‹ Encyclopédie des sciences religieuses (volume 5)Chapitre 71 sur 263 · BERNARD DE CLAIRVAUX · texte numérisé non relu

BERNARD DE CLAIRVAUX

quelles il brilla plus par le prestige de son influence et de son nom que par la puissance de sa dialectique. Tout en restant avec Pierre le Vénérable de Cluny, plus large et plus tolérant que lui, dans les termes d'une affection et d'une estime réciproques, il se vit obligé, par les attaques de l'un de ses moines, Pontius, de défendre son ordre, et reprocha aux moines de Cluny leur faste, leur luxe, leur orgueil (défauts dans lesquels ceux de Giteaux ne devaient pas tarder à tomber eux-mêmes), et leur opposa l'ascétisme du vrai moine et une conception , nous dirions presque protestante, d'un culte simple et sans pompe extérieure. A l'occasion du concile de Sens de 1140, Bernard reproche à Abélard de tomber dans le sabellianisme, en ne voyant que des noms dans, les trois personnes, d'enseigner que la raison est souveraine, que le diable n'a pas reçu la rançon de l'homme; de ne voir en Jésus que le docteur et non le rédempteur; de déposer le doute dans l'âme ; enfin de professer le pélagianisme. Nous avons vu qu*Abélard ne se défendit pas. Bernard déploya la même ardeur contre son illustre disciple, Arnaud de Brescia, dont l'austérité était une protestation contre le relâchement des mœurs du clergé, et dont la tentative d'établir à Rome la théocratie ébranlait les bases mêmes de la papauté. Tout en rendant justice à sa vie, il lança contre lui l'empereur Conrad et fut l'instrument indirect de son supplice. En 1148, au concile de Reims, il accusa Gilbert de la Porrée, évêque de Poitiers (qui distinguait entre la Divinité et Dieu, et enseignait que les trois personnes, une quant à l'essence, ne le sont pas quant à la substance), de tomber dans le trithéisme ou même dans la quaternité. Eugène approuva la confession de foi de Bernard ; mais les cardinaux , jaloux de son influence, obtinrent que la première proposition de Gilbert serait seule condamnée et que l'écrit de son rival ne ferait pas autorité. Gilbert put rentrer en paix dans son diocèse. Néander croit que ce fut à ce même concile que Bernard fit condamner à la prison perpétuelle Henri de Lausanne, dont la prédication morale, la vie exemplaire, les attaques contre le clergé, le baptême des enfants, la transsubstantiation, les images, la dîme, avaient réveillé dans les esprits les idées gnostiques venues de l'Orient et les enseignements de Taukkelm et de Pierre de Bruys. Hahn (Gesch. d. Ketzer im Mittel., Stuttg., 1845-47) a prouvé que cette condamnation fut prononcée l'année précédente à Toulouse, à la suite d'une tournée de prédications que fit Bernard dans le Midi à la demande du pape et de la lettre dénonciatrice qu'il adressa à Hildefonte, comte de Béziers. Du reste, Bernard avait défendu dans ses discours 65 et 66 sur le Cantique la doctrine de l'Eglise contre des hérétiques des bords du Rhin. Cette énergie avec laquelle il cherchait à défendre l'Eglise contre les ennemis du dehors, Bernard sut aussi la déployer à l'égard des abus et des fautes de l'Eglise elle-même. Son traité De Consideratione, adressé au pape Eugène et que l'on peut regarder comme son testament spirituel , renferme ses censures, ses projets de réforme et ses vœux. Il relève sans merci les abus scandaleux des procès, de l'esprit de domination qui a fait perdre au pape l'empire des âmes, des exemptions, des appels, de l'absolutisme qui a sup-

BERNARD DE MENTHON 2â5

primé le pouvoir épiscopal et la liberté des conciles. 11 demande avait tout la séparation des pouvoirs temporel e1 spirituel, le renouvellement de la vie religieuse au sein de la curie et la suppression des abus à tous les degrés. Aussi voyons-nous les réformateurs le considère] comme un de leurs précurseurs el lui accorder les plus grands éloges Calvin, fast. chr., liv. IV, c. 11, § 10). — Comme écrivain, Bernard a composé des traités ascétiques d'édification et de polémique: De coutemtu Dei; De Consideratione ; De diligendo Deo; Adversus Abœlardum , 'fSd lcttns de lui nous ont été conservées et sont un monument de son zèle, de sa piété, de sa tendresse d'âme, de sa connaissance profonde du cœur humain. Nous possédons de lui 340 sermons, dont 13 sur la Vierge et les saints, des panégyriques, dont le plus connu est celui sur Malachias, évêque d'Irlande, mort à Citeaux pendant un de ses voyages. Ses sermons les plus célèbres, au nombre de 86, sont ceux que Bernard a consacrés à l'explication du Cantique. Le style est barbare; mais Bernard a une profonde connaissance de l'Ecriture, qu'il se plait a citer. Il a recours le plus souvent à l'homélie; beaucoup de ses discours sont de vrais traités de morale; l'allégorie est sa méthode favorite. On ne saurait refuser l'éloquence à un homme qui exerçait une telle influence sur ses moines, développait en eux les dons oratoires, électrisait, même en Allemagne, les foules et entraînait tout ui» monde à la conquête du tombeau de Jésus-Christ. Se fondant sur l'austérité de sa règle, les critiques ont nié l'authenticité de plusieurs poésies qui lui furent attribuées par ses contemporains : des Salve ou salutations à diverses parties du corps de Jésus-Christ; la prose de la Nativité; le Jubilas rhythmicus de. Nomme Dei. Nous avons cependant le témoignage formel de son adversaire Bérenger, et nous aimons à lui attribuer plusieurs poésies demeurées célèbres . entre autres le Salve caput cruentatum, traduit par Paul Gerhard en 1659, etqui ligure dans nos recueils évangéliques sous le titre de Chef couvert de blessures, et le Jesu dulcis memoria, traduit par Moller en 1 584 : 0 Jesu sûss, wei Dein gedenkt. En un mot, Bernard est un véritable Père de l'Eglise, un

grands docteurs de la foi dans ce douzième siècle si fécond, qui vit renaître en Europe la vie intellectuelle et religieuse. — Œuvres : la première édition imprimée est de 1475, Mayenee, chez Pierre Schœfler ; la meilleure est celle de Mabillon, Paris, 1667-90, 6 vol. in-folio. La première traduction est celle des Degrés de V humilité, par Pierre Vives. 1510. Ses plus anciens biographes sont : Guillaume, abbé de Saint- Thierry, près Reims; Arnaud, abbé de Bonneval, et Geoffroy; parmi

aodérnes, Néander, Der h. B. u. s. Zeit, 3e 'édit., Gotha, 1854-58: Niedner, Zeit. f. hist. Th., 1862; Ellendorf; Der heil. //.. 1837; Bœhringer, Die A. Ç. in /A, I. i36-719; Hatisbonne. Hist. de suint Ber-

'. Paris, 1843, 2 vol.;J. Morison, The Life und times of S. IL, Lon-

don, 1864 : Bût. litt. de /«>■., IX, XI, XII, XIII, 129 ss. a. Paumieb.

BERNARD DE MENTHON (Saint) [923-1008], originaire d'une famille

noble de Menthon, près d'Annecy, se distingua par su piété précoce,

mdance vers l'ascétisme et son inépuisable charité. Il lit ses études a Aoste, où, après avoir résisté à sa famille el aux perspectives sédui-

Page 1