BACON — BADE
mais il la juge tout au plus capable de réfuter l'athéisme et non de nous l'aire connaître la volonté de Dieu et le culte légitime (De dign.} III, 2).' C'est la révélation qui nous fournit les vérités suprêmes, qui sont des mystères, et « quanto mysterium aliquod divinum fuerit magis absonum et incredibile, tanlo plus in credendo exhibe tur honoris Deo et fit Victoria fidei nobilior. » (De dign., IX, 1.) Le champ de cette théologie sacrée est très-étendu; c'est elle qui nous instruit au sujet de notre âme rationnelle (ibid. , IV, 3) , elle qui nous dit nos devoirs et fonde un système éthique (ibid., IX, 1). Le rôle de la philosophie en cette matière est celui d'une prudente domestique, d'une suivante lidèle et toujours prête à obéir au moindre signe (ibid., VII, 3). Bacon avait débuté (1597) par un ouvrage de morale, des Essais, une imitation de Montaigne, où l'on trouve nombre de pensées ingénieuses (par ex. : levés gustus in philosophia movent fortasse in athenmum, sed pleniores haustus ad religionem reducunt, XVI), mais qui ne veulent être que des réflexions détachée*. Divers écrits religieux de Bacon montrent qu'il était sincère dans son orthodoxie rigoureuse; un ouvrage posthume, Christian paradoxes (1645), qui énumère les contradictions du christianisme, ne peut s'expliquer que par une crise momentanée de ses croyances. Mais ce dualisme d'un domaine sacré et d'un domaine profane montre que Bacon ne s'est pas élevé vers les problèmes supérieurs de la méditation. Une pareille mutilation de la pensée, autorisée par l'exemple d'un si brillant esprit, devait exercer une influence fâcheuse sur les travaux des savants, en les encourageant à se désintéresser, plus ou moins respectueusement, des questions religieuses et morales. A ce titre, Bacon fut, . contre son gré, un des promoteurs de l'empirisme moderne qui ne veut connaître d'autres sciences que celles de la nature. — Ses œuvres complètes, précédées de sa vie par Mallet, ont paru à Londres, 1740; ses écrits philosophiques ont été publiés par M. Bouillet, 1834: en français, par M. Riaux, 1842. En 1799, l'abbé Eymery, dans son ouvrage le Christianisme de Bacon, opposait la foi de ce philosophe à l'incrédulité des savants du dix-huitième siècle. — Voy. Ch. de Rémusat, Bacon, sa vie, son temps, sa philosophie, 1857 ; Macaulay, Bacon, Revue d'Edimbourg, juil. 1837. A. Matter.
BADE (Co'loque de). Les promoteurs du colloque de Bade furent Jean Faber, vicaire génér, 1 de l'évêché de Constance, et le docteur Eck, le champion attitré de Rome. Dès le 13 août 1524, ce dernier, dans une lettre aux confédérés, s'offrit à convaincre Zwingle d'hérésie, dans une disputation publique. Ce n'est cependant que le 13 mars 1526 que le colloque fut convoqué à Bade, « dans le but, disait-on, d'empêcher Zwingle et consorts de répandre dans la confédération leurs doctrines dangereuses, de ramener de l'erreur et d'apaiser le commun peuple. » Zwingle, craignant pour sa sécurité, refusa de se rendre à ce colloque, dont, du reste, il ne se promettait pas de bons résultats. « Istud union caveo, écrit-il à Vadian, ne optima piebs helvetica horum nebulonum, Fabri videlicet et Ecciorum, strophis committatur, id autem oligarcharum perfidia. » Ce refus déjà fut considéré par les catholiques comme une victoire, et les amis mêmes du réformateur l'en blâmèrent. OEcolampade
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y vint de Baie et Berthold Haller de Berne. Le colloque lui solennellement ouvert le 21 mai. Ou discuta sur le. sacrement de L'autel, le sacrifice de la messe, le culte de la Vierge, des saints et des images, le purgatoire, le péché origine] et le baptême. La science et la douceur évangélique d'CEcolampade tirent une profonde impression: « Plût à Dieu. disait-on, <|uc ce grand homme pâle fût des nôtres. » Chaque parti désigna deux secrétaires; il fut défendu à tout autre de prendre des notes. Les catholiques s'attribuèrent la victoire; ils voulurent cependant empêcher la publication des actes, et, quand ceux-ci furent enfin publiés, ils n'en envoyèrent qu'un seul exemplaire à chaque commune, avec la défense de le communiquer à personne. Les conséquences du colloque furent très-graves; il consomma la scission religieuse de la Suisse. Avant Le colloque, les populations des Waldstettes (Lucerne, Uri, Schwitz, Unterwalden) étaient inquiètes, agitées; leur confiance dans la cause papale avait été fortement ébranlée. Ayant vu cette cause défendue avec tant d'éclat, et jugeant les partisans de Zwingle convaincus d'erreur, elles montrèrent dès ce moment une antipathie croissante contre les doctrines nouvelles et contre le réformateur de Zurich, et Ton dut renoncer à l'espoir de gagner à la réforme la Suisse tout entière. Dans les villes au contraire, la Réforme remporta définitivement. — Voy. Ranke, Deutsche Gesckichte im Zeitalter der Re formation, vol. 3; Morikofer, Leben Zwinglïs, vol. 2. Ch. Pfender.
BADE (Histoire religieuse). Le pays qui constitue aujourd'hui le grandduché de Bade était découpé, au temps de la Réforme, en une quantité de territoires indépendants ou relevant de juridictions diverses. L'autorité ecclésiastique se partageait entre les évoques de Spire, Wurtzbourg, Strasbourg, Constance et Bàle. Deux universités y étaient devenues des loyers de lumières: celle de Heidelberg, fondée en 1386, et qu'illustrèrent Mélanchthon, Bucer, Brenz, Billican, Schnepf, etc.; et celle de Fribourg (1456), d'où sortirent Capiton, Urbain Rhegius, Hédion et autres. Luther vint à Heidelberg en avril 1518 ; il y défendit la théologie augustinienne et biblique dans une disputation publique, et démontra dans une série de thèses que l'homme ne peut acquérir la justice par les œuvres de la loi et que, sans la doctrine de la croix, la connaissance de Dieu et de la loi ne peut lui être que nuisible. Les proirsde l'université prirent part à cette disputation, dont Luther rend ainsi compte à Spalatin (18 mai 1518) : « Quanquam enim peregrina Mis videbatur theolo gia, nihilominus tamen et argute et pulchre adversus eam bantur, excepto uno, qui erat quintus et junior doctor; qui rhum toti •:i audit orio, quando dicebat, si rustici hœc audirent, certe lapidibus ùruerent et mterficerent. » Et il ajoute : « Eximia spes mihi est, ut, ncul Ckristm ad gentes migramt rejectus a Judœis, ita et nunc quoque veraejui theologia, quam rejiciunt opiniosi Mi senes, ad juventulem se transférât. ■> Cette espérance fut justifiée; la réformation fit des progrès rapides sur la rive droite du Rhin, et gagna les savants, la noblesse el le peuple ; mais elle subit les fluctuations de la politique de l'empire, étant alternativement tolérée, favorisée ou comprimée. Après redit de •• le évêquea de Mayence, de Wurtzbourg et de Spire tirent une