BERNARDIN
BERNARDIN DE SIENNE (Saint) est l'un des plus grands représentants de la prédication franciscaine, prédication morale comme celle des dominicains était religieuse. Fils d'un noble siennois, Tollo Albizzeschi, il naquit à Massa. A l'âge de vingt-deux ans, en 1402, il entra aux frères mineurs de Sienne, précédé de la réputation qu'il s'était faite en soignant les pestiférés, et bientôt il se lit recevoir dans la stricte observance. Bernardin prêcha contre les mœurs du temps dans toutes les villes de l'Italie, réunissant parfois devant sa chaire 30,000 auditeurs, et sa parole produisit de tels effets qu'après l'avoir entendu, les hommes jetaient au feu leurs dés et leurs jeux de cartes, et les femmes leurs parures et leurs faux cheveux. Plusieurs fois Bernardin refusa la dignité d'évêque. Nommé en 1438 vicaire général de l'observance, il s'adjoignit bientôt comme visiteur Jean de Capistrano, son élève, dont l'éloquence devait égaler la sienne. Saint Bernardin mourut en 1444, à Aquila, dans les Abruzzes, et dès 1450 il fut canonisé. Sa vie a été écrite par Gapistran et par plusieurs auteurs contemporains. On trouvera clans ses Œuvres, dans les éditions de Paris, 1639, et de Venise, 1745, l'une et l'autre en 4 vol. in-folio, ses sermons traduits en latin, mais le P. Haraglia, dans son Supplément urti ad Script. Ord. Minor. (Rome, 1806, in-folio), énumère les nombreux manuscrits italiens de ses sermons et ses ouvrages moins connus. — Voy. Wadding, Annales Min., année 1380; A A. SS., 20 mai, Y; Berthaumier, Hist. de saint Bernardin, Paris, 1862, in-12.
BERNARDIN DE SAINT-PIERRE (Jacques-Henri), né au Havre le 19 janvier 1737, mort à Eragn y-sur-Oise le 21 janvier 1814, a été, parmi les écrivains, vers latin du dix-huitième siècle, l'un de ceux qui ont le plus contribué à faire aimer la religion, à la défendre contre les nombreux adversaires qu'elle avait dans ce temps-là, et à retarder les progrès de l'incrédulité. Sorti jeune, en 1758, de l'Ecole des ponts et chaussées, il n'entre cependant que fort tard, à quarante-sept ans, dans la carrière des lettres, après avoir fait plusieurs campagnes comme officier ingénieur, et cherché fortune vainement au milieu des plus romanesques aventures, tour à tour en Hollande, en Russie, en Pologne, en Prusse, en Autriche et enfin à l'île de France. N'ayant trouvé ses semblables heureux en aucun lieu du monde et n'ayant pas réussi à fonder ce qu'il rêvait, une ville, un petit Etat, quelque nouvelle Salente qui l'eût choisi pour législateur et pour père, il est alors dégoûté du commerce et de la vue des hommes. Les plus admirés de ses ouvrages, Paul et Virginie, la Chaumière Indienne, ont été écrits sous cette impression, qui lui resta ; il prenait plaisir à opposer les lois naturelles aux lois sociales qui les contrarient, et la paix, sous la discipline de la nature, de quelque petite société réunie par des besoins, des malheurs communs, au désordre et aux divisions des autres sociétés, dans le monde qu'on appelle civilisé. On vantait partout les philosophes et les rédacteurs de Y Encyclopédie ; mais conduit au milieu d'eux par d'Alembert, dans la société de mademoiselle de Lespinasse, Bernardin de Saint-Pierre, qui a trouvé Dieu partout, au lieu de s'unir à ceux qui professent l'athéisme, sent qu'il est appelé à les combattre.