‹ Encyclopédie des sciences religieuses (volume 5)Chapitre 99 sur 263 · BOCHART — BODE · texte numérisé non relu

BOCHART — BODE

saut cette filiation de tous les peuples, il l'ut amené à exposer sa singulière théorie de l'origine do toutes les mythologies de l'antiquité païenne, qui ne sont, selon lui, que des souvenirs altérés de l'histoire

de Noé et «le ses trois fils, devenus, en dehors du peuple d'Israël, Saturne et ses trois (Mitants, Jupiter, Neptune etPluton. La seconde partie se compose de deux livres. Dans l'un Bocliart suit les traces'dcs Phéni- ; iens dans tous les lieux où ils fondèrent des établissements; et dans l'autre il signale et explique les vestiges de la langue phénicienne (voisine de l'hébreu) dans les anciens écrivains grecs et latins. C'est au < lia pitre VI de ce IIe livre que se trouve l'explication des dix premiers vers de la scène première du cinquième acte de Pœnulus de Plaute ; ces dix vers sont, d'après lui, en langue punique, et les six suivants en langue lybienne. Cet ouvrage eut un grand succès. Christine, reine de Suède, qui se plaisait à attirera sa cour les hommes les plus distingués de cette époque, écrivit elle-même à Bochart pour l'inviter à passer quelque temps auprès d'elle. Après un an d'hésitation, il partit en 1652 pour Stockholm, accompagné de son disciple Daniel Huet, plus tard évêque d'Avranches, qui a laissé une relation en vers latins de leur voyage. Pendant l'année qu'il passa à la cour de la reine, il eut occasion d'étudier treize manuscrits arabes, dont il profita pour la composition d'un autre grand ouvrage qu'il publia plus tard sous ce titre : Hierozoicon sive de animalibus Scripturœ sanctœ, Londini, 2 vol. in-fol avec ligures; réimprimé à Francf., 1675, 2 vol. in-fol., et à Leipz., 1793-i796, 3 vol. in-4°. Une édition abrégée en fut publiée à Franeker, 1090, in-4°. Ces deux ouvrages, auxquels on a joint un certain nombre de dissertations critiques de Bochart, portant pour la plupart sur des sujets bibliques, ont été réunis dans Sam. Bocharti Opéra omnia, Lugd. Batav., 1675, 2 vol. in-fol. ; 2e édit., 1692-1707, 3 vol. in-fol. ; 3° édit., 1712, 3 vol. in-fol. Cet éminent érudit mourut subitement d'une attaque d'apoplexie, le 16 mai 1667, dans une séance de l'académie de Caen, qui avait été fondée pendant son séjour auprès de la reine Christine, et dont il avait été nommé membre dès son retour dans cette ville. — Notice sur Samuel Bochart, par Paumier, Bouen, 1840, in-8° de 47 pages : La France protestante, t. II, p. 318-323 ; Niceron, Mémoires, t. XXVII, p. 201-215; Richard Simon, Histoire critique du Vieux Testament, liv. III, chap.XX; J.Leclerc, Biblioth. univers., t. XXIII, Irft part., p. 276 ss. M. Nicolas.

BODE (Christophe-Auguste), né le 28 décembre 1722 à Wernigerode, étudia à Halle sous C.-B. MichaBlis et à Leipzig; professeur extraordinaire à Helmstaîdt en 1749, puis dès 1763 professeur ordinaire de langues orientales dans la même ville, il y mourut le 7 mars 1796. Il connaissait un grand nombre de langues orientales, car outre les langues sémitiques il possédait l'arménien, le persan et le turc; il en profita pour s'appliquer à l'étude critique des versions orientales du Nouveau Testament, pour plusieurs desquelles il publia <Jes traductions latines bien plus exactes que celles de la Polyglotte de Londres, et des notes où il s'attachait à présenter les variantes (pie ces versions fournissent pour le texte original du Nouveau Testament. Dans son

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ouvrage principal (Pseudocritica Millio-Bengeliana, Halle, 1767-69, 2 vol. in-8°), il soumit à une exacte révision les variantes de cette espèce admises souvent trop légèrement par Mi 11 et Bengel dans leurs éditions critiques du Nouveau Testament ; il laissa en manuscrit un travail semblable sur l'édition de Wetstein. — Pour sesouvrages, cf. Mensel, Lexicon der teutschen Hchriftsteller , I; Masch, Biblio thec a sacra, part. II, III ; Rosenmûller, Handbuck der bibl. Kritik, t. I et III; Meyer, Gesch. der Schrifterklœrung, t. IV et Y. Pour sa vie, cf. Harles, Vitae philologorum, t. III ( Bremae, 1768) ; Wideburg, Memoria C. A. Bodii, Helmst, 1796, in-4°; Schlichtegroll, Nekrolog auf. d. Jahr 1796, t. II.

A. Beenus.

BODIN (Jean) naquit à Angers vers 1530, étudia à Toulouse le droit, vint à Paris où il s'occupa de politique, s'attacha au duc d'Anjou et devint, après la mort de ce prince, procureur à Laon où il mourut en 1596. Catholique modéré, il s'est opposé aux rigueurs contre les huguenots, et bien qu'il obtînt que la ville de Laon se déclarât en faveur de la Ligue, il l'amena plus tard à reconnaître Henri IV. Ses ouvrages révèlent une instruction variée, un esprit vif et hardi, maisaussi ce mélange de doute et de foi qu'on rencontre chez tant de savants du seizième siècle. Parmi ses écrits qui s'occupent des questions religieuses est son Heptaplomeres qui, resté longtemps inédit, a été .publié pour la première fois par Gulirauer, à Berlin, en 1841. C'est; un dialogue entre plusieurs interlocuteurs dont chacun prétend démontrer l'excellence de sa religion. Bodin s'y montre théiste, animé d'un profond sentiment de la dignité morale de l'homme, mais très-libre dans ses explications de l'Ecriture. Dans un autre ouvrage, également sous forme de dialogue et intitulé Universœ naturx theatrum (Lyon, 1490), il traite des causes et des fins de toutes choses, et prend si ouvertement parti pour l'incrédulité que le livre fut supprimé. Ses six livres de la République, imprimés d'abord à Paris en 1576, in-f°, et dans lesquels il examine les diverses formes du gouvernement de la chose publique,* sont remarquables par l'indépendance et la sagesse des vues sur les dangers du despotisme et de l'anarchie. La Démonomanie ou traité des sorciers, Paris, 1787, in-4°, est un livre plus singulier qu'instructif; malgré la liberté de sa pensée, Bodin partage encore plus d'une des superstitions de son temps. On doit citer encore de lui une traduction en vers latins du Cynegetikon d'Oppien, Paris, 1555, in-4°, une Oratio de instituenda in republica juventute, Toulouse, 1559, in-4°. et un Methodus ad facilem historiarwn cognitionem , Paris, 1566, in-4°. — Voy. l'article un peu embrouillé de Bayle, et Baudrillart, Jean Bodin et son temps, Paris, 1853. C. Schmidt.

BOECE (Anicus Manlius Torquatus Severinus Boetius) , né à Rome vers 470, d'une famille riche et illustre, se fraya de bonne heure la voie vers les hautes charges par la noblesse de son caractère et par ses connaissances. Il fut longtemps le principal conseiller de Théodoric, mais ayant été accusé de trahison, il fut jeté en prison et plus tard mis à mort par le plus cruel supplice (526). La tradition le représenta comme un catholique zélé; on lui attribua des écrits apologétiques : Quod Trinitas

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sit unus Deus et non très Dit; Adversus Eutychenet Kestorium de duabus naturis et una persona, et une profession de foi; les bollandistes Font rangé parmi les saints. Du moins il oe s'associa pas aux attaques que le néoplatonisme dirigeait contre la religion chrétienne; la mythologie

était à ses yeux, une fable; il considérait les stoïciens et les épicuriens comme les ennemis dé la vraie philosophie. Mais on ne trouve la profession d'aucune des doctrines essentielles de l'Evangile dans l'ouvrage qui a rendu son nom célèbre, le De consolatione philosopktae. Ecrit pendant sa disgrâce, ce dialogue entre la philosophie et Fauteur traite avec une grande élévation de pensée et dans un style élégant le problème de la Providence et du rôle de nos épreuves. La tendance en esl surtout pratique : nous nous élevons au-dessus des misères d'ici-bas en nous unissant par l'amour à Celui qui nous a donné l'existence; la spéculation, sage et timide, s'y inspire de Platon et des vérités les plus générales de la philosophie chrétienne. Cet ouvrage fut traduit dans toutes les langues de l'Europe, en anglo-saxon par le roi Alfred, et commenté par saint Thomas. Le renom de martyr contribua àl'influencequ'exercèrent sur les études latines les autres tra vaux deBoëce, ses traductions ou commentaires de YOrganon d'Aristote, ainsi que des œuvres de Platon, Ptolémée, Euclide, etc. Dans son deuxième commentaire de Ylsagoge de Porphyre, quand il rencontre cette grande question : «si les genres et les espèces existent par eux-mêmes ou seulement dans l'intelligence, et dans le premier cas, s'ils sont corporels ou incorporels, s'ilsexistent séparés des objets sensibles ou dansées objets,» Boëce, quoique penchant pour la solution aristotélicienne, n'ose prendre un parti entre Platon et le Stagirite, et la solution de ce problème devait être longtemps débattue par les docteurs du moyen âge. Placé aux confins de deux âges, Boëce les unit par la tradition, transmettant aux peuples nouveaux les enseignements du monde antique, en les adoucissant et sans rien y ajouter. — Edit. complète de ses œuvres, Bàle, 1570; Migne, t. LXIII, LXIV; De la consolation, Leyde, 1777. Voy. les histoires de la philosophie et de l'Eglise; art. de Hand, dans YEncycL d'Ersch et Gruber, t, XI; G. Baur, De Boethio christ, doctr. asse?-tore, 1841. A. Matter.

BŒHME (Jacques) naquit en 1575, à Altseidenberg, près Gœrlitz (Silésie),de paysans si pauvres qu'il dut très-jeune garderies bestiaux, quoiqu'il fût d'une complexion délicate; plus tard il apprit le métier de cordonnier. Il était fort pieux; la fermeté avec laquelle il blâmait les désordres de ses camarades le fit renvoyer par son patron. Il fît le voyage usité des apprentis, et rencontrant partout des discussions théologiques d'une extrême vivacité, son cœur doux et aimant se replia sur lui-même et chercha la vérité dans la Bible; peut-être connut-il dès lois les écrits de quelques mystiques et ceux de Paracelse. A ces méditations solitaires il joignait d'instantes supplications, demandant à Dieu le secours de son Esprit et la grâce de vivre en racheté de Jésus- Christ. Il fut exaucé au delà de son attente; une fois, une paix ravissante inonda son cœur pendant sept jours, il se sentit comme enveloppé d'une lumière divine, et cet état d'élévation intérieure était il. 21

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si calme qu'il pouvait continuer son travail. En 1594, il revint à Gœrlitz, gagna la maitrise et se maria. Adonné à la vie contemplative, il ne songeait pas à publier ses pensées; mais en 1612, à la suite d'une élévation nouvelle, où il put contempler « le centre de la nature et la lumière de l'essence divine, » il se hâta d'écrire ce qu'il avait vu, pour le relire dans des jours moins favorisés. A cette époque bien des âmes, fatiguées des luttes ecclésiastiques, s'édifiaient dans des entretiens spirituels et mystiques. Plusieurs de ces personnes aimaient à venir conférer avec Bœhme dans sa boutique. L'une d'entre elles, Ch. de Endern, ayant trouvé ce manuscrit, en fit prendre une copie, qui circula sous le nom d'Aurora. Le pasteur principal, G. Richter, fut indigné de l'ingérence du cordonnier dans de si hautes questions; il prêcha contre lui et demanda aux magistrats de Gœrlitz le châtiment de l'hérétique. Ceux-ci le condamnèrent à l'exil ; mais touchés de son humble soumission, ils le rappelèrent et se contentèrent de lui défendre d'écrire. Bœhme obéit à cette injonction pendant sept années ; mais il sentait que la lumière intérieure se retirait de lui ; divers amis, entre autres le directeur du laboratoire chimique de Dresde, le docteur Balth.. Walther, qui avait parcouru tout l'Orient à la recherche d'une sagesse qu'il trouvait enfin dans une pauvre maison de Gœrlitz, le supplièrent de ne pas cacher la science qu'il avait acquise. A partir de 1619, il écrivit de nouveaux ouvrages; un seul, le traité intitulé Le chemin qui conduit à Christ, fut imprimé de son vivant, en 1624, par le soin de ses amis. Cette publication, qui se répandit rapidement, réveilla la colère de Richter ; les magistrats invitèrent Bœhme à quitter volontairement la ville pour quelque temps. Bœhme, à ce moment, n'exerçait plus sa profession; il acceptait, pour l'entretien de sa famille, les secours de ses amis. Il se retira chez l'un d'eux, à Dresde, où il fut bien accueilli de plusieurs personnages considérables. Il eut avec les théologiens Hoë, Meissner, Balduin, J. Gerhard et Leyser un entretien à la suite duquel Gerhard affirma qu'il ne voudrait pas pour toutes les richesses du monde condamner un tel homme. Bœhme n'avait jamais été malade ; il était sobre, modéré dans ses goûts, sans s'astreindre à un rigorisme étroit, et par là choquait parfois Walther qui était beaucoup plus austère. Pendant un séjour en Silésie, il fut pris d'une lièvre violente et se lit transporter à Gœrlitz, où il mourut le 17 novembre 1624, en confessant la foi évangélique. — Les ouvrages de Bœhme ne sont pas d'une lecture facile ; le langage en est inculte, souvent étrange, mêlé de termes empruntés à l'alchimie ; cependant Fr. Schlegel (Hist. de la lût. anc. et mod.) a dit : « Si l'on compare Bœhme aux poètes chrétiens qui ont essayé de représenter l'invisible, à Klopstock, Milton et môme au Dante, on reconnaît qu'il ne leur est pas inférieur pour la richesse de l'imagination et la profondeur du sentiment. » L'esprit de ses ouvrages est profondément religieux, n'admettant pas que les vérités premières puissent être même entrevues sans la piété, et c'est cette piété qui a préservé Bœhme du panthéisme qu'on lui a parfois reproché. Son procédé habituel, c'est l'intuition qui applique à la vie absolue les formes, les symboles que suggère la vie des créa-

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Uires, et sa pensée se mont non dans le domaine de la spiritualité pure ni dans celui de la matière, mais dans le domaine de la COrporéhé spirituelle. Tous ses enseignements se concentrent en une idée fondamentale, qui a été adoptée par plusieurs philosophes modernes, savoir que Dieu if est pas une perfection immuable et simple, mais qu'il y a unenature en Dieu, une substance infiniment riche et diverse, au sein de laquelle s'opère de toute éternité un mouvement, par lequel la Divinité s'entendre, s'affirme librement, devient cette personnalité concrète qui seule a droit de présider à l'existence de, toutes les réalités. Or la vie se réalise parle conflit des contraires, et Dieu est le principe de tout; les forces qui hors de Dieu se combattent, sont donc harmoniquement unies en lui, constituant sept essences, qui, depuis la première, le désir, jusqu'à la septième, la forme, comprennent toutes les puissances, lumineuses ou sombres, terribles ou bienfaisantes, qu'on peut concevoir. Par ce déploiement la Divinité se donne son corps, sa gloire. La création fut le résultat d'un second déploiement du principe qui repose éternellement au sein de l'être; création qui, d'abord pure et bonne , devint chaos par la chute de Lucifer , et le premier chapitre de la Genèse est le récit d'une restitution partielle. L'homme possède en lui-même un lien substantiel qui l'unit à la Divinité, savoir le principe obscur qui est à la base de l'être. Chacun de nous doit s'appuyer sur cette base, mais chercher sa vie ailleurs, dans la lumière qui est Christ, pour reproduire à son tour l'évolution de la Trinité; c'est la seconde naissance. Quelque pieuse, quelque attachée aux saintes Ecritures que soit cette doctrine, il faut reconnaître qu'elle dépasse la sphère du mysticisme; c'est une théosophie, où les préoccupations de la gnose , de la métaphysique l'emportent sur celles de la vie pratique et religieuse. — Après la mort de Bœhme, ses œuvres furent publiées par ses amis ; Abraham de Frankenberg écrivit sa biographie ; Théodore de Tschesch, le docteur Krause, Walther exposèrent sa pensée sous une forme populaire ; J.-A. Werdenhagen, professeur de1 droit à Helmsta^dt, traduisit en latin les Quarante questions sur Vâme (1632). Walther, avant de venir à Paris où il mourut, se rendit en Hollande où il communiqua le système aux classes élevées ; le docteur Comenius le seconda; deux négociants d'Amsterdam, H. Betke et Abrah. Willielmson, publièrent et firent traduire en hollandais les principales œuvres du maitre; E. Richardsoon composa un Chemin du repos (1655); mais cette propagande rencontra des adversaires, parmi Lesquels !<• principal fut David Gilbert (Admom'tio adversus scripta bohemiam, 1643). En Angleterre, le roi Charles Itr ayant lu les Quarante quêtions, envoya un savant à Gœrlitz pour traduire les œuvres de Bœhme en anglais; en 1646 parut une traduction de l'avocat J. Sparrow (une troisième, de W.Law, 1765) ;J. Pordage (f 1698) publia un commentaire estimé. Metaphysieû vera et divinu; ses principaux disciples furent Bromley 'y 161)1), et Jeanne Leade (f 1704), qui fonda la société- des Philadelphes; par eux la théosophie en Angleterre devint surtout visionnaire et sectaire. En Allemagne, la propagande exercée par Quir. kuhlinann <y 1(>8(.)), Christ. Hoburg (-f 167Ô) et Er. IJreckling

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(f 1711), fut dépassée par celle de J.-G. Gichtel (f 1710), éditeur des œuvres complètes de Bœhme, 1682, 10 vol. in-8° (2e éd., 1715, 2 vol. in-4°; 3e éd., 1730) et fondateur de la société des Frères des Anges (Matth. XXII, 30) ; il mêla trop de bizarreries à la doctrine du maître et attaqua la diverses Eglises avec trop de fougue pour ne pas éveiller de violents débats. Les théologiens J. Fabricius, Wagner, Mœller, Calov, etc., répliquèrent avec la verdeur usitée à cette époque, traitant Bœhme d'athée, d'hypocrite, de possédé. Spener, Gottfr. Arnold se prononcèrent avec plus de modération, et les progrès du rationalisme détournèrent les esprits de ces débats. Mais depuis la fin du dernier siècle, quelques penseurs éminents appelèrent l'attention de la philosophie moderne sur Bœhme ; ce furent : le pasteur wurtembergeois OEtinger (f 1782) ; Saint-Martin, qui traduisit en français plusieurs écrits du ihéosophe ; Schelling, qui dans ses Recherches sur la liberté humaine (1809) se servait des termes mêmes de Bœhme; et surtout Baader, qui ne voulut être que le continuateur du philosophe teutonique et donna des commentaires, publiés en 1855. Quant aux théoogiens, si Ton retrouve l'influence de Bœhme dans les écrits de Bothe et Martensen, c'est surtout M. B. Bocholl, pasteur à Gœttingue {Die Realpresenz, 1875) qui maintient la tradition théosophique au sein de la spéculation. — Voy. Jul. Hamberger, Die Lehre des deutsch. PhiL J. Bœhme, Avszugaus dessenschriften, 1844; Zurtieferen Wùrdiqung der Lehre J. B., 1855 (où l'on trouve la bibliographie); Peip, B. der teufsche Philosoph, 1861. Â. Matter.

BŒHMER (Juste-Henning) [1674-1749], chancelier de l'université de Halle et doyen de la faculté de droit, jurisconsulte éminent qui, dans ses ouvrages, éclaira d'une vive lumière l'application des principes du droit canonique au droit ecclésiastique protestant. Il défendit les droits de la liberté de l'enseignement évangélique en face des confessions de foi , méconnue en sens contraire par l'orthodoxie et par le rationalisme; partisan d'abord d'un système territorial tempéré, il inclina de plus en plus vers le système collégial. Bœhmer a laissé de nombreux écrits, parmi lesquels nous signalerons : 1° une édition du Corpus juris canonici (Halle, 1747, 2 vol. in-4°), avec des notes critiques, des tables de matières et d'autres appendices précieux. Elle est dédiée au pape Benoit XIV, qui la reçut avec bonté, ce qui n'empêcha pas la congrégation de Y Index de condamner les autres ouvrages de Bœhmer; 2° Jus ecclesiasticum Protestanhum (1756-1789 , 6vol. in-4° ; le 6e volume parut à part sous le titre de : Jus parochiale ad fundamenta qenuina revocatum) ; 3° Duodecim dissertationes juris ecclesiastici ad Plinum II et Tertullianum (1729) ; 4° Consultationes et decisiones juris (1748- 1754, 3 vol.) ; 5° une Esquisse des Etats de l'Eglise des trois premiers siècles (1733). Bœhmer s'essaya également dans la poésie sacrée. On a de lui 21 cantiques répandus dans les divers recueils de l'Allemagne. — Son fils, Georges-Louis (1715-1797), professeur à la faculté de droit de Gœttingue, est Fauteur de deux ouvrages estimés : Principia juris canonici (1762) et Obsermtiones juris canonici (17 '63). Son petit-fils, Georges- Guiilaume (1761-1839), a publié un Abrégé du droit ecclésiastique protes-

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