BERLIN — BERNARD DE CLAIRVATJX
Parmi les collections artistiques une des plus intéressantes est le musée d'archéologie chrétienne créé par le professeur Piper et installé dans les salles de l'Université. Il a pour but de donner un aperçu historique et systématique de l'art chrétien depuis la période des catacombes jusqu'à nos jours, soit par des originaux bien choisis, soit par la reproduction des monuments les plus célèbres. La partie la plus riche est celle relative au moyen âge. Au musée est jointe une bibliothèque patristique d'après les meilleures éditions modernes. — Berlin occupe un rang distingué dans le monde artistique par l'excellence de ses concerts classiques, les sympathies qu'ils rencontrent dans la population. Les sociétés qui se sont le plus spécialement vouées à la culture de la musique classique et religieuse sont l'académie de chant (Singakademie, fondée en 1791), le chœur de la cathédrale (Domcltor), les sociétés de Stern et de Bach. La première, à laquelle son directeur Jelter (1800-1832) inculqua avec le goût pour la vieille musique la méthode la plus sévère, les traditions les plus rigoureuses, exécuta en 1828, à l'instigation de Félix Mendelssohn, la Passion selon saint Matthieu ensevelie depuis près d'un siècle dans l'oubli et la poussière. — Sources : Brockhaus, Couver sations-Lexicon, III, 12e édition, 1875; Meyer, Conversations-Lexicon, III, 1874; Huile, Statistique ecclésiastique de Berlin, 1876; Kapp, Guide de Berlin, 4 e édition, 1873; Journal pour V Economie politique et la Statistique de Berlin, publié par le bureau royal de statistique depuis 1867 ; Streckfuss, Berlin depuis trois cents ans, 1863-1865, et Berlin au XIXe siècle, 1869: Woltmann, L 'architecture à Berlin, 1872; Schasler, Les trésors artistiques de Berlin, 109 édition, 1874. K.Steœhlin.
BERNARD DE CLAIRVAUX (Saint) naquit en 1091 à Fontaine, près de Dijon. Son père suivait la carrière des armes; ce fut sa mère, Aleth, qui exerça une influence décisive sur sa vocation religieuse et qui le consacra au Seigneur dès sa naissance. Après une enfance absorbée par l'étude et par les pratiques d'une piété fervente, Bernard résolut de se vouer à la vie contemplative et gagna à ses idées tous les membres de sa famille, sauf un frère et une sœur qui le suivirent plus tard dans sa retraite. Il ne choisit pas l'ordre riche et fameux de Cluny, mais le rude et austère Giteaux (près de Chalon-sur-Saône), dont la discipline rigide n'avait encore attiré que peu de néophytes. Il se soumit aux fonctions les plus humbles et imposa à son corps délicat des privations qui devaient détruire sa santé. Sa réputation de sainteté déjà grande amena à Giteaux assez de novices pour nécessiter la fondation d'un nouveau monastère, dont il fut appelé à être l'abbé. Bernard lit choix d'une vallée sauvage du pays de Langres, Clara vallis, assuré de la protection du célèbre Guillaume de Ghampeaux, évêque de Châlons-sur-Marne. Il réussit, après des fatigues inouïes, nonseulement à fonder un monastère florissant, mais à civiliser les contrées voisines, à nourrir les paysans pendant une famine, à lutter contre le découragement de son frère Gérard qui se lamentait de voir les greniers vides, à obtenir enfin par l'exemple et la prière des bénédictions inattendues. Tant de fatigues, jointes à un ascétisme outré, contraignirent l'évêque de Ghàlons à intervenir et à lui interdire tout
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travail pendant une année. I>e délai écoulé, Bernard se remit à l'œuvre avec un zèle qui, comme dit Néander, réunissait l'esprit de Marthe à celui de Marie. C'était le modèle <ln moine et du directeur de conscience, et il avait la puissance de transformer les caractères les pins endurcis. In grand nombre de ses sermons traitent des devoirs et des dangers de la vie monastique. Il met ses moines en garde contre la tentation de raconter avec complaisance leur vie passée, contre le vide de Pâme que la prière seule peut remplir, contre l'orgueil sans charité qui se plaît à censurer ses frères. Il y avoue avoir poussé trop loin L'ascétisme, qui empêche de remplir ses devoirs. Sa correspondance est immense : ces cent soixante couvents qu'il laissa à sa mort dispersés dans tonte l'Europe jusqu'en Suède, il les dirige de loin, les reprend, les encourage; il écrit dix lignes à un roi et il consacre dix pages à un simple moine. Consulté par tous les hommes éminents de son temps, il dut souvent sortir de sa retraite. Il serait impossible de le suivre dans le détail de ses occupations multiples. Nous le voyons combattre les guerres privées, chercher avec le comte Thibaut de Champagne à abolir les prétendus jugements de Dieu, s'élever contre les piètres et les chanoines indignes. Il écrit plusieurs lettres au célèbre Suger, abbé de Saint-Denis, pour rengager à réformer les abus qui se sont glissés dans son monastère, dont les riches abbés dérobent aux pauvres l'or qu'ils consacrent à leur luxe. Il va jusqu'à forcer par la menace de l'interdit Louis VI de rendre ses biens à l'archevêque de Sens, et répond au pape qu'il l'engage à rester moine, que la cour papale s'est souvent mêlée des affaires mondaines, mais au grand péril des âmes. En 1129, au concile de Chàlons,il provoque la démission de l'indigne Henri, évêque de Verdun, et s'attire la colère des cardinaux dont il combat l'orgueil. A la mort d'Honorius II, un nouveau schisme désola l'Eglise et deux papes rivaux, Anaclet II et Innocent II, se disputèrent la tiare (1130). Innocent II, menacé par le parti puissant de son rival, se réfugia en France. Au concile d'Etampes, malgré l'illégalité de son choix, Bernard se prononça pour lui comme le plus digne et lui assura par des démarches nombreuses l'appui d'Henri II d'Angleterre et du duc de Saxe Lothaire, rival de Conrad pour la couronne impériale (Liège, 1131), qu'il détourna de réveiller la question des investitures. Il accompagna le pape au concile de Reims de 1131, qui condamna Anaclet et travailla dans son esprit à la réforme du costume et des mœurs du clergé et des barons féodaux, et lui fit les honneurs de son monastère de Citeaux, dont l'austère pauvreté frappa d'étonnement les riches prélats romains. Deux fois appelé un peu plus tard en Italie par le pape, auquel le parti de son rival faisait courir les plus grands dangers, et après avoir, dans l'intervalle de ces deux séjours, fait un voyage en Allemagne pour y ramener la paix et réformer L'Eglise, Bernard assista en 1134 au concile de Pise et lutta avec succès contre le clergé de Milan et son archevêque Anselme, fier de l'héritage d'Ambroise, défenseur de l'indépendance; des évêques vis-à-vis de la cour de Home, dont il refusait le pallium, auquel était attaché le vasselage. Il le lit déposer et se déroba par la fuite aux