‹ Encyclopédie des sciences religieuses;Chapitre 118 sur 158 · GRAF — GROS · texte numérisé non relu

GRAF — GROS

pièoes à Tappui, Leipz., 1846 ; 4^ Moslieheddm SadCs Luitgarien, Iéiia,i850, â vol.; SfiZa morale du poète penanSoài^ àxû.%\eA Beitrmge sur theol. Gesel/schaft, 1851 , III ; 6^ De îemplo siionensi, Misen., 1853 ;

7° Le Boston dôSjidi, texte persan avec un conmientaire persan, Vienne 1858 ; 8" Le prophète Jrrémie, Leipz., 1863 ; 9® Les Livres historiques de r.\-T., Lc'i^'/.., 1866; {0'' Die sor/enanntf (rnindsrhrifl des Prntnteuchs, Leipz., 1869 ; 11" un fîraiid nombre (rarticles dans ia Zeilschrijl der di'alsrh-morf/enLe/tdisc/ti'n (i>'srl/s( /taft, vol. IX-XÏX.

GROS iNiroIas Lo) naquit à Reiin-;. en 1675; sa (aniille ('tait do liasse condition, ujais par la laveur de rarclievôtiue Le Tellier, il lit ses éludes an petit séminaire et passa ensuite aux cours de théologie qu'il parcourut d'une manière brillante. Fait prêtre, puis docteur de l'université de Reims, il y devint chanoine de la cathédrale. A la mort de l'archevêque, M. de Maillé priva Le Gros de ses fonctions et de ses bénéfices, et obtint contre lui une lettre de cachet à cause de Topposition de ce dernier à la bulle ^'ne^^ii/t^. Le Gros, en elFet, s'était mis à la tête des appelants et des réappelants, écrivant contre la bulle avec chaleur, et ne perdait aucune occasion de manifester son attachement aux doctrines qu'elle coudaïunait. Obligé de fuir et de se cacher, il parcourut successivement les provinces de France, l'Italie et la Hollande où il Unit par se fixer et où il mourut le 4 décembre 1751 à Rhiuwik, âgé de 75 ans. C'était un homme bienveillant et doux, quoii^ue très ardent pour ce qu'il croyait être la vérité. Son ardeur, du reste, provenait de la sincérité de sa nature et de la droiture qui était le fond de son caractère. Pieux et savant, il fut un des ecclésiastiques les plus recommandablcs de son temps. Il a laissé un grand nombre d'écrits et de factums sur la bulle et sur les disputes théologiques de son époque, et qui ne peuvent plus intéresser personne aujourd'hui. Nous ne parlerons que de ses autres ouvrages dont voici la liste : 1" La Sai/tlc Bible, traduite sur les textes oriyhiuux (wer les di/férences de la Vule/a(r, (jologne, (Amsterdam). 1730, in-8**. Iloudet en a publié une édition nouvelle en 1756 augmentée de concordances, de tables chronologiques, de prières, de notes et d'un discours très remarquables suf les prophètes, où les doctrines futuristes, mises en avant par des protestants de nos jours, notamment par les darbistes, se trouvent comme en germe : ce sont 5 petits volumes in-lâ, d'une impression charmante. Les différences entre l'hébreu et la Vulgate donnent un grand intérêt à cette traduction ; 2"^ Lettres théologiquet contre le traité du prêts de eommeree et eiujénèrnl contre toute usure^ 1739, 17i0, in 4®, ouvrage bien fait, d une doctrine ferme et d'une morale sévère, selon un biographe de l'auteur; 5" Dognia ecclesiie circa usuratn crpositum et vindicutum, Lille (Ulrecht), 17110, in-4" ; Eclairrissement /tis(nri(/iir et dogmalitjue sur la contrition [se trouve dans les « Mémoires » de Lanc( lot, t. 1,Y«. pièce) ; ^''Méditations sur la concorde des Evangiles^ Paris, 1730, 3 voL in-i2 , bon livre ; 6<> Méditations sur VEpitre aux Romains^ Paris, 1735, S vol. in-12 ; 1* Méditations sur les épitres catholiques de saint Jacques, saint Pierre et saint iean^ Paris, 1754, 6 vol. in-12; 9^ Motifs invincibles dattaehement à Vêglise romaine pour les catholi- {«et, ou de réunion pour les prétendus réformés, Tours^ 1 vol. in-lâ ;

634 GUÛS — GRUiNDÏViG

DUecun sur le» miraeles de M* de Parât diacre, en tète du « Recueil des miracles opérés au tombeau de M.Tabbé de Paris, » 1733, in-l* et in-12 ; 10^ Manuel du chrétien, contenant : l'ordinaire de la messe, les psaumes, le nouveau testament et Piinitation de Jésus^-Ghrist, traduits

du latin. in-i2 et in-l8 ; souvent réimprimé. — Lf (iros avait en outre composé un ouvrago sur l'Apocalypsci et un Irait»' latin'i f\f l'Eglise, restés manuscrits. Ou trouvi' \o catalogue complet do ses ouvrages dans le Moréri de IT.iîJ, et daus le quatrième volume du petit *• Nécrologe; » le tome II du même ouvrage, ^^p. 261 et suiv. ) reutemie une notice sur lui. On peut consulter sur ce théologien : les îVouoelles ecclésiastiques des 30 janvier et 6 février 1753, ainsi que les Mémoires pour servir à tkistoi're ecclésiastique pendant le dix-huitième siède^ t. IV.

A. Maulvault.

6RUin)TVI6(Nicolas-Frédéric-Séverin), « le prophète du Nord, •> célèbre historien, poète et prédicateur danois, né à rdhy, dans Tile de Sieland, en 17H3, mort h Copenhague en 1872. Kils d'un pasteur luthérien pieux, élevé par un oncle dans une solitu<le relative, (irundtvig fit ses études en théologie à G«tpei)liague, se déveloj)|)aiit d une manière originale et indépendante, en opposition déclarée avec le rationalisme régnant. La philosopiiie idéaliste de Schelliug, éloqueniuient enseignée par Henri Steil'eDS, et les poésies patriotiques et romantiques d'Œblensclilœger donnèrent à son esprit ardent et à son imagination enthousiaste une direciion que TiHude de l'Edda et de Thisloire primitive de la Scandinavie acheva de préciser. Pendant ses années de préceptorat dans Tlle de Langeland, Gundtvig posa les bases de ses convictions chrétiennes, à la fois libres et positives, et publia ses premiers écrits sur la Doctrine des Asa, les Chants di' VEddd, la RcUfjion et la /idirf/ir. De retour à Copenhague en 1808. il lit paraître son ouvrage le plus un[)ortant, .Vo/y/'Vj.< Mythol'>iji»' \ ^'^éd., 18.'{2 ; et son prenner recueil de jtoésirs, Optnn o/ K^œtnp*:- /(fi'ts uiidrrt/auf/ i .\('i'd. Hn 1810 il lut nounné vicaire de son père, et, deux ans après, parut son Manuel de l'histoirn du monde, surte de revue philosophique de l'histoire^ pleine d'aperçus fins, ingénieux, spirituels, où il développe la thèse chauviniste que le Danemark est appelé à être la Palestine de Thistoire moderne. — Après la mort de son père. Grundtvig se fixa à Copenhague (1813), où ses prédications enflammées et mordantes, dirigées contre le rationalisme du temps, causèrent une profonde sensation. C'est de cette époque aussi que datent, outre plusieurs nouveaux recueils de poésies, une traduction danoise de Saxo (Jraminaticiis et <le Snorre Sturleson. Ce lut le roi i'rédéric VI, graud admirateur du poète danois, qui. sans consulter ni évèque ni consistoire, nomma (jrniudtvig, retenu jusque la loin de toute fonction oflicielle, pasteur de Pruisloë, petite ville de Seeland. « t. Tannée suivante (18i2j, chapelain de l'église du Sauveur à Copenhague. Le lougueux prédicateur ne tarda pas à grouper autour de lui un auditoire nombreux et enthousiaste. En 1825, il publia contre le libéral dausen sa Protestatiim de VEglise (Kirkens Gjenmxle), dans laquelle il le sommait de déposer ses fonctions de professeur à runiversité comme ennemi déclaré de l'Ëglise et de sa foi; le tribunal condamna l'auteur de cette dénonciation

GRUNDTVIG — GRUNEISEN

à une amende de 1(X) thalers et frappa de la censure ses écrits futurs. Grundlvig donna alors sa démission, ne voulant pas servir une Eglise qui reniait ]a foi et la coDfeasion des pères. Il continua en qualité d^bomme privé, vivant du produit de sa plume, la série de ses publications, dans lesquelles il prônait surtout sa nouvelle découverte de l'autorité normative, indépendante même de l'Ecriture sainte, qu'il revendiquait pour le Symbole dit des apôtres. Il obtint du roi Tautorisation de prêcher dans l'église allemande de Frédéric, qui, pendant dix-huit ans (1H31-I849j. réunit une foule toujours grandissante d'auditeurs. Sans sortir de l'Eglise étalilie, flruudtvig distribua le pain de vie à ceUc multitude d'où surtinMit les principaux promoteurs du Uéveil dans le Danemark. — Ses CaniitfUfs, dont la première édition parut en 1837 (dernière en 1875), ne contribuèrent pas peu à fortifier la foi de ses partisans. Il va sans dire que Grundtvig, animé du sentiment patriotique le plus ardent, soutint la cause nationale contre les revendications germaniques et prussiennes. La constitution démocratique (1849) du I]^emark et les libertés successives que l'Etat accorda en matière religieuse (1855 et 186S) furent, en grande partie, le fruit des efforts de Grundtvig et de ses adhérents. La suppression du baptême obligatoire est son œuvre la plus directe (1857). Il demandait ces libertés, persuadé qu'elles profiteraient surtout aux croyants, ne considérant d'ailleurs l'Eglise que comme une institution purement civile, sans caractère spécifiquement chrétien ou luthérien, destinée à abriter dans son sein toutes les communautés religieuses sans distinction de symbole. Il donna également une vive impulsion aux écoles et à l'enseignement populaire. — Voyez Hansen, Weun ti. Bedeutung det Grundtvigianismus, Kiel, 1863; Lutke, KircM, Zuiiœnde in den tJ^fimdin. Lœndem, Elberf., 1864; Paul Pr>-, Crnmdtoig^ Biogr, Shizze^ Copenh., 1871; Kaftan, J)er Prophet des Xorflens, Bâle, 187G, et l'article de M. Michelsen, dans la Heal Encycl. de Herzog. 2' éd., Y, 439 ss.

GRUNEISEN (Charles), prédiaiteur distingué, né àStuttgard en 1802, mort en 1878, fils d'un conseiller de ce nom, qui fonda la célèbre feuille périodique intitulée le Mnriji-iibuid, l'un des recueils littéraires les plus estimés de l'AllemaiJrne. Il étudia la tliéolo^'ie à Tubiugue. puis à Berlin, OÙ il s'attacha à Schleiermacher. Après avoir occupé plusieurs postes ecclésiastiques dans sa patrie, Grûneisen devint en 1825 chapelain et en 1835 premier prédicateur de la cour. Il prit une part importante à la révision de l'agende et du recueil des cantiques en usage dans les églises du Wurtemberg. La conférence d'Ëisenacb, où se réunissent chaque année les délégués ecclésiastiques des divers gouvernements protestants de l'Allemagne, lui décerna la présidence, qu'il garda de 18iC à 1868. On a de Oruneisen, outre plusieurs recueils de Sennons ( i8.'i5, i8i2, ^Ic.) et des brochures relatives à l'alliance entre les diverses Eglises de l'Allemagne évangélique, un recueil intitulé C/u isttirhes Kunslhlntt \ une monographie : IS irnIns Manuel, rir d'un jirmtrfi, porte, (jur.rr 'u>t\ komme politique et réformotrur du XVi« stèe/e, 1837; La vie des artistes à Ubn au moyen âye, 1840; une étude mt Le earaetèn moral de la tculpture chez les Grecs; un recueil de chansons, i8â3; une importante

GRUNËISËN — GUNTUËli

brochure Sur la réforme de$ eatitiqueSy 1839; un Manud chrétien sous forme de prières ot de chants religieux, etc., etc.

GUÉRANGER (doni Prosper , écrivain religioiix, né au Mans en 4806, mort à Solesim' (1875), dont il fut l'abbé et l'historien. Guéraiiger a beaucoup écrit. Outre sa Xnlice sur Cnbbaye de Solesm^s, 1830. lia puldi/' dos Instittttlons iiturrfiques^ 184()-18i2, 2 vol., qui contiennent uiio vive poiémiqup contre l'Ef^lise gallicane dont Guérangor était l'adveréaire décidé; puis L'année liturgique, tivol., contenant six ouvrages parus séparément: l'Aoent, 1842; le temps de iYoël^ 1847; ie temps de la Septuagésime, 1851 ; le Carême^ 1854 ; la Pasnon et la semaine sainte, 1856; le Temps pascal^ 1859 ; un Mémoire sur la question de VlmmaeuUe Conception ie la Vierge^ 1850 ; une ffàtoàre de Ste Cécile, 1853 ; un ^ssai sur le naturalisme contemporain, 1859 ; une brochure, De la monarchie pontificale. 1S70; une Défense de V Eglise romaine contre les accusations du P. tirai ry, 1870; Ste-CécUe et la société romaine aux deux prennrrs slprles, 187*1.

GUNTHER (AntoiiK prêtre séculier à Vienne, développa un système phil(tsuplii((iie assez hardi, qui se rattache aux idées lliéosoj)hi4ues de Jacoh liœhme et de François Baader, daus l'intention explicite de réconcilier le catholicisme avec la pensée moderne ; il eut le inéme sort que celui de son prédécesseur, Hermès (voy. cet article). Le système de Gûnther repose sur une sorte de dualisme entre Dieu et la eréatioa, Tesprit et la matière, destinés à se pénétrer par la victoire du premier sur ie second. Un décret de la congrégation de l'index de 1854 défendit la lecture de ses Prolégomènes à la théologie spéculative. 1828; 2" éd., 1848, â vol. et de son Dernier symbolicien [ 18.1 i), défense qui fut étendue, on 1857, à tous les ouvrages de Gûnther. Incurie romaine lui repmclie en particulier davnir pdrté atteinte à la liberté <livi(ie en admettant l'éternité de la création, et d'avuir audaciensenient identifié la raison (la philosophie) avec la toi i le dogme ecclésiasli(jue), alors que la raison doit non dominari, sed ancdlari omnino. Eniin, il était accusé d'avoir témoigné trop de déférence à l'égard du gouvernement civil et d'avoir, par contre, manqué de respect àTégard des pères de l'Eglise. Gûnther, sous le poids de ses accusations, s empressa de se rétracter à la grande joie de ses adversaires, et écrivit, le 10 février 1858, une lettre pleine de soumission au pape (voy. TheoL Quartalschrift, 1858, H. !)• Cette alTaire, qui eut un assez grand retentissement en Allemagne, junuva une fuis de plus l'impossibilité pour l'Eglise catholique contompnratne de |iroduire OU de tolérer un système philosophique quelque yen indépendant.

HAMMEIUCII — liARDY

lAlMBRICH (Frédéric-Pierre-Adolphe), célèbre pasteur danois, né à Copenhague en 1809, mort en 18T7. Il se fit d'abord connaître par ses

Chants de voyngrs scandinavet (1840), fruît de ses explorations en Su6i1e pour •'(11(1 ior les mœurs du peuple et rechercher les vieilles

légendes du pays. Parmi ses ouvrages subséquents nous signalprons les Esquisses historiques 183()-i8il ; les Chnuts (tes héros 1841 ; les Taffleauj' fie l' Eglise chretiemie, \HS'l ; los Chants hihliijut'set historiques, 1852; et le plus rein;ir.jUiib!o Je ses potMiiPs. Gustave-Adolphe en Allemar/ne i I8i-4'i. Il publia aussi un certain nombre de savants mi-uioires sur quelques points spéciaux de l'histoire de son pays : Christian II en Suède et Charies-Gmtave en Danemark, 1847 ;- Ze Danemark à Vépoque de Waldemar 1847-1848, 2 vol.; Le Danemark à Vépoque de Vmkm de Cabnar, 1849. Après un court séjour dans le Jutland, où il eier^ les fonctions de pasteur, Hammerich revint se fixer à Copenhague, où il fit ib>$ cours publics très suivis. En iH'io, il fut nommé pasteur de l'église de la Trinité, et se montra l'un des chefs Ips plus ardents du parti national. Il fit los trois campagnes de 1818 à 1850 en qualité' d'aumônier ot publia à cotie occasion des Tableaux de latjuerre du Schlesu'ig très iroùU's. Il fonda «ui 1849. avec plusieurs de ses amis, la Société pour l'hisloire de l'Eglise .danoise, qui a rendu de très grands services.

• SABDT (Charles-Âugustin), en religion le P. Martial, né à Taillebourg en 1749, décédé le 26 février 1787. 11 entra dans l'ordre des pères récollets, successivement à Paris, à Bordeaux, k Hirambeau; il devint gardien du couvent de Sainte -Foy et professeur de rhétorique au coll6ge (le Sun ordre, puis gardien de la maison de Saiulos. En 17(î!, il fut désiuin' {Hiur prêcher le carême à Paris, dans l'église de la Charité, à Saint-RiH-h, à Notre-Dame, aux Quinzo-Viu;/t?. En 170(). il prêcha à la Cour avec un succès attesté par les méuioircs do Bachauuiont. Chargé (lu sermon à rorcnsion d'une prise de voile, il fit. dit-on. un tableau telleineiit séduisaut des charuies du luonde riche et distingué auquel la nouvelle religieuse allait s'arracher, que celle-ci n'eut plus le courage de faire un si grand sacrifice et qu'elle renonça à prononcer ses vœux. Le P. Bfarlial fîit nommé, en 1767, provincial et visiteur général de son ordre; il prêcha à Nimes, à Bordeaux, à Montpellier et à Versailles devant le roi en 1770. Atteint cruellement de la ^^outte en 1772, il dut renoncer h la prédication. (lardien du couvent de Cognac, puis en 1780 d' t elui de La Uochelle^ il fit reconstruire l'église détruite pnr un incendie. Cette église, vendue comme bien national en 1789, iut achetée par

HARDY — HARLESS

les protestants do la Rochelle pour y établir le culte évanpélique. D'après (luillonnet de Merville, les sermons du P. Martial ont été publiés en 1783. M. Peignette des Marais prononça son éloge à la séance de rAcad«''niio (lo la Rochelle de mai 1787. — L'oraistui funèbre àf Mad. Catlieriiic Eiisalteth de Vt-rtharnond de Lavaiul . abhesse de Tabbaye royale de Notre-Dame de la Règle de Limoges, a ét»'^ puMiée en 174 î d faisait d»'^jà prc?j;entir l'écrivain élégant et l'orateur puissant et solirt. nerveux et pathétit[ue. ^

HARLESS (Théophile-Christian-Adolphe), célèbre théologien luthérien, né à Nuremberg ea 1806^ mort à Munieh en 1879. Fils d'un négociant, après avoir terminé ses études aux universités d'Erlangen et de Halle, oùil subitTinfluence de Tfaoluck» Harless professa la pliilosopiiie et la théologie à Erlangen (182^1845), en exerçant en même temps les fonctions de prédicateur de Puniversité. Mais ToppositioD qu'il fit dus rassemblée des états de Bavière (1842-1845), aux tendances réactionnaires du ministère ^ aux exigences du parti catholique, en partiealier dans la question de la génullexion imposée aux soldats protestantSt Isi fit perdre ces deux places. Le gouvernement saxon s'empressa «l'offrir à llarless une chaire de professeur de tliL'ologie à Puniversité île Leij)zi|:: et, en 18i7, ceib' de prédicatcMir d une des trrandes p iroissoNJe cette ville. Aj)pelé à Dresde, en 1850, rtimiiu' conseiller ecclésiastii|ue intime au luinistère <lcs cultes, vice-pr«''si(lfMit du consistoire et prétlicateur de la cour. iKrentra à Munich, eu'IKri:>. avec le titre de premier président du consistoire supérieur. Caractère noble et universellemeot respecté, esprit ferme à la fois et conciliant, Harless dirigea pendant plus de vingt-cinq ans les destinée8*de l'Eglise protestante de Bavière au milieu d'une situation souvent difficile, et parfois p* rilleuse. S'il se montra inflexible en foce des exigences de la réaction catholique, il fit preuve d'une résistance également opiniâtre aux tentatives du ptrti protestant libéral, puissant surtout dans la Bavière rhénane. Sonidéil ecclésiastique était nn luthéranisme strict dans le gouvernement de PEglise, dans la doctrine et dans le culte, mais avec le maintien àc la constitution preshytérale synodale. Devenu presque aveugle à la lin <le sa vie, il eut la douleur de constater son impuissance à faire triompher s«s tendances confessionnelles. — llarless a publié un grand nombre d'ouvrages d(Uit plusieurs sont devenus classiques par la linipi»iité Télégance et la noblesse du style. Nous citerons paruii eux : !<> Tw/i taire deVépilre anj: EpficsienSy Erlangen, 1834; éd., 18o8; ^Encyclopédie et méthodologie théoltKjiqur protestante, 1837 ; 3^ Jitlnqio' chrétienne, Stuttg., 18i2 ; 7« éd., 1875, le plus important de ses ouvrages et l'un des meilleurs qu'ait produits l'Allemagne sur.e^ matikie» par la concision classique de la forme, l'ordonnance harmonieuse, le soin apporté aux analyses psychologiques et à l'exégèse des psssiges bibliques; 4« sept recueils de Sermons, sous le titre de Sknmtatftumie. 1848-1853; 2« éd.. 1800; VBfflUe et le sacerdoce d'après ladoettint luthérienne, 1853 ; La qursfion du divorce, 1861 : l'auteur y e$t opposé ou, du moins, voudrait le voir beaucoup restreint; rapports du christianisme avec les problèmes vitaux du temps présetUf

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IIAKLESS — HASAim 639

4863; 2« éd., 1866 ; 8« Esquisses historiques de CEglh'' luthérienne de la Livonie depuis 1845. 1860 ; 9« L'Etat h rErjlisp, 1870; 10« Jacques Bœhme et 1rs alchimistes, 1870; H" Fragments de la vie d'un théolo^ qi en de r Allemagne du sud, % \'o\.\ cVsl une étiulc auto-

liiographiijue. Harless a aussi rédigé, de 1838 à 18 if). \<iHevue du protestantisme et de l'Eglise, qui a lutté vaillamineiit contre les empiétements de rultramontanisrae et du rationalisme. — Voyez Staîlilin, 2'h. Ch. A, Marieu, dans la ZeiUchvift fût kirchl, Wùsenseha/tf 1880. H. 2 et 3.

SA8ABD. On appeUe hasard un fait qui n*a pas de cause assignable» Un fait de hasard est une génération ou création spontanée. Admettre des faits de ce genre est chose qui répugne invinciblement à la raison. Cette répugnance se manifeste d'une manière bien remarquable en ce que. en même temps que les hommes ont supposé des faits de hasard, c'est-à-dire des faits sans rausf^, ils ont immc^diatement contredit cette supposition m«^ine. en faisant de l'absence nitMiie de cause une sdi te de cause chimérique à qui l'on attribue ces hasards, et que l'on iKtmine le hasard. Il semble donc plus facile à l'esprit humain d'accepter la contradietion «jm érige le néant en cause positive, que de se résigner à TininteUigibilité absolue d'un fait auquel on ne peut assigner aucune espèce déraison. L*idée du koêord'phénomène a pu être suggérée aux hommes par l'expérience qui souvent saisit les &its sans en apercevoir les causes et les lois. L'idée du hasardr-cause est comme une correction provisoire des données de l'expérience, correction sujrprérée par la nécessité de donner immédiatement, d'une façon ((uelcon(pic, satisfaction aux exigences de la raison. Peu à peu l'expérience elle-même secorri^;e etnmis ensei<ine, j?ràce à la découverte chîique jour renouvelée de causes et de lois qui se dissimulaient tout d'abord, que le hasard n'existe point dans la nature, et que l'idée du hasard n'est, pour ainsi dire, que l'ombre portée de notre ignorance qui se projette sur les choses. — Pourtant certsios penseurs ont cru nécessaire de &ire au hasard une certaine place dans la nature. C'est, d*après eux, la raison elle-même qui l'exige, et la liberté non moins que la raison, .\ffirmer que tout, tout sans exception, a ime cause, disent-ils, c'est affirmer ou bien une série de causes se prolongeant à l'infini, ou bien une cause sans commencement, dont l'existence à chaque moment a pour cause son existence au ïuoment antérieur. Or, des deux parts, c'est admettre une série iulinie, série infinie d'êtres ou série inliuicdc moments, bujuelle au moment où l'on parle se trouve écoulée, réalisée. Mais l'idée d'une série infinie réalisée est positivement contradictoire. Un seul moyen, dit-on, se présente d'échapper à cette contradiction, c*est d'admettre des commencements absolus, des fiûts premiers qui, sortant spontanément du néant, servent de têtes de lignes aux séries d'événements subséquents, en un mot des faits de hasard. Mais ce raisonnement fût-il inattaquable, qu'aurait>on gagné par cette conclusion héroïque ? (( La doctrine du commencement absolu, dit avec profondeur M. Seerétan {Disc, laïques, p. 97), n'implique pas contradiction si l'on veut, mais elle p;isse la contnidiction même, et vient heurter le l'ondemcnt sur lequel repose le principe de contradiction.

à savoir le principe d'inconccvabilité. » La liberté non plus u'a rien à gagner, ce semble, à l'hypothèse du hasard. On a parfois loué Epieure d'avoir, en accordant aux atomes le pouvoir do dévior «pontanéiiK'iit <le la direction <iue lour imprime la pi saiiteur, placé au cœur do la nature et à l'origine même des choses uu principe de contingence (jui pormetlra plus tard de rendre compte de la liberté des actions liuiuaines (vov. (iuyau, La Morale (CEpicuré). Quelques auteurs ont cru pouvoir saisir dans la nature des hiatus, des eommeDcements absolus, de véritables faits de hasard ; et sur cette possibilité du hasard ils ont fondé la possibilité de la liberté (voy. Boutroux, De la Contingence des lots de la nature), — Mais en quoi un acte mérite-t-il le nom de libre, s'il surgit tout à coup du néant -ans cause ni raison ? A vrai dire, lorsque, en dépit des protestation < le la raison, un a admis des faits de ce genre, on n'a pas encore abonlé la vraie difliculté du problème de la libert»'-. Avant d'être libre, et pour qu'il puisse être appelé libre, il faut d'aliord (ju'iin acte soit volontaire, c'est-à-dire voulu, préféré, ciioisi [)oiU' des raisons déterminées, en vue d'une lin déterminée. Voilà le point hors de toute contestation d'où il faut partir. Kt \v vrai problème du lihre arbitre est de savoir si et comment la liberté est conciliable avee ee déterminisme rationnel. Admettre le hasard, qui est quelque chose d'involontaire et d'irrationnel, ce n'est pas s'approcher, c'est s'éloigner de k liberté. La liberté, si elle existe, ne peut se trouver que dans un milieu entre le pur hasard et l'absolue nécessité. Ainsi, à vrai dire, l'hypothèse du hasard, loin d'être exigée par la raison et la liberté est exclue par la raison et la liberté', ('e n'est donequ'enun sens très difl'érent de celui-là qu'il peut être permis de parler de hasard, et qu'on en parle parfois dans les s» ience^. On peut dans la réalité distin^ii'"r deux choses : les séries de phénomènes qui se déroulent simultanément dans le temps, et les rencontres ou coïncidences de CCS séries d'où résultent de nouveaux phénomènes. Or il peut arriver que la coïncidence de séries jusqu'alors indépendantes soit amené, p ir l'action d'une cause spéciale, soit physique, soit intelligente, qui fait converger les séries en un même point. Parexemple, un mariage peut être dû, soit à unecertainecirconstance, soit à lentremise d'un tiers, qui aura rapproché les deux parties. Mais dans d'autres cas, il est injpossible de découvrir en dehors des séries qui se rencontrent, une cause déterminée de la rencontre des séries. l*ar exemple, je choisis en vertu de certains préjugés un billet de loteiie. La roue tourne et amène justement le numéro que j'ai choisi. Il y a en rencontre .le la série psych.»logiijue et île la série nit (Miiiijm', sans qu'on pnis<e assi}.:ner une cause particulière à cette coiucjdeuce. Voilà ce qu'on peut en uu sens appeler un fiût de hasard. Mab, on le voit, il n'y a point là de hasard absolu au sens où on l'entendait plus haut. Car si la rencontre des séries n'est pas Teifet d'une cause spéciale» elle n'en est pas moins amenée nécessairement par la nature et la direction même de ces séries. — Les coïncidences Je ce genre donnent lieu au calcul des hasards ou des probabilités. Del'existence de ce calcul quelqnt s philosophes ont cru pouvoir tirer une preuve en faveur <lu hasard absolu. Car, 'lisent-ils. si tout est déterminé dans la nature, il n'y u pas pourdeu.\évëuemeutà contraires d'égale possibilité •

UÂSARO ^ UëNGëL 641

il n'y a pas même de probabilité pour Tun et d*impirobabilité pour l'autre : mais l'un de ces événements est nécessaire, et l'autre impossible. Donc s'il n'y a pas d'indétermination et de hasard dans la nature, le calcul des probalnb'tés est un calcul sans base réellé et qui doit aboutir, en bien des

cas. à attribuer un certain degré d'improbabilité à des choses rertaines etnécess^iiros, etun certain degré de probabilité à des choses réellement impossibles. On a suffisamment répondu à cntlc objection lorsqu'on a fait remarquer que lo ca\cu\ dos pro!>al)ilitt''S a pour but de mesurer, non pas, à vrai dire, une qualité des évéïioiiiciits eux-mêmes, mais simplement le degré de confiance que nous pouvons avoir dans leur arrivée, d'après ce que nous en savons actuellement. Le calcul des probabilités a siiiiplcinent pour objet (le rendre notre aUenlf raisonnable et scientifique en la mettant d'accord dans sa nature etses degrés avec les données que nous possédons. Faute de ce calcul, notre attente est souvent, sans que nous le sachions, en désacord avec ces données dont .le sens et la valeur nous échappent. Le calcul des probabilités permet de tirer ces données an dair, d'en mesurer la valeur, et il détermine ainsi l'attente par les données. — Voyez Aristote, Physique ^ liv. II ; Gournot, Essais sur les fondements de nos cmnaissanees,!, m ; Henouvier, Essais de critique, Logi' gue,vo\. II, p. i21 ss. ; Stuart Mil!, Système, de logique, liv. 111, ch. XYll et XYllI ; Laplace, JSsMLt philosophique sur les probabilités,

E. TlAniKR.

HAULTIN, nom d'une famille d'imprimeurs protestants rochellais, k la fois fondeurs de caractères typographes et libraires-éditeurs. <|ui devinrpnt les rivaux des Morel et des Estienne. Les Hiiuliiii avaient pour marque l'emblème de l'assemblée des Eglises réformées de France à La Rochelle en 1621 : la relig^ion chréti^Mine appuyée sur la croix, élevant d'une main la sainte Bible qui répand au loin la lumière et foulant aux pieds la mort et le joug brisé du péché. Les membres les plus distingués de cette famille laborieuse furent Pierre, Abraham « reçu dans l'église de INeu » en 1580, Jérôme, auquel on doit la grammaire hébraïque du pro- («Kurde la fiiculté protestante de La Rochelle, P. Martinius. D épousa Marie Robert et mourut le 16 novembre 1600. Le gendre de Jérôme Haultin, Gofneille Hertman, continua cette tradition. En lui (décédé le 37 juillet 1620) s'éteignit la branche rochell aisequi, de 1571 à 1620, avait creusé un profond sillon à l'époque de la plus grande activité littéraire et scientifique de La Rochelle protestante. Denis Uaullin imprima à Montaubau de nombreux ouvrages sur l'Eglise réformée. Lcsavant bibliothécaire de La Rocbelle, M. L. Délayant, a dressé la liste des publications sorties des presses des Uaultiu. Feu M. Jourdan a reconstruit la généalogie de cette famille.

HENGEL (Wessel-Albert van) exégète néerlandais, né le 12 novembre l*ï"iD, à Leyde où il reçut son éducation Ihéologique. Il exerça pendant ^ieuieannées les fonctions de pasteur à Kalslagen, Driehuizenet Grootebniek (Hollande septentrionale) et fiit, en 1H15, nommé professeur de théologie à Tacadémie de Franeker.- Appelé bientôt (1818), comme professeur à F « Athensum illustre » d'Amsterdam; il s'y fit remarquer par tentaient d'exégète et de prédicateur. C'est alors qu'il publia dans le Mtn»

642 UENGEL — liICKOK

suel chrétien (Gbrystelik Maandachrijft), ciaq lettres sur la Vie de Jénts, du docteur Strauss, qui firent sensation k cause du solide bon sens et du savoir scripturaire qui les caract«5ri sent. En 1827. il rentra, enqualitéde professeur Je théologie et prédicateurde Tacadémie, dans sa ville natale qu'il ne quitta plus, jusqu'à sa mort, survenue à TAj^e do quatre-vinfîtdouzc ans, le fi f'vrier 1871. Il avait reçu le titre de docteur en tlit'olog'ic. hoitoris causa, exercé les fonctions de recteur de l'Liiiveràité (Ï83l-.'î:2) H pris sa retraite (éniéritat)en 18i'J. Pendant les trente et une années (jne Yaa Ilengel a enseigné Texégèse aux Pays-Bas, il a été l'émule des premiers exégêtes de l'Allemagne: Fritzsche, Meyer, de Wette. Aucun d*eux ne Fa surpassé en connaissance de la langue du Nouveau Testament, en exactitude et en profondeur d*analyse. Et, «hose remarquablet à mesure qu*il 'vieillissait, son esprit gagnait en vigueur et en fmesse. Aussi a-t-il fait école et formé des disciples éminents. parmi lesquels il faut citer: Niermeyer, J.-J, Prins, J.-J. Weerninck, A. Blom, etc. — OuvTages principaux : Annotatio in loca nonnn/fti, Auistordarn, 18:24; ('(^rnjf'ufarius pcrpctuu^ in ephlolain Pauli nd l* lnVippenisC^ , Lcydo, 18Ii8; (^inq lettres sur la 17/' de Jésus, du docteur Strauss, i2° édil. Anisferdain, 1847; Commentarius perpetuus in prioris Pauli ad Corinlhios rpisloln; vnput .\V, Bois-lo-Duc, 1851; Jnterpretatio epist, Pauli ad HomanoSy Bois-le-Duc, 185 i-5*J.

HEPPE (Henri), historien célèbre, né à Gassel en 1820, mortàMar^ bourg en 1879. H professi^ l'histoire ecclésiastique à Tuniversité de Marbourg depuis 1844 et soutint vaillamment la lutte contre Vilinar ^i, à Paide de la réaction politique triomphante sous le ministère de Hasenpilug, tenta de liitbéraniser PEglise réformée hessoise. Happe était un caractère mâle, qui, sous une enveloppe rude et un ton humoristi([ue (jui pouvait devenir sarcastique. cacliail un cœur sensible et tendre, 11 déploya une activité littéraire prodigieuse, mais ses onvrai:cs, trop raj»ifleMienl conijiosés, ne sont souvent que des compilations heureuses. En vrai disciple de Mélanchthon, Ileppc se rattachait au parti de l'Union positive. Ses principaux ouvrages sont : 1» Histoire du proiesiantisme allemand pendant les années 1555-1581, Marb., 1853-57, 3 vol. ; 2* Ze développement confessionnel de l'ancienne Eglise proies^ tante de V Allemagne, Marb., 1854; 9* La dogmatique du protest allem» au soizwrnr siècle, Golha, 1857, 3 vol.; 4<» Histoire des écoles pop»* iaires en Al/''»>'"/n<', 1858-00, 5 vol.; 5<> Les écoles du moyeu âffe et Jeur réformé', iV^ La dogmatique deVEgl.évang. réformée, Elberf.,

X't^CA -.1^ Histoire di' la mi/stiqur f/nirtiste dans l'Eglise catholique^ Berl., 1875; 8^^ L'/dsloin' rcclrsinsfif/fir dvs deux J/rsscs, 187(3, :î vol.; 9** Histoire du pirtisme dans l'Et/lisr rf/ornirr, m particulier dc< Pai/x- /^as, Leyde, 1871». Heppc a aussi publié une édition des Livres syiuhoiigues deVanc. Eglise protest. d'Allem., Cassel, 1855, et une autre des Ziifres s y ni bol, de l'EgL réformée allem., Elberf., 1860.

HICKOK (Laurent-Persens), théologien et philosophe américain, né à Danbury (Connecticut) en 1708, mort en 1876. Fils d'un pauvre fermier, il fut réduit d'abord, pour s'instruire, à suivre pendant Thiver les •écoles de son district. Grâce à sa persévérance, il réussît à entrer aa

UIGKOK — UlNSGUiSTËS

collège de lUmon à Scheneetady, où il prit ses grades en .1820. Il devint alors pasteur, fut appelé à prêcher en divers endroits, et enseigna la théologie dans rohio (1836), puis, en lH4i, au séminaire d'Aubrun ;Ne\v-York). En 1852, il accepta la t-liaire de philosophie au collège <le l'Union, dont il resta le vice-président jusquVn 18G8, époque où il prit • sa retraite. — Les principaux écrits de llickok sont: Psi/r/iolfir/fr ralion- «e//e, Aubrun, iHiH; Psychol(<f/i>' i mpiriquc, \HoO ; Si/sO'//i'' df science morale, 1832; le Crrntt'ur et In Crêuùon, 1872; Vhuinanitr i/in/iortel/e, 1872; Logique nitiunnelle, 1870. On a aussi de lui plusieurs recueils * dô Sermons et de nombreux urlicles philosophiques insérés dans les journaux.

HDI8GHISTES, nom donné aux membres d'une communauté reli^ gieuse fondée en I846 dans le midi' de la France par Hinseh (au* jourd'hui M"" Ârmongaud), sous le nom de: « Eglise évangélique de Cette. » — M*^ Hinseh, née à Cette en 1801, parvmt de bonne heure à'ia connaissance de la vérité sans avoir de relations avec aucun clirét'uMi; jus(ju'à IVige de 'M ans, elle n'avait jamais possédé de Bible. Chrétienne dévouée et très active, elle se joignit aux wesleycns vers 183(î. Dix ans plus tard, trouvant chez eux de graves erreurs, elle les quitta. Ace moiueut « elle sait, après un sérieux exaiuen, (|iraucune Église ne professe la doctrine du Christ toile qu'elle la trouve dans la Bible, n (i Dieu ne tarde pas à lui révéler qu'il Ta choisie pour le rassemblement des cœurs droits en un seul corps, » et elle travaille à former nne église vraiment apostolique. Dans cette église on voit en M"* Armengaud « une envoyée de Dieu appelée conmie Déborah à être juire « ! mère en Israël ; son œuvre est semblable à celle des Zorobabel et des Kéhémie. » Elle se considère et elle est considérée comme un apôtre, ni plus ni moins que les témoins de Jésus, Paul, Pierre. Jean. Avant elle l'Esprit de vérité n'a reposé que d'iiiie manière iaiparfaite sur ceux qui étaient appelés à remettre rKiilisc en un état renommé sjir la terre. M""" .\rmengaud croit à la divinité de Jésus- Christ, à son uiuvre rédemptrice, à Tautorité de l'Ecriture, et accepte le ministère évangéli ^ue (de Thommeet de la femme) comme d'institution • divine. Voici les doctrines qu elle croit avoir pour mission de remettre en lumière : Le bien et le mal, Dieu et Satan coexistent éternellement. Le Saint-Esprit n'est pas une personne; il se personnifie dans l'Eglise. C'est l'Eglise qui est la troisième personne de la Trinité. Les âmes ont préexisté dans un autre monde. La vie actuelle n'est qu'une nouvelle et dernière épreuve qu'elles doivent traverser. Après sa chute dans les lifHix célestes, Dininme était spirituellement mort. Au moment de la iiaijsiuice, le pouvoir do croire et de vouloir lui est rendu. Jésus- Christ n'a eu d'humain que son corps. En ( Ictlisémané, il s'est soumis à être étcrnellenienl séparé du Père. Le chrétien peut et doit être entièrement sanctifié, l'Eglise entièrement sainte dès ici-bas. Lorsqu'ils ont reçu « la plénitude des dons de Dieu, » les chrétiens sont réellement Is lumière du monde, et possèdent pour enseigner une autorité égale à celle des apôtres. L'autorité de l'Eglise doit être prise au sérieux, même sur les points secondaires. Ceux qui sont arrivés à la perfection sont

644 1UNSCUISÏ£S — UmSGllER

néeessairomeiit consommés dans Tunité. L'unité doit se manifester pv la vie en commun et la communauté des biens. Cette communauté n'eit cependant («s obligatoire pour les membres de TEglise : elle est seulement présentée comme Tidéal. L'JBglise se compose de forts et de Taible». Les païens peuvent arriver au salut sans avoir connu la révélation écrite. — Les formes religieuses sont abolies. Le baptême et la cène ne devaient ^tre on u5ngo dans rEj^'lise que jusqu'au retour de Jésus-Christ. Ce retour est un tait accompli depuis la dostruclion de Jérusalem. C'est alors qu'a eu lieu la première résurrection, paroùil faut entendre (ju à partir de ce moment les saints sont entrés t n possession de la <;l()ire iunnédiatcment après la mort. Il y a inconqialibilité entre le service militaire et l'amour fraternel. — Les liiuschistes sont environ 400. Leurs troupeaux les plus importants sont ceux de Cette, de Nimes et du Vigan. Outre divers établissements dedacation, «Bdies d^asile, comptant 173 élèves, l'Eglise entretient à Cette un établissement de bains de mer pour malades indigents, fondé en 1847 par M"^ Armengaud, et à Nimes une maison de refuge fondée en 1857. — Sources : Recueil de lettres pastorales de M"* Armengand; Témoignage rendu â la Vériié et Vraie orthodoxie, par Ed. Krûger; Préexistence et Eternité de Satmi, par G. Giily; ÛUinchisme,^ S. Descombaz; Zes" .h-chims du christianisme exercent elles toujours un ministère vérité et de sainteté, par Ed. Krûger; L'Eglise évatiffrlifue de Cette et M. Descomlioz. par Km. Krii-jer; Questions indiscrètes adressées à Annengaidl <'t n M. Ed. Arih/er, par C. Pronier; Réponse aux questions indiscrètes de M. C. Pronier^ par Ed. Kriig:er.

D. i.ORTSCH.

HIRSCHER (Jcan-Baptiste\ théolo^nen catholi({ue allnnand, n^' m 1788, à Altergarten, dans le Wurlemberj;. mort à Frihtoir^' en 1865. enseigna successivement la théologie morale et pastorale aux universités de Tubingue et de Fribourg et devint meml»e et doyen du chapitre métropolitain de cette dernière ville. Il a été l'un des fondateurs de It revue catholique intitulée Theologisehe QuartalseMHft. Parmi ses pnbli- * cations, nous signalerons : 1« Système de la morale chrétienne, 1835; ^Manuel de catéchétique, 1831 ; Z'* Mélanges d'homilétigue et de etUéchéttquCf 1852; 4** Méditations sur les évangiles du carême, 1829;

Méditations sur les évangiles des fli)uanc/i(\^, 1837; G'* 3leditations sur Irsrpitres, 18(i0; 7"^ La vie de Jésus, 1839 ; 8<» La vie dr Marie, 18o4; M" Les points fondamentaux de la foi chrétienne, 1857; 10* rapports de /:rauf/ile avec la (hrolor/n- sro/nsfitpif (tes temps les plus récents au'srin </>• IWlIrmarpie catholif/ue, [H2'A; il" La doctrine tafhotique des iudul'jences, 18:>9; 12'' La sitiiafion ecc/esiastiqu>' du f'-mpf Hirsclier se rattache à l'école libérale de Sailer. Il clnTilir ^ idéaliser la^loctrine catholique alin de lui roncilier les sympatliit^s des esprits éclairés de notre temps, aussi la curie romaine refusa-t-elle de confirmer sa nomination de coadjuteur de l'évéque de Iloitenbourg, faite par le gouvernement vnirtembergeois. Hirscher siégeait aussi dans la.Ghambre badoise où il s'appliiiua à provoquer et à soutenir les mesures destinées à combattre les maux de la société par une connaii-

HIRSCHEU — UORNING

sance et une pratique plus efficace des vérités religieuses. L'Etat a le devoir de fiiToriser rinfluence de TEgUse sur les masses, mais l'Eglise, de 8on côté, doit accomplir dans son sein les réformes nécessaires, en adoptant franchement le système représentatif. Hirscher se maintient volontiers dans les généralités. Sa prudence dovient de la tinii litt', lors^ qu'il examine la réforme des abus de l'Eglise. Malgré touJLes les prérmitions (le lanjrapo et toutes les réticences de la pensée, les écrits de Uirschcr turent mis à l'index. L'auteur se ?oumit sans être convaincu.

HOOK (Walter-Faniuliar), théologien anfjlais, né à Worcestor, en 17î)8, mort en 187o. Élevé au collège de Wmrhrster, il étudia Ja théologie à Oxford, occupa une place de desservant dans l'ile de Wight, et de professeur au collège Saint-Philippe de Birmingham (1827). En 1829, il fut nommé pasteur à Goventry et échangea, en 1837, celte paroisse contre celle de Leeds. Actif et sélé, il fit cbostruire, à Taide de souscriptions volontaires, diz^sept églises nouvelles, et restaurer entièrement la cathédrale, llook devint, en outre, chapelain de la reine Victoria et pré- I)endicr de Lincohi. 11 a écrit de nombreux ouvrages de piété, parmi lesquels nous rel^veron8 : 1<» Dictionnaire ecclésiastique, Londres éd., IHG-i ; 2" Jiiof/rnphie ecclf^sintfiquc \ 3" Bihlînthhque relifficu^c ; 4" Vips: dm arc/tevè(jucs de Cantovbcry, Londre?, 1861-1864, \ vol.; 5« plusieurs volumes Sermons] G" de> brochures sur les questions du jour, réunies en 18S3, sous le titre de JJisconrsfs Ofarinr/ on vontroversies of thc day.

I0RNIN6 (Frédéric-Théodore), né en 1809 à Eckwersheim (Bas-Rhin), décédé à Strasbourg en 1882. Il fut nommé eu 1835 pasteur administrateur à Grafenstaden,et deux ans après, lorsque cette église fut érigée en paroisse officielle, il en devint le pasteur titulaire. En 1845, il fut appelé à l'église de Saint-Pierrc-Ie-Jeune, à Strasbourg'; par la suite il devint président du consistoire du même nom. — Uorning a été le champion résolu de la doctrine exposée dans les livres symboliques de rE|xIise luth'rienne. Mù par une ardente conviction, il entreprit de restaurer l'église de la Confession d'Autrsljourg qui perdait de plus en plus son caractère traditionnel, et il ne cessa de demander que le symbole ofliciel de l'Eglise redevînt, comme au xvi° et au tvvP siècle, la règle de la foi pour les autorités administratives , les professeurs et les pasteurs. Il réussit à gagner à sa cause un grand nombre de laïques et de pasteurs alsaciens. Sa carrière a été une longue lutte contre le rationalisme et le libéralisme, ainsi que contre toutes les tendances et tous les partis religieux qui ne s'inspiraient pas du désir de maintenir intacte l'Église luthérienne et sa loi. Il fut servi dans ce combat ininterrompuparune éloquence brillante et foncièrement populaire, une ardeur et une persévérance infatigable, un savoir-faire qui était presque de la ruse et un ascendant qui lui faisait exercrr une domination absolue sur un grand nombre de personnes. — Il a écrit beaucoup de traités dogmatiques et poléuii<|ues, parus sous ce titre : £vangetisch'lutherische Kirche, qu'on ne trouve du reste pas en librairie. Avant 1870 paraissait soiis sa direction un journal mensuel : ICinkenblait ' fur die Kirche Augtà. Confeision. De concert avec M* Rittelmeyer, il publia en 1863 un recueil de cantiques * Getangbmh

HORMNG — JONCOUX

fur Ckristen Augtb, [Confestion, qui est répanda dans beaucoup de paroisses et qui a eu un grand nombre d'éditions. Il réimprima l'anden catéchisme strasbourgeois {Sirassb, Kinderbibel) et plusieurs livres d'édifi-

calidii dont voici los titrfs : Lonz, Betkaemtnerlein, neu und vernifhrt herausggh. ; QmT9>ïe\i], A//''rsussestrr Jesustrost. Il fit traduire en frarirais ot pul»lior A* (trnnd cnféc/u'.-imn de Lut/irr. — Voici les prinripaiix inriJcnts do sa carrirre : Orjjanisaf ion (i'iuio protpstation l'rdlcctivi" (!(• «[ueliiues iiu>mhres de rKjjlise coiitro la tentative d'unir loç r|;li<os luthérienne et n'dbrnn'e, faite on ISiS [»ar une a«seml)léeol11rieiii;e tenue à Strasbourg; un ujéuioire uianuscril intitulé: Mémoire à M. le jjrinee Louis Napoléon, président de la République française^ eeneemant la situation religieuse de V Eglise chrétienne de la Confession d^Augsbourg en France, dite Luthérienne, daté du 26 mai 4852 et signé par six pasteurs luthériens; diverses pétitions et brochures qui aboutirent & r « ouverture des paroisses », mesure libérale, accordée parleconastoire supérieur et permoitant à chaque l'wb'de de s'adresser au pasteur de son rhoi\-; opposition faite au projet do l'adininistration supérieure de rendre au culte ealliolique la nef de l'église Saint-Pierre-lr-jeune, etr. — llornin}^ a fondé en 18'»0 la société des Missions liilliériennes <jni réunit des dons non seulement pour l'œuvre d'évangélisalion parmi les païens, niais aussi pour certaines œuvres de la mission intérieure dans la mère patrie.

JONGOUX (Françoise-Marguerite de) naquit à Paris en 1668 d'une hmille noble, originaire d'Auvergne; son père, gentilhomme plein d'honneur et de probité, s'attacha de bonne heure à former le caractère de sa fille dans la vertu, et prit grand soin de son éducatioo. Françoise» Marguerite montrant les plus heureuses dispositions, on lui apprit successivement les sciences, les lettres, la philosophie et même la théoloiric. On lui eneeÎLrna aussi le latin dans lequel elle lit de rapides progrès et auquid elle s'attacha pour eoiiipreuiire les oftiees de l lv-rlise. C'est ainsi qu elle s'acquit une certaine n'noniniée parnii les savants (jui, selon le dire de ses biographes, ne dédaignèriMit point de la consulter en plu» d'une occasion. C'est à elle que l'on doit la traduction françiiise des notes latines aux « Lettres provinciales » sous le nom de Wendrock, pseudonyme de Nicole. Elle est aussi auteur d'une Histoire du Jansénisme, avec des Remarques sur ^ordonnance de Monseigneur Varehevéque de Ports (NoaiUes), du 20 août 1686(rabbé Louail, parait-il. aurait revu cet ouvragepour veiller à son intégrité théologiqne); et de V Histoire du cas de conscience signé par quarante^eux docteurs de éiorbonn€(\o\ti

JOiNCOUX — JUDAÏSME ÂU MÛYEiN AGË

l'art. Jansénisme), de Joncouz, douée d'une mémoire heureuse*, d'uo esprit éminemment distingué, s'est surtout illustrée par son attachement aux religieuses de Port-Royal, particulièrcmont aux mauvais jours. Son affection inaltérable pour elles, sa fulélité à leur cause, alors que cette cause était perdue, son dévouement à tous ceux qui souffralmt pour l'avoir oniltrass/'o, ont associé son nom à ce drame aussi élrange qup douloureux de la destruction de Port-Uoyal. Apr«'s la saisir dos biensdu célèlirc monastère, elle nourrit pour ainsi dire de ses propres ressources les mligieuses disgraciées; après leur dispersion, elle les entoura de sa sollicitude la plus active, écrivit, lit des démarches, se multiplia pour adoucir Tamertume de leur situation. Etendant son intérêt à tous ceux qui avaient été frappés des mesures les plus rigoureuses à cause d» leurs opinions jansénistes, elle devint solliciteuse que rien ne rebutait ; on la vit intercéder, phiider, supplier en leur &veur auprès des dignitaires ecclésiastiques et des puissances séculières. Epuisant, dans cette noble tâche, le peu de forces qu'elle possédait, elle la poursuivitjus^jn'aii moment où, vaincue par la fatigue, « lie succomba, il est vrai, mais non sans avoir eu la joie de rrii<lre plus d'une fois au banni son l'oyor regrelté, au eaptir la liberté et, à tous, un service d'amie proi'ondénient dévouée. Les nuinusc rits de Port-Royal, formant un ensemble de soi.\an(e-douze volumes, lui furent remis après la ruine de cette maison; ils sont presque tous aujourd'hui la propriété de la Bibliothèque nationale de la rue Richelieu. Elle mourut le 27 septembre 1715, à l'âge de 47 ans, vingtsix jours après Louifd,XIV. Petite, vive, spirituelle, elle fut une personnalité à part dans ce monde janséniste auquel elle appartenait et dont elle était devenue la conseillère bien inspirée et la protectrice infatigable. — On peut consulter sur M"° de Joncoux : Histoire ahréfjée de la der^ nihr persccutinn de Port-Uni/ al [i^ar l'abbé Pinaull;. t. II l, p. ss.; les Mémoires histo7\ et chromd. sur Cahb. de Port-Jint/nl {[mv Gu;lbert), IH, t. VII, p. i)ir, ss.; le petit Mcrologe, t. II, p, 31 (Dom Glémencet), liist. gén. de Fort-Koyal^ t. X, p. 50 ss.

A. Maulvallt.

4DDAJSME (au moyen âge). — Avec la prise de Jérusalem et la ruine du Temple, par Titus et ses légions, Tautonomie nationale du peuple juif cessa complètement. A la vérité, elle n'avait guère été qu'une flction depuis la prise de Jérusalem et la ruine du Temple par Nabuchodonosor.

Tour à tour tributaires des grands empires de Ninive et de Rabylone, (le la Perse, de l'Egypte, de la Syrie et, en dernier lieu, des Romains, 1^? Juifs no pouvaient se considérer comme une nation libre et intlépendante sous la faible royauté des Machabécs et des Hérodiens. La victoire de Titus ne fut donc que le dénouement d'un drame qui avait commencé quelques siècles au|)aravant, mais ce fut un dénouement délinitlt — Kn effet, les débris de la natnnialité juive, qui venait d'expirer ^Mis d'effrayantes convulsions, comprirent que leur rôle politique était ' Ûoi. Sans doute, il resta encore quelques acteurs irrités de rentrer dans la terrible réalité qui se présentait à eux. Il y eut des révoltes partielles contre l'autorité romaine et, en particulier, des ambitieux sans scrupule ^loitèrent avec habileté la foi profonde du peuple en ùn Messie sau-

veur et restaurateur du royaume de David. C'est ainsi que, sous Hadrien, Bar-Ghocheba entraîna, dans sa rébellion, d'illustres docteurs lu Synagnn^ue, commo Akiba, et parvint iin^iiie à remuer les habitants juifs qui étaient restés dans la Palestine et dans les mntrée^ voisines. Il veut encore, pendant jilusi-'ur> sioclcs, et jusqu'au dix-lunticnie, de ces tentatives de restauration nalionale par un Messie, précurseur de David et de sa royauté. Mais, après avoir coûté un grand nombre de victimes, ces Tains efforts laissèrent le reste de la population juive indifférent et eonvaincu, plus que jamais. qu*à défaut de rôle politique et d'existence nationale, il lui était réservé de se créer une vie nouvelle par Tétude delà Loi, et de garder ses cadres nationaux par des rapports, purement spirituels, d*iih struction et de charité. — C'est ce qu'avaient déjà compris les docteurs de la Synagogue sous le régime des Machabées et des Uérodiens. C'est ce qu'avaient même déjà pressenti les exilés qui étaient revenus de Babylone, avec Esdras et Néhémio, et qui, paraissant peu confiants en l'avenir et la puissauci' nationale, avaient recommandé tout particulièrenient. à côté du culte olliciel, synibole de cette nationalité, 1 étude vivifiante de la Loi. Rabbi Joclianiin, (ils de Sakkaï, se faisant, pendant le siège de Jérusalem par Titus, transporter, hors des murs cernés, dans un cercueil porté par ses disciples, est un autre symbole qui figure, mieux que le Temple, la vie qui, désormais, sera destinée au peuple juif, dans la dispersion, dans ce qu*on appelle le Diaspora. Cette dispersion ne fiit pas elle-même la première que subit le peuple juif. Elle ne fut que la dernière et la plus effective. Les Juifs, en assez grand nombre et depuis assez longtemps, avaient ou quitté uiif patrie qui ne leur offrait plus de sécurité, ou étaient restés voloutaircinont dans les contrées qui lo> avaient reçus comme captifs. La plus fjrande partie do roux qui étaient allés en exil avec Nabuchodonosor n'étaient pas revenus, uialj:ré l'édil de libération de Cyrus. Les dix tribus qui, environ 150 ans auparavant, avaient été transplantées dans Tempire de Ninive, n'ont pu jamais être retrouvées, ni en Palestine, ni même en terre d*exil, malgré les suppositions plus ou moins hardies de quelques historiens. — Enfin, d'autres Juifs, attirés au dehors soit par le commerce, soit par la nécessité de trouver de plus faciles conditions d'existence, 8*étaient établis en nombre asses considérable dans toutes les villes des côtes de la Méditerranée, jusqu'à Rome et à Marseille, et s'y étaient constitués en communautés ou congrégations, suivant la tradition et les prescriptions de la Loi et, il faut le dire aussi, ayant toujours le coMir et les yeux tournés vers Jérusalem et le Temple. — En ce sens, la victoire de Titus fut le signal de la véritable dispersion. Car, sans le drapeau visible de la ville sainte et du Temple sacré, les Juifs se crurent plus véritablement exilés • qu'iU ne Tétaient auparavant; il était mén^e à craindre que ce sentiment ne prévalût et qu'ils ne se fondissent ou se confondissent avec tant d'autres nationalités, dans le dévorant creuset de TEmpire romain,si Teoseignement de la loi et sa diffusion ne fussent venus à temps, entretenir les relations entre les membres du corps juif, jetés au vent par la guerre, les ranimer peu à peu, jusqu'à pouvoir se relonner en organisme vivant et vivace, et leur rendre une unité d'existence, sinon nationale, du moins

JUDAÏSME AU MOYEN AG£ 649

rdigieuse. Cette &çod d'exister et qai finit par donner àceax qui savent b mettre en œuvre une singulière forée de durée, n*e8t pas étrange en Orient et n'a rien qui étonne, même de nos jours. L*idée de patrie, telle que nous l'entendons en Occident, c est-à-dire l'idée d'une unité nationale reposant à la fois sur un sol qui, par sa configuration, offre déjà le cadre matériel de cette unité, et se composant d'un cnsemblo ou plutôt d'un faisceau bien hé de langue, de lois, de mœurs, de traditions et de sentiments religieux, une telle idée n'a jamais ou très rarement existé en Orient dans les grands empires qui s'y sont constitués. Le mot même de patrie n'existe dans aucune langue orientale. Ces empires d'Orient, incarnés dans un souverain onmipotent. étaient des agglomérations d'hommes, de tribus, de populations soumises à la même loi ou plutôt au liièine caprice politique. Âiais c'était là toute l'unité dont ils pouvaient ie vanter. Les seules forces vraiment organisées et trouvant en ellesmémes leur puissance d'expansion, étaient les congrégations ou les eommunautés religieuses. Pour ne citer qu'un ezem^e, encore vivant tous nos yeux, voyons l'Empire turc. Il ne se présente pas à nous, et ne l'est jamais présenté comme une nationalité ayant son territoire propre» 8S langue particulière, ses traditions spéciales. Il est composé de plusieurs nationalités. Affaibli, comme il lest aujourd'hui, il n'a pas la prétention de £iire appel, pour se restaurer, au sentiment national. Il s'adresse au sentiment religieux. C'est le panislamisme qu'il cherche à mettre en mouvement, et, en agissant ainsi, il suit les traditions du monde oriental. Lui-même aussi, il a laissé et il laisse volontiers subsister, dans son sein, les communautés de toute dénomination; il leur abandonne une certaine autonomie ; il accorde à leurs cliefs religieux certaines prérogatives, ainsi que des droits adminisliatiis et judiciaires. Pourvu que ces comnmnautés paient leurs impôts, ou, pour parler plus exactement, leurs tributs, il les laisse so gérer à leur guise. Telle était, eu à peu près, la situation des Juifs au sortir de la tourmente de l'an 79 de l'ère chrétienne, en Orient du moins, dont nous allons d'abord nous occuper. — Désormais donc les Juifs ne formèrent plus une nation, mais une congrégation. L'organe de cette congrégation, à U foi& civil et leligieux (la juridiction pénale ne lui appartenait pas, sauf dans les ces de petite importance) était le Sanhédrin. En sortant de Jérusalem eten transférant son siège à Jamnia, puis à Ouscha, pour fînir à Tibérias, le sanhédrin avait emporté le dépôt des traditions bibliques et dps décisions qui avaient été prises par les générations des docteurs qui avaient successivement occupé ses sièges. Cette première collection d'enseignements et d'instructions, continuée jusqu'à Uabli Jehouda, dit le Saint 22i), P. J. C), constitua tout d'abord comme une source commune, ou comme un réservoir commun, auquel tous les juifs se désaltérèrent et d'où l'on faisait arriver les eaux fécondantes et rafraîchistaotes, jusqu'aux congrégations les plus reculées, par les canaux des écoles ou académies, et aussi des manuscrits et des décisions orales, là oii il n'y avait point d*académies ni d'écoles. — Les principaux de ces établissements se trouvaient en Palestine et en Babylonie. Ici et là, d'habiles, de subtils docteurs s'étudiaient et, on peut bien le dure, 8*a^

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charnaicnt à remplacer le Temple par imo sorte de citadelle dont la Loi de Moïse formait le fort intérieur. Coliii-ci était entouré d'un premier rempart dont les piiM-res éîaienl précisément les décisions du sanhédrin et qui reçut le nom de Misciiua (seconde loi). Autour de ce premier rempart, les docteurs i\o la syiiairogue, se sentant de plus en plus libres à mesure «jue le souvenir du Temple s'éteij^nait, et se conlinaut de plus en plus dans leur œuvre d'explications tliéologiques, construisirent, en matériaux déjà plus étrangers au monde purement juif, une nouvelle et plus épaisse circonyallation cpii s'appela le Talmud, ou rEnsetgaement. U en vint même, après la fermeture de cette seconde ligne de défense de la loi, qui ajoutèrent, sous forme de décisions ou de conniientaires, comme autant de bastions avancés destinés à défendre la place princi^ pale. On peut dire que ce travail n'a vraiment cessé que de nos jours. C'est par ce travail et dans cette forteresse que les juifs se sont maintenus, qu'ils ont pu eonsorver intacts lourl'oi et leurs sentiments reliirieux et résister, i^ràce à la lnurde et incommode demeure qu'ils se stuit élevée, à toutes les persécutions et à l'absorption soit violente, soit lente, dans d'autres nationalités. Organisés en congrégations, ils avaient à leur tête des chefs plutôt religieux que civils, parfois cependant ayant un caractère purement civil, et que nous allons présenter à nos lecteurs. — Pour les juifs de la Palestine et jusqu'à Favènement du christianisme au trôno de l'empire romain, la vieille organisation du sanhédrin continua de subsister. C'était donc le président de ce corps, on Nasi, prince, qui était l'intermédiaire entre les juifs et les administra* tions iFup.'rinles. Les princes de l'exil étaient, sauf de rares exceptions, choisis parmi b's descendants du patriarche llillel, qui, lui-même, faisait remonirr snn oriirine à la famille royale de David. On sait que, si les Orientaux n'^nl point de sentiment vraiment national, ils ont. par contre, le sentiment très développé et très intense du sang se transmettant par la famille et la tribu. Maître absolu des décisions qui concernaient Tordre public, les présidents du sanhédrin se rendaient par> fois odieux par la pénible mission d'avoir à &ire rentrer les impôts très lourds que les Romains, sous le nom général de fiseits juiaiem^ faisaient peser sur les juifs. C'était là une source d^ennuis, sans doute, mais aussi, comme bien on le pense, une occasion de grandir leur pouvoir et tl'arriver aux honneurs. Les qualilications de viri illusfn's, tlarissimi et autres distinctions de ce fleure, dont on était assez prodiiîue sous l'Empire, furent très souvent accordées a\ix chefs du sanhédrin. — En leur qualité de chefs religieux, leur autorité était limitée parle corps qu'ils présidaient, et dont les décisions, prisesà la majorité, avaieul seules autorité dans la synagogue. C'est ainsi que le sanhédrin ou une délégation de ce corps fixait le calendrier, réglait les fêtes, instituait des cérémonies, coordonnait les recueils de prières qui étaient destinées à remplacer les sacrifices, fixait le culte, et constituait, eofin, cet ensemble d'institutions qu'on est convenu d'appeler la synagogue. Lu décisions prises par le sanhédrin étaient transmises aux juits du dehors par des signaux, des messages, des écrits, et il était rare qu'on osAt contrevenir à ces décisions qui empruntaient leur autorité et aux lieux

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toujours saints où elles avaient été rendues et an respect qu'on accordait volontiers aux descendants de David qui les avaient formulées et promolguées. Cet état de choses dura, en Palestisne, jusqu'à ce que, avec Constantin, tout ce qui était juif fdt violemment arraché du sol palestinien, et, depuis, rien de ce qui est juif n'a pu y prendre solidement racine. — Déracinée en Palestine, la communauté juive continua d'exister en Babylonie, avec une organisation qui eut moins d'autorité momie, mais la môme puissance pour la conservation et le gouvernement civi! pt roli|.neux des juifs. Les académies avaient chacune à leur tète un docteur, sous de< dénominations (jui ont varié avec les endndts où ces académies ont existe, et dont les dérisions prises en des assemblées l»i-annuelles étaient recueillies et mises en pratitpie. L*enseml)le de ces décisions, aecomî)a<rnées en quelque sorte des diseussions qui les ont précédées, comme d un coiumenlaire parfois incohérent, mais vivant, constituent une grande partie du Talmud qu'on appelle le Talmud Ittbylonien; car il existe aussi un Talmud palestinien, dont la rédaction est antérieure d'environ cent cinquante ans à celle du Talmud babylonien. Ce dernier a été compilé et rédigé vers la fin du sixième siècle de Tère chrétienne, et est resté, avec la Mischna, autorité commune aux •deux Talmuds, et la Loi, autorité suprême, le code religieux, et, jusqu'à leur émancipation, le code civil des juifs. Le chef extérieur ou temporel des juifs babyloniens n'était pas nécessairement et était même rarement le chef religieux de l'académie ou de la synagogue. Il était le représentant de sa communauté auprès du pouvoir politique central qui était successivement représenté, dans les contrées du Ti«^re et de I Kuplirateet les parties sud-ouest de rAsie-Mijieure, par les Partlies, les l^erses et d'autres conquérants plus *ni nuans éphémères. Il poi-tait le titre de chef ou prince de l'exil, et, dans sa forme araméenne (cat Thébreu i avait cessé d'être la langue savante et môme usuelle depuis le troisième . siècle), lîesch-Geloutha. Ou suppose bien qu'il y eut parfois rivalité et hostilité entre les deux pouvoirs, spirituel et temporel; c'est même à nne de ces rivalités que Ton attribue la sécession de la communauté babylonienne de celui qui devint le chef, depuis lors assez célèbre, des. KanXtes. iinan, est le nom de cet homme, qui avait sans doute une certaine valeur intellectuelle, froissé de n'avoir pas été choisi à Tun des postes si convoités, rejeta, avec ses partisans, la tradition taimudique tout entière, et fonda une doctrine qui avait la prétention do s'en tenir exactement et strictement à la lettre de la Loi. Mais c'est d'Anan et de ses sectateurs (jne Ton peut dire que c>st '< la lettre qui tue et l'esprit qui vivilie, » car les Karaites n'ont pas fait souche et ne se sont iiuère développés, ni en nombre ni en puissance. Ils continuent d'exisliM-, oltseurémeiit, dans quelques cuunnunautés de la Crimée et sur les bords de la mer Caspienne. — Cette or^^anisation des juifs en Orient subeista, avec toutes les viciscitudes que comportent ces communautés à la fois civiles et religieuses, aussi longtemps que dura la vieille organisation politique de l'Asie, sans qu'il y ait à signaler de faits bien mémorables SQtres que leur système même. Car, le miracle fut que les juifs pussent •vine. Ds vécurent, tantdt favorisés par quelque souverain persan bien

intentionné à leur égard ou influencé par quelque puissance oceulte de sa cour; tantôt, pour les mêmes raisons, persécutés et pourcha>sés. En somme, ils furent plus souvent mal que bien traités, et leur nombre diminua; leur organisation s'ébranla peu à peu et ils finirent par tomber dans col état de marasme où on les V(tit encore aujounriiui en Orient, lidèles à leurs traditions, pieux, charitables, mais ne manifestant plus aucune activité intellectuelle ou politique. Un moment seub inent, et avant de s'éteindre, ils brillèrent encore dans leur pays d'origine, à ravènement de Tislamisme, pour ne plus revivre inteUectuellement qu*en Occident. — On sait qu*avant Touverture de ce cratère de Tislamisme qui, en pleine histoire et.au commencement' du huitième siècle, lança sur TOrieut et sur TOccident sa lave dévorante, qui ne s'arrêta et ne se refroidit qu'aux régions du nord de l'Europe, l'Arabie était partagée entre un très grand nombre de tribus indépendantes. Parmi ces tribus, il y eu avait aussi d'origine juive, qui, dans le sud, avaient constitué une sorte de petit royaume connu sous le nom de royaume hymarite, et dont la science moderne cherche à lire pénibli^ment l'histoire sur les pierres qui nous eu sont restées. De ces petits royaumes ou principats juifs indépendants, il n'en a pas manqué, du reste, en Orient, où il était et où il est encore, par suite deee défiiut d'unité natii>nale déjà signalé, très fiicile, avee un peu d'habileté, de Taudace et de l'argent, de se créer un trône qu'il sera tout aussi facile de renverser. C'est ainsi qu'en plein moyen âge il y eut une fisunille juive dont les chefs furent princes de Naxas ; c'est ainsi encore que, sur les bords de la mer Caspienne, il y eut, dit-on, de petits royaumes juifs composés, selon les uns, de juifs véritables, .selon d'autres, de païens C'invcrtis au judaïsme. Mais encore une fois, en Orient, où le vrai parl.>is peut u'étre pas vraisemblable, tout est possible, mais tout n'est pas digne d'être enregistré par l'histoire. — Ce qui est plus digne d'étro transmis à la postérité, ce sont les travaux des juifs orientaux dans le champ intellectuel. Maltraités par Mahomet, qni avait commencé par se servir d'eux et de leurs livres, brutalisés par ses successeurs immédiats, ils reçurent un accueil plus favorable à la cour sceptique des Ommeyades, où l'on prisait fort l'esprit, l'intelligence et le savoir. Mis par les Arabes, • en contact avec les Syriens chrétiens, ils s'assimilèrent rapidement la littérature et surtout la philosophie des Grecs, et, par là. r ndirent à 1 humanité de très grands services. Non seulement ils aidèrent à la conservation des manuscrits précieux de la littérature grecque, ils contribuèrent à en propager les doctrines parmi les Arabes et parmi leurs coreligionnaires. Occupés exclusivement jusqu'alors de la construction du Talmud, ils avaient complètement perdu de vue le monde extérieur; leur citadelle les empêchait de voir et d'entendre ce qui se passait loin de chez eux. Leur atmosphère intellectuelle ne recevait plus d'air (irais du dehors et ils allaient s'étiolant dans ce brouillard épais. L*air plus libre et plus vif de la Grèce les réveilla. Ils prirent goût à cette dialectique baliile et subtile autant que la leur, mais ne tirant pas toute n substance d'un livre, au contraire, n'employant que des arguments fournis par la raison. Ils cherchèrent à en faire autant, en employant la

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méthode grecque, non pa» à ébranler la foi, mais à Tétayer sur de nouveaux appuis et à la faire accepter par des esprits plus délicats et plus difficiles. Nous ne dteions ([u'un seul de ces hommes, Saadia, originaire d'Egypte, autre pays oii les Juils avaient été, antérieurement au

christianisme et à la dispersion, mis en contact avec la civilisation grecfjiin cl l'iivaicot adoptéo, en l'employant à l'explication de leurs livres >ninis. Saadia publia, outre un très |,^rand nomlnv d'ouvrages talniU(ii([Mes et queljues livres de lop-ique et de grammaire, un livre remar(jti;ihl»\ sous le titre de /o/ t^t raison, dans le(iuel, pour la première fois, Se montre la tendance si obstinément poursuivie par les esprits généreux de tous les temps, à la réconciliation de la foi et âe la raison. Pour Saadia, chez qui la foi était au-dessus de toute contestation, son * effort tendit principalement à appuyer sur les données de la raison les affirmations de la foi. Ce à quoi s'appliquèrent aussi, avec beaucoup de succès, les juifs arabes ou arabisants, ce fut l'étude de la grammaire. Syriens, Arabes et juifs furent les grands grammairiens du septième au douzième siècle, et. par là, exercèrent une grande influence sur la façon dt' prTiser ib* l'Occident. Car, on n'ignore pas combicu les mots, ' dont un alla jusqu'à faire des réalib's vivantes dans les écoles, jouèrent un rùle important durant le moyen Age, et, peut-iUre, ce rôle n'est-il pas terminé. (Juui qu'il eu soit, à l'époque dont nous nous occupons, les mots étaient rraiment des réalités, et la sdenee des mots, dictionnaires et grammaires, créait des œuvres do haute importance. Les juifs ont beaucoup fait dans cet ordre de travaux. — C'est à cette résurrection de la dialectique et de la grammaire que le monde juif dut la résurrection de la langue hébra'ique. Les talmudistes se servaient d'une langue qui, pour le fond général, est de Taraméen, mais mélangé avec toutes sortes d'éléments étrangers. Dès le dixième et le onzièujc siècle, l'hébreu redevint [a langue savante, et les livres publiés depuis ct'tto époque, sauf de rares exceptions, le furent en ht'iireu. Beaucouj) b- furent aussi en arabe et traduits ensuite en hébreu; mais l'araméen ne fut plus omployé. — Cet état relativement heureux, et, en tout cas, très brillant, ne dura guère. La cour des Abassides, plus brutale et plus fonatique que eelle des Ommeyades^ n*estimait guère, au moins au début de son exi»teace, ni les lettres ni les lettrés. Les juifii essuyèrent, plus que les Arabes encore, et plus fortement, les mauvaises dispositions de leurs nouveaux maîtres, et, cette fois, ils entrèrent en Asie, définitivement, dans le tombeau do l'oubli. — Ils sortirent au contraire de leur létbar^ gie en Occident, et, en particulier, dans l'Europe occidentale. Ils ne laissèrent pas que d'établir des colonies en Egypte, dans le nord de l'At'ricjue et dans toutes les iles de la Méditerranée. Mais l'éclat qu'ils jetèri ni en Espagne, sous le régime des Arabes, a, en quelque sorte, obscurci tous leurs établissements répandus dans le bassin de la Méditerranée. ~ Ainsi que nous l'avons dit plus haut, avant même la grande dispersion de ces trÂus, il y avait des juifs en Italie, en Espagne, en Gaâle et même en Allemagne. Leur population s'augmenta dans ces eoDtrées par le nombre considérable d*esclaves juifs qui fùrent vendus par les Romains après la conquête de Jérusalem, et aussi par des immi-

grations siircossivos. îl y en avait un nombre assez grand en Espagne, sous les rois vandales qui ne lirent qui' p;issor, et sous les mis visigoths. Oux de r.fs rois qui étaient arirnslcs laissèrent vivre tranquillement; ceux, au contraire, qui étaient orthodoxes ou Tétaient devenus, les persécutaient cruellemeut. Aussi les a-t-ou accusés d'avoir favorisé, au moins autant que le comte Julien, la descente des Arabes d^ Afrique sur les côtes d'Espagne. S'ils ne Vont pas fait, ils ont du moins aidé autant que possible à rinstallation» dans la péninsule ibérique, de maîtres moins tyranniques pour eux.— Dans TEspagne arabe, les juifs jouirent, ân rester comme les chrétiens eux-mêmes, de la plus ample liberté de conscience, de tous les droits civils que lo code musulman laissait aux non-musulmans, d'une très grande intluence à la cour des califes et d'une haute considération dans le monde scientifique et littéraire. Ils furent, comme les Arabes, grands propriétaires i l habiles cultivateurs, négociants avisés et in<lustriels ingénieux. Ils liuirnirent aux cohortes arabes des contingents de soldats intrépides et parfois des chefs heureux à la guerre. Mais on se souvient surtout de Tactivité qu'ils déployèrent dans les sciences et dans les lettres. Ils continuèrent d*étudier rhébreu, d'en élucider, en les rédigeant avec toute la logique de l'esprit grec, les lois et les règles, et fondèrent ainsi ces écoles et ces dynasties de grammairiens qui, comme les Kimchi, illustrèrent cette science. Us répandirent, en les traduisant et en les commentant, les ouvrages des philosophes grecs, et particulièrement ceux d'Arisfote, Ils étudiër«'nt la niédeeiue et créèrent les ))reiiiières écoles de médecine qu'il y t'ut en Eurtq)e, eu particulier la célèbre école de Salerne. Gnice à eux rt aux Arabes, sortis ensemble des contrées où croissent le baume et la myrrhe, ils enseignèrent la thérapeutique et donnèrent aux médicameiits des noms qu'ils portent encore maintenant. Bref, il n'y eut pas un sillon du ^amp intellectuel qu'ils ne fécondassent, jusqu'à ( o que, à la fin da quinzième siècle, le fatanisme d'Isabelle la Catholique, excité par la cupidité de son époux, le roi Ferdinand, préparassent l'irréparable ruine de l'Espagne par l'expulsion des Maures, d'abord, des juifs, ensuite. Il est Trai que, l'invasion au sud delà péninsule par les bordes barbares des musulmans d'Afrique, et la pression toujours plus grande exercée j)ar les chrétiens du nord, avaient exaspéré aus>i les musulnians de l'Espagne et que la situation des juifs avait empiré. Mais, sauf le mépris dont on les accablait et des vexations passagères, ils vivaient et pouvaient travailler. A partir du seizième siècle, l'Espagne leur est et reste interdite. Cette brillante période espagnole, qui a produit tant d'hommes re* marquables^ peut se résumer dans le plus grand d'entre eux, Moses Maimonides, à la fois médecin du sultan Saladin, grand théologien dans l'œuvre colossale du résumé du Talmud, publiée sous le nom de Jad Hachesaka, grand moraliste dans ses commentaires sur le Traité de* principes, et surtout profond philosophe dans son ouvrage intitulé : Moré nehouchim, le Guide des égarés, traduit en français par le savant et regretté professeur Munk. — Quant aux autres contrées de l'Europe, l'histoire des juifs, sauf de rares éclaircies, se présente sou> la foniie monotone de la persécution^ et, il faut bien le dire, le chriâtiaiiisme en général

leur fut hoslilc. Dans le midi de la France où, pendant la première partie du moyen {\gr, et ?oiis la douhlo influonrc do vieilles traditions roniain' Sf't do plus rôcontes intluonces araix s. rôj^Miait un certain «roùt pour l lién'tio, la situation dos juifs lui rolaliveaiont tolérablo. Mais, dos que l'Ejjlise se nul en campagne contrôles hôrétitiues de toute dénomination qu'elle trouva, ou crut trouver^ dans les provinces de la Gaule méridionale, les juifs fùrent les premières victimes de la persécntion. U ne fut fait exception que sur terre papale, dans le comtat venaissin, où, du reste» comme dans tout domaine dépendant directement de la papauté, les juifs furent épargnés et purent continuer, avec leur commerce et leur industrie, leurs études et leurs travaux. Dans le nord de la France, au rontraire, ils furent, après quelques alternatives très courtes de repcM et do trouble, délinitivement expulsés et ne reparurent plus que clandrstinouiont et en petit nombre. iMais partout où le repos leur fut accordé, si courte qu'en lut la durée, ils on profitèrent pour étudier la loi, la coninionter et l'onriciiir de nouveaux ornements intellectuels. Ici encore, un nom, entre des Centaines, sort des rangs : Salomon Jarchi, Raschi, qui vécut à Troyesen Champagne, trouva le temps de publier un commentaire d*une rare érudition et d*une science ezégétique étonnante sur la Bible et le Talmud presque tout entier. — En Italie, la situation des juifs fut relativement favorisée paîr les divisions qui ne . cessèrent d'agiter cette péninsule pendant tout le moyen âge, et par la nécessité, pour les répuldiqnes coinmen;antes de Gènes et de Venise, d'avoir avec les contrées orientales qu'elles exploitaient d'utiles et adroits intermédiaires. Les papes, connue nous l'avons dil, leur lurent en général plutôt favorables, soit i)ar Innnanité, soit })ar nitérot, o[ c'est um'ice à eux que rexistcncc des juifs en Italie l'ut un pou plus douce qu'ailleurs et leur culture intellectuelle nudns souvent interrompue, l'existence de Tuniversité de Padoue et l'importance qu'y prit l'enseignement des langues et des littératures de l'Orient témoignent de cette tolérance. — Dans tous les pays d*outre-Rliin, au contraire, les juifs, depuis les croisades surtout, furent en butte aux plus violentes peraécutiens et aux plus baineuses accusations. En vain les empereurs, plus sages et plus tolérants, déclarèrent les juifs serfs de la couronne [kamftiT hnpc/ite), leur imprimant ainsi une flétrissure qui devait au moins leur sauver la vie en en taisant coiunie un troupeau appartenant à l ompire. En vain, le liant clergé, voui.int aussi s'assurer le concours do la science et do l'babileté des juifs dans l'administration do ses biens et de sa santé, eut-il des mé<lecins et des intendants juifs ; ces situations privilégiées, qui pouvaient être utiles dans quelques cas particuliers, devenaient nuisibles aux yeux de la masse du peuple exaspéré par les misères que l'Empire et l'Eglise lui imposaient, et s'en prenaient, à défilât de ces trop puissants oppresseurs, à ses agents immédiats. On n'a peut-être pas assez remarqué que les juifs, au moyen Age et dans une société organisée féodalement, remplissaient le rôle toujours odii ux, mais le seul qui leur fût laissé. d'être les intermédiaires entre le noble qui exploite etlesujetqui est exploité. Cette situation que nous voyons se reproduire, de nos jours, dans le sud-ouest de la Russie, prçvoqua ce qu'elle

provoque de nos jours, dos froUenienls violents dont les victimes sont tout d'abord les intermédiaires. Dans cette |i^uerre sociale qui fut on permanence pendant une grande partie du moyen âge, le jnif, seul commerçant, seul tratiquant, seul agioteur, fut le bourgeois de l'époque et subit les conséquences de sa situation malheureuse. La nature seule des accusations a changé. Au moyen âge, on les accuse tantôt d*avoir cnicifié Jésus-Ghrist, et à cette époque de foi profonde et naïve, une pareille accasation devait entraîner la mort. Quand cette acousation fut usée, on inventa celle de Tempoisonnement des fontaines et les pestes; celles surtout du quatorzième et du quinzième siècle devinrent, dans les bouches des accusateurs, d'irréfutables arguments. S'agit-il d'expulser les infidèles du tombeau duChrist?N'o>t-il i»as n itiiroldc prêcher et d'exécuter, toutd'abord, l'expulsion et la destruction immédiate, puisqu'on les a sous la main, dos infidèles (jui l'avaient mis dans ce tombeau en le tuant. Aussi, la période des croisades fut-elle pour les juifs une lamentable partie de leur histoire déjà si lamentable. Faut-il expUquer la misère des peuples et lui trouver une excuse? L'usure des juife est là qui explique tout, et leur foire rendre gorge est line œuvre pie en même temps que populaire,' mais dont les fruits reviennent plutôt aux puissants, comme Philippe Auguste et Philippe le Bel, qu'au pauvre qui l'exécutait pour leur compte. Mutatit . mutandisy ce fut là la situation des juifs dans tous les Etats de l'Europe chrétienne. La lléforme m^me, quoique se fonilant sur la Bible, quoique inspirée par des lnumuos d'une haute tolérance comme Reuchlin et Melanchthon, ne changea Liuére leur situation i:éuéial(\Le seul avantago, et ce fut beaucoup pour eux, était que les deux adversaires, cath«tliquc5 et protestants, engagés désormais dans une lutte à mort, se inireut en quelque sorte tacitement d accord pour ignorer les juifs et les laisser croupir dans le mépris public. Il serait cependant injuste d'oublier, ne f&t-ce que pour établir im contraste assez frappant, que la Hongrie, la Pologne et la Russie laissèrent ou accordèrent aux juifs une assez facile hospitalité. Aussi lesétudes juives se réfugièrent-elles dans ces contrées, mais pour y prendre, sous forme des commentaires obscurs ou d'élucubrations cabalistiques, une direction fatale à la véritable science. Il faut arriver jusqu'au flix-liuitième siècle, siècle de tolérance ot de philosophie, jusqu'au troisiénio Moise. jusqu'à Moïse Mondelssohn, pour que le judaïsme, pouvant <li' nouveau respirer, donne signe de vie et aussitôt, comme si c'était là sa voi-ation propre, de vie intellectuelle. J. Weriukimer.

judaïsme moderne. L'histoire [du judaïsme moderne n'est, à vrai dire, qu*un épisode spécial de l'histoire générale des juifs et de rhumanité tout entière. Il lui manque ce caractère d'unité indispensable à tout historien qui veut traiter son sujet comme un tout complet. Les temps sont trop rapprochés encore pour qu'il soit possible de 8*en occuper à un point de vue purement objectif. Quoi que l'on fasse, les opinions personnelles influeront toujours sur le jugement qu'on portera sur les faits. Ne pouvant songer à faire rentrer dans le cadre dé cet article tout ce qui pourrait intéresser toile ou telle fraction des juifs, il nous faudra niuis lnu-ner à retracer à grands traits l'historique des événements qui ont inilué le plus sur le déveioppemeut intellectuel,

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légal et politique des juifs modernes. Et tout d*aborâ, quel sera le point de départ de cette partie de l'histoire du judaïsme ? Ce ne saurait être ni Tépoque postérieure à Napoléon l*', ni celle des temps contemporains. Pour bien comprendre et les aspirations et les tendances du judaïsme

moderne, il faudra remonter plus haut et rechercher comment le passé se rattache au présent et prépare l'avenir qui, momentanément gros

d'orages, finira, grAce à l'esprit du siècle, par s'eclaircir pour assurer aux juifs la place qui leur revient de droit dans la société moderne. — Les savants juifs s'accunieiit ^^én»'ralement à dater l'iiistoirc du judaïsme moderne de l'époque de Moïse Mendelssohn et de ses amis; c'est en ellet ù partir de ce moment que les juifs entrent résolùment dans le courant intellectuel général. Ce mouvement fut d'ailleurs facilité ^par Tétat politique de TEurope et par l'esprit de tolérance qui oom- , mençait à animer les souverains vis^-vis de ce peuple si longtemps et n injustement persécuté. Le développement des Etats européens amena en effet pour les juifs un répit momentané. En Angleterre et en Hollande ils purent se livrer sans entraves au .commerce ; en Espagne et dans le Portugal ils furent traités humainement. L'édit de 1740 les rappela même dans le royaume des Ueux-Siciles, d'où ils avaient été bannis deux siècles auparavant et leur accorda la permission de demeurer partout, et de ne relever que de leur pro[)re juridicfion. Le bill de naturalisation de 170.3 échoua en Anglelerre < (Hilre l'opposition de I4 Chambre des communes. La situation des juifs en Russie est plus précaire à cause même du despotisme qui règne dans ce pays ; cepen« , dant ils y furent apprécias à cause de leur industrie et relativement, moins maltraités que les ser&. En Autriche, ils étaient tolérés jusqu'à l'édit de tolérance de Joseph II (1682), par lequel ils acquirent plus de libertés comparativement à leur situation antérieure et purent exercer une profession. En Italie leur situation resta la même jusqu'à la révolution française; sans doute ils habitaient encore les Ghetti, mais on les traitait généralement avec plus d'hnuianité, surtout dans les villes maritimes. Les juifs de France appartenaient à trois races : les Portugais, habitant le sud-ouest, les Allemands habitant l'e-^t et b's Avignonnais. Ils étaient en général peu incommodés et pouvaient, moyennant certaines redevances, se livrer à leur commerce. Ceux de Metz, toutefois, payaient des tributs extraordinairement forts. En Allemagne enQn, en dehors de l'empire, les petits Etats se montraient assez despotiques. A partir de 1750, Frédéric le Grand, d'abord mal disposé à l'ég^ des juifs, leur accorda un privilège général, par lequel ils étaient soumis •pour les aflhires juridiques aux tribunaux ordinaires; toutefois, les permis de séjour étaient restreints et ne pouvaient pas toujours se transmettre par héritage à l'un des enfants. — Ce qui nuisait inrontestablement au développement politique des juifs, c'étaient les écoles talmudiques, inféodées aux anciennes traditions et jouissant, en Pologne surtout, d'une grande inllueuce. Toute la science se résumait alors dans des commentaires spéciaux sur le Talmud et était loin de satisfaire la piété des véritables croyants; Aussi ne fallait-il plus que d'une forte secousse pour renverser cet échafaudage de doctrines surannées. Cette

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secousse, préparée par la secte des Chasidim (les pieux), Mcadelssolm se chargea de la donner. Moïse Mendelstohn» que lesjuifs appellentavee raison le troisième Moïse, a exercé en effet sur la transformation dn judaïsme une influence immense et durable. Pour sa vie, nous renvoyons à Tarticle qui traite de sa personne ; nous ne retenons ici (pu son œuvre. Ses relations avec Lessing, Nioolal, Abt et d'autres saTants et les travaux qu'il publia en collaboration avec eux, avaient déjà attiré Tattention du public lettré sur le pauvre étudiant, quand les ouvrages sur l'immortalité de TAme (Phédon) et sur la métaphysique -vinrent mettre le sceau à sa réputation. Sans parler du style qui est classique, les ouvra^ros do Mcndelssohn eurent pour le judaïsme une double conséquenro. Les juiis apprirent par lui à estimer les sciences et la cullnrf> intellectuelle, et les chrétiens commencèrent à compter avec ce représentant si hrillant d'une religion méprisée jusque-là, à porter sur elle des jugements moins injustes et à demander pour les juifs un traitement plus humain. Le gouvernement lui-môme, entrant dans cette voie de tidérance, ne vit pas sans déplaisir la publication de son ouvrage sur les lois civiles judaïques (lois rituelles des jidfs). — Après avcir conquis sa position littéraire, Mendelssohn tourne ses efforts du cété de ses frères, pour transformer non pas leur position sociale seulement, mais leur développement intellectuel. Par ses commentaires sur Kobeletb et sur le Miloth Higajon (terminologie logique), il avait déjà agi sur l'esprit des jeunes étudiants juifs, en leur inculquant une meiUeiiK méthode. Son amour pour ses coreligionnaires le poussa à faire un pas en avant par la traduction allemande du Pentateuque avec les obsenations grammaticales de Dudno et de Hartwig Wessoly. Sans s? laissi'r arrêter par les cris de détresse que poussaient les disciples de la vieille <»rthodoxie, il continua son u'uvre avec ses amis et. ^Tàce à la prudence avec laquelle il procéda, en se rattachant à la Massorah. l'influence exercée par cet ouvrage fut immense sur les juifs. Ils y apprirent, et les rabbins. les premiers, lallemand et furent par cela mis en contact avec les dirétienfl. Les commentaires sur les psaumes et le Cantique des Cantiques achevèrent Tcsuvre de Mendelssohn. La valeur critiqQe de tous ses ouvrages est contestable, mais leur influence sur ses contemporains fut incalculable. MalgiÎ6 son attachement au rabbinisme, il peut en être considéré comme l'adversaire le plus décidé, car il ne pourrait qu'un seul but, celui de donner à la religion des juifs une autre base, en l'élevant et en la spiritualisant. — Mais ce qui donne lâ véritable mesure de la hauteur à laquelle se place Mendelssohn, c'est son appendice ;1i l'ouvrage de Dohm sur l'amélioration civile des juifs (1781. « La religion, » dit-il, <( n'a aucune autorité sur les opinions et lesjugegenicnts ; elle ne connaît d'autre puissance que celle de gagner par des arguments et par la conviction. Elle n'invoquera jamais la force brutale, elle est tout esprit, tout c(L'ur. » Et pour prouver aux rabbins qu'ils n'ont pas le droit d'exclure quelqu'un de la communauté juive à cauie de ses opinions divergentes, il ajoute ces belles paroles : « Tous lei peuples de la terre sont enclins à croire qu'il vaut mieux maintenir feraligion par le ftr et se servir des persécutions pour amener lesbomiiies

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au salut. Remerciez Dion qui est amour de ce que cette folie se perde pnia pca.\oulcz-vous être tolérées par les autres, soyez tolérante le» uns a I .'gara des autres ! Aimez et on vous aimera ! » Ces idéessont dIus développées encore dans ronvraKe.iuc Men-lelssohn pul.lia pour «ejuslinep auprès de ses coreligionnaires du soupron .le vouloir se eonvertir au c&nstjanume (JérasaleiD ou puissance religieuse et judaïsme) Il s v montre assc« dégagé vis^-vis de Tancien judaïsme, et tout ce qu'il neu't ajouter sur I obbgation toiqours existante de la Loi, ne contribua pas à en affernur la pratique, car il revient à chaque page sur cette idée toute moderne que la loi n est pas la religion, mais qu'elle demande sunpiement .les pratiques de culte extérieur, destinées à conserver le» Dotions reli-ieuses, sans en arrêter le développement progressif Us. juils cultives comprirent la portée .ie ees Ih.-ories nouvelles et les firent fructifier. L'étude de l'Ecriture rempla. a celle du Talmud et le«; éeoles talmudiques en reçurent une grave atteinte. A partir de ce moment Udée d une réforme nécessaire germa dans les esprits, et c'est ainsi que Mendelssohn devint le réformateur paisible et victorieux d une religion jusque-là immuable. — Son œuvre fut continuée par Hartwig Wessely un de ses collaborateurs, qui prit une part active à la réalisation dé l édit de toléranre de Joseph II. Recommandant à la fois la création d écoles rl.-mentaires et l'étude grammaticale de l'hébreu, il contribua puissamment à la' transformation do l'enseignement. Ses ouvTages. écrits dans le style hébraïque le plus pur, entraînèrent les savants loin du Talmud et leur donnèrent des goûts plus littéraires. Isaac Euchel 1756 maiebasur les traces de ses deux prédécesseurs, en traduisant en aflemand les prières synagogales et les proverbes de Salomon. Mais ces tendances réformatrices trouvèrent leur plus ferme appui dans la per sonne de David Friedlœnder(1750), l'ami le plus intime de Mendelssohn D une culture supérieure et universelle, Friedlœnder reconnut que les ref.,rraes partielles de Mendelssohn arrêteraient bien la chute du vieux judaïsme, mais ne l'empêcheraient pas définitivement. Aussi crut-il le moment venu pour essayer de reconstituer à nouveau ce que ses amis avaient cm devoir jeter bas, et c'est en cela qu'il commit une erreur singulière, laquelle l'entraîna à plus d'une tentative trop hâtive Son œuvre fut grande néanmoins, car elle comprit à la fois l'enseignement de l'hébreu classique et la traduction de parties delà Bible en allemand avec transcription en caractères hél)raïque8 ; par là, il en assura la propagation parmi les juifs. Les efforts de Friedlaender se portèrent davantage encore sur l'éducation et l'instruction de la jeunesse juive par la création d'une écolo libre pour les enfants pauvres avec une bonne instruction élémentaire qui comprenait en môme temps renseignement rehgieux jusqu'alors entièrement négligé. Par ses relations avec les théologiens et les pédagogues les plus distingués de l'époque, il avait TMctnnu l'insuffisance de cette partie, dans l'éducation donnée aux enianU. Cette activité fit tomber et les préjugés des chrétiens contre les juifs et les idées préconçues de ces demien. Hais, d'un autra cAté, il reconnut avec un tact parfait le danger qui menaçait le judaismede la part de certaines tendances libérales du siècle, basées sur une cultoreapparente

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plutôt esthétMiae que sérieuse. C'est pourquoi, fout en combattant Tesprit étroit du rabbinisme, il en appréciait hautement les sentiments religieux. Sans attendre que le terrain fût entièrement déblayé, il lui sembla possiltlo de rétablir la religion juive avec un esprit nouveau;

tel est le sens dans lequel il rédi<;ea sa rt''lM)re « Tiettre de quelques phres de famille juifs au tlukdogien Teller. » Dans un style nol»le pt éloquent, il y expust- ses plans de réforme et veut ôtre renseigné sur les moyens de les réaliser sans précipitation, — Cette démarche, qui eût gagné à se maintenir dans le domaine de la théorie, n'eut pas le résultat voulu, mais elle provoqua la publication d'une des revues juives les plus importantes, le ilfeiMse/' (collectionneur), à la rédaction de laquelle collaborèrent le8.kom mes les («lus distingués parmi les juifs de l'épotpe, WolfT de Dessau, Levisson d'Upsala, WolfTsohn, Herz, Mendez d'Amsterdam. L'influence que cette revue exerça fut considérable; elle fit connaître les trésors d'érudition laissés par l ^s anciens savants, critiqua vertement les écarts des rabbins du temps et devint la véritable pépinière de la culture des juifs. Les travaux publiés par le JAv/s-ç^/" donnèrent au développement scieutiliquc une impulsion extraordinaire, mais tirent en même temps comprendre le danger d*UDe réforme qui ne saurait remplacer le rabbinisme par des convictions fermes et basées sur l'autorité des Ecritures. On finit par reconnaître la profonde vérité de l'opinion de Mendelssohn, quand ci lni-ci déjà craig^nait qu'une réforme extérieure n'entraînât l'abandon de la foi des Pères. 11 se dégagea de cette lutte des esprits ce résultat que. tout en rejetant «les lois mosaïques ce qui ne pouvait être appliqué (jue dans le pays de son oriirine, on s'accounnoda au point de vue civil aux exi^'cnces des lois et des Etats modernes, en conservant scrupuleusement ce qui faisait l'essence même de la Loi. La religion juive resta orthodoxe, mais non pas dans le sens rabbinique. Gela amena des rapports plus fréquents avec les chrétiens et par suite les juifs cultivés entrèrent plus avant dans le mouvement général des esprits. En France, le PoiftugaisPéreire se distingua par ses essais philanthro|)i(iues vis-à-vis des sourds-muets; à Berlin le médecin Blocb s'illustra dans les sciences naturelles, Markus llerz par ses ouvraires sur la philosopliie spéculative, mais le plus di^tintrné <l*entre ces pionniers de l'esprit nouveau est sans contredit Lazarus Bendavid, philosophe et pôdaj^ogue, directeur de l'école libre de Berlin, d'où sortirent un grand nombre déjeunes maîtres qui essay^^eDt de propager les idées nouvelles, mais dont beaucoup, attirés par l'appât des richesses, se livrèrent pins tard au commerce, parce que la carrière pédagogique ne leur offrait que pea de ressources. Tels furent les premiers résultats de la liberté conquise par Mendelssohn et ses successeurs. — Voyons maintenant l'état civil des juifs dans les ditlVrents Etals de l'Europe.

I. SlTLATioN iu:s JLIFS. J. Pruss*'. ]jQ développement intellectuel des Juifs n'échappa pas aux souverains. Sans lenir compte des acrnsalions proférées contre eux, Frédéric II commença la réforme de la condition civile des Israélites par l'abolition de l'impôt corporel payé par ou pour chaque membre de la communauté, un des impôts les plos veiatoires de tous ceux qui pesaient sur eux. Quelques &milles purent

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acquérir des bîëns-fonds et le roi leuz accorda exceptionnellement le droit de bourgeoisie. Sur la demande du roi d'indiquer ce qui, dans le

judaïsmo. devait être aboli ou conservé, pour qu'elles pussent remplir, sans violenter leur conscience, leurs devoirs de citoyens, elles présentèrent, en Î701, un mémoire qui fut couronné d'un plein succès ; dés 1792 le droit de bourjçeoisie leur lut concédé. En même temps une commission devait régler les rapports civils des juils dans la Prusse entière, à l 'exception de la Silésie et de la Prusse occidentale. Sur le rapport présenté par Prledlaender (voyez ses Aktenttûeke, p. 121), le lien de la solidarité qui les unissait fut rompu, et dès lors il leur fut loisible d*ezercer« sous certaines restrictions, les profession s, manuelles, de s*adonner à l'agriculture, aux arls et aux sciences, à charge par eux de se soumettre à la loi militaire et aux devoirs civiques. Malheureusement ces réformes, qu'aucuns eussent voulu plus complètes, trouvèrent un terrain ])eu préparé ; la classai, moyenne n'existait pour ainsi dire pas ; les rabbins n'étaient pas toujours en état de salisiairc aux besoins religieux et la dasse cultivée cherchait dans l'imitation du libéralisme et dans l'étude des philosophes de leur nation une distinction qui creusait un abîme entre eux et leurs coreligionnaire«. Malgré ces inconvénients, le roi s'occupa avec une grande sollicitude <1es juifs de la Silésie, aocor* daot des droits de séjour à 160 pères de iaraille, ordonnant de prendre des noms patronymii^ues. 11 prescrivit en outre la création d'une école élémentaire et, en accordant le droit d'exercer le commerce et les travaux manuels, il concéda aux fils des familles autorisées le droit d'étudier et favorisa leur développement. — 2. En France^ la révolution fat plus complète et plus fertile en résultats immédiats. Les Juifs comprirent que la convocation des Etats-génénnix devait amener nécessûrement une amélioration dans leur situation. L'honneur d'avoir soutenu leurs justes revendications revient à l'abbé Grégoire, curé d'Emberménil et député de Nancy; il se Ht l'interprète éloquent des pétitions qui lui furent adressées de toutes parts, demanda pour eux une égalité absolue des droits et des devoirs, et p.ir suite l'abolition de toutes les lois restrictives du passé. L'Assemblée nationale n'hésita pas à accorder dès l'abord le droit de bour^reoisie à tous les juifs naturalisés avant 1789 et, dès 1791, tous ceux qui prêtaient le serment civique furent proclamés Français. Après dix-sept siècles d'oppression, les juifs se trouvèrent avoir une patsie; aussi leur patriotisme ne connut-il plus de bornes ; ils s'enrôlaient dans l'armée, offraient des subsides considérables en argent et prenaient la part la plus vive aux destinées de leur nouvelle patrie. Les quelques obstacles qui s'opposaient encore à la reconnaissance de leur égalité parfaite avec leurs compatriotes, s'aplanirent plus tard. Aussi vOit-on des hommes de talent se distiuguer dans les sciences et les arts, et le mépris pour le juif s'anioindrir de jour en jour. Nous uc citons ici que pour mémoire les noms de Michel Berr et deHurwits qui s'occupèrent de l'amélioration du lort de leurs coreligionnaires; de Furtado et de Rodriguez qui les défendirent contre les attaques de M. de Bonald ; de Eli-Lévy, le poète, du rabbin Sinsheim. — Mais il était réservé à Napoléon I« de mettre le

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JUDAÏSME MODEILNE

sceau à toutes ces réformes et de donner aux juifs de Tempire une constitution légale et définitive. Pour remédier définitivement à tous les abus qui entravaient encore, dans certaines provincf?, lo libro dcveloppomont religieux et civil des juifs, il publia, le 30 mai 18(Mi. lo célèbre décret qui deuiandait aux juifs do procéder rux-mémes à une r«''f'>rme totale de leur coustitutiou. Il décréta : 1^ la suspension pour uu an de tous les contrats consentis entre juifs et chrétiens; 2*^ la convocation pour le 15 juillet d*une assemblée de juifs cultivés de tout Tempire ;

le choix de ces députés pris parmi les rabbins et les gens aisés. Cette assemblée devait proposer les voies et moyens pour améliorer la situation civile et counnerciale de tous les juifs de Tempire. La première réunion des 110 dépulés de France ot d'Italie fut convoquée pour le 26 juillet IHOG et MM. Mulé, Portalis cl Pasquier chargés d'y représenter le KouverinMiieiit. Après s'être constituée le Ï27 juillet sous la présidence d'Abraliani Furtado, ra?s<'ujblée prit eminaissaiu:*' des lia questions qui lui étaient soumises; elles portaieut sur les points suivants: l** Est-il licite aux juifs d'épouser plusieurs femmes? 2^ Le divorce est-il admis par la religion juive? Une juive peut-elle se marier avec un chrétien ou un chrétien avec une juive ? 4<> .\ux yeux des juifs, les Français sont-ils leurs frères, ou sont-ils étrangers? 5^ Dans Tun et dans l'autre cas, quels sont les rapports que la Loi leur prescrit avec les Français qui no sont pas de leur religiiui ? f')" Les juifs nés en Franco et traités comme citoyens français rogardent-ils la France connue b iir patrie? Ont-ils r(ddit;alion de la défendre? Sont-ils obligés d obéir aux lois et de suivre les dispositions du code civil? 7° Qui nomme les rabbins ? 8** Quelle juridiction de police exercent les rabbins parmi les juifs? 9*' Les formes d*élection sont-elles voulues par leurs lois, ou seulement consacrées par rus«|e? 10» Est41 des professions que la loi juive défende ? 1 1'' La loi des juifs leur défend-elle de faire l'usure à leurs frères? 12' I.eur défend-elle ou leur permet-elli .le fidre l'usure aux étrauprers? Pendant la lecture de ces questions, l'assemblée mainf'''sta à plusieurs reprises ses sentiments patriotiques, et à la (j*' questujn dans laquelle on demande si les juifs eut l'obligation de défendre la France, elle s'écrie unanimement : « Jusqu'à la mort!» ( On/auisation civile et religieuse des Israélites de fiance et du royaume d'Italie, Paris, 1808, p. 132 ss.). — La réponse des députés aux questions qui leur étaient soumises fut la suivante (nous n» donnons ici que les points principaux : 1° Il n'est pas licite aux juifs d'épouser plusieurs femmes. 2** La répudiation est permise par la loi de Moïse, mais elle n'est pas valable si elle n'est prononcée pnr les tribunaux. 3" La loi ne dit point (ju'uuejuive ne puisse sr- marier avec un clir/tiou, ni une chrétienne avec un juif, cependant les rabbins reconnaissent la partie juive comme faisant toujours partie de la conimuuauté. A" Aux yeux des juifs, les Français sont leurs frères. 5*^ Les rapports sont les mêmes qu*entre juifs; il n'y a d'autre différence que celle d'adorer TEtre suprême, chacun à sa manière. 6^ Les juifs français regardent la France comme leur patrie et, àleurs yeux, Tobligation delà défendre est un devoir également honorable et précieux. 7* Le mode de

JUDAlSBIE MODERNE

nomination des rabbins n'est pas uniforme ; elle appartient fjjénûralpmont aux pt-res ilo faiiullc.8° Les rabbins n'exercent aucuno juridiction parmi les juit'à. Tout ce (|ui concerne les rabbins est établi par l'usage. 10° Toutes les professions sont permises par la loi. et La loi mosaïque défend rustire vis-à-vis desjuifs et des étrangers. — Le résultat de ces réponses fut la convocation du grand sanhédrin, destiné à donner aux juifs une constitution légale. Une commission de 9 membres fut chargée d'élaborer un projet de constitution, et le 9 f/ vrier 1807 cette grande assemblée tint sa p^emi^^e séance sous la présidence du rabbin Sinzbeim de Strasbourg, vieiUard égalmimt vénéré pour sa science et sa piété. Elle sanctionna les statuts que lui avait soumis la commission des neuf et qui lixaient les points suivants : Il y aura une synagogue et un consistoire pour 2000 individus, lequel sera présidé par un grand rabbin et deux rabbins, avec l'adjonction de 35 notables connus par leur honorabilité. Le consistoire doit veiller à l'ordre des synagogues, favoriser le travail manuel et surveiller les rabbins. Paris est le siège d'un consistoire central. Les statuts ayant été approuvés par l'empereur, l'organisation des consistoires fut entreprise sans retard. Les n'sultats bienfaisants de cette nouvelle organisation ne se firent pas attendre; dès i8')S, sur les 80, OOO juifs alors établis en France, on comptait déjà 1 ,232 propriétaires fouciers, 797 militaires, 2,350 arfiî^ans et 230 fabricants. Partout où rinfluence française se faisait sentir, la situation des juifs s'améliora; ils acquirent les mêmes droits en Hollande, en Westphalie et dans les Etats qui faisaient partie de la Confédération du Rhin, Il n*en fut malheurausement pas de ménie dans d!autres Etats allemands, notamment dans les villes anséatiques qui essayèrent de faire revivre et d'accentuer même les anciennes lois prohibitives contre les juifs. Le Mecklembourg cependant, si rétrograde jusque dans ces derniers temps, leur accorda une constitution plus libérale, avec droit de bourgeoisie. — '.LJtitssin, pnlotjne, A «/Wt'/i^?. L'intérieur de laUnssic n'est habité que par peu de juifs. Sous Catherine II, ils y jouissaient d'une liberté rahitive» mais non du droit de bourgeoisie. Alexandre I*' leur sccorda, par l'ukase du 9/21 février 1805, le droit d'exercer des métiers, mais ils dépendaient uniquement du bon vouloir du souverain. Dans le sud de la Russie, en Crimée et dans TUkraine, leurs droits sont plus étendus; ils s'y livrent à l'agriculture et à l'exploitation des produits du sol. .\us?i y sont-ils relativement plus bcureux. La Pologne est presque une p.itrie pour les jinr>; nulle part ils ne sont plus nombreux, nulle part aussi leur condition n'est plus précaire. Tyrannisés au point de vue religieux par les rabbins, traités servilement par la noblesse, instruits au point de vue talmudique, mais ignorants quant au reste, ils en sont réduits au lucre et au commerce. Le gouvernement, jusque dans les temps les plus modernes, a négligé d'utiliser le trésor d'intelligence et d'activité que lui oflhiit cette partie si nombreuse de la population. La plupart d'entre eux se livrent au commerce de chevaux, au petit n»'iroce et à l'usure, mais les professions leur étant interdites, ils n'ont jamais pu s'assimiler au reste de la population, et pourtant ils ont prouve suus Kosziusko qu'ils étaient animés du plus pur patriotisme. —

judaïsme moderne

En Autriche, Tédit de tolérance de Joseph II exerça une influence bienfaisante sur Téducatioa des juifs de la Galicie et de l'Autriche. Les écoles forent réorguiisées, mais ce qui favorisa particulièrement leur développement intellectuel et patriotique, ce fut la liberté d*exeTcer on métier. L'activité industrielle des juifs dans les Etats austro-allemands fut en effet très considérahle depuis Marie-Thérèse. Aussi Joseph II trouva- t-il indigne de les exploiter, et dans les règlements sur l'état des juifs de Bohème, il supprima la distinction entre chrétiens et juifs, autorisa ces derniers à exercer tons les îuétiers et leur accorda la même protection qu'aux chrétiens. Quinze ans plus tard, 4(X) juifs de Prague étaient devenus artisans. Aussi, dans toutes les parties allemandes de rempirc, les juifs montrèrentHTs k plus grande sollicitude k développer l'instruction et l'éducation de la jeunesse Israélite. Des savants comme Pierre Beer, Hors Homberg, les Jeitteles» Lewissohn, Landau s'illustrèrent dans toutes les branches et des écoles fuient fondées de toutes part?. Le congrès de Vienne admit enfin en principe, dans son 16° article, que devant la lui les juifs étaient civilement égaux avec les chrétiens, mais cotto égalité ne passa pas dans la pratique. Néaninoios les principes de Mondeissohn firent leur chemin même en Autriche, mais dans ce pays aussi l'on peut constater un certain relâchement dans les seuliineots religieux, parce que la jeunesse ne comprenait plus les vieilles formes du culte et s'en détachait de plus en plus pour s'abandonner à un libéralisme soi-disant philosophique, qui liscilitait singulièrement les exigences de la vie journalière. — Les changements amenés dans la condition des juifs par la- révolution française avaient sans doute ouvert de nouvelles voies à leur développement, mais ils n'avaient trait qu'à leur situation comme citoyens et ne touchaient pas à la vie religieuse. L'oppression avait cessé, mais la vie nouvelle avait besoin d'impulsions puissantes pour qu'elle pût porter des fruits. Ce qui nuisait au développement général, c'était l'inégalité sociale et intellectaeOe des membres des communautés. D*un cAté, nous voyons, au sud de la France, les Portugais formant une classe à part et fiére de ses anciens privilèges; de rentre des immigrés allemands, de langue et de mœurs étrangères, cherchant plutôt le pain quotidien qu'un développement religieux et morsl. En Angleterre, où les juifs n'étaient sans doute pas molestés, peu nombreux du reste et sans lii^i coiniiiun, la conmiunauté ne pouvait guère se développer. C'est en Allemagne seulement où nous trouvons réunies toutes les conditions nécessaires au mouvement nouveau, que la vie nouvelle pouvait se propager et s'accentuer dignement. A mesure que les barrières de la servilité, dans laquelle les juifs avaient été renfermés, tombèrent, l'esprit général du pays fiwilita l'activité de toutes les forées intellectuelles et entraîna les juifs dans le mouvement universel. Les privilèges généraux que Frédéric II leur octroya sur la fin de sa vie, assih rèrent à l'Etat la coopération de toutes les forces vives des juifs et un jour nouveau s'éleva pour eux. Sans doute la synagogue résista à ce nouvel esprit, mais quelques individualités particulièrement douées en subirent l'influence et réagirent sur les dilfércntes communautés. En uo mot, la médiation entre la synagogue et la culture moderne commença

à porter ?cs fruits. Opt^réo facilement dans les pays imbus dp l'esprit de la révolution, olle out besoin de grands efforts pour se frayer la voie daDS les pays de langue germanique. Les juifs n'avaient encore aucuns droits légaux, mais dépendaient plus ou moins du caprice du souverain. Ce qui leur fiaisait particulièrement défaut, c'étaient des hommes capables de les défendre activement si ces hommes se trourâient, ils ne se sentaient soutenus ni par les chefs» ni par les membres des communauté», habitués les uns et les autres à une longue dépendance. Les chrétiens d'ailleurs essayaient dVnrnyer toute revendication. Ce n'est que peu à ppii que les juifs qui avaient laiss«? passer le nioinnnt favorable de leur émancipation définitive, comprirent leurs véritablos intérêts. Mais en présence de l'opposition populaire, les souverains hésitèrent et le mouvement en avant fut arrêté. — La réaction politique qui dura jusqu'en 4819 fit heureitaement place à des sentiments plus humains, et quand des constitution! eurent été accordées aux différents Etats, les droits de la minorité juive commencèrent à être reconnus. Mais il s'en fidlait de beaucoup que toutes les anciennes bamères restrictives fussent tombées. Ce n'es! qu'à partir de 1830 que les juifs purent songer définitivement à lutter pour leur émancipaTion absolue et. danscette lutte suprême, le concours des esprits libéraux ne devait pas leur faire défaut. Les anciennes restrictions apportées à leur développement tombèrent enfin et le droit l'emporta sur la force brutale. Cette lutte extérieure provoqua nécessairement un contre-coup sur la constitution religieuse et amena peu à peu les réformes que nous pouvons constater dans le jnddsme moderne. Le mot d'ordre donné par tous les esprits cultivés fut désormais : En avant ! C'est l'histoire de ces tendances nouvelles que nous allons essayerde caractériser maintenant. — La chute dp l'empire français eut son contre-coup en Allemagne ; les passions pofitiques s'attaquèrent aux réformes qu'il avait introduites tout au moins autant qu'à la nouvelle législation qu'il avait imposée aux pays conquis. Chose étonnante, mais psychologiquement jusliliablel les Allemands songèrent à reprendre les habitudes abandonnées et en demandèrent le rétablissement, sans songer que ce retour en arrière ne serait nullement profitable à leur patrie. Les peuples de TOuest seuls surent faire la part de l'élément na* tional et des aspirations nouvelles ; ils avaient trop participé à ce mouvement généreux qui poussait à l'égalité des droits de toutes les classes de la société, pour demander le rélablissenjcnt de l'ancien état dos choses. Partout ailleurs la réaction leva la téte. Elle atteignit tout particulièrement les juifs et à l'Occident même, malgré des tendances plus libérales, ses derniers eurent à en subir le joug. C'est à Francfort-sur-le-Mein tout partienlièrement qae lemn drmts forent contestés; aussi est-ce dans cette 'Ville que ta lutte juridique s'engagea. Lutte homérique s'il en fût, car \ les partis en présence y mirent tous deux un acharnement incroyable. L'antique ville libre, en effet, ne pouvait se faire à l'idée que cette partie dt' la population, qui jusqu'ici avait été renfermée dans les limites d'un Ghetto et opprimée partout et toujours, pût songera demander une liberté au moins relative. La communauté israélite, assoz nombreuse d'ailleurs^ intelligente, industrieuse et riche, comprenait parfaitement

JUDidSME MODERNE

que son éniaiicipalion était pour die uue question vitale et l'on comprend sans peine qu'elle ait mis au service de sa défense toutes les forces dont elle disposait. Depuis 1807 et sous Tinfloence des revirements politiques, les juifs de Francfort avaient été délivrés du joug qui pesait sur eux depuis IGIG ét avaient acquis une nouvelle organisation {\eue StœttigkeU und Schutz-Ordmmg der Frankfurter Judenschaft). Si les réformes édi^t^''es par cette loi devaient marquer un progrès, il faut avouer qu'il était l»ien niaigre, car. nuilgré rinfluence frani;aise, les juifs y sont encore singulii'reuieiit traitt-s. Les familles ne peuvent s'augmenter au delà d'un certain nombre, elles sont reléguées dans un quartier spécial, ne peuvent acquérir des biens-fonds, n'exercer que certains négoces et sont soumises à toute sorte d'impùis vexatoires. Le prince Primus était peutêtre animé des meilleures intentions, mais, vu les sentiments delà population, il dut subordonner à Tassentiment des citoyens le droit de bourgeoisie que n'clamaient avec raison les juifs" de Francfort. En 1810, lors de la formation du grand-duché de Francfort (10 aoiit), l'égalité des droits fut oniricIltMiient pîdclanH'e. les juifs rachetèrent moyennant uue somme <le ii.(KK) llnriii^ i exonération de leurs prestations annuelles et, le 28 drccinhrc 18! 1, un décret du grand-duc leur accorda le droit de bourgeoisie. Cette situation encore mal délimitée changea dés 1813 et l'entrée des alliés dans la ville remit les choses en l'état. Nous ne pouvons entrer ici dans le détail de la longue lutte qui s'engagea dès lors. Ls sénat de la ville libre résista pendant de longues années à toutes les injonctions parties de haut lieu. En vain M. de Stein et le prince de Metternicli, ira^nés à la cause des juifs par l'infatigable activité de Jacobssobu, intervinrent-ils de tout le poids de l'autorité dont ils étaient revêtus; en vain le congrès de Vienne essaya-t-il de s'iiift'rposrr. n'est qu en 1810 que la chancellerie de Francfort consentit eutin à n^tabhr l'état des choses telles qu'elles avaient existé eu 1810. Alors on se décida d'en appeler à la Confédération germanique. — ^Ses décisions furent arrêtées par les mesures coêicitives provoquées par les villes libres ds Hambourg et deLubeck, d'où un fanatisme ridicule et incompréhensible bannit les jui&, pendant qu'à Hambourg ils subissaient toutes les restrictions qu'une population, jalouse de leur richesse, jugea à propos de leur imposer. Malgré cela, la connnunauté de Hambourg, avec ses trois synagogues ]irincipaK's, sut se maintenir et se développer. Ueslremlc au point de vue politi(}ue. elle se rejeta sur le terrain philanthropique; nombre de sociétés de bienfaisance s'occupaient du bieu-étrc niatériei des pauvres et les savants et les artistes ne fùrent même pas ouUiés, grâce aux ressources dont les dotaient des hommes comme Salomon Heine. On ne comprend pas qu'une communauté qui, en 1890, eomprenait près de 8,000 juifs (lOJoO en 1845) ait pu être ainsi malmenée. Quoi qu'il en soit, la polémique littéraire s'engagea sur la question de l'émaucipatioD des juifs avec un acharnement incroyable. Les hommes d'Ktat y re>l»— rerit étrangers, mais les jurisconsultes s'y jetèrent avec ardeur; universilés elles-mêmes émirent leur opinion et, il faut l'avouer |>«iur leur bonté, la plupart d'entre elles furent défavorables à rémauopaliou. Les ouvrages de Rûhs et de Fries essayèrent même de justifier Fintoléranoe,

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en s*appu\ axit sur les données de la Bible; heureusement les gouvernement:* allemands laissèrent-ils un libre essor à cet acharnement contre le judaïsme, sans prendre parti pour lui. Du cot»' de la délVnse nous citerons les ouvrages de S. Zimmern i Versur/i rinrr ]J'"rdif/inif/ (1er Angriffe des Prof . Fries), du rabhiu Hess de Francfort {l- rriinutlitgcPrûfung derSchrift des Prof. Rùhs, 1810) et surtout celui du pasteur Ewald qui soutient 'franchement « qu'il faut accorder aux juÛs les mêmes icùits qu*aux autres citoyens, sHls doivent devenir des citoyens. Jamais ils n'auront une véritable culture, s'ils se sentent simplement tolérés. » — Enfin, et après de longues n»'*;o( ialioiis, l'accord intervint et fut proclamé par la loi du l"»" (2) septcinitrc iH-2'k. Par cette disposition légale les juils domiciliés à Francfort sont conj^idérés comme citoyens Juifs; on leur accorde le libre cxercii'c du culte, une constitution religicu-c, mais ils sont exclus de l'administration de l'Etat; ils peuvent exercer toutes les professions, mais ({uinze mariages seulement peuvent iître contractés par an entre juifs (cet article fut aboli en 1834). Us peuvent employer pour leur industrie des chrétiens, s*établir partout en ville, mais ne posséder qu'une seule maison et un seul jardin. La loi réservait toutefois l'avenir en vue de dispositions générales que la diète pourrait prendre éventuellement, tout en constatant qu'elles ne pourraient renfermer aucune dérot^ation aux décisions |)rises. La communauté fut organisée provisoireinonl le :2() j.mvier IHi.'i. Cette organisation niit fui à l'agitation soulevée jiar les adversaires; rien ne justifia leurs appréliensions et en 1833 le sénat fut obligé de rcconnuitre ofliciellemeut w que les juifs s'étaient dévelo[>pés d'une manière eztraordinaironent favorable au point de vue intellectuel et moral » [Frankfurter Jahrbûeker, 1834, . p. 242). En 1839 enfin le sénat régla définitivement la question de Torganisalion de la communauté juive. Depuis lors rieu n'entrava plus le développement normal de cette Lrr iii le a^lomération ; sous la direction du docteur Hess et de Johlson. l école fondée par les juifs prospéra do plus en plus, mais le culte fut né«::ligé jusqu'à l'arrivée à Francfort »lu docleurCreizonacb qui réagit puissaunnent contre l indifférenlisme des uns et la rigidité orthodoxe des autres. — L'année 1819, avec sjs tendances réactionnaires, avait prodait une agitation su i>,u-lière contre iesjuifs ; les passions populaires surexcitées de tous côtés par les journaux politiques se traduisirent par des actes semblables à ceux dont l'Allemagne contemporaine nous fournit aujourd'hui le lamentable spectacle. On poussait alors contre eux le même cri de guerre : Ilep, hep! qui semble être le mot d'ordre de la chasse aux juifs (Juflenhefze) de 1881. Les villes les plus unportantes, Hambourg, Francfort, Garlsrube, Maunlieiin et maintes autres furent témoins de l'explosion populaire qui se manifesta par des injures, des pillages et des vexations de toutes sortes. L< s grandes pnisiances de l'AUemagne surent les réprimer dès l'origine sans doute, nuis dans les petits Etats le mécontentement politique généraUe venges sur les juifs. La littérature du temps fourmille d attaques plus injustes les unes que les autres. Bœrne essaya en vain'dans son admiralde satire «/c Juif errant n de montrer l'inanité de toutes ces accusations ; la marche lapide des événements politiques seule iiuit par triompher de cette levée

de boiirliers antisémiliquc qui eut pour les juifs l'avantage de le? i rveil- 1er (l'une torpeur momentanée, pour' les engager à porter leur attenliuu la plus sérieuse sur leurs réformes intérieures. — En Bavière, où lit juifs étaient assez nombreux (58,000 en 1837, 61,000 en 1845), la comtitution de i818 avait lait concevoir les plus belles espérances, pares qu'elle les confirmait dans leurs droits civiques accordés jusque-là, mais elle conten^t le germe de grandes difficultés au point de Tue pratique. I>es entraves apportées à rétablissement dans le royaume de juifs étrangers, la délimitation pour les indiirrnes du droit de rester dans le pays, la défense d'exercer certaines prolessions, toutes ces causes réunies n'étaient pas faites pour faciliter le développement politique, social et lUtellectuel des Israélites bavarois. Aussi ne saurait-on s'étonner que les juifs aient demandé la revision de ces dispositions par des pétitions à la chambre des députés. Nous sommes heureux de constater, comme un phénomène rare à cette époque, la pétition d'un curé du pays (Xavier de Schmid), lequel, après avoir montré l'injustice des reproches qu'on adressait aux j ni Is, demande qu'ils soient représentés.dans l'assemblée des Etats. La solution de la question fut demandée d'ailleurs par tous les esprits généreux, entre autres par le prolt sseur Lips de l'université d'Erlangen (1819). Ce fut en vain ; le gouvernement cédant à la pression venue de tous côtés, et particulièrement de la part des bourgeois et des artisans, déclara en 1822 qu'une nouvelle loi en faveur des juifs ne pouvait être proposée. Les négociations chômèrent jusqu'en 1831 et, malgré les voix éloquentes qui s'élevèrent, leschoses restèrent légalement en l'état, quand bien même dans la pratique on se relâchait souvent des prescriptions légales, — L'exemple de la Bavière fut malheureusement suivi parle? petits Etats, à l'exception toutefois de la liesse électorale où les juifs furent totalement émancipés par la loi du 15 novembre 1815. Dans le royaume de Saxe la lui du IG août 1838 améliora la position des communautés de Dresde et de Leipzig et permit au célèbre orientaliste Fiirst de faire des cours (gratuits!) à l'université de cette dernière ville. En Prusse la loi du 11 mars 1813 avait accordé aux juifs une liberté civile absolue et les mêmes droits qu'aux indigènes; astreints au service miUtaire, ils avaient le droit de se livrer au commerce et pouvaient être poun us de fonctions municipales et scolaires. Les fonctions de l'Etat seules étaient réservées jns(}u"ii plus amples informations. Cette loi libérale qui est plutôt l'œuvre du temps que celle du ministre Ilardenberg, à qui on a voulu l'attribuer à tort, entra immédiatement en vigueur et fut placée sous la protection de k diète. Et malgré cela, quand bien même les juifs ne la transgressèrent en aucun point, l'on peut constater dès la conclusion de la paix un mouvement rétrograde qui se traduisit ' par une suite de restrictions apportées à l'exercice des droits de la communauté israélite. Aussi la situation juridique ne présente-t-eile que l'histoire de ces vexations sans cesse renouvelées. Et tout d'abord les juifs de la province de Saxe, de Cului, de Tliorn et d'autres territoires annexés à la Prussp étaient exclus provisoirement du bénéfice du décret de 181^; le gouvernement se réservait de régler ultérieurement leur situation. Ce qui est plus déplorable, c'est que l'amoindrissemeut des

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droits n'était pas le résultat de principes nouveaux, mais de motifs de tonte espèce qiii ne tendaient à ri^ moins qu'à contester aux juifs tout le terrain précédemnfent conquis. En 1812, on avait certainement ?(Nilu préparer nne égalité complète entre tous les citoyens du royaume et abolir toutes . les lois restrictives. ^ Les progrès de l'école historique après la paix manifestèrent au contraire une tendance de plus en plus grande à séparer toutes les formes historiques constituées. Le premier pas en arrière est marqué par le décret de 1822 par le(|uel Taccès de toutes les fonctions scolaires et universitaires est interdit aux juifs; on leur retira le bénéfice de l'indemnité accordée aux volontaires de la gnerre de rindépondauce, lo droit d'être arbitres, de remplir des fonctions municipales, voire même l'office de bourreau, pour lequel, sans doute, ils ne se sentaient pas spécialement qualTiés. Et pour augmenter encore ers mesures vexatoires, il leur fut interdit de porter des noms chrétiens, d'acquérir des titres universitaires, même purement hononfiques. Dans les provinces annexées, les droits politiques, garantis par la constitution de 1807, fùrent suspendus pour dix ans. En Posnanie, au contraire, par une singulière contradiction, on accorda aux juifs une constitution particulière ( 1 833), basée sur celle de 1807, et destinée à maintenir les droits acquis, tout en les faisant dépendre de questions d*argent, de culture et d'aptitudes sociales. Tout israélite &it partie d*une corporation juive, administrée sous la surveillance du gouvernement. Les chefs de la corporation ont à veiller à l'instruction et à la diffusion de l'activité professionnelle. Sont naturalisés tous ceux qui sont établis dans le pays depuis 1815 ou ([ui peuvent justifier «oit d'une aptitude personnelle spéciale, soit d'une fortune de 2,000 à .5,000 thalers. Gomme tels, ils peuvent s'établir dans le p;ly^^ tout entier, mais sont déclarés incapables de remplir des fonctions de iJ£tat et de jouir des droits des grands propriétaires fonciers. Les non-naturalisés peuvent, au nmyen de certificats délivrés par l'autorité, être aotorisés à résider dans le pays. Le mariage n'est permis qu'à l'âge de 24 ans; ils ne peuvent demaurer que dans les villes, sans y avoir droit de bourgeoisie, sans droits commerciaux. Le statut du 14 janvier 1834 confirma ces prescriptions pour la province de Posen. Dans la province de Saxe, les juifs ne sont que tolérés et soumis à toutes les restrictions du moyen âge ; ils ne peuvent acquérir de propriété foncière et payent des impôts spéciaux. Dans les autres provinces tout reste daosleméme état et toute concession favorable n'est que momentanée et peut être révofjuée à tout instant. — Cette situation lamentable, qui entravait le libre développement d'une partie importante de la population, n'échappait pas à l'attention du gouvernement qui profitait de toutes les occasions pour témoii^nerdc son vif désir d'y mettre un terme; • mais de nouvelles (juestions sociales surgissaient et les plans de réforme étaient indéfiniment ajournés. Les complications résultant de cet état des choses se trahissent dans tous les décrets et ordonnances de l'époque ; tout est contradiction et dans la loi et dans Tétat social des }n\h^ Prussiens dans une province, ils ne le sont pas dans Tautre ; libros ici, ils sont ailleurs attachés à la glèbe ; tantôt on les considère

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comme une 80ciél<^ relipeuse ayant un culte bien orp^anisé, tant<^tPommp une soci«'tt'' privée sans cohf'sion. soumise uniquement aux rcplement? «le police, L'Elat demande le développement et l'éducation des individus, et met obstacle à tout essor quelconque. Qu'on ajoute à cela l'inanité des espérances que fit concevoir en haut lieu la fondation d'une société destinée à convertir les juifs et Ton comprendra que tout contribuait i arrêter toute mesure de réorganisation. L'expérience a appris que l'intérêt a sans doute amené au christianisme un certain nombre de juifs prussiens, mais que très peu de conversions ont été absolument désintéressées. — L'avénement de Frédéric-fluillaume Iv semblait devoir amener une pliase nouvelle dans la >it nation du judaïsme. On salua avec transjtort les paroles (l'encoura;jeiii»Mit<}u'il adressa aux dépulalions juives de Berlin et de lireslau, parce qu'elles renfermaient l'assurance que des dispositions légales, conformes à l'esprit du siècle, assureraient désormais aux juifs le libre développement exigé par leur situation. Les espérances si longtemps contenues se ravivèrent et les' juifs n'hésitèrent pas à demander Taholition de la loi de 1808. La réponse ftite i cette pétition montra combien cet espoir avait été prématuré; le gouvernement promit une législation abolissant toutes les entraves apportées à la situation du judaïsme [Judenweaon . Grâce à l influence de l'école histori<[uc qui demandait la séparation de. tous les éléments qui, jusquelà, avaient agi en conmiun dans l'Etat, le gouvernement reconnut qu'il y avait dans le développement historique des juifs quelque chose de particulier qui échappait à Finvestigation, que FEtat devait abandonner à son développement particulier ce caractère spécial et ne s'en occuper que pour lui donner les institutions capables d'en assurer l'cxisteoce, sans que lui-même en fût atteint. Pour .'y arriver, on proposa l'établissement de corporations comme dans le grand-duché de Posen et l'exclusion de toutes les fonctions honorifiques et sociales; au surplus les juifs étaient exelus du service militaire obligatoire, l'n cri d'indi^mation s'éleva de toutes parts, car on reconnut que l'exclusion du service militaire témoignait d'un profond mépris pour les juifs qui demandèrent non comme obligation, mais comme un droit de satisfaire à la loi du recrutement. La polémique virulente qui s'engagea entre juifii et chrétiens trouva son expression la plus nette dans la brochure de Bruno Bauer {ÛeiÊiUeke JaMûeker, 18iS};il arrive à la conclusion que les juifs ne peuvent accuser qu'eux-mêmes de l'opprobre dont ils sont l'objet, conclusion victorieusciiient réfutée par les écrits de Philippson, de Hirscli, et surtout de Geiger. L'i)j)inion publique fut liabilt* à cette levée de boucliers et, dans les usseniblées provinciale-;, plusd'uoo voix s'éleva eu faveur de l'abolition de toutes les lois restrictives contre les juifs (Actes des délibérations du Landtag de la Prusse rhénane» 1843) . et les citoyens de Cologne demandèrent même leur égalité parfiiite avec * les chrétiens (16 janvier 1845). Le résultat politique de cette opposition générale fut l'abolition de la loi de 1808 (mars 18 i5). — Le nombre des juifs en Autriche dépasse de beaucoup celui des autres Etats de rEuro)>e ; d'après Berkor i Slafisfisrfie Ut'hprsicht, i841),*il3 y comptent 667,000 individus et ces chilfres sont sans doute plus élevés aujourd'hui.

Nous n'avons pas à examiner ici leur situation antérieure à l'édit de tolérance de Joseph II, dont la révision a été ordonnée en 1820 par

l'empereur François ^^ sans que d'ailleurs aucune disposition K^galc nouvelle soit intervenue depuis. Malcrr»^ cet édit, la situation des juifs autrichiens est déploralde; ils ne peuvent habiter que des localités nettement (létermin«;es; à Vienne intime les juifs étrangers ne peuvent s'arrêter plus de quinze jours et cela en payant une taxe très élevée. Aussi ces permis de séjour ne se sont-ils élevés en 1840 qu'à 98. Les juifs ne peuvent exercer le commerce que 1& où ils ont leur famille, ne passer d*une commune à une autre qu'au cas d*une vacance dans le nombre des habitants. L'émigration même est subordonnée à des conditions draconiennes; en Silésie et en Moravie, les émigrants paient 15 '0/0 de leur fortune et trois années d'impôt, s'ils veulent s'établir à l'étrangler et, dans ce dernier pays, une absence, môme momentanée, est soumise à l'impôt. En Bohême, on leur assi^rnc des quartiers spéciau.v, en dehors desquels ils ne peuvent demeurer. Mais il y a plus; le droit d'établissement ne se transmet pas par héritage; les paysans, artisans, instituteurs et soldats seuls jouissent d'une liberté relativement plus grande. Quant aux autres juifo certains établissements sont interdits à leurs enfants; ils ne peuvent acquérir aucune terre. On ne fait d'e.xception que pour ceux qui se sont distingués par leurs aptitudes industrielles ou scientifiques ou qui ont rendu des services signalés à l'Etat. Il va sans dire qu'ils sont exclus détentes les fonctions de l'Etat, mais astreints au service militaire. Parlerons-nous des lourdes charges qu'on leur impose? il n'est pas jusqu'à la viande qui ne paye un impôt. Le peu qu'il nous est permis de dire prouve jusqu'à l'évidence combien est précaire la situation des juifs en Autriche et dans les pays qui font partie de cette monarchie. — Si nous passons danë les pays du Nord, nous trouvons un état de choses bien différent. Dans le Danemark, les juifs, au nombre de 4,000. ont été dès 1788, l'objet de la sollicitude du gouvernement. Par l'édit du l i mars 1813, ils acquirent le droit d'exercer toutes les industries, à condition de se soumettre .en toutes choses aux lois de l'Etat. Dans l'application de celte loi. le gouvernement semble avoir pris pour tâche d'élever le niveau moral des juifs et de les rendre dignes d'une complète égalité avec les chrétiens; ce but a sans doute été atteint, car, en 1838, un des membres les plus importants du clergé danois rend un éclatant témoignage en lenr&veur dans l'assemblée provinciale du Jatland;'ils sont égaux aux chrétiens en tous points, sauf celui de l'éligibilité aux fonctions de député. En Suède, Jean XIV accorda aux juifs, dès 1838, des droits considérables qu'il maintint malgré la pétition des habitants de Stockholm qui craignaient pour l'avenir de leur commerce. Par contre, le séjour de la Nor\v^ge était interdit aux juifs et ceux que leurs affaires ou des réunions scientifiques y amenaient momentanément, avaient, jusqu'en 1843 besoin d*un sauf-conduit royal, pour pouvoir y demeurer. — L'Angleterre compte 22 communautés, dont Londres est la plus importante, avec 40,000 individus. Les divers éléments dont elles ae composent (portugais, allemands et polonais) ne leur'

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ont pas permis d*avoir entre elles un lien commun, mais ce qui les caractérise toutes, c'est un esprit Téritablement anglais et ils le sont à peu près actuellement. Au point de vue religieux, ils sont divisés en deux rites, lo rite portugais et le rite allemand, ayant chacun son rabbinat principal à Londres. Nullement opprimés dans IVxercicr «le leurs besoins rcli<ri(>ux, les juifs d'Angleterre ne denjandaieiit qu'à vivre tranquilles cl à pratiquer leur religion. Nulle tendance scieutiliquc ne earactérise cette grande portion de la nation juive ; on s'en ' tenait à la connaissance de la loi rabbinique et les tendances de Mendelssohn elles-mêmes, furent impuissantes à secouer cette torpeur. La fondation de la « Société pour la propagation du christianisme parmi les juifs » et les attaques théoriques des savants anglais qui en faisaient partie, furent seules capables de réveiller les juifs appelés à diriger los communautés. La controverse d'ailleurs fut menée d'un'-manière digiio et l'ievée; jamais l'on ne s'abaissait aux personnulitos et l'on rendait pieine justice à la moralité des juifs anglais. Aussi celte polémique contribua-t-elle puissamment à donner aux israélitesnn sentiment plus élevé d'eux-mêmes et le contact avec leurs coreligionnaires du continent leur fit comprendre la nécessité d'acquérir plus de connaissances pour se mettre au niveau de leurs concitoyras, Au point de vue politique» les juifs anglais étaient plus heureux que ceux de la plupart dos pays de l'Europe, mais certaines dispositions légales les mettaient cependant dans un état d'intériorité réel. La loi des serments les excluait de lailde tons los emplois mililain's et civils el ne leur permettait pas de prendre part aux élections. Londres surtout se montrait sévère à leur égard ; tandis que, dans d'autres villes, ils pouvaient se livrer sans entraves au commerce, la capitale leur refusait le droit de bourgeoisie et la liberté dit commerce de détail. D'après la lettre des anciennes lois, non abolies, ils ne pouvaient posséder de biens-fonds, mais dans la pratique la tolérance fut presque générale il cet égard, si bien que Hurwitz et Marks outrèrent comme professeurs à l'université de Londres. — C'est vers IH'.iO que l'idée do l'éniancipatiou commença à occuper l'esprit des juifs an^Hais; des comités m' formèrent pour la })ropa;^er et, le 5 avril 1830, Robert Grant soumit à la Chambre des Conununes la motion d'accorder l'émancipation à tous les juifs nés en Angleterre, sous la restriction des droits refusés aux catholiques. Gonh battue par le représentant de l'Université d'Oxford, la motion fut défendue par Macaulay et le bill passa en première lecture avec une majorité assez considérable. En seconde lecture, il fut rejeté grâceà rinter\'eation de sir Robert Pool qui lit appel aux sentiments religieux, tout en Sô défendant contre l'idée (jue les juifs ne soient pas dignes de toute estime. .V la suite du rejet du bill, Bamard van Owen adressa uu appel au peuple anglais, à la suite duquel de nonibn uses pétitions furent adressées au parlement en faveur de l émancipation. La tiuestioa fut soumise une seconde fois à la Chambre des communes et, après de vifs débats, elle passa à une grande majorité, maisfot rejetée paris Chambre des pairs après une lutte acharnée, dans laquelle les adversaires firent valoir surtout l'antagonisme du judaïsme contre le christianisme.

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Cette seconde défaite cependant haussa les juifs dans l'estime pulilique; elle eut pour conséquence la nomination de David Salomôns comme shériifde Londres. Grâce à un biil introduit à cette occasion et voté par le parlement, il put prêter serment sur l'Ancien Testament (1835). Deux ans plus tard, sir Moïse Montefiore, nommé baronnet peu de temps auparavant, fut revêtu des mêmes fonctions et invité aux fêtes organiséesparla cité, fait peu important en lui-môme, mais significatif dans les circonstances données. M;il}i:ré ces honnps dispositions, le bill tendait à autoriser les juifs à si<;ner la déclaration qu'on «leiiuuide à tout fonctionnaire municipal, avec l'addition qu'il appartenait à la religion juive, fut repoussé par la chambre des lords, toujours sous prétexte de péril grave pour la religion du pays. La victoire se lit attendre jusqu'en 4845; le ministère tory de Uobert Peel soumit lui-même au parlement un bill nouveau demandant pour les juifs rabolilion de la déclaration ; il fut voté $ans difficulté par les deux chambres, et dès lors les juifs acquirent véritablement droit de cité en Angleterre. Le dernier succès remporté éans cette Voie d'émadcipation est l'admission au parlement du baron de Rothschild, élu membre de la chambre des communes et admis enfin, après une lutte qui dura de longues années, à prêter le serment more judaico. — Quant à leur organisation intérieure, les communautés Israélites anglaises se distinguèrent par uu attachement inébranlable aux formes du culte qu'elles regardaient comme l'expression de leur origine. Le sentiment de l'appartenance à leur pcligion leur fit faire ce qui, ailleurs, était le résultat de la piété, de l'orgueil ou de l'oppression. Aussi se distinguent-elles par la fondation d'une f(julo de sociétés de bienfaisance, d'établissements charitables et particulièrement par la création de biaux lieux de culte. Longtemps éloignées de tout contact religieux avec les juifs du continent, elles ûnireat cependant par entrer dans le mouvement de réforme qui agitait les autres pays. Un nouveau livre de prières, rédigé sous Timpuision de ces idées, fat combattu par les chefe des synagogues allemandes et portugaises, mais les communautés de liverpool et de llanchester désapprouvèrent fort les mesures coercitives proposées par les ral)bin8. La question de l'autorité de la tradition rabbinique fut vivement débattue, sans avoir trouvé jusqu'ici une solution définitive, mais cette controverse n'a pas diminué les liens de solidarité qui lient entre eux tous les juifs anglais. — Les juifs des Pays-Biis, dont * nous ne pouvons dire que quelques mots , sont intéressants à tous égards. Libres de toute entrave, ils ont joui dans ce pays de tous les droits, et quand le grand mouvement politique se dessina en Europe en 1814, tous les esprits éclairés en Hollande s'occupèrent de leur donuer une constitution légale. L'inlluence de Mendelssohn se lit sentir surtout sur la population judéo-allemande, tandis que les Portugais, plus cultivés dans l'origine, n'y prêtèrent que peu d'attention. Les parnassim (chefs des communautés) avaient, dans le cours des temps, acquis une influence prépondérante qui s'exer^t sur toutes les phases de la vie individuelle. Aussi les esprits généreux songèrent-ils à secouer ce joug de plus en plus importun. Ne pouvant espérer une réforme de la part du gouvernement, ils se réunirent en une société (Felw UbertaU), destinée à aboUr toutes

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•les distinctions socialo3 et reli^ieusos. Cette sociôtô qui comptait parmi ses membres les juifs les plus distingués de la Hollande (Assa, H. de Lemon et Bromcl entre autres», obtint un premier suceès lors de la proclamation des droits de l'houiine ( i mars 1705i. La majorit»' des juifs se montra surprise de cet événement et les parnassini se refusèrent û lire dans les synagogues celle proclaïuation qui, d'après eux, minait la religion des pères, et y firent opposition par une pétition assez virulente. Le conflit fut soumis au gouvernement qui . jusque là, avait observé une neutralité absolue. Les Hollandais approuvèrent plutôt les zélotes» mais les Français, soutenus par l'auihassadeur Nofil, obtinrent la reconnaissance des juife comme, citoyen s hollandais et par suite la cessation de leur autonomie. Le protivernemenl se tint coi, rnal;:ré l'agitation provoquée pnr les rhel's <lrs roniniunaulés ; la discussion en eflet portait, non sur (les réroruics intérieures, mais sur une professirui de loi ]>oliti(jiie, qui trouvait son expression dans les habitudes religieuses. Après l'organisation de la république batave, l'autorité des parnassira fut abolie (16 mars 1798) en tant que contraire aux lois fondamentales de TEtat; la lutte ne cessa cependant que bien plus tard. Le roi Louis de Hollande acheva l'œuvre de réforme politique en abolissant toutes les lois restrictives, en particulier la formule du serment, et en admettant les juifs au service militaire. Mais ce n'est que sous le roi Guillaume (!814) que la constitution léiiale de« juifs fut délinitivement réglée dans l'esprit le plus libéral. — En Fraure. où il nous faut poursuivre l'histoire des juifs, l'égalité était parfaite <lepui:4 la loi du i'2 novembre 1791. Comme individu, tout israélite est citoyen français (les communautés religieuses seules diffèrent des autres cultes) ; il est çonséquemment apte à toutes les fonctions de TEtat; aussi voyons-nous les juifs remplir, au même titre que les chrétiens, les charges les plus diverses, soit comme otBderi, soit comme jurisconsultes, médecins et professeurs. Ils sont, d'après les statistiques oflîeielles.au nombre de KKKOOO, dont 40. (M)U à peu près sont établis en Alsace; ceux qui habitent ]>■ midi appartiennent au rite portugais, les autres au rite alb-maiul. Les t|ue>lion5 ecclésiastiques ressortissent aux consistoires, choisis par les notables. En 1843, il y avait sept consistoires (Paris, Metz, Nancy, Strasbourg, Golraar, Marseille et Bordeaux ; trois d'entre eux sont devenus allemands par suite de rannexion); chaque consistoire se compose d'un grand rabbin, d'un labbin et é»^ quatre membres laïques. Le consistoire central a son siège à Paris; il* comprend \m gran<l rabbin et sept membres laïques et sert d'intermédiaire entre b' ministre des cultes cl les différentes communautés ; un huitième cou-isloire a été institué h Saint-Esprit (Landes), on 18i6. — La situation politique des israélites fut améliorée par la Cliarle qui abolit implicitement le décret du 17 mars IHUH; d'après son premier article qui dit que tous les Français sont libres devant la loi, et le 5" qui proclame que chacun professe sa religion avec une liberté égale pour tous, les juifs étaient légalement émancipés. L'abolition de ce dé» cret néfaste fut communiquée aux juifs par la lettre pastorale du consistoire central en date du 29 avril 181H, lettre tant soit peu superficielle, mais qui dénote pourtant lé sincère désir de servir la cause commune.

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La période qui s'écoula depuis la Restauration jusqu'en !830 ne pré- SPiite guôre de faits nouveaux; la seule innovation fut la (Téatiou de l'école rabbiniquo di- Metz (1829). espèce de séminaire ihéuluj^ique qui, dans les eouiuienceineuts, n'exergail que peu d iniluence, mais qui, plus tard, devint une véritable faculté de théolugie et d'où sont sortis nombre de savantâ qui honoreot le judaïsme contemporaia. Plus importante est la fondation de la Société industrielle Israélite de Strasbourg (1825), créée en vue d*encourager l'étude professionnelle parmi les juifs et qui a formé, grâce à la vigoureuse impulsion qui lui a été donnée, non seulement des artisans très capables, niais des artistes de «grande valeur. Le gouvernement sut d'ailb'urs apiirécier les ellorts que tirent les juifs pour se montrer di«5nes de rémancipaliun. 11 n'y avait plus (ju'un |>as à faire pour que celte égalité fut absolue. D'après la Charte de 1814 yarliele 7), les ecclésiastiques des cultes chrétiens étaient seuls payés par 1 Etat, et les juifs étaient, de par la loi, obligés de contribuer h leur traitement. Ce mot seuls qui les mettait dans un état d'infériorité vis-à-vis des autres cultes fut rayé lors de la révision de la Charte (7 août 1830), et bientdt après le ministère Lafitle leur fit accorder législativement une subvention considérable île la part de l'Etat. Les eonsidératious que lit valoir à cf'lte occasion le ministre des cultes Marcillac et celles que présenta un député lurs (lu vote du budget de 1839 sont toutes à l'honneur des juifs. Aussi la nounnalion de députés juifs ^Benoit Fould, 18liG, Ciémieux, 184i, et Max Gerfberr) ne causa-t-elle nulle surprise. A partir de ce nw ment, l'histoire de la situation juridique des juifs français est close et il n*y aurait rien à ajouter, si qudques faits particuliers n'appelaient encore notre attention spéciale. — Le plus important d'entre eux est la question du serment. Malgré l'égalité prononcée par la Charte, on imposait au.^ • juifs devant les tribunaux le serineni niorr judaico, cèvthiumie tellement coiupli(}uée (|u<' plus d'un d'entre eux préférait renoncer à son droit légitime plutôt que de se soumettre à toutes les prati(iues (|ue ce serinent unpliquait. L'bouueur d'avoir coinbullu le premier celle illégalité ilagrante revient à Âd. Crémieux qui^ après avoir, dès i8i7, obtenu devaut la cour de Nîmes gain de cause en faveur de l'abrogation de cette mesure vezatoire, fit acquitter en 1839 le rabbin de Saverne qui avait re^ fusé de se prêter à la prestation du serment more judaico. Un second fait concernait Ja protection des juifs fram ais contre les lois d'exception de l'étranger, où ils étaient soumis à des traitements vexatoires. Quand nièiue cette protection ne fut p is toujours efticace, elle prouva de plus t*n plus au dehors qu'ils étaient traités sur le inéiue pied que les autres Fran(;ais. Mais ce qui surtout, dans l'esprit du gouveruement, devait produire dans les esprits un apaisement, c'était l'Instruction élémentaire. La loi de 1833 permit aux juifs d'entrer dans les écoles de la campagne, et •en effet, ce n'est que la vie en commun entre les enfants des diverses conununautés qui pouvait préparer dans la suite la fusion complète des masses, mais ce sera làTœuvre du temps et non d'une réglementation extérieure. — 1^ situation intérieure des juifs ne se développa pas aussi rapidement qu'on l'aurait pu croire. La loi <le mars IHDH avait mal délini les attributions des consistoires; les rabbins se contentaient des pratiques

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du culte extérieur et négligeaient totalement la prédication ; aussi leur

influence ost-elle à peu près nulle. Les réformes partielles tentées par les consistoires locaux ne portèrent aucun remède à l'indifférentisme religieux qui fut le fruit de ci't état de choses, et le consistoire central luimême, malgré le talent de son j)résident, Al»r. deCologno, fut impuissant. Aussi comprit-on la nécessité de réorganiser le culte par une nouvelle loi ; la commission nommée ù cet eil'et en 1838, soumit sou travail au Consistoire central en 1839. Ce projet de loi remettait la direction générale du culte, les changements rituels, la surveillance des écoles entre les mains de l'autorité centrale, et lui réservait le droit de nommer les ' rabbins, réglait les attributions et les obligations de ces derniers, sans les astreindre toutefois à des prédications régulières. Pour suppléer au manque d'aplitiide> spéciales des rabbins qui avaient une position assez dépendante, on institua des prédicateurs spéciaux. Les archives Israélites de mai IH'iO onstatent que, sur les dix-huit rabbins du district de • Strasbourg, un seul était un homme capable, les autres ne connaissaient que rhébreu. Auprès de longues discussions avec les consistoires locaux 'dont un certain nombre se montrèrent hostiles, un nouveau projet fut élaboré et soumis, en 1840, au gouvernement. — L*impulsion nouvelle imprimée au développement religieux par le consistoire central , porta ses fruits, la chaire trouva des représentants plus dignes, sortis de l'éccdede Metz, Finstruclion se développa et les juifs prirent une situation de plus en i)lus importante dans l'armée, dans la magistrature, dans l'université. , Des lioinmcs coiiiiiie Ct rtberr, Bédarrides le jurisconsulte, Lévy le niathématicieu, Salvador, S. Munk, Ad. Franck, llalévy, Alkan-, sans parler des plus modernes, illustrèrent à différents degrés le nom juif. Pour agir sur la grande masse qui restait adonnée au petit commerce, Ton créa la Société industrielle du B«»-Rhin, dans laquelle les jeunes gens pouvaient apprendre tous les métiers. Cette création exerça une influeace considérable sur le développement des juifs d'Alsace, regardésjusqu'alors comme inaccessibles à la culture moderne. Tous ces efforts personnels furent féconds en résultats immédiats et élevèrent sensiblement le niveau intellect iK'l dos juifs en France. L'ordonnance royale du 25 mai 18i4 régla détiiiitivement la constitution du culte israélite. En reconnaissant légalementrEglise juive, elle en assura en même temps le fonctionnement régulier, en la garantissanl contre des projets trop intempestifs de réforme et en accordant aux individus une liberté de conscienoe absolue. La France n*a pas compté en vain sur le patriotisme de cette portion importante de ses citoyens ; les juifs ont tenu à honneur de justifier l'attente de leurs concitoyens, et dans toutes les circonstances, notamment en iHlO, ils ont été à la hauteur de la tAchequi leur incombait. — Le sud de l'Europe présente un spectacle moins réjouissant. En Italie, les juifs avaieut acquis sous la domination française les mêmes droits qu'eu France. Le retour à ranoien état politique, en 1814, leur fit perdre le bénéQce des libertés précédemment acquises; ils retombèrent sous la con8tit^tio& de 4770, d'après laquelle ils n*étaiot que tolérés; les vieilles vexations reprirent leur cours, et plus d*une fois les juifs se virent menacés dans leurs biens et dans leurs personnes. Aucun fait important ne caraeté- *

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riseleur hir^toiredans ce pays. — Lb pays de TEurope où les juifs sont le plus nombreux et où ils ont gardé avec le plus de persistance leurs particularités est la Russie. La population juive éta))li(^ snriout dans l'ouest de l'empire se monte, d'après iino statistique qui ne scnildo pas exacte, à plus de i,60(),l)IK) individus. .\l( \andre I*^, malgré ses bonnes intentions, s'était toujours vu empécbé de leur accorder les droits civils. Sous le règne de Nicolas Ton peut constater sans doute le désir manifeste de donner aux juifs une situation légalement constituée, mais les nécessités politiques du moment et des plaintes formulées contre eux proToquaient à chaque instant des ukases restreignant la liberté personnelle, sans.uti» Hté pour le bien général de rem[)ire. Les règlements gtoéraux du gouvernement avaient trait à la constitution létralo. au service militaire et à l'instruction. La loi du avril 1835 reut'erine un singulier mélange d'équité et do duroté. D'uprès elle, les juifs, placés en général sous la protection de 1 Liât, peuvent e.xercer tous l» s métiers non détendus par les lois, s'établir dans quinze gouvernements, à l'exception des villages cosaques, de la Gourlande et de la Livonie. La liberté individuàle n^etiste donc pas; il est même loisible de les transporter tout comme des inti. Toutefois ils peuvent, dans les territoires que leur assigne la loi, acquérir des biens-fonds, mais sans serfs. Il ne leur est permis d'habiter momentanément d'autres localités que dans des cas spéciaux et pour un temps très limité ; les voyages sont liés à toute espèce de restrictions onéreuses et celui qui passe la frontièrt" perd ses droits civiques. Tous les juifs doivent porter des noms patronymiques; ils ue peuvent se marier avant dix-huit ans et doivent se servir pour les actes publics, les affaires et leurs publications littéraires, de la langue russe ou d*une autre langue parlée duis l'empire. L'agriculture leur est permise et les cultivateurs jouissent de grandes immunités ; les juifs ne s'y livrèrent que très peu, quoiqu'on eût reconnu hautement Tinfluence civilisatrice de l'agriculture sur leur canictère. — Au point de vue religieux, la loi leur accordait le lil)re e.xercice du culte dans les synagogues, mais non lians les maisons particulières. Ils ont accès aux éc(d»'s des ditféronts degrés, mais sont astreints à porter le costume de l'endroit qu'ils habitent; leurs succès académiques emportent le droit de bourgeoisie honoraire et par suite l'autorisation de s'établir partout. Cette loi aurait pu, malgré ses dispositions restrictives, apporter quelque soulagement à la situation des juifs russes, si l'attachement acharné à d'anciennes habitudes, les préjugés et la rudesse des mœurs de la population chrétienne n'y avaient mis obstacle. Le gouvernement lui-même ne la maintint pas, car dès ISi.'J les juifs de la frontière occidentale reçurent l'ordro do transporter leur domicile à cinquante verstes en deçà (le la frontière; ils comprirent dès lors combien leur situation, même légale, était précaire. Plus durs encore étaient les règlements militaires à leur égard. Condamnés à un rang inférieur, sans espoir d'avancement, les recrues juives étaient envoyées dans le Caucase ; dès 1844, on leur interdit même le service de la flotte, où ils avaient du moins un service religieux. Les corporations furent rendues responsables do la désertion de leurs membres et obligées de les remplacer. Ces dures conditions furent étendues à la Pologne, od la

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population juive avait été exemptée du service militaire par Tiikase de 1817, et toutes les représentations faites à ce sujet au gouveroemeiit resteront sans effet. Cette compression extérieure s'étend aussi aux affaires intérieures dos communautés ; la presse est soumise à une censure sévère; dofonso o?t l'nitp d'introdiiiro do nouvoaux livros ot la réimprossion des ancions oiivrajn s iio so fait (ju'avoc dilTicultt'. Tels furent les résultais pratifjucs d'une lrg"i5latii»n qui avait la prétention d'améliorer le sort des juifs. — Ce qui ajoute à cette situation douloureuse, ce fut la position sociale des juifs. Servant d'intermédiaire aux grands pour leurs besoins de luxe, ils se cantonnèrent plus étroitement encore dans leur langue et leurs mœurs particulières. Leur littérature leur paraissait d*antaut plus belle qu'elle était inaccossiido aux Slaves, et les ralibins ne firent que les confirmer dans ces idées. De là vint cet orgueil rabbinique qui les caractérise, alors qu'au dehors ils ont perdu le sentiment de leur dignité personnelle, cette incapacité à se livrer à des travaux utiles, et par suite la pauvreté, l'ivrotmerie et la nén;ligence totale dans la tenue extérieure. L'instruction véritable resta complètement négligée et rétablissement d'une école rabbinique ne changea guère l'état des choses. Ce n'est que vêts 1840 que la réorganisation de renseignement préod eupa les esprits et, grâce à rinfluence pédagogique du rabbin Idlientbal de Riga, cette œuvre prit corps. En 1842, le ministère reçut Tordre de réorganiser toutes les écoles juives, et en \H\ \, un ukase ordonna la création d'écoles juives élémentaires et réalos. h l'entretien desquelles des contributions levées sur les juifs euv-inémes devaient pourvoir; l'avenir apprendra ce que ces écoles auront fait j)our le relèvement moral et intellectuel de cette partie si notable du judaïsme. Malheureusement toutes les données modernes sont éparpillées dans des monographies spéciales qui ne sont pas entrées dans la publicité, et l'histoire des juilîi russes est encore è faire. — Nous passons rapidement sur la situation dn judaïsme dans Tempire ottoman, sur laquelle nous ne possédons que peu de détails. Les nombreux juifs qui l'habitent ont été livrés h l'arbitraire du despotisme oriental jusqu'au hattischérifT de 1839 qui les pla- <jait. comme les autres confessions, sous la protection de la justice. Mais sans parler des difficultés (jui en entravent la réalisation, les juifs ottomans sont trop étrangers à la vie publique pour pouvoir songer a en appeler à la justice ; ils se créeraient des ennemis nouveaux. Leur état social et intellectuel est d'ailleurs bien bas, l'ignorance est presque générale et l'instruction nulle; aussi règne-l-il, à part les grandes villes, une pauvreté (rès grande, surtout chex les juifs de Palestine, à tel point que bonuconp d'entre eux vivent uniquement de la charité de leurs frères <ie rOccideiil . Les généreuses tentatives désir jMoïse Mo nti flore pour leur assurer un avenir meilleur, en les gagnant à l'agriculture et à l'inilustrie. ont échoué à cause des fluctuations politiques auxquelles la Tiir juie est en proie depuis de longues années. Nous ne quitterons pas l liistoire extérieure du judaïsme sans exprimer toute I borreur que nous inspirent les cruautés dont quelques individus furent les victimés en Russie eti Damas. L'absurde accusation d'immoler le jour de PAques un enfant chrétien, elle remonte déjà à l'époque de Tftrtullien, se répandit en Russie

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en 1834, et il en résulta pour un grand nombre de familles la ruine' totale; leurs membres furent emprisonnés, maltraités et massacrés en partie par une population fanatisée par quelques popes, sans que le gou-* vemement erùt pouvoir intervenir ayant 1834, oii les survivants furent'

rendus à I.-i lil)crt«'>. Bien plus terribles furent les cruautés exercées contre quelques juifs de Damas, accusés faussement du meurtre du P. Thomas et de son domestique en 1840. Un cri de réprobation universelle séleva dans TEuropo tout ontièrc grâce à l'énerj^ique protestation 'l'Ad. Civiuipiix; les ^ouverneiuenls s'émurent et une députation, appuyée sur l'autorité des ambassadeurs et des consuls européens, se rendit en Egypte pour agir auprès de A[éliéniet-Ali ; elle eut la joie d'atteindre son but, c'est-à-dire la délivrance des malheureuses victimes, dont plusieurs succomijèrent aux suites des tortures qu'elles avaient endurées. Et cela se passa en 1840 1 — L'histoire de la ^culture intellectuelle mériterait plus qu*une mention sommaire, car elle se distingue, dans le courant des cinquante dernières années, par des pcodaetions scientifiques et littéraires du plus haut intérêt. U serait intéressant au plus haut point d'examiner comment, peu à peu, les idées réformatrices de Mendelssohn et de son disciple Fdedlender firent leur chemin dans le développement du judaïsme modemé, tant par les efforts de réorganiser le culte et de l'approprier aux besoins lu jour que par la création de communautés juives réformées, comme celles de Hambourg et de Berlin. Mais ce qui surtout pourrait faire voir 1 iajustice des attaques récentes dirigées contre les juifs, ee seraient les publications de la Son'rif' /xmr la culture et la science du Judaïsme, les revues juives, les di^cus-ions des assemblées des rabbins, la littérature juive nu)derne enlin, si riche dans tons les domaines. Nous voudrions apprécier à leur juste valeur des savants comme Geiger, Zunz, Philippsou parmi les Âlleuiauds, payer un tribu d'éloges à rAlliance israélite universelle et à son infiitigable dévouement pour la cause des opprimés dans toutes les parties delà grande famille juive, mais nous sommes obligés de nous restreindre et de tourner nos yeux vers cette levée de boucliers que les Allemands ont appelé, avec une barbare crudité, «la chasse au Juif» {Judenhefze], un des exemples les plus lamentables de l'intolérance religieuse et politique dont Thistoire du christianisme ait jamais fourni le spectacle. On nous permettra de récuser avec indignation de pareils procédés, dignes des temps les plus sombres du moyen âge, et de décliner toute responsabilité à cet égard. Et, chose triste à fiire, les hommes qui, soit de leur propre chef, soit cédant à des suggestions politiques, ont soulevé cette polémique, l'ont soutenue et encouragée par leurs écrits et lenrs discours, sont les mêmes qui admettent ce vieil adage «le l'Eglise chrétienne : <« Le salut vient des juifs. » Nous ne saurions ici parler de la littérature que « lâchasse au juif» a fait naitre; elle est innombrable et ne se distingue, hélas I ni par Télégance de ia forme, ni par la solidité des arguments mis en avant par les adversaires du judaïsme. Faut^il s'étonner que la réponse ait été violente du M des juif^ ? A Dieu ne phiise. — Des deux côtés, la polémique est menée avee un acharnement incroyable. Les juifs, menacés dans leurs intérêts,"^

leurs biens, et, dans quelques endroits, mètiio dans leur vie, se dtMVndtMil avec cette téiiacit»' qui est le propre do la race sémitique. Les adversaires, (jui sf ddiiiirnl l'air d'accniiiplir un devoir politique et rcliijieux, se laissent aller à toutes les inventions cl n'hésitent pus à prêcher au peuple une croisade d'un nouveau genre, dont les conséquences flmient désastreuses, pour peu que les gouyemeÏDents y prétassent la main. Cette haine contre les juift a malheureusement, depuis des siècles, germé dans l'esprit des masses, et l'histoire est là pour constater que toutes les grandes c ilainités publiques, toutes les révolutions sociales et politiques ont { iitraîné à leur suite des persécutions violentes contre les juifs. Malgré les j)rogn''S des lumières, le monde chrétien n'a guère chai)|jfé; le peuple dit tout haut ce que les classes moyennes et dirigeantes disent tout bas, et l'autiputhie entre chrétiens et juifs se trahit dans les relations sociales par des nuances souvent imperceptibles, mais d'autant plus douloureuses pour ceux qui en sont Tobjet. Aussi, auraiton grand tort d'attribuer à l'influence du Stoeeker, prédicateur à la cour de Berlin et chefdu mouvement cbristiano-socialiste en Prusse, la levée de boucliers dont nous allons retracer le lamentable spectacle. — Les germes de cet an1a<j:onisme sont à chercher dans le passé; lepréscntn'a faitijue les dévelo|)per et les mûrir; la parole du D*" Stccckcr ^n a hâté peutêtre l'éclosion. L'importance que les juifs avaient &u [)ren<lre sous le règne deFrédéric-GuillaunielYpar leur industrie, leur commerce, surtout dans la haute finance, parleurs savantset leurs artistes^avait, il y a plus de vingt ans, excité contre eux, dans la capitale prussienne, une certaine jalousie, latente d*abord, mais se montrant peu k peu par des attaques plus ou moins ouvert- s dans la presse, dans la littérature, dansla chaire chrétienne et dans les relations sociales. Nous avons pu constater personnellement cet antagonisme naissant en lSo(î déjà, et les savants juifs avec lesquels nous étions alors en rapport, n'en auguraient rien do bon peur l'aveu ir. Les réformes réalisées dans le culte par les communautés juives réformées de Berlin etde Hambourg, le transfert du sabbat au dimanche, la prédication plut conforme àrespritmodeme, tout cela a peut-être ajouté i Tanimosité qui, sourdement, grondait déjà alors. Toujours est-il que c'est dès 1862 que le plus acharné antagoniste des jm&, Marr, coromeD<;a ses attaques dans sa brochure intitulée «/tu£en«/)te^e/ (Miroir des juifo). Froissé sans doute par des ressentiments essentiellement personnels, il s'attaque au judaïsme tout entier et essaie de prouver, par l'histoire des juifs, que tous les défauts (|u'on peut leur reprocher aujounl'hui, suut inhérents à leur origine et remonlentà l'époque où ils étaient les opprimés des Pharaons. Dans un langage d'une violence inouïe, il s'en prend à leurs origines, les traite de vagabonds, de brigands, d*mfidèles, inospables d'aucun sentiment noble, de lèches, adonné» à tous les vices, même les plus honteux (p. 29). Se reportant ensuite aux temps modeines,il retrouve les même s b fautsdans les juifs, ses contemporains. Leur extérieur, leurs manières, leurjangage, leur démarche même, tout lui est suspect; ils sont un peuple dégénéré depuis plus de deux uiillo ans, et aujourd'hui, telle est sa conclusion, il est besoin d'une opération héroïque, il faut supprnner le Judaïsme parce qu'il est << la lèpre des temps modernes »

(p. 35 . Le juif pst un bohémien, et, comme tel, il ne saurait avoir les iTK^ines droits que les chrétiens. A entendre de pareilles théories, on se croirait transporté de quelques siècles en arrière. Elles passèrent inaperçues puiir lei:rand public en Allemagne, et cette efTervescence se calma, à la surface, du moins. — Survint la guerre de 1870. Les convoitises s'éveillèreiit de toutes parts, la soif des richesses s*empanL des esprits, et les nombreuses sociétés en commandite qui se fonnèrent, faisaient miroiter aux yeux du peuple et des classes moyennes l'espérance de revenus immenses. Faut-il s^Honner que les juifs qui, grâce à leur intelligence des affaires, disposant de grands capitaux, aient contribué à la fondation de ces sociétés ? Certes non; mais ce serait mentir à l'histoire que de leur attribuer comme on l'a fait, et comme on le fait surtout en ce moment, la cause unique de la décoiiliture ^'énérale <jui s'ensuivit. Il resta de cette catastrophe linancicre un ressentiment contre eux, et c'est cette haine sourde que les meneurs de la ligue antisémitique surent habilement exploiter et attiser, sous l'apparence trompeuse d*un sentiment patriotique à accomplir' vis*à-vis de la grande unité allemande. Ici se place une question importante. Ce mouvement hostile aux juifs est-il uniquement dù à des considérations religieuses et sociales? Nous n'hésitons pas à dire : non. Pour i)ien le comprendre, il faut faire entrer en ligne de compte un autre facteur encore, la politique. Les adversaires des juifs auront beau nier que la politique n'ait inilué sur la mise en œuvre de leur ligue, les faits prouvent le contraire. Toujours opprimés et sachant apprécier à leur jûste valeur les bienfaits de la liberté, les joifo ont été en tous temps les propagateurs des idées libérales, en politique aussi ; un grand nombre d'entre eux s'étaient jetés dans la mêlée du Journalisme; de grands organes de publicité étaient entre leurs mains à IJcrliii et surtout eelui qui exerce sur le peuple de là-bas une influence e.\tr.iordinaire par son ironie njordante. Ils y avaient défendu, contre la Volonté du {)uissant chancelier, des idées de liberté, libertés communales, religieuses, municipales, et plus d'une fois leur voix avait entravé la marche eu avant de M. de Bismarck. Mais il y a plus; ils étaient représentés au Parlement par deux de ses adversaires les plus sérieux» MM. Bamberger et Lasker, qui prêtaient dans toutes les circonstances leur appui au député Richter, l'ennemi juré de la politique économique qu'on voudrait imposer à TAilemagne. Une situation pareille, à laquelle venait s'ajouter une position sociale de plus en plus importante dans le coiniiicrc»', dans l'enseignement universitaire et dans les aris, n'était , pas laite pour gaitrncr aux juifs les sympathies de co teutmiisme (jui a faussé le sens moral de l'Allemagne depuis la guerre avec la France.— L'attaque commença par les conférences antisémitiques du fougueux Stœcker qui éprouve, parait-il, un besoin particulier de quitter les hauteurs calmes et sereines dans lesquelles devrait se mouvoir son ministère pastoral^ pour se jeter ix corps perdu dans la mêlée du jour. Mon content d'avoir voulu faire du socialisme chrétien, pour opposer une digue au socialisme vulnraire, il crut devoir se faire l'écho retentissaut de l'opposition aux juifs. El chose étrange, la jeunesse universitaire le suivit dans sa croisade quand lu ligue autisémilique fut créée*

judaïsme moderne

Elle a. dans l'esprit de ses fondateurs, pour but d'expulser les juit- de toutes les tonctions juridiques, civiles, scolaires, universitaires, et d entraver par tous les moyens légaux présents et futurs, leur activité financière et commerciale. Ii*e8prit moderne aurait, répugné à d'autres mesures» mais le fanatisme lés aurait bien volontiers admises, peut-être même provoquées au besoin. Le peuple, qui n*a pas ces distinctions subtiles, a d'ailleurs mis immédiatement en pratique ces principes antisé» mitiquos. La Poin»>ranie a été le théiiire de bcènes sanglantes, de pillaf^e et (le destruction de maisons des juifs, et plus d'une coniiuune de la Posnanie a dû subir de lionteux traitenieuls que, le i^ouvenieuient n*a arrêtés qu'à la dernière extrémité. Faut-il s'étonner après cela que la Russie ait suivi ce déplorable exemple et que de grandes villes comme Odessa, Kiew et bien d'antres aient vu se déchaîner contre les juifs toute la barbarie d'une populace surexcitée? Les efforts surhumains de l'Alliance israélite universelle n'ont pu que soulaf^r en partie cette ruine de milliers de juifs, mais rien n'a pu entraver ces persécutions honteuses ' qui sont une opprobre éternelle pour le gouvernement qui les tolère et le peuple qui les commet. En Prusse, beureusemenl, les exactions ne se sont manifestées que eouiine un»; rare e\( ej)liou, mais le sentiment |;énéral des populations est surexcité, et nul ne saurait prévmr ce que l'avenir pourra réserver aux juifs. — En attendant, la polémique cuuliuue plus violente que jamais et les moyens mis en œuvre sont d'une vulgarité qui dépasse toute imagination. Non seulement les cartes postales sont ornées de caricatures à l'adresse des juifs, des journaux satyriques d'un esprit douteux, des chansons répandues à des millien d'exemplaires et illustrées de dessins scandaleux, se chargent de familiariser le peuple avec l'idée que les juifs sont les seuls et uniques auteurs de tous les maux dont l'Allemagne souffre aujourd'hui. Les premières réunions publKjues provoquées par le D' Stacker dans une brasserie de Berlin lemuntent au 3 janvier 1H7H; d'abord plus spécialement dirigées contre les socialistes, elles s'accentuèrent peu à peu et l'attaque OODH mença à la suite de discussions soulevées au conseil municipal de la eapi^ taie par les deux conseillers Lœwe et Strassmann contre l'intolérance ecclésiastique dans la question de Tinstruction primaire. Quoiqu'il s'en défende aujourd'hui, Stœcker dénonçait alors à l'indignation populaire \n juifs- de Berlin et de l'empire, leur attribuant la cause de la démoralisation de la capitale. Bientôt vinrent se joindre à cette croisade llenrici, Forster et Lieberniann de Sonnenberg; les assemblées devinrent déplus en plus tumultueuses et se terminèrent plus d'une fois par des scènes de pugilat. Marr reprit la plume avec une vigueur nouvelle dans ses deui brochures : Sieg de» Judenihums ûber dat Gertnanmikum et Weg xum , Sieg der Germanenthuma ûber dos Judenthum, dans lesquelles il reproduit d'anciennes accusations et attise le feu contre les juifs. Son exemple trouva de nombreux imitateurs : Egon "Waldegg, Emst, Tauteur anonyme d'un livre intitulé Jsrael unddie Gojim, et d'autres encore. — Mais relui de tous les adversaires (}ui, avec \e calme apparent de l'historien, lit l'impression la plus profonde, fut le professeur Henri de Treitsebke, dont l'étude sur le juda'isme cuutemporuiu parut eu uov. 187U dans le»

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PreusÈische JcUirkûcher et fut reproduite plus tard en brochure spéciale, Liii aussi reproche aux juifs le matérialisme conteinporain; ils l'ont

anirii»'. selon lui, par leur influence dans le journalisme, par leur |mrticipation à toutes les entreprises commerciales et par le faux lilxTalisine dont ils se sont faits partout les défenseurs. Coumie rcuièdo à tous ces maux, Treilschke leur demande de devenir des AUemaiuls dans toute raoception du mot, de se sentir et de se conduire -corn me des Allemands, sans vouloir, comme une minorité très infime, exercer une influence prépondérante sur la marche politique. Il prend ponr point de départ l'ouvrage de Grstz : GeseAiehte der Juden (vol. XI) et attribue à tous les juifs les exagérations regrettables auxquelles ce savant s'est laissé entraîner dans ses juirements. comme si une race entière pouvait être rendu»' rcsponsaMc des fautes d'un de ^es adeptes. Arrière les idées de tolérance et de libéralisme mal entendu ! Il faut résolùiuetit l'aire rentrer les juifs dans la situation à laquelle ils ont droit, c'est-à-dirc celle de gens qui ne sont que tolérés. Le même esprit prédomine daifs la revue' périodique : IHe deutsche Wocht^ publiée depuis 1879; les articles que nous avons sous les yeux et qm traitent du caractère juif, de Témancipation des juifs, sont d*une injustice révoltante. Celui qui a pour titre : Isolez le juif, demande la cessation de tous rapports sociaux etcommerciaux avec « cette race vulgaire, à laquelle tout honnête homme doit dire en face sa manière de penser. Cet isolement doit s'appliquer à tous les moments de la vie; non seulement il ne faut pas frayer avec eux, il faut refuser de s'asseoir à la même table, de monter dans le même coupé de chemin de fer avec un juif, surtout ne pas les employer dans sa maison à qur i(|ue titre «{ue ce soit. D'autres font ressortir le danger que les juife font courir à Tunité allemande, « parce qu'ils tentent de créer un Etat dans l'Etat et de s'en attribuer peu à peu toutes les fonctions. Cette Internationale de l'or est tout aussi dangereuse que l'Internationale rouge. Aussi est-il temps de crier: Vive la guerre ! Non pas la guerre sanglante du moyen Age, mais la guerre de l'exclusion, et tout d'abord de l'exclusion parlementaire et municipale. Il est temps <}ue les biens spirituels du christianisme (!) soient sauvegardés contre les atteintes du réalisme juif. Bt le seul fiicteur qui empédie Tunité politique et reli- • giense, c'est le juif ; il faut qu'il parte. » Telles sont, entre autres, les conclusions de la brochnre de W. de Emst. — On conviendra que nons soinmes ici en présence d'un phénomène psychologique étrange. 11 est plus que surprenant de voir des hommes de convictions si diverses et appartenant à l'orthodoxie tout aussi bien qu'à l'extrôrae gaucho religieuse, s'unir pour une campagne commune contre les juifs. Mais, ce qui est plus étrange encore, c'est l'attitude du clergé protestant dans cette lutte homérique. Nous disons clergé, car 1 exemple du D*^ Stœcker B*est pas isolé; la conférence pastorale réunie à Berlin au mob de mai 1880 a pris iifût et cause dans la ligue aotisémitique, et nous constatons avec la plus vive indignation qu'il y régna un esprit d'intdérance dépassant toute mesure. « Nihilisme et judaïsme, n dit le pasteur de Roi, t sont choses identiques. » « suprématie de l'argent et de Tintelligence, » ijoute M. Stœcker» « fait des juifs une puissance avec laquelle le

chrisliaiiisiiio <loit entreprendre une lutte à la vie et à la mort; » et il ajoute « (ju il les traitera en frères du jour où ils se convertiront. >» Il faut coiiveuir que les moyens mis eu œuvre pour provoquer ces conver-s sioDS en masse sont des mieux choisis. — Mais, dira- ^K>n, les juifs ii*ontils trouvé aucun défenseur, soit en Allemagne, soit en France? Nous constatons avec bonheur que la France n'a pas suivi ce mouvement anti- ' sémitique et que tous les esprits {généreux le réprouvent de toutes leurs forces. Egaux devant la loi et dans les relations sociales avec les chrétiens, le:^ juifs français ont gagné drrwit do cité par leur patriotisme ; par leurs capacités dans toutes les brandies de la littérature, des beaux-arts et de la srience. ils ont honoré et honorent leur patrie, et si. ce quà Dieu ne plaise, uuc voi.\ injuste s'élevait contre eux en France, elle serait étouffée sous la réprobation générale. Malheureusement, la paix dont ils jouissent dans notre pays leur a fait oublier la solidarité qui les ' unit, au point de vue religieux, à leurs frères d'Allemagne. L'Alliance israûlite seule, que les adversaires allemands regardent comme une puissance, et dont ils redoutent particulièrement Tinlluence, a élevé, au nom de l'humanité, une voix de protestation solennelle, restée sans cfTet sans doute, mais qui n'en a pas moins eu un retentissement considérable dans la capitale allemande. Mais en Allemagne aussi la défense a été menée, tinon toujours avec habileté, du moins avec un acharneuienl parfaitement compréhensible de la part des juifs eux-mêmes. La brochure du député Bamberger : DeutsehthwnundJudenihim,eiMibàt la revue l/nsere Zeit^ se place à un point de vue très élevé et discute la valeur des arguments des adversaires avec beaucoup de dignité; l'auteur n'a pas de peine à montrer l'inanité de certains reproches et l'exagération préméditée de certains autres. Nombre d'antres l)rochuro5 portent troj) le cachet de la passion pour pouvoir être ici l'objet d'une mention sp('t iale. Parmi les chrétiens nous retrouvons avec bonheur, dans cette lutte, les noms d'hommes généreux qui ont toujours élevé la voix contre l'oppression, et tout particulièrement ceux de Vogt et da dianoine Dœlliager. Le premier, dans un long article de la Gazette de Francfort (4 décembre 1880)> rend pleine justice au caractère et à Tin- • telligence des juifs pour le tiavail, et démontre toute la honte que cette persécution devrait faire mentor au front des générations présente- 1 1 futures. T.i' sponid, dans un discours solennel prononcé le û^î juillet 1«<SI à l'Acadénue des sciences de Munich, déroule tl'une manièn sai-issaute le drame de ^hi^toire des juifs dans le monde chrétien et prouve, avec documents à l'appui, combien ils ont toujours été les victimes du manque de justice à leur égard. Les deux brochures font le plus grand honoear à leurs auteurs. Mais ce qui nous a le plus vivement touché, c'est de voir un Israélite converti, le D** Gassel, de Berlin, prendre en main la défense de ses anciens coreligionnaires et montrer, par l'histoire, combien les juifs étaient et sont nécessaires au développement du chrislianisine. On peut ne pas partager la thèse de l'auteur, mais sa profonde cliarit»' a je ne sais (juoi de consolant au n)i!ieude ces cris féroces poussés cuiitre eux par ceux qui portent le nom <le chrétiens. Nous ne saunons mieux terminer que par le jugement impartial qu'un juif porte sur sescoreli-

JUDAÏSME MODëBNE — KËITII 685

gionnaires. Tout en repoussant les accusations injustes lancées contre eux, il reconnaît, avec une louable franchise, que toutes ne sont pas sans fondement. L'esprit mercantile, dit-il, a été de tout temps un des g;nhds défauts de la race juive; mais il a hâte d'ajouter, avec infiniment de raison, que ce mercantilisme qui a dégénéré dans la suite des temps en amour du lucre et de l'usure, n'est que le résultat de la condition déplorable faite pendant de longs si^cles aux juifs dans les pays do l'Europe. Pour y porter remède, il exhorte les juifs à n'soudre eux-mêmes la question de leur position actuello on so livrant à un travail si'Tioux, manuel et intellectuel, on utilisantleurs grandes capacités pourlo bien g»''néral. Les résultats do ce travail prouveront mieux que tous les ar<^uments qu'ils sont dijjnes d'occuper dans la société moderne la place qui leur revient légalement. — Outre les brochures citées dans lo cours de l'article, nous mentionnons : Jost, Gcschichte der Israelitcn (les 4 derniers volumes); Halphen, Recueil des lois concernant les israélUes; Graetz, Gathkhte der Juden; Stem» Gesehiehte der Judenthunu von Mendefè" 9okn Us ouf die neuere Zeit; Abraham Geiger, Naehgelassene Sckriften; Frotokolle der Habbinerversanmlungen; Organisation des itraélitês de France et d'Italie^ 1806; Nineteenth Centurg, octobre et décembre 1881 ; IFo steckt der Mauschel?BeT\m, 1881 ; Die histnrisrke Weltstellung der Juden, 1882; J)as Judenthum itnd seiiui Weltmisaion, 1880; Der Mauscheljude, ; Die Juden und der deulschp Snut. 1879; Neit-Pfllastina, 1879; JVas heisst national? de Lazarus, 1880; Vorurtheil oder herrr/tligler IJass de Wedell, 1880; Die Juden frage de ^iiler, Marbourg, 1880. Ë. Scuërdlin.

XBITH (Alexandre), théologien écossais, né à Keithall, comté d'Aberdeen,enl791, fut élevé au collège Marischall d'Aberdeon. De 1816 à 1848, il fut ministre de l'Eglise presbytérienne à Saint-Cyrus (Kincardinesshire). Il fut l'un des pasteurs démissionnaires qui, on 1844, fondcrent TK^^lise libre d'Ecosse. Le docteur Keith est très connu par l'ouvragp qu'il publia en 1823 sur les prophéties et leur accoiiiplissement lilt»'ral f Hviil>-)iri\<; of thn thruth nf thn Christian Religion derived from thc littéral ful/i/menf nf prnpherg\ ouvrage qui est devenu cla<siq>ic en Grande-Bretagne, et dont la 37° édition, parue en 1859, est magnifiquement illustrée et accompagnée d*une critique de l'ouvrage du professeur Stanley sur l'interprétation poétique des prophéties. Une traduction fîrançaise de ce livre a paru à Toulouse, en 1856, sous ce titre: 1« Prophéties et leitr accomplissement littéraL U avait paru dès I83S, ches Kisler, à Paris, un abrégé de cet ouvrage, intitulé Volney attestant

KE1TH — KIERKEGAAUD

raccumplissement des prop/itlies cl les vi>yn(jrurs modernes i^cnfhml témoif/naf/e à leur évidence. Le docteur Keitli publia successivenu'iit divers écrits rehilifs aux prophéties {Tàe Sings of the Times, 1831 ; Démonstration of ihe truth of the Ckmtian Religion, 1838 ; The Sarmony uf Prophecy, 1851 ; The Ilisiory and Dettiny of the World, 1861 ); mais aucun «ic ces travaux n a eu le succès du premier dont le docteur Chaliner^ disait qu' « il avait conquis sa place au premier rang parmi les livres d'enseignement employés dans les écoles de théologie, et on inènip temps avait pt'ntUré dans presque toulos h^s maisons chrélii'iiiics où son nom était (h'vcnu aussi lamilior (juc celui d uii ami. « Le docieur Kcilh lit partie, avec les docteurs Black, A. liontu" et II. Mac- Cheyue, de Ja députatiou envoyée eu Orient par l'Eglise d'I^osse pour . se livrer à une enquête sur Tétat actuel des J^ifs. 11 publia, à son retouTi A Narrative of the mission of the Jews (tnid. en français sous oe titre: les Juifs d'Europe et de Palestine, 1844). H fit un nouveau voyage en Palestine avec son fils, le docteur G. S. Keith, devenu plus tard un chirurgien fort distingué. Il fut le premier à rapporter des vues photographiques (|ui lui fourniront les gravures dont il a d»'puis orné sou grand ouvrage. Le docteur Jû'ilii a joui jusqu'à la fin d'une grande autorité dans l'Eglise libre d Ecosse, mai» il refusa toujours d'être le modérateur de son assemblée générale. Depuis bien des années, il B'itait démis de toute fonction publique ; mais jusqu'à la fin il.s'oesupa de ses études de prédilection. En 1878, il fournit encore, malgré ses 88 ans, d'intéressants articles au Sunday at Home sur l'Orient dans ses rapports avec les prophéties. Il est mort en 1880, à l'âge de 90 ans. L'un de ses ûis, le Rév. A. Keith, est l'auteur d'un commentair«>. sur Esaie. M, Lei.ièvhr.

. KIENLEN lltMiri-Guillaume). lliéologu n protestant alsacien. né en IHH» à Berhn, mort en 187(». .Vprès avoir achevé ses éludes à la Faculté de théologie de Strasbourg, il lut attaché au Gymnase de cette ville, puis, à celui de Mulhouse; il prit ses grades théologiques, et exerça les fonctions pastorales d'abord à Golmar(184â), puis à Strasbourg (1858),' tout en laisant des cours au séminaire, en qualité de privât docent. Esprit clair, net, logique, Kienlen avait un don particulier pour l'enseignement et se^ sermons, auxquels manquaient la clialeur et l'onction, se distinguaient par la rigueur du plan et la maiiit re heureuse d'ailaptor les textes luldiques aux règles de rhoiniiéliqiie. Li's horreurs du l»onil)ardeujent de fetrasbourg ^1870/ paralysèrent lus facultés intellectueUes de Kienleu et . l'enlevèrent prématuréuteulau cercle nombreux de ses amis, de ses c(dlègueset de ses élèves. Panui les publications de Kienlen, nous relèverons : 1<» Eneyelopédie des sciences, de la théologie chrétienne, Strssbourg, IS t:2: traduct. allem., Darmst., 1843; 2* Siebenzehn FesthoMlien ûàer Lehriexte, Bàle, 1844 ; S*» Comment ah e sur l'Apocalypse, Paris, 1870, ainsi qu'un grand nombre d'articles dans Xa^ Studien u. Krittken, dans le l'hvnl. Lili-rniurhluK , dans les Cnsufilreden d»' Palnior. (ians l'Alsatia de Stœlier, diuis /a //'-tv/^' de l/n-idoi/ie Strasboui'g, dauéi'^«cyclopédie de Uerzog, dans la /it vue d'Alsace, clc, vie. KI£RKEGAABD (Sœren Aaby), chefd'un parti important de l'EgUseds-

KIEnKEGAAIU) — KFST G87

noise moderne, né à Copenhague en ^H1M, mort en d855, que Martensen aappeli; !p Viuet du Nord. Son père, piétistc st'-rieuxet ronvaincu, exerça sur sa vie et sur sa pciiSfV une profonde iiitluence. Penseur orifjinal et écrivain léeond, Kierkegaard se consacra, après des études à l'université de sa ville natale et un voyage scientifique à Berlin (1841)» à évangéliser le peuple danois par une série d'écrits qui ne forment pas moins de SOtoIumes publiés de son vivant et d'une trentaine d'autres qui devaient paraître après sa mort, employant d'ailleurs sa grande fortune à soulager les pauvres et vivant dans la retraite, célibataire, sans relations, sans fonction publique, uniquement occupé à répandre par la plume les doetrines de relèvement spirituel qu'il avait puisées dans les ouvrages de Scheliincr et de llegrel. ainsi (jue dans la méditati(»n solitain'. Voici les titrosdeses principaux ouvrages : De rironie, 1841 ; 2" Crainte et treinhlemrnt, IH 'i.'i; 3** Mieties philosophiques^ 1844; A"* Discours chrétiens, 1848; 5** Les lis dei champs, 1849; G*>Xa maladie mortelle, 4849; T» Mon aelivitéli^ téraire, 1851 ; 9" VmmMîabilité de Dieu, ÎW&;9<* Vtm ou l'autre, 1843, 3 vol. ; 4* édit., 1878, ete., etc. Kierkegaard est le type du chrétien qui met tous ses dons^tont son temps et tout sonxèle an service d'une pensée unique : faire comprendre à ses contemporains et faire honorer par eux l'idéal religieux. Le christianisme, pour lui, n'est pas une théorie scientifique, mais un jirincipe de vie mnivelle. Il y a ici-bas, pour les esprits qui rt'déchissent, un triple mode d'existence : l'existence esthétique loadéc sur la jouissance, l'existence morale fondée sur la lutte et la victoire, l'existence religieuse fondée sur la souCRranee. Le christianisme contempoiain a perdu toatè saveur, parce que la génération actuelle a brisé le ressort puissant que nos ancêtres possédaient dans la conscience du péché et dans l'imitation de la vie immolée du Gbriftt. Kierkegaard développe cos idées avec une éloquence d'une chaleur commnnicative et une richessi^ remar([uable d'aperçus. Sa polémique contre le christianisme officiel et les Kgli?es de multitude n'est pas sans Apreté ; elle le conduisit à des exagérations regrettables. — Voyez Petersen, /Jr. S. Kii'ikegaards Chi'istendomsforkyndslese, Christ., 1877, 2 vol.; Liitke, ffrckL Zmîande m den tkand, Zœndem, EUberf. 1864, p. 45 ss.; BwaÀw, S, Kierkegaard, Fh^ liiierar, Ckarakteràild, Leipz., 1879. Un certain nombre'd'ouvrages de Kierkegaard ont été 'traduits en allemand par Hansen et Ba rthold. Voyez aussi l'article de M. Michelsen dans la Heal'Encycl. de Herzog, 2'" éd., VII, 664 ss.

• KIST (Nicolas-(lhristian\ liistorion néerlandais, né à Zalt-Bommel (GucMrc . le 11 avril ITîKi: neveu d'Rwaldus Kist. célèbre littérateiu- et moraliste de Dordrecht. Après avoir l'ait huit années d'études laborieuses à l'université d'L'lrecbt; où van Ileusde éveilla chez lui et son condisciple Royaards le sens historique, il obtint le grade de docteur en théologie (1818) et fut appelé comme pasteur à Zoelen (Gueldre) où il resta cinq ans. Nommé en 1833 professeur de théologie historique à Leyde, il inaugura son enseignement ptfr un discours où se révélaient déjà ses tendances libérales: De progresxione ingenii humant in dorfuiation liisiorin C/tf'istifina nnimndrrrtendn. Il donnait deux cours distinct* : Tua sur l'hisioirc des dogmes en particulier ; l'autre sur le développement

688 ^ KIST — KOHLBRUGGE

général de la doctrine chn^tionne. Mais la grande œuvre de toute sa vie fut le recueil des matériaux pour sorvir à. Thistoirc do la reliijion chrétienne sous toutes ses tonnes: église, culte, art, lé^ondfs, etc., qu'il entreprit, eu ISi'J, avec son collègue et ami d Ulrccht, H.-J. Hoyaards, et qu'il continua sans relâche jusqu'à son dernier soupir. Ala mort du professeur Clarisse, il occupa quelque temps la chaire de morale et collabora aux Tableaux tirés de l* histoire de la religion et de fJ^glise chrétietwe. Kiii irtourut subitement le H décembre 1859. laissant la réputation d'un archéologue passionné, d'un historien impartial et d'un* penseur indépendant. — Voici la liste de ses principaux ouvrages : De r Eglise chrétienne sur la terre, selon l' enseifjnemenl de 'Jésus et des apôtres et selon r/iisfnire, Haarleiu, {H30 , Jours et /eltres de prières /juA/i^ues aux Pays-lias, 2 vol., Leyde, 1848-49; Le retour des Vaudoist en 1689 et 1690» Leyde, 1846; Orationes IVqum eeelesim reique Christian» speetant historiam^ Leyde, 18S(3 (parmi lesquelles on remarque la seconde intitulée : De eeclesia grxca^ divin» propideniiœ testSt et la troisième : De inchoata needum perfecta saerorum emendatione. En collaboration avec Royaards: Arc/iives pour V histoire de CE <j lise, spécialement aux Pays-Bas, 20 vol. in-B" avec planches, Leyde, 1821)-i9 ; Nouvelles archives, 2 vol, in-8", Leyde. '1852-54. En collaboration avec W. Moll : Archives historico-ecdesiastiqueSt 2 vol. in-8**, Amsterdam, 1857-59.

KŒSTEB (Frédério-Bourcard) [1791-1878], né à Loceum, professa dV bord la théologie à Kiel (1822) ; puis fut nommé surintendant général des Eglises des duchés de Brème et Yerden (1840). Il publia trois ouvrages estimés : {° Le christianisme, considéré comme la raison sur prême (1821)); 2^ Manuel de la science pastorale (1827); 3« La doctrine biblique de la rédemption (1831)).

KOHLBRUGGE (Hermann-l'>édéric), né à .\msterdam en 1803. mort à Elberfeld en i875. théologien et prédicateur réformé distingué. Biea qu'élevé dans la confession luthérienne, il fut amené après la mort de son père, par ses études scripturaires et par l'examen approfondi auquel il soumit les controverses dogmatiques du seizième et du dix-septième siècle, à se rattacher à la communion réformée, en même temps qu'il défendait avec une rare vigueur le christianisme biblique contre les doc* trines rationalistes qui tendaient à l'alfaiblir. Méconnu dans sa patrie, rebuté à cause du fanatisme ({u'oii lui reprofliait, Kohlhriigge finit par trouver un asile à ElbcrfVld uù son caractère énergique, ses dun> ài" prédicateur, la rigueur logique de son systèni» prédestinaticn, le séneui bienfaisant de toute sa personne ne tardèrent pas à être vivement appréciés. Il s'appliqua dans ce milieu labouré par l'esprit sectaire, parmi ces hommes du réveil enclins sans le vouloir à exagérer la part de rhonuiM dans Tœuvre du salut, à combattre les ravages causés par la doctrine méthodiste de la sanctification. U fonda une communauté < réforoiée néerlandaise » qui fut reconnue par une lettre patente royale de I8i7. Pour éviter l'apparence de la dissidence, elle se considéra connue un meuilire de l'Eglise iialitinale hollandaise el se rattacha à la conffssio bely ica. Cette communauté, qui sedistiugue par sou urgani^atioUi &a dis-

KÛliLBHiiGGE - LÀ BÛiSSlÈUE G89

cipline, la foi vivante de ses membres, son sàle pour les pauvres, subsiste eneoie aujourd'hui. Elle se nourrit exclusivement de la Bible et des éflrits de son fondateur. On trouvera la liste des ouvrages de Kohl-

brûgge, qui consistent surtout en sermons et en études I)il)liques, dans l'artit le étendu que lui a consacré M. Galaminus, dans la jReal BneyH,

deHerzog, 2«édit., VIII, liOss.

KRUKMACHER (Frédéric- Guillaume!, fils de Frédéric-Adolphe Krummacher (voyez cet article), né en 1796 à Mœrs-sur-le-Uhiii, fit ses études en théologie à Halle et à léna, et débuta, eu 1819, en (|ualité de pasteur auxiliaire de la communauté rélormée de Francturt. Après avoir rempli les fonctions de pasteur à Elberfeld (183i-I847), il fut appelé à Berlin et bientôt après (1853) à Potsdam, coniiue prédicateur de la Cour. Il mourut en 18G8. Parmi ses nombreux écrits, le pluà niiportant sans contredit est Elle le ThiiHte, 1828; 6^ édit., 1874, recueil de sermons qui respirent une foi ardente, présentée dans un langage noble, correct, bien que trop riche en images. Nous citerons encore Saiom<ni et SvlamUh, 1827 ;9* édit., 1875 ; Aperçut dan» leroyaumede lagràce^ 1828; 9*édit., 1868; Ze prophète Elisée, 1835; le livre de VAvent, 1847; 2«édit., 1863; Le livre de la Passion, 1854; 3» édit., 1878; laclocàedu sabbat, 1851-1858, 12 vol. ; /.<? pèlerinar/e du chrétien vert la patrie céleste, 1858, 3 vol. ; David, le mi d'Israël, 18G7; enfin son Autobiogra» phie, Berl.. 1869. Krummacher a été, sans contredit, l'un des prédicateurs les plus éloquents, les mieux écoutés et les plus lus de l'Aliemagne protestante contemporaine. Fidèle à ses convictions réformées, fondées sur l'Ancien Testament autant (jue sur le Nouveau, il n'en a pas moins été 1 un des promoteurs les plus zélés de l'aliiauce éyungélique en Prusse.

lABOISSIËRE (Claude de), issu d*une ancienne maison du Dauphiné, fut envoyé, au mois de mai 1558, en qualité de pasteur de l'Eglise réformée de Saintes, pour continuer l'œuvre d'André de Mazières. Obligé (le se multiplier pour répondre à tous les appels, il parcourut toute la Saintonge, et fut amsi l'un des fondateurs de l'église de Marennes. qui doit plus particulièrement son origine aux efforts de Charles de Glermont, dit Lafontaine. Au milieu de danf?ers sans cesse renaissants, La Boissière déploya une infatigable activité. Bernard Palissy nous apprend <|u*ilfutle premier des ministres de la Saintonge, qui, sur rinyitatîon dss membres de son Eglise, osa, en 1561, prêcher publiquement TEi^ngile à Saintes, afin de faire cesser les « calomnies perverses et méchantes » dont ses coreligbnnaires étaient « blasmés et vitupérés, » comme Iss premiers chrétiens, à l'occasion de leurs assemblées secrètes et noom 44

690 LA liUiibitUE — LAIZEMNT

turnes. Dès que le maire de Saintes ent vent de cette réunion, il se rddit ttur les lieux pour la dissiper ; mais le pasteur, interpellé par ci magistrat, lui répondit qu'il n'enseignait que la crainte de Dieu et robénsance au roi, et In maire u'osa pousser plus loin l'opposition. L'exeinpk donné à Saintes lut suivi par toute la Suintongo protestante, a Dieu a tellement augmenté son Eglise, écrivait La Boissière le 6 mars 1561, que en ceste province, nous y sommes aujourd'tniy. parla g-nire de Dieu, plus lie trente-huit pa^;t<'urs, mais (ou? charLî/s do tant de biiur;:> et de parois>rs i\\u\ quand nous on auriou? emon' cinijuanle. ;i peine |)ûurrions-iiour- salisi'.iire à la nnMtiô des diar^^es qtii s y pr»''.''Ont''nt. » Quc\ques nu'is apri's, (Maiidode Lu Bois.-ioru lui dt'putôau coIIih|iip d»' l'ni>>y. Une leTtre a ]re5>éiî par lui à Tin-odore de Beze nous appren(i «p. il exerçait «'ucuie à Saintes le saint ininistore à la fin de 15G5. MM. Ua.ig et A. Crottet ignorent à quelle époque il termina sa carrière.

LABOOGHÉRS (Pierre-Antoine) , peintre protestant célèbre, né I Nantes en 1807, mort à Paris en 1873. D'abord destiné au eomoiem, il fit de longs voyages en Amérique et eu Chine; puis, entraîné par eoa goût de la peinture, il entra dans Tatelit r <\> Paul Delaroche et débiiti au Salon de 18li. 11 a, de préféreuce, choisi ses sujets dans Thistoiit protestante. Nous citerons particulièrement : //fm-i dp. Snxe, Marm Sanuto, Charles-Quint à Londres (1844); iMélanchthon^ Pomeramis et Crurifjer traditisnnl la /ill/le 1 1840) ; /{ichelieti et le père Joseph i i847); Cnf lot/lie de Génère en 1549 (1830); Luther à Wittcniherfi , Ernm* cht'z Thomas. Morus (iHoo) \ Luther à la dirtf de \\ ur//tM IS.VJ ; Un J/uf/urnot (18')!)); La Trdductin,} da la ffililr IS^U ; L^itlter en /nière, M. Gnizot (1803); Lpisode de la ;/uerre tles ('('rennes lH(ii; ; La /'amiiU de Luthi'r en prière^ Lucas Cranach peiynant le portrait de Latkr (1865) ; Mort de Luther à EUleben, Charles^Quinty son fils Philippe et le cardùuU Grmvelle (1866) ; Olympia Morata à Ferrare (1869).

LAIZEKENT (Daniel-Henry de), pasteur, né à La Rochelle le 34 octobre 1640, consacré le 17 juin 1663. Son histoire est celle des vexatioDS et des violences dirigées contre ses coreligionnaires justfu'à la démolition des temples et au bannissement des ministres. De Laizetoest frappé d'injustes et lourdes amendes, emprisonné par la haine du trop fameux Bomier, implacable adversaire des réformés et agent de l'iutendant de Demuyn, fit son derniei- prêche le 11 juillet 1G81, dans le temple de La Villeneuve, qui avait remplacé le grand temple, converti en ciithédrale. après la (tri^o de La Rochelle. Le 12 sejttembre, il était emprisonné avec ses collègues, Jac(jues de Tandeharatz, Leblanc et (iuybert. Ils en appelèrent au parlement de Paris, furent conduits le 1) octidtrc dans les prisons de la Conciergerie, transférés le i janvier 1085 à la Bastille où ils demeurèrent jusqu'au 15 juin et fiiialtiueul, par arrêt du :22 août, admuucstés et condamnés chacun en quatre livm d'aumône seulement; mais l'approche de la ville et de la banlieue leor était interdite, et dès le 1^ mari le temple de La Rochelle avait dâébs démoli, et le terrain donné à rhôpital congréganiste. BzUé avec sa femme et ses truis enfants, à la suite du trop célèbre édit du 17 oelobre 1685| de Laizement continua le saint ministère auprès desoefrères

LAlZliAlENT — LA SAUSSAYE

téfug'ih pt pour leur consolation publia en 1693 les Heekerchet du* pasteur-Philippe Viiicont sur les commene0ments et Ins premier progrès tie In rfl formation de la Rochelle — Sources : Ai Teasereau, Histoire des rêforniéa de Ln /{ne h die.

LANDRIOT (Jean-Frauçois-Anne-Thnmasj, pn-lal «listingué. m'- à Couciies-lcs-Minns ^Saone-et-Loire) ou IHUi, iiKtrt à Ileiius eu 187i. H était vicaire général d'Autun, lorsqu'il fut nounné évéquc de La Uochelle (1856), puis archevêque de Reims (1866). Nous avons de lui un grand nombre d'écrits, parmi lesquels nous signalerons : 1<> Diseounet mstruettompattorales, 1856-1860, 3 vol.; 2° Conférences jalhcutiofu, discours et mandements,iS66-{mi, 3 vol.; 3» Ln Femme forte, 1S03 : H*" éfl.," IStJH: 'i^ /m Femme pieuse, 1803, 2 vol; T^'éd., 187i,conlVToncesdestinées aux lofiuiies du monde ; Cotiférriires sur Crtude d ''a bf'llcs-lel (res rt des scitntes humaines à l'usagedes petits séminaires, \ul\in, 1847.l>vu1. Laiidriot prit part à la fauieuse question du paganisme dans l'éducation par

fiecherehes historiques swle^ écoles littéraires du christianisme, 18ol, et par un Examen critique des lettres de M. VabM Gaume, 1852, réimprimé sous cet autre titre : Le véritable esprit de VEfflise en présence des nouveaux systèmes dans renseignement des lettres. On peut citer encore des livres d'édiQcation, tels que : la Prière chrétienne, 1862, 3 vol. ; éd., 1874 ; Le Chrisl de la tradition, 1865, 2 vol.; les Béatitufles rvnn<i('Hqu€Sy 1866.

LANGHANS (Frédérir) I8i>!)-18801, l'un des ciicfs du parti libéral avancé de la Suisse allemande, prolesseur et orateur éniiuent, unissant un rare talent dialectique et des conitaissances solides à un noble caractère et à une activité infatiiçable. fin 1853» il débuta comme pasteur à Lau0neo, dans TOberland bei:nois ; en 1958, il devint chapelain de l'hospice des aliénés à la Waldau; en 1871, il fut appelé, en qualité de professetir de théologie systématique, à Berne et groupa autour de sa chaire une jeunesse enthousiaste et dévouée. Langlians prit une part iijiportante aux luttes ecrlésiasti([ues d»5 son pays, collabora à plusieurs journaux et rédi^^ca la nouvelle liturgie en usage dans les Eglises protestantes du canton de Berne. Ses deux ouvrages : Le piétisme et le ehrisiienisme jugés d'après la mission extérieure, 1864 ; Le piétisme et la «ittitbfi extérieure devant le tribunal de leurs défenseurs^ 1866, contiennent une critique acerbe et en grande partie méritée des procédés* employés par le piétisme contemporain dans les champs de la mission païenne. Malgré le ton violent de sa polémique, que Tauteur a lui-même regretté dans la suite, Langhansa été bien inspiré en dénonçant au public les vices d'une institution si utile et si indispensable à bien des égards, puisqu'elle nianiltsle la vitalité du christianistne et qu'elle montre qu'il n'a point renié sfui anil>ition conquérante. Langbans a déposé ses vues sur le rôle social ,du cliri&tianisme dans un magniûque ouvrage apologétique, qui nons fait regretter davantage la mort prématorée de sooiiuteur, victime de son zélé pour la cause de IMeu dans le monde : Leéuristiamsme etsanùssion à la lumière de V histoire du mondet Zurich, 187o. ,

Ih SAUSSAYE (Daniel Chantepie de), prédicateur wallon et publiciste

692 LA SâUSSAYë — UUREiNTlË

hollandais, né àLaHavn lo 10 décembre 18l8,d'iine ancienne famille de réfugiés français. Ayant fait ses études théologiques à Leyde, il devint proposant de l'Kfflisc wallonne et commença d'y pr<^cheraver arfleurun christiaiiisiiu; dont le principe était la porsonne du Christ, et non pas la doctrin»^ sur le Clirist. Apri's un ministère de six années à Leeuwarde (184:2-48), il fut appelé à desservir rEglisewallunne de Leyde. Pendant les quatorze années qu'il y resta, La Saussaye m distingaa par une pré dication vivante et profondément nourrie de la Bible, et prit une part active à la controverse religieuse» ouverte par l'entrée en seène de la « théologie moderne » et de son initiateur, le savant J.-H. Scholten. Il soulint, contre les tendances naturaliste et empirique de cette école, le principe éthique et surnaturel du christianisme dans le journal 5é/ j>f/r et Paix [Brnst tm Vrcdr, 1853-58) et dans de nombreuses brorhiires. Se trouvant isolé à Leyde, il accepta l'appel de l'Ej^lisc hollandaise de Hotterdani et prit congé de l'Eglise wallonne de Leyde par deux discours intitulés : Christ toujoun U mime dans VEglite et la Mission des Fgiiset walionneê (1862). Il resta dix ans à Rotterdam, où il prêcha avec ardeur et défendit ses idées dans un nouveau journal : Contributions protestantes pour r encouragement de In vie et de la science chrétiennes (1870-73). En 1858, il avait reçu de l'université de Bonn le grade de docteur en théologie, à la suite d'une brillante conférence sur les liens qui unissent la théologie allemande à la théologie néerlandaise; et «es compatriotes de l'université de (ironingue ratilièrent cet honneur en l'appelant à la chaire de dogmatique et théologie biblique devenue vacante parla retraite du professeur P. Hofstede de Groot (1872). Il ne l'occùpa que treize mois et fut enlevé, à cinquante-six ans, à raffectton fidèle de ses paroissiens, et à Testime de tpus, amis et adversaires (13 février 1874). Son fils, M. Chantepie de La Saussaye, occupe la chaire d'Histoire des religions à Tuniversité: communale d'Amsterdam. — Liste des principaux ouvra très de D. Chantpie de La Saussaye : L" existence permanente du peuplr juif expliquée par son avenir. Leyde, 18-49: Ti-moignaijes contre i esprit du siècle{en français), Anisterdam et Leyde, 1852; llejlexions sur l'essence et les besoins de l'Eglise, Leyde, 1855 ; Appré' dation de ta doctrine de r Eglise réformée , de Sekotten^ Utrecht, 1859; Etudes àibliçueSf 1859-61; La crise religieuse en Bollande, ' Leyde, 1860(en français); 5erniofi«,5voL, Leyde et Rotterdam, 186046; Vie et tendance {Leven en Rigûng)^ Rotterdam, 1865 ; Le sumaiurel dms l'histoire, Groningue. 1874. Bonet-Maubt.

LAURENTIE (Pierre-Sébastien), publifi'îte catholique français, né à Uouga ((lers) en 17"J3, mort à Paris en 1871). Fils d'un grainetier, il tit ses études au coll»'^^^ <le Saint-Sever. où il fut nommé prolesseur dans la suite. En 1816, il v.nt ù Paris et entra à la Quotidienne ; en nit^me temps il accepta les fonctions de professeur de rhétorique au coII^ge Stanislas (1817), et professeur d'histoire à l'Ecole polytechnique (1818). En 4823, il lut nommé inspecteur général de Tinstruction publique. Royaliste et catholique ardent, Laurentie dr>fendit avec talent dans son journal, foos l'inspiFation de Berryer, la thèse de la liberté londée sur le droit divin. A la suite de plusieurs condamnations, la Quotidienne se traneforuia

UUREiNTIE —

MARSILË DE PÂDÛUË

dans VUmon monarehigue, devenue aimplement, depuis 1848, VUnUm. Outre ses articles, Laurentie a publié un grand nombre d'ouvrages, parmi lesquels nous no relèverons que ceux qui ont. trait à la religion :

i'' Dr In ju^tke au .VAV" siècle, 1822; 2" Do rorufinoet de la certitude des rontiaissanccs humaines, 1S26; 3" Leitrrs sur / éducation, 1835; A'' Théorie catholique des sciences, 1836; éd.. 184G; De l'esprit chrétien dans les éludes, 1852; 6" Les Jiois et le pape, 1860 ; 7 /{ome et le pape, 1860 ; 8» Bùme, 1861; T Athéisme scientifique, 1862; 10> Le livre de ÎÊ, Renm sur la me de Jésus, 1 863. '

M AC-ILVAINE (Charles-Petit), théologien américain, évéque anglican de rOhio, né àBurlin^on (New- York) on 1798, mort à Florence en 1873. Il passa sopt ans à I'EcoIr militaire de West-Point, en qualit»^ de chapelain, (^hargt' pendant quoique temps d'une paroisse de Hrooklyn, il fut nommé, en 1832. ovèque de l'Oliio. avec résidence a Cincinnati. Il jouit d'une réputation méritée comme prédicateur et comme polémiste. On a de lui un {^rand nombre de brochures principalement dirigées contre les doctrines puscy stes, etréunies en detiz volumes sous le titre de Discourses, New-York, 3 vol.; puis Evidences of chHstiamty in their extemal or historieal division, 1832 ; un recueil de 32 sermons : La vérité et la vie, 1855, etc.

MARSILE DE PADOUE, l'un des précurseurs de la réforme italienne du seizième ?iécle. Né à Padoue vers 1:Î75, il appartenait à la famille bourgeoise dos llaimondini (Mainardmi ?). Après do lionnes études philosophiques dans sa ville natale, il entra dans l'état ecclésiastique, visita la France, fréquenta en qualité de magister l'Université de Paris et y exerça même en 1312 les fonctions de recteur : il embrassa d^ns ses études la philosophie, la théologie, le droit et la médecine, et subit l'influence des hommes émiaents qu'il rencontra à Paris, en particulier de Guillaume Occam. Marsile do Padoue débuta dans la vie littéraire par son Defensor pacis, rédigé de concert avec Jean de Jandun, un de ses collègues, en faveur de Louis de Bavière contre lo pape Jean XXII. Il ne tarda pas à entrer an service de ce prince en qualité de médecin et de conseiller et exerça, comme toi, une influence considérable sur sa politique. Louis de Bavière, ayant passé les Alpes et ayant accepte la couronne impériale des mains du peuple romain (1328), nomma Uarsile rieaire pontifical à Rome et archevêque de Milan. Hais Pinsuocës de Pezpédition du prince bavarois et sa réconciliation ayec Jean XXII et avec ses successeurs ayant privé son conseiller de ses charj^es. celui-ci se retira à Munich où il mourut vers 1342. — Adversaire résolu de l'absolutisme

694 MâRSILE Dë PADOUE — MARTIN

papal et défenseur de rindépendan<^ de l*Etat vis-à-vis de l'Eglise, Mar-

si le de Padoue soutenait que le Christ était le seul chef de TEglise et la Bible son unique règle de Toi. Dans son ouvrap^e Defensor paeit ou De

vp hvpprntot'ia et pontifie n, il part de l'idée que la paix on rnnion ost le plus prand hion do la ï^onirt»' humaine. Son plus grand f^iinoiui e?t le pape avec sos nnpièteiiKMils dans Ips droits de l'Etat. Lo prêtre doit horner son ambition à adnunistrer la Parole et les sacrements, c'est-ii-dirc pi exercer une iulluence spirituelle. Tous les prôtres sont essentiellement égaux quant à leur dignité et & leurs pouvoirs spirituels; ce n'est qu'au point de vue administratif qu'il peut y avoir des degrés dans la hiérarchie erch^siastique. Selon l'institution divine, il n'y a qu*un seul chef de l'Ëglise, le Christ lui-même. L'autorité ecclésiastique suprême sur la terre ne r»*side pas dans un pnMre ou dans un évôque isolé, pas môme dans rr'-vt^qne romain, mais dans les conciles œrnméniques. dans les(|uels des laïqnos éclairés et vcrst'S dans la connaissance de la Bible peuvent aussi avoir voix déliliérative. Le pouvoir disciplinaire, c'est-àdire le droit d'édietcr des peines, n'appartient quàTEtat qui posscdeaussi celui de convoquer les conciles. — Dans son Tractatus consukaHomi super dioortio matrimonU inter Johanmm et àfargaretham, Marsile justifie lf> mariage du fils de Louis de Bavière avec Marguerite, héritière du Tyrol, qui venait de divorcer avec le comte Jean-Henri de Luxembourg (1.1^:2), en soutenant, comme le fera plus tard Luther, qtin le mariage est chose civile et terrestre et. comme tel, est soumis a la juridiction de l'autorité temp(U-elle. Le Jji-ft'iisur poris a été publié à Bâle eu 15i2,à Francfort en i.jt):2; le Jrnrtafus ro/isu/iaiionis à lleidelberg en 1596. L'un et l'autre se trouvent dans Goldast, Monarc/na s. romani mperiif II, l54-3f 2. 1286. — Voyez Hœfler, />ie Avignanens, Paepste, . Vienne, 1871, p. 28 ss. ; Lechler, Joh. Wielif, 1873, 1, 107 ss. ; Riexier, Dielitcrar. Widersacher der PfBpate sur Zeit Lud/rig desBa^fers, 1874, passim ; G. Miiller. Dnr Kampf L. rfi'fi It. mil. der rœm. Kurie, 1879- 1880, et l'article de Lechler, dans la HeatrEncykL deHerzog, 2" éd., IX,

• 357 ss.

MARTIN - l'abbé Chafïrey). écrivain catholique français, né à Aljrios (Hautes-Alpes), en 1813, mort à Paris en 1872. Ordonné prêtre en 1839, il fut nommé professeur de rhétorique au petit séniioaire •d*Embrun, chanoine honoraire de plusieurs chapitres, aumônier et professeur de philosophie au collège de Gap. Livré à Tétude et à Teiercice de Téloquence de la chaire, il conçut l'idée d'une « Nouvelle méthode dans la composition des ouvrages destinés à faciliter la prédication, » si consacra sa vie à la réaliser. Il publia successivement le Panorama des pvMicntiom (IHol-o.*), 3 vol.; H"" éd., 1864); la Bibliothiuiur if,-., ],rédi' rfl^ewr.? (1867-1808, i vol.); T/iéolof/ie morale en tableaux, 1H57; Jiépertoire de la dorh liv chrétienne (IH.iT; 2" éd., 1859-03, 3 vol],

• Portraits iittéraires des plus célèbres prédicateurs coutemporainSf 1858;

• ifots de Mark des prédicateurs (1886; 2 vol.); Sermons nouveaux sur . ies mystères de N, S. Jésus^Christ 1860, 2 vol. ; Vies des saints à

Vusage don prédicateurs (1661-68, 4 vol.). Il fonda, en 1857, le JourMi de ta prédication*

MASSALIKNS — iMATAMOUOS m

MASSALIENS. — On doniifi lft''noni <1e inassaliens ou prieurs {Mxiix- Àtïvc-i: cf. rh»^breu Mfttsalain, Esdras VI, 10), et colui (roiichites ou (i'eupli.'iiiites, aux mrinbres d'une i^e.cUt non chriHionno qui parut ou Asie Miueure au milieu du quatrième siècle. Sortis df riiollcnisnic, ils en reooimaissaient toutes les divinités, mais ne rendaient les honneurs de raâoration qu'au Dieu tout-puissant. En réalité, ils sont déistes, car ee n'est que par accommodation qu'ils se rattachaient à la religion historique de la Grèce ; le christianisme issu des controverses du quatrième siècle ne les attirait pas. L ascétisme qu'ils pratiquaient, tout aussi bien (jiie la sécheresse de leurs conceptions rrlitrion?o?, ne leur donna que peu de cr«'dit parmi leurs contemporains. Porsccuti's par TEf^lise, ils prirent le nom de inartyriens. — A la même époque, ver.s 300, nous voyons le même nom adopté par des moines vagabonds, conimo les sarabaltes et les remoboth ; on les appelait aussi euchites, euphémites, enthousiastes, pneumatiques, eusthatiens, adelphiens, etc. Ils affirmaient que l'homme étant pliu^ par sa naissance sous l'empire des démons, la prière seule est capable de le sauver, en mettant le prieur dans une étroite communion avec Dieu; cesrapports intimes avec Dieu délivraient le fidèle de ses péchés et lui permettaient de prédire l'avenir et de contempler face à face la sainte Trinité. Le prieur devenait ainsi l'égal des prophètes et même de Jésus ;ils représentaient d'ailleurs riinion de l'àme avec Dieu sous les traits les plus sensuels. L'oriiucil spintut l (jui les aveuglait leur fit supprimer tout culte et rejeter tous les sacrements. Ce n'est pas à tort que l'Eglise leur a reproché leurprofonde immoralité. Vivant d'aumdnes, parce que le travail est incompatible avec la vie parbite, on peut les considérer comme les précurseurs des ordres mendiants. Les danses mystiques auxquelles ils se livraient leur ont valu le nom de choreutes. Les moines massaliens se répandirent en grand nombre dans les cloîtres do Syrie: mais leurs doctrines furent réfutées, leurs partisans anathém.-ttisés et enfin leurs monastères réduits en cemlres ; ils disparurent assez rapidement. — Les mêmes noms furent encore portés par des moines dualistes du onzième siècle, qui habitaient la Thrace. Ils se -divisaient en deux partis. Les dualistes modérés enseignaient que le fils atné du Dieu suprême, s'étant révolté contre lui, avait créé le monde visible, pour avoir un royaume indépendant à gouverner; mais son frère Christ travaille à détruire cet empire du mal et le rétablissement final doit couronner son œuvre de salut. Les dualistes absolus professaient au contraire le même respect pour la divinité malfaisante et le Dieu bon. Ces gnostiques n'étaient sans doute qu'une i)ranche des pauliciens. — Voyez Kpipliane, y/.tr., 80; Théodoret, Jlœrct. fab., IV, 11 ; Ghastel, Htstoife du christianisme, 1881, II, 411 ss.; Ilerzog, Real-EncykL, art. Massaliens ; Herzog, Ahriss der gesammtenXireheng., i879, 1, 398; 11,26. 126. 292). EnouARD Montet.

MATAHOROS (Manuel), protestant espagnol, né à Lepe, dans U province de Huelva, en 1835. Se conformant aux vœux de son père qui était capitaine d'artillerie, il entra en 1850 à l'école militaire de Tolède ; il la quitta, repoussé par les mœurs grossières qui y régnaient, pour retourner auprès de sa mère & Malaga. Eu 1853, il se readit à Gibraltar

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