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instances d'un peuple enthousiaste, électrisé par son éloquence et ses miracles et qui le voulait pour son pasteur. Tel était alors le prestige de sa parole qu'elle peuplait les monastères; les femmes cachaient leurs maris et les mères leurs fils pour les soustraire au prestige irrésistible du grand abbé. A peine rentré en France en 1135, il reprit le cours de ses voyages, se rendit à la cour du duc Guillaume d'Aquitaine pour le détacher de la cause d'Anaclet et ne craignit pas de le menacer en face de l'excommunication s'il ne rendait pas leurs charges aux prêtres partisans d'Innocent. 11 réussit également à décider l'empereur Lothaire à ramener le pape à Rome. Rappelé une troisième fois par Innocent, il ne parvint pas à détacher du parti d'Anaclet le roi normand Roger de Sicile, mais amena repentant aux pieds du pape le principal défenseur de son rival, le cardinal Pierre de Pise, qu'il convainquit dans une discussion publique, que l'on croit avoir été réglée d'avance. Le schisme prit fin en 1138 par la mort d'Anaclet, car l'élection de Victor III n'eut ni conséquence ni durée. De nouvelles divisions ne tardèrent pas à attirer encore l'attention de Bernard vers les affaires de l'Eglise de France. En 1142 deux rivaux se disputaient l'archevêché de Bourges. Louis VII se prononça contre le candidat du pape qui se réfugia auprès de Thibaut de Champagne. Il en résulta une guerre dans laquelle le comte des moines fut vaincu ; une des conditions du pardon royal et de la paix fut la levée par le pape de l'excommunication lancée contre un certain comte Radulph, qui avait répudié sa femme pour épouser une parente du roi. Rernard obtint du pape une concession, d'ailleurs fictive, puisque l'excommunication fut de nouveau prononcée contre le comte qui avait refusé de reprendre sa première femme. En 1140, Bernard, qui nJavait point pris part à la première condamnation prononcée contre Abélard au concile de Soissons (1121) et qui n'avait eu avec lui qu'une polémique passagère à propos d'un reproche qu'il avait adressé à Héloïse pour avoir substitué, sur son conseil, dans l'oraison dominicale le mot substantialem au mot quotidianum (Hist. Ut., XII, 113), se rendit, sur les instances du pape, au concile de Sens. Les pères du concile, que Bérenger accuse d'incapacité, condamnèrent Abélard sans l'entendre, sur la dénonciation implacable de son illustre rival. En 1146 l'abbé de Clairvaux, qui depuis longtemps brûlait du désir d'arracher le saintsépulcre aux infidèles, prêcha à Vézelay la croisade avec une telle puissance qu'une armée nombreuse se mit bientôt en marche pour l'Orient. En 1147 il se rendit en Allemagne, où le même enthousiasme accueillit ses prédications, dont les gestes et la conviction entraînaient les foules, qui ne comprenaient pas son langage. Un certain Radulph avait fanatisé les paysans des bords du Rhin et les entraînait déjà au massacre des Juifs. Bernard réussit à réduire ce fanatique au silence et à sauver des innocents, mais il eut de la peine à entraîner à la croisade l'empereur Conrad. Pendant ce voyage il eut une entrevue avec la célèbre voyante Hildegarde, qui prophétisait des temps meilleurs et s'élevait contre la corruption de l'Eglise. Il l'appelle sa fille en Christ et reconnaît le caractère inspiré de ses visions, qui
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retracent la lutte de l'Eglise idéale avec les obstacles que lui opposent les péchés du monde et de ses propres enfants (Bœhringer, Die K. £'., II, l, 547 ss.)i Les dernières années de Bernard furent attristées par les. reproches que lui attira l'insuccès de sa croisade et par les angoisses intérieures qui en turent le fruit, par les menées de quelques-unsde ses propres moines et par la mort de tous ses amis, de Suger, de Thibaut, du pape Eugène, son disciple favori, qui le précéda dans la tombe le S juillet 1153. Comme Luther, Bernard termina sa carrière si remplie par une œuvre de conciliation et travailla à rétablir la paix • ntre les barons et le clergé de Metz, comme il l'avait t'ait en 1138 entre l'archevêque Reinaud et les habitants de Reims. Le grand athlète de la foi mourut en pleine possession de son intelligence, au milieu des plus cruelles souffrances, le 20 août 1153, dans sa soixantetroisième année, après quarante ans de vie monastique, dont trentehuit comme abbé. 11 fut canonisé dès l'année 1173 par Alexandre III. — Nous n'avons pas à exposer la conception théologique de Bernard dans son ensemble, car il n'était ni un docteur ni un philosophe, et la vie pratique et contemplative absorbait tous ses instants. Ascète et moine dans l'àme, il se plonge avant tout dans la méditation. Il suivit tout un jour les bords du lac de Genève et demanda, le soir, où il se trouvait : il ne l'avait pas môme aperçu ! Nous pouvons le considérer comme un des représentants les plus distingués du mysticisme mitigé contre le rationalisme de l'école d'Abélard et de l'orthodoxie desséchante de la scolastique. Pour lui, la foi sous sa forme actuelle est une préparation à la contemplation éternelle de la vérité, comme l'ancienne alliance a été l'ombre de la nouvelle. La révélation naturelle lance des rayons de vérité dans toutes les âmes ; dès que le désir de Dieu s'empare de l'une d'elles, Dieu vient au-devant de sa créature. Dans ses traités : De contemtu mundi et De diligendo Deo , Bernard sait éviter l'écueil du panthéisme en établissant une distinction nécessaire entre Dieu et l'homme , le présent et l'éternité. Il admet trois degrés pour s'élever jusqu'à Dieu : la vie pratique, contemplative, extatique. On lui a reproché de méconnaître les droits de la science; il ne l'admet pas pour elle-même, il ne lui accorde aucune indépendance vis-à-vis de la vie religieuse et de la révélation, qu'il rattache étroitement au dogme ecclésiastique. Il affirme en l'homme une triple liberté : de la nécessité, qui a survécu au péché; du péché, obtenu par la grâce ; du malheur, dans la vie éternelle. Il attache une grande importance au dogme de la rédemption. Enfant de son siècle, il professe un culte fervent pour la Vierge et les saints, sans lesquels on ne saurait aborder le trône du Christ tout-puissant; mais il repousse avec énergie le dogme naissant de l'Immaculée Conception, qui compromet la situation unique du Verbe, et regrette la fête instituée à Lyon en son honneur. 11 place le bonheur éternel dans la contemplation parfaite de Dieu et dans la connaissance de la vérité des choses ; les élus atteindront alors le (le^n'- suprême de l'amour pur et désintéressé pour Dieu presque inaccessible ici-bas. Bernard eut à soutenir dans le cours de sa longue carrière de nombreuses controverses théologiques, dans les-