulières. Mais tous les protestants ne con-

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sentirent point à se laisser ainsi restreindre, et nous voyons le maréchal de Mouchy, gouverneur, se plaindre en 1774 de ce que les religionnaires des environs de Bergerac se réunissaient en masses considérables. Le pasteur Allard, qui résidait dans la ville, leur écrivit de ne point se décourager, et ils persévérèrent de la sorte jusqu'à la Révolution. L'Eglise de Bergerac, qui ressortissait au dix-septième siècle à la province ecclésiastique de la Basse-Guyenne et au colloque du Périgord, devint un chef-lieu de consistoire à la réorganisation des cultes. — Bèze, Hist. ecclés.; Rabaut le jeune, Annuaire ou répert. eccl; Bullet. de la Soc. de Ihist. du prot. franc.,, 1863, p. 416; 1875, p. 183 ; Vidal, La Réf. à Bergerac. E. Arnaud.

BERGIER (Nicolas-Sylvestre) [1718-1790], né à Darnay en Lorraine, mort à Paris. Ce prêtre, aussi modeste que distingué, honora la religion par ses vertus en même temps qu'il la défendit par ses écrits. Après de longues années de travaux assez obscurs, il était, vers 1760, principal du collège de Besançon. Il fit suivre quelques dissertations savantes, accueillies avec intérêt, d'une étude comparée des racines des quatre langues classiques et d'un ouvrage estimé sur Hésiode et la mythologie. Malgré les succès sérieux qu'il obtenait en ces sujets, il les délaissa pour se consacrer à l'apologétique. Son grand ouvrage sur la matière s'imposa à l'attention. C'était la Certitude des preuves du christianisme, réfutation de Y Examen critique des apologistes de la religion chrétienne (Paris, 1768, 2 vol. in-12). Les éditions et traductions de ce livre se succédèrent rapidement. Voltaire essaya de le réfuter sinon avec plus de gravité, du moins avec plus de ménagements que n'en comportait sa méthode ordinaire de polémique. Anacharsis Clootz, le futur conventionnel, opposa à la Certitude des preuves du christianisme la Certitude des preuves du mahométisme. L'idée était moins neuve qu'il ne paraît, car les orthodoxes de Hollande avaient déjà usé du même procédé de réfutation par l'absurde pour démontrer, contre les sociniens, que, la divinité de Jésus-Christ supprimée, les titres de Mahomet étaient aussi valables que les siens. Bergier avait déjà écrit, contre Jean-Jacques Rousseau, le Déisme réfuté par lui-même (1765, 2 vol. in-12). Il publia plus tard Y Apologie de la religion chrétienne contre le Christianisme dévoilé du baron d'Holbach (1769, 2 vol. in-12) et enfin, en 1771, Y Examen du matérialisme ou Réfutation du système de la nature (2 vol. in-12). De si éclatants services lui valurent la faveur de la cour et du clergé. Il n'accepta qu'une pension de 2,000 livres et un canonicat. Il fallut lui imposer les fonctions de confesseur des tantes du roi. Bergier refondit ses divers travaux en un ouvrage général, le Traité historique et dogmatique de la vraie religion, etc., 12 vol. in-12, et composa encore un Dictionnaire théologique, qui faisait partie de Y Encyclopédie méthodique, et qui a été réédité à Lille en 1844, et à Paris en 1868, 6 vol. P. Rouffet.

BERGIUS (Jean) [1587-1658], théologien réformé estimé, était professeur à l'université de Francfort-sur-l'Oder et prédicateur à la cour des électeurs de Brandebourg. Il représenta non sans distinction le parti réformé, favorable à l'union avec les luthériens, dans les collo-

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ques de Leipzig (1631) ei de Thorn (1642), combattit te dogme de la prédestination absolue dans un ouvrage intitulé : Zter Wille Gottes von aller Menschen Seligkeit (1653), refusa d'aller siéger à DordreclU et désapprouva les mesures édictées contre les remontrants. Dans sa polémique avec les Luthériens, il fit preuve d'un esprit modéré et conciliant, et entretint nne correspondance amicale avec Calixte.

BERINGTON (Joseph), historien anglais, né en 1760, dans lecomté de Shrop, d'une famille catholique. Ses parents renvoyèrent de bonne heure eu France, au collège de Saint-Omer, destiné à l'éducation des jeunes étrangers qui se vouaient au sacerdoce. Après avoir exercé les fonctions sacerdotales en France pendant vingt ans, Berington revint eu Angleterre où il fut nommé en 1814 curé de Bucldand, près d'Oxford, il mourut en 1820. Bien qu'appartenant à l'Eglise romaine, il eut des opinions assez libérales et fut même parfois taxé d'hérésie. Son principal ouvrage est Y Histoire littéraire du moyen âge, dont les deux premiers livres sont consacrés aux huit premiers siècles de l'ère chrétienne.

BERKELEY (Georges), né en 1684, à Kilcrin (Irlande), mort en 1753. Pieux, instruit, philanthrope zélé, d'une imagination vive, fort estimé à la cour et par les esprits les plus distingués de l'Angleterre, il se contenta du modeste évêché de Cloyne, en Irlande. Emu des progrès du matérialisme et de l'incrédulité, il crut devoir les combattre en expliquant ce qu'est la nature. Il maintint le point de départ de Locke, la sensation, mais pour constater qu'au moyen des sens nous ne connaissons que nos perceptions. Le monde corporel n'est donc que phénoménal ; il n'a pas de substance, de permanence ni d'activité propres; il est relatif, il n'a d'existence que dans les esprits, qui seuls sont des substances, des êtres réels et actifs. Toutefois les modifications sensibles que nous subissons ne viennent pas de nous ; elles ont une cause, l'esprit suprême, source de toute activité. Les phénomènes de la nature sont le langage par lequel Dieu nous instruit et dirige notre volonté. Les sciences naturelles nous montrent les effets, la théosophie nous enseigne les causes. Cet immatérialisme, où l'on retrouve des emprunts faits à Descartes, Malebranche, Spinoza, fut exposé notamment dans le Tin ixé sur les principes de la connaissance humaine, 1710; Dialogues entre Hylas et Philonoûs, 1713; Alciphron, 1732; édition complète, 1784; .1. (iérard, De Idealismi apud Berhleium ratione et principio, 1876. BERLEBOURG (Bible de). Le district westphalien, qui formait le comté deSahr-Witgenstein-Berlebourg, fut, dans la première moitié du dernier siècle, le théâtre d'un réveil religieux intéressant. Né sous l'influence du piétisme, eu réaction légitime contre le règne d'une orthodoxie sèche et formaliste, il dégénéra promptement en mysticisme sectaire. Le principal produit de ce mouvement fut une nouvelle traduction de la Bible, accompagnée d'un commentaire destiné à propager les idées mystiques de ses auteurs, demeurés inconnus d'ailleurs, mais s'intitulaiit ' pasteurs persécutés pont- cause d'hétérodoxie. » Leur œuvre, patronnée par les comtes de Berlebourg qui voulaient en affecter le produit à la fondation d'une maison d'orphelins, après une interdic-

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tion passagère du Corpus Fvàngelicorum, parut de 1720 à 1739 en sept parties, comprenant, outre les livres canoniques, un certain nombre d'écrits apocryphes de l'Ancien et du Nouveau Testament, ainsi que des extraits de Josèphe et des Pères apostoliques. Elle n'eut pas de seconde édition, et les exemplaires en sont devenus fort rares aujourd'hui. La traduction, de valeur inégale, dénote, pour l'Ancien Testament surtout, une absence choquante cle connaissances grammaticales, de goût littéraire et de sens poétique. Quant au commentaire, placé sous le texte pour l'Ancien Testament, inséré dans le texte même pour le Nouveau, il reflète fidèlement les diverses nuances du mysticisme que professaient ses auteurs, depuis les vues élevées d'un Origène jusqu'aux conceptions passablement grossières d'une Leade ou d'un Petersen. Comme tous les mystiques, les collaborateurs de la Bible de Berlebourg admettent pour le livre saint un triple sens, le sens littéral, reproduit le plus souvent avec un pédantisme plein de trivialité, le sens moral et le sens intime ou prophétique, ce dernier relevé et expliqué de préférence. La doctrine centrale est celle de la régénération. L'homme peut dès ici-bas accomplir parfaitement la volonté de Dieu et s'assimiler d'une manière essentielle la justice du Christ, qui n'est d'ailleurs que la reproduction de la nature primitive de l'humanité avant la chute. L'idée du péché, et surtout celle de la lutte, est affaiblie, et une polémique assez vive dirigée contre la justification par la foi, telle que l'enseignait l'orthodoxie traditionnelle. Favorables à la doctrine du rétablissement final et passionnés pour les espérances millénaires, les commentateurs de la Bible de Berlebourg, tout en préconisant l'inspiration littérale de l'Ecriture sainte, mettent la Parole intérieure au-dessus de la Parole écrite, rejettent l'autorité des confessions de loi, spiritualisent l'idée de l'Eglise, du sacerdoce et des sacrements.

BERLIN, capitale du royaume de Prusse et du nouvel empire germanique, comptait à la fin de 1876 : 968,634 habitants. Parmi les grandes villes de l'Europe elle est une de celles dont l'accroissement numérique a suivi la proportion la plus constante, la plus rapide: en 1640, au sortir de la guerre cle Trente-Ans et lors de l'avènement du grand-électeur, elle n'avait que 20,000 âmes; en 1713, à la mort de Frédéric 1er, le premier roi de Prusse, leur nombre s'élevait à 50,000; en 1786, à la mort de Frédéric II, à 145,000; en 1840, à la mort de Frédéric-Guillaume III, à 330,000; le 3 décembre 1861, lors du dernier recensement officiel, à 547,570; en 1873, à 909,586. La population de Berlin a donc triplé depuis 1840, c'est:à-dire dans une période de trente années, et il ne lui a fallu que dix ans pour s'accroître de ses dernières 300,000 âmes. — I. Histoire. Les origines de Berlin sont relativement toutes modernes et ne remontent pas au-delà du treizième siècle. Il en est fait pour la première fois mention dans l'histoire, en 1232, lorsque les margraves Jean Ier et Othon III de Brandebourg acquirent d'un prince slave les seigneuries de Barnim et de Teltow et conférèrent à l'ancien village les droits d'une cité. Berlin se composa jusqu'en 1307 de deux cités séparées pour l'administration municipale comme pour les intérêts mercantiles : Berlin et Kœlln. Le nom de la première signifie en wende une

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digue, celui de la seconde une colline. Les deux saints, sous la protection desquels elles s'étaient placées, Pierre et Nicolas, étaient tout spécialement invoqués l*nn par les pécheurs, l'autre parles bateliers. La ville n'acquit une réelle importance que sous le margrave Albert II de Brandebourg (1206-1220). L'électeur Frédéric II éleva en 1442 àKœlln, sur les bords de la Sprée, le château qui est resté aujourd'hui encore la résidence royale; à partir de.Iean-Cicéron (1486), Berlin devint le séjour définitif des électeurs de Brandebourg, mais elle ne prit véritablement la physionomie d'une capitale que sous Frédéric-Guillaume (1640). Berlin ne joua dans l'histoire de l'Eglise aucun rôle jusqu'aux approches de la Réformation. Tetzel, dans ses pérégrinations à travers l'Allemagne pour la vente des indulgences, rencontra dans le Brandebourg un trèst'avorable accueil (1517), grâce à l'appui déclaré de l'électeur JoachimI0r et de son frère Albert, archevêque de Mayence, grâce aussi à la jalousie invétérée de l'université de Francfort-sur-1'Oder contre sa rivale de Wittemberg ; il y collecta en quelques semaines plus de 100,000 florins. Au commencement d'octobre 1517, le trop célèbre dominicain lit à Berlin une entrée triomphale au son des cloches, suivi d'un nombreux cortège de dévots admirateurs. La situation changea complètement après la mort de Joachim Pr (1535). Son fils Joachim II se montra favorable aux nouvelles doctrines, qui d'autre part avaient trouvé un prompt et facile accès dans la noblesse et la bourgeoisie. Un pasteur luthérien aussi recommahdable pour son savoir que pour sa piété, Georges Buchholtzer. fut nommé en 1539 doyen de Berlin. Le jour de la Toussaint de la même année l'évêque de Brandebourg, Matthias de Jagow, célébra le service divin en langue allemande devant l'électeur et sa famille, les représentants du clergé, les délégués des Etats de Brandebourg et leur distribua la communion sous les deux espèces. La même cérémonie fut renouvelée le lendemain 2 novembre à Kœlln, dans l'église paroissiale de Saint-Nicolas, en présence des magistrats et des membres de la bourgeoisie. Peu après Berlin devint le siège du consistoire de Brandebourg; en 1574, Joachim II établit dans l'ancien cloître des moines gris (Graue Kloster) le gymnase qui porte encore aujourd'hui leur nom. La première imprimerie date de 1539. Sous le règne de Jean-Georges (1571-1598) se fixèrent à Berlin plusieurs artisans habiles, chassés de Flandre par la tyrannie duducd'Albe. L'intolérance dont à diverses époques se rendirent coupables les autres monarques européens, et contre laquelle protestèrent toujours énergiquement les électeurs de Brandebourg, contribua pour une large part à la prospérité' de Berlin. L'édit de Potsdam (29 octobre 1685) fut, sous l'électeur Frédéric-Guillaume, une digne réponse à la révocation de celui de Nantes (22 octobre 1685) et attira dans la capitale du Brandebourg une nombreuse colonie de réfugiés français qui se fortifia en 1089, en 1697 d'éléments congénères venus de la Suisse et dùPalatinàt. En 1609 furent supprimés avec les images tous les restes de catholicisme qui s'étaient maintenus dans le culte. Le Dôme fut à la même époque élevé à la dignité d'église cathédrale et paroissiale. Pendant le cours du dixseptième siècle, Berlin vit se réunir dans ses murs divers synodes u. 14

qui, sous les auspices des électeurs, travaillèrent à l'union entre les luthériens et les calvinistes, mais dont les efforts furent régulièrement frappés d'insuccès. En octobre 1614, Jean-Sigismond convoqua dans son palais les ecclésiastiques luthériens du Brandebourg pour qu'ils renonçassent à leur polémique injurieuse contre les réformés : la raideur avec laquelle ils accueillirent cette démarche toute conciliante hâta sa propre conversion au calvinisme (Noël 1615). Cet événement, loin de servir de leçon aux fanatiques, fournit le prétexte de nouveaux troubles. Les pasteurs luthériens de la capitale, Gedicke, Willich, Stùler, abusèrent de leur influence sur la population qui se porta à de regrettables excès, ravagea le Dôme, détruisit la maison du jpasteur réformé Fiïssel, maltraita le bourgmestre Jahn et le gouverneur, le margrave Jean-Georges de Ja3gerndorf. L'ordre ne fut que difficilement rétabli par les soldats de l'électeur. Le 8 septembre 1662, sur le désir exprès de Frédéric-Guillaume, eut lieu à Berlin un nouveau colloque entre cinq ecclésiastiques de chaque parti, assistés de quelques jurisconsultes, sous la présidence d'un conseiller laïque, Otto de Scheven. Ils avaient pour mission d'examiner dans les confessions de foi réformées de la Marche de Brandebourg les articles dont la profession entraînait divino judicio, au dire des luthériens, la damnation éternelle, dans les symboles luthériens ceux dont la négation équivalait au rejet du salut. Les délégués luthériens, encouragés par leurs frères de Wittemberg, se refusèrent à tonte concession, atout compromis. Au dix-neuvième siècle, Berlin fut également le siège d'importantes réunions ecclésiastiques. En janvier 1846 y fut tenue la conférence officieuse convoquée sur l'instigation de quelques théologiens du juste milieu telsqu'Ullmann, Snethlage, et destinée dans leur esprit à couper court aux abus soit de l'orthodoxie confessionnelle, soit du rationalisme vulgaire, à favoriser dans les communautés l'introduction du système presbytérien, à grouper en un seul faisceau les Eglises des différents Etatsr germaniques pour une série d'œuvres communes. L'influence du parti conservateur était trop forte pour que cette assemblée, malgré les excellentes intentions de ses promoteurs, pût opérer des changements sérieux. Les vicissitudes du synode général qui siégea la même année, de juin en août, à Berlin, sous la présidence du ministre des cultes Eichhorn, offrent avec celles de cette réunion préparatoire une triste et frappante analogie. En décembre 1875 se réunit à Berlin le synode général constituant, convoqué par le ministre des cultes Falk, pour doter les six provinces orientales de la monarchie prussienne d'un simulacre d'institutions presbytériennes synodales. Nous en exposerons ailleurs le résultat (voy. l'article Prusse). Plusieurs sociétés religieuses dont les résolutions, malgré leur caractère non officiel, exercent sur les destinées de l'Eglise une influence considérable, ont tenu à Berlin quelqu'une de leurs assemblées annuelles : en 1853, le Kirchentag , créé à Wittemberg le 23 septembre 1847 par l'initiative de MM. de Bethmann-Hollweg, Stahl, Wichern; en 1857, l'Alliance évangélique ; en 1869, l'Union protestante libérale. — II. Cultes. 1° En sa qualité de capitale de la Prusse, Berlin est le siège des princi-

pales autorités ecclésiastiques : du ministère de9 cultes, du conseil ecclésiastique supérieur (Oberkirchenrath), du consistoire de Brandebourg, • 'i se trouve réparti entre trois surintendances : Berlin, Kœlln, Frédérichswerder. Les deux premières sont régies par les doyens de Saint- Pierre et de Saint-Nicolas, qui jouissent de revenus quasi-épiscôpauî et exercent sur la direction des affaires ecclésiastiques une influence considérable. Au nombre de leurs prérogatives figure celle de donner, au même titre que les professeurs ordinaires, des cours à l'université. Quelques quartiers assortissent, en outre, à la surintendance provinciale de Brandebourg. Les protestants formaient en 1874, à Berlin, 88,36 pour cent de la population, soit 732,736 âmes (hommes 362,088, femmes 370,648). Ils sont divisés en 29 paroisses. Les élections générales, qui ont eu lieu le 4 janvier 1874, ont donné dans 27 d'entre elles une forte majorité aux adeptes du protestantisme libéral. Le sol de Berlin s'est montré jusqu'ici peu favorable à l'esprit sectaire, et les diverses communautés dissidentes n'y ont recruté qu'un nombre minime d'adeptes. D'après les statistiques officielles, il y aurait 397 vieux-luthériens, 158 mennonites, 92 baptistes, 44 irvingiens, 4 moraves (ces derniers possèdent à Bixdorf, près de Berlin, une colonie importante fondée en 1738 par Zinzendorf) ; les communautés libres (catholiques allemands et Amis des lumières) comptent 939 membres. I ne des branches les plus curieuses de l'Eglise nationale à Berlin si formée par les descendants de ces héroïques réfugiés français qui trouvèrent auprès de l'électeur Frédéric-Guillaume un si généreux et si cordial accueil : ils sont encore aujourd'hui administrés par lui consistoire spécial qui envoie un délégué au conseil ecclésiastique supérieur, possèdent une église particulière desservie par deux pasteurs, consacrent leurs abondantes ressources à l'entretien d'un séminaire théologique, d'un gymnase, d'écoles, d'établissements de bienfaisance. Les institutions qu'ils dirigent sont célèbres pour leur activité et leur bon ordre. Il n'y a du reste qu'un seul service religieux, peu fréquenté, en langue française, et l'on sait de quels sentiments sont animes contre leur ancienne patrie ces Prussiens, a plus royalistes que le roi, » qui portent des noms français. — 2° Les catholiques constituent à Berlin 6,26 pour cent de la population totale, soit 51,762 (hommes 32,002, femmes 19,760). Ils ont toujours joui, pour rcice de leur culte, d'une entière liberté, soit sous les premiers llohenzollern, soit à partir de Frédéric II, qui profita de la conquête de Silésie pour déterminer dans une série d'édits (8 mars, 20 sepembre 1742, 22 mars 1756,9 juillet 1757, 15 juin!764) les relations de Eglise catholique avec l'Etat prussien. Les catholiques de Berlin relent depuis 1741 de la juridiction du prince archevêque de Breslau et Mit pour directeur spirituel le doyen de Sainte-Hedwige. La cour de Rome, malgré ses tentatives réitérées sous Frédéric-Guillaume III et Frédéric-Guillaume IV, n'est jamais parvenue à la création d'une nonciature à Hci lin. Les nombreux établissements charitables entretenus par catholiques, e! auxquels des observateurs impartiaux.se plaisent à rendre un témoignage favorable, sont administrés depuis 1851 par les

sœurs de charité connues dans le peuple sous le nom de soeurs grises. Les catholiques possèdent à Berlin 4 églises et 2 chapelles. Le 29 novembre 1874 a été inauguré un culte vieux-catholique qui n'a pas cessé depuis cette époque de faire des progrès. — 3° Les juifs jouent dans la vie matérielle et spirituelle de Berlin un rôle beaucoup plus considérable que ne permettrait de le supposer leur chiffre de : 35,215 (hommes 19,454, femmes 16,561), soit 4,38 pour cent. Les enquêtes statistiques fournissent les résultats les plus favorables sous le rapport de leur bien-être, de leur instruction, de leur moralité : sur 100 garçons juifs 56, sur 100 jeunes tilles 66 suivent l'enseignement supérieur, tandis que parmi les adeptes des différentes confessions chrétiennes la proportion n'est que de 20 et de 16 pour cent. Les enfants illégitimes n'atteignent, pour la totalité des naissances, qu'un chiffre de 2 au lieu de 15 pour cent. Le nombre des enfants morts-nés ne s'élève qu'à 1 au lieu de 4 pour cent, une preuve irrécusable de la sollicitude dont sont entourées les femmes juives. Enfin celui des enfants morts en bas âge n'est que de 17 au lieu de 25 pour cent. Les juifs ont, pendant le cours des âges, traversé à Berlin à peu près les mêmes vicissitudes que dans les autres cités de l'Allemagne. En 1520, une trentaine d'entre eux furent brûlés vifs sur la place du Marché comme coupables d'avoir acheté à un chaudronnier un enfant chrétien et de l'avoir offert en holocauste. Dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, deux juifs berlinois, Dohm et Moïse Mendelssohn, réclamèrent en faveur de leurs compatriotes, avec un talent égal à la bonté de leur cause, l'égalité politique et civile, et accomplirent au sein du judaïsme une révolution tout aussi hardie, en brisant l'autorité du Talmud.'Dans les premières années du dix-neuvième siècle, les riches familles juives présidèrent au mouvement intellectuel de la capitale de la Prusse; il suffit de rappeler les noms d'Henriette Herz, de Rachel Lewin. Leurs descendants sont demeurés fidèles à ces nobles traditions, et brillent aujourd'hui encore d'un vif éclat dans le monde des lettres, des arts, de la politique. Le libéralisme religieux de Mendelssohn est également professé par la majorité des juifs actuels qui ont renoncé vis-à-vis de la civilisation moderne à tout particularisme sectaire, et compté parmi leurs rabbins le célèbre critique Abraham Geiger. Quelques-uns se sont détachés de la communauté-mère, qu'ils trouvaient trop attachée auxanciens usages, trop soumise à l'autorité du Pentateuque et ont fondé une association toute semblable à celle des Amis des Lumières, mais ils ne comptent jusqu'à présent qu'un nombre restreint d'adeptes. Nous terminerons cette revue statistique par la mention des grecs orthodoxes dont il se trouve à Berlin 178. —Parmi les 58 églises protestantes de Berlin, il n'en est aucune qui soit remarquable par la grandeur de ses proportions, la pureté de ses lignes, sa richesse artistique. La plus ancienne, Saint-Nicolas, date du douzième, deux autres, Sainte-Marie et le Cloître (Klosterkirche) , du treizième siècle; toutes trois sont construites dans la variété la plus simple, la plus pauvre du style ogival. Le dôme, élevé en 1747 sous le règne de Frédéric II par Boumann, modifié en 1817 et en 1821 par Schinkel, n'a rien de gracieux

ni d'imposant ; dans la crypte se trouvent les caveaux de famille des Hohenzôllern. Le projet de doter Berlin d'une cathédrale digne de lui, longtemps caressé par Frédéric-Guillaume IV. a été repris il y a une dizaine d'années et poussé en 1870 jusqu'à l'ouverture d'un concours. Le Temple neuf et L'église française, qui se font pendant, ont également été bâtis au dix-huitième siècle sur un modèle romain : Santa- Maria-del-Popolo. La brique a été remise en honneur pour les nombreuses églises élevées sous le règne de Frédéric-Guillaume IV, suivant l'exemple donné par Schinkel pour celle du Werder (1830). La plupart sont romanes (Saint-Marc, Saint-Jacques, Saint-Thomas) ou byzantines (Saint-Matthieu) ; quelques-unes, et des mieux réussies, relèvent du style gothique (Saint-Pierre, Saint-Barthélémy). Aucune d'entre elles n'offre des dimensions considérables. Des deux grandes églises catholiques, la première, Sainte-Hedwige, construite en 1747, est une reproduction du Panthéon romain; la deuxième, Saint-Michel (1860), un beau spécimen de F architecture romane. De tous les édifices religieux de Berlin, le plus vaste comme le plus splendide est sans contredit la nouvelle synagogue bâtie dans le style mauresque par Knoblauch (1863) : la coupole a 50 mètres de haut, l'intérieur se distingue par la richesse et la variété des couleurs comme par l'harmonie des jeux de lumière ; le nombre des places s'élève à 3,000. Les juifs possèdent encore deux autres synagogues. Les grecs orthodoxes, les anglicans, les irvingiens, les mennonites, les baptistes, les vieux-luthériens, les catholiques allemands, les juifs réformés, les amis des lumières possèdent chacun un édifice ou une salle pour leurs réunions. — L'indifférence des Berlinois pour tout ce qui concerne la vie ecclésiastique est proverbiale : il convient de l'attribuer dans une large mesure au divorce qui s'est établi depuis une cinquantaine d'années entre une population toute •pénétrée de la culture moderne et une Eglise qui s'est faite dans de trop nombreuses occasions la complaisante auxiliaire de la réaction politique et s'est efforcée de galvaniser les rites, les dogmes, les formules du dix-septième siècle. Sur 630,600 protestants, 11,900, soit 1 4/5 pour cent, assistent en moyenne chaque dimanche au culte; encore quelques statisticiens rigides proposent-ils d'en défalquer les 2,200 auditeurs du Dôme qui satisfont des besoins moins religieux qu'artistiques. Suivant un calcul d'Hengstenberg, la proportion s'élèverait à 2 pour cent; le Jardin zoologique aurait à lui seul compté plus de visiteurs que toutes les églises de Berlin réunies. Le manque de ferveur trouve également une fâcheuse confirmation dans la faible participation aux cérémonies religieuses. D'après un des derniers rapports du bureau royal de statistique (1875), 39 pour cent des enfants seraient non baptisés ; 65 pour cent des mariages se seraient passés de la bénédiction nuptiale, 85 pour cent des ensevelissements se seraient accomplis sans la présence d'un pasteur. La cure d'àmes est également entravée par le petit nombre des pasteurs (un seul quelquefois pour 25.000 habitants), l'étendue de certaines paroisses (trois d'entre elles comprennent 50 à 60,000 âmes). — 111. Institutions de bienfaisance. La charité ne souffre point cependant de cette antipathie trop générale

contre l'Eglise. L'esprit d'association est très-répandu à Berlin et exerce sa bienfaisante influence dans les domaines les plus variés : distribution des aumônes, travail pour les indigents, secours pour les orphelins, éducation de la jeunesse, directions aux émigrants, caisses d'épargne, prêts de capitaux, fourniture des substances premières à un prix avantageux et dans les meilleures qualités, adoucissement des maux causés par la guerre, la famine, la maladie. La caisse royale d'épargne compte 75,000 déposants; son capital s'élève à 9,600,000 fr. La première société coopérative d'après les principes de Schultze-Delitzsch fut fondée à Berlin en 1864 ; il en existe aujourd'hui 31 pour les prêts et crédits, 4 pour les matières premières, 8 pour la production, 18 pour la consommation ; elles occupent à des titres divers plus de 6,000 personnes. Les 91 caisses pour les compagnons et les ouvriers des fabriques (Gesellen urtd Fabrikarbeiter K assert) sont alimentées par 77,800 membres et reçoivent 1,180,924 francs de contributions annuelles dont plus d'un million (1,028,538) est fourni par les ouvriers, le surplus (161,386) par les patrons. L'Association spéciale des ouvriers contre la maladie compte 70,000 membres, administre 71 caisses, paye 36 médecins, soulage chaque année 69,000 patients. De leur côté les patrons ont créé 122 caisses (Meister /{assert) avec un capital de 1,260,795 francs, 18,959 souscripteurs, 145,260 francs de recettes annuelles. Mentionnons enfin 44 sociétés de secours qui ne sont liées à aucune corporation. Parmi les associations qui poursuivent un but d'utilité publique ou de bienfaisance, les plus importantes sont: 1° L'Association populaire pour ies cuisines (Volkskùchen-vereiri) , créée pendant la guerre de 1866 sous le patronage de la princesse de Prusse. Dans la pensée primitive de ses organisateurs, sa mission ne devait être que temporaire ; ils se décidèrent bientôt à lui donner un caractère permanent à cause de ses bons résultats, des vives sympathies qu'elle rencontra au sein de la • population. Son activité atteignit son apogée pendant la guerre de 1870-1871. Il fut ouvert pendant cette période 14 cuisines qui fournirent à 6,000 personnes au prix coûtant une nourriture saine et substantielle; l'excédant des recettes (344,366 fr.) sur les dépenses (331,855) donne la meilleure preuve de leur utilité. 2° L'Association de Leite (Le Ite-vereiri), ainsi nommée à cause de son créateur, l'économiste et député Guillaume- Adolphe Lette, fondée en 1865 et placée sous le patronage de la princesse de Prusse. Elle poursuit d'après ses statuts les buts suivants : a) lutter contre les préjugés qui s'opposent pour la femme à toute carrière lucrative en dehors de la sphère domestique et supprimer graduellement les iniquités consacrées par la loi; b) préparer aux carrières commerciales et industrielles ; c) procurer du travail aux sociétaires (sont exclues de l'association les domestiques des villes et des campagnes ; d) organiser des expositions périodiques des travaux des sociétaires; e) protéger les sociétaires contre tout abus de l'ordre moi al, juridique ou économique; f) faciliter leur entretien et leur logement. L'Association de Lette répondait à des besoins si sérieux,' si profonds qu'il s'en est aussitôt créé des filiales à Brème, à Breslau, à Brunswick, à Cassel, à Carlsruhe, à Darmstadt, à Dresde, à Hambourg,

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à Stuttgard, à Vienne. In congrès général do L'Association a été tenu en novembre L870à Berlin. Un journal, VAvoeat des femmes^ propage les vues de l'Association et paraît depuis 1870 à Berlin sons la direction de mademoiselle Jenny Hirsch. 3° L'Association des Asiles (Asyl-verein), fondée en 1869 pour combattre l'effrayante extension du paupérisme, subvenir à des besoins urgents. Jusqu'alors les individus (|iii n'avaient point de domicile régulier passaient la nuit à la belle étoile, se réfugiaient dans d'ignobles repaires ou se laissaient volontairement arrêter par la police. D'après le rapport officiel de 1868, elle avait eu à sa charge 14,029 hommes, 1,664 femmes, 68 entants : sur le nombre 13,743 hommes, 1,331 femmes, 64 enfants s'étaient dénoncés eux-mêmes. Quelques philanthropes, émus par la terrible éloquence de ces simples chiffres, s'unirent pour soulager les victimes souvent irresponsables d'une si grande misère, prévenir chez elles la dégradation qui résultait de leur contact avec les criminels, les rendre à une vie honnête et laborieuse. Devint membre de l'association toute personne qui s'engageait à 2 francs de contribution annuelle ou en payait vingt, une fois pour toutes. La direction fut confiée à un comité de 25 membres qui en prit dans son sein plus spécialement sept pour exécuter ses décisions. Le premier local choisi pour asile, un ancien atelier d'artillerie, fut exclusivement consacré aux femmes et admirablement approprié à sa nouvelle destination. Les chambres et les corridors en furent éclairés au gaz, des sommiers en fer garnis de couvertures de laine se succédèrent en longues rangées dans les dortoirs, l'eau amenée dans toutes les pièces, des bains, une buanderie permirent d'exiger des hôtes de la maison la propreté la plus rigoureuse. Les portes en sont ouvertes en hiver de 6 heures du soir à 8 heures du matin, en été de 7 heures du matin à 7 heures du soir. Le matin il est distribué une tasse de café, le soir une soupe substantielle. La surveillance générale est exercée par un père et une mère (Hausvater. ffausmutter) sous la direction supérieure d'un membre du comité. Habituellement, pendant les soirées d'hiver, il est fait une lecture commune tirée d'un ouvrage à la fois populaire et scientifique. L'excellence de l'œuvre a été constatée par le nombre de ceux auxquels elle a servi. Pendant le premier mois de sa création, en janvier 1869, l'asile avait été fréquenté par 393 femmes, en juillet de la même année leur chiffre s'était déjà élevé à 1,174 ; aujourd'hui il en reçoit quotidiennement en moyenne 320. Les femmes entre vingt et trente ans constituent plus de la moitié du chiffre total; les femmes plus âgées \ entrent pour un quart, les enfants pour la même proportion. D'après les statuts, la même personne ne peut pas user de l'asile plus de cinq t'ois par mois. La mère se charge de placer des servantes à Berlin el au dehors. En 1872, il a été construit avec le concours de la municipalité un asile pour les hommes qui repose sur les mêmes bases. Déjà auparavant deux auberges pour les servantes {Maegdeherbergé) axaient été créées sous les auspices de la Mission intérieure. 'i ' Associations ouvrières (Handwerkervereine). La plus importante est la grand»- association ouvrière de Berlin qui fut fondée en 18U par le

libraire et député progressiste Franz Duncker et reçut de lui une organisation excellente. Son but est de développer chez l'ouvrier la vie intellectuelle, de lui fournir des jouissances artistiques et sociales élevées qui fortifient en lui le lien de la famille au lieu de le relâcher, de compléter son éducation par une série de cours populaires sur les sujets les plus variés (sciences naturelles et économiques, histoire, littérature). Les débats politiques et religieux sont exclus du programme. Les membres ont en outre la jouissance d'une riche bibliothèque : leur nombre s'élève aujourd'hui à plus de 6,000. Nous citerons eniin les sociétés qui poursuivent un but philanthropique et religieux : l'Union évangélique, l'Union protestante libérale (fondée en 1863), la Société de Gustave-Adolphe (1844), la Société des missions (fondée en 1800 par le prédicateur morave Janicke),la Société des traités religieux (fondée en 1814 par l'Anglais Pinkerton), la Société pour la conversion des juifs (1834), la Société pour l'amélioration des détenus, la Société centrale pour le soulagement de la classe ouvrière. — Le problème du paupérisme a depuis longtemps été pratiquement étudié sous toutes ses faces et a reçu sur divers points une solution satisfaisante. La charité publique est exercée par la direction des pauvres dont les 32 membres sont choisis parmi les conseillers et les assesseurs municipaux, les délégués de la bourgeoisie. Les principaux domaines de son activité sont : lu La lutte contre la mendicité proprement dite. En 1875 le nombre des assistés s'élevait à 8,337. Sur ce chiffre total, 85 pour cent avaient dépassé la cinquantaine, 68 pour cent se recrutaient parmi les veufs, les divorcés, les abandonnés par leurs conjoints. La plupart d'entre eux sont originaires d'autres contrées de l'Allemagne, sur l'ensemble 43,8 pour cent seulement ressortissaient de Berlin. 2° Le soin des malades qui se répartissent en deux grandes divisions : ceux qui sont visités dans leurs demeures (43,318), et ceux qui se font transporter dans les hôpitaux (13,698). 3° Distribution de secours non pécuniaires rsoupes à bon marché, pommes de terre, vêtements, étoffes, bois de chauffage. 4° Education. A la commission des pauvres incombe la direction des 116 orphelinats de quartier, des grands établissements de Berlin (Friederichs Waisenhaus) et de Rummelsbourg (488 pensionnaires). 5° Administration du pénitencier (458 détenus en 1875, organisé d'après le système cellulaire pour 800 détenus), de la maison centrale des aliénés. La ville de Berlin consacre à ces différentes sections une somme annuelle de 3,830,000 francs dont 794,000 sont fournis par les caisses de quartier et les dons individuels. Les capitaux dont dispose la commission des pauvres et qui proviennent pour une forte part de legs particuliers, de fondations pieuses, constituent un total d'à peu près 6 millions (5,620,000). Aux efforts de l'administration centrale se joignent ceux des délégations des quartiers, de la charité privée. Cette dernière trouve son principal organe dans Y Association contre le paupérisme et la mendicité qui exerce une action préventive, empêche par un sérieux examen de chaque cas particulier les aumônes inconsidérées ou nuisibles, secourt annuellement 3,800 personnes par des dons et des prêts, l'indication des différentes sources de travail, une

protection aussi persévérante qu'éclairée soit en actes soit en conseils. Quoiqu'elle soit d'origine récente, elle a déjà restreint dans des proportions considérables le vagabondage, la mendicité dans les rues cl aux portes des maisons. L'efficacité de la charité privée à Berlin est attestée par le nombre relativement minime des personnes qui cherchent nu refuge dans l'un ou l'autre des 25 workhouses (605 hommes, 981 femmes), par l'abondance des secours accordés aux malades, aux infirmes, aux veuves, aux orphelins. A la fin de 1875, 1,705 de ces derniers étaient élevés chez des particuliers à Berlin ou dans les environs La surveillance de la salubrité publique est également comprise dans le nombre des attributions communales. Il y est pourvu par 1 médecin de la municipalité, 2 médecins légistes, 10 médecins de district, 1 chirurgien, 2 vétérinaires. La commission sanitaire emploie en outre l\0 médecins de quartier. Le corps médical de Berlin compte environ 1,000 membres ; Berlin possède 21 hôpitaux dont 2 assortissent à l'administration militaire, 39 cliniques et maisons de santé particulières, 7 maisons d'aliénés dont 2 sont régies par la municipalité et 5 par des particuliers. Il existe 39 fondations dont les revenus sont affectés au soin des malades. 25,852 personnes ont été ensevelies en 1875 dans 10 cimetières. Parmi les institutions philanthropiques les plus importantes, il convient de mentionner : l'orphelinat Frédéric, l'orphelinat de Hummelsbourg, la maison des veuves, la maison d'éducation du Kreutzberg pour les enfants abandonnés, l'institut des aveugles, l'institut des sourds-muets, l'hospice Wilhelmine-Amélie pour les femmes et les tilles de la classe noble, l'hospice Rouge et l'hospice Guillaume à Cliarlotlenbourg pour les employés et leurs familles, l'hospice des Johannites, l'asile Madeleine (Maydalenenherberge) pour les repenties fondé par la Mission Intérieure, la nouvelle maison des aliénés construite d'après le système des pavillons dans la banlieue de Berlin à Dalldorf, les diverses fondations créées et entretenues par les communautés catholique, israélite, française réformée. Les plus vastes hôpitaux sont, d'après l'ordre de leur ancienneté: a) l'hôpital des Invalides, fondé par Frédéric II en 1748; il possède 600 lits et ressortit au ministère de la guerre; b) la Charité: ouvert en 1785, également sous le règne de Frédéric II, avec 1,350 lits et de nombreux bâtiments adjacents pour les diverses cliniques \c) Sainte-Elisabeth ou Béthanie, institué en 1847 par Frédéric-Guillaume IV et administré par des diaconesses présidées à l'origine par la comtesse de Bantzau, depuis 1855 par la comtesse de Stolberg-Wernigerode ; il offre aux malades 350 lits et possède son église, son pasteur particulier ; d) Sainte-Hedwige (1854), l'hôpital catholique dont l<s lits, au nombre de 250, peuvent être cependant affectés à des malades d'une autre confession; é) Augusta (1866), bâti au milieu d'un magnifique parc sous les auspices de l'association des dames (Frctuenverein)\m\\ passe pour un établissement modèle; f) le grand hôpital municipal du Friederichshain, construit d'après le système moderne des pavillons (1870) : il contient 600 lits. L'hospice Saint-Nicolas est exclusivement destiné aux vieillards nécessiteux de la bourgeoisie. — IV. Instruction. Sous le rapport de l'instruction, il existerait à Berlin,

d'après le recensement général de 1871, 13,576 personnes au-dessus de 10 ans, soit 2,05 pour cent, qui ne sauraient ni lire ni écrire (4,108 hommes et 9,468 femmes, soit 1,23 et 2,89 pour cent). Ces chiffres sont exceptionnellement favorables, surtout si Ton tient compte de la forte proportion de résidents qui n'ont point été élevés' à Berlin. Dans quelques années, d'après la comparaison des âges, les résultats seraient plus satisfaisants encore. Sur 1,000 personnes, il s'en trouverait en effet 48 entre 10 et 15 ans, 158 entre 30 et 40, 446 entre 50 et 60, qui n'auraient reçu aucune instruction primaire. Les catholiques fourniraient un contingent de 2,65, les juifs de 1,74 pour cent. Si nous parcourons les divers degrés de l'enseignement, nous rencontrons au bas de l'échelle 35 salles pour la garde des petits enfants et 35 jardins organisés d'après le système Frœbel, les uns et les autres entretenus par la bienfaisance privée. L'instruction primaire proprement dite est donnée dans 82 écoles parfaitement installées, divisées en 1 ,067 classes fréquentées par 48,000 enfants ; 12,000 autres d'entre eux sont élevés soit aux frais de la commune dans 5 établissements alimentés par des legs particuliers, soit dans 15 écoles entretenues aux frais des paroisses, soit enfin dans 5 écoles juives, 2 écoles catholiques qui ne sont soumises à aucune inspection de la part de l'Etat. Dans le domaine de l'instruction secondaire Berlin compte : a) pour les garçons, 12 gymnases dont 4 royaux et 8 municipaux, 6 écoles réaies de premier ordre et 2 de second ordre, 11 écoles industrielles, 1 école de commerce, 1 école supérieure municipale (Bùrgerschule), 6 écoles supérieures paroissiales, 45 écoles préparatoires, 1 séminaire pour les instituteurs, 4 écoles complémentaires pour les adultes qui ont été contraints cle quitter prématurément l'école; b) pour les filles, 4 écoles supérieures dont 2 paroissiales et 2 municipales, 38 écoles paroissiales moyennes, 1 école normale pour les institutrices, 1 gymnase {Victoria- Lyceum) récemment créé sous les auspices de la princesse de Prusse et dans lequel enseignent quelques-uns des professeurs les plus estimés de Berlin. Il existe, en outre, 38 écoles moyennes communes aux élèves des deux sexes. Les catholiques possèdent en propre 1 progymnase, 4 gymnases, 1 école réale, 1 école supérieure- pour les jeunes filles. Les établissements que nous venons d'énumérer ainsi que toutes les institutions privées sont soumis à la surveillance de la députation scolaire de Brandebourg; le choix des maîtres appartient à la commission royale désignée par le ministère de l'instruction publique. La direction de l'enseignement secondaire incombe au magistrat (comité exécutif de la municipalité), celle de l'enseignement primaire à une députation scolaire de 53 membres répartie en 12 sections et composée de conseillers municipaux, de représentants de la bourgeoisie, du doyen catholique, des surintendants évangéliques. La municipalité de Berlin inscritannuellement à son budget pour l'instruction primaire et secondaire une somme de 4,677,300 francs dans laquelle ne sont comptés ni les frais d'entretien ni ceux d'érection pour les bâtiments anciens ou nouveaux. Dans la sphère de l'enseignement supérieur la première place est occupée par l'université, créée en 1810 (voy. l'article Universités allemandes), et qui a compté, pendant le

semestre d'hiver de 1876, 120 professeurs, 70 ptnvatdocenten^ 1,724 étudiants el 1,754 auditeurs bénévoles. Parmi les autres établissements publics d'instruction supérieure, nous mentionnerons :T Académie militaire, l'Ecole des ingénieurs, l'Ecole vétérinaire, le Séminaire statistique, le Se* minaire pédagogique pour les Ecoles supérieures; et parmi les institutions privées du même ordre: l'Ecole pour les missions, le Séminaire théologique fondé parla colonie française, le Séminaire pour les rabbins institue par les juifs orthodoxes, l'Ecole israélite des hautes études destinée aux juifs affranchis de l'autorité du Talmud, créée en 1872, L'Ecole de philologie moderne établie en 1872 par les soins de la Société pour l'étude des langues vivantes. — Parmi les bibliothèques de Berlin, la plus importante est la Bibliothèque royale, créée en 1(359 par le grand-électeur, qui a pris un développement toujours plus considérable grâce à la sollicitude éclairée des différents monarques et à l'obligation inscrite dans la loi d'envoyer à la direction un exemplaire de chaque volume publié en Prusse. Parmi les grandes bibliothèques de l'Europe, Berlin occupe aujourd'hui le quatrième rang: le nombre des volumes s'élève à 700,000, celui des manuscrits à 15,000. La direction supérieure, après avoir été longtemps confiée à l'historien Pertz, a été remise en 1873 à l'égyptologue Lepsius. L'université possède en outre une bibliothèque spéciale, exclusivement réservée à l'usage des professeurs et des étudiants, qui compte environ 100,000 volumes, 10,000 dissertations et programmes. Ses collections philologiques se sont sensiblement accrues depuis le legs de la bibliothèque Bceckh. Enfin nous regretterions d'omettre dans cette rapide esquisse les bibliothèques populaires qui se proposent de fournir à toutes les personnes désireuses d'instruction une nourriture riche, saine, variée, facilement accessible. Leur entretien et leur multiplication seraient impossibles si elles se trouvaient réduites aux contributions plus que modestes exigées de chaque membre ; il y est pourvu par des dons et des legs particuliers. L'As ociation scientifique donne chaque année, devant un public nombreux et choisi, une série de séances payantes auxquelles les écrivains les plus illustres, les professeurs les plus célèbres n'ont jamais refusé leur participation. Le succès en a été si grand que dans l'espace de dix-sept ans(18ii-1871) elle n'a pas créé moins de 75 bibliothèques de quartier i 60,000 volumes). Berlin est aujourd'hui la ville d'Allemagne où il se publie le plus de journaux et de revues périodiques. En 1876, le nombre s'en élevait à 353. Leipzig n'en possède que 300, Vienne 205. Sur cet ensemble la littérature théologique et édifiante est représentée par 21 organes. Les plus connus sont : la Gazette évangêdque, fondée en l<S27parllengstenberg, la Gazette protestante, journal des protestants libéraux, fondée en 1853 par Krause; le journal des ultramontain-, la Germania, dont la naissance coïncide avec celle du nouvel empire, s'occupe tout à la fois de politique et de ivii-ion et suit la même direction que V Univers. Sur le marché de la librairie allemande, Berlin occupe le second rang : en 1710 il v fut édité 33 ouvrages; en 1818, i35; en 1859, 1,299; en 1873, 1,946. Les branches les plus fortement représentées -ont L'art militaire, la politique, la jurisprudence.

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