‹ Encyclopédie des sciences religieuses (volume 5)Chapitre 88 sur 263 · II · texte numérisé non relu

II

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après sa mort, douze volumes de Sermons, qui n'ont rien de bien extraordinaire au point de vue de la profondeur des idées.

BÈZE (Théodore de), l'ami, le collègue, le successeur et le plus illustre des disciples de Calvin, né à Vézelay en Bourgogne, le 24 juin 1519. et mort à Genève, le 13 octobre 1605. — I. L'homme d'action, si puissant sur son siècle, si redoutable pour ses adversaires qu'il fut honoré de leurs plus grossières injures, eut en Théodore de Bèze une préparation merveilleuse. Sa famille d'abord ; elle était noble, généreuse, haut placée dans l'estime de tous par l'éclat des vertus et des services rendus. Son père, Pierre de Bèze, était bailli de Vézelay; sa mère, Marie Bourdelot, femme supérieure, intelligente, était l'objet, dans la contrée de l'universelle affection ; son protecteur, son oncle Nicolas de Bèze, était membre du parlement de Paris, et se chargea de son éducation. Son enfance fut délicate,, traversée par des maladies et des accidents cruels; à cinq ans, il était à peine hors du berceau. Mais ce furent là ses seules entraves. Les embarras matériels furent écartés de son chemin, ce qui n'arrive pas pour tous les réformateurs. Il eut de très-gros revenus, d'abord de la part de son oncle, le conseiller, puis du fait d'un autre oncle, abbé de Froidmont, qui l'avait pris en amitié et lui légua son abbaye avec quinze mille livres de rentes; enfin deux autres bons bénéfices dont on l'avait pourvu; ajoutez qu'à la mort de son frère aine sa fortune devint bien plus considérable encore. Nous trouvons ces détails intimes dans l'autobiographie de Bèze; c'est une lettre toute de cœur et de vérité,, adressée à son maître Wolmar et qui précède sa Confessio christianar placée en tête de ses traités théologiques. Les deux sources principales pour la vie de Bèze, sont l'Epitre à Wolmar et sa Biographie écrite par son ami, le pasteur Antoine de La Faye, De vita et obitu clarisshni viri Theodori Bezx Vezeliï, Gen., 1606. En même temps que sa famille, la nature avait été généreuse pour lui et l'avait orné des plus beaux dons. Voici son portrait, tracé par un de ses plus cruels ennemis, le P. Maimbourg : « II était bien fait, de belle taille, ayant le visage agréable, l'air fin et délicat, et toutes les manières d'un homme du monde, qui le faisaient estimer des grands et surtout des dames, auxquelles il prenait grand soin «de ne pas déplaire. Pour l'esprit, on ne peut nier qu'il ne l'eût très-beau, vif, aisé, subtil, enjoué et poli, ayant pris peine de le cultiver par l'étude des belles-lettres et particulièrement de la poésie, où il excellait en français et en latin, sachant avec cela un peu de philosophie et de droit qu'il avait appris aux écoles d'Orléans. » Son éducation, aussi bien que ses dons naturels et sa famille, contribua grandement à préparer Bèze au rôle éminent qu'il devait remplir. Cette éducation fut en quelque sorte universelle. Son maître fut le célèbre Melcliior Wolmar, dont la science profonde, et clans tous les domaines, était appréciée de tous les grands esprits de l'époque. Wolmar avait étudié à Paris sous Lefèvre d'Etaples, avait appris le droit à Orléans et professé les belles-lettres dans cette ville. La reine de Navarre l'appela à Bourges pour y enseigner les langues anciennes, et il quitta la France, sous l'imminence des

persécutions violantes, en 1535, pour retourner en Allemagne, sa pairie. Ce grand humaniste était, comme tous les esprits éclairés, ouvert aux idées de réforme et il avait nue adresse merveilleuse pour instruire La Jeunesse. Th.de Bèze entra dans sa maison en 1528, et pendant sept ans il y fut traité comme un lils. Le maître et rélève se prirent l'on pour l'autre d'une profonde et tendre affection, «te serais le plus ingrat des hommes, dit-il dans sa fameuse épitre, si je ne t'appelais pas nu tu père. » Ces bases de la haute culture posées, Bèze alla étudier le droit à Orléans, et prit ses licences en 1539. Humaniste avant tout, il préférait la lecture des poètes anciens à l'étude, alors fort indigeste, mal présentée, de la jurisprudence; il excellait lui-même dans l'art de faire des vers en latin et en français, sa réputation était déjà considérable, il vivait à Orléans et à Paris au milieu drs hommes les plus célèbres. Wolmar fut non pas seulement son père intellectuel, mais son père spirituel. « Le plus grand service que tu m'aies rendu est celui-ci : c'est que tu m'as abreuvé de la connaissance de la piété à la pure parole de Dieu comme à une source pure, verse pietatis cognitione, ex Dei verbo, tanquam limpidissima fonte petita lu me ùta imbuistî. » Ces impressions premières ne s'effaceront jamais. La piété est entrée dans ce cœur ardent. Sans doute, Bèze est jeté et emporté au milieu du tourbillon du monde, toutes les séductions et tous les entraînements le sollicitent, il n'a souvent pas la force de résister., il écrit les Juvenilia, qui ont été le prétexte de tant de sottes déclamations^ mais au fond de toute cette exubérance d'imagination et de ce désordre de sentiments, vit caché le germe de piété que ne peut étouffer une existence mondaine. Ce qu'on appelle la grande tante de sa jeunesse est, en définitive, un acte qui le relève par certains côtés. «Pour n'être pas dominé par les mauvaises passions, je me fiançai à une femme (Claudine Denosse, 1544), secrètement, il est vrai, en présence de deux amis; soit parce que je ne voulais pas donner de scandale aux autres, soit parce que je ne pouvais me passer de cet argent infernal, que je tenais des bénéfices ecclésiastiques. Je fis à cette femme la promesse formelle qu'après tous ces obstacles, je I "épouserai solennellement dans l'Eglise de Dieu, dans l'avenir le plus rapproché, et que je n'entrerai jamais dans les ordres papistes. J'ai tenu iidèlement ces deux promesses. » Mais Bèze avait bien encore d'autres tentations à vaincre; safamille entière le suppliait de renoncer à la loi évangélique; on ne l'avait comblé de tant de bénéfices ecclésiastiques que pour l'enchaîner par ces richesses et ces redoutables bienfaits. La gloire rappelait aussi, le sollicitait. Il fallait une conviction et on courage plus qu'ordinaires pour renoncer à de si douces et de si brillantes perspectives. « Mais mon Dieu miséricordieux me vint enaide,si bien que mes amis non-seulement étaient dans l'étonnement, mais La plupart me blàmaienl et m'appelaient ironiquement le nouveau philosophe, o Le combat fut terrible, la crise pleine d'angoisses: «J'étais embourbé, dit-il, comme un char dan s la vase. » C'est alors que, par une de ces manifestations redoutai, les, telles quenousen voyons dans la vie des grands serviteurs de Dieu, et dans lesquelles la conscience reconnaît un appel souverain, Bèze fut violemment arraché de son milieu de

perdition. La lutte prit fin. Dieu remporta. « Voici, Dieu me chercha alors par une cruelle maladie qui me terrassa. Après des tourments infinis du corps et de l'âme, le Seigneur eut pitié de son serviteur indigne, et il m'envoya la consolation, de sorte que je ne doutai plus de sa grâce miséricordieuse. En versant des torrents de larmes je me détestai moi-même. Aussitôt que je pus quitter ma couche, je brisai tous les liens qui m'avaient enchaîné jusque là, j'empaquetai mon petit avoir, et j'abandonnai patrie, parents, amis ensemble, pour suivre Christ et je me dirigeai avec mon épouse dans un exil volontaire. » Cet héroïsme de la foi, si simplement exposé en ces loyales paroles, a forcé au respect des critiques qui, comme Bayle, ne sont pas toujours tendres pour le réformateur. « La force qu'il eut enfin de rompre cette ligature en est d'autant plus admirable, dit-il. » — Th. de Bèze arriva le 24 octobre 1548 à Genève, la cité hospitalière, le refuge béni, où vinrent s'abriter nos réformateurs et nos pères pendant les longs jours de persécution. Bèze entra aussitôt en relation avec Calvin. Le grand réformateur, de son profond regard, lut dans le cœur et dans la conscience du nouveau réfugié, et il pressentit dès ce moment les services immenses que Bèze pourrait rendre à la cause sainte. Un attrait secret le porta vers ce brillant jeune homme, qui avait quitté pour la vie austère un monde qui n'avait pour lui que des sourires et une Eglise qui n'avait pour lui que des faveurs. Une affection bien touchante et bien fidèle unit Calvin et Th. de Bèze. Th. de Bèze tint religieusement la promesse qu'il avait faite au sujet de son mariage. Son premier acte public d'adhésion à l'Eglise réformée fut précisément la consécration de son union solennelle. Pour pourvoir aux besoins de son existence, il était disposé, sur les conseils de Calvin, à établir une imprimerie et une librairie avec Crespin ; mais avant de prendre une résolution définitive, il voulut revoir et consulter son maitre Wolmar, son père d'adoption. Il fit donc le voyage de Tubingue, et Melchior Wolmar fut bien heureux de cette visite de l'élève chéri (lettre de Wolmar à Calvin, 25 septembre 1549, Calvini opéra, de Reuss et Cunitz, t. XIII, p. 413). Au retour de Tubingue à Genève, en passant par Lausanne, Bèze lit la connaissance de Yiret et il fut nommé professeur de langue grecque à la nouvelle académie fondée dans cette ville. Il fut heureux de cet appel, mais il ne l'accepta qu'après avoir demandé à ses savants et pieux collègues, Merlin, François Hotman, François Bérauld, Mathurin Cordier, si la publication de ses vers de jeunesse, les Juvenilia, n'était pas un empêchement à son installation. Pendant dix ans environ il se consacra à sa tâche de professeur et contribua grandement au lustre de l'académie de Lausanne. En même temps, après ses leçons officielles, il rassemblait autour de lui ses compatriotes réfugiés, et, pour leur instruction et leur consolation, il leur expliquait le Nouveau Testament, et notamment répitre aux Romains et les épitres de saint Pierre. C'est dans cette période aussi que commencent pour le réformateur ces missions si importantes et si belles, qu'il accomplit avec tant de distinction, et auxquelles semblaient l'avoir prédestiné sa naissance, sa connaissance du monde, ses grandes manières, son élo-

quence persuasive, et surtout sou amour ardent pour l'Evangile et pour l'Eglise persécutée. La première de ces missions fut, eu faveur des vaudois persécutés, auprès des cantons .évangéliques et des princes protestants de l'Allemagne. Bèze s'y montra peut-être, avec les intentions les meilleures de conciliation, trop habile négociateur. Pour s'attirer la faveur des princes luthériens, il présenta une confession de foi réformée en termes très-adoucis sur la sainte Cène et qui plut aux théologiens de la confession d'Augsbourg. Elle souleva au contraire dans le camp réformé une terrible tempête. Bèze fut sévèrement blâmé. 11 tomba malade de cette malheureuse affaire. Aussitôt après, la persécution sévit à Paris même d'une manière plus particulièrement violente. Dans une maison delà rue Saint-Jacques, les lidèles, secrètement assemblés pour célébrer leur culte, ont été arrêtés, jetés en prison, mis à mort, au nombre d'environ 130. L'émotion est grande en Suisse et en Allemagne. Calvin presse ses amis d'aller en mission auprès des cantons suisses et des princes allemands pour que ces derniers interviennent auprès de Henri II. Th. de Bèze se met en route avec Jean de Budé, Farel et Gaspard Carmel. Pendant le temps nécessaire à cette mission, plusieurs malheureux prisonniers de l'affaire de la rue Saint-Jacques meurent sur le bûcher. L'intervention des cantons et des princes, arrivée tardivement, eut cependant encore quelques résultats (voy. la lettre des cantons évangéliques au roi de France dans les Archives de Bàle, Bulletin de la Soc. du Protett. français, t. XVII, p. 163). La réponse de Henri II est hautaine [ibi'd., p. 166). Pendant ces voyages de mission, Bèze eut la satisfaction de se réconcilier avec Bullinger et la joie de faire la connaissance de Mélanchthon ; ces deux grands esprits se comprirent et s'aimèrent du premier coup. Au retour de ces voyages, Bèze quitta Lausanne. Calvin l'attira à Genève, et d'ailleurs la position n'était plus bonne à Lausanne, à cause des différends survenus entre le sénat de Berne et Pierre Viret au sujet de la discipline ecclésiastique. Bèze prit le parti de Viret, il se rangea du côté du calvinisme pur, et se trouva en désaccord avec le gouvernement. Bien des ecclésiastiques et des plus importants donnèrent en ce moment leur démission de pasteur et de professeur. Bèze quitta donc Lausanne pour Genève, emportant si bien l'estime et l'admiration publiques que toutes les fois qu'il y retournait, le conseil de la ville, pour lui faire honneur, se rendait au-devant de lui : témoignage éclatant du respect et de la reconnaissance de lu ville entière pour le réformateur. — Th. de Bèze devint alors pasteur et professeur à Genève. Il illustra l'académie naissante dont il fut le premier recteur. Le 3 juin 1559, à la cathédrale de Saint Pierre, il inaugura par un discours académique la nouvelle école de théologie, qui devait jeter un si vif éclat et qui donna aux Eglises «!«' France l<-urs pasteurs et leurs martyrs. En dehors des nombreux professeurs attachés an gymnase nouvellement fondé aussi, il y avait cinq professeurs à l'académie : Antoine Chevalier pour L'hébreu, François Bérauld pour le grec, Jean Tagaul pour les belles-lettres et la philos,, piiie: Calvin et Bèze se partageaient la théologie. A partir de

1560, Th. de Bèze est vraiment l'âme du parti réformé en France. C'est à lui que sont coniiées les missions difficiles et délicates, et nul ne pouvait s'en acquitter avec plus d'honneur. « Bèze parlait bien, dit Bayle, il savait le monde, il avait l'esprit présent et beaucoup d'érudition. » La situation était des plus graves pour le parti réformé. Les Guise s'étaient emparés du pouvoir, et il était de haute importance de rattacher solidement le roi de Navarre au parti protestant. C'est dans ce but que Bèze fut appelé, cumque eo de rébus gravissimis communicaret, sed potissimum ut illius anima , si Deus aspirare dignaretur, verœ religionis guslum aliquem instillaret (Ant. de La Faye). Ces conférences n'eurent peut-être pas le résultat immédiat et direct qui en était attendu, mais elles produisirent une impression considérable et mirent en relief les qualités éminentes du réformateur. Quelques mois après ces dons si rares devaient briller du plus vif éclat dans une mémorable assemblée : le colloque de Poissy s'ouvrit le 9 septembre 1561. Au moment de l'ouverture de cette assemblée, bien des symptômes paraissaient favorables. D'abord il y avait dans la meilleure partie du clergé des désirs très-sérieux de réforme, et certains évoques se sont exprimés avec plus de vigueur que Th. de Bèze lui-même sur le triste état de la doctrine et des mœurs, Montluc, de Valence, et Marillac, de Vienne. La reine-mère n'avait pas de conviction précise et pouvait, suivant les circonstances, se jeter dans les bras de tel ou tel parti : elle désirait le colloque et n'en discernait pas l'issue. Avant et après le colloque, Bèze prêchait à la cour et son éloquente et évangélique parole trouvait faveur. La veille du colloque, dans les préliminaires importants, le cardinal de Lorraine lui-même, après une discussion sur la Cène avec Th. de Bèze, paraissait ne pas insister sur la transsubstantiation et avait dit « que les théologiens auraient bien pu se passer de la mettre en avant et que pour sa part il n'était pas d'avis que pour cela les Eglises fussent divisées. » Enfin le chancelier L'Hospital dit ces bonnes paroles : « Le meilleur moyen de s'entendre est de procéder par humilité, en laissant les subtiles et curieuses disputes. Il n'est pas besoin de plusieurs livres, mais de bien comprendre la Parole de Dieu et de s'y conformer le plus qu'on pourra. N'estimez point ennemis ceux qu'on dit de la nouvelle religion, qui sont chrétiens comme vous et baptisés, et ne les condamnez point par préjugé. Recevez-les comme le père fait de ses enfants. » Sans doute d'autres symptômes, et profondément tristes, éclatèrent de divers côtés : la passion tyrannique de Rome, le fanatisme du roi d'Espagne, les audaces insolentes des Guise, l'orgueil blessé des prélats, les marques d'inégalité entre les deux parties dont l'une, la partie réformée, était traitée en accusée et comme citée à la barre d'un tribunal hautain. « Ce fait, étant les ministres au nombre de douze, avec vingt-deux députés des églises des provinces qui les assistaient, appelés et introduits par le duc de Guise, qui avait cette charge avec le sieur de La Ferté, capitaine des gardes, qui les conduisirent jusqu'aux barrières sur lesquelles étant appuyés têtes nues, Th. de Bèze, élu par tous les autres pour ce faire, parla à la manière qui s'ensuit : Sire, puisque

l'issue de toutes les entreprises, grandes el petites, dépend de l'assistance et faveur de notre Dieu, et principalement quand il est question

de ce qui appartient à son service, et qui surpasse la capacité de nos entendements, nous espérons «pie Votre Majesté ne trouvera mauvais ni étrange, si nous commençons par l'invocation du nomd'icclui, le suppliant en cette façon: Seigneur Dieu, Père éternel et tout-puissant, nous reconnaissons et nous confessons devant ta sainte majesté que nous sommes pauvres et misérables pécheurs... » Cette prière, si belle et si touchante, que l'Église réformée a adoptée pour l'ouverture du service divin, fut écoutée avec émotion et respect, ainsi que l'éloquente harangue que Bèze prononça aussitôt. C'est une exposition très-forte, trèshardie et très-habile, des principes de la foi réformée. « Pîùt à Dieu, doit avoir dit le cardinal de Lorraine après cette séance, qu'il lut muet ou que nous fussions sourds. » Bèze énumère d'abord nettement les points communs aux deux Eglises : Dieu, Jésus-Christ, le Saint-Esprit, la rédemption, la vie éternelle. Puis, avec autant de fermeté que dé convenance, il marque les différences qui séparent les deux Eglises : le fondement de la foi, qui ne peut être pour les réformés que l'Ecriture sainte ; la Cène et les sacrements, qui sont présentés sous le jour sphïtualiste du calvinisme, mais en termes respectueux pour la transsubstantiation et pour la consuhstantiation ; enfin le gouvernement de l'Eglise, à propos duquel il s'exprime plus vivement, « soit qu'on considère Tordre tel qu'il est aujourd'hui dressé, soit qu'on regarde la vie et les mœurs. » Le discours se termine par une protestation de fidélité au roi et par la remise entre ses mains de la confession de foi des Eglises réformées. On a fait grand bruit dans l'histoire d'une interruption, à laquelle de Thon, Mézeray, plus tard Bossuet, ont donné de l'importance. D'après Bèze, l'incident fut très-petit et ne se comprend pas. On avait écouté « avec une singulière attention » jusqu'au moment où l'orateur dit que ((le corps de Jésus-Christ était aussi loin du pain (dans la sainte Cène) que le haut des cieux est éloigné de la terre. » On murmura, on cria : Blaspkentavit, on s'indigna, le vieux cardinal de Tournon surtout; mais Bèze put continuer paisiblement jusqu'à la fin. D'autres séances eurent lieu, les unes officielles, les autres plus restreintes, mais l'intention arrêtée, la tactique suivie dès le discours de Th. de Bèze, ce fut d'ôter la parole à la Réforme. On répondit, le cardinal de Lorraine non sans habileté et sans talent, le cardinal de Tournon « en fort grande colère et comme fort troublé», et le général des jésuites Lainez avec une violence haineuse. Bèze parla de nouveau avec puissance, admirablement soutenu dans la troisième et dernière grande séance par Pierre Martyr. Mais la volonté expresse d< s prélats étail que la foi nouvelle ne put plus se produire publiquement. Ils traitèrent désormais les pasteurs comme des accusés, ils leur présentèrent • • signer des confessions de foi, leur déclarant sans phrases que. s'ils refusaient, ils étaient exclus de l'Eglise et du pays. Tout accord était désormais impossible. En ce sens le colloque n'avait pas abouti. — Les progrès de la Réforme', sensibles partout, le furent en particulier à Paris ou des assemblées considérables de plusieurs mil-

liers de personnes se réunissaient. Th. de Bèze, retenu en France par la reine-mère, y faisait souvent entendre son éloquente parole. Après le massacre de Vassy (Tr mars 1562), comme en toutes les occasions solennelles, il fut chargé d'aller demander justice à la cour. Antoine de Bourbon, dont la défection était un fait accompli, osa parler avec violence en faveur de Guise. C'est à cette occasion que Bèze prononça ces prophétiques paroles : « Sire, c'est vraiment à l'Eglise de Dieu au nom de laquelle je parle d'endurer les coups et non pas d'en donner; mais aussi vous plaira-t-il vous souvenir que c'est une enclume qui a usé beaucoup de marteaux. » A partir de ce moment la guerre civile était inévitable. Le parti protestant se jeta entre les bras de Condé. Bèze déploya une intelligence et une ardeur extraordinaires pour la victoire de la cause, auprès des Eglises pour provoquer leur zèle, auprès des cantons évangéliques pour réclamer leur appui. 11 assista même aux grandes batailles, il était à Dreux. « Oui, dit-il à son perfide accusateur Claude de Saintes, j'ai été au combat du commencement à la lin; j'y étais en manteau et non en armes, et personne ne me reprochera avec vérité ni la fuite, ni le meurtre de qui que ce soit. » Quant au principe même de la guerre civile : « Je n'ai point encore appris par la Parole de Dieu ni par les exemples cle toute la vraie Eglise chrétienne depuis le commencement du monde, dit de Bèze, ciu'il soit loisible aux sujets en bonne conscience d'extorquer de leur souverain magistrat l'exercice de la vraie religion par la voie des armes, mais qu'en tel cas il faut, en ne laissant de servir Dieu et le plus prudemment que le temps le pourra porter, combattre et vaincre par chrestienne patience, invincible sous la croix... » C'est ainsi, poursuit-il, que les Eglises françaises ont été « dressées et plantées au milieu des plus grands coups, à savoir par le seul glaive spirituel de la Parole de Dieu. » Bappelant les horreurs commises, le roi et la reine menacés par une faction étrangère, il dit que « c'est une calomnie par trop effrontée de bailler le nom d'émotions et de rébellion contre le roy et le repos public à une si juste et totalement nécessaire défensive contre tels et si horribles violateurs de tout droit divin et humain)) (Mémoire de Th. de Bèze sur les guerres de religion, collection Tronchin, Bull, du Protest, français, t., XXI, p. 28). Et au milieu des agitations qui précédèrent la seconde guerre civile : « Nous n'approuverons jamais telles violences et confusions, dont l'issue ne saurait être que très-malheureuse. Je ne doute point que ne soyez de mesme advis et que votre désir ne soit que d'empescher mesme que confusion n'advienne plus grande. Mais pour vous dire ce que j'en pense, le mal est desjà tel et si avancé qu'il est incurable aux hommes » (Lettre au prince de Portien, de Genève, 14 d'août 1560, collection Tronchin, Bulletin du Prof, français, t. XXY, p. 315). Quant aux résultats des guerres civiles, voici en quels termes Bèze les apprécie : « Quant à la pauvre France, l'ire de Dieu brusle et consume toujours; il est vray que cependant il faict son œuvre vray ment merveilleuse devant les yeux mesmes de ses adversaires contraincts de le recongnoistre. Mais il y a apparence que d'un costé ce sera l'issue d'un Pharao, quant aux

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persécutions, et quant à l'Eglise du Seigneur, qu'elle trouvera son désert en la France; mesmes si les guerres continuent qui ne faudrait de transformer ce tant grand et opulent royaume en une Arabie la Déserte, et Dieu veuille «qu'au bout se trouve quelque terre de Chanaan » (Lettre à rélecteur Palatin, de Genève, 4 juillet ITiTTi, Bibl. de Genève, vol. 107. Bulletin du ProL français, t. XVI, p. 271). — Bientôt après son retour à Genève, la mort de Calvin (1564) fut pour Bèze une grande douleur. Ses charges déjà bien lourdes en furent considérablement accrues. Il était le successeur naturel du grand réformateur, et malgré ses refus, ses collègues le conservèrent à la tête de l'Eglise jusqu'en 1580. Correspondance immense, direction de toutes les Eglises, participation à toutes les luttes de leur temps, composition de longue haleine, soucis et devoirs pastoraux, prédication et enseignement académique, Bèze suffit à tout. En 1508 il fit un voyage à Vézelay pour affaires de famille. En 1571 il retourna en France ; appelé par Coligny et le prince de Béarn, il prit part aux synodes nationaux de La Rochelle et de Nimes. Théodore de Bèze fut chargé de l'aire un rapport sur deux livres écrits par le sieur Cozani, de réfuter avec de la Roche-Chandieu et de Beaulieu les erreurs démocratiques de doctrine et de discipline contenues dans les livres de Ramus, Morelli et du Rozier, et enfin de faire réponse au nom du synode aux lettres des frères de Zurich et de leur faire part des décrets de Nimes. Cette même année, 2ï août 1572, eut lieu le massacre de la Saint- Barthélémy. Tous les malheureux qui échappèrent aux égorgeurs cherchèrent un refuge hors de la patrie. Théodore de Bèze leur prodigue consolations et secours, il provoque de tous côtés un généreux élan en laveur de si épouvantables misères, il supplie les chefs des Etats étrangers de faire bon accueil à ces coreligionnaires fugitifs, il fonde à Genève même un hospice destiné aux plus pauvres d'entre eux (voy. entre autres : Lettre latine de Bèze, Britisk muséum, Bulletin du Brut, français, onzième année, 1862, p. 25). — 11 faut compter parmi les événements considérables qui exercèrent une influence sur la Réforme française l'abjuration de Henri IV. Le nom de Bèze a été mêlé à ces événements, et d'une façon fâcheuse, par des historiens contemporains, Schlosser et Yulliemin en particulier. Or l'œuvre de Bèze est ici excellente et sa mémoire demeure plus pure encore quand on examine son attitude et son action auprès du roi. Sans doute il l'aima toujours, même après son abjuration. Ce fut une des joies du vieux réformateur de pouvoir à l'Eluiset embrasser Henri IV qui, de passage «mi >a\u;<\ lavait mandé de Genève. Sans doute, lors de cette chute douloureuse, ni Bèze ni de La Faye, qui exerçait ses fonctions auprès du roi, ne procèdent par invectives : ils tiennent compte des circonstances, des séductions, des faiblesses comme aussi des espérances que l'avènement au tronc de Henri IV devait réaliser pour la malheureuse Eglise. Bèze communique aux frères de Zurich le douloureux événement • •! la lettre de de La Faye qui le lui annonce le jour même, <( à Saint-Denis, l«- 25 de juillet loi):}, jour mémorable <-t Lamentable à tous les gens de bien et craignant Dieu, » et Bèze écrit : « Au reste,

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encore que la chute d'un prince d'ailleurs si éminent soit incontestablement pour tous les gens de bien et de religion une blessure d'autant plus cruelle qu'elle est plus grave et devait être moins attendue, il ne faut pas nous laisser émouvoir outre mesure. Et c'est notre devoir, à nous tous surtout qui avons mission de soutenir nos pères, de l'aire comprendre à tous que nous ne faisons dépendre notre espérance tout entière d'aucun homme, ni même des anges, en ayant trop vu d'infidèles » (Collection de Zurich, Bulletin du Prot. français, 1857, p. 27). Mais, bien que ce soit la note attristée et non indignée qui domine, Bèze avait fait noblement son devoir auprès du roi, il l'avait détourné de cet acte indigne par les raisons tirées de la conscience, et sa lettre entière, d'une éloquence si vraie et si haute, témoigne des sentiments évangéliques du réformateur. « Scachez donc, sire, qu'en tous vos affaires, il ne vous faut jamais regarder ny à vostre estât, ni à vostre propre personne, que Dieu et ce que vous lui devez ne vous vienne en pensée devant toutes choses sans exception quelconque pour rapporter à ce but vos délibérations et résolutions, autrement tout ce que vous bastirez sera sans vray fondement, et si vostre conseil vous mène par un autre chemin, croyez que vous estes très-mal conduict » (Lettre de juin 1593, Bibl. de Genève, Bulletin du Prot. français, 1853, p. 41). — Sans parler de missions plus particulièrement politiques, comme celle de 1574 auprès du prince Casimir, du Palatinat, en faveur de Conclé qui s'occupait alors de rassembler une armée, ni de l'action très-directe qu'il eut dans les affaires de tout genre, même financières (Bulle' in du Prot. français, p. 330), il faut noter enfin deux missions essentiellement théologiques et dans lesquelles ses efforts furent couronnés de succès. La première eut lieu en 1580, à Montbéliard. Le comte Frédéric voulait rapprocher luthériens et réformés et il avait appelé à un colloque Th. de Bèze, de La Faye, Musculus et Huber d'un côté, et de l'autre les professeurs de Tubingue Andrew et Osiander. Bèze fut toujours très-conciliant à ce sujet, il proposa comme moyen terme de s'abstenir pour le moment des controverses et de se donner la main fraternelle. Andreae se montra en cette circonstance, et en bien d'autres, irréconciliable. Cependant, avant de quitter Montbéliard, les réformés purent participer avec les luthériens à la célébration de la sainte Cène : ce fut un bon résultat, un germe de paix : tous les luthériens étaient loin d'être aussi absolus qu'André*. Le second colloque auquel assista Th. de Bèze, à Berne, en 1588, eut aussi d'heureuses conséquences pour la paix et l'union. Bèze supplia Huber et Aubéry, qui professaient certaines doctrines excessives sur la prédestination et sur la justification, d'entrer dans des voies plus modérées et moins bruyantes. A la fin de sa vie Bèze fit deux actes qui l'honorent grandement. Les finances de la république, en fort mauvais état, menaçaient l'existence de l'académie, et il fallut supprimer des chaires et des traitements. Bèze se chargea de tous les cours avec abnégation et dévouement, et pendant des années, et malgré son grand âge et ses infirmités menaçantes. Rome tenta de séduire le vieil athlète, et François de Sales se chargea

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de cette mission équivoque. On lit courir le bruïï que Y intrigue avait

réussi et les jésuites se réjouirent «le ce que le réformateur était retourné à l'Eglise romaine. Le vieillard retrouva à cette occasion la verve indignée de sa jeunesse et écrivit une satire virulente contre les jésuites, coupables de cette calomnie. Il conserva ses fonctions jus* qu'en 1000. 11 prêcha même en 1002, le fameux jour de l'escalade. Cette longue et vaillante existence se termina en 1605.

II. L'œuvre littéraire de Th. de Bèze est aussi variée que l'œuvre ecclésiastique. — 1° Le poète. Ce fut sa première gloire, et sa dernière oeuvre (1600) fut encore unepiècede vers; votiva grafulatio,k l'occasion de son entrevue en Savoie avec Henri IV et Sully. Ses trois grandes œuvres poétiques sont les Juvenilia, Abraham sacrifiant et les Psaumes. Theodori Bezse Vezelit Poemata juvenilia, tel est le titre du recueil qui a été le prétexte de tant de déclamations absurdes contre Bèze. Le recueil se compose d'élégies, de sylves, d'épitaphes et d'épi grammes. Bèze se défend admirablement lui-même dans sa seconde apologie à Claude de Saintes. Ce sont là jeux poétiques ; il y a bien quelques peintures un peu risquées, et Bèze s'est repenti d'avoir écrit quelques vers trop libres, il les a fait disparaître : mais en somme rien ne justifie cette horreur intéressée et les calomnies soulevées par ses adversaires. 11 y a dans les épigrammes, comme dans toutes les petites pièces du recueil, quelque chose d'un peu artificiel, cherché, puéril. Il y a dans les élégies par trop de réminiscences; ce qui est original, ce sont les sylves. Qu'on lise la Sylva III, Natalia Domini, et la suivante, Prxfàtio jioctica in Davidicos Psalmos quos pœnitentiales vocant. Le sacré et le profane s'y mêlent, l'antiquité païenne et la Bible se disputent l'àme du poète. C'est la glorification de Noël, « delà nuit qui vit s'ouvrir pour un saint enfantement les entrailles chargées du maître du ciel et de la terre », mais les bergers ont des noms bucoliques et Apollon et Minerve y ont leur place. La préface aux Psaumes de la pénitence est une histoire poétique de David et de son repentir, mais Cupidon a un rôle important et les descriptions de Bethsabée sont toutes païennes. Ce mélange inconscient de sacré et de profane nous révèle l'état d'âme de toute une époque: c'est la Renaissance et la Réforme, c'est le paganisme classique et le christianisme biblique encore mêlés, se heurtant et non encore fondus, en ces grands écrivains qui seront bientôt les saints défenseurs et les martyrs de la foi nouvelle. — Abraham sacrifiant, tragédie française, Gen., looO. Elle fut jouée d'abord par les élèves de Bèze à Lausanne et fut applaudie de tous et longtemps. Pasquier dit {Recherches de la France, liv. Vil, p. 625) : K Vers ce même temps estait Th. de Bèze, brave poète latin et françois. Il composa en vers françois le Sacrifice d'Abraham, si bien retiré au vif, que, le lisant, il me lit autrefois tomber les larmes des yeux. » La tragédie est en effet fort émouvante et bien conduite. Le sens <-t l'esprit du Sacrifice dT ibraham se révèlent aussitôt. Cette tragédie est un appel, une sorte de prédication en ces temps solennels. Il faut tout quitter, tout sacrifier, et biens, et patrie, et famille, el saintes affections pour suivre la volonté de Dieu. — Les Psaumes. C'est à la demande;

de Calvin que Bèze entreprit la version poétique des psaumes. Clément Marot en avait déjà traduit cinquante et ses vers, comme on sait, faisaient fureur. Bèze publia son travail par fragments, d'abord en 1553, puis en 1556, l'œuvre fut achevée en 1500. Les éditions furent innombrables. Le travail de Th. de Bèze fut reçu naturellement avec de grands applaudissements par les réformés, mais il fut très-critiqué par ceux du dehors. Le jugement dePasquier exprime bien,mesemblet-il, l'opinion moyenne: « La traduction du demourant des psaumes de David montra ce qu'il pouvait faire, encore qu'il n'ait si heureusement rencontré que Clément Marot en ses cinquante. » — 2° Le polémiste. Les ouvrages polémiques de Th. de Bèze sont fort nombreux : c'est le temps de la lutte, et l'adversaire debout, pressant, redoutable, a besoin d'être réfuté avec vigueur. On trouvera dans Senebier et dans Haag la liste très-longue des ouvrages polémiques; de La Faye, dans sa note finale de la vie de Bèze, ne les donne pas tous. On peut diviser les ouvrages polémiques en trois catégories : a) contre les catholiques romains ; b) contre les luthériens ; c) contre les réformés qui se trouvaient en divergence avec les idées du réformateur. La polémique de Bèze contre les catholiques romains a quelque chose de léger, de leste, de satirique qui ne laisse pas de surprendre (voyez : Breuis et utilis Zoographia Cochlœi, 1549 ; Epistola magistri Benedicti Passavantii, 1553; Comédie du pape malade et tirant à la fm, parThrasibule Phénice, 1561 ; Les réponses à Baudoin, 1563; Histoire delà Mappemonde papistique, par Frangidelple Ëcorche-messes, 1567; Les trois apologies à Claude de Saintes, 1567-1577, etc.). Dans la Zoographie, Cochkeus, un adversaire passionné, est classé parmi les monstres curieux. Le Passavant contre le président Lizet, cet ennemi cruel des protestants, est, au témoignage même de Florimond de Rémond, « une belle droslerie. » La Comédie du pape et la Mappemonde papistique sont des satires virulentes, dans lesquelles, à côté de quelques traits vifs, heureux, on a le regret de rencontrer des violences et certains détails par trop rabelaisiens. Baudouin, jurisconsulte célèbre, qui changea dans sa vie plusieurs fois de croyance, ne mérite pas sans doute des égards excessifs ; mais quand Bèze reprit la dispute, abandonnée par Calvin, il mit trop d'àpreté dans la lutte, et un tel emportement qu'il mécontenta ses amis, notamment Marnix deSainte-Aldegonde. Letti^ois apologies à Claude de Saintes sont plus calmes, plus dignes. Sa polémique contre les luthériens surprend encore davantage. Au fond Bèze a le désir profond de concilier les deux Eglises, il s'est donné bien de la peine pour arriver à ce résultat tant souhaité. Et cependant ses écrits contre certains adversaires dépassent en violences tout ce qu'on peut imaginer. Le traité De Cœnô Domini plena et perspicua tractatio, 1559, contre Westphal a de la dignité, malgré sa verdeur. Mais contre Heshusius, les traités Creofragia sive Cyclops, Onos syllogizomenos siue sophista manquent absolument de mesure et ont été sévèrement reprochés à leur auteur (voy. aussi Besponsiones ad repetitas Andrex et Selneccerii calumnias, Gen., 1578, etc.). Bèze eut [aussi à lutter contre certains réformés, et en particulier contre Castalion (Responsio ad defensiones et reprehensiones

Oastellionis). Le plus célèbre de ses ouvrages de polémique est le traité De hxretici* a eirili magistvotu punïendîs, Gen., 1554. Le bûcher de Servet fut dressé le 27 octobre 1553. Il y eut une universelle approbation. Une voix, s'éleva cependant qui revendiqua les droits de la liberté el de la charité et qui proclama la tolérance. Ce fut la voix de Castalion. Cinq mois après le supplice de Servet, un livre parut, hardi, éloquent, d'une généreuse inspiration : De hœreticis^ an sini penequendi? 11 ne portait pas le nom de l'auteur; une belle lettre au duc Christophe de Wurtemberg, à qui le livre était dédié , était signée : Martinm Bellius, Ni Calvin ni Bèze ne s'y trompèrent, ils virent aussitôt d'où partait le coup, et ils reconnurent Castalion. L'émotion produite par les idées de Castalion était grande. Il fallait répondre; Th. de Bèze écrivit alors son De hœreticis a civili magistratu puniendts. La thèse est carrément posée, c'est le droit et le devoir pour le magistrat de punir l'hérésie. Ce n'est pas en vain qu'il est armé du glaive. Il doit en user non-seulement contre les perturbateurs de la paix publique, mais contre les novateurs téméraires qui corrompent la vraie religion et mettent en péril le salut des âmes. C'est la réfutation de la thèse de Castalion, l'apologie de l'intolérance, à grand renfort de citations, de raisonnements et de violences contre Bellius. Et puis à la lin, une dénonciation en règle : « Vous avez beau cacher vos noms, votre style et jusqu'au nom de la ville dans laquelle a été publié votre livre... Chacun sait qui vous êtes et ce que vous machinez ! » La thèse et les arguments de Bèze ne se réfutent pas aujourd'hui. Ils ne nous troublent plus, ils nous attristent et nous humilient. — 3° Le dogmatûte. C'est surtout dans la sphère de la dogmatique que la dépendance de Calvin trouve son entière application. Bèze ne veut être que le reflet de la pensée du maître. Les écrits dogmatiques de Bèze ont été réunis en trois volumes in-fol., Gen., 1580, sous le titre de Tractains theologici o?/mes, plus complets que l'édition de 1575. On ne trouve pas dans l'œuvre dogmatique de Bèze quelqu'un de ces grands traités où la pensée du maître est méthodiquement exposée : la plupart des traités contenus dans le recueil sont des œuvres de circonstance, d'attaque, de défense. D'abord les confessions de foi, Confessio fidei doctrinxque de Cœnà Domini, exhibita illustriss. principe Wirtembtrgensi; Confessio doctrines ecclesiarum gallicarum, etc. ; Tractatus très de rébus gravissimis scripti, sur l'unité de l'essence divine et les trois substances en une seule, sur l'union hypostatique des deux natures, sur la Cène; Thèses sur la Trinité des personnes et V Unité de /' essence; Quœstionum et responsionum christianarum libellas, sea Catechismus compendiarius ; De prœdestinatione doctrinâ et vero usatractatio absolalissima, etc. La pensée théologique de Bèze se trouve aussi dans ses nombreuses lettres, dont plusieurs sont insérées dans les traités : Epistolarum tkeologicarum lib. I. Dans toutes les grandes bibliothèques publiques de l'Europe se trouvent des lettres de l'infatigable réformateur; plusieurs ont été déjà éditées dans Hau ni et dans le Bulletin du Prot. français. Nous avons donc sous des formes très-diverses la pensée dogmatique de Bèze, et, sous une tonne particulièrement précise et concise, dans les confessions de foi,

notamment dans celle que Bèze écrivit pour son père, afin de lui prouver qu'il n'était ni un hérétique, ni un impie. Ce dernier écrit eut beaucoup de succès et fut beaucoup traduit et édité. Cent ans après, à la révocation de Tédit de Nantes, il avait encore l'honneur d'être signalé et condamné spécialement par l'archevêque de Paris comme un écrit dangereux. Sur les questions métaphysiques, la Trinité, l'union des personnes, l'unité des deux natures, la prédestination, la pensée de Bèze est l'orthodoxie calviniste la plus pure. Sur la rédemption, il faut noter l'idée, qui n'est pas d'ailleurs contraire au calvinisme, que Christ ne nous sauve pas seulement par son sang, mais par sa vie entière, ab ipso momento conceplionis ad resurrectionem ; c'est Yobedientia activa Christi sur laquelle les luthériens mettaient plutôt l'accent. Quant à l'Eglise et à son gouvernement, la cène et les sacrements sont toujours présentés sous leur jour spiritualiste, l'Ecriture est posée comme base de la foi, comme « autorité suffisante qu'elle tient d'elle-même et non des hommes », l'antithèse du papisme et du christianisme est toujours mise en relief; quant aux rapports de l'Eglise et de l'Etat, on voit aussitôt que, tout en distinguant les deux sphères, Bèze veut que l'Etat soit le protecteur et le gardien de l'Eglise. Du reste toutes ces expositions de foi se ressemblent, le type c'est la confession de foi du premier synode national. — 4° Lexéghte. Les travaux critiques et historiques de Bèze sur le Nouveau Testament demeurent, au point de vue scientifique et théologique, son meilleur titre de gloire (voy. Reuss, Geschichte der H.Schriften N. T., p. 386). Bèze travailla sur dix-neuf manuscrits, et parmi ceux qu'il s'était procurés, deux sont plus particulièrement importants, \e Codex Cantabrigensis donné par lui à l'université de Cambridge (1581), oùil se trouve encore, et le Codex Clavomontanus, qui est à la Bibliothèque nationale. Le texte fut ainsi notablement amélioré, d'autant que Bèze consulta avec fruit les Pères, toutes les éditions antérieures et les versions syriaque et arabe. Sa méthode a bien quelque chose d'un peu vacillant, et on ne voit pas d'après quelles règles sûres il procède ; mais il faut le louer sans réserves de ce qu'il a sans cesse amélioré le texte. Il fit plusieurs éditions successives, la première en 1556, la cinquième en 1598. La traduction est littéraire, quelquefois exacte jusqu'à être obscure, d'autres fois par trop libre : on lui a reproché quelques entorses en vue de la dogmatique. Somme toute, elle a été avec juste raison louée par Elie du Pin et par Scaiiger. Son exégèse (consulter surtout la célèbre édition de Cambridge, 1642) assure à Bèze un rang des plus distingués; il n'a pas l'exégèse profonde de Calvin, mais sa pensée est nette, lumineuse. Richard Simon, tout en lui reprochant d'avoir inséré trop de théologie, lui accorde le premier rang. Ces remarquables travaux sur le Nouveau Testament, sans compter les explications de quelques livres de l'Ancien, furent l'œuvre de la vie entière. de Bèze (Annotationes in N. 2\, 1556; J\ov. Test, latine jam olim e veteri interprète, nunc denuo a Th. Bezâ versum; Nov. Test, grxce et latine, nec non apostolicarum epistolarum brevis explicalio, 1565). — 5° L'hisforien.Trois œuvres historiques sont dues à la plume de Th. de Bèze, la Vie de Calvin, les

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/cônes et Y Histoire ecclésiastique. La Fie flfe Calvin est un récit ému de la vie du réformateur, c'est le cœur du disciple qui parle sans déclamation, eo toute vérité; il n*v faut pas chercher une appréciation critique de L'œuvre immense de Calvin, c'est une simple biographie succincte, vivante, dans laquelle respirent la vénération et l'affection pour le héros religieux, pour celui <pii lit tant de bien aux âmes, pour cette lumière, la plus grande qui eût resplendi en ces temps pour amener les hommes à la connaissance de la vraie piété. Les Icônes sont une série de portraits des précurseurs, des héros et des martyrs .le la Réforme. Toutes les nations y ont leurs représentants; le livre s'ouvre par Wiclef, Jean Huss. Jérôme de Prague, Savonarole; viennent aussi les humanistes Reuchlin, Erasme et aussi les princes qui ont secondé la renaissance des lettres. François Ier et le mouvement religieux; les derniers portraits sont Olympia Morata, Dryander et Diaz. Chaque personnage a son portrait gravé sur bois et une biographie rapide, mais nette, frappante, terminée d'ordinaire par un quatrain. La première édition latine : lames, id est verse imagines virorum dectrina simul et pietate ilbxstrium, Gen., 1580, est un magnilique volume in-4° ; la première édition française, traduction de Gouîart, est intitulée : Les vrais pour traits, 1581 ; même éditeur. Jean de Laôn. La traduction française est moins soignée, mais elle renferme tous les portraits sur bois des hommes illustres, tandis que dans l'édition latine certains manquent. L'Histoire ecclésiastique des Eglises réformées au royaume de France, Anvers, 1580, trois forts volumes in-8° de 7 à 800 pages, est l'œuvre essentielle qui recommande Bèze comme historien. C'est le récit des événements depuis 1521 jusqu'à 1503; mais la période entre 1521 et 15G0 est plutôt résumée que décrite : en fait ce sont les trois années de 1560 à 1563, années si importantes, si agitées, si décisives, qui fournissent la matière des trois volumes. Pour les origines de nos Eglises, c'est une source d'informations inépuisable : il n'y a pas d'Eglise tant soit peu considérable qui n'ait là le récit de sa naissance et de son développement. Mémoires, rapports, conférences ecclésiastiques, récits de martyres, d'incidents locaux, détails de toutes les rencontres militaires, pièces secrètes, officielles, tout s'y trouve à profusion. La narration est vivante et sincère. Certes, l'auteur n'est pas impartial, il est du côté des opprimés, il ne cache pas - - <;motions, mais il dit la vérité tout entière, même quand elle est nuisible à sa cause : les violences et les insolences des soldats en divers lieux (destruction des images, des monuments, parfois des bibliothèques), la tiédeur des Eglises, les fautes et les hontes de certains, etc. L'impression produite par ces récits dut être profonde et salutaire. Par là Bèze réveilla l'enthousiasme des siens : chacun put voir par ces ries, par ces persécutions, par ces martyres, par ces délivrances, (pie Dieu était avec la Réforme et (pie le devoir était de persévérer. ; l'ait à Lille, en 1841, une édition nouvelle de l'histoire de Bèze, 1 en trois volumes. — 6° L'orateur. Sou éloquence frappe par la lité *'t l'ampleur. La harangue de Poissj est le type de ces nomirs puissants, méthodiques, mesurés et habiles que Bèze

prononça dans les circonstances solennelles où il porta la parole au nom de ses frères. Il est grand le contraste qui existe entre l'attitude et le ton deBèze en ces assemblées, et les invectives violentes ou bouffonnes que nous rencontrons trop souvent dans certains de ses écrits polémiques. Tous les sermons deBèze n'ont pas été publiés. Les principaux recueils, enoutredes sermons parus isolément, sont: Sermonssur les trois prem. c/tap. du Cantique des cantiques (1586), et Homélies sur l'histoire de la passion et de la sépulture de Notre Seigneur (1592). La méthode est celle de Calvin : d'abord interprétation et longue discussion du texte, puis application du texte, quant à la doctrineetà la morale, aux besoins de l'Eglise. L'appareil théologique et critique du début était tort goûté à cette époque. On est d'accord pour reprocher aux sermons sur le Cantique bien des subtilités et des interprétations forcées, qui arrêtent l'essor de l'éloquence. Autrement intéressants et puissants sont les sermons sur la passion de Jésus. Ici Bèze se révèle vraiment comme orateur. Les grandes qualités, la dignité, l'ampleur ,1a puissance apparaissent avec éclat. Il faut dire que ces sermons ne sont pas exclusivement religieux. Bèze entre dans le vif des affaires, des agitations, des douleurs de la république. Ces sermons sont encore des harangues, des discours d'actualité, réprimant les passions, conseillant telle ligne politique, poussant à la guerre à outrance, excitant les courages. — Ces travaux immenses ne détournèrent point Bèze de ses fonctions, moins éclatantes, de pasteur. Son zèle et sa piété furent à la hauteur de ses talents éminents. Ses collègues avaient pour lui une affection égale à leur admiration. Pendant la peste terrible de Genève (1570), craignant pour une vie si précieuse, ils s'efforcèrent de le retenir loin des malades ; mais Th. de Bèze «. déclare qu'il ne saurait avoir la conscience en repos aussi longtemps que la seigneurie ne lui permettra pas de pouvoir exercer cette partie de son ministère (la visite aux pestiférés). Cette demande ayant été trouvée juste, on a permis... » Il mourut comblé de jours, de bénédictions et de gloire. Sa belle vieillesse et sa mort chrétienne furent en édification à l'Eglise entière (voir son testament, ses dernières lettres, les témoignages de Casaubon, de Diodati, Bull, du P. F., 1854, p. 281; 1870-71, p. 159). Les calomnies répandues sur son compte s'expliquent par la haine féroce de ses adversaires, exaspérés des coups qu'il leur portait, et ne méritent même plus aujourd'hui d'être réfutées (voir en détail dans Bayle l'exposé et la discussion de ces calomnies). Dans toutes les nations, et en diverses langues, les poètes et les savants célébrèrent sa gloire (voir dans deLaFaye les cinquante-quatre épisodes à l'occasion de sa mort). Le dimanche 13 octobre 1605 il expira. Le 14 à midi, il fut enseveli dans le cloître de Saint-Pierre. Tout le peuple genevois suivit son cercueil. — Sources : Les œuvres de Bèze ne se trouvent plus guère que dans les grandes bibliothèques publiques; Antoine de La Paye, Devita etobitu Th. Bezx, 1606; Bayle, art. Th. de Bèze, très-complet pour certains détails; Schlosser, Leben des Th. Beza, 1809; Baum, Th. Beza, Ve partie, 1843, 2e partie, 1851, très-riche, avec pièces justificatives, documents inédits; Haag, France protestante, notice bibliog. complète , Bulletin de la So-

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