BITHYNIE — BLAISE
Ptolérnée, 5, i). L'apôtre Paul ne put réaliser son projet de la visiter (Actes XVI, 7) ; mais, dès la fin du premier siècle de l'ère chrétienne, nous y trouvons des Eglises (1 Pierre 1, 1). Constantin les rattacha au diocèse du Pont (Pontica prima, Justin., Nov., 29) : parmi elles nous remarquons Nicomédie, Chalcédoine, Héraclée, Nicée, qui ont joué un certain rôle dans l'histoire de L'Eglise.
BLAIR (Hugues), prédicateur écossais dont les sermons ont obtenu des succès éclatants et sont encore aujourd'hui justement considérés. Il était né à Edimbourg le 7 avril 1718, et fut voué dès son enfance à l'état ecclésiastique. A vingt-trois ans, après avoir fait de brillantes études au collège et à l'université d'Edimbourg, il fut consacré pasteur et nommé au poste de Collesie, dans le comté de Fife. Il ne resta pas longtemps dans cette position modeste, et devint en 1758 pasteur de L'église cathédrale d'Edimbourg. Sa prédication n'avait pas tardé à opérer une sorte de révolution dans la manière dont la plupart des pasteurs écossais entendaient alors l'éloquence de" la chaire. Au lieu de ce langage bizarre où la trivialité alternait avec le mysticisme, Blair adopta une langue noble et mesurée, une éloquence douce et persuasive. En outre il substitua à ces discussions métaphysiques et dogmatiques qui faisaient le fond de presque tous les sermons, des analyses psychologiques et des leçons morales qui produisaient le plus grand effet. Ce fut en 1777 que parut le premier volume de ses Sermons. Le libraire à qui Blair avait confié son manuscrit lui avait conseillé de ne pas le faire imprimer parce qu'il n'y avait, selon lui, aucun succès à espérer. Cependant, après avoir pris l'opinion d'un homme compétent, il convint de sa méprise et offrit à Blair 50 guinées de son manuscrit; mais le produit de la vente fut tel qu'il lui en donna bientôt 50 de plus. L'édition étant épuisée, Blair ht réimprimer ce premier volume accompagné d'un second et reçut pour chacun 200 livres sterling. On va jusqu'à dire que le libraire lui paya 2,000 livres pour le quatrième. C'était un immense succès que la mode grandit encore si possible. Tout le monde devait avoir lu les sermons de Blair. On en lit de nombreuses traductions, en français, en hollandais, en allemand, en italien. Blair cependant n'était pas uniquement un sermonnaire. Il s'occupa de littérature, composa un Essai sur le beau, lit à l'université d'Edimbourg un cours sur les principes de la composition littéraire et publia en 1783 le résumé de ses leçons sous le titre de Lectures on Rhelomc and Jkllcs-Lettres. Il mourut le 27 décembre 1800, à l'âge de quatrevingt-deux ans, après avoir préparé, cette année même, pour l'im- -ion, un volume des sermons de sa jeunesse. La dernière édition anglaise de ses sermons est de Londres, 1801, 5 vol. in-8°. La principale traduction française est celle de M. Prévost, professeur de Genève : elle a paru en 1808, en 4 vol. in-8°. a. Gary.
BLAISE (Saint), évêque, fut, d'après ses Actes, imprimés dans les
bollandistes an 3 février, martyrisé à Sébaste en Cappadoce (d'autres
disent en Petite Arménie), sous Dioclétien ou peut-être sous Licinius ;
mais I.' plus sûr est de dire avec Tillemont : « On n'a rien i\r bon sur
aini Biaise. 8 En mémoire d'un miracle opéré par le saint Lorsqu'il
310 BLAISE — BLANDBATA
marchait au supplice, son nom est invoqué, dit-on, avec efficace par les malheureux qui ont une arête ou un os dans le gosier. Voici la formule que nous lisons dans un passage peut-être interpolé d'Aëtius, médecin grec du cinquième ou du sixième siècle, et que des auteurs sérieux recommandent encore aujourd'hui : « Tournez-vous vers le malade, regardez-le en face, ordonnez-lui de vous regarder, et dites : « Sors, ô os, fétu ou objet quelconque, comme Jésus-Christ a fait sortir Lazare du tombeau, et Jonas du ventre de la baleine. » Ou encore, saisissant le gosier du malade (les modernes prescrivent de faire ici le signe de la croix), dites : « Biaise, martyr et serviteur de Dieu, te dit : ô os, monte ou descends! » (1. VIII, c. 53.) Les reliques de saint Biaise, apportées' de Kheinau au monastère d'Alba-Cella, dans les solitudes de la Forêt-Noire, ont donné le nom de ce saint patron à un couvent de bénédictins, célèbre par la culture des lettres, que releva en 936 un noble du Zùrichgau, Regimbert, et qui, ayant embrassé la réforme de Cluny, puis celle de Saint-Maur, subsista jusqu'en 1807. De cette illustre abbaye sortit au dix-huitième siècle une génération de savants tels que Marquard Hergott, l'historien des Habsbourg, et le prince-abbé dom Martin Gerbert, homme de goût autant que de science, auteur d'importants ouvrages de musique et de liturgie, et du beau livre intitulé : Historia Siivœ Nigrœ, Saint-Biaise, 1783-88, 3 vol. in-4°.
S. Berger.
BLANDINE (Sainte), jeune martyre chrétienne. Elle périt dans la persécution qui fondit sur l'Eglise de Lyon sous Marc-Aurèle en l'an 177. Eusèbe (H. F., V, 1) nous a conservé le récit de ses tortures et de sa constance. Quoique d'une complexion délicate, elle souffrit avec le plus grand courage,, et ne cessa de répéter ces paroles : « Je suis chrétienne, il ne se commet aucun crime parmi nous. » L'Eglise l'honore le 2 juin.
BLANDRATA ou Biandrata (George) a joué un rôle dans l'histoire des antitrinitaires. Né en 1515, dans le marquisat de Saluées, d'une famille noble dans laquelle l'hostilité au saint-siége était de tradition, il mena une vie errante et agitée. Il était médecin et s'occupa avec passion de théologie, révoquant en doute le dogme de la Trinité qu'il ne trouvait pas enseigné dans l'Ecriture. Persécuté pour cause d'hérésie, il ne trouva de repos nulle part. A Genève, il entra en relations avec Calvin qui le dénonça comme un impie et une « peste dangereuse », et écrivit contre lui son traité : Responsum ad quœstiones G. Blandratœ, Gen., 1559. De là il se rendit en Pologne, auprès du prince Kadzivil, et en Transylvanie, auprès du prince Jean-Sigïsmond qui le protégèrent. De rechef accusé par les théologiens réformés, Biandrata exposa sa foi au synode de Pinczow (1561) et fut absous (Confessio antitrinitaria, publiée en 1794 par Henke, avec la réfutation de Flacius). C'est à tort qu'on l'a soupçonné d'avoir favorisé, dans sa vieillesse, les menées des jésuites, établis en Pologne, L'année de sa mort est inconnue. Sandius (Biblioth. antitrinit., p. 28 ss.) a donné une nomenclature de ses écrits, mais il est douteux qu'il les ait composés tous (voy. Bayle, Dictionnaire, I; Heberle, Tùb. Zeitschr. f. Theol.,.
BLANDRATA — BLASPHEMH 3«
L840, 11. 'i, p. 116 ss. ; Maîacarne, Commentario délie opère di Giorgio Biandrate, etc., Pad., 1814). — Voyez Antitrintiaires.
BLASPHÈME, propos injurieux à la majesté divine. Jam vero blasphemia non accipitw ntsi nui/a verÔU de Deo dicere, dit saint Augustin (De morib. Manich., lib. II, c. 11). La loi mosaïque punissait de mort les Israélites el les étrangers qui se rendaient coupables de ce crime I Le\ . XXIV, 16 ; cf. Jos., Antiq., IV. 8, 6). Le blasphémateur était conduit hors du camp OU de la ville, les témoins posaient la main sur sa tête pour < onlinner leur déposition, puis ils levaient les premières pierres contre lui pour le lapider (Deut. XVII, 7 ; Lév. XXIV, 10 ss. ; 1 Rois XXI, 13; Aet. VI, 13; VII, 56); parfois on lui appliquait lapeinede la roue, comme à l'apostat Ménélas (2 Mach. XIII, 6ss.). C'est à tort que Ton a vu dans Exode XXII, 27, et Lév. XXIV, 15, la défense de blasphémer les divinités étrangères, comme Philon (II, 166, 219) et Josèphe (Ant., IV, 8,10) l'ont prétendu. Une pareille condescendance politique à l'égard du culte idolâtre des nations voisines était étrangère à l'esprit du mosaïsme, et encore à l'époque de la domination romaine les Juifs étaient mal notés à cause de leur zèle fanatique contre les autres dieux (Pline, XIII, 9 : gens contumelia nwninum insignis). Ce qui paraît certain, c'est que, dans l'esprit de bien des commentateurs de la loi, la seule circonstance de prononcer le nom de Jéhova, au lieu de le sanctifier en ne le portant pas sur les lèvres, constituait un blasphème, alors même que le verbe nâqab n'a pas le sens de prof erre, mais de blasphemctre, comme le traduit exactement la Vulgate (Lév. XXIV, 16 ; cl. par contre Nomb. I, 17; et les LXX, cvo[j.aÇo)v tc ovojjujc Kuptou). Dans le judaïsme postérieur l'idée du blasphème s'étendit davantage. Le Nouveau Testament regarde comme blasphémateur celui oui s'attribue ou qui attribue à un autre tout ou partie des prérogatives divines, comme le pardon des péchés ou la circonstance d'accepter les honneurs que l'on ne rend qu'a Dieu (Matth. IX, 3; XXVI, 65; Jean X, 36), ou encore celui qui refuse de donner gloire à Dieu (Rom. III, 34), ou celui qui injurie le Christ (Matth. XXVII, 39; Marc XV, 29; Act. X, 6; XXVI, 11). Le blasphème contre le Saint-Esprit (Matth. XII, 31; Marc III, 28 ; Luc XII, 10) sera examiné dans un article spécial. — L'ancienne Eglise rangeait parmi les blasphematici les relaps pendant les persécutions et les hérétiques; les degrés de la pénalité variaient. Au moyen âge, on leur appliquait tantôt des peines plus légères, telles que l'obligation de se tenir pendant sept dimanches consécutifs devant la porte de l'église sans manteau ni souliers, combinée avec le jeûne,, l'amende et la prison ; tantôt, au contraire, la peine de mort était prononcée sur eux (ordonnances d'Orléans, art. 23; de Moulins, art. 86; de Blois, art. 38) ; au préalable ils devaient avoir la langue coupée ou percée avec un fer chaud par la main du bourreau. La plupart des auteurs catholiques trouvent très-naturelle cette rigueur, « vu que, d'une part, les souverains de la terre, qui ne sont eux-mêmes que de simples créatures comme leurs sujets, punissent très-sévèrement to parole ou tout écrit outrageant leur majesté », et que, d'autre part, k fléaux que Dieu envoie aux hommes, tels que famines, tremblement-
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de terre, pestes, doivent être considérés comme un châtiment provoqué par leurs blasphèmes. «Les incrédules de nos jours, dit l'abbé Bergier {Diction, de théoL, I, p. 315), doivent se féliciter de ce que ces lois ne sont pas exécutées : personne n'a vomi autant de blasphèmes qu'eux contre Dieu, contre Jésus-Christ, contre tous les objets de notre culte ; mais pour suivre les lois à la lettre, il faudrait punir un trop grand nombre de coupables. » Beaucoup d'auteurs protestants, même parmi les plus modérés, ont partagé cette opinion. Spener (Letzte theol. Bedenken, II, p. 34 ss.), discutant le cas d'un soldat convaincu de blasphème, dit qu'à la vérité la peine de mort devrait lui être appliquée, mais que, pour provoquer sa repentance et sa conversion (par lesquelles riionneûr de Dieu sera mieux satisfait), il conviendra de lui infliger une longue et douloureuse captivité. Un changement considérable se produisit dans les idées et dans les diverses législations à partir du dernier siècle. L'édit rendu par Joseph II en 1787 ordonne d'enfermer les blasphémateurs dans une maison d'aliénés. L'opinion générale, parmi les esprits éclairés de ce temps et du nôtre, est que la majesté de l'Etre suprême ne peut pas être offensée par les propos injurieux des hommes qui retombent uniquement sur ceux qui les tiennent. Mais les sentiments sont partagés sur la nécessité de sauvegarder, par des mesures de police ou des peines judiciaires, la religion dans un intérêt social, et de sévir contre les discours ou les écrits injurieux qui tendent à porter atteinte à l'une des religions reconnues par l'Etat, dans ses dogmes, ses cérémonies ou ses représentants (voy. l'article Sacrilège). Tandis qu'un grand nombre de théologiens soutiennent encore que, « puisque la loi punit tant d'autres délits dont les conséquences sont moins graves, il n'est pas juste qu'elle laisse impuni le blasphème, » les chrétiens convaincus de la puissance spirituelle de l'Evangile et de l'ineflicacité des lois civiles à protéger les croyances religieuses sont d'accord avec les libres penseurs pour demander l'abrogation de toutes les pénalités édictées contre les blasphémateurs. — Voyez : Michaelis, Mos. Recht, V; Winer, Bibl. Realwôrterb., I; Concil. Late?\, sess. IX, c. 2, de Maledicis; Bergier, Diction, de théoL, I; Herzog, Real-Encykl.^ ', etc.
BLASTARES (Matthieu), théologien grec de l'ordre de Saint-Basile, a joué un rôle important dans l'histoire du droit canonique du quatorzième siècle. Son ouvrage principal, Suviav^a y.aià aiot^éiov (Syntagma alphabeticum rerum omnium, quœ in sacris canonibus comprehenduntur), composé en 1335, est un recueil, divisé en 303 chapitres par ordre alphabétique, des canons des conciles, des décisions des Pères de l'Eglise et des lois des empereurs grecs, concernant les matières ecclésiastiques. Il se trouve dans le Synodicon de Beveridge, au t. II, deuxième partie.
BLAURER (Ambroise),un des réformateurs duWurtemberg et de Constance, naquit en cette ville en 1492. Il entra très-jeune dans l'ordre des bénédictins, au monastère d'Alpirsbach, dans la Forêt-Noire; à Tubingue, où il entra en relation avec Mélanchthon, il étudia la théologie'; devenu prieur de son couvent, il lut les écrits de Luther, dont il répandit les
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principes parmi ses moines. Obligé de quitter la maison, il revint à Constance où depuis 1524 il prêcha la Réforme. En 1534 le duc Ulric de Wurtemberg, qui venait de rentrer dans ses Etats, l'invita à l'assister dans l'organisation des Eglises du pays. Dans la doctrine de la sainte (-eue, Blaurer penchait du côté de Zwingle ; mais, ami de la paix, il signa une formule conciliatrice faite à Stuttgàrd avec le luthérien Erhard Schœpf; deux ans plus tard il adhéra aussi à la concorde de Wittemberg. Ce n'est pas le lieu de le suivre dans tous les détails de son activité dans le Wurtemberg, où il montra autant de zèle que de modération. En 1538 il revint à Constance. Forcé de quitter cette ville après l'Intérim, il se lixa à Winterthur, fonctionna à diverses reprises comme prédicateur dans d'autres villes de la Suisse, et mourut à Winterthur en 1564. La plupart de ses écrits sont plutôt édifiants que -scientifiques.
BLEEK (Frédéric) [1793-1859], l'un des critiques bibliques les plus «minents de ce temps. Originaire du Holstein, il débuta, après de bonnes études philologiques et théologiques à Kiel et à Berlin, dans cette derrière ville, sous la direction de Schleiermacher, en qualité de privatdocent (1818). Il fut nommé professeur à Bonn en 1829 et y occupa pendant trente ans la chaire de critique sacrée. Ses ouvrages appartiennent tous à ce domaine. Nous citerons, outre de nombreux et substantiels articles dispersés dans les revues (surtout les Studien u. Kritikeri), son Introduction à V E pitre aux Hébreux (1812-40, 3 vol.), ses Essais de critique évangé ligue (1846), ainsiqueses cours publiés après sa mort, son Introduction à l'Ancien et au Nouveau Testament (1860-62, 2 vol.), son Explication synoptique des tt ois premiers Evangiles (1862, 2 vol.), son Commentaire sur l'Apocalypse (1802), etc. Les écrits de Bleek se distinguent par une grande clarté, une méthode sévère et une singulière solidité de jugement. L'auteur fait preuve de l'impartialité la plus scrupuleuse, et n'accepte que ce qui, à ses yeux, est suffisamment documenté. Sans être aucunement sceptique, il se délie des hypothèses hasardées, a conscience des limites delà science et ne sacrifie jamais le sens du vrai au désir de plaire à tel ou tel parti ou de combler telle ou telle lacune. Ses introductions aux livres sacrés sont des modèles d'exposition simple, sobre et lucide. Elles montrent que la foi positive et la critique historique ne s'excluent pas, alors même que les recherches n'aboutissent souvent qu'à poser un point d'interrogation. Par sa tendance théologique Bleek se rattachait à la grande école de la conciliation ( Vermittlungstheologie) issue de Schleiermacher.
BLESSIG (Jean-Laurent) [1747-1816], professeur à l'université et pasteur à l'église du Temple-Neuf de Strasbourg, distingué par sapiété, son esprit tolérant, la clarté, la noblesse et l'onction suave de sa parole, non moins que par la sagesse et la fermeté de son caractère, eut la direction des affaires de l'Eglise d'Alsace durant la période révolutionnaire qu'elle traversa à la fin du dernier siècle et au commencement du notre. Blessig était supranaturaliste convaincu, mais ennemi de toute orthodoxie rigide et formaliste. 11 subit dix mois de détention sous la terreur pour avoir refusé d'abjurer ses croyances, prit