TENON — TENTATION
contre lo parlement et les jansénistes, contre lesquels il lança plusieurs mandemeniis.
TEHTATIOM. Le terme original du Nouveau Testament, qui exprime le ftit de la c tentation i» (zetp'jaô;), dérive d'un mot qui signifie « essayer, mettre à Tépreuve, teniare » (TtecpxCctv). Les objets et les cœurs sont mis à l'épreuve, lorsqu'il s'a^nt de s'assurer soit de la solidité des uns, soit de la constance dos autres. C'est ainsi qu'un jour J/'sus éprouva Philippe pour savoir jusqu'où allait la confiance du disci[de en son maître (Jean VI, 6). C'est ainsi que Dieu juge bon d éprouver l'homme tout le long de sa vie. Celui-ci appelé, dans cette épreuve, à se décider entre Dieu et le péché, peut se sentir attiré par ce dernier et pencher de ce o6té: Tépreuve devient alers « tentation. » C'est le sen<i dans lequel ce mot est pris le plus habituellement dans le langage bil)li(|ue. Le fait de la tentatinn peut doncôtre envisagé suus deux aspects dilférents : ou bien, au point de vue (dtjectif, comme l'ensemble des solhcitations au péché qui sont dans le iii(»nde (Luc VIII, 13; 1 Jean II, 16) etauxqnelles on ne pourrait échapper qu'eu sortant du monde (JeauXVlI, 15) ; ou bien, au point de vue subjectif, comme Tattrait intérieur que nous fait éprouver le péché» comme le penchant à céder aux séductions du dehors, eomme « l'amour du monde » (1 Jean II, 15). Dans le premier de ces deux sens, la tentation est voulue de Dieu (I Cor. X, 13); dans le second, elle ne l'est j»as (Jacq. I, 48). — Pour comprendre la possibilité et l'utilité de la tentation, sous le gouvernement d'un Dieu juste t't bon, il faut nous rendre compte du milieu dans lequel elle s'exerce, et de la nature de l'homme qui est tenté. Quaut à l'homme, si, d'une part, il a renié, par la chute, sa vocation véritable, qui consistait à laire resplendir en lui l'image de son créateur, de l'autre il n'a point perdu toute affinité avec les choses divines; il n'est ni ange ni démon, il est homme, c'est-à-dire une créature morale et libre, iailde et fragile. Soumise à des influences mauvaises, non toutes-puissantes, mais très puissantes, dont « la chair » e-t le siège et l'organe, sans qu'elle en soit la cause ou la source première (Matth. XXVI, il ; Uom. VII, 14; Gai. V, 17), Ces influences terrestres et chamelles s'exercent même sur l'homme régénéré; car, bien qu'il soit une « nouvelle créature » (i Cîur, Y, 17), le vieil homme qui, en lui, perd de plus en plus son empire, n'a pas néanmoins totalement disparu ; le péché l'enveloppe fa-ilement (Hébr. XII. 1 ; Jac([. III, H). Or, r cst de cette fragilité morale de l'homme, de cette possibilité de chute (jue prolite la teutatioïk. Elle procède de mille sources à la fuis, attendu qu'elle se sert, pour agir, de tous les éléments qui sont dans le monde, bons et mauvais ; les meilleures choses : la gloire, la beauté, la science, la force, qui sont destinées à glorifier Dieu, peuvent devenir des te ntations, si l'on jouit do ces biens d'une façon contraire à la volonté de celui qui les dispeiis.'. c'est-à-dire en s'y attachant plus qu'à lui-même (Matth. X, 37; 1 J*'i!i V, 21). La vie est d«.nc semé»' de tentations (Kpliés. VI, 12'*: ciiaque âge, chaque caractère, chaque tempérament, chaque position a les siennes ; la joie peut devenir légèreté, la tristesse peut devenir déses* poir ; il est, en outre, d'innombrables tentations qui sont purement spi-
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TENTATION
, rituelles (Ephés. YI, 12; 2 Cor. Vil, Ij. Le péril est incessant; il varie avec tous les momeots de Fenstenee humaine, avee tous les aspects du monde où nous sommes. Toutefois, l*apôtre Jean ramène les formes si diteraes de la tentation, dans le monde, à trois types généraux qui en
rrsiimpnt toutes les manifestaticoe, savoir: la convoitise des yeux ou les • tenUitions de \i\mU\ la convoitise de 1h chair on lt > tentations de sensualité, et lOrgueil de l.i vie ou les tentations d orgueil, d'aiuliition et défausse sagesse (1 Jean H, IG). Cesl ainsi que le monde, qui n'est point mauvais en soi (Gen. I, 31 ; 1 Tim. IV, 4;, devient pour Tliomnie une occasion permanente et multiple de péché, un foyer de tentations. — Après avoir examiné les conditions dans lesqnellea se développe la tentation, soit du côté de l'iuunme, soit du côté du monde, nous devons nous demander quelle en est la cause déterminante. D'où vient la tentation ? Hst-ce de Dieu (Gen. X.\I1. 1 : Ex. XV, 2:i; Jaq. I. 3. 12 ? Est-ce de notre propre coeur (Jacq. 1. 14) ? Est-ce de Satan (Matth. IV, 1)? L'iaipnlsion au mal est absolument incompatible avec la notion du Dieu saint; en aucun sens, à aucun degré le pécheur ne peut rejeter sur Dieu la reqiossabilité de son péché (Jacq. I. 43). Par là, toute doctrine déterministe ou panthéiste est convaincue d'erreur. Si Dieu tente l'homme, c'est au bien qu'il le lente, afin qu'en choisissant librement le l>ien, rimiiHue s'y enracine et prenne plus énergiquement possession de l'objet de son choix. — Dieu, qui a créé l'homme libre, respecte en lui son œuvre en respectant sa liberté ; il ne le contraint donc pas au bien, il l'y invite en le soumettant à réprouve, d*o(i il pourra sortir vainqueur, c'est-à-dire d'autant plus affermi dans le bien qu'il a, par un aete de sa volonté, repoussé le mal. Ce que IHau a non seulement permis, mais vonlu. c'est que l'homme se trouvât aux prises avec les inilucnces du njonde ; mais, loin de nous li-nter au mal, en nous présentant ce combat moral, c'est lui qui nous fournil le moyen de sortir de la tentation (1 Cor. X, 13; 2 Pierre 11, 9; Apoc. 111, lu;. L'épreuve qui rentre, comme épreuve, dans le plan éducateur de Dieu, ne communique à celui qui y est soumis aucune grâce nouvelle, mais elle montre ce qu'il est ; ses vrais sentiments, son vrai caractère apparaissent ; le tond de son être moral se découvre (Deut. VIII, 2). Ce n'est (jii à la cnndition d'avoirrési^té à l'épreuve que sa loi pourra être reconnue de bon aloi, et qu'il sera lui-même « un homme éprouvé » ^odxiaoç Y£v^;mvo;, Jacq. 1, 12). Aussi, les deux chets de l'humanité, le premieret le second Adam, furent-ils soumis à la tentation. Le pramier y succomba, et sa défaite fut celle de sa race: le second en triompha, et sa victoire fut celle de l'himianité rachetée. Dans la tentation d'Eve et d'Adam, comme dans celle de Jésus, on retrouve les trois principales sujçgestiniis du péché: la convoitise de la chair (Gen. 111, (>: Matih.IV. 2. la convoilise des yeux .(le ii. III. (i; Matth. IV, 8. 1») et l'orgueil delà vie (Gen. 111, 5; Mattb. IV, OJ. En iace de celle double teutation, la personnalité morale d'Adam et de Jésus s'affirma; elle s'aiBrma en mal pour Adam par sa séparation volontaire d'avec Dieu; en bien pour Jésus par son union volontaire etabsolue avec Dieu; «il a été tenté,sans pé* cher» (Hébr. IV, 15}.L'Ëcrituie sainte mentionne de nombreux emmples
TENTATION
dp sen'ifpurs <lo Dieu qui furent également mis à l'épreuve : Abraham (Gen. XXIL 1 : Hél.r. XI. 17), Ezéchias (2Chron. XXXII, 31), le peuple d isrn»'! Kx. XV, 25: Deiitér. VIII. — On ne sauniit assez remarquer le caractère éniinemaient sérieux que la teotatiuii imprime à la vie Tctigieiise: oeU»-ct n'est poist vm oontamplation pieme ou un aimple attendriMement àn ocmt, e'eet une véritable lutte eontre deè inflnenees mauvaises, un glorieux combat d*où Ton tort Tainqueiir on vaincu. L'un des moyens par lesquels Dieu nous éprouve le plus souvent, c'est la souffrance proprement dite qui sert de piprre de touche pour constater notre soumission (Jacq. I, 3), notre confiance en Dieu, lorsque nous Sûiunies accablés sous sa main. Aussi, le mot » épreuves » désigne-t-il fréquemment « lea aiDictiona » (Lue XXIL 28; Actes XX, 19) qui oeeopent une plaice ri eonsidérable dans notre vie («oocAott Jacq. I, 3)» et ont pour but Texercice de la foi (Hébr. XII, H), raffermissement spirituel des affligés (Hébr. XII, 12). — Si la tentation, en tant qu'épreuve, vipnt de Dieu, la tentation au mal vient du cœurde l'homnie (Mattli. XV. 11»; eçoOev, Marc YII, 23). La convoitise une fois alluiuée en nous, la volonté s'en empare et la fait passer à l'état de péché ; celui-ci mit la tentation intérieure, comme l'acte suit Tidée et produit Tendurcis8emMit(Hébr.ni, 13), •puis la mort qu*il portait en germe. Cette tentation intérieure est d'autant plus dangereuse qu*eUe agit dans l'ombre ; llmnune est « attiré » dans ses filets, « amorcé » par elle (Jacq. 1, 14). — Knfîn, comme dernier auteur de la tentation, l'Ecriture sainte signale un être malfaisant appelé de divers noms, qui tous lo dépeignent comme le séducteur et l'ennemi des hommes : Satan (adversaire, Job I, 6. 12 ; 1 Cor. VIL 3), le diable (calomniateur, Matth. lY, 1 ; 2 Tim. Il, 26), le teniatenr (Matth. IV, 3 ; 4 Thess. III, 5), le serpent ancien (Apoc. XII, 9; allusion à la chute : Gen. IIL 13 ; 2 Cor. XL 3), le prince de ce monde (Jean XIL 31 ; XIV, 30; XVI, 11), le prince de la puissance de l'air (Ephés. IL 2), le monarque de la mortillébr. IL lis If séducteur de t'»ute la terre (Apoc. XIL î.)), le Dieu de cesiècle ( :2 Cor. IV, 4i. Bornonsnous, sur ce sujet, à une triple remarque : i " Etant donné unroyauuie àm mal, opposé au royaume du Christ, il est parfaiteoient coneevable qn*à la téte de ce royaume se trouve un être personnel totalement mauvais (ôTTovTipdç, Matth. IV, 13; XIII, 19), eu qui se déploie, avec une intensité exceptionnelle, la puissance du péché, et qui l'exerce toujours davantage à mesure que s'étend la puissance du Christ; 2'^ Dans la mesure où il est pécheur lui-nicine, il devient nécessairement tentateur à l'égard des hommes, cherchant à les entrainer dans le péché (Matth. IV, 3; Jean VUI, 44, 45 ; I Pierre V, 8; 1 Cor. VII, 5; I Thess. III, 5), cachant perfidement ses desseins (2 Gor. XI» 9, 14) ; 3" Les moyens par lesquels il nous tente sont indirects; savoir: le uionde extérieur dont il est « le prince i (ipyow toû xôt;xoj toutou, Jean XXL H), notre nature sensible <- la chair »'(Malth. XXVI, 41; (lal. V, 17), et surtout les convoitises intérieures (Ephés. IV, 22) ; en sorte qu'il est vrai de dire à la fois que c'est Satan qui nous tente, et que nous sommes tentés par notre propre cœur, dans lequel Satan agit, et auquel il inspire des pensées sataniques (Actes V, 3). Quelle que soit sa force on sa ruse, U est
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toujours possil)le de repousfior ses attaques avec les amies de Dieu (Ephés. VI, 10. 17), sa puissance avant été virtuellement brisi^e par Jésua-Ghrist ;Luc X, 18 ; Jean XXVI, 33 ; 1 Jean III, 8). — Tels étant les périls dont nous menace la tentation et son caractère universel, Jésus nous enseigne à foire monter vers Dieu cette prière : « Ne nous induis point en tentation » (Luc XI, 4). Cette demande ne contredit nullement la déclaration de l'apt^tre Jaques, savoir que « Dieu ne tente personne, n Elle suppose simplement que le fidèle, aprî's avoir imploré le pardon de ses oflenses passées (Matfh. VI. 12'. so liturne. avec une irrandi' défiance de lui-niôme, vers l'avenir, où il sait que des tentations de toute nature Tattendent (I Jean Y, 19) et que, dans le sentiment de sa faiblesse» craignant de commettre des fautes nouvelles, il souhaite que Dieu ne le place pas dans des circonstances telles qu*il y serait sollicité au mal (Maftli. VI, 13). I n homme pieux paraphrasait ainsi cette demande : « Si l'occasion de pécher se présente fais que le désir ne se trouve pas en moi; si le désir est là, fais que l'occasion ne se présente point! » [Comimnlairea sur saint Luc, par Oodot, vol. II, p. (Hi . — Contre la tentation, Jésus indique à ses disciples un double refuse: la vigilance et la prière (Matth. XXYI, 41 ; Luc XXII, 40). La victoire sur les tentations suppose donc les conditions suivantes: une ferme volonté de ne pas so mesurer témérairement avec elles, mais de les fuir sans hésitation aus.'it«M (|ue nous en avons reconnu le danger pour nous-mêmes exemples : tels plaisirs, telles lectures, etc.; tout ce qui peut laisser en nous quelque souillure de la chair ou d.* l'esprit. 2 Cor. VII, 1 ; i-ô zavt>^; htouç ifovTjtoCi à^ré/eiOe, 1 Thess. V. 22] ; une rupture immédiate et nécessairement douloureuse avec des habitudes, quelque enracinées qu'elles soient, qui peuvent compromettre notre vie spirituelle (Matth. Y, 29. 30); la recherche assidue d'un milieu qui soit fevorable au protzi ès de notre sniictirKatiou (travail, famille, amitiés, etc.: l'activité cliréliennf (jiii. mcttaiil toutes nos forc'-s an s.rvice de Dieu iRoiii. Xll 11', n en laisse jioinl Je dispcuiibies |»our le Iciilatcur: enîin, le don dii [dus en plus complet do notre coiur à Dieu .Matth. XXll. 37: toul sou cœur, toute son âme, toute sa pensée ; Rom. VI. 13), état nouveau où les divers éléments de la vie sont rangés sous le principe suprême de la volonté de Dieu (I Cor. YII, 29-31), et qui devient en nous une habitude intérieure , t conime une seconde nature, sur laquelle les tentations ont de moins en moins prise. — L'expression « tenter Dieu, » assez fréquente dans l Ancien Testament, signilie (|iie l'on doute de lui, de sa puissance, de sa liilélilé. Dieu se plaint (jue son peuple, au lieu decroire en lui, le met à l'épreuve dans uuc intention profane (Ex. XVII, 2. 7 ; Nomb. XIV, 22; Ps.LXXYUI» 18. 19. 41. 56 ; CYI, 14 , Acte* XV, 10). soit pour voir jusqu'où va sa patience (Ps. XCY, 9. 10), soit pour faire servir sa puissance à des desseins égoïstes (Matth. 1Y,6; Ps. XCI, 11). Jésus a posé le principe scripturairc ahsohi : « Tu ne tenteras pa- le Seifrneur. ton Dieu ». (Matth. IV, 7; Dent. VI. Ki). — Pendant le ministère de Jésus, les pharisiens et les sadducéens le mirent plus d'une filis à l'épreuve (zstpâ;ovTeç) pour lâcher de le trouver en faute, le mettre en contradiction avec la loi de Moïse ou avec lui-même, et avoir un
TENTATION — TËRTULUËN
mottfderaoeuMr(HAtth. XYI, i ; XIX, 3 ; BfareTm, 11 ; Lue XI, IG ; Jean YIII, 6). Ces questions captieuses, Jésus les repousse par cette parole de reproche : « Pourquoi me tentes-vous? » (Matth. 18). En outre, nous voyons, dans une occasion spéciale, l'apôtre Pierre accu»
ser deux membres de l'Eglise primitive de s'être entendus pour « tenter l'esprit du Seigneur, » c'est-à-dire pour essayer de le tromper (Actes Y, 9}.
Jean Monod.
TERRITORIAL (Système). Voyez Eglises protestantes (Organisation).
TER8TRB6EN (Gérard), mysii<iuu réfonné, néàHeurs,en Westphalie, en 16T7, mort en 1760. Bien qu'il manifestât des dispositions prononcées pour les études, sa mère lésolut d'en faire un négociant. Pendant qu'il ('tait on apprentissage, il passait des nuits entières à prier, à lire, à médiier. Devenu t'abricant de rubans, il vécut dans une gène extraordinaire, donnant aux pauvres tout ce qu'il gagnait. Maladif dès l'enfance, il Souffrit déplus un plus, demeura isolé, abandonné de tous ses parents, et tomba souvent dans une profonde misère, à laquelle se joignirent des peines intérieures et une tristesse extrême. Ce fut dans ces circonstances qu'il fit la connaissance d'un pieux visionnaire, du nom de Hoffmann, qui tenait des réunions d'édilication à Miilheim-sur-la-Kuhr (1710). Terst«'*'gen contracta avec lui une amitié qui dura jusqu'à sa mort. Ce fut aussi à cette époque (17:21) (ju'il si^nia de sou sang l'engagement de se consacrer au service du Christ. En 1730, il renouçu à sa profession industrielle et se mit à prêcher. Sa réputation s'aeemt rapidement et il publia une série d'ouvrages originaux ou traduits de mystiques lran« çais, particulièrement de Labadie, de Poiret, de M"^ Guyon, qui firent connaître son nom bien au delà des limites de son cercle d'activité. Parmi ses nombreux écrits nous >iL:naleron3 : 1" ses Sermuiis; :2<» ses Miettes sjjirifuellc'i, discours (ju'il prononça de 1753 à 175G, et (jui ont été ttéiiugrapiiiés ; 3° C hauts sacrés tirs enfants de Sion; 4" Le Collier deperles^mi); ^û'' Le Jardin spirituel, 1727 (7«éd., 1768; lo'éd., 1855), oii il se révèle comme un poète religieux de premier ordre. La note dominante de ses chants est le repos bienheureux que l'àme trouve en Dieu et le renoncement au monde comme le moyen d'y parvenir. Une onction pénétrante les anime et la forme dont le poète les revêt est d'une piin'té [»r«'sque classique. Une foule de ces chants ont passé dans les divers recueils liyiiniologiques de l'Allemagne. — Voyez la Con'esjjou" dance de Tcisteugcii, publiée à Solingen, 1773-73, 4 vol.; ses Œuvres templètest qui ont paru ches Bsdecker, àEssen; la Vie et le Catalogue de ses écrits qui se trouve en téte du 3* vol. de la correspondance ; les Prières de Tersleeyen, publiées par Kerlen, Mùlheim, 1852; ses Peméet mr les œuvres du philosophe de Sans-Souci, 1853 ; Kerlen, Gr. Tersteeg'-n, dcr fromme Liederdichier, 1853; M. Gœbel, 6Viir//. des chr, L'Otfti^-, ni, 289 ss. : Krugg, (i>'srh. des Sektirer, etc., Elberf. , 1851, et l arli' le de W. KruUt, dans la Meal-L'ncyl. de llerzog, XV, 357 ss.
TEETULLIEN (Quintus-Septimus-Florius), le plus éloquent écrivain du christianisme occidental pendant les trois premiers siècles, esprit fougueux, absolu, cieur sincère, passionné, toujours porté aux extrêmes, tour à tour défenseur intraitable de la tradition et adversaire enflammé
TERTDLUEN
âe 1a hiérarchie, est la- personnalité peut-être la plus origisale de Taoeiemme EgUie. Son influence a été considérable sur elle, bien qu'il ait ofaexché à en rompre violemment l'unité; le sillon de sa pensée se retrouve partout, surtout aprts sa uiurt. Né en 160, à Carthage, il était le lils d'un centurii)n tin proconsul de cette ville (Jérôme. vir. iilusf., 53), il se tourna vers le barreau. Don»'' d'un p?pril ;\prc el véliément {id.), il était bien de .sa race et de son temps; bouillant comme un Africain, parlant une langue colorée et tourmentée que ne dominait plus le grand goiitclasfliqae et qui ca^kit les orateurs ie la décadence. Sa culture était vaste ; il écrivait le grec comme le ktin {De haptùmo^ iS). Sa jeunesse fut dissolue, emportée au courant des passions désordonnées {De resurrect cam., 52) comme on pouvait l'attendre d'un homme de son tempérament, tant qu'il resta païen. S'il ne tût pas devenu chrétien, il n'aurait été (ju'un rhéteur brillant, aiguisant les mots à fllét. coijsumauL &ii vie dans les basses voluptés ou des succès Irivoles. La crise morale qui le transforma donna à son esprit somme à son ooeur une trempe nouvelle, sans enlever au premier sa subtilité et au second son ardeur passionnée, contre laquelle il avouait qu'il lui fidlait constamment combattre [semper xgtr caloriàm impatientix ; De patientia, 12). Seulement son unlent amour pour la plus '^rau-le des causes éleva ot purilia toutes ses lacultés, Irs concentra vers un but unique, et de cette parole qui n'eût été qu'une arme de parade lit une épée de combat acérée. Il fut, la plume i la main, le plus grand orateur de l'ancienne Eglise; tour à tour son défenseur auprès des autorités romaines, une sorte de tribun du peuple pour réclamer ses franchises au dedans, enfin son justicier, la main levée contre toutes les hérésies du temps. Terlullien personnifie la crraridc opposition entre l'ancien mondo et le nouveau. De là cette langue toute semée d'antithèses tranché et heurtées. Deux mondes ennemis s'entre-choquent sans cesse, dans son style comme dans sa pensée. On croit entendre à chaque phrase se croiser le fer de champions acharnés, et l'étincelle qui vous éblouit est rédur qui îaillit de kur choc. — Les circonstances de sa conversion ne nous sont pas connues. Nous avons aussi très peu de détails sur sa vie. Nous savons qu'il a été élevé à la dignité d'ancien ou de prêtre dans l'Eglise de Carthage (Jérôme. De vir. il/usf., 531. Il a été in;irié, car nous avons de lui deux lettres à sa femme. C'est à cette période que se rapportent ses échu d'apologétique ou de morale chrétienne. L'événement le plna important de sa vie ett son voyage à Rame, à l'époque des luttes entre Gallisto et Hippolyte, sous Tépiscopat de Zéphyrinu!». Il y prit violemment parti contre le parti hiérarchique (jui était très incliné au relâchement de la discipline (voir l'article sur HippolyUt), On trouve des traces brûlantes de l'indignation de Tertiillien contre la tendance autoritaire multiludinisto du clergé de Rome dans son traité J)e pudicùia. Il s'attaque directement, dans des ternies aussi violents que ceux d'Uippolyte, au &meuz décret de Zéphyrinus qui concédait i l'évéque le droit de remettre les péehés mortel» {De pudicitta). Ce fut à la suite de sa lutte avec le clergé romain qu*il embrassa le mon taniime, objet de ranimadversion et des anadièmes de Zéphyrinus
XfiaiULUËN 31
- {hwidUs et eontumeliia eleriserum romammEcciêam ai Mêntam dogma
idapsus; Jérônje, De vir. illust., 53). U en devint Tardent et infatigable champion (voir XtJ^kX^ Monlamsme)', ses principaux traités ascé-
- tiques et aiitignostiqucs se rapportent à cette date. La tradition qui le lait rentrer dans l'Eglisfi orthodoxe avant sa mort est sans aucun fondement; elle est démentie par la survivance, en Airique, d'une secte portant son nom (Augustin, £k kxre».^ 86). Il mourut avancé en âge, ▼en 34D {feHwr msi$$e mçue ad deerepUam œtatem; Jéiôme, Jh vir. illust., S3). La déerépitnde dont parle Jérôme n'a point atteint le crédit de Técrivain, tout schismatique qu'il ait été. Gyprien l'appelait toujours le Maître. Il est resté une des influences intellectuelles et mo-
: raies les plus puissante? de ranciennc Eglise. Quand iSeander intitulait la monographie qu'il lui a consacrée VAntiynosiicuSy il résumait avec une rare finesse toute sa tendance. Il s'est porté à l'extrémité opposée de la gnose avec la coneeption iateileetualiete du monde, sa manie de . phihMopber, d'idéaliser, de faire évanouir' la réalité en eymbole et en ; synthèse. TertulUen est le réaliste par ezeellaoee, et cependant, par une , bizarre inconséquence qui tient à son .riforisme moral, il a partagé les tendances ascétiques du guosticisme exapéré. Au reste, il n'est pas possible d'enfermer dans une lornuile une nature si complexe, si riche, si bouillonnante. Essayons de l'envisager sous ses divers aspects, en passant
* lapidement ea revue tta écrits. Us nous le feront connaître tour à tour comme apologiste, comme controversiate, comme nMica}iste et comme théologien. Noos aurons soin d'indiquer leur dote appfoiimative selon
- qu'ils précèdent ou suivent son accession au montanisme, bien ^'au fond sa conception n'ait guère tléclii dans ses grandes lignes.
I. Ëcarrs ahologetiques Tehtuluen. 11 faut distinguer dans ces écrits le plaidoyer légal de la partie destinée à établir la vérité de la religion nouvelle. Le plaidoyer prédomine dan» U grande apologie et dans la lettre à Scapula, écrite à la fin de la vie de Tertullien. On trouve la pensée fondamentale de son apologélique proprement dite dans le Testimomum anhn.e. La grande apologie de Tertullien demeure le plus glorieux monument de l'éloquence chrétienne à cette époque. Ebauchée dans le \rdi\r Adv. nnliones^ elle se déroule pleine d'éclat, de vigueur, de noble tierté dans des jiages iunnortelles. Sans nous arrêter à la décisive réfu- Istioo des aecusations ordinaires, des calomnies courantes contre les . chrétiens, il importe d'y £iire ressortir la haute raison avec laquelle Teiv
• tulliea soutient le point de droit H reconnaît la compétence de l'Etat ■ dans sa sphère pour l'y renfermer strictement; bien loin de contester à
l'empereur son autorité, il l'admet si bien qu'il prétend que les chrétiens sont ses plus duciies sujets. Hectjunaissanl qu«' son pouvoir est établi de Dieu, ils ont le droit de dire ; ISostev est mayis Cmsar cl a noslro JJeo €omtUufus y^pol,^ 23), à une codditinn cependant, c'est qu'il laisse la liberté de la religion : iièertatem re/t^t'on» {ApoL^ 23). Tertullien a eu rbonneur de prononcer le premier le mot de liberté religieuse après avoir demandé la chose. S'il refuse à l'Etat le droit de persécuter, ce n'est pas pour le rendre ii l'Eglise, témoin cette grande parole : A'on est nligiones cogère t eiigioaem \A(i ^ca^/ui., XI). u iUeii de plus irréligieux