BERNARDIN
C'est dans ce but qu'il public en ITS'i Les Etudes de la Mature el plus tard les Harmonies. Voyant que L'usage exclusif de la raison a cond lit Les philosophes du dix-huitième siècle à l'athéisme, L'auteur des Etudes s'attache au contraire à établir la faiblesse de la raison, et c'est au sentiment qifil demande les preuves de la divinité et de L'immortalité de l'âme. Sa méthode invariable est indiquée dans cette courte phrase de la dixième étude : « Rien n'est si lumineux dans l'observation de la nature que de référer tout ce qui existe à la bonté de Dieu et aux besoins de L'homme. » Et, en effet, aux yeux de cet amant naïf de la nature, tout est parfait en elle. Chaque désordre apparent du globe, du règne animal, végétal, n'est, quand il est expliqué, compris, qu1 perfection, une beauté de plus. Toute objection contre la Providence se transforme sous sa plume en une preuve nouvelle de la bonté de Dieu envers les hommes. Il n'y a partout que convenance, ordre, progression, harmonie, entre les plantes, les animaux, toute la terre et l'homme. Le mal même est heureusement expliqué, car les souffrances du genre humain naissent du vice des institutions et non de la nature. Bernardin de Saint-Pierre se montre en tout disciple des deux écrivains qu'il estimait le plus, de Fénelonet de Jean-Jacques Rousseau. L'erreur dans ce système, ou si Ton veut l'illusion qui en a quelquefois égaré l'auteur, c'est Y optimisme providentiel. A chaque instant la science, l'observation attentive et rigoureuse est sacrifiée au sentiment religieux, et le même défaut, une espèce de compromis entre le spiritualisme chrétien et l'observation irrécusable, se montre dans tous ses ouvrages. Tout ce qui parut nouveau et original dans les Eludes en 1794, se trouva faux ou insuffisamment prouvé plus tard, quand Laplace et Lavoisier eurent étudié les mêmes choses en savants. Mais le livre eut un succès mérité, au point de vue philosophique, parce que le sentiment profond de la divinité qu'on y trouvait, cette éloquence entraînante chaque fois que l'auteur parle de la religion, cette fraîcheur dans les sentiments et dans les tableaux contrastaient heureusement avoc la sécheresse des rédacteurs de 1" Encyclopédie ; et au point de vue littéraire, parce qu'après Jean-Jacques Rousseau qui avait peint la nature \lpes. retrouvé Dieu et la nature oubliés par les philosophes* et 3 Billion qui avaitfaitdu même spectacle des tableaux plus calmes, plus froids, mais participant à un haut degré de la majesté du sujet, Bernardin de Saint-Pierre sut être encore original en s'attachant à peindre et à décrire la nature des tropiques. Il vivait de cet amour, de cette foi en la Providence; aussi lui fut-il permis, quand il devint membre de L'Académie, de soutenir sans faiblesse des discussions avec ses collègues incrédules, quelquefois même d'aigres disputes, contre Volney, Cabanis, Suard et Morellet, et au milieu même des orages de la Révolution, de s'endormir du dernier sommeil en jetant un dernier regard sur les harmonies de la nature. — Voyez: Œuvres complet*** de Bernarle Saint-Pierre, avec une Introduction par Aimé Martin, 12 vol. in-8°, Paris, 1S18; Lemontey, Mélanges littéraires; Patin, Eloge de Bernardin de Saint-Pierre^ Paris, 1816, 1 vol. in-8°. J. akboux. BERNARDINS, religieux fondés par saint Robert, abbé de (liteaux,