‹ Encyclopédie des sciences religieuses;Chapitre 119 sur 158 · MATAMOROS — MAURICE · texte numérisé non relu

MATAMOROS — MAURICE

où il fit la nmnaissanco <le Francisco de Paulo Ruet, qui avait été gagné à l*Ëvaiigile par la prédication Ue De Sanctis à Turin, et qui avait d'abord essayé de fonder une communauté évangélique à Baieelooe. L*étude du Nouveau Testament produisit une profonde impression sur ICatamoroset acheva sa conversion. Entré au service militaire, il Ht une propagande active parmi ses camarades. Un peu plus tard, par Hntermédiaire de Uiiet, il entra en rapport avec un comité écossais, puis parisien, pour travailler à révani;élisation de l'Espaj^ne à Grenade, Séville et Barcelone (1800). Dans le nic^inc temps, un simple chapelier, José Alhama, converti par un petit traité américain, précliait TEvangile à Grenade. Arrêté par suite des manœuvres des prêtres, il fut trouvé en possession de lettres de Matamoros, de Marin, de Garrasco et de Gonxa* lez qui forent tous arrêtés. Conduit à Grenade, Matamoros dut languir pendant plus de deux ans dans les cachots de cette ville où il contracta le germe delà maladie qui l'emporta si prématurément. Grâce aux efforts de l'aliiance évangélique, qui, en 1863. envoya une députation à Madrid, et à l'action personnelle <lo la nmison royah? de Prusse, la condamnation à neuf ans de f^alères lut commuée en autant d'années d'exil. Alhama s'établit à Gihraltar, Marin et Gonzalez se fixèrent à Bayonne, puis à Bordeaux, pendant que Matamoros alla en Angleterre où il fut fété comme un martyr de TEvangile. De là, il se rendit i Lausanne où il suivit les cours de la Faculté de théologie libre, ainsi qu*un certain nombre déjeunes Espagnols qu*il avait fidt. venir de Malaga et des environs. Atteint de la poitrine, Matamoros mourut le 31 juillet 1866, avant d'avoir pu recevoir la consécration an saint ministère qui avait été le rêve de sa vie et l'objet de son ambition suprême.

MATHIEU (Jar(jues-Marie-Adricn-Césaire). prélat et cardinal français, né à Paris, eu 17U0. mort à Uesançon en 1873. 11 étudia d'abord le droit, mais il quitta l'école pour aller gérer, dans les Landes, lus. biens de M. de Montmorency qui, dans la suite, lui ouvrit la carrièredes dignités ecclésiastiques. U entra au séminaire de Saint-Sulpice, fut ordonné prêtre, devint secrétaire de l'évéque d'Evreux (1823), et, peu de temps après, l'un des grands vicaires de M. deQuélen à Paris. En 1833, il fut nommé évèque deLanpres, et. l'année suivante, pronm au siège archiépiscopal de Besancon; il recul le chapeau de cardinal en 1830. Membre du Sénat, il se montra défenseur zélé des droits de l'Eglise et. en janvier 180o. un recours comme d'abus fut formé devant le Conseil d Etal contre lui pour avoir lu, malgré l'interdiction du gouvernement, VSihcyclique du pape du 8 décembre précédent: Tabus fut prononcé par décret du 8 février 1863. On cite, du cardinal Mathieu, den Mandements, dirigés contre TUniversité, l'esprit philosophique et quelques-unes <los inventions modernes qu'il regardait comme des fléaui divins. H l^^'^ signaler encore, parmi ses brochures, le Pouvoir temporel des papf* Jusli/tf par r/ilsl()fn\ 1863.

MAURICE Freth ric Denison), théologien andais. né en I8(i:i. mort on iST2. Fils d'un pasteur unitaire, il étudia au collège de la Triiiilé'ï* Cambridge, prit ses degrés à Oxford et entra, en 1828, au service de l'Eglise établie. Il édita quelque temps ÏAthenxum, et écrivit unronisi^*

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Eustache Conway, qui eut du succès. Mais «os tendances libérales et un discours qui parut entaché d'hérésie lui firriit pordre la chaire de théolop:ie qu'il avait obtenue au collépo du Uoi, àLondros.ll prit avec le rév. Kingj:|py une part active à rorganisation dos associations de travailleurs, ainsi qu'.i i instriiction des enfants du peuple et devint chapelain de la Société de Lincoln's Inn. — Parmi les nombreuses publications de Maurice, nous mentionnerons: i* Essais tkéologiqws, 2 vol.; 9^ Les religions du monde et leurs rapports mtec le christianisme, ^ Histoire des deux premiers siècles de V Eglise, 1854 ; 4* £ef patriarches et les législateurs de l'Atiricn Testament, 1855 ; 5» La religion catholique romatti«, 1855; Les doctrines philosophiques du moi/ en âge.

MEIJBOOM (Loiii>-Siison-Pedro) , prédicateiir et niytli<t}:raphe néerlandais, né à Eniden (Frise orientale), le 2 avril 1817. Il lit de brillantes études philosophiques et théologiques à l'université de Gconinguc où le lettré Pareau exerça sur lut une influence décisive et où il prit le grade de docteur en théologie. Des vocations pastorales rappelèrent successivement à Hoomhuizen, Nimègue, Groningue (i840-54> où il retrouva ses maîtres et défendit dans le journal Vérité et Charité {Jï'aarheid en IJpfde) les idées de l'école néo-orthndnxo qui avait à sa téte le professeur Ilofstode de Groot. CV?t diin? ct«{fo preiniér»' plïa-^o de sa carrière, qu'il acquit ce talorU de calécliète et d'initicilenr populaire, (jui devait le taire appeler sur un plus grand théâtre. En i85i, i! futnonnné pasteur à Amsterdam, malgré les protestations ardentes du parti orthodoxe et, pendant les vingt années de ministère qu'il y exerça, Meijboom acquit une grande réputation par ses prédications originales, • ses conférences sur l'histoire naturelle et Tastronomie, et ses écrits à la tendance néo chrétienne. En effet, l'ancien disciple de l'école de Groninprue s'était rallié aux doctrines du protestantisme libéral tout en tenant ferme dans sa foi en un Dieu personnel, en un Christ hislori(jne, en l'iinmortalité de l'Ame et en l'énergie incessante de l'Esprit saint, dans l'Eglise. Dans les «lernières années, il s'était consacré spécialement â l'étude des langues du Nord et de la mythologie Scandinave, sur laquelle il a laissé un ouvrage de premier ordre. Il mourut le 13 novembre 1874, dans la plénitude de ses facultés et de sa foi chrétienne. On a de lui : Œuvres d'Hcmstcrhuys, avec préface en français, 3 vol., Leeuwarde, 1845-48; Histoire du royaume de Dieu, d'après la Bible. 'A vol. Groningue, 1852-54 ; Vie de Jêsus^ Gronins:ue, 1854-74; Ln fh-ligion des ancl'mii Xonnnndfi. 2 VftI., Haarlein, 1808-70; Récits énigmatc/uf's [Hadselarlttigi' \ t-rha/rn), (Ironin^ue, 1872; Principes de la tendance néo-chrétienne (2« éd., avec portrait de I auteur), Haarlem, 1874.

lÊSEHGUT (François-Philippe) naquit d'une fkmille pauvre et obscure, à Beauvais, le 22 août 1677. Son père, simple ouvrier, s'effbrça de lui faire donner les premiers éléments d'une instruction modeste ; le jeune Méscnguy, ayant montré des aptitudes remarquables pour retenir ce qui

lui était enseigné, obtint «l'entrer au collège de sa ville natale où il fit ses humanités. Envoyé plus tard à Paris au séminaire des Trente- trois,

MÉSENGUY

il s*y fit rcinan|ii('r autant par la vivacité de son intellit^piicp que par la pureté (lo ses hkimifs. L'anin^c iTn^me de son nilrt e au si-ininaire étant Agé de dix-sept ans, Mésenguy, nous dit un de set^ biographes, «fut touché deTesprit de Dieu, d'une manière parliculière le jour de la Pentecôte, » par rimpi^ssion que firent sur lui les sentiments exprimés dans rhymneJFimt Creator. Eatré dans Fétat ecclésiastique il ne voulut pas enld(*passrr les 'ordres mineurs, et demeura toute sa vie simple acolyte. Revenu à Beaiiv lis. il y professa pendant sept ans les classes de cinquitMiie, de'secoiide et do rlirlorique au coll^fr(• de cette ville. Mais, étant retourné'à Paris, le célèbre Uollin (voir cet artirlo , alors principal du collège dit do|Heauvais. lui confia la direction d'une classt' inii>ortante de son établissement dont Mésenguy devint sous-principal dans la suite par la protection deCoffîn (voir cet article), successeur deRollin. Obligé de quitter sa charge à cause de son opposition à la bulle UnigenittUt il prit un emploi à la paroisse de Saint-Etienne-du-Mont où il essaya de nouveauz]|ennui8 pour les mêmes motifs.*Il se retira dès lors à Saint- Germa in-en-Laye'où il passa les dernières années de sa vie dans la prière et dans la retraite, et où il s'étei<rnit le 11) février \HVA, âgé de 83 ans et si.\ mois. Homme d'une piété tendre et pleine de ferveur, d'un caractère candide et doux, de mœurs simples et pures, Méscniiny est une des plus nobles ligures de son temps, et ses ennemis mêmes ont dù rendre justice à Tintégrité de sa vie et à la beauté de son àme. Humaniste distingué, théologien plein de science et d'érudition, il écrivait avec clarté; son style est correct, focUe, et non dépourvu d*onetion. — On a de lui : 1° Idée de la vie et de V esprit de Ifessire Nicolas Chnnvt (!>' Buzanvaf, évrquc rt comte de Beauvai»t Kvec VOi Abrégé clf la vie de 3/. //ormant. Paris, 1717, i vol. iu-12; ce qui concerne Hermant est un résumé de la vie de ce drrnier par Baillet (voir ces deux noms): ±* Le nouveau testament de notre S''i<ineur Jèam-C hrist , traduit en frnnrois, ttMCdes notes littérales pour en faciliter riutelUgence, Paris, 1720, 1730, 1 vol. in-i2; 1752, 3 vol. in-i2. On sait d'avance ce que peut être une version faite d*après une autre version ; mais, de toutes les traductions de la Vulgate, celle-ci est peut-être la plus remarquable; c'est c^qu'a dû penser le vénérable M. deSaci,de l'Académie française, lorsqu'il a fait entrer la traduction de Mésenguy dans sa belle «Bibliothèque spirituelle » publiée il y a quelques années. Il est à regretter qu'il n'en ait par reproduit les notes (jui sont fort bien laites. Qu'il nous soit permis de les sipialer ici comme un travail exndlent, surtout à ceux qui voudraient entreprendre un travail d'annotations sur le Nouveau Testament. Les notes de Mésenguy pourraient être largement utilisées ainsi que celles de Huré, pour une édition annotée du livre de Dieu ;-3<* Ftet dee samtepour toui let Jours de tannée, avec les Mystères de Notre- Seigneur, Paris, 1790, 6 vol. in-42, ou 2 vol. in-4^; nouv. édit. augmentée de pratiques et de prières, Paris, 1734, ou 1740, 2 vol. iu-4°. De cet ouvrage, Mésenguy n'a composé que les mois de janvier, de février et les douze premiers jours fie mars ; tout le reste est de l'abbé Goujet (voir ce nom dans le présent supplément). Mésen<îuy interrompit ce travail pour pouv(»ir se consacrer plus entièrement, sur la demande que lui en lit Rolliu, à

rouvrnjre suivant; A" Abrégé de l' histoire et de la morale de VAncien Testamt'tit, oit Cnn a conservé autant ffuil a été poasibln les pmpmt paroles de l Ecriture Sain tt\ avec des éclaircisari/n'iits, Varis, 17:28, nombreuses t^itioiis <le[)iiis, et mémo eu ce siècle; 5° Ahrr</r de fkistoirede r Ancien Testament , oit Von aco/isertv», etc., Paris, 1737-1738, 3 vol. in 13, et 1735 à 1753, iO vol. ia-lâ; c'est le premier travail progreeuvement développé et qui constitae un ouvrage digne d'être tiré de l'oubli où il est tombé. Utntolérence ultramontaine îa fnppé d'un discrédit que d'autres chrétiens p<Miv« ntne pas accepter sans contrôle, et, s'ils voulaient se donner la peine de l'examiner, ils en seraient largement rérompens»^ par le pnitil (ju'ils tu retireraient. Les réllexioiis du pieux auteur, à la fois explicative^ i t prati<jue>. ont parfois une traiclicur de pensée et une suavité (rexpérienct^ auxijuelles le lecteur chrétien n'est pas accoutumé dans les travaux de ce genre. Le \""' volunu^ renferme une sorte de concordance des préceptes moraux des liagiographes, et une analyse des prophètes ; 6* Refonte du bréviaire Yintimille (édition do 1745) ; 7« Misêei de Paris, 1738, production liturgique de premier ordre qui dénote chez son auteur une sdanee consommée de l'Ecrituie ; les introït et les diverses antiennes y sont choisis avec un à-propos merveilleux. Pour donner les passages bibliques avec une telle ju'itpsse (l a<laptati«»n à cli.ique solennité, il fallait posséder I Kcriture avec une rare perfection ; 8 ' le /^•ore.s.s/o//'^// (le Pari?, 1731), auquel s apprH]uent les mêmes remarques faites sur le Missel. Le plaiu-cliant qui accompagne ce processional est aussi dii à notre auteur ; 9*^ Chant des offices propres .au dioeète de Montpellier et du supplément au Missel, 1736, publié par le célèbre Golbert, évéque de Montpellier, qu'en style janséniste, comme le fait remarquer Sainte-Beuve, on nomme /e grand Colbert; 10* Exposition de la doctrine chrétienne, ou Instructions sur les principales vérités de la religion, Utreeht Paris), ilW, 6 vol. in-12; nouv. édit., Cologne (Paris), ITo'i, 4 vol. in-12, petit caractère : IToH, \ vol. in-12, ou un vol. in-4". Instructions rédigées en vue des < levés du collège de Beau vais et complétées ensuite à la demande de Coftin (jui s'en servit dans ses leçons de religion à ses écoliers. Eu faisant les réserves voulues au sujet d'un ouvrage composé avec les préventions du système catholique romain, ou peut dire que celui-ci est réellement admirable. Ln et médité avec une foi éclairée, ce livre, trop perdu de vue, peut être d'une grande utilité aux prédicateurs de l'Evangile. Condamnée par un bref de Clément XIII, eu date du 14 jutn 1761, V Exposition n'en fit pas moins son chemin, et il serait à souhaiter qu'elle l'eût ])oursuivi jusqu'à aujourd'hui où elle demeure flétrie pour les uns et oubliée pour les autres; ii** Entretiens de 2'héophile et d'Eugène, sur la religion chrétienne, avec un discoin's sur la nécessité de V étudier, et une bibliothèque chrétienne, s. 1., 1760, 1 vol.în-13, tiré de Touvrage précédent; 12* Exercices de piété tirés de VBcriture sainte et des Prières de r Eglise (et non des « Pères de l'Eglise » comme l'écrit Quérard)^ 1760, 1 vol. in-18; composé pour les élèves du collège de Beauvais; 13*Xa Constitution Unigenitus adressée à un laïc de province, avec l'appel des quatre évéques, 174li, 1vol. in-ià; £ pitres et Evangiles des

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dimanches et fèt^a de toute l'année et des fériés du carême, avec des réflexions, drs pratiques, et des prières, Paris, 1737 ; Lyon, 1810, ! vol. in-12; 15° Lettre à un ami sur la Constitution L'iiigeiiilus, 1752, iu-12; 16® Lettres écrites de Paris à un chanoine de Végliie CùthédreUe de*** contenant quelques réflexion$»tur Us nouveaux bréitiaires, 4735, de 80 pages ; cet éerit, qiii renferme trois lettres, est fort intéressant; 47" Mémoire justificatif du livre intitulé : <( Exposition de la doctrine chrétienne, ou Instructions sur les principales vt-rités de la religion.» Ouvrage posthumo de M. Vnbbé Mésenr/ut/ , 1. (Paris), 1703. l vol. in-i2. Cet ouvrage est précédé d'un aviTtissenient de l'éditeur, l'abbé Claude Jjeqtieux ; et suivi des Rcjlexinns sur l'état jtrésent de la doctrine orthodoxe dans i Lijlise, et sur les vrais moyens de s en instruire et d'éviter l* erreur ; ainsi que de quatre pièces sur le même sujet, le tout par Hésenguy ; 18° Lettre Justificative deM.de Mésenguy {sic) au pape Clément XIII, s. 1. in-42 de 42 pages, latin et français en regard. — On peut consulter sur Mésonpruy les ouvrages suivants : L'abbé Loqucux : Mémoire sur la vie et les ouvrages de feu M. iabbé François- Philippe Mcsenrjvy. acoh/the du diocèse de Beouvais ; X<'erologe des plus ri'li'hres défenseurs et amis df la vérité, t. YI, p. 2l)2-il8 ; Picot, Mémoires pour sr/-rir à l'histoire ecclesiaslifjue pendant le dix-huitièjne siècle, t. IV; Xotire historique sur les rites de l'Eglise de Paris^ par un prêtre du diocèse, brochure rédigée par une plume compéjtente et pleine d'intérêt. Nous rappelons pour mémoire les fameuses «Institutions liturgiques» du fougueux Dom Guéranger, dans lesquelles le pieux et doux Hésenguy est traité avec une acrimonie qui va jusqu'à la violence.

A. M.\ULVAL'LT.

MESROB (Mesrop, Mjesrob, Mjcsrop). l'inventeur de récriture et de la' littérature arméniennes. Né vers le milieu du quatrième siècle à Haze gaz, dans la province arménienne de Taron, il apprit de bonne heure le grec, le persan et le syriafjue, sous la direction du savant cathulikoa Nersès le Grand, dont il devint le secrétaire. Il remplit plus tard les mêmes fonctions à la cour du roi Vramschapuh, puis se retira dans un couvent d'abord, dans la solitude du désert ensuite, où il mena une vie ascétique sévère et réunit autour de lui un grand nombre de disciples. Il s'employa aussi à prêcher l'Evangile au."*: païens des contrées situées entre l'Araxes et le pays drs Siuniens. En môme temps, il fut «lésigné par le roi Vramscliapuh comme inspcteur des écoles, aliu d'y surveiller

I ensflLTiicment de i"alpli;iin't arménien découvert par révè<jue Daniel et introduit par l'ordre d'un synode dans tous les districts du pays. Les efforts de Mesrob pour remédier aux vices de cet alphabet reconnu comme insuffisant restèrent longtemps infructueux : la légende rapporte que ce fut à la suite d'une vision divine qu'il trouva enfin les caractères appropriés, et tout aussitôt il se mit à traduire le Nouveau Testament du grec en arménien, et à introduire dans les écoles la nouvelle écriture.

II recomposa lui-mé.me ou par ses disciples toutes les œuvres do la littérature arménienne (ju'il put déennvrir et qui étaient éerites on caractères frrecs ou syriaques. Mesrob inventa de même un alphabet «iritjinal pour la Géorgie et pour l'Albanie. De retour en Arménie, il traduisit

MESiiOB — MICHON 701 »

tout l'Ancien et le Nouveau Testament ilu syriaque en arménien, les exemplaires grecs ayant *'>t<> brûlés par le fanatisme des Perses. L'alpba« bel arfnénien, composé de 36 signes, suit l'ordre des lettres grecques entre h's<[U('ll('s sont placées les voyellos et les consonnes propres à la langue arménienne; il s'écrit de la gauche à la droite comme en Occident et ressemble aussi, quaut à la forme et au nom des lettres, aux modèles ^recs. Les persécutions des Perses obligèrent Mesrob de se réfugier sur le territoire de TArménie qui était soumis à Tempire grec; il y dirigea pendant quelque temps les écoles. Puis, de retour dans sa patrie, , il envoya plusieurs de ses disciples soit à Edesse, soit à CSonslantinople» pour traduire en arménien les ouvrages des Pères syriens et des principnux auteurs ecclésiastiques grecs. I! revisa et augmenta aussi les écrite liturgi({ues des Grecs et lit subir d'importantes corrections a sa version biblique d'après les nouveaux exemplaires grecs qui lui avaient été envoyés commedons par le patriarche de Constanlinople. Il députa même des savants arméniens jusqu*à Alexandrie et à Athènes pour se perfectionner dans la connaissance de la langue grecque. Mesrobse montra aussi ardent défenseur de Torthodozie . contre les hérésies» et promoteur sélé de la vie ascétique et monastique : il fit l)âtir un grand nombre de couvents et se retira de temps à autre dans le désert pour^y retremper ses forces épuisées. Il remplaça son ami Sahak après sa mort, en qualité de patriarche, mais il ne lui survécut pas longtemps: il mourut en 'lil. — Voyez Gorinus, Vie de .)fesni/^, traduite par Welte ; Suk. Somal, Quadro délia storia letteraria di Armenia, Yen., 1829; Boré, Saint'JMxare, Yen., 1835, et l'article de Kessler, dans la Jleal- Eneykl. deHerzog, 2* édit., IX, p. 615 ss. Il existe un très ancien inanuscrit de la traduction delà Bible de Mesrob dans l'académie arménienne de Saint-I^zarc à Venise.

MEURER (Maurice) [180G-1 870], pasteur à Callenberg et rédacteur du Stet/isisrhes Kirrhen-u. Schulblall, exerça une certaine influence sur la marche de l'Eglise saxonne dans le sens du confessionalisme luthérien, auquel il se rattachait. Dans le monde littéraire, il est connu par son livre sur la Parammlique et sur VArcliiteclure ecclésiastique {Zum Kirckenbau), mais surtout par ses biographies des pères de la Réforme luthérienne, Luther, Catherine de Bora,Mélanehthon, Bugenhagen, etc.

MI(90H (l'abbé Jean-Hippolyte), littérateur religieux, né à La Roche- Fressangc (Corrèze), en 1806, mort en 1881, fit ses études au collège d'Angouléme et son cours de théologie au séminaire de Saint-Sulpiceà Paris. Il fonda, en 1830, une institution ecclésiastique qu'il abandonna en IH'io pour se livrer à la prédication. Il fit à Bordeaux, Angouléme, Périgueux, Paris, de nombreuses conférences qui ont été, pour la plupart, réunies eu volume. 11 accompagna M. de Saulcy en Orient, en IfêO et 1863, et devint chanoine honoraire d'Angouléme et de Bordeaux. Les nombreux écrits de l'abbé Michon embrassent la polémique religieuse, l'archéologie et une science nouvelle qu'il a appelée Gra^ phologie et qui a la prétention de deviner les caractères des personnes d'après leur écriture. En voici les principaux : 1" La femme et la famille dan$ le catholicisme, 1845; â° Apologie chrétienne au dix-neunième

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siècle, I8G3; 3" Vie de Jésus, 1865, 2 vol.; ¥ Statiatique mnmuw ntalf f/t' /a 6'/<ami^.', 1944-1848 ; 5^ Solution nouvelle de la qurstmnks deux saints, 18S2; 6* y*>tjnye religieux en Orient, 1831, i vol.; 7* Système de (juiphologie, 1875; une revue bimensuelle, Qrapkih logie, Uabbé Michon s'est défendu avec énergie et à plusieurs repiiiei d'être Tauteur des romans signés par Tabbé X... {le Maudit, le Rdigieuxy le Moine, le Jésuite, etc.), dont la paternité a été fort discutée. IDTHBA (Culte de) dans Tempire romain. — Depuis le xviii* siiele, ^ l'attention des archéologues s'est porti^'e sur un cert.iin nombre de ms* nnments Miirions, tromV'S en îtalit», en France, en Alleman^ie. en particulier. (lan«; remplacement des c uiijis romains du Danube et du Rhin et (jui otVrnipiit une inscription commune et un môme f^roupe de fiiTiires alléR<ai.iue>. Ou lit dans l'inscription : DEO SOLl ÎNVÏCTO MITHR.Ï on UKOMITUH.EETSOLÎ SUCKJ.ou ie> inifialesl). S. I.M et deux ou trois fois : NAMA SABASK). Quant au monu!!iPiitfs(tuv«Mit plicj^ontre deux sources, il repri'sente un antre ou une eutn'-r de caverne : un hniiinip, coiffé du bonnet phrygien et parfois affublé d'une ttMe de li«»n. vêtu de la tunique (xxvou;), du manteau flottant (/Xxuûç) et du pantalon serré àh cheville (svx^ûpi^e;) des Perses se tient» un genou ployé, sur la croupe é'oo taureau ({u'il a terrassé. Le héros a les yeux levés vers le del; delà maia gauche il a saisi le mufle ou la corne de Tanimal, et, de la droite, il lai enfonce un glaive au défaut de Tépaule. Le sang coule et un chien s'ilance pour happer les gouttes qui tombent de la blessure ; un serpent et un scorpion se trouvent sous le ventre du taureau. Cependant deux génies sont deboutde chaque côté ; l'un tient un flambeaurenversé, l'autre élevé; aux deux antrles supérieurs, le soleil et la lune, sous les traits d'un hemme à tète radiée et d'une tVuuue coiffée d'un croissant, contenipliMit le sacrilice et. entre eux lessig-nes du Zndiaque compb''t»^nt le taldeau.Ces derniers attributs iiidi(juent de prime abnrd une provenan<'e oripntaK\ à celui <jui connaît le caractère aslronomiipH' ilcs religiorv^ de la Clialdée et de la Phénicie. D'autre part les mots: Xai/in Snhnsio, qui siû'nifienl: « Honneur, louange ù Sabazius, » un des noms du Jupiter phrygien. etli présence, assez fréquente, de cyprès, arbres consacrés à Âtys, TApol* Ion phrygien, nous reportent vers l'Asie Mineure, « cette terre fertile en divinités, » comme l'a si bien nommée Renan. Enfin le nom de JtfirAM qui, signifie en zend, «lumière» et «amour,» désigne un des dieux supérieurs du Panthéon persique. D'après!' A vesta, Mithra est le preroieriles Izeds ou dieux bons, et, conçu comme le dieu de la lumière physiques! morale, il sert de médiateur entre Aouraniazda et les hommes; comme l'Hélios d'Honn'^re, il a mille oreilles et dix m file veux ; c'est le héros invinrihle qui chasse devant lui les ténèbres ; il est véridique et ne pcat être trniiipé; il est le défenseur des villes contre le pouvoir des tynns qui preuuciit la voie du breuf Tchenprcgatchalï, et il les immole n\ h^^ frappant à la ceinture de sa massue brillante et éternelle. Si îion> npproclions CCS indices du témoignage de Plufanjue ( T7e de Potn/if'' qui nous dit que les soldats romains apprirent à conuaîtrc le dieu Mithra lors de la campagne de Pompée contre les pirates de Cilicie ;70 av. J.-C etde Tétymologie des noms de plusieurs rois d'Arménie, Mithridate, Mithifr-

hariduc, qui sijjnilient don ou serviteur de .Vlithr.i , imus en conclurons <jno le culte auquel ces monuments ont servi est originaire de la Perse, et que e'estpar rArménie et l'Asie Mineure qu'il 8*est introduit dans l'empire ronuiD. Il dut d'abord être célébré en feeret, et ne se révéla par des monuments publics que sdus le règne de Trajan (vers 101 ap. J.-G.}. n atteignit sa plus grande vogue sous les Ântonins et sous l'empereur Commode qui fut un de ses adeptes ; c'est de cette époque que date Je Milkrxum qui était creusé dans les flancs du mont Gapitolin, et' d'où provient le beau marbre qui orne aujourd'hui la salle des Sai^o.is au musée du Louvre. 11 fut toléré à Rome jiiS(|u'au rèjçne de Valentinien II, qui lit ouvrir et saccaj^t^r l'antre de Mithra, par le préfet Gracchus (378) comme nous l apprcnd t-ainl Jérôme dans son Ejiitrc à Lirtn : « (rraccfni'i nnnnc s/)ecu}?i Mithr.r et omnia /wrtcufosa simulacra quibus (■ortn^fp'yj//iii.<,}ni/*'fi,/j('rses, /ledof/romns, /eo, pater imtiantur , mbvertit^ fre(jit,('xrnssi(.^> Mais il sul)sista ju^^iju'au cinquième siècle deTèrechrétieane ; à en juj^er par l àge d(;s monuments retrouvés dans les diverses provinces de l'empire, excepté la Grèce, l'Espagne et la Bretagne. — Y eat-il un culte public de Mithra? Aucun écrivain grec ou romain n'en fait mention expresse. Mais l'examen des monuments, dont plusieurs, p. e. ce* lai de Bourg Saint-Andéol (Ardèobe), occupaient une position apparente; la découverte d'inscriptions sur les temples, avec des ex-voto à Mithra, rendcQt le &it vraisemblable. Les fêtes avaient lieu aux équinoxes du piintemps et de l'automne et la plus grande, celle oùTon célébrait le jour de naissance de Mithra, coïncidait avec le solstice d'hiver. Ëlle a été conservée jusqu'à nos jours dans le calendrier persan sous son antique nom «le Mihrj^am (125 décembre). En outre, le seizième jour de chaque mois était consacré au héros de la lumière. Le culte consistait en sacrifices: on iuimnlait à Mithra des taureaux, et des victimes humaines dans les entrailles des([uelles l'hiérophante déchilIVait l'avenir, et M. T>{ijard pense même que les initiés recevaient un baptême de sang. Ces sacrilices cruels continuèrent en dépit d'une interdiction formelle d'Adrien ; l'empereur Commode se déshonora encore en immolant un homme au « héros invincible de la lumière. » Cependant, par l'action des édits impériaux et sous l'influence de TadoucisjBement des mœurs apporté par le christlanisnle, ces rites sanguinaires firent place A des offrandes pacifiques ; Justin Martyr et Tertullien nous racontent qu'on offrait à Mithra do pain et une coupe remplie d'eau, en l'accompagnant de certaines paroles mystiques. Les grandes fêtes étaient célébrées perdes festins, qui finirent par dégénérer en orgies, comme dansla plupart des cultes païens.' — Chose étran{?o ! nous sommes mieux renseifroés sur les rite? secrets que sur le culte public de Mithra. En etlct, par suite de la tendance qui portait les Romains de la décadence à chercher dans les rites des reli^nons orientales un stinnilant du patïauisme expirant, les mystères de .Mithra exercèrent un vit allrait sur l'aruïée, et c'est à l'arrivée de ces recrues qu'ils furent dotés d'une sorte de hiérarchie militaire. Le passage de saint Jérôme, cité plusjiaut et confirmé par les emblèmes retrouvés sur une foulede monuments, nous apprend qu'il y avait sept grades : celui de corbeau, grifTon, soldat, lion, perse, hélio-

droine, p(*"re ou paler patratus qui était le grade suprême. La promotion à chacun de ces grades se faisait dans des cérémonies spéciales qui portaient le nom de coracica, gryphica, /ecmlica, eic. ,oii le récipiendaire était revèlu d ua costume orné des attributs de ces divers animaux ou personnages. Toutes ces cérémonies avaient lieu au mois d avril : la hetiaea était célébrée le 16. jour consacré à Hithra. JPour obtenir cet grades, les adeptes étaient soiimis à une série d'épreuves physiques et morales, qui pouvaient durer jusqu'à quatre-vingts jours et allaient jusqu'à mettre la vie de l'initié en danger. Ces épreuves, donton voit de curieuses représentations sur plusieurs monuments, p. ex. ceux qui ont été trouvés aMawels('r\Toli etàlîeddernhcim (Nassau ', étaient en ^'énéral au nombre de douze, correspundiuil aux douze travaux d'IIereule et à la course du soleil par les douze bigiies du Zodiaque. Elles se terminaient par une ablution accompagnée d'un sceau sur le front et parfois d'une lustration ambulante par tout le quartier de la ville. Hais le rite le plus caractéristique est celui qui a été décrit par Tertullien dans le curieux passage du De coronâ : (chap. XV, m fitte) : « A^i'ubescite, commilitonet ejus, jam non ab ipso judicandi, ab aliquo Mithrse milite qui, cttm initiatur in spelaeo in castris vere tenebrarum, mrnnam interposito gladio sifjl ohlalam, quasi monumentum martyrti, drliinc capiti suo accomixlfit'un, iiionalur ohcia a capitc jiellcre, et in linnint um, si forte, transferre dicens MliliRAM ESSE CORU.NAM SUAM. » Ou devine déjà, par ce rite, quel était le côté austère, idéal et je dirai presque chevaleresque du culte de Mithra, élément bien conforme aux attributs de ce dieu qui, d'après VAvesta, sont la véracité, Famoor pur, la justice et la bonne foi dans les relations sociales. Nous savons, par Justin martyr et Tertullien, que les initiés do Mithra entendaient des discours exhortant à la pratique de la justice et qu'on leur donnait ensuite l'explication des symboles du Mi(lir;rum. — En même temps que le culte persique de Milhra, lors de sa propagation chez les Romains du premier au cinquième sièycle après J. -G., adoptait un système de grades et d'épreuves conforme à leur génie militaire, il emprunta aux antiques systèmes cosmogouiques de l'Inde et de la Ghaldée le dogme de la métempsycose et de la purification des Ames. C'est ce qui ressort avec évidence de l'examen des figures allégoriques gravées sur les monuments et de l'interprétation qu'en ont donnée plusieurs auteurs ou scoliastes grecs, entre autres Porphyre. L'antre de Mithra c'est l'image du monde, ouvrage du Démiurge qui est beau et séduisant par ses formes apparentes, ujais qui devient obscur et ténébreux pour qui veut y pénétrer par la réllexion. Le génie qui tient le flambeau abaissé représente la descente des Ames sur la terre, et le flambeau élevé est le symbole de leur ascension; ces emblèmes semblent être une réminiscence de la doctrine chaldéenne qui enseignait que les Ames descendent sur la terre par la porte de la lune, et entrent par le signe du Lion et qu'elles remontent au ciel par la porte du soleil, et passent par le signe du Verseau. Les deux li.;ures humaines, placées aux deux angles, conlirment cette hypollo se ; et c'est aussi là ce (ju'indique la présence du taureau. Cet animal, par ses cornes, nous fait songer à la

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lune (Phœbé) qui était censée présider à la naissance dos corps et des âmes ; et lui-même est le symbole de la génération dans la cosmogonie penane (Aboudad de TAvesta) et, par extension, de la bestialité et de la force brutale. Le cbien» le serpent et le scorpion, qui se partagent les forces vitales et génératrices du taureau, en léchant son sang, et en comprimant ses parties génitales, représentent les êtres qui sont asservis par les passions sensuelles. Les abeilles, au contraire, sont ieinbléme des àoies pures. Enfin, l'homme au bonnet phrygien, dominant le taureau, représente évidemment Mithra ; sa coiffure est un Jes embuâmes du soleil. Mais que signifie le sacrifice? autant qu'onen peut juger par l'analogie du dualisme m.izdéen, c'v<\ un des «''pisodes de 1,1 lutte d'Aouramazda contre Alirimana. Mithra, j'un dos chefs des Yazatas, le héros invincible de la luiuière, après une lonjxuo lutto, l'emportesur Aboudad et Tchongregatchah, le taureau géiu rateur ot dominateur, et il l'a saisi par une corne, signe de son pouvoir, il riiiimoleavec le glaive, symbole de la parole lumineuse et pénétrante, et il répand avec ton sang, la force génératrice dans le jrègne animal. Cependant, les âmes, nées de la lune et souillées' par leur contact avec les organes de la génération, sont affranchies, régénérées par ce sacrifice ; purifiées par une série d'épreuves, elles sont reconduites, à leur céleste patrie, par Mithra, le dieu bienfidsant et sauveur, le bon génie de la vérité et de la justice. — Si Ton pouvait encore douter du sens aUrunri(|ue de ce sacrifice, on on serait convaincu par l'examen du symiiole le plus secret du culte de Mithra, celui qui ne se trouve représenté sur aucun basrelief, je. veux })arlor d'une échelle à sept échelons, correï;pondant à sept portes de métal ditlV-rent : 1"' plomb, 2°étain, 3" Ter. -4" cuivre. .Valliat:e, C** argent, 7" or. Sur un monument seulement, relui do Schwarzerde (Alsace), ces degrés sont remplacés par sept autels, suniuuités de flammes. Le nombre sept indique assez qu'il s'a^^it des sept j»laut'tes des Gbaldéens. L'échelle est le symbole de l'ascension de l'àme, qui doit le purifier, en passant par la série de ces astres et au prix des épreuves les plus redoutables. — Il ressort de l'esquisse que nous avons tracée des mystères de Mithra, et du témoignage des Pères grées et latins, que plusieurs des rites mithriaques offraient une frappante ressemblance avec les sacrements du baptême et de Teucharistie. Justin martyr, et Tertullien l'attribuent à une ruse du diable, qui aurait voulu parodier les cérémonies du Christ afin d'induire les hommes en erreur. Sous cette explication, naïve en apparence, se cache une i lée juste ; les pères apologétes ne se trom[)aient pas en considérant le mithriacisme comme un adversaire du christianisme, adversaire d'autant plus redoutable qu'il se servait d'armes plus semblables à celles du Christ. L'empereur Junen.(jui, dès son enfance, avait voué un culte tout particulier au duni Soleil, et plus tard à Eleusis, s'était fait initier aux mystères de Déméter, confondus alors avec ceux de Bacchus et de .Mithra, institua des jeux magnifiques en l'honneur du « Soleil invincible » ; il donne à Mithra les attributs de dieu sauveur, élevant au ciel. En effet, rhonune, surtout aux époques de décadence, éprouve une soif ardente de régénération, d'aspirations idéales, de révélations sur

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les mystères de cette vie et la destinée d*outre-toniI)e ; or* le mithriaetsme, par son dogme de l'épuration ci de la renaissancn des âmes, satisfaisait en partie ces besoins : d'ailleurs, la hiôrarchio dos grades, les (''preuves dramatiques, la coiifrateniité qu'il établissait entre ses initiés devaient plaire aux suldats romains, avides de combats et d'émotions. Ainsi le culte de Mithra l'ut la dernière citadelle du polythéisme en Occident. — Et pourtant, malgré cet antagonisme, les analogies sont parfois telles entre les symboles des deux religions, qu'elles ont lait faire- d'étranges confusions aux archéologues. Par exemple, les « arcosolian sabaziens et iTiithriaques, qui se trouvent un peu au-dessous de la cataeombe de Saint- Prétextât (près Rome), ont été longtemps pris pour des sépultures chrétiennes. On y a const.it» l. s initiales caractéristiques S. D. I. M. De Ilanimrr a même cru recounailrt' des onililènics mitliriaqucs sur le baptistère dn ]*arme et <lans le Zodiaque figuré sur la cathédrale de Crémone; néanmoins, il est plus probable que ce sont là des symboles baphométiques, rapportés d'Orient à l'époque des Croisades. Mais l'exemple le plus remarquable du syncrétisme, qui opéra, surtout après Constantin, entre les divinités les fêtes et môme les idoles païennes et les objets du culte chrétien, nous est offert par la date adoptée pour la fête de Noël. On sait que c'est le pape Jules I'^'" (liJT-.'joS) qui fixa la célébration do la nativité de Jcsus-Ctirist au 2.> décembre; ruais la raison qu'on i^niore ^généralement, c'est qu'il voulait mettre un leruic à la ^Tande félc do la naissance de Mitbra {Ordis novi suiis invicti) ([nc les païens célébraient au solstice d hiver. Lud. Ricchieri, dans sa Natmta», invieH MUàrœ, confirme le fait en disant : « On ne peut rien imaginer qui représente mieux que le soleil la majesté du Christ, qui a la suprématie sur tout ce qui existe. C'est pourquoi nous avons assigné à la nativité du Seigneur le jour que lesma> thématiciens appellent le jour du Soleil. » — Quedevons-nous conclure de ces ressemblances entre les deux cultes mithriaque et chrétien ? Le temps n'est plus où l'on expliijuait tous les traits communs par des plagiats et par l'imposture des prêtres. La science moderne a mis hors de doute l'originalité et l'indépendance des cultes primitifs : II nous parait plus naturel de supposer que le mithriacismc et le christianisme, nés tous deux sous le ciel d'Orient et conçus par le génie de deux peuples, les Perses et les juifii, qui, pendant des siècles, avaient eu tant de points de contact, puisèrent ces éléments à une soarce commune. Plus tard, transporté on Occident par des pr^^tres chaldéens et par des missionnaires juifs et se trouvant en face des mômes besoins de régéucratidu morale et d'immortalité, ils ont pu aboutir h des rites et môme à des préceptes moraux similaires. — Et pourtant, malgré ces analogies, il y avait un abime entre le dogme de Mithra et TEvangilede Jésus. Le mithriacisme, en dernière analyse, se réduit au dualisme des principes mazdéens Aouramazda et Ahmina, entre lesquels il y a une mtte sans fin; l'Evangile, au contraire, repose sur la base immuable d« monothéisme, de l'univers créé et gouverné par un seul Dieu excellent et tout-puissant. Aux yeux des sectateurs de Mithra, le monde apparaissait oomme un antre obscur, où les âmes sonlfentEalnées par une métempsy-

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chose fatale et soumises à des «'^preuves perprturlles. Seul, Jésus-Christ, en révélant aux hommes le Dieu-Père et la liberté morale (ju'ils possèdent, à l'image de leur créateur; en leur apprenant qu'ils sont tous frères et destinés à la vie éternelle, leur a ouvert la perspective tl'un royaume céleste, où chacun trouvera le repos de ses travaux et verra triompher la paix et l'amour. Le sacrifice de Mithni n'enseignait que la supériorité de la lumière sur les ténèbres^ de la vérité et de la justicp sur le mensonge et la tyrannie; eelui du Christ, au Calvaire, nous a révélé le secret de la vraie rédemption et de l'amour vivifiant. Et voilà pourquoi des millions d'honnnes bénissent et béniront à jamais le nom du Christ, comme celui de leur sauveur; tandis que l'invincible Mithra dort oublié dans les salles de quelques musées! — Biim.kh.haphie : Outre les passages de Jérôme et de TerluUien cités dans le texte, et l'article Perse (Religions de la) dans Y L^ncyclopédie, consultez Justin martyr, Apologia, I, 5; 50. — IJinlnf/us ndc. Tri/j)lion., i 7()et 78 ; Tertuliien, Adversus Marcinnem, lib. I., cap. XIII; de Uaptismo, c;\i}. \ : de Pnrsrriptione h.t'n'fironiiii, cap. XI; Origène, Contra CeUitm, lih. \ I; Porphyre; de Antro Xympharum^ cap. XV-XXIV, de Absdnfniia, lib. IV, cap. VI ; Julien l'Apostat, Orationes IV « in ^olem » et V « m Matrem Deorum» ; Grégoire de l^ûxiemR, Orationes IlIetXXXIX et surtout les Cùmmentaim de Nonnus et d'Elias de Crète; Rhodiginus (Lud. Rieebieri), Anr/^Manim lectUmtm, lib. XVI,BAle et* Paris, 1S17-20; Mémoires de /'onaenne Académie des Inscriptions et Belles-lettres^ tome XVI; Afém. de Fréret; tomes XXXI, XXXVII et XXXIX; Mém, ' «l'Anquetrl-Duperron ; G. Kn utzer, Symbolik und Mt/ïholoi/ic, 2*^ édit. IH8I : Eichborn, De Beo sole Jnvicto 3A Mra (dans la Revue de la Société deGœttingue) ; de Sainle-Groiï, Hecherchesmr les mystères du paganiKmf, édit. Silvestre de Sacy, Paris, 1817 ; Zoëga, Abltnndlungen, etc., trad. Welcker, Go»ttingne, 1817 ;Orelli etFùesslin, Inscn'pdones ladthv (v. Çonioia, Eliac^, (Irylii, etc.). Zurich. 1828 : N. Millier, Mifhras, L ine Vf'n/li^ic/tn/ide UebersiclU der berii/imteren Mitlirisclien JJenkmxln\ W'ieshailen. 1833 ;J. de Hamunr, Mémoire sur le culte de M if h m, traduit par J. Spencer Smith, Paris et Caen, 1833; comte de Chirac, Catalogue du Musée de sculpture (Louvre;, Paris, 1841, 2" vol.; F. Lajard, Pbmehes pour servir à V introduction du euUe de Mithra, Psris, in-folio, 1847 ; Recherches sur le culte publie et les mystères de Mithra, Paris, in-â**, 1867 ; Àlfred Maury, article Mithriacisme dans l^ Encyclopédie moderne, tome XXI, Paris, 1850; R. Garruoci, Les Myttères du Syncrétisme phrygien dans les. catacombes y Paris, 1854, broch. in -4"; Victor Duruy, Histoire romaine. Règne de Constantin, Pari<, 1.SS2. G. Uo.neT-MaURY.

MŒRIKOFER (Jean-Charles) [ 1 7! IH- 1 876] , historien de la Suisse religieuse et littéraire, doyen à Frauenteld et pasteur à Gottiehen, puhlia une série d'ouvra'^.'s estimés, dont voici les j)rincipaux : Histoire de l<i littérature iuixse au dix-ltuitième siècle [iHitï)., Tableaux de la rie erelrsiastitjue m Suisse iiSCrlr, Biographie d'i lrirh Z/riuf/li ( 1862-1 8()9); Vie de J. J. lireilinger (1872). Les ouvra^^cs de Mœrikoter se distini;uent par la sobriété du style et une grande richesse de fuils puisés aux meilleures

MŒRIKOFER — MONOD

sources. Ils ont valu à leur auteur de nombreux témoignages d'estime et d'admiration.

KOIii (Guitlaume), prédicateur et historien néerlandais, né le 28 février 181S, h Dordrecht (Hollande méridionale), d*uné famille de commerçants, se distingua (l'abord par son goût pour la poésie et pour la musique, qui étaient alors très cultivées dans ?a villn natale. Après avoir pris part comme voluntain^ à la campaf^no do 1830 contre la Belgique, il fit ses »''tudes tb»''ol()<,q(jiios h î^eydp ot roinpurta le prix dans un C(jucûurs ouvert par la Faculté d<* théologie sur ce sujet : JJemuma sacra in ecclesia Prolvslanltum, ad exemplum veierum christianorum emendanda . Appelé en 1836 à desservir la paroisse de Vuarsclie (province d*Utrecht), il y donna la preuve que le christianisme était pour lui une vie en, avec et pour Dieu, plutôt qu'un concept dogma- ' tique, ct y entreprit des études approfondies sur l'archéologie, ou mieux l'histoire delà société et de la vie chrétienne. La publication du premier volume de son livre sur In Vif rrclesia<;t{que r/m r/irt-ficm dans les six premiers si f'rfrs]\n va! ut coup sur coup une vocation pastorale à Arnhera IHio) et sa nomination couinif professeur do théologie à 1' a Athenœum illustre» d'Amsterdam. Outre les cours d'histoire ecclésiastique, exégèse et dogmatiqut , il fut encore chargé des foncions de eoneianator Alhenm et prêcha, pendant vingt-six ans, à Tédification de tous. Cette multiple charge n'interrompit point ses investigations sur la vie religieuse en Néerlaiido, surtout aux quatorzième, quinzième et seizième siècles ; en 185"). il fut associé par son ancien professeur de Loyde Kist. qui avait (Taltord méconnu son talent d'historien, h la publication di^s . Archives historico-ecclésiasiiijues jt et élu niemlire de l'Acadéniie royale des Sciences (section des lettres). D autre part, il collaborait activement au.x «Etudes et contributions de théologie historique » [Stndien en Bijdragen) du professeur de Hoop Schepper ; au « Calendrier pour les protestants de NéerlandCj etc. Lors de la transformation de l'Athénée en Université communale d'Amsterdam il fut chargé du discours inaugural (octobre 1817), mais ses forces baissaient sensiblement et il s'éteignit après une courte maladie, le ir> août 18711. Tandi- que Kist avait été un archéologue et un érudil. Moil chercha surt-ait à mettre en ndiof le rôle moral, social et vivifiant du christianisme dans l'histoire, et il a fait école dans ce sens aux Pays-lias. On a de lui : Histoire de la vie ecclésiastique des chrétiens dans les six premiers sièclee, 2 vol., Amsterdam, 1844-46; 2* éd., Leyde, 1855-37; Angelut Merultt, le réformateur ei le martyr de la foi, Amsterdam, 1851 ; Jean Brugman et la Vie religieuse de nos pères au quinzième siècle^ % vol., Amsterdam, 1854; Histoire erclësiastique de la Néerlande, avant la fiéfonuatinn, H vol., .'Vrnhem-U trecht, 1864-71. BoNET-MArRY.

MONOD (Horace . le plus jeune de? huit fils du |>asteur Joui MoiirHl. naquit à Paris, le 20 janvier 1814. Ses aptitudes pour les mathématiques semblaient ouvrir devant lui la carrière des sciences, mais uue vocation bien déterminée le porta vers le ministèi*e évangélique. Ses études théologiques, commencées à Lausanne, s*achevèrent à Strasbourg où il soutint sa thèse. De cette période de préparation intellectuelle et

MOiNOD — MOiNTAKDON

religieuse, il rapportait une orthodoxie ferme, mais sans étroitesse, comme sa foi, et qui, en lui, ne fut jamais séparée de la vie chrétienne. L^Eglise de Marseille l'appela comme suffragant en t838 ; quatre ans après, à l'âge de 28 ans, il s'était acquis des droits si nombreux à la confiance et à l'affection de sa paroisse et de ses collègues, que le consistoire le nomma président. Pendant quarante années, Horace Monod a accompli, dans la môme église, son (riivn^ pastorale avec une activité, un dévouement inlatiguahlos, s'elTorçant tout d'abord de conquérir aux doctrines et à la vie chrétionnes ses paroissiens qui, avant son arrivée, ''taient imbus d'idées rationalistes. Napoléon Roussel et Armand Delille, un moment ses rollègues, avaient, les premiers, depuis de longues aunées, lait entendre au sem de l'Eglise de Marseille, une prédication évangélique. Le ministère d'Horace Monod fut abondamment béni et il eut la joie de trouver, dans les collègues qui vinrent successivement partager avec lui la responsabilité pastorale, des collaborateurs animés des mêmes pensées. Son exemple, ses relations avec les membres du troupeau exercèrent une influence sérieuse qu'il ne cessa d'affermir par une prédication remarquable. Il ne possédait ni l'éloquence magistrale de soD frère Adolphe, ni la vigueur de son autre frère, Frédéric, mais sa parole pleine d'onction et de gravité, avait un charme pénétrant. Ses discours, vrais modèles de sobriété religieuse et d'exposition didactique, 'Paient soigneusement préparés, écrits et mémorisés. Horace Monod a ! lissé liuit Volumes de tS'^rmons où presque tous les sujets de la chaire chrétienne sont traités avec une grande solidité de pensée et une rare pureté de style, et où le dogme et la morale s'allient duns une sage combinaison sans prédominer l'un sur l'autre. — La vie et le ministère de ce fidèle serviteur de Dieu, qui dépensait ses forces sans compter, s'achevèrent par une maladie longue et douloureuse; il mourut à l'âge de 67 ans, le 13 juillet 1881. En outre de ses fermons, publiés par laSociété deTouiouse, Horace Monod a écrit diverses poésies, la plupart inédites, et donné plusieurs traductions d'ouvrages anglais dont les principales sont : le Commentaire de Hodge sur l'Epttre aux Romains et le Dernier jour de lu Passion de W. Hanna.

MONTANDOli (Auguste- Laurent), né à Glermont-Ferrand, en 1803, mort à Paris en 1876. Après avoir achevé ses études en théologie à Genève, il fut nommé pasteur à Luneray et appelé, en 1832, comme pa?tt'ur adjoint à Paris. En celte qualité, il était chargé de l'éeole du 'iiuiauche de l'Oratoire, la seule qui existAt alors, de la surveillance de toutes les écoles primaires, de tous les liùpilau.v et hospices de Paris, du cours de catécliuméuul d r té. Pendant [)liis de (juaranle ans, il s'est coosacré à son ministère avec un rare dévouement. Montandon excellait ém l'art de mettre l'Evangile à la portée des enfants. Ses Hécitê de r Ancien et du Nouveau Teitamenl,^ destinés à être mis entre les mains des élèves, et ses Etudes, rédigées en vue des moniteurs, fruit des expérienees qu'il a lÎBÛtes comme directeur de l'école du dimanche, ont eu un grand nombre d'éditions. Montandon prit en même temps une part des plus actives aux travaux de diverses de nos sociétés religieuses, en particulier de ia Société biblique, à laquelle il a rendu, notamment pendant

MONTANDOiN — MOliALi: INDÊPENDAiNTE

la crise qu'a sM?citôo la question des nouvelles versions, les services les plus si<îiialt'S. Ôrthofli>.\p, quant à ses opinion-; doprmatiques, il ^tait libéral en nialièrr (>ci lt''siasti(|n<' : aussi n'csl-ci' qu'en IHtiO qu'il fut nommé pasteur titulaire. Travailleur inlaligable, soutirant san-i se plaindre des divisions que l'esprit de parti avait créécsauseinderEglise de Paris, Mootandon sut se foire respecter par Tindépendaiice de son earactèresi droit et si sûr et par une inébranlable fidélité à ses croyances évangéliques et à ses convictions libérales, que rehaussaient encore une exquise modestie ot une bonhomie pleine d'amabilité.

MÛNTET (Joseph), thérdo^ncn. né en i7!>() à Milliau (Aveyron). fit ses études à Lausanne, puis à (lenève, où il fut rern licencié on théologie en 4813. aprèsavoir soutenu des thèses sur r.iuthenticité du nouveaii te^itament et sur le mensonge {Disputatio theol. de autlientia Uhrovum JV. T., Genevœ, 1813, 4°.) En 1814 il est nommé pasteur à Réaluionl (Tarn), puis à Tonneins ; en 1825 il est chargé de l'enseignement de Tbistoire ecclésiastique à la foculté de Montauban, dont il devint le doyen en 4835. Il fut mis assez brusquement à la retraite en 1865, et reçut à cette occasion les témoignage les plus flatteurs des étudiantl anciens et nouveaux qui l'avaient connu. Montet est mort le :2 i février 1878 à l'âge de 88 ans, après une courte maladie; il était aveu <;le depuis deux ans, mais était demeuré en pleine possession de toutes ses l'acultt-s. Esprit libéral, rempli de bon sens et d'impartialité, l'ancien doyen de Montauban a laissé parmi tous ceux qui l'ont approché le souvenir vivant de sa bienveillance et de sa bonté.

MORALE INDÉPENDANTE. — I. Apbbçu histouqub. Le 6 août 4865, dans la cour des Miracles, à Paris, naquit un journal hebdomadaire dont le titre devait avoir un certain retentissement. Dès son apparition, It Jiforrrfr indépendante eut le privilège d'attirer de nombreuses sympathies et d'ardentes criti(}ue5. Son programme était très simple : la morale est in(lé[»endante de toutes les théories métaphysiques ou rpligieuses, de toutes les doctrines rationnelles ou révélées. A quelque Dieu que 1 un croie, de quelque manière qu'on l'adore, on a, en sa qualité d'homme, des devoirs invariables également obligatoires. Brahma ou Jéhova, Ju* piter ou le Christ, Zoroastre ou Mahomet, réclament de leurs fidèles des croyances et des pratiques différentes ; mais la société impose à tous les hommes,. au nom du devoir, les mêmes prescriptions. La morale, qui doil être universelle, est compromise par son alliance avec des doctrines infiniment variables. La conscience est une loi primordiale fondée sur notre nature même et non sur une loi dérivée, ayant son principe dans les opinions de tel peuple ou de telle époque sur les rapports de l'homme avec le créateur inaccessible des choses. — La doctrine énoncée danses programme n*était que Texpression d*un mouvement qui, depuis long-' temps, se préparait en silence. Malgré le rapprochement qui s*était opéré, dans renseignement officiel en France, entre la philosophie et la religion, grâce à la convention tacite de garder le silence sur les points divergents, il s'était produit dans beaucoup d'esprits un travail considérable de sép.inititiii entre la scienceet la foi. En l'absence des discussieiis politiques, dans le silence forcé de la tribune et de la presse qui avait

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suivi le coup d'Etat de 1B52, la curiosité publique s'était portée sur les questions religieuses, Tl est vrai que c'était l'histoire des reliprlons, de leurs oriirincs, de leurs fondateurs, de leurs premiers développeim iits, qui ji[v<)« ru|Kiit les esprits, plutôt que les prnldèmes de psyclu)lo}fie religieuse. De plus, en France, grâce à l'iniluence prépondérante ducatho- Uetsme, les rapports de la morale et de la religion devaient forcément être mal compris» et les esprits préparésau divorce par une religion dont les dogmes et le culte n'intéressent guère la morale, et dont la morale elle-m/^me ne consiste qu'en règles de casuistique ou en préceptes arbitraires de dévotion. Ajoutons enfin que le goût de notre siècle pour les sciences expérimentnles devait inspirer à nos contemporains le désir de ramener la morale à la même métliod*^, en rompant les attaches qui l'unissaient aux prétendues srienres spéculatives. Le terrain était d'ailleurs admirablement préparé par le positivisme, qui entendait briser à tout jamais avec les hypothèses et les chimères d*un monde suprasen- «ible. — Aussi bien estnsede ce côté que le journal reçut les plus cbaleureuses adhésions. Les écrivains de la Morale indépendante ne forment pas une école compacte, leur programme et leur lien d'association étant parement négatifs. Us n'ont point formulé de système. C'est dans de courts articlt's de journal, et le plus souvent de polémique, qu'il faut chercher leurs idées, Kn y regardant de plus près, il n'est pas difficile (le démêler parmi eux des {groupes assez divers. Les fondateurs du recueil, MM, Fréd. Morin, Jules Barni, Henri Brisson, Alex. Massol, etc., céder nier surtout, après avoir déclaré qu'ils observeraient, vis-à vis de la religion séparée delà morale une neutralité respectueuse, ne purent guère tenir leur promesse ; leur hostilité apparaît sous des traits de moins en moins déguisés. A eux se rattachent les docteurs Félix Voisin et Guépin de Nantes, connus par leur attadiement au saint-siraonisme et à la franc-maçonnerie. M"'" Coignet occupe une place ;\ part. Elle a écrit un volume sur la 3fornff îndt'pcndnntn, édité par la librairie Germer Baillière (Paris, i808). dans lequel elle clierche à réunir en corps de doctrine les principes auxquels se rattache s(m parti ; elle déclare formellement ne pas vouloir rompre avec la religion. MM. Yacherot et Renouvier, le premier dans ses S»sai9 de critique^ sa Métlmphy^ique et sa BeUgnUf le second dans sa Seieneede la morale^ gardent aussi leur physionomie distincte. M. Yacherot, dont Tidéalisme spéculatif se rapproche tant du panthéisme, a dédaré que si l'on viMilait à toute force conserver lesqnoptions de métaphysique dans la morale, il faudrait les maintenir, non à la base, mais au son)met de celte science {Essais de criti'jue, p. î64),etM. Renouvier accepte des postulats dans la morale, non pas comme nécessaires en théorie, mais comme bons en pratique et propres à 'soumettre les passions au devoir [Science de la morale^ p. 174). Enfin, psr Littré, l'école de la morale indépendante se rattache au positivisme pur, et par M. Laurent Pichat à la démocratie radicale. — An milieu de ces adhésions si nombreuses et fi variées, l'école de la morale indépendante a été comlmttuc par des adversaires bien différents. M. A. Goéroult, dans une série d'articles insérés dans Y Opinion nationale (1865-1866}, a protesté hautement cpntre la possibilité d'affranchir la

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morale «les liyp"thè>ps philosopliiqups et rfligioiises qui expliquant «C€ moniont iinpcrccptilile compris entre la naissaiH-o et la mort qui u"apas on liii-nn^mc sa raison d'cHre. Il l'autque l'hommo, par lo» consolations inductivcs <le Ja religion, puisse disposer de l'éternité, des existences multiples, de l'épreuve et de rinitiation progressive pour réparer les injustices du temps. » Un autre libre penseur, M. Patrice Larroque, déiste convaincu et fécond, consent à affranchir la morale des religions prétendues révélées, mais il la croit indissolublement liée à la pure religion naturelle. Il reproche à la morale indépendante de se priver de l'appui que lui oHVe la rni«on qui nou<; fait concevoir le bien obligatoire comme la loi de la vie humaine, et Dieu comme le principe de cette loi, la vie future comme sa sanction. — En même temps que ces protestations, parties du camp de la libre pensée, s'élevait dans la chaire de Notre-Dame, la voix du père Hyacinthe, qui consacra ses conférences de TÂvent 1865 à combattre la nouvelle hérésie. Il lui fit l'honnear d'en discuter les principes avec sang-froid et impartialité, ce qui n*est pas l'habitude des théologiens de son culte ; il appelait au secours de la foi la religion naturelle et tous les systèmes de métaphysique qui ont couronné à leur manière l'édifice de la morale par une théodicée. V. Cousin, assis au l)anc d'œuvre à cnîé de l an lievéque de Paris, se voyiit l'objet d'avances llatleuses. après l'avoir été si longtemps d'intolérantes poursuites. A coté des conférences de Notre-Dame se placent celles qu'a faites, avec un grand succès, M. le pasteur Bersier à Genève, en 1869, devant un auditoire d'hommes très considérable : ni les unes ni les autres n*ont été imprimées en entier. MM. Ernest Naville et Charles Seecétan. dans la Dihliothhque universelle (décembre 1866) et dans la Rew» chrétienne (avril 1866) ont consacré an mouvement qui nous occupe fîe? études importantes. Deux assemblées, le congrès des sciences sociales réuni à Berne en ISCm. et celui de ralliance évi'ni^éliijue à Amsterdam, en i8(i7, ont discuté la thèse de la morale in(lé[)endaute, ainsi que les conférences pastorales de Paris en 18G8 (voyez le rapport de M. iàkbcrt, et le compte rendu du Protestant libéral^ 30 avril et 7 mai 1868), et celles de Strasbourg en 1870 (voyez le rapport du signataire de eeta^ ticle, dont on reproduit ici la majeure partie). Nous signalerons encore la thèse de M. Douniergue, Le positivisme et la morale indf*pendante, Montaub., I8CÎ). et celle de M. Fa ges, jfftf ai sur la Morale indépendante, Sirash.. 1870. — L'L'niversité n'est pas restée muette. Dèsledébut. M.Garo, prnfesseur de philosophie à la Surljoniie, a consacré une série de leçons à combattre les principes de cette école, et la Revue des cours raires (1867-1868, u*»» 4, 8, 9 et iO) en a publié des fragments considérables. L'Académie des sciences morales et politiques a mis It question au concours. Enfin, la franc-maçonnerie s*en est occupa ^ son tour. On sait que les francs-maçons, désireux de s'appuyer tiif ce qui unit les hommes et d'écarter ce qui les divise, admettent pende principes philosophiques ou religieux : ils avaient proclamé, cepend^nl. comme jadis la Convention, l'existence de l'Etre suprême, c'est-à-dire 'H leur style de marons, le Grand Architecte de l'univers. En 186(j, a" scaudaic de quelques-uns, des loges ont demandé, au uom de la loiti-

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nnee et par respect pour la liberté de coDscience individaelle, de supprimer laffirination de l'existence de Dieu et de rimmortalité de Tàme.

Ce seraient là encore, suivant les auteurs de la motion, drs dogmes qui divisent; une seule chose unit, c'est la morale, la morale indépendante. El l'un des chefs de cette école, M. Massol, fut porté comme concurrent du trt'néral Mellinet, candidat à la c^ande maîtrise. Le général fut élu, la perioiHie do M. Massol écartée, mais le principe qu'il représentait fut en partie reconnu, et la franc-maconnerie, modifiant sons antique forniulo, déclara qu'elle continuait de croire en Dieu, mais qu'elle n'olili^^f^iit pas ses membres h partager cette croyance. — La guerre «le 1870-71 mit fm •pour quelque temps aux controverses suscitées par l'école de la morale indépendante. Le problème s'est posé avec une importance nouvelle depuis que la démocratie républicaine, victorieuse des partisans de Fancien régime et de la réaction connue sous le nom d' « ordre moral^ » s'efforce d'appliquer à rorganisation de l'Etat, et en particulier à la réforme de l'enseignement, les idées mises en circulation par le groupe des penseurs que nous venons de caractériser. L'Etat a-t-il une morale distincte des morales religieuses ou confessionnelles, et, si oui, peut-il, doit-il l'enseigner dans ses écoles laïcisées ? Dp vifs débats ont eu lieu sur cette question dans les deux Chambres (18S()), et la clarté n'est pas, en général, lo mérite des arguments ijui. de part et d'autre ,ont été apportés à la tribune. Mentionnons aussi le remar(juabie rapport présenté par M. Janet au Conseil supérieur de l'instruction publiriue idécembre 1880) sur l'enseignement de la n\oralf. (ju'il entend couronner par l'exposé de nos devoirs envers Dieu, dont la justice donne à la loi morale son indispensable sanction. — A l'occasion des ouvrages de morale publiés par l'école positiviste et par l'école évolutionniste de Herbert Spencer, de nombreux et remarquables travaux ont enrichi notre littérature. Nous ne signalerons que les études de M. Garo, dans son livre sur la Morale sociale (1876), celles de M. Fouillée, dans la Bévue de$Jkux Mondes (septembre 1880), celles de M. Beaussire, dans le Mémoire présenté à l'Académie des BcienGes morales et politiques (juin 1881), qui, le premier, pour éviter une confusion trop répandue, a distingué d'une manière fort heureuse la morale laïque de la morale indépendante. Du reste, aujourd'hui, la plupart dos partisans de ce système déclarent carrément, avec MM. Paul ' Bert [Discours prononce au Cirr/ue (riùvcr, le 3 seploiiibre 1881 ; ot Berthelot,!7?ei*«e politique et lUtéraire <lu :2I janvier 1882), que la religion, loin d'être née» ssaire au développement moral de l'homme, lui est contraire et nuisible, de sorte que <' plus on s'éloigne de la religion, plus on »e rapproche de la morale. » En Allemagne, la question a cLé traitée également avec le soin et la pénétration qui distinguent nos voisins. Parmi les nombreuses dissertations sur cette matière, nous ne citerons que celle de J. Kœstlin, Religion u, SiUlichkeil, dans les Studien ti. Kritilen, 1870, H. 1 . — Un mot encore au si^et des antécédents du mouvement que nous étudions. Kant est cité fréquemment comme l'ancêtre de la morale indépendante ; maisTécole, avertie par un juste instinct, ne veut pas procéder de lui. D'une part, en effet, Kant a montré déjà que le principe de Tobligation est absolu, que la base de la morale est dans la cons-

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cience Imniaino, l'iuitorité da devoir, étant souveraino, ne dépend d'aucune crainte, d'aucune espérance, et s'exerce par un commandement immédiat. Toutefois, d'autre part, il a voulu si peu séparer la morale de la religion, que c'est précisément parla morale qu'il prétend arriver & la religion. L'ordre moral ayant besoin d'une sanction, postule Dieu, souverain juge et rémunérateur. Nous croyons que l'arrruin' ntation assex extérieure par laquelle Kant a justifié ce postulat est très insuffisante, et nous coiMpreiions qu'elle n'ait point convaincu les adeptes do la morale indépendante, ijui trouvent, d'ailleurs, ([u'il y a encore chez lui beaucoup trop de métaphysique. — C'est bien plutôt Proudhoii qui doit être considéré comme le père de la morale indépendante : en tous cas, il ena été le théoricien Iç plus conséquent. Dans son livre De la justice dam la Rinoluîùm et dans V Eglise^ il a développé ses vues avec une fermeté, une verve, une intrépidité de logique qui ont produit une vive sensation. Le journal de la Morale iniépenihinip 8 novembre 1868) a cité, en y adhérant sans réserve, une lettre de Proudhon dans laquelle il conclut à la mort de la relio^ion et st» félicite de ce que l'humanité est en train de se dél)arrasser (l'un mysticisuieénervaut aux ins[>iratioiis duquel elle n'a que trop longleuips nhéi : Toujours notre conscience prononcera en dernier ressort sur la sagesse des lois divines, toujours elle aspirera à faire le bien par sa propre vertu, en sorte que la religiou nouvelle pe^ fectionnée, au lieu de créer, comme autrefois, entre Dieu et l'homme un rapport dt; subordination, de soumission, de rédemption, en créera un de simple justice comniutative, de droit riSciproque, d'égalité. » Ce qui, soit dit entre parenthèse, est difficile à comprendre, Dieu n'étant pluscon» servé (jiic connue synonyme de l'idéal, comme li eatég^orie de rah>olu dépourvue de toute réalité. Ce qui suit est plus clair. « Il n'y aura plus de latrie, plus d'adoration, plusde culte; nous sommes en jdcine justice: l'hypothèse d'uue religion de progrès se trouve.réduite à zéro. Toute autorité prétendue divine devant désormais r^ever de la conscience, c'est l'homme qui est le vrai Dieu, c'est l'homme qu'il fiiudrait adorer. » Si le principe du droit est en Dieu, c'est l'arbitraire qui nous domine, et l'srbitraire, c'est la violence, c'est l'oppression, c'est l'immoralité. Si l'idée religieuse intervient dans la morale, elle la souille. « Les sociétés, sous cette influence, sont destinées à pourrir vivantes comme l'enfant scrofuleux. » Nous c(unKiiâ<:ons luaiu tenant les origines de notre école : nous allons en exposer les principes.

II. Exposition des principes. Le premier et le principal grief de cette école eontre l'intervention de la religion dans le domaine de la monk est celui même qu'invoquait Proudhon : la personnalité de l'homme ss trouve compromise. Si l'homme a au-dessus de lui une personnalité qui le domine, dont il dépend, qui agit sur lui et lui coniiiiuuique ses forces, sa propre personnalité est une chimère ; elle ne subsiste pas par elle-même. C'en est fait de salilierté, de sa dignité, de sa responsabilité': de sa liberté, car elle se heurte à chaque instant à latoute-puissance divine et à son intervention dans les allaires humaines ; de sa dijxnité, (pii est réduite à néant, riiomme étant condamné à puiser toute force dans un autre ; de sa responsabilité, ni le bien, ni le mal qu'il lait ne pouvant lui être

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. imputé, l'un étant refTel do l'action de Dieu pf l'autre dnvant élro attrihné suit à Satan, soit à unn disponsation providontioUo indt'pnuiante de la volonté de riioninie. Colui-ci est un instruiiirnt passif, un jouet complaisant entre les fuains de la Divinité. La terre et le cœur liuuiuin eo particulier sotet le théâtre d'an drame dont les véritables acteurs sont des puissances invisibles et transcendantes. La personnalité de rhomme» sa liberté, sa dignité, sa responsabilité ne sont que des apparences, de vaincs; illusions. Ce n'est donc pas dans la religion qu'il convient de chercher la hase de la morale : celle-ci n'est autre que le sentiment individuel du droit qui constitue la personnalité et d'oÎL découle le devdir, c'esf-à-dirc le droit reconnu en autrui. Le droit, pour la morale indépendante, n'est ni une couceptiou de la rai>im universelle, ni une loi extérieure de la nature : c'est le fait humain par excellence, rhonime libre. « En se saisissant lui-même en tant que cause, en se reconnaissant comme tel, l'homme revêt dans la nature une dignité et une grandeur uniques ; il ne peut plus servir de moyen La liberté

morale constitue l'invii^IaMIité de la personne humaine ; elle constitue le droit individuel, droit que la nature ignore, elle qui va à ses fîn-ï par le sacrifice permanent des individu? à rfusemhle. Or, le droit implique le devoir comme une autre face de la liberté; le droit, en effet, étant inviolable de sa nature, implique l'obligation du respect de cette inviolabilité » (Coignel, Marale indep.,^. 59). — La morale a d'ailleurs sur la religion d*aatres avantages. Rien de plus évident que la loi morale, rien de plus clair et de plus saisissable à tous que* son' langage. Or, l'objet de la morale qui est certain, comment pourrait-il dépendre de Tobjet de la religion qui est incertain, vague, 'qui se perd dans les nuages et dans les abstractions, qui, pour le moins, demande un effort pour être fixé et se dérobe h nous d^s que nous croyons le saisir? Par cela même qu'il est livré à l'incertitude, r(d>jef de la religion est arbitraire. Or, rien de plus fAcheux en uu)rale (|ue l'arbitraire. Dès que vous y soumettez le bien, il n'est plus. Du moment que le bien dépend de la volonté de Dieu, qu'il est lié aux commandements, aux pré* ceptes d'un Dieu que chacun fait à son image, il n*a plus aucune base dans la conscience morale. A la loi naturelle inscrite dans le cœur de l'homme viendra se substituer la loi arbitraire du prêtre. Vous aures une morale de pratiques conventionnelles, dVeuvres pies, de cérémonies (pii <lé{ia>senl la justice sans la réaliser, et remplacent les devoirs véritables par des devoirs factices, la perfection huuuuiie])ar une perfection surnaturelle, La vie luimaintiest ainsi travestie, faussée, et les forces vives de l'âme, détournées de leur véritable but, s'absorbent et s'épuisent dans la poursuite d'un idéal chimérique. — Il y a, suivant les défenseurs de la morale indépendante, une autre incompatibilité encore entre la morale et la religion. Le but de la première est tout pratique, celui de la seconde tout idéaliste; tandis que la morale nous pousse à l'action, la religion entretient en nous le besoin de • contemplation, la curiosité oiseuse, l'esprit spéculatif: elle développe et surexcite l'imagination au détriment de la volonté; elle fait dériver vers les vaines spéculations ou les rêveries creuses des forces et un temps

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qui pourraient être plus utilement oiiiployés d'une autre manière. — Les croyances nuHaphysiqucs et rdijjjii uses n'intéressent ti ailleurs pas directement la morale, et, dès lors, n'exercent pas sur elle une influence sensible. 11 n'y a pas entre notre vie intellectuelle ou sentimentale et notre vie pratique la correspondance intime que Ton suppose. [On peut fort bien être athée en religion et mener nne vie parfiiitement honnête, tandis que l'orthodoxie ne donne pas nécessairement un brevet d'honnêteté. Il y a dans tous les partis des honnêtes gens et des fripons. Dans notre propre vie môme, nous pouvons facilement démêler des inconséquences du interne genre. Les doctrines que nous |)rofessons n'influent pas néce^isaircment sur notro confiuito ot sont parfois en contra<liction flajjranle avec elle. — Voici maintenant une autre série de considérations. Lu conscience morale est souveraine dans son domaine : elle n'apas besoin d'un appui et d'une sanction supérieurs. Quelle autorité plus haute voudries-vous? U n'en existe aucune. Au nom de quelle loi supérieure à celle même du bien voulez-vous commander à l'homme? Nul autre mobile n i plus de force et no nous oblige davanfage. Si voue ajoutez quelque chose à l'autorité de la loi morale^ vous l'afl^aiblissez, vous eu amoindrissez la suprême majesté. Elle apporte d'ailleurs sa sanction avec elle-même. Le sentiment de bion-ètreou de malais»^ qu'elle produit en nous, suivant que nous l'observons ou que nous la transgressons, est cette sanction. U nous avertit que nous sommes dans Tordre ou dans le désordre, et cela est pleinement suffisant. Le méchant est assez puni d*être malheureux, et le vertueux trouve dans la vertu sa récompense même : tout autre châtiment, toute autre récompense sont dérisoires au prix de ceu.v qu'apporte une conscience troublée ou satisfaite. — Vous parlez de la nécessité d'une lumière et d'une force supérieun^s et étrangères à celles que possède naturellement la conscience. Mais cette lumière, d'où la»tirera-t-plle ? rhatjue fois que vous l'interrogez sans parti pris, elle vous répondra avic une clarté et une netteté qui ne laissent rien à désirer. Ceux-là seuls sont trompés qui veulent l'être ; ceux-là seuls errent qui ^ trouvent leur iâtérét. Sans doute, il y a les erreurs, les préjugés séculaires, il y a l'éducation, le milieu social qui troublent la lumière de la conscience ; mais le moyen de dissiper ces ténèbres, ce n'est pas d'y ajouter de nouvelles, c'est de travailler, par l'instruction, par la diffusion des idées justes et des principes sains, à les faire disparaître. De même, dès que la morale brille d'un pur éclat, elle n"a pas besoin d'une force étrangère pour se fain^ obéir. Li conscience ne nous éclaire pas seulement, elle nous réchauffe aussi; la vue du bien nous donne du courage, nous inspire de la conliance, nous retrempe et nous remplit d'enthousiasme. La morale a, sous ce rapport, un grand avantage sur la religion. Elle s'appuie non sur une passion, mais sur un principe, non sur l'amour, mais sur la justice. .M. Vacherot a développé avec force cette idée. « Quelle différence, s'écrie-t-il, entre la justice de l'Evangile fondée sur un sentiment et la justice moderne a^-i>e sur un principe! L';\me chrétienne connidt la charité et pratique le dévouement, l'abné^Mtiou, l'humilité, la hoiité, toutes les vertus douces et sublimes qui découlent de Tamour. La cua-

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scienee moderne coonattia justice, c'^st-à-dire le respect de la personne humaine, principe de tout devoir et de tout droit... Nul sentiment, si beau, si pur, si fort qu'il soit, ne vaut un principe quand il s*agit de guider la

conscience humaine » {La religion, p. 427). L'amour est d 'ailleurs un mobile moins désintéressé ([^ue la justice. Je dois faire le bien parce, qu'il est le bien, et non par amour pour celui qui le veut et l'institue. Jamais la inorale n'lit:it'iise n'a su se maintenir à cotte hauteur; elle a toujours attaché île 1 importance à des mobiles moins purs; elle fléchit et déchoit forcément, non seulement en faisant intervenir l'amour et Tobéissance envers l'auteur du bien, mais encore en ouvrant les perspectives ravissantes ou terrifiantes du monde futur. Elle a beau protester de son désintéressement : la crainte de Tenfer et Tespoir des félicités célestes, voilà quels seront toujours ses vrais mobiles. C'est l'intérêt bien entendu qui. dans le meilleur cas, ^idera les hommes, et parfois niAme ce sera l'orgueil spirituel. En renonçant au mal pour survre le bien, ils enfetideiit laire un placement très productif sur l'/'t' iii il'" : les léjrors sacrifices qu'ils feront ici-bas leur seront amplement cuini)ensés lù-liaut. Et puis, n'y a t-il pas une sorte de volupté enivrante à se dire que Ton sera du petit nombre des élus qui participeront à la résurrection et qui occuperont les sièges d'honneur auprès du trône de l'Agneau ? — Mais ce n'est pas tout. Inférieure quant aui mobiles à la morale indépendante, la morale religieuse l'est aussi quant ù son universalité. En y regardant de près, on trouve que les variations de la conscience morale sont surtout causées par la diversité des doirmes. et c'est un motif principal pour l'eu affranchir. P«mrquoi jusqu'à ce jour tant de morales différentes, pourquoi ces variations qui ont fait dire au scrpticisme de Pascal : «Trois degrés d'élévation du pôle renversent toute la jurisprudence. Un méridien décide de la vérité; le droit a ses époques. L'entrée de Saturne au Lion nous marque l'origine d'un tel crime. Plaisante justice qu'une rivière borne ! Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà ! » La réponse est bien simple. Jusqu'à ce jour, en tout temps et en tout pays, la morale s'est trouvée placée sous la domination de In religion. Or. tandis que la loi morale est universelle, en tant que fondée dans la nature liumaine et par coiisétpieHt aj^jplicable à tous les boulines sans e.\ceptii)n, le? conce|)tions religieuses sont essentiellement différentes. Elles portent l'empreinte du génie, des préoccupations, des besoins particuliers à chaque race. Insistant sur ces traits particuliers comme essentiels, elles négligent ou faussent nécessairement les données générales et communes à tous les hommes. Au lieu d'unir, elles divisent. De plus, si la morale découle du dogme et y est indissolublement liée, il s'ensuit de toute nécessité qu'il faut imposer le dogme. L'Etat ayant à sauvegarder la morale sociale, et celle-ci dépendant du dogme, l'Etat d-vra octroyerc'3 dernier, l'incubjucr à tous ses membres, ou du moins protéger et favoriser telle religion à l'exclusion tm au détriment de toutes les autres. L'I^tat se fera théologien, directeur des consciences et persécuteur. N'est-ce pas au nom de la morale qu'on a extirpé Iç poison de l'hérésie ; n'est-ce pas pour des raisons d'ordre social que Ton a conclu des concordats? L'intolérancCi le fanatisme :

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telles soDt les inévitables conséquences de la morale religieuse, et alors même qu'elle ne produit pas fatalement ces fruits, ce n'est que par "une de inconséquences généreuses auxquell*^s nliéit sans le savoir la natiirp huiiiîiino, ou parco que la force des choses en suspend niomontanémeut los etlcls. — Enlîn, il y a une raison souveraine qui conseille l'émancipatiun de la morale. La religion s'en va, elle entraînera la morale dans sa chate, si Ton ne ae h&te pas d*aocomplir la séparation. Déjà, de toute part, le divorce entre la société moderne et les religions est sur le point de se consommer ; les Eglises sont marquées du signe de la décrépitude ; les iidèles rejettent les dogmes qui choquent leur raison et délaissent dos sanctuaires où rien ne parle plus à leur conscience. H;\tez-vous de sauver la morale de co naulrac^o do la foi. Si vous vous obstinez à les river ensemble et à en associer les destinées, vous exposerez bientôt la morale aux mômes répugnances, au même abandon auxquels la religion déjà se voit condamnée. Vous perpétuerez de funestes malentendus, et vous préparerez à l'avenir des périls qui compromettront tous les progrès de l'humanité, et que la science la plus habile sera impuissante à conjurer. L'heure est solennelle, *le danger imminent ; déjà la marée montante du matérialisme menace de submerger les plages du domaine moral. C'est la conscience qu'il faut sauver, et vous ne la sauverez qu'en séparant sa cause, qui est inunortelle, de la cause ou jugée déjà uu du moins gravement cçmpromis>e de la religion.

m. Jugement CHiTiQUB. Nous venons d'exposer aussi brièvement que possible les principes de la morale indépendante. On nous rendra la justice de n*en avoir amoindri ni l'expression ni la portée. Pour être aussi impartial que possible, et pour donner à cette exposition un caractère entiè^ rement objectif, nous avons ajourné, au risque de quelques répétitions, toute remarque critique. Il nous a paru utile de ne pas délier le faisreau d'objections (|uc l'école présente contre l'intervention de la religion dans la morale, et de conserver, par cette vue d'ensemlde, à l'ar^'umentalion qu elle dirige contre nous, toute sa force. Nous sommes d'autant plus libres maintenant de soumettre cette théorie à l'examen critique qu'elle provoque. Et d'abord proclamons-le bien hautement : Oui, la loi morale est universelle et également obligatoire pour tous. Elle est ins* crite dans la conscience de chaque homme. « Le devoir, a dit excellemment M. Secrétan, fait intime attesté par un sentiment, ne se d ' luit de rien, il n'est le corollaire d'aucun système, d'aucune croyance, d aucune opinion. Le catholique, le païen, le déiste également soumis à la loi morale se sentent également obligés. Dans toutes les opinions, il y a des gens qui s'ellorcent de pratiquer le devoir tel qu'ils le compreunent, et d'autres qui y regardent de moins près. Relativement à la loi morsle, la distinction n'est pas entre les croyants et les incrédules, mais entre les honnêtes gens et les drôles » {Revue ehrétiennef XIII, p. 194). L* religion ne produit pas la loi morale, mais elle l'explique en lui donnant pour origine Dieu et pour swction la vie future. Sans doute, jusqu'à un certain point, et l'expérience est là pour l'attester, l'Iioinnio peut couuaitre les lois morales qui lui sont imposées, sans en conoaitre

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l'auteur et le juge : mais cette connaissance, par cela même, restera TBgae et imparikite ; saDB elle, la science morale n'est pas complète. Aussi longtemps que vous ignorez dV>ù vous vient cette loi, pour quel bat elle vous a été donnée, par quels moyens son auteur entend la ftire observer, à quelle fin générale elle doit tendre, l'idéal moral sera pâle et vacillant, privé à la fois de lumière et de force. D'ailleura, si Ton étudie de près l'origine du fait de l'obligation, on ne tarde pas à 8*apercpvoir qu'il faut le placer plus haut que l'homme. En affirmant que l'obligation est le commandement de soi-même à soi-même, l'école que nous combat ton place la source de la loi morale dans la raison. Mais l'observation montre que Toblii^ation est autre chose (jue le conuiiandemeijtde la raison à la volonté. La raison peut bien nous indiquer ce qu'il est avantageux de faire, mais elle ne nous impose pas la nécessité de le faire. On dénalure le lait mural en disant que conscience et raison ne sont qu'une seule et mènic chose. Pareillement la source de l'obligation n*est pas dans la volonté. « Gomment puis-jç vouloir une loi ? dit excellemment M, Janet. Une loi qui résulte de la volonté du sujet, ne peut être que subjective et contingente. Elle n*est pas, je la fais. D'o& il suit que, fût-elle universelle, son universalité ne résultant que de ma volonté, est accidentelle i> [Histoire de la phUoiophie monde, II, p. o:2fr. — La source de l'obligation n'est pas davantage dans la société ou dans la loi de la solidarité qui lie les hommes les uns aut autres. Le législateur peut bien, au nom do l'intérêt social, ordonner raccomplisseuient et punir la transgression de certains devoirs qui concernent la vie publique, niais le domaine intérieur de l'intention lui échappe absolument. Ue iiicnie le moraliste pourra dire à riionime (ju'rn considération des rapports qu'il entretient forcément avec ses semblables, il se trouvera mieux en modérant son égoïsme qu'en lui donnant pleine carrière. Mais qui ne voit que c'est là une base bien fragile pour la moralité ; car, dans ce système, l'individu conserve toujours la liberté de chercher i satisfaire son intérêt d'une autre manière que par la voie des conces*sioDs ; bien souvent, la passion lui perauadera de prendra un chemin plus courti et de fouler aux pieds les droits de ses semblables. Ce n'est que lonque l'homme se sent, dans sa conscience, obligé vis-A-vis de Dieu, dont la volonté souveraine détermine toute sa vie comme elle domine toute la société, que l'obligation morale prend le caractèra de l'absolu. — Mais ce n'est pas le principe absolu seulement, c'est aussi le véritable but qui manque à la moralité isolée de la rehgion ; elle doute constamment de la possibilité de l'atteindre. Car ce but, ne l'oublions pas, c'est la perfection individuelle, sans doute, mais c'est aussi 1^ rèene du bien dans le monde. Or, ce rt'gne dépend de circonstances et de conditions qu'il n'est au pouvoir de personne de prévoir et de réaliser sûrement. En lace des redoutables entraves (}ue les passions humaines, non moins que les forces aveugles de la nature, opposent à ce triomphe, on ne comprend que trop la résignation morne dans laquelle les meilleurs esprits 'finissent par se plonger. Qui les blAmera de prendra, de guerra lasse, leur parti des maux inévitables, et de se soumettra à la réalité firtale qu'il n'est pas en leur pouvoir de changer?

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Dans les luttes quotidiennes de la vie, aux prisrs avec des obstacles sans cesse renaissants, l'honane, privé des secours et des espérances de la religion. nVst que trop disposé à se découraf^rr : son sens moral s'éiuousse ; il n'a pas la force persistante et la patience héroïque que donne la toi, qui nous élève au-dessus des vicissitudes de ce monde jusqu'à son Auteur, seul capable d*en triompher. En particulier, dans Thypothèse de Tanéantissement des personnes aprës la mort, quel démenti la nature ne donAe-t>elle pas à la coascience ? La conscience nous ordonne de travailler sans cesse à faire le bien et à réaliser la justice ; la nature détruit sans cesse lo bien dans le sujet et dans l'objet et condamne fous nos cfTorls. et nos vertus, et nos justices et nos bonheurs à une iriviuédiable v.inité. Comment voulezvous que la conscience ne chancelle pas dans sa toi en elle-même? L'obligation au bien n'aurait pas de sens, si laccomplissement du bien n*a^t pas pour but la réalisation du bien suprême, rachèvement harmonieux de la nature spirituelle de Thomme et de l'univers que Dieu seul peut amener. — En y regardant de près, on voit que la théorie de la morale indépendante repose sur une erreur : elle confond le fait moral de l'obligation qui est invariable (fais le bien), avec la science morale qui est vari;ible iqu'est-rp que lel)ien?\ Ijti loi du bien ne varie ])as; ce qui varie ce sont les dclinitions que nous donnons de la nature du bien, et c'est ce qui explique les variations du témoignage de la conscience. La nature du bien dépend de nos idées sur Dieu, le monde, notre destinée. Nous envisageons autrement le bien suivant Fidée que nous nous foisons de Dieu, du milieu oii nous sommes placés, de la tâche qui nous est imposée. Notre conduite pratique en dépend pareillement. Nos rapports avec nos semblables sont déterminés par l'idée que nous nous fîiisons d*eux et de nos devoirs réciproques. Il y a là place pour des divergences, des progrès, des obscurcissements qui varient à l'infini. C'est bien à tort que l'on ne viîut pas voir l'intluence considérable que les doctrines exercent sur la volonté. Une certaine manière habituelle de i>cnser, une direction constante donnée à notre pensée exerce une action importante sur notre vie. Un progrès daps les idées amène tl'ordinaire un progrès correspondant dans les mœurs. L'histoire est là pour le démontrer. Toujours les doctrines religieuses et métaphysiques ont modifié la morale. Chaque religion a eu sa morale. On nous dtc les athées moraux et les croyants immoraux; mais oîi n'y a-t-il pas des inconséquences? C'est bien ici le cas de dire que l'exception justilie la rt^gle. Personne ne situtiendra que le croyant est immoral et que l'atbée est moral à cause de leur doctrine. Il sera plus juste de dire (jue, par suite d'une de ces inconséquences qui se rencontrent si fréquemment dans rhomme, leur doctrine n'exerce pas sur leur conduite l'influence que l'on attendrait. Il n'est pas possible d'isoler la conscience ou la volonté de la pensée et de séquestrer violemment une partie de l'organisme humain. Ce serait rompre l'unité de notre être et condamner nos foeultés à un isolement stérile. — Si l'homme .est religieux, il faut que sa religituiait quelque rapport avec sa coiuluite. Tout revient donc à ceci : rhomuic est-il un être religieux; a-t-il besoin de religion; est-il capable

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de l'avoir: possôde-t-il raptitude religieuse? A-t-i! une issue ouverte sur rinfini, sur le monde invisil»l<^ ; peut-il conin»uni<)uer avec Dieu? C'est à la psyrhol()pit' de r»Maltlir, et tout le monde comprendra quo ce serait , sortir de notre sujet que d'aborder ici ce problème. La psychologie dira (pie c'est mutiler Tétre humaiii que de supprimer la (acuité religieuse, qu^ la personnalité de l'homme» loin d'être comprimée ou anéantie» est, au contraire, fortifiée et raffermie, lorsqu'elle entre en rapport avec Dieu. La religion est si peu contraire à la liberté, que l'homme n'arrive à la vraie liberté, c'estrà-dire à l'affranchissement du joug du pt^^hé et de Tégo'isme, que par la religion. Elle est si peu contraire à sa dignité, que la vraie dignité de l liounne consiste précisrmnnt dans son caractère d éniant de Uieu. Kilo dt'truit si pou sa responsabilitt', (ju'clle l'augmente et la double pour ainsi- dire eu mettant à sa disposition les lumières et les forces mêmes de Dieu. — Vous dites que la religion est •tout au plus bonne pour consoler l'homme : mais s'il ne trouve pas de consolation ailleurs, c'est donc que la religion est nécessaire. La morale est impuissante à consoler : grave aveu, et qu'il est bon de retenir. « En face du <rrand et mélancolique inconnu qui s'ouvre devant nous avec la mort, dit M'"*' Coignet, il n'est pas <1»^f(^ndu à l'homme de conserver l'espérance, et même sur ce fragile tondomonl d'édifier un monde invisible, où sa soif inexlinguil)l(' de vie, d'inteiligt'nco, do justice et de bonheur trouve une réalité inépuisable... L'àme religieuse doit revenir aux procédés na'ifs des premiers âges, au culte intérieur... Dieu est pour Vème pieuse l'idéal animé dans lequel les tendresses ezpanstves du cœur se confondent avec les commandements austères de la conscience. » {Morale indépendante, p. 176-178). Seulement prenez-y garde, si Dieu n'est qu'une abstraction à laquelle notre cour prête vie pourquelques instants, et si pour le trouver il faut les procédés naïfs des premiers âges, il est plus que probable qu'il ne réussira pas à consoler ceux de no» contemporains précisément qui en auraient le plus besoin. — Ou oppose l'incertitude des faits de l'ordre religieux à la certitude des liûts de l'ordre moral. Nous ne saurions admettre cette manière de poser la question. Ce n'est pas le degré, c'est la nature de la certitude qui diffère. Chacune de nos facultés a, pour les faits qui relèvent d'elle, un genre de certitude différent. Pour le matérialiste les faits de l'ordre moral sont tout aussi peu certains que ceux de l'ordre reli* pieux, parce qu'il néglige l'organe qui lui aiderait ;\ les percevoir. L'homme religieux (|ui, par une sorte d'intuition, jette un re^'ard dans le monde invisible, arrive, pour k's objets (ju'il y contemple, à un degré de certitude tout aussi considérable que celui qui observe les faits de conscience. Nous répondrons à ceux qui ne voient que confusion et incertitude dans les doctrines religieuses : c'est le sens qui vous manque ou plutét vous n'aves pas encore su le découvrir, et dès lors vous n'êtes pas plus propre & apprécier ces doctrines et à les juger que l'aveugle ne l'est des couleurs et le sourd des sons. — Le mobile religieux, dit-on, n'est pas le mobile le plus élevé auquel l'homme puisse obt'ir. Il doit faire le bien pour le bien et non par d'autres considéralious Ia justice qui repose sur uue idée est un mobile bien autrement puis-

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saot que l'ainour qui n*e8t qu'uu sentiment. Mais d'abord il ne convieot pas d'opposer, comme on le fait, la justice à Tamour et de reprocher à l'EvaDgile de ne pas reposer sur la justice. Il est mi que la justice dooi

parle .1''^ us-Christ e«tc«lle qui vient de Dieu, c'est-à-dire l'idéal même (le la justictset de la sainteté, et non la justice imparfaite que pratiquent les hommes. Mais quoique fond»^ sur la plus haute justice, l'Evanirile ne la duiine pas pour mobile à l'Ame cliri''tieniie. II y sulistitue Tiuiiour qui seul nous rend rapaMes d'accoiuplir la loi murale. Ce que rhunmie ne produira jamais, lorsqu'il se place au point de vue de sou droit, Vamour le lui inspirera : c'est à lui que rhumanité est redevable des plus beaux salifiées, des dévouement les plus héroïques. Pour combattre régoisme qui est une passion, il faut lui opposer une autre passion, Tamour de Dieu, et non pas une idée.abstraite. La vue du bien ne suffit pas ; si elle nous remplit d'enthousiasmOi oUo nous humilie aussi et nous décourag-e, en nous montrant la dislance qui nous sépare et les obsta- • des qui s'opposent à sa réalisation. II ne suliit pas de connaître le de- "voir. il faut encore l'aimer. « Privée de Dieu, la con.-icie.iicc cliatirelle et se trouhle, parce qu'elle se trouve à clia(|ue instant contredite par le spectacle du monde et par les voix tumultueuses de nos iuLérèls el de nos passions. L'histoire et rexpérience de tous les jours sont là pour atCéster «pie rien n*a été plus souvent contesté ou nié que le devoir : entre ]b conscience qui commande le renoncement et le sacrifice au nom du devoir, et lesintérMs et les passions qui notts persuadent de sacriHer uns idée abstraite et lointaine h une jouissance certaine et immédiate, la partie ne saurait être cigale. Il faut aux su^^Ljestions de la passion ou de riiitérôt un contrepoids plus puissant et plus efiicice qu'une idée abstraite » (A. de Gasparin). Le mobile religieu.v d ailleurs n'est nullement un mobile intéressé, comme on le prétend. Qu il y ait des hommes pieux qui obéissent à la crainte des chitiments ou au désir des récompenses, des hommes que la .terreur de Tenfer ou Tespoir de la félicité eékste retient du mal et pousse au bien, cela est possible, mais ce os sont pas les plus religieux. L'bomme vraiment religieux, celui qui, dsns toutes ses actions, se laisse jçuider par l'amour de Dieu et par la reconnaissance pour les bienfaits dont il lui est redevable, aime Dieu pour lui-ujéme, comme le bien suprême et lu source de tous les autres liiens; dans cettecomniunion d'amour avec Dieu, il ne craint plus de chàtiim ut, il ne désire point de récompense. Être avec Dieu est sa plus haute n compeuse, être loin de lui, son plus dur châtiment. Etant avee Dieu, il Ait naturellement le bien, et cela d'une manière infiniment plus inteUigentSi plus efficace et plus constante que celui qui est ^ivé de cette lumiireat de cette force. Que l'on cesse donc enfin de représenter le chrétien comme cédant à d'aussi grossiers mobiles (jue la peur de l'enfer ou l'espoir des joies du paradis! — On objecte l importance exagérée que Thomme religieux est exposé à attribuer aux pratiques religieuses (}iii lui feront négliger les devoirs moraux. Une pareille tentation est possible sans doute pour celui qui s'arrête à mi-chemin dans la voie qui conduit à ia vraie piété ou plutôt qui a déjà commencé à en dévier. Lea pratiques religieuses» les exerâces ascétiques ont uns certain* valeur pédagogique :

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lia doivent nxciter, nourrir, entrotonir lo licntiinent rpli{?ieu.\. Mnis, quelle que soit leur utilité, ils sont un njoyen et non If but. i»ut, c'est l'arlivité morale, la pratique de nos devoirs pour Jaquêllc la religion nous rend vraiment capables. Loin doncd'ètre l'ennemie du devoir, k pratique religieuse noas le facilite. — La morale indépendante affirme fa*e]i dehors d'elle la persécution doit régner sur k terre. La morale dépendant du dogme et étant nécessaire à la société, il en résulterait logiquement que la société a le droit, le doToir jnéme d'exterminer les hérétiques. Mais cette aftirnmtion repose sur une faussé conception de* rapports entre la reli'^ion et la société civile. Sans doute Talliance des reli«rions établies et de la morale se présente souvent sons des f«)rmes telles que. des esprits généreux ont pu être tentés de prol«'sler, mais cela ne prouve rien contre le principe. D'après nos idées modernes, l'Etat est gardien de k morak publique, nullement de k religion ; il nel'impose pas, donc il n^est pas nécessairement intolérant. G*est encore trop fi'il rinserive à son budget et entoure de marques d'honneur ses représentants, car krelig^'on n'a point besoin de sa protection, et elle aurait tout à gagner en échangeant le régime de la liberté contre celui de la tutelle administrative. On reconnaît de plus en plus aujourd'hui que les convictions religieuses ne doivent plus faire partie de la mise sociale et que le citoyen, pour jouir do la plénitude de ses droits, n'a pas besoin de justilier de certaines conditions religieuses. On reconnaît que le nom .de Dieu ne devrait pins inteirenir dans la législation et que des actes, teb que le serment, disparaîtront certainement, car il» constituent une Tfiritable atteinte à la liberté de conscience. Le tempo n'est pas ékigné où nnl n'admirera plus les souverains qni, avant d'entreprendre une gœrre injuste, adressent des requêtes pienses au Dieu des armées, ni ceux qui s'empressent de faire chanter un Te Dcum le lendemain d'un 18 brumaire on de quelque heureux plébiscite : car l'Etat n'a pas le droit de pénétrer dans le for intérieur et de disposer de nos sentiments religieux; il doit se Ixjrner à veiller à la conservation de nos droits et de nos intérêts. — On pourrait enfin, quittant kdéfenaive ot prenant l'offensive, montrer qae k morale indépendant» ne possède même pas cette unité tant vantée qu'elle oppose à k diversité des morales rdigieuses. En effet, depuis quinze ans, le nombre des ttomles indépendantes n'a cessé de s'aceroltie. Chacune d'elles repose sur des principes qui ont besoin de définitions, parce qu'ils sonè auscoplibles de mille interprétations diverses. « Tu dois te respecter, » dit l'un ; « conserve ta liberté, » dit l'autre; (1 lues homme, reste homme, » enseigne un troisième; « réalise ton uléal; 19 « agis conformément à ta dignité; » « soumets tes sentiments égoïstes aux sentiments altruistes, » et ainsi de suite. Mais ces mots, ridéal, la dignité, la liberté, ont besoin d'être expliqués. On ne peutdé-> dnire le devoir de k liberté, car la liberté est une condition de Tordra moral, mais elle n'en est pas le principe producteur. L'idéai à réaliser, quel est-il? k dignité, en quoi consiste-t-elk? 11 n'est pas vrai que tous les hommes aient de leur dignité le même sentiment. En général, le bien n'est pas une science expérimentale. 11 n'est pas ce qui est, mais ce qui doit être, et ce qui doit être est en rapport direct avec notre nature,

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notre destinée, notre place dans le monde. L'idt'e du bien, nous 1 avons déjà dit. se transforme et se puriiie avec celle que nous nous faisons de notre avrnir et de Dieu. Si la lui morale est une, il y a plusieurs sciences morales. Il y a la morale des latins, des grecs, des juifs, des chrétiens, des catholiques, des protestants : en d'autres termes, le développement et le progrès de la science morale se faitsous Tinfluence des idées religieuses et métaphysiques. — Ëniin, il ne serait pas difficile de montrer, comme l'a fait M. Secrétan, que la morale indépendante plonge elle-même jusqu'au cou dans la métaphysique, et qu'elle est idéaliste sans le savoir. Elle fait d/n-ouler le devoir du droit et le droit d*»m fait mal formulé : riiomme est un tHre libre et responsable c'est-à-dire inie personne, de là le sentiment de sa dignité, du respect qu'il porte à lui-môme. Mais qu'est-ce qu'une personne, d*où vient son droit, en quoi consiste sa liberté? Questions mystérieuses et ardues qni' nous transportent en plein dans le domaine de la métaphysique. — Il est temps de conclure. Le nom que s'est donné l'école dont nous étudions la tendance renferme une équivoque : ce n'est pas morale indépendante, mais morale isolée qu'elle aurait dû insrrin- sur son drapeau. Tous nous reconnaissons qui' le fait de rohliixalion morale est indépendant, mair^ nous nions qu'il puisse être isolé d'autres faits. Il n'existe point de. système de morale indépendante, mais un simple programme. L'école ({ui l'a rédigé procède d'une double pensée, l'une juste, l'autre erronée. Elle a raison de proclamer que la loi morale est inhérente à l'homme et que le fait de Tobligation, absolu, et universel, est indépendant de toutes les opinions philosophiques et de toutes les croyances religieuses. Sa doctrine est la meilleure réfiilation du matérialisme théorique et pratique. Elle a donné un démenti f' -latant à la plus ftiu' ^ie des écoles, celle qui enseigne que la couscionce n a pas d'cxisltMire propre, (pie le devoir n existe pas rn dehors du dogujc. (jue la murale est une inventu)n de la religion. Mais elle a tort de séparer la morale de la reli^'ion : ce serait mutiler l'homme et condamner ses diverses facultés à un isolement stérile. Si l'homme est un être religieux, il est érident que ses sentiments religieux doivent exercer une influence» sur sa conduite morale. — Les faits ont montré d'ailleurs que l'école de la morale indépendante n'a pu observer^ vis-à-vis de la religion, l'attitude de neutralité qu'annonçait son pro^'-rafïramme. Elle incline de pla> fn plus vers le positivisme, avec lequel elle tend à 'se confondre. Ses représentants les plus autorisés ne se bornent pas à atliruier (jue la reli-iT'H est indiU'érente pour la moralité; ils nient que l'on puisse rien Citnstater de certain dans le domaine religieux. C'est ce qu'a excellemment montré M. Fouillée dans une page que Ton nous permettra de citer : « On ne saurait demeurer dans la position intermédiaire et instable qu'ont prise les partisans de la morale indépendante. Ces derniers sont ou des positivistes inconséquents ou des kantiens inconscients ; dan;? tous les cas, ce sont ries méi iphysiciens sans le savoir. Vainement déclarent-ils emprunter aux positivistes leur méthode. Cidle-ri consiste dans l'entière alistinence de certaines (jucstions relatives;! l'ori^Mue. à l'essence et à la lin des choses : c'est une sorte dcjcùne métaphysique. L'iioinffl*

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Tondrait savoir ce qu'est eo soi ]o bien auquel on lui ordonne de sacrifier tout le reste, le mal auqùel on lui proscrit do préférer la doulour et la mort mf^iiH-: le positivisme Ini dôtV'rid, ([uolque forte que soit la tentation, de toucher à l'arliro do la sionco du hion et du mal. Les partisans de la morale indépendante acx:eptoiit d'aliord cette dél'onsc; mais, voyant sur le sol des fruits détachés, ils les ramassent en enlevant l'écorce, les prétendant indépendants de l'arbre Ini-môme, et s'en nourrissent. Loi morale, obligation, liberté morale, inviolabilité, respect absolu de la personne, droits et devoirs proprement dits : autant de firuits défendus pour un positiviste conséquent ; si on veut continuer de s'en nourrir, au moins faut-il reconnaître franchement d'où ils viennent; si on veut, au contraire (chose bien diflicile, sinon impossible), priver l'esprit de ^ cette nourriture niétaphvîiique, il faut les rejeter avec la même franchise. Le seul morito dos partisans do la morale indépciiiianto, c'est d'avoir contribué ;\ tourner l attcntion du public vers ces j^'ravos problèmes et aussi d'avoir achevé de mettre hors de doute l'indépendance de la morale à l'égard de toute théologie, mais ils n*ont nullement démontré son indépendance à l'égard des croyances métaphysiques. » Le mouvement que nous étudions n'aura pas été sans résultat, s'il nous apprend à mieux comprendre le lien intime qui unit la morale ot la religion, et à constater que la morale séparée de la religion est vouée à l'impuissance, tandis que la relifrion péparée de la morale devient le plus dan- 'gerou.x instrument de porvorsion. La tîicho de notre époque est, non de sacrifier le «logme, expnîssion lé'^itime du senliiuenl roliî.;ieux, à la morale, mais de relever dans chaque dogme le coté par lequel il intéresse la morale. En nous y appliquant, nous contribuerons efficacement au renouvellement si nécessaire de la dogmatique et nous jetterons les bases de la véritable apologétique. Dans le domaine politique, par contre, il convient de ne pas mêler les questions de morale sociale, qui regardent l'ordre public, aux problèmes religieux qui relëventde la conscience individuelle. — Le christianisme prouve sa supériorité sur les antres religions en ce qu'il proclame l'union étroite do la religion et de la iiioralo dans le (bunaiiie do la conscience. Bien avant l'écolo de MM. Massol et Brisson, il a affirmé l'indépendance du fait del'obligation morale. On n'a qu'à relire la parabole du Juif sauvé par le bon .Samaritain, et ces paroles que saint Paul écrivait aux Romains : « Quand les gentils, qui n'ont point la loi, font naturellement les choses qui sont de la loi, n'ayant point de loi, ils sont loi à eux-mêmes, et ils montrent par là que l'œuvre de la loi est écrite dans le cœur, leur conscience leur rendant témoignage, et leurs pensées s'accusant bu s'excusant entre elles » (Rom. ÎF. li et 1." . D'autre part, jamais l'impuissance de l'homme à accomplir la loi sans le secours de la religion n'a étô proclamée plus énergiquemont que par l'Evangile, témoin les enseignements que snggfereà Jésus la rencontre avec le jeune homme riche (Matth. XIX, 46-96], et jamais le dégoût qu'excite la vue de la religion séparée de la OQorale n'a été exprimé en termes plus incisifs que dans les paroles indignées que Jésus adresse aux pharisiens (Matth. XXIir. Enfin, comme s'il avait voulu, par avance, protester contre l'union adultère de

MORALE INDÉPENDANTE

ta r^igion et de la politique et assurer leur srparation radicale dans le domalTie de la loi, le Maître iwus a recommandé dr rendre à César ce qui eslà César et à Dieu ce (jui est à Dieu iMatth. XXII, il . — Ce ijui * pousse beiiucoup d'esprits dans l«"s ranjfs de la morale indépendante, pour ne pas dire dans le matérialisme et dans l'athéisme, c'est l'attitude des représentants officiels de la religion. Quand les hommes de notre temps voient le clergé ^ jaloux de maintenir une autorité qni lui échappe, se cantonner dans ses prétendus privilèges, défendre ou ressusciter les formes d'un autre Age et s'attacher à tout ce qu'il y a de plus extérieur dans la religion, peut-on s'étonner de leur répugnance et de leur mauvais vouloir à l'endroit de la piété ? (Vest ainsi que s'établit ce divorce grandissant entre la société et l'Eglise que <juei(jues-uns constatent avec etTroi et dont le plus grand nombre iiialln urcu^ement n'est que trop disposé à prendre son parti comme d'une nécessité inévitable. 11 y a là, dans tous les cas, un sérieux avertissement pour fous eeux auxquels 1^ triomphe de l'Evangile tient à cœur. Sans partager entièrement les idées de Rothe qui veut que TEglise se confonde avec l*Etat et soit peu à peu absorbée par lui, et en pensant au contraire que, pour pouvoir agir efficacement sur l'Etat, l'iilghse devra toujours, en ce qui concerne son organisation visible »>t son mode de recrutement, rester tlistincte de lui, nous estimons que Uothe a mille lois raison, lorsqu'il demande que la religion reprenne son caractère laïque. En efFel, nos devoirs de cbrélioiis sont si peu en opposition avec les devoirs de notre vocation terrestre, que Ton pourrait même dire qu'ils se confondent avec eux. La religion ne remplit son but que lorsqu'elle fait de nous de bons pères de ikmille, de bons ouvriers, - de bons citoyens. Elle n'a pas besoin de tenir des forces en réserve pour je ne sais quelles vertus, quelle perfection surnaturelles. Le domaine de l'activité reli'^'ieuse et de l'activité morale est le môme : c'est-à-dire notre activité tout entière doit être à la fois morale et religieuse. — Que dans 1' Eglise romaine les vrais rapjtorts entrell religion et la morale soient mécr)nnus, cela n'a rien d'étonnant. Lo catholicisme est conséquent avec son principe, qui est de tout sacrifier à la gloire de l'Egiise visible et de «es représentants; sa rupture avee le monde est logique, et l'anatbème (jue le Syllabus de 1864 Jance ih société moderne dénote, dans son erreur, un courage qui n'est pis fans grandeur. Mais que dire des vieilles ornières dans lesquelles le protestsAtisme se traîne péniblement et des obstacles qu'il ne cesse de poser au réveil des conseiences? Aurons-n(»us la force de rompre avec des traditions séculaires et de répudier nn héritage funeste? La voie dans la(|iie!N> iimi? devrtjus marcher est toute tracée. Il faut débarrasser l'Evangile de îfMitce qui le défigure, de tout ce qui paralyse son action sur le monde. La rencontre entre Jésus-Gbrist et Tàme humaine doit se taire d'une manière directe et personnelle. Que le pasteur, que l'Egiise, en tant qu'institution visible, avec ses rites et ses symboles, s'effaoe de plus eo plus! Que la Parole de Dieu frappe d aplomb la conscience, et (|ue chacun soit mis en demeure, par un régime franchement libéral, «le s'intéresser directement aux problèmes religieux ! Ne cherchons point pour i'Evaugile d'appuis extérieurs; ne nous adressons pas pour ie

MOHALl. L\DLl»fc:.\DAATE — ^NÉCESSITÉ 727

défcndrp ou pour le propager au pouvoir civil; ne meudions pas 60 M fav<'iir <lt's hoiiuours et des privilè}<es torrestros. Plus la religion apparaîtra ilaiH son aiifrusto majesté, déltarrassér de Uni> les appareils d'emprunt <|ui i'rappent les yeux, plus elle sera puissante sur les con- •deDces. C'est là une vérité attestée par l'histoire et par l'expérience iodtTidaelle. Aussi voudrions-nous, en finissant, répÂer cette parole prononcée naguèrsaucongrësde Berne et qui résume en queli|ae sorte la pensée développée dans ces pages : « Séparez au plus tôt la religion de rEtat et ne sépares jamais la monde de la religion ! »

F. LlCHTBNBEBGER.

NÉCESSITÉ. La nécessité est le caractère de ce qui ne peut pas ne pas être. Ou distingue deux espèces de nécessités ; la nécessité absolue et la nécessité hypothétique on relative, la nécessité absolue appartient k ce qui est nécessaire en soi et par soi; la nécessité relative appartient à ce qui résulte nécessairement d'une autre chose une fois posée. La nécessité absolue nous apparaît comme le caractc'^re, dans Tordre des existences, du premier des êtres; et, dans l'ordre delà connaissance, des premières vérités. Ne pouvant ni faire sortir les existences du néant absolu, ni prolonj^er sans fin la série des existences relatives, deux choses qui répugnent invinciblement à notre raison, nous sommes obligés d'uvûucr comme oripinc des choses un pnucipe existant en soi et par soi. D'autre part, les principes vraiment rationnels, le principe d*idenlité, le principe de raison suffisante, nous apparaissent également comme absolument nécessaires. On peut, il est vrai, soutenir que c'est parce que notre intelligence est ce qu'elle est, que ce premier être et ces premières vérités nous semblent tels. Leur apparente nécessité absolue serait clle-m<*me une conséquence de la nature et do la constitution de notre raison, l'arb r ainsi, c'est supposer que notre raison est peut-être foncièrement euljarmoni([ue avec la réalité. Cette supposition est permise et même irréfutable, mais elle est gratuite el mène au scepticisme absolu, position intenable malgré qû on en ait. On peut donc passer outre et admettre que ce qui est pour la raison le nécessaire absolu est purement et simplement le nécessaire absolu. Reconnaissons d'ailleurs que, forcés d'avouer le nécessaire absolu, nous sommes impuissants àlecomprendre. Ck«nprendre, c'est pour nous dériver, c'est-à-dire subordonner. Notre raison étant ce qu'elle est, il est donc contradictoire que le nécessaire absolu puisse être compris. Pourquoi Uieu est-il ? Répondre à cette question serait taire de l'existence de Dieu une chose relative. Aussi, lorsque les théologiens et les philosophes ont essayé, dans une déduction

NECeSSITÉ

célèbre, connue sous le nom de preuve ontolopriqiie, de. d»'*rivprl'exi<;tence de Dieu de l'essenei^ luf^nio de Dieu, cette déductiitu. si elle n'était uu pur soplusuie, n eût alxiuli (ju à ériger l'essence considérée à part de rexisleiict% c'est-à-dire une ubslracliou logique, en véritable absolu, et à transformer en relatif le Dieu réel et vivant. De plus, le mystère ne serait encore que reculé, car pourquoi Tessence elle-même, qui entraîne à sa suite Texistence, est-elle absoLuetPareillement, si on nous demande pourquoi le principe d'identité est nécessaire, nous n'avons pas d'explication à donner. Il parait tri à noire raison, c'est fout ce que nous pouvons dire. — Ce preiiiirr être et ces premières vérités exceptés, tout ce que nous admettons counue nécessaire n'i^st tel (jue d'une ntVessité relative. Cette nécessité relativeestdedeux espèces : logique, dans l'ordre des vérités; pbysique, dans l'ordre des existences. La nécessité logique est le caractère de toute conséquence. La nécessité physique est lecaraotère que Ton prête aux effets, réserve faite des actions libres. L*une a pour fondement le principe dUdentité, l'autre a pour fondement les lois de la nature. Et dp ( (m i résulte entre ces deux espèces de nécessité une grande différence. Aucun doute ne peut s'élever sur la première, car nous en saisisson-; la raison, à savoir l'identité de la consét]uence avec son principe. Mais quelle est la raison de la nécessité de l'effet? Celte raison nous échappe. Iai loi, il est vrai, allirme (|ue telle cause étant donnée, tel effet doit suivre. Mais la loi elle-même, comment et pourquoi est-elle nécessaire? Le principe d'identité qui rend compte de la conséquence apparaît naturellement à la raison comme nécessaire; mais les lois de la nature qui rendent compte des effets ne nous semblent en rien nécessaires. Il est bien vrai aussi que les lois particulières se résolvent elles-mi^mes en d'autres lois plus générales, relativement auxquelles elles sont nécessaires. Mais qu'importe si, parvenus aux lois suprénies. nous n'apercevons pas la nécessité de ces lois? Ur c'est ce qui arrive, comme le prouve l'origine expérimentale de la connaissance «}ue lums en avons. N'y eùt-il en définitive qu'une seule loi, portautque toute cause A doit être suivie de l'effet B, nous n'avons aucune raison de penser que c'est nécessairement qu'il en est ainsi. Tout effet est par hypothèse distinct de sa cause; or, quelle raison avons^-nous d'admettre que, une chose étant posée, il faille nécessairement qu'une autre chose soit? Et quelle raison aussi avons-nous d'admettre que cette seconde chose doive nécessairement être telle cliose et non pas telle autre? Ainsi, une cause étant posée, nous n';ipercevous pas de nécessité ni à ce que l'eflet soit tel, ni même à ce (ju'il y ait un effet: ou, en d'autres termes, aucune cause ne nous apparaît connue la raison suffisante ni d'un effet déterminé, ni même d'un effet quelconque (voy. l'article Positivisme). U'oh Von sera peut-être amené à tirer cette conclusion : qu'il n'y a pas dsns le monde de loi naturellement nécessaire, ni par conséquent d'effet natorellcnient nécessaire ; que la Idî n'est loi, que la cause n'est cause, qu'en vertu d'un décret qui confère à celle-ci sa puissance, à celle-là sa nécessité. C'est d.ms des rai>Jons morales, écrivait Leilmitz. qu'il fiuit chercher les principes derniers des lois de la mécanique. Kt .Vu;.,'Uîte Comte lui-même disait vers la lin de sa vie, dans uu vers qu un de

NÉCESSITÉ — OFFICE CAiNOMAL

tes disciples nous a conservé : « Pour expliquer les lois, il faut (]es TolonfHS. B — Sur la question de savoir si toiif ost nccossaire dans le monde une fois dpnué» voyez les articles Détenninhnir h Lihcrié.

Elik Kabif.r.

NIERMEYER (Antoine), poète et ext'gète néerlandais, né à Vlaanlingen (Hollande méridionale] le 2 septembre 181 i, et élevé d'abord au collège deScbiedam. A runÎTenité de Leyde, où il étudia le Nouveau Testament 8ons rhabile direction de van Hengel, il obtint une mention honorable

pour un mémoire sur la religion des Bataves avant rititroduction du ehristianisme. Appelé comme pasteur À S'Heer-Aren<lskerk (Zi-olande), en 18iO, il y pajrna toutps Inn syiTipafhies par la simplicité et l'aménité de son caractôrc ; c'est alors iju il publia qnchjups pot'sies, une Imilntion du canf>(/iie di's can(i(jnt's, et une autre sur If Malin fjsprit dans la superstition du peuple hollandais. Mais bientôt l'exégèse du Nouyeau Testament devint son étude favorite, et il obtint coup sur coup, en 1846 et 1850, la médaille d'or de la société de La Haye pour la défense de la religion chrétienne par ses mémoires sur l'authenticité de l'épltre aozEpbé&iens et sur celle des écrits johanniqucs. Dans ces ouvrages, il reprenait un à un les passages invoqués par l'école de Tubingue contre l'authenticité, démontrait l'arbitraire de cette criticpie <lans la plupart des cas et soutenait la thèse d'un développement dans la pensée de l'apôtre Jean. Ces travaux lui valurent le grade de docteur en théologie de la faculté de Leyde, et, après un court ministère à Wemeldingeu, la nomination comme professeur à la même faculté, en remplacement de son mettre van Hengel (1853). L'année précédente, il avait été désigné par le synode général de l'Eglise réformée néerlandaise pour faire partie du comité de traduction du Nouveau Testament. Son enseignement exé^^étifpie donnait les pins grandes espérances ; il avait entrepris l'étude approfondie des titres des épitres de saint P.iul et celle de l'Apocalypse, lorsqu'une mort préuiiiturée l'enleva à l'estime de ses collègues et à l'afFection de ses élèvtîs (10 avril 1855). — Ouvrages principaux : Authenticité de l'épitre aux h'p/iésiens, suivi de la Critique de l'école de Tubingue, 2 vol., La Haye, 1847-W; Ftat actuel de la cri" tique du Nouveau Testament (poème), 1849; Magasin de critique et d'exégète, 3 vol., Leyde, 18504(2; Authenticité des écrits johanniques, suivi à' Appendices. kVûi^pm de sa thèse, 2 vol., Leyde^ 1852-53.

OFFICE CANONIAL. — On nomme ainsi rensemble des lectures, des prières et des hymnes que les prêtres de l'Eglise catholique doivent

" réciter » chafine jour de l'année, h certaines heures. Sa qualification de canonial lui vient de ce qu'il a été lixé^et déterminé par les canons

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ou règles «1»» l'K|^lise, soit pour co qui en forme l;i snbstanre, soit pour le nioiie de sa ci''li''l>ration. Le corps do res lectures et de ces prières »''tail ancieuneineiit appelé cursus, d«''signation qu il conserve encore aujourd'hui chez les Grecs, à cause du cours du soleil sur lequel les heures se règlent. La coutume des prières à certaines heures remonte à une haute antiquité. Saint Gyprien. dans son traité de VOntiton Jhmimiealef fia parlant de l'habitude juive de prier quatre fois par jour, ajoute que, chef les chrétiens, ces prières sont devenues phis fréquentes et plus nonibretisps. Toutefois, dans cette page admirable, le pieux évéque de (^rthaiic ne précise pas toutes les heures de la prière ; il ne parle que du matin, du soir et de la nuit. Il est aussi fait nieution de ces lienrcs consacrées à la prière, dans Tertullien [De Jfjun., c. 10), dans Origène (De orat.y n. 12) et dans Clément d'Alexandrie (/5^/roi«./vu, 7). Voir Bergier, Diet, de ThéoL, art. Heures. — Les Cùmtitutwni Apostoliquet commandent de prier le matin, à Tierce, à Sezte, à None, au soir et' an chant du coq, mçm ad ffoUi cantum. Basile, de Césarée, dans ses Ascétiques (Traité de la Yle religieuse et solitaire, chap. ni), parlant des moments de la prière, veut que, comme David (Ps. GXIX, 164) « on « s'acquitte tous les jours envers Dieu dans la prière de ce mystérieux nombre de sept. » Jérôme, dans son coiiunentaire sur Daniel, et dans ses Kpitres à Kustochium, à Ueta et à Démétriade; Ambn iso de Milan, et Cassicn dans ses InstilutionSy parlent des sept heures caaoniales. Mais, dans ces époques reculées, ces prières n'étaient point ce qu'elles sont devenues depuis, une comhinaison méticuleuse dans laquelle les plus habiles ont bien 4)e la peine à se reconnaître; elles étaient l'etrusion continue d'une piété libre et lumineuse et non une tâche pénible privant l'âme de tout essor spirituel et intime, telle quVât aujourd'hui la récitation des sept oITices canoniaux. — L'usiige de ces oflices se réj);iiidit à mesure que la distinction entre les laïcs et les cli*rc8 s'accentuait, It s evèqnes imposant k res derniers des dévotions plus longues qu'aux autres chrétiens. Les moines de la Mésopotamie etdals Palestine, les solitaires de la Thébalde, les cénobites de la So^, s'étsat astreints à des lectures et à des prières très longues, peuvent être considérés comme les premiers fondatem» de cette institution eecléaisstiqost Leurs « règles » les obligeaient à lire la Bible entière dans le cours d'une année; le Psautier devait être récité en une semaine et même, pour quelques-uns. en un jour. Le clergé voulant iujiter ces iisaui. ^ m«inastiques, fut hieutôt obligé de les moilificr en abrégeant la li)n<.'uiMir «if* oflices, <le là le nom de lirfviarluin : « r/uasi hrtn'e oniriu/ti l'olUce divin abrégé, ou abrégé des prières, connue le lait remarquer G rajicolas. —Les offices Composant les Heures canoniales diffèrent selon les Bréviaires; ils sont plus longs dans les uns, plus courts dans les autres ; mais on retrouve ches tous la même çonstruction. Leur ordre et leur conception résultent évidemment de principes reconnus comme iiiirnuibles par la science liturgique. Qu'on ouvre le Bréviaire Romain ou le Bréviaire mozarabique, les Bréviaires monastiques ou les Bréviaires diocésains, on retrouve, à peu de chose près, le même plan, les iiiémcs dispositions, lu môme symétrie et cela, on le pressent, en raisun 4s

OFFIGË CANONIAL 731

esrtahies règles d'an sens profond et miment scientifique. — De tous les Bréviaires, le plus ancien, comme le plus autorisé, est, en Occident, le Brériaire Romain ; c'est lui que nous prendrons pour exa« dûner en détail Toffice des difTérentes Heures cononiales, nous réservant tontofois de lui comparer le Bréviaire Parisien qui était encore, il y a peu d'années, on usage dans presque tous les diocèses de France, à de légères modifications près. — Nous avons dit que les Heures canoniales sont au nombre de sept, on pourrait même dire huit, à cause des T^audes qui, tout en formant un oflicp spécial, sont considt'Ti'os comme faisant {lartie des Matines. On les parta^^e pn thnires majeuro:^ et on Unin's mintuires ou petites Heures. Los Iloures inajoures sont lolles qui commonfont et finissent la journée, les mineures celles qui en occupent le milieu. Les voici dans leur ordre : L'oflice nocturne ou Matines avec les Laudes, Prime, Tierce, Sexte, None, Vêpres et Compiies (voir rarticle Bréviaire)» a Ces heures, dit le savant Loshe, ont ehacune leur « caiaetère propre, et réunies, elles forment un ensemble dont toutes les « parties sont étroitement liées entre elles, et qui est éminemment prot pre à sanctifier la journée du chrétien. i> Ce qui doit tout d*abord être remarqué comme le trait caractéristique de ces offices, c'est qu'ils sont tout bibliques, c'est-à-dire qu'à l'exception des Collectes, des Hymnes et des prières {pi*eces)^ ils se composent surtout de psaumes, de lectures et de versets tirés de la sainte Ecriture. C'est du reste c^. que va démontrer l'examen que nous allons faire de chacun d'eux, en décrivant les éléments dont il se compose. — Les A/rt/?>/ç,v ouvrent l'office quotidien, on les chantait autrefois pendant la nuit dans les éj?lises. Elles commencent, comme toutes les autres heures, par l'Oraison dominicale, cette prière dictée par ledivin Maître etqui, à cause décela, doit passeravant toutes les autres. Viennent ensuite VAve Maria, qui est d une introduction relativement léoente dans le corps de l'offiee; et le Credù qui rappelle que la foi est le fNidement de toute relation avec Dieu, selon cette parole de l'épllre aux Hébreux zi, 6, « qu'il fout que celui qui vient à Dieu croie que Dieo test, et qu'U est le rémunérateur de ceux qui le cherchent. » A cette oonfession de la fbi se succèdent dans Tordre suivant : deux verlelf tirés des Psaumes: « Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche «annoncera ta louange» (Ps. LI, 15) « 0 Diou, h;Ue-toi de me déli- « vrer; hàte-toi de me secourir, ô Seigneur. » (Ps. LXX, 1 ). Reconnaissant son indignité et son impuissance à louer Dieu, le ministre lui deinande sa force sans larjoello- il reeoiinait être ahsolument incapable de l'action qu'il entreprend, La tioxol>njte « Gloria Patri » rappelle que l'olijL't (le l'oltice est de glorilier le Dieu trois fois saint auquel appartient la louange et Faction de grâces pour tous les bienfaits qu'on a reçus de loi. — L'Invitatoire, dans lequel retentit un appel à l'adoration, fait -entendre la voix de l'Esprit conviant les âmes au banquet du royaume de IMeu : « Venei, adorons et nous prosternons , et nous agenouillons devant le Seigneur qui nous a foits » (Ps. XGVI, 6). Cet invitatoire varie selon les temps et les jours de l'année ecclésiastique, la plupart des fttes ont leur invitatoire propre. « Il est à TOffiee ce que le texte est an « discours », dit un liturgiste contemporain. Il résume, pour ainsi dira^

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le mystère de la Wte qu'on ct'îlèbre, Pt rpiiforme dans un abrogé d'une concision pleine de jnstostîp tout robjet et 1p caractcre de l'offirp. - C'est la ppup^'c nii'^re à la((upllp toutes les autres se subordonnent, b^ centre aufiuel toutes les aflections se rapportent, le but vers lequel tout doit tendre, » dit encore l'auteur que nous venons de citer ( Le saint Office^ par L. B., directeur au aéinin. de Saint-Sulpice). Le psaume XGV> étant lui-même une sublime et retentissante invitation à la priëre et à l'adoration, est ensuite réeité tout entier, comme un commentaire de rinvitatoire. Ce psaume est dit tous les jours, sauf à l'Epiphanie dont le • mystère semble dispenser de tout appel à la louanfre, sa célébration n'iiynnt d'autre but que d'inviter les pécheurs à venir à Jé?us pour l adorer et le servir avec les Mages. l^'J/ijtnne qui, comme l'invitatoire. varie selon l'époque où l'on se trouve, vient à la suite du psaume 95, et semble répondre à sou pressant appel. On entre ici proprement dans le centre du culte» Tâme B*élèTe,et le chant, s'ajoutent à la parole, la refèt d'un charme et d'une harmonie qui lui donnent un caractère sacré» pres^ que céleste. Les hymnes du Bréviaire Romain sont d'une latinité médiocre, mais elles ont un accent de piété naïve et touchante qu'on ne retrouve pas toujours dans celles du Bréviaire de Paris qui lui sont bien supéripures sons le rappf»rt du style et de l'élétrancc. — L'hymne chantée, on passe à la récitation des Psaumes et des Leçons (lectionca qui, pour les Matines, se divisent en trois nocturnes. î^es fériés et les octaves de Pâques et de Pentecôte n'ont qu'un nocturne. Chaque nocturne est ordinairement composé de trois psaumes, ayant chacun leur antienne; de trois 'leçons précédées d'une bénédiction et suivies d'un répom. L'unique nocturne des fériés et le premier des dimanches ont douze psaumes. Tout office se compose de trois ou de neuf leçons selon le nombre des nocturnes; les trois premières leçons sont tirées des Ecriture^ de l'ancien on du nouveau Testament, les six dernières des écrits des Pi'rt>il'' rKgli>e. C'est ainsi ([u'à l'eUusion de la loi et à la louange surcè di' l'instruction. La parole de Dieu précède la pan^le des hommes; à la voix de l'Esprit s'ajoute celle de l'Eglise représentée par ses docteurs les plui anciens et les plus autorisés. La conception est certes grande et belle; mais sa mise en pratique décèle une erreur funeste, celle de l'insiiffi* 8anc«> de l'Ecriture qu'il faut expliquer par la tradition pour la compléter. De plu^•, on n'acceptant pour interprètes du texte sacré que les pères de l'Eglise, l'officp canonial arrête ainsi les progrès de l'exégèse et de la t'Hti<]n<' scientifique dont chaque siècle vient enrichir la théuli.uic chrétienne. L'esprit, entravé dans son activité, rivé à un en>»'i'jneint'Dl immuable et inflexible, s'immobilise dans un moule qui rétoull'c, sous un joug qui l'écrase et qui éteignent en lui toute vie propre. 11 faut savoir admirer sans doute la structure litturgique de l'office traditioniielt mais avoir soin de ne pas se laisser entraîner à son égard à un engouement dont l'excès peut devenir fatal. Nous avons dit que les trois pr^ mières leçons des nocturnes étaient tirées de rEcriture sainte, mai? il faut ajouter que chacune d'elles ne se compose que d'un trh pdit nombre de versets; c'est ifi que le livre des offices nuTite trop bien titre de iiréviaire. Ou soutire de voir à quelles proportions inlinieâ,

OFnCE GÂNONUL

nous (linons presque dérisoires, l'Ecriture sainte se trouve réduite dans cet arraii^'ement, surtout (juand on constate qu'on n'a écourté la parole de Dieu (jue pour faire place à des écrits humains, respectahlt^s sans doute, mais qui ne sauraient jamais suppléer au texte sacré. Voici l'ordre daas lequel le Bréviaire Romaio prescrit cette lecture abrégée des Saintes Ecritures : — Du premier dimandie de TAvent au jour de Nofil, Esale. — -'Du premier dimanche après Noël jusqu'au dimanche de la Septuagéeime, les quatorze épltres de saint Paul. — Du dimanche de la Septuaçp?in»e au dimanche de la Passion, le Pentateuque. — Du dimanche de la Passion à PAcjues. Jérémie et Baruch. — De P;\(jues au second dirnanclip après, les Actes des Apôtres. — Du second au quatrième dimanche après Pâques, l'Apocalypse. — Du quatrièine au cimjuièine dimanche après Pâques, Tépitre de saint Jacques. — Du cinquième dimanche après PAques au dimanche après TAscension, les deux épltres de saint Pierre. — Du dimanche après TAscension au jour de la Pentecôte, les trois épltres de saint Jean et celle de saint Jude. — De la Pentecôte au premier dimanche d'août, Josué et tous les livres qui sui- Tent jusqu'à celui dp Néhémie inclus. — Du premier dimanche d'août au premier dimanche de septembre, les Proverbes, l'EccIésiaste, lo Canti<]ue, la Saf^esse et rEccl.'siasti(jue. — Du premier au troisième dimanche de septembre, Job. — Du troisième dimanche de septembre au premier dimanche d'octobre, Tobie, Judith, Esther avec son addition apocryphe. — Dtt premier dimanche d'octobre au premier dimanche de novembre, les deux livres des Haocabées. — Du premier au troi> sième dimanche de novembre, Ezéchiel. — Du troisième au quatrième dimanche de novembre, Daniel. — Du quatrième dimanche de novembre an premier dimanche de l'Avent, les douze petits prophètes. — I^^'s lei-ons (}ui suivent ces fragments de l'Ecriture sont, p»)iir les dimanches et les fêtes, des extraits des Pères de Il Ecrlise, comme nous lavons dit; les trois dernières sontdes passages d'homélies de quelqu'un de ces Docteurs sur l'évangile du jour. Pour les jours, de beaucoup les ]^us nombreux, où Ton célèbre la féte d'un saint, elles se composent du récit de sa vie. Ces courtes biographies sont la partie faible du Bré^ viaire Romain ; elles ne sont, pour la plupart, que d*absurdes légendes laites sans critique et sans goût, où les miracles apocryphes, les détails grotesques, les platitudes grossières vont jusqu'à l'insanité. Le Bréviaire de Paris y a substitué des notices biographiques d'un vrai mérite, au point de vue de la science historique; ses vies de saints sont très bien faites à tous égards, et se font remarquer par leur élégauce de forme. Après ces leçons, viennent des Jtépom et des Versets admirablement choisis. G*est ici que brille la scienc^ liturgique des auteurs du Bréviaire. Ce qu'il a fidlu de connaissance biblique pour composer cette portion de l'office est chose véritablement inouïe. Après les leçons de r£criture surtout, il faut voir avec quelle justesse et quelle précision ces passages viennent s'adapter à ce qui vient d'être lu ! Les rapproehemcnts beurcu.x, les harmonies profondes se produisent à la lin de chaque leçon avec un effet merveilleux pour i'étiilication ; et cette sorte de dialogue cuire la leçon elle-même et les répons qui la suivent donne

734 OFFICE GUNOiNUL

à eette partie du culte quelque chose d'émouvant. C'est eomme vn sublime entretien j9*établissant entre l'Epoux et TEpouse^ dans leqod, au Dieu qui enseigne par sa parole, FAme répond par son gémiwroent ou par son chant d 'ainour ; une voix du ciel suivie d'un édio deit terre. «Le répons est à la leçon ce que l'antiprine est au psaume, > c'est Tamen de la foi à l'enseignement divin, le mot suprême de la piété qui adh^TP à la doctrine d'en haut et qui la rpcoit avec un reli^eux reçped. — ^L'otTirode Mutines so tprniine par Ip Te Deum, ce pantitjue attribué à Aiiibroisp, pt h Auf^ustin ; il est procédé par la « bénédiction nd sortcf aient rlrium supfivnonnn /iprt/itraf nos fit'x Angelonim. Ce cantique, où la louange s'éli'VP jus<ju au Iriomplin, pst une niaguifiqup conclusion de la première partip de l'oiticp cariouiai.La piété clirétieiiu»^ n'a pput-étrp jamais trouvé un langage plus élevé, des accent^ auœi sublimes pour exprimer à Dieu sa reconnaissance et son adoruiiou. - Des /.otitfes. Bien que distinctes des Matines, les Laudes en font psrtic, les deux réunies ne forment qu'une seule heure; elles se soceèdsDt généralement sans interruption. Les Laudes, destinées à être cfaantéei après minuit et annonçant le lever du jour, expriment les sentiments de l'Eglise au moment où l'aurore étend ses clartés à l'horiion. De même que la nature, plongée dans les ténèbres de la nuit, semble sertir de son sommeil et de son silence pour faire monter vers Dieu le chant des«$ harmonies, ainsi, à ce moment même, l'Eglise élève rers son Eponï- Sauveur l'hymne de la louante Pt le chant <le l'action de }j:rAco>. Le? Laudes conmiencent par le verset D<'u$ m adjulonum , « O Dieu, hàt»^ toi de me délivrer,» (Ps. LXX, I) comme rofticp nocturnp, La dox^lngi*' Gloria /*af ri \ïml ensuite; puis on passe à la récitation des Psaumes. Après, pour les dimanches et les jours de ff^te, le « cantique des Trois Enfants, » tiré de l'addition apocryphe au livre de Daniel : « ouvrages du Seigneur, » dans lequel l'Eglise foit retentir l'antienne joyeuse di concert universel de tous les êtres dont elle est Tintelligent et senaiiib interprète. Chaque jour de la semaine a son cantique spécial ; le londi: cantique d'Esale (XII, 1-6.) — Le mardi : cantique d'Eiéohias (Esde XXXVIII, lO-aO) — Le mercredi : (1 Sam. U, 1-10.)— Jeudi :amtiqiN de Moïse (Exode XV, 1-19.) — Vendredi : cantique dUabacuc (lîT - Samedi : cantique de Moïse (Deutér. XXXII, 1-43). — Le Bréfiaireée Paris, on ne sait pourquoi, a interverti cet ordre, transférant le cantique d'un jour à un autre, tout en conservant les mêmes textes; niai«. par une innovation qui a paru heureuse à beaucoup, il a doté phisieur! solpunilés dp cantiques appropriés au mystère <|u"elles sont appelf^es à célébrer. Nous croyons utile de Ips indiquer ici selon le evde d»* l'aimée ecclésiastique, t'-'' Dimanche de l'Avent : Esaïe LI, 3-6. — Vigile de Noël : Michée V, :2-o juscju'au mot paix. — Noël : Esaïe XXV. 1-9.— Vigile de l'Epiphanie : Esaïe LV, 3-5. — Epiphanie : Esaïe IL, 13-21.

— Présentation de notre Seigneur dans le temple : Sophottie ID» 14-17. Jeudi saint : 2 Samuel XXII, 3-7. Vendredi ssiot : Esaïe V, 1-6. — Samedi saint : Jonas II, 3-10. —Pâques, Esalè, lASSi, 1-5. Au temps pascal, pour le jeudi : 1 Chroniques XXDC, 1(MX

— Au temps pascal, pour le vendredi : Esaïe XXVI, I--12; — Merontf

0FF1G£ CÂiNONIÂL * 735

des Rogations : Daniel VII, 13-14. — Ascension : Daniel HT, 52-56. — Odave de TAscension : Apocalypse XV, 3^19 : — Vigile de la

Pentecôte : Esaïe LIX, 19-21. — Fêle du saint Sacrement : Proverbes IX, 1-11. — Aqnonciation de notre Seigneur : Esaïe LU, 7-10. — Toussaint : Esaïe XXVI i-12. — De ce cantiipip, on revient à l i nVitation de Psaumes exprimant la joio <>( la louange. Vwo Jhpiim' suivie d'antienne, de vei*sel et de n''j)ons .suit iiumédiateinent ces ])sauiires, et les Laudes se teruiiueiit iuvuriableuient par le cantique de Zacharie (Luc I, 67-7U). Gitte fin de l'office nous &it passer des paroles de l'ancienne économie aux consolations de la nonvelle, sur le seuil de laquelle le chant propliétîqne d'un des derniers sacrificateurs selon Tordre d'Aar< *ii annonce la grâce révélée en Jésus-Christ, qtie le précurseur vient publier. Rien ne saurait mieux nppplor au niinii^tro des autels qu'il est appelé» comme Jean-Baptiste, à conduire les àines à Celui qu'il est cliarj^é de faire connaitrc et qui seul ùt»; les prcli/'s ihi monde. — Lejoiu-a counueucc, Matiin s et Laudes, qui lurment la pn'mi«'re des Heures majeures, sont ternnuées; nous entrons maintenant avec Prime dans le corps des petites Heures destinées à soutenir le chrétien dans les travaux et les luttes de la journée, filles tracent le chemin et en montrent le terme, elles éclairent l'âme dans sa marche vers le ciel, comme la soleil éclaire 1. jour dans sa course quotidienne. Elles ont pour substance le psaume CXIX : ce psaume d'or, qui de tous temps a fait les délices de l'enfant de Dieu ; on le commence à Prime et on le termine à None : Il accompagne ainsi le serviteur de Dieu «\ tous les moments du jour peu«lanl la semaiue, car, sauf de légères modifications, du dimanche au samedi, les petites Heures sont invariables dans le rit romain. Qu'on nous permette ici une légère digression ; c'est la pensée des impressions religieuses, des consolations et des ine£GBd>le8 ravissements qu'un tel office bien médité a dû produire dans le cœur des fidèles à travers les siècles; pour ne citer qu'un exemple, nous donnerons celui de Pascal : « U avait un gQùt sensible pour tout l'office, dit M"'** Péricr, sa sœur, mais surtout pour les petites Heures, parce qu'elles sont composées du PsauiMP CXVIII » (GXIX dans l'hébreu) « où il trouvait des choses admirables. O^and il s'entretenait avec ses amis de la beauté de ce psaume, il était transporté et paraissait hors de lui-même. » — Examinons maintenant chacune des petites Heures en particulier, en commençant par la première qui est celle de Prime. — I. Prime, Après le Pater, VAve, le Credo et le verset Deus m àdj%itorium par lesquels on commence toutes les Heures, Prime s'ouvre par une hymne de saint Ambroise : Jam lucis orto tidere. Après cette hymne qui est la même pour tous les jours de la Sf-maine, trois psaumes, dont une division du psaume GXIX. Le dimanche, ou ajoute ici le symbole de saint Atliauase ; les jours ordinaires, on passe tout de suite au capitule suivi de répons et de versets, après lesquels on prononce les prières et les oraisons qui sont d'une grande beauté. Lorsque Prime est célébré au chœur, on lit dans le martyrologe et dans le nécrologe. Avec cette heure, le chrétien entre dans k carrière qui s'ouvre [devant lui avec le retour de la lumière. Après les ténèbres de la nuit, c'est l'heure convenable pour

la pricre, la louange et la supplicaliou ; l'heure de Prime lui enseigne ces pieux oxereiccs el l'aide à 1»'S pratiquer, en l'invitant à se tourner vers Dieu dès lo point du juur. — 2. Tierce, connue Laudes, a soq livnnip après les loruiules introductives, et se compose.d'un fragment du Psaume CXIX, d'un capitule, de versets, de répons et de roraisondnjour. Cette heure, intermédiaire entre le commencement de la journée et son milieu, est celle où se célèbre, dans l'Eglise catholique, la cérémonie qui est le centre de sou culte, la messe. Les auteurs liturgistes lui attribuent un caractère tout particulier de sainteté qu'ils rattachent à ce qui p>t dit deladi'scPiitedu Saint-K-prit, dans Actes II, 15. —Le Bréviiirede Paris avait introduit à rofficc de l'riino. a[>rèsla lecture du nécrologe, un passage tiré d. s canons des Conciles, ce qui iaisait acquérir aux ecclésiastiques une connaissance pratique de ces lois auxquelles leur Eglise se soumet. — 3. Sexie. L'Heure de Sexte, après rhymne/?«e/or;M>leiw, attribuée àsaint Ambroise continue la récitation du Psaume CXIX que Prime a commencée* Un capitule, des répons et des versets en forment la conclusion. C'est le moment où le soleil, arrivé ;\ son point le plus élevé, va commencer sa marche décroissante. C'est l'heure d'intermittence entr travaux dn matin et ceux du reste de la journée; si le corps doit renouveler ses forces t-n prenant de la nourriture, l'iluie, se rappelant que rhoniine ne vit pas de pani seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu, l'àmc aussi doit rechercher le secourt de la grâce et le demander par ses prières ferventes au Seigneur. Les écrivains ascétiques aiment à rappeler que c*est à Theure de sezte que Jésus se reposa au puits de Sichar pour enseigner la Samaritaine (Jean IV, 6) et, plus tard, qu'il fut attaché à la croix (Matth. XXVII, 45 ; Luc XXIII, 44.) — 4. None, après l'introduction uniforme, nous présente une Ijymnc on rapp">rt avec ce momont de la journée, et achève la récitation du Psaume CXL\. Suivent un capitule, d. s répons et des versets. Tierce, scxt« et none, connue le fait remarquer Lodie, ont le même organisme, le même caractère. Klles sont relativement courtes, à cause des occupations et des travaux dont sont remplis ces moments de la journée; mais elles suffisent pour aider TAme à se renouveler dans les sentiments de la piété, et à s'approcher de Dieu en méditant sur rezcellence de sa parole décrite dans le Psaume CXIX. A None, nous sommes arrivés à cette phase de la journée où le soleil s'incline vers la fin de sa course; déjà s'annonce le soir, c'est le moment de demander au Seigneur de finir saintement ce que nous avons cumnuMicé avi^c lui. et de nous rappeler que chacun de nos jniirs est une imaiçe de noir.; vie. Le côté mystique de None est trop impre-sif pour que nous le passions sous silence, c'est en effet Theureà laquelle notre divin Sauveur, baissant la téte et rendant Tesprit, consommait le sacrifice expiatoire dont dépendait notre rédemption. C'est rheure où il demanda le pardon pour ses ennemis, remit à son Père son âme juste et sainte, en prononçant *Ie mot suprême: Tout est accompli ! » Heureux le chrétien à qui l'heure de None rappelle ce5 grands souvenirs, et (jui, plein d'amour devant les mystères qu ils contiennent, éprtjuve le besoin de prier et d'adorer! — o. lèpres. C3tte Uoure a une structure particulière et toute différente de celle

des pptites Heures, eu raison de sa place <laus la journée chrétienne et du sens liturgique qui lui est propre. Vêpres couinie nous l'avons •lit, appartient, ainsi que coniplies, aux Ileuros majeures; elles forment iivec elles la conclusion Je tout l'onice canonial. Elles pourraient se résumer dans ce verset d'un psaume : « Seigneur, que ma prière tv soit agréable comme le parfum, et l'élévation de mes mains comme roUatioQ du toir » (Ps. GXLI, 2). C*est le moment de Faction de grâces pour toiis les bieii&its reçus pendani le jour qui vient de e'éeonier. Le soir est arrivé, robscurité se répand de plus en plus autour de noiu, et la nature nous ofhre une image de notre vie qui, elle aussi, dédine en s'avançant vers la vallée des ombres. « La nuit vient, » et tout doit nous porter à regarder ce jour parfait et l)ienheureux qui lui succédera. La lumière éternelle à laquelle le demi-jour d'ici-bas doit faire ac<>, vient briller à l'horizon de notre pensée et nous aider à désirer le fi pos qui reste encore pour le 'peuple de Dieu. Aussi les psaumes des vêpres nous parient- ils généralement de la gloire de Jésus qu'ils nous montrent u assis à la droite de la Majesté divine, dans les lieux très liauts » (Hébr. I, 3.) ainsi (jue du bonheur des rachetés parvenus à la perfection dont ils nousfont pour ainsi dire entendre les sublimes cantiques. — Les Vêpres se composent de cinq psaumes dont le nombre ne Tarie jamais, d'un capitule suivi d'une hymne qui change selon les saisons ou les fêtes de Tannée ecclésiastique. Un verset et un répons y succèdent, pois vient le Magnificat, cet Admirable cantique de la Vierge mère (Lue I, 46-85), où la foi de Thumble servante du Seigneur &it entendre des accents d*une tendresse émouvante et d'une beauté ineomparable. Tuut ce que l'âme chrétienne a lu et médité depuis les Matines, tout ce qu'elle a recueilli de promesses et de consolations à l'école du Seigneur au moyen de l'ofhce parcouru, tout l'a amenée graduellement à cet état de confiance et de paix, à cette espèce de sommité spirituelle, du haut de laquelle on contemple les merveilles de la gr;lce se déroulant à travers b^s Ages; l'àme, alors, s'écrie, comme ne se possédant plus: « Mon àme magnifie le Seigneur ; et mon esprit est ravi de joie en Dieu mon Sauveur! » Si nous ne pensions pas (jue les hommes pieux qui ont coaq»nsé cet office ont été assistés et dirigés par l'Esprit saint dans leur travail, nous dirions qu'il y a dans la pensée d'avoir placé ce cantique ^ cet endroit de l'office, un véritable trait de génie. Ce cantique chanté, avee la doxologie Crloria Palri pour terminaison, la collecte du joid est rédtée, c'est la fin de Vêpres. Les auteurs qui ont tr&ité '.de cette partie de l'offiee exhortent les ecclésiastiques à se rappeler que ç*e8t à l'heure de Vêpres que notre Seigneur Jésus-Christ célébra son dernier souper (Matthieu XXVI, 20) et qu'il se révéla aux deux disciples d'Emmaus, en leur rompant le pain qu'il avait béni. (Luc XXIV, 29-31). — 6. Compiles, Vheare majeure de Gomplies est la dernière de l'office ca- Donial, elle vient le clore ou mieux le couronner par le recueillement •îont chacun de ses éléments porte l'empreinte. Elle s'ouvre par une bénédiction dans laquelle la nuit qui est venue apparaît comme une image de la tombe : « Que le Seigneur tout puissant nous accorde une « nuit tranquille et une heureuse fin. » L'assemblée y répond sobre-

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ment par un seul « Amen. » Suit une « leçon brève » accompagnée

de vor>pts et do répons. Puis, viennent lo Pnfpr et le Confitenr ou confession ^les pt'rliés, apri^s lesquels s<» sucpêdont des versets, des répons et la doxolof^ie Glorm l*afn'. On passe alors à la récitation <1p« psaumes, puis surcessiveineiil au chant <!<' l'Iiyniue Tf Imis nnd' trnn'nuim . à la lecture du capitule, à un dialogue expressif par versets et répons ft au chant du cantique de Siméon (Luc II, i0-3i). De nouveaux versets avec leurs répons Tiennent encore, et le tout se termine par l'iadmirable oraison Vitita qumwmnà», suivie de la bénédietion. C'est la prière du soir dans toute sa grandeur chrétienne, dans sa mélancolie consolée. L*âme fidèle veille avec Jésus qu'elle suit jusque dan8le> ombres du jardin où il a gémi sous une sueur sanglante ; elle puise dans le souvenir de cette agonie une force et une paix qui lui donnent l'espérance. Elle confesse ses fautes dans le sentiment de sa misère, mais elle regarde à Celui (pii est descendu dans la mort pour hii donner la vie, et elle demeure tenue comme voyant Celui (jui est invisible. Le cycle a été parcouru ; la prière a soutenu et accompagné tous ses moments; les MûUmb ont été dites à minuit; les LauâeMy à l'aurore ; /Vime, au lever du soleil; Tierce, à. 9 heures ; Sextei, à midi; None, à trois heures; Vêpre$^ au eoncher du soleil; Compiles, h la fin de la journée; l'oeuvre est achevée, l'office à déroulé les riches éléments de sa magnifique variété, dans une unité qui ne sVst point démentie. Les enseignements et les consolations de la parole divine ont été présentés à l'Ame chrétienne dans un ordre progressifel admirable, dont on ne saurait trop relever rexcellence et la beauté. — On peut voir, d'après le rapide examen que nous venons de faire des différeates parties, de l'office canonial, qu'elles ont toutes un caractère commun, une analogie mutuelle avee le moment du jour auquel elles sont adaptées ; qu'elles se succèdent et s'enohevétrent l^uie l'autre dans un ordre logique et voulu ; si nous étions enteés dans des détails que nous avons laissés de côté, nous aurions eu, sans doute, à critiquer le mécanisme fastidieux, les innombrables recherches des antiennes, des renvois sans nombre qui interrompent si désagréabionient et si laberieu-icment la récitation de l'olTice, mais nous n'avons jias cru devoir nous arrêter à ces ronces de la route. Les inconvénients que nous signalons ont été jugés depuis longtemps ce qu'ils sont. C'est ainsi que nous lisons dans une préface de la Liturgie angtieane sur « le service de rfigliae, n à la date de 1548, au su)et de l'office canonial : « On y avait introduit tant d'histoires incertaines, de légendes fkbuleuseï, tant de répons, de versets, et de vaihes répétitions, tant de commémorations et de synodales, que lorsqu'on avait commencé la lecture d'un livre de la Bihle, ou qu'on rn avait lu trois ou quatre chapitres, on omettait généralement le reste... D'uiliours le j:ran<l changement et l'obscurité des règles qu'on appelait pies, ainsi que la multitude des changements qui survenaient pendant l'oilice, rendaient la tAehe si ennuyeuse et si difficile, qu'il y avait souvent ph» de temps perdu à chercher ce qu'on devait lire, qu'il n'en ftillait pour le hre quand une fois on l'avait trouvé, d Mais, abstraction &ite de ces dé&ofs qui sont graim, nous Favoaons pleinement, il finit reconnaître que,

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dani ses grandes lignes, Toffiee canonial est «ae œuvre de Ja plus haute valeur, le monument le plus admirable et le plus Imposant de la science liturgique, soit par l'harmonie de ses diverses parties entre elles, soit

par le sens psychologique de sa disposition et des éléments qui le composent. Il est facile de constater que la structure d'un tel édifiée a été réglée par des luis pt dos principes dérivant d'une doctrine profonde sur le service <!(• Dieu et «ur les besoins de l'iiornme; doctriiio (jiii constitue la vraie science liturgicpie. Aussi ne craifjrnons-nous ]»as d'affirmer ici qu'il faut recourir à cette science pour s occuper de liturgie, chose qui n est pas du ressort de.la fiuitaisie ou de l'ingérence individuelle, comme on le croit trop souvent. H n'est plus permis d'ignorer ou de négliger, quand on veut s^oecuper de liturgie, les immenses matériaux que les ttèdes ont amassés h son suiet et qui en ont fait une science ayant ses axiomes, ses procédés et ses applications. Il est bien certain, en tous cas, que les essais lifnrpiques qui ont ét/' tentés jusqn'ici. sans s'f^tre pénétrés des connaissances acquises dans ct^ domaine, *)nt avorté misérablement à cause de IVnorme arbitraire de leur conception, et que les Eglises qui voudront donner à leur culte un caractère rationnel et sacré, devront indubitablement recourir aux éléments traditionnels et scientifiques de la fiturgte. — Le ehant ecclésiastique qui vient apporter son concours à la célébration de ces divers offices, leur communique un nouveao eacbet de grandeur; le chant grégorien, en particulier, a été créé, on le sent, pour s'adapter à ces psalmodies du sanctuaire; grave, imposant, terrible ou consolant, plaintif ou joyeux selon les circonstances, il a les intonations qui répondent aux sentiments de l'âme. Pourquoi faut-il ajouter à tout ce qui vient d'être dit, que. dans la pratique, ces oifices ne semblent pas éveiller, chez ceux qui sont astreints à leur célébration, les impressions qu'ils sembleraient devoir y faire naître I On sait comment le Bréviaire est récité en général, et ce n'est pas sans nne surprise voisine de l'indignation que nous trouvons, dans les canonistes, de longues dissertations sur la mesure d'attention que Ton doit apporter à ces ofBœs, et pour ainsi dire, sur la dose du respect qui leur est dû. Nous faisons grâce au lecteur de tout ce qu'ils ajoutent au sujet de ceux qui sont légalement obliges à les célébrer, dont l'énumération est longue, ainsi que de l'examen minutieux des cas qui leur permettent de s'en dispenser. — Il nous reste maintenant à donner, au moyen d'un tableau rapide, l'indication des psaumes et des cantiques dont Toffice canonial se compose chaque jour de la semaine, premièrement dans le Bréviaire Romain; puis dans le Bréviaire de Paris. «— JHstribution des Pscntmes et des Cantique» de la Bible pour tauM les jùun de la semaine, selon le Bréviaire Bomaiin: — Tous les jours, au commencement des Mfitines, le Psaume 95. — Nous indiquons les Psaumes d'après les numéros qu'ils portent dans l'original hél»reu et qui ont été adoptés par la plupart des versions modernes. — Dimanche. — Matines: i*"" nocturne : Psaumes :i:2: 3:6:7:8:9: 10 :H:i2î 13 : 14 : 15 : — 2"« nocturne : 16 : 17 : 18 : — 3"^" nocturne : 19 : 20 : 211 : -^Lmim: 93 : 100 : 63 : 07 : GantiqiiBs des trds enftmts; (apocryphe.) Pe. 148: 140 : 150 : Cantique de Zaehorie, (Luc 1 : 67 à 79»

OFFICE CA^NOiNIAL

^Pnmn : Pb. 54 : il8:410: 1 à 32. — Tierce : Ps. 119: 33 à 80.~

Sexte : Ps. 119 : 81 j\ 128. — None : Ps. 119 : 129 à la fin. — Vêpres : Ps. 110: 111 : 112: ll.'i : H i: Cantique de la Vierge Marie, (Luc 1 : 46 à 55.) — C'miplks : Ps. 4 : .'H : 91 : 134 : Cantique do Siniéon, Luc 2 : 29 à 32.) — Lundi. — Matinrs : Ps. 27 : 28 : 20 : 30 : 31 : 32 : 33 : 34 : 35 : 3G : 37 : 38 : — Laudes .• 51 : 5 : 03 : 67 : Cantique d'Esaie (12 ; 1 à 6.) Ps. 148 : 149 : 150 : Cantique de Zacharie (Luc 1 : 67 à 79.) — Prime : 54 : 34 : 119 : 1 à 32. — Tietce .-comme au dimanche. — Stxit : comme au dimanche. — None: comme au dimanche. — Vipre» : Ps. 115: 116 : 117 : 120 : 121 : Cantique de la Vierge Marie, (Luc i : 46 à 55.) — Compiles : cominn au dimanche. — Mardi. — Matines : Ps. 39 : 40 : 41 : ' 42 : 44 : 45 : 4() : 47 : i8 : 49 : 50 : 52 : — Lnurfes : Ps. 51 : 43 : G3 : Cantique d'Ezéchias lEsaïo 38: 10 à 20.) Ps. 148: 149: 150: — Prime: 54 : 25 : 1 19 : 1 à 32. — Tierce : coiiiiue au diinanchc. — Sexte : comme au diinanclio. — None : comme au dimanche. — Vêpres : Ps. 122 : 123: 424 : 125 ; 12G : Cantique de la .Vierge Marie (Luc 1 : 4^ à 55.) — Complies : comme au dimanche. — Mbrcreoi : Maîinet: Ps. 53 : 55 : 56: 57 : 58 : 59 : 60 : 61 : 62 : 64 : 66 : 68: — Laudet: Ps. 51 : 65 : 63 : 67 : Cantique d*Anne ; (1*^ Sam. 2 : 1 à 10.) Ps. 148 : 149 : 150 : Cantique de Zacharie (Luc 1 : 67 à 79) . - Prime / Ps. 54 : 26 : 119 : 1 à 32. — Tierce: comme au dimanche. — Se.vfe : comme au dimanche. — NoTie : comme au dimanche. — Vêpres : Ps. 127 : 128 : 129 : 130 : 131 : cantique do la Vierge Marie. (Luc 1 : 40 à 35.) — Cot/iplles : comme au dimanche. — Jeudi. — Malines : Ps. 69 : 70 : 71 : 72 : 73 : 74 : 75 : 70 : 77 : 78 : 79 : 80 : — Laudes : Ps. 51 : 90 : 63 : 07 : Cantique de Moïse. (E.\ode 15 : 1 à 19.) Ps. 148 : 149 : 150 : Cantique de Zacharie, (Luc 1 : 67 à 79.) — Prime: Ps. 54 : 23 : 119 : 1 à 32. — Tierce: comme au dimanche. ~ Sexte : comme au dimanche. — None : comme au dimanche. — Vêpres: Ps. 132 : 133 : 135 : 136 : 137 : Cantique de la Vierge Marie, (Luc 1 : 46 à 55.) — Com/;//V's- .• comme au dimanche. — Vendredi. — Matines: Ps. 81 : 82 : 83 : 84 : 85 : 8(; : 87 : 88 : 89 : 94 : 90 : 97 : — Laudes : Ps. 51 : 143 : 63 : 67 : Cantique d'Hal)acuc, ['A : entier.) Ps. 148 : 149: 150 : Cantique de Zacliarie, (Luc 1 : 67 à 7*).) — Prime : P.s. 22 : ;)4 : il9: i à. 32. — Jîerce .• comme au dimanche. — ^(?x/<? ; couune au dimanche. — None : comme au dimanche. — Vêpres : Ps. 138 : 139 : 140 : 141 : 142 : Cantique de la Vierge Marie, (Luc 1 : 46 à 55.) — Cornplies : comme au dimanche. — Samedi. — Maiities ; Ps. 98 : 99 : 100 : * 101 : 102 : 103 : 104 : 105 : 106 : 107 : 108 : 109 : — Laudes : Ps. 51 : 92 : 63 : 67 : Cantique de Moïse, (Deut«^r. 32 : 1 à 43.) Ps. 148 : 149: 150 : Cimtique de Zachari*-. (Luc 1 : 67 à 79.' — Prime : Ps. 54 : 1 19 : 1 à 32. — Tirvce : comme au dimanche. — Sexte : coinmo au dimanche. — A^o«<' .• connne au dimanche. — Vêpres : P?.. 144: 145: 140: 147: ce dernier psaume en formant deu.x dans la Vulgate, cela donne cinq psaumes, nombre invariable des psaumes de Vdpres. Cantique de la Vierge Marie, (Luc 1 ; 46 à 55.) — Compiles : comme au dimanche. La récitation des Heures se ihit rarement d'après la distribution que nous venons d'indiquer et qui est celle de la férié ; comme le calendrier romain a une fête de fixée presque à chacun de ses jours, et que la

OmCE CANONIAL 741

fêle prime la férié, on écarte celle-ci poursuivre l'office soit du commun des apôtres, «soit du » commun d'un martyr «ou de» plusieurs martyrs, «soit du» coiiHiuin des vierges. « Offices, du reste, courus d'après le même plan que ceux que nous venons de décrire, mais dont la iréguenee enpêehede déroger du petit nombre de psaumes qui les composent, et amène eet inconvéïiieiit de &ire réciter toujours les mêmes. — IHitriàutiondes Psaumes d'après le Bréviaire de Paris, — Tous Iqs jours, au commencement des Matines, le Psaume 95. — mm ancbb. — Matines: i« Nocturne : Ps. 1 : 2 : 3 : — S"» Nocturne : Ps. 48 ; — 3"» Nocturne: Ps. 28:'30: 66 — Laudes : Ps. 63.* 70 : 100 : Cantique des trois enfants (Apocryphe). Ps. 148 : Cantique de Zacharie, (Luc I: 67 À79 ). — Prnne: Ps. 118 : 119: 1 à 32. — Tierce: Ps. 119 : 33à 80.

— S'^Tfr: Ps. Hî): 81 à [2H. — None\ Ps. 119: 129 à la fin. — Vêpres: Ps. 110; 111 : lli: 113: 114: Cantique de la Vierge Marie, (Luc 1 : 46 à 55). — Cnwplk's: Ps. 4 : DI : Wi : Cantique de Siméon, (Luc 2:29 à 32). — lundi. — Matines : 1^' Nocturne : Ps. 104 : — Nocturne : Ps. 105 : — 3"'«Nocturne : Ps. 100 : — Laudes : Ps. 92 : 136 : Caulique de Moïse, (Exode 15: 1 à 19). Ps. 135: Cantique de Zacharie, (Luc 1 : 67 à 79). — Prime : Ps. 8 : 77 : — Tierce : Ps. 25 : 96 : — iS«/e:P8. 47:98:99: — Aime: Ps. 53:.73: — Vêpres: Ps. 115: ISl : 124: 126 : 137 : Cantique de la Vierge Marie, (Luc 1 : 46 à 55). ~ Cmplies: Ps. 6 : 7 : Cantique de Siméon, (Luc 2 : 29 à 32). — maedi.

Matines : Nocturne : Ps. 15 : 19 ; — 2»« Nocturne : Ps. 72 : 101 :

— 3»« Nocturme : Ps. 107 : — Laudes: Ps. 24 : 85 : 97: Cantique d'Ezéchias, (Esaïc 38: 10 à 20). Ps. 150: Cantique de Zacharie, (Luc 1 : 67 à 79).— Prime: Ps. 35 : — Tierce: Ps. 26 : 50 : — Sexte : Ps. 37 :

— i\'0«e:.P8. 109 : — Vêpres: Ps. 120: 122: 133 : 141 : 142: Cantique de la vierge Marie, (Luc 1 : 48 h 55). — Compiles : Ps. 13 : 32 : 79 : Gaiiti.jue de Siméon, (Luc 2: 29 à 32). — mkrcredi. — Matines: 1" Nocturne: Ps. 9: 10: — 2™« Nocturne: Ps, 78: 1 il 38. — 3«'« Nocturne: Ps. 78: 39 à 72. — Laudes: Ps. 5: 36: 65: Cantique d'Esaïe, (12: entier), Ps. 147 : I il 11, Caiîtique de Zacharie, ^Luc 1 : 67 il 79).

— Prime : Ps. 31 : Tierce : Ps. 42 : 43 : — Sexte : Ps. 21 : 103 : — None : Ps. 82 : 94 : — Vêpres : Ps. 123: 125: 127 : 130: 131 : Cantique delà vierge Marie, (Luc 1 : 46 à 55). — CampUes : Ps. 11 : 14 : 16 : Cantique de Siméon, (Luc 2 : 29 à 32. — jeudi. — Matines: 1*' Nootume: Ps. 20 : 33: ~2"* Nocturne: Ps. 68:— 3"« Nocturne: Ps.89:

— Laudes : Ps. 81 : 108: Cantique d'Anne, sam. 2 : 1 à 10). Ps. 147: 12 à 20. Cantique de Zacharie, (Luc 1:67 à79). — /Vifiif Ps. 67: 90:— Tierce: Ps. 27 : 84: — Sexte: Ps. 23: 34: —iVone: Ps. 80: 93: — Vêpres: Ps. 116: 138: 145: Cantique de la vierge Marie, (Luc 1: 46 à 55).— Compiles: Ps. 12: 39: Cantique de Siméon,(Luc 2: 29 à 32). — VE.NDREDI. — Matines : l""- Nocturne : Ps. 52 : 55 : — 2'»*' Nocturne : Ps. 59: 61 : — 3'"" Nocturne : Ps. 69 : — Laudes : Ps. 5i: 71 : Cantique d'Habacuc, (3 : entier). Ps. 146: Cantique de Zacharie, (Luc 1: 67 à 79). — Prime : Ps. 44 : — licrce : Ps. 40 : 58 : — Sexte : Ps. 102 :

— Ps. 22: — Vêpres :^s. 129: 139: 140: Cantique de la vierge Marie (Luc i : 40 à 55;. — Complies : Ps. 38 : 56 : Cantique de

OFFICE CANOiNlAL — PALM

Siméon, (Luc 2 : S9 à 8S). — bambdi. — MaliuM : l*' Koetume : Ps.

41 : 49 : — 2"» Nocturne : Ps. 62 : 64 : 75 : -— 3°»« Noctnrno : Ps. 76 : 83 : — Laudes : Ps. 47 : 57 : Cantique de Moïse, (Deulér. :i'2 : 1 à 43). Ps. H7 : CantiqiK^ do. Zacharie, (Luc 1 : 67 à 79). — Prime : Ps. 88 : 143 : — Tierce : Ps. il) : 45 : 449 : — Sexfe : Ps. 46 : 48 : 87 : — Aone : Ps. 60 : 74 : — Vêpres : Ps. 128 : 432: 444 : Cantique de la vierge .Marie (JrfUC 1 : 16 à 55). — Compiles : Ps. 51 : 86 : Cantique de Siniéon, (Luc 2 : 39 à 32). — SouRCCS. La nomenclature de tous les ouvrages, traitant le aiqet que nous venons d'effleurer, constituerait, à elle seule, un fort volume ; nous n'indiquerons donc ici que les livres de preniièii nécessité, ceux dont nous avons pu apprécier la valeur et PimporUnee : 3ona (card.) De dhnnâ Psalmodia', Conférences ecclésiastiques du diocèse de La Rochelle ; Thomassin, Tra/fr d>- l'office dirin ; Martène (Doni) De antit/uis Lcclesiie ritibm. ouvrage de preniicr onlre ; Grancolas, Traité de la messe et de lof lire divin ; D(î Vert (Dom Claude), éclaircissements sur la réformation du bréviaire de Cluny ; Grancolas, ComiMntoMre hUtùrû^uemar le brétnaire romain ; GoUet, Traité de Voffiet âimn\ Mésenguy, ExpoaiHon de la doctrine chrétienne^ t. S ; Lettra sur les nouveaux àréviaires ; Mituel d'Allet (19™ instruction); Joly de Choin, Instructions sur le rituel (éàiiiotk Gousset), t. 3; Guillois (Pabbé Ambroise) Explication du catéchisme, t. 4 ; Bergier, JJict. de théobg. dogmat. art. Meures; d'AW'ioW, Des mot ifs intrinsèques des Heures canoniales; Claude Villette, /.es rafsotis de l'office et des cemnonies ; Arnault de Pcvrounet, Le manuel du bréviaire romain ; Dict. des ceremon. et des rites , [cû\\(^v\ . Mij^ue) arl. Office; Origines et raison de la liturgie catholique (Migue), art. Bréviaàre et Beurci ; Guéranger (Dom F^Bper), Inititutiom liturgiques, ouvrage indispensable, d'une érudition vaste et de la plus haute valeur, mais éerit avec un enthousiasme de oommande et de mauvais aloi. Ce livre dont le style est plein de violence, a soulevé des orages à son apparition ; il a beaucoup contribué à la cliute du rite parisi«>n. il n'avait d'ailleurs été entrepris qos puur atteindre ce but. 2S'dice fn'sl'-rique sur les rites de ILfflisc âe Paris, par un prêtre du diocèse ; lu'ocbure tort bien faite et très-précieuse pour l'étude de l'oflice parisien. A. Maulvault.

PALI (Jean-Henri van der), orateur, homme d'Etat et hébràïaant néerlandais, né à Rotterdam le 17 juillet 1763, reçut rinstruetion priroaiit chef son père Komelius van der Palm, maître de pension dans cstte

ville, l'instrurtion secoii'iair.' au gymnase Erasme et apprit les rudiments de rhébreu de U. Van der Bank, pasteur à DeUshaven. A quinseans, il

PAUI

fut nivoy»^ Ciuunie hoursior dp sa ville natale au collôpe des Etats à Leyde (1778); et commença ses études littéraires et théologiques à l'uaiviersité sous la direction des émioents professeurs Valckenaër, Huhnkeoiuset surtout l'orientaUste H.-A. Schultens, dont il devint bientôt l éh^ve fiiTori. Le 31 jan?ier 1784, i vingt ans et demi, il soutint une briiJaote et solide thèse de doctorat sous ce titre : £eclêsiaitet philoloffire et criticp illmtratus, et l'aimée suivante, il fut appolé rotnme pastpur à Maartensdyk (prés d'I trocht . ou il so distiiijj^ua de suite par sa prédication édifiante et fmidée sur iin«^ sérieuse exégèse. — Malheureuseuïenl, ï^ous riniluence d(î Bt llaniy et du parti des « patriotes », van der Palm se inéla aux agitations politiques qui précédèrent la chute du ftathoudérat ; il prit même part aux exercices militaires de la garde nationale ; mais, à la première attaque des Prussiens (septembre 1787), il prit la fuite avec sa jeune femme et obtint sa démission de pasteur à Maartensdyk. II remplit ensuite pendant six ans les fonctions de bibliothécaire et chapelain auprès de M. J.-A. van der Perre, premier nolde «le Zélande, puis auprès de sa veuve à Middelhourg. En I79S. après l'arrivée du «réuénil Moreau et des ciuiimissairos de la République Iran- »;aise dans l'ile de Walcheren, il fut nomnié menibre du gouvernement provisoire de Zélande et modéra les passions révolutionnaires en collaboiani an jownial C Ami du Peuple. Nomm6 professeur de langues et d'antiquités orientalesàLeyde, àla chaire de Schultens, il venait à peine de préparer ses cours d'hébreu et d'arabe (1796-99) et d'entrer en correspondance avec les principaux orientalistes de TEurope, Rey, Bernstein, Sylvestre de Ssicy, ktfsquUl fut appelé par le pouvoir exécutif de la république Batave au po^tc d'ap:ent (c'est-à-dire ministre) de l'instruction publique à La Haye. ces hautes fonctions, qu'il occupa six ans i791>-180o), van der Paliu déploya un talent d'organisutem- de premier ordre : il améliora le système médical, introduisit uue orthographe uniforme et jeta les bases de ce système d'instruction primaire qui a mérité les éloges des Guvier et dea Gousin. — A l'avènement du roi Louis-Bonaparte (1806), van der Palm résista à sas o£&es les plus flatteuses et rentra définitivement dans l'université et dans rEgli»e, et, en 4813, il se rallia au parti de la restauration de la maison d'OiangO sur le trône des Pays-Bas. En IHOfi, il avait inauguré son enseignement dans la chaire de poésie et d'éloquence sacrée par un discours latin intitulé : De oralore sacro Utterarum divinarum inlerprete, et, l'année suivante, il fut nonmié à la lois professeur de langues orientales et prédicateur de l'académie (1807). Dès lors, et pendant trente années, van der Palm s'acquitta de ces doubles fonctions avec autant de sèle que do succès, fl fiii un des maîtres les plus goûtés de la jeunesse; oorome oralenr il tint incontestablement le premier rang depuis la mort de Rau; dtns toutes les occasions solennelles, il eut l'honneur d'être l'interprète éloquent des sentiments de la nation néerlandaise, par exemple, dans une barantrue célèbre adressée aux étudiants île Levde, au moment OÙ éclata la guern- de 1830 contre la Belgicjue. Mais c'est surtout comme intcrprèU» populaire de la Biblequevau der Palm a exercé une iniluence considérable sur plusieurs générations; son explication des « Proverbes»

PÂLM — PAREAU

est un vrai cbcf-d*œuvre de fine analyse et de profonde connaissaneeda cœur humain ; sa BiBlepow 2a /eufieMe contribua grandement à la propagation du culte déméotiqueen Néerlande; et sa traduction de la Bible, avec notes et introductions, qu'il acheva àlui seul (1818-30), est un vrai monument de piété vivante et do poCit esthétique. Depuis 1822, van der Palm était membre correspondant de la Société asiafiquede Paris. Il s'éteignit à Loyde, le 8 septembre 18il, dans la pi«Miitiidp <le sa foi larcremeni évangéiique et ayant conservé jusqu'à la (in r/quilibre de ses lacultés, aussi brillantes ([ue variées. — Ouvrages principaux : Esaïe, traduit et éclaire!, 3 parties, La Haye, 1806, 2« édit. Rotterdam, 1841 ; Salomon, explication des Proverbes, 6 parties, Amsterdam, 1808-16; 3* édit. complète en 9 vol., Leeuwarde, 1841 ; Bible pour lajewmse, ISlivr. in-12<*, Leyde, 18H -;U; Monument kistorico^oratoin do la Restauration de la Néerlande, Amsterdam, 1816 (traduit en français par Joos, à Bruges, 1828): LaIJible, traduction de tous les livres dn l'Ancien et du Nouveau Tosfîiment, y compris les Apocryphes de l'Ancien Testament, 8 vol. in-4^ Leyde, 1818 HO. édit. in-8", U-yde. 1827-30; Dissertations, discours et écrits de circonstance, 5 vol., Leeuwarde, 1833-50; Sermont (complets), 16 vol., Leeuwarde, 1852-54; Mémoires de Tagent de rintiruetion publique^ suivis de documents relatifs à l'introduction des lois scolaires de 1801 à 1803, de la proposition du grand pensionnaire R.-J. Sohimmdpennink et du projet de loi scolaire de 1806, Leyde, 1854.

Bonet-Maury.

PAREAU (Louis-Gerlach), apologMe et moraliste néerlandais, né à Deventer (Over-Yessrl) le 1() août 18(M). d'une virille famillo de réfugies français. Pareau fut initié de bonne heure à l'étude do l'hébreu, du chaldéen, etc. , par son père, Jean-Henri Pareau, professeur de langues orientalesà Utrechl, et y suivit les cours de théologie. A viugt ans, il obtenait le grade de docteur après avoir soutenu une thèse intitulée Commets tatio critica ad 4 Corinth. XilL Le même jour, 23 septembre 18â0, il fut proclamé docteur ès lettres et en philosophie honoris causa. Gomme on le voit, le savoir de Pareau était déjà fort étendu, et il était réservé aux plus grands honneurs. En eflTet, après avoir desservi la pnroisse de Nederlangbroek et puis celle de Voorburg {près la Haye), il fut nommé professeur de théologie morale à Groningue 1831). Sa leçon d'ouverture : /Je animonon minus tli^ologorum quam inyenio Academica instiiutione informando annonçait déjà sa tendance à considérer le christianisme comme une puissance morale, une source de vie nouvelle plutôt qu'un concept dogmatique. G*était aussi le point de vue de son collègue, P. Hofstedc de Groot, le célèbre chef de l'école, dite de Groniugue, dont il défendit les idées dans le périorli<iue intitulé Véritéet Chanté { Jl^aat' heid en JÀefde), et contre la droite orthodoxe représentée par le professeur Doedes 'd'Utrecht) et contre J.-II. Scholten, le leader de la gauche « moderne. » Deux fois honoré des fonctions de recteur île l'université, en 1813 et 1858, Pareau prononça des discours latins sur " l'iiifiuence de la religion chrétienne dans les sciences humaines » et sur les « Désirs et pressentiments de la perfection chrétienne dans la philosophie des anciens. » 11 mourut à Groningue, le 27 octobre 1866, joois-

PÂRËÂU — PARIS ÂU MOYEN AGE 745

sant de k réputation d*un écrivain latin et d*un moraliste de premier ordre. — Ouvrages principaux : Initia instiiutionis ehristiansemcralis, Qroningue, 4842; Dogmatiea et Apotogetiea christ iana (en collaboration avec P. Hofdtede de Groote, Groningue, i845 ; Hermeneutica codieis fumt, Groninguo, 1846; Encyclopxdia tkeoiogi c/iristiani (en collaboration avec p. Hofstede de Groot). Groningue, 1851.

PARIS AU MOYEN AGE (topographie ecclésiastique). — I. EpooiEnoMAiNE ET MÉROVINGIENNE. Au moment où le christianisme fut pour la premitTô fois pn^ché h Paris, au milieu du troisième siècle, la capitale des Parisii, Lutntia, occupait au moins la Cité, et la montagne Sainte- Geneviève. Slrahon nous dit, au commt'iicemenl du premier siècle : oVers le fleuve de la Seine sont aussi les Parisii, ayant une ilc dans ce fleuve et la ville de Zuco^oc/a (Aouxoxoxtx, IV, 3, 5; Ptolémée : AouxoTexta)». La N ville » ne pouvait sans doute se trouver sur la rive droite, à cause da« Marais » dont les quartiers voisins ont conservé le nom. Déjà César, qui ne connaît d'autre Paris que C oppidum Pàrisiorum, situé dans l'Ile, dit que la ville est entourée àemBTÙéifiet^tuamenepaludem, VII, 57). lALueotociade Strabon, distincte de l'île de la Cité, devait s^éleversurla montagne Sainte-Geneviève et s'étendre dans les quartiers Saint-Victor et Saint-Marcel. C'est l'enipcrenr Julien qui paraît avoir réuni Lucotocia à la Cité par les constructions dont le palais des Thermes était le centre. Tel est le système défendu par M. Desjardins (Gf'ofp'. de la Gdfiie romaiite, II, p. 474, 1878; Acad. des Insrr., séances des 28 cl 31 octobre 1879 ; /ïrr. nrrhéol., février à avril 1880 et Ihillrtin de la Société de l'histoire de Paris, mars et avril 1881), et qui est |j;énéralement adopté. Il ne laisse pas (jne d'éveiller quelques doutes dan^ certains esprits exigeants. — Le nom de civitas Parisiorum se lit sur une borne milliuire, datée de 307, creusée et utilisée comme sarcophage, qui a été trouvée en 1877 dans Tancien cimetière de Saint-Marcel et qui est aujourd'hui au Musée municipal de Phètel Carnavalet (de Longpcrier, Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions, 37 avril 1877 ; Mowat, JRev. archéoL, iévrier 1878; Desjardins, articles cités). Les restes romains ne manquent pas sur la montagne Sainte-Geneviève ; il suffit de mentionner les importantes Arènes qui ont été mises au jour en 1870, dans la rue Monge, en un endroit qu'en li284 on appelait « les Areinnes, » et qu'Alexandre Neckam mentionnait peu après 1180 [Soc. df?s mitiq. de fr., Bu//., iO noveniltre 1858) et le cimetière gallo-romain de la rue Nicole, au faubourg Saint-Jacques, fouillé en 1871). Ce petit cimetière n'était qu'une partie du fief des 7'um/jes, qui occupait le faulionrir Saint- Jac(jues, et dont la Toin/je- Issoire a conservé le nom. Un immcnsf édifiCii romain parait avoir occupé tout l'espace compris entre les deux voies antiques représentées aujourd'hui, paratt-il,par les rues Saint-Jacques et d*£nfer; on croit y reconnaître un camp retranché. Le Luxembourg est plein de substructions romaines, et on a trouvé des puits funéraires sous l'Ecole des Mines. Une telle étendue de cimetières ne convient qu'à une très grande ville. — Quant à la Cité, chacun a vu au musée des Thermes les auteli élevés sous Tibère par les natitoi^ortsiaci et qui ont été découverts en 1710, sous le ehœur de Notre-Dame; ils sont dessinés, en dernier lieu.

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dans les Orighies: rie rh'f/lise ih' Pnris, de l'abbé Bernard (1870 ; M. Mowat les aéludié? dans \e Bullclinépi;/r(j/j/tique de la Gaule/y.inxitr -i 1881, Les dieux de Rome et les divinités celtiques s'y rencontraient dans une confusion toute romaine. An temps de eaint Denis, la butte Montmartre, Mons Mercurii, était, comme le Dononet le Puy-de-Dôme, coosaeré à es dieu des hauteurs qoe les Romains avaient identifié av^ Mercure. Sur la rive droite, on a trouvé au Palais-Royal dos antiquités romaines, et il est certain qu'il existait au nord de la ville, vers la colline de Montmartre, une gninde nécropole. La partir nord de Paris était donc habitée à la fin de la période, gallo-romaine. — C'est dans ct'tte ville que, vers l'an ^oO, Scimt Denis vint prêcher l Evangile (voyez l'art ic le ^aj/U Denis et comparez l'article Toulouse). On sait Lieu peu de chose de son activité et de son martyre, et il est probable que la légende qui loi fiût porter sa tète de Montmartre à Saint-Denis ne repose pas sur aube chose que sur une image où le saint était représenté tenant sa téte dam sa main: c'était rattribut de tous les saints décapités. Hilduin, abbé de Saint-Denis au neuvième siècle et écrivain très peu digne de foi, est le premier auteur qui désigne Montmartre comme le lieu du martyre de saint Denis et de ses compagnons. Mais une découverte fait»' »mi IGll a apporté à l'ariirmation de cet historien peu scrupuleux le ténu»i^naî:e des monumciiis. A cette époque (Le Blant, Inscr. chrét., n** on a mis au jour \e, Sanetum Martyriumy la crypte consacrée, au plus lard au sixième siècle, à la mémoire des martyrs. Qu'il nous soit permis de nooi étonner de voir les auteurs chercher dans les lettres GLEMIN, qu'ea parait avoir lues en 1611 sur les murs do l'hypogée, autre chose que le nom de saint Clément de Rome, que l'ancienne légende donnait comme le maître de saint Denis. Il est vrai que les trois mots: MAR... DIO... et GLEMIN.... qu'on a lus sur les parois, inscrits en noir ou gravés au couteau, no sont pas de nature à inspirer une parlaite conlianc»' à l'historien critique. — Nous n'enlendous plus parler du christianisme a Paris, excepté par la mention d'un concile qui parait y avoir été tsni tn 361, jusqu'à l'an 429. G*est alors que saint Germain d'Auxenect eaint Loup de Troyes, se rendant en Angleterre pour y combattrs rhérésie pélagienne. rencontrent à Nanterre la jeune fille qui est devenue la patronne de Paris (voyez b-s articles Sainte Geneviève, Saint Germain d'Auxrrre et Saint Lovp). Le nom de la vierge de Nanterre est mêlé àl hisloire d'.Vtlila; en réalité, sainte Geneviève releva le courage de la population menacée et elle s'employa à ravitailler la ville. — Le }>lus ancien monument chrétien de Paris est la gracieuse et touchante épitaphe de Barbara, qui parait remonter 4 la fin du cinquième siède s( qui a été trouvée dans le cimetière saint Marcel ; elle est aujourd'hui csa* senrée au musée Carnavalet (Le Blant, n* 202 ; Guilhermy, Jtuer, cArér.. I, 1.) Une tradition parisienne (Longnon, £a éroute au K/*«i^cl0, p. 354) veut que l'église de Saint-Marcel, dont on voyait naguère encore leî dernières ruines au coin du boulevard qui en a pris le nom et de l'avenue des Gobelins, ait été, à l'origine, une chapelle dédiée par saint Denis sous l'invocation de saint Clément ; l'évôque de Paris, saint Marcel, y aurait reçu la sépulture vers 430. Cette tradition parait plus que dou-

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teoM, mais ce qui est plus digne d'attention, c'est que Grégoire de Tours parle, par deux fois, du tombeau de saint Marcel et de celui de sainte Greseenee comme situés «dans un bourg {^iew] de la Cité parinenne », en appelant Féglise Saint-Mareel Veeelesiasenior^ « la plus ancieone église n (Longnon). La statue de saint Mareel^qui se iroit encore an portail do Notre-Dame, foule du pied la téte d'un monstre à queue de serpent, sorti du linceul qui enveloppe le corps d'une femme couchée dnns son tombeau. La légende, que Grégoire de Tours connaissait sans iioutc sous une autre forme, nous explique retle image; nous l'avons également rencontrée à l'oriiTine des principnlos Eglises de France. Il est bon de se souvenir (ju'en ce temps V/it/dre du pa^ranisme infestait encore Paris. — Gb)vis, le {iremier rui cbrctien, se fait enterrer ainsi que sainte Clothilde dans la basilique des saints .Vp^Urcs Pierre et Paul qu'ils avaient élevée tous deu.\ m colle Lccutitiu qui nunc (Jenotc/'œ ttppellatur (H. Gàguin, 1497), ou comme on traduisait en 1514, sur le ÈmU-Agu de Paris (Kfowat, article cité); c'est là qu*on recueillit bientét les reliques de sainte Geneviève, et, à partir du dousième siècle, l'église n'a plus porté que le nom de la patronne de Paris. Saint Germain fat évéque de Pavis jusqu'en 576 ; c'est lui qui obtint du roi Gbildebert, nns doute ver» Tan 543, la construction, «au faubourg qu'on appelait lutrefois Lucodcius» [Vie de saint Droctovée, citée par M. Desjardins, 1881*, de la basilique de Sainte-Croix et de Saint-Yincent, aujourd hui Saint-Germain-des-Prés. Childebert voulait honorer ainsi l'étole de saint Vincent et une croi.x d'or attribuée à Salomon, qu'il avait rapportées d'Espagne. Nous avons, sous le nom de saint (iermain de Paris, une remarquable explication de la liturgie gallicane, telle (lu'elle était célébrée à Paris au si.xième siècle (Mai tène, t. V). Ce livre nous fait assister pour ainsi dire, au service divin dans Notre-Dame et à Saint- Vinceut sous le règne de Ghil(lt'l)ert. — Nous connaissons les anciennes limites de Paris vers le nord par la légende de saint Merry [Medericut). Aq septième siècle, une petite chapelle du titre de Saint-Pierre était ntoée dans on bois, à l'extrémité du faubourg septentrional de la ville. Saint Iferry, abbé de Saint-Martin d'Autun, arrivant à Paris pour visiter les tombeaux de saint Denis et de saint Germain, s'arrêta dans une cdhile voisine de cet oratoire: il y passa près de trois ans dans la Rliaite, et ce fut là qu'il mourut le 29 août, vers l'an 700. Ses miracles et la sainteté de sa vie l'avaient déjà rendu célèbre. Son corps fut inhumé dan-j la chapelle de Saint-Pierre. Plusieurs siècles avant, à la porte de Paris, saint Martin avait pnéri un lépreux en l'embrassant. Ce n'est pas eu ce lieu que fut établi le prieuré de Saint-Martin-dcs-Cliainps. L'acte de dévoucinentdu î^rand saint était rappelé au VI' siècle par un oratoire situé près de la po lté du Grand-Pont. Saint-Julicn-b^Pauvre, fette charmante et antique église <|ue personne ne connaît, est l un des plus anciens oratoires de notre villr. Il est caché dans les bâtiments de i'sDcieQ Hôtel-Dieu, auquel il servait récemment encore de chapelle, (j est là que Grégoire de Tours logea en 580, lors de son passage à Parts. Cette belle église, consacrée d'abord, dit-on, i saint Julien le martyr, portait, depnis le douzième siècle, le nom de Saint-Julien le Gon-

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fesseur, évi^ue du Man?, surnommé 1p Paiivro à caiisr' (\o sa cliariti' envers lo? malheureux. Jji d/'Yastutioii de l*aris par l«'S invasions des Normands et le grand siège de 885 sont la fin de Taneienne hi*toire de Paris. — Poursuivre cette liistoire au moyen âge serait racontar toutes les luttes municipales et rdifi^euses dont Paris fut le témoin» k fondation de rUniversité, renseignement des grands docteurs seolastH ques, Tinfluence de la prédication populaire, les processions, le dt^veloppement de la librairie el des arts qui s'y rattachaient. Dom Michel Félibien a hr'it V Histoire de Paris (1775, 5 vol. in-folio). On ne peut ici ({ue rappeler les noms des grands évoques du moyen à«ie. Pierre Lombard, «le maître des sentenees» (1158-1 100). Maurice de Sully, le grand prédicateur en lanrçuc françai;»e (1150 U9G), Eudes d»» Sully (H9G à 1208), Pierre de Nemours (1208-1219;, Guillaunje d'Auvergne, (1228-1348), dont M. Valois vient d*écrire l*hl8toi» (Paris, 1880), Renaud de Gorbeil (1250-1268), Etienne Tempier (1268-1279), Sineo Matiffas ou Matifort de Bud (1290-1304), Pierre d*Orgemont (1381- HOO). Jean de Courtccuissc fl i21-U22), enfin Etienne de Poncher (1303-1519), François de Poncher (1519-1532) et Jean du Bellay, dont le nom nous mène au milieu mt^me de la Henaissance. — II- Hi- Bi.iocUAi'UiK. T/liistorien classique de notre ville et de ses environs est rabb'j Lebeuf. Son beau livrt [//ishiirr de la Ville et du Diocèse dt Paris, !7o4-1737, 13 volumes in-12], a été, de 1803 à 1875, réédité avec de savantes additions par M. Gockeris (4 vol. in-8<>) ; malheureosement cette nouvelle et excellente édition ne dépasse pas les limites de Paris. Le volume Vil du GaUia ehrùiiana est consacré au diocèse et à la province de Paris : M. Fisquet l'a résumé et continué en deux volumes de sa France pontificale (1804-1866). Le premier livre qui ait ét»' écrit sur l'archéologie de la ville de Paris est celui de Gilles (^^orrozet Anti(/ut(és di^ Paris, 1532 et 1561. in-folio, réédité en 1875). l/esplus remarquables recueils des antiquités parisiennes sont, outre les .Vrtm4mmts delà monarchie française de Montlaucon,les ouvrages du père Du ' Breul {Théâtre des Antiguitez de Fans, 1612,in-4«); àeHt\\oi[iieeh.eni, sur ift Ville deParts, 8 volumes in-8*, 1T72-1T74) ; de Sauvai {Histovt de Paris, 1724, 3 vol. in-f^) ; de B. do Saiot-Victor {Tableau de Pam, 4 vol. in 8*», 1822-1827); la. Statistv/ue »io/»//«*?/j/«/tf d'Alexandre Lenoir (18Î()-1S76, in-f«, Doc. inédits], et l'admirable collection publiée parla ville (le l>,ins. Parmi les volumes qui composent cette grande «euvre il faut mentionner avant tout ceu.x qui sont consacrés la 7'<>/>'ttpnplii€ /nstori^ue, liégkm du Louvre et des Tuileries, 2 vol., f H(M>-!H68, et Région du bourg Saint-Germain, 187G. par feu A. Berly; Paris en 1380, de M. Legrand (1869), et ce livre qui, tans en montrer la prétention, donne des lumières sur presque toutes les questions, le Cabinet é» manuscrits de M. L. Delisle (4 vol., 1868-1881); il faut citer aussi les trois volumes des Anciennes bibliotAèques de Paris àe M. A. Fraiiktin (1867 . cl il est bon d'avoir sous les yeux le beau livre de feu M. B<''grand sur Ze fiassin de la Seine, 1809, base nécessaire de tonte ctud»' sur les antiquités de Paris. Le volume : Pnri^ et srs /iistorii'n< (uix xn* et xv* siècles, par MM. Leroux de Lincy et Tisserand (1807], réumt les •

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plus importantes descriptions de notre ville faites à ceUo époque, celles de Jean de Jandiin, de Raoul de Presles, de Guilloliert de Metz. d'Antoine Astésan, etc. Il ne faut pas oublier rintiTessaiit tableau de Paris qu'on trouve dans le poème d'Alexandre Neekani, iMUfi (Uvimr sajjientii£^ publié en 1863,parTh. Wright, et le Dit des rues de Paris, eu vers, de Giiillot de Paris (fin du 13* siècle), publié par Lebeuf. NeckAm avedt été, de 1180 à 1187, professeur en Tuniversité de Paris. En ce moment la maison Didot achève la publication d*un bien bel ouvrage, Paris à iravm tes âges, commencé en 1875, qui sera terminé en 14 ]i\Taison8 et qui du reste donne au pittoresque plus de place qu'à l'érudition. — Les plans anciens de Paris sont rares. Le plus remarquable et à peu près le plus ancien est le I^lfui de, UiUe, par la publication duquel la Société de 1 Histoire de Paris a iiiauy;uré. eu 1875, ses travaux (voyez Jules Cousin, Mémoires de la Société, I). On pense que ce beau plan, qu'on appelle encore Plan de l^ruschet, et celui qui est attribué à Ducerceau (il est reproduit par la Chalcographie, d'après une reproduction de 1555), sont les réductions d'un plan officiel dressé en 1550. Le Plan de lapiS' série, qui est bien connu, n'est regardé que comme une œuvre de fantaisie; il date d'environ 1537 (Franklin, Et. sur le plan de Taphserie, 1869, in-12; .\. Boiinardot, Et. arch. sur les atteîens plnnsde Pari^, ISol, in-4"). Il faut nienti(niiier encore le petit plan de Pigafelta, en KiDl, {Mémoires de la Société, I. IHTC);. Nous ne disons rien d*'s plans modernes, e.xcopté du plan de Quesnel, qui date de lOUU.^Quanl aux plans de redressement et de restauration^ les publications de la Ville et celles de la maison Didot les fournissent avec un ample commentaire. — M. de Guilbermy, que la science a perdu en 1878, avait consacré sa vie à une enquête d'un intérêt capital sur les antiquités de Paris. Auteur d'un Itinéraire archéologique de Paris (18o5, sans date, in-12) qui est une œuvre achevée, il a publié, depuis 1873, dans la collection <b s Dneummts inédits, les quatre premiers volumes du recueil des fnKrri/)hnns de la France du V'^sjVV /e om XV1II^ consacrés à l'ancien diocèse de Paris. M. H. de Lasieyrie terminera dignement cette grande œuvre. Le CariHlairede Notre-Dame de Paris a été publié, avec une savante introduction, en 1850, en 4 volumes in-4^ (collection des Dœaments inédits)i par B. GKiérard. On verra toute la bibliographie de l'histoire de Paris dwis la Biblinihèque historique de la France du Père Le Long et dans le Catalogue de l'histoire locah\ à la Bibliothè(jue nationale, dont le supplément autographié vient d'être achevé. L'amateur des choses anciennes de l'histoire de Paris ne mauijuera pas d'étudier le trésor des dévotions parisiennes que M. A. Forgeais a mis au jour par la belle publication des Plombs historiés trouves dans la Seine. Dans les pages qui vont suivre, on se bornera à quelques traits destinés à marquer la physionomie du vieux Paris. — IIL Enceintbs. L'enceinte de Phi l ippe-Auguste, étendue parGÎiarles V du côté du Nord, marquait et a marqué jusqu'à Louis XIII, ou plutôt jusqu'à Louis XVI, les limites du Paris du njoyen Age. Partant àe la Seine à la hauteur de la Tournelle, elle suivait les Fossés Saint- Bernard, les Fossés Saint-Victor et les murs de TEccde Polytechnique (rue Glopin), l'ancienne rue Contrescarpe Saint-Marcel et les Fossés

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Saint-Jarques ; puis, coupant la riif Soufflot h la hautPur dr-s Jacobins qu'ello onfV'rmail dans Paris ci dniit nous avons vu na«:rui'ro mettre au jour une ton(^tro |;idliit[uo,ellerpjoijrnait parles Fossés-Monsieur-le-Prince le passage du Commerce où la dernière de ses tours se voit encore dans la boutique d'un serrurier, et gagnait rhôtel de Neslee par la rue Contrescarpe (rue Maset) et les cours de rinstitnt; deee c6té, elle était percée delà Porte Saint-Germain, à la rue des Gordeliersou des Boucheries {de l'Ecole de Médecine) et de la Porte de Buci, à la rue Saint-André des Arcs. Sur la rive droite, le mur de Philippe-Auguste s'étendait de la porte Saint-Paul au Louvre par une lijjne qui laissait en dehors la rue des Francs-Bourpeois, le Temple et Saint-Martirwles-Champs. Charles V étendit l'enceinte de Paris, par la ligne des houlevards, de la Porte Saint-Antoine, qui était devant la Bastille, à la Porte Saint-Denis, puis, par la Porte Montmartre, à la Porte Saint-Honoré, qui était située près du Café de la Régence en face de la butté des Moulins ^e Ton appeltit le marché aux Pourceaux, et où Jeanne d'An fut blessée (voyas A. Bonnardot, Les anciennes Enceintes de Paris, 1852, m-4«). TVI étsft le Paris du moyen âge : sur la rive droite, la Ville, sur la rive gauche, l'Université, entre les deux, la Cité en marquaient les divisions naturelles, et derrière ses murs, la grande ville jouissait, malgré bien des querelles et des troubles, de la réputation de la plus belle et de la plus savante de toutes les cités. Dos vers de l'an 1418 environ la définissent par les cinq lettres de son nom :

« Paisible demaine (demeure), Amoureux verger»

Repos sans danger, Justice certaine, Science hautaine.

C'est Paris entier. »

La ville renfermait autrefois, avec ses faubourgs et sa banlieue, IS chapitres, 59 paroisses» 4 abbayes d*hommes et 6 de femmes, llpri* eurés, 124 monastères ou communautés, 90 ohapidles, non oomprii celles de Notre-Dame, et 5 maladreries, en tout 311 établissements

ecclésiastiques. A l'heure qu'il est, il n'y a pas plus de douze églises paroissiales, ou 14 églises avec la Sainte-Chapelle et Saint-Julien-le-Paiivre, que l'on puisse considérer comme appartenant au moyen Age ou à la Renaissance (Guilherniy). — IV. L.\ cité. Saint-Fortunat [Carm, II, 9), nous a conservé la description de l'église Notre-Dame au temps de Cliildebert 1°'^. La basilique était splendide et soutenue par des colonnes de marbre; ses fenêtres, garnies d'une clôture de verre, recevaient les premiers rayons du jour; ses lambris et ses murs brillaient du plus vif éclat. C'est là que le saint évéque Germain, les mains levées au dsl, appelait sur son peuple ainsi qu'un nouveau Moïse, les bénédictions divines (II, 8). Les fondations de la basili(iue de Childebert ont retrouvées en 1847 sur la place du parvis. Dès le temps de Grégoire de Tours, la cathédrale de Paris se composait de deux édifices,

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très voisins l'un de l'autre, mais parfaitement distinrts, l'un du titre de Saint-Etienne et le plus iinportaut, sitiié^ vers la partie méridionale de l'église actuelle ; l'autre du titre de Sainte-Marie, placé uu peu plus à l'orient et vers le nord. C'est dnii> la nef de Saint-Etienne (jiie s'assembla en 829 le célèbre concile de Pans. L'église Sainte-Marie lut incendiée par les Nonnands en 857, révèquo Bnée n'ayant pu racheter du pillage que celle de Saint-Etienne. Le célèbre évèque Maurice de Snlly / résolut de reconstruire sa cathédrale, en réunissant les deux églises jusqu'alors séparées. La première pierre de lanouTcUe église Alt posée en 1163, d'après la chronique de Robert d'Auxerre, par le pape Alexarniro If l qui rnnsacra, le 21 avril de la même année, l'abside récemment reconstruite de Saint-Gennaiii-Jcs-Prés. Le maitre-aiilcl fut consacré en 1182 par le légat du saint siège, mais la grande façade iip fut commencée que vers la fin de Pépiscopat de Pierre de Nemours, en 1218. Eîu 1257. maître Jean de Ghelles, tailleur^e pierres (/alAomtif); commençait le portail méridional de la croisée, sous Févéque Renaud de Corbeil. Les chapelles de- la nef et du chœur n'étaient pas dans le plan primitif, dont on peut voir encore la sévère ordonnance dans une travée qui a conservé sa baie à lancette et son œil-de-bœuf ; elles furent construites, entre Pan 1270 et le commencement du treizième siècle, en partie aux frais de l évéque Simon MatifFas de Buci (voyez la Monographie de Notre- JJfinit, par Lassus et Viollet-le-Duc.) « Entour le cuer, dit Guillebert de Metz, sont entailliés de pierre les faits des Apôtres et rhistoire de Joseph le patriarche, de plaisant ouvrage. » Nous avoue conservé les noms du chanoine Pierre de Fayet, qui donna 200 livres pariais « pour aider à fain les hùttoirn et les nouvelles voirrières qui sont sur le cuer, » ainsi que ceux des sculpteurs Jean Ravy, qui commença lesdites histoires, et maître Jean le Bouteiller, qui les partit en 135! (Guiîhermy). C'est par un rare bonheur qu'une partie des ffofkigues simulacres des portails de Notre-Dame fut sauvée en 1793. Ghaumetto sut persuader à ses collègues que Dupuis y avait retrouvé son système planétaire et le philosophe fut chargé de conserver les monuments dignes d*étre connus de la postérité. Le gros bourdon, si connu des Parisiens, fcA donné en 1400 par un conseiller du roi, Jean de Hontaigu, et refondu en 1582. On y lisait ces deux yen, qui rappellent la devise de la Cloche de Schiller:

M Lauân Dfum renim, plebem voco, covfp'ego rlerwn, Defunctos ploro, yestetn fugo, [esta decoro. *

G*est en Pan 1741 que le vandalisme du dix-huitième sièele fit démonter les verrières de la nef et du chœur pour les remplacer par du verre blanc, avee chiffres et borduros fleurdelisées ; nous avons beunusement sauvé la partie la plus splendide des vitraux de Notre-Dame, les magnifiques rosaces, dont les images complétaient le sens des sculptures de chacun des trois portails. Dans l'église, la statue équestre de Philippe le Bel (on dit aussi, de Philippe de Valois) se voyait à côté de Pimage colossale de Saint-Christophe, dont le pied avait une aune de loug

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et le pouce un pied do roi, et la figure ridicule de maître Pierre du Coiguet rappelait, de môme que dans la cathédrale de Sens, la mémoire détestée de Pierre de Gugnières, le défenseur de l'Etat contre l^Eglise (1329). — Notre-Dame était entourée d'habitations, d'églises et de verdure. «C'est là, dit Alexandre Neckam,que8e récréent en se promenant les bataillons des philosophes : un grand travail aime les gai$ loisirs. » La Cité contenait encoro,il n'y a guèro plus d'un 5i^cle, vingt églises. Saint-Denis de la GhAtre y inontniit, suivant I inscription qui en ornait la porte, «la chartr." en laquelle saint Denis fut mis prisonnier, où Nostre Sauveur Jésus le visita et lui bailla son précieux corps et sang, » et Saint-Uenisdu-Pas, le lieu où le martyr avait, disait-on, subi les premières tortures. Il es.t vrai que du Pas se disait en latin de passu et nullement de paseione. Saint-Pienre-aux-Bœufs avait un beau portail qui a été transporté à Saint-Séverin. L'Hôtel-Dieu avait été fondé, d'après U tradition, par l'évéque saint Landry 656); il y nourrissait lui-même les pauvres malades. En réalit'', l'hôpital, consacré autrefois à saint Christophe, est ' connu depuis l'an 821). En 1737 et 1772, cet antique édifice subit deux incendies efTniyables ; nous avt)nsvu démolir, il n'y a que quelques semaines, les arcades <jni en formaient les fondations au bord de I cau. La chapelle de l'archevêché (de révêché avant 1622} avait été dédiée par Maurice de Sully ; les ravages de 1831 ont détruit tout le palais épiscopal. Du doltre, autrefois si fjimeux par ses écoles, il ne reste aucune trace et l'on n'en sait pas même la position. Hais la délicieuse Sainte-Chapelle du Palais, élevée par Pierre de Montereau, doctor lathomorum, de 1245 à 1248, et dont on voit de tout Paris la ravissante flèche, restaurée avec tant de goût par Lassas, est demeurée au milieu de la Cité comme le plus parlait oratoire gothique ([u'il y ait au monde, et comme le plus touchant souvenir du roi saint Louis. Le roi l'avait consacrée à la Sainte Couronne, qu'il avait portée dans Paris de ses mains en 1239, et à la Sainte Croix, qui lui fut donnée en 1241 (GuUhenny, De$er, dé la Sainte Chapelle, in-18, 1867 ; Caillât, la Sainie Chapelle, 1857, infolio; Decloux et Doury, Descr. de la Sainte Chapelle, 1875, in-folio). A la place du terre-plein du Pont-Neuf 80 teouvait autrefois Tile du Pasteur (ou Pasteuri aux Vaches, où Jacques Molay fut brûlé en 13! i. — V. L'iTMVERsrrK voyez l'article Université). Jusqu'au rèj^^ne de saint Louis, rinslruction publique à Paris avait son centre dans les écoles du cloître Notre-Dame. Mais déjà depuis un siècle, les écoles de Saint- Victor et de Sainte-Geneviève disputaient la célébrité à l'ancienne aulaà^ Pierre Lombard, et les deux ordres mendiants nouyellement introduits dans Paris, les jacobins (1221) et les cordeliers (vers 1230) venaient dlnaugurer avec éclat leur enseignement. L'affluence des écoliers sur la montagne de Sainte-Geneviève, le prix coûteux des logements, les écarts de toute sorte qu'occasionnaient l'encombrement des garnis, la pauvreté ou le liive des éfudiants. en^a^'i-rent unchapelain de saint Louis, Robert de Sorbon, à ouvrir « pour les écoliers ((ui y habiteront », « dans la rue de Coupegueule, devaut le palais des Thenuos » une maison que le roi lui avait concédée en 1236. Robert était né en 1201 ; on estime qu'il était originaire de Sorbon près de Rethel^dans le diocèse de Reims. Bien-

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tôt agrandi (4263), de toutes les maisons que saiiat Louis possédait dans

la rue des Maçons, le collège des pauvres maîtres, étttdiantsen théologie à Paris, était, à la mort de son fondateur (1274), un des grands centres do l'ensoigrinment. La Facnltt' de théologie siégeait dans la paisible rue do Sorbnnne \in vi'ro quialissimo nomhmto Sorhnuir]^ la Parti lté de philosophie dans la rue du Foujirre (/■/< vico vocalo S ( rami hidu) oi h Faculté des décrets et des décrétales au Clos-Bruncau, dans la maison qu'habita plus tard Robert Estieone, {invico quem nommant Clausum /Jrwirlli), Le Clos Bruneau est représenté par la rue Jean de Beauvais, et quant à la rue du Fouarre ou du Feurre, son nom est un vieux mot français qui rappelle peut-être la paille où on faisait asseoir les écoliers; elle est située entre la rue de la Hùcherie et la rue Galande, à quelques pas de Saint-Julien le Pauvre; des écoles innombrables en occupaient toutes les maisons :

« Eti celle rue, ce me samUe, Yent>on et fain et fuerre ensamble. »

C'est dans cette maison de'Sorbonne, centre des études théologiques dans P^ris pendant tout le moyen âge, que rimprimerie fut la première fois pratiquée en France. Je n'ai pas à parler du rôle immense joué par les libraires et les copistes du moyen âge dans Tuniversité de Paris. Kn l'an 1471, le grand imprimeur de Mayence, Pierre Scheffer, i'I.i'w roprcsent»' i\ Paris par un libraire -j un'', .|ui avait pour colporteur il( rniann de Stathœn ; vers ce temps, le d-'-pot de Scheffer était établi chez les religieux de Sainte-Croix de la Bretonuerie. Dès l'année précédente, le premier livre imprimé à Paris avait vu le jour; c'étaient les lettres de Gasparin de Bergame, publiées par Jean de la Pierre (J. Heyniin sum Stem), prieur de Técole de Sorbonne, et tirée des presses, iugenwta arte impressoria, par Ulricli Gering, Martin Krantz et Michel Friburger (Chevillier, Orig. de rimpr. de Paris, 1694, in-4»; A. Franklin, La Snrhonuf, 2" éd., 1875, in-12; Aebi,(/ie Duchdrurkprhunst in fî> rdmnnatrr, Einsiedein, 1870). peut-être ces ouvriers, qu'avaient accueillis dans les murs de la Soibonne .1. de la Pierre et Guillaume Fichet, ne venaient-ils pas d'ailleurs que de l'imprimerie qui venait d*étre ouverte & Mûnster en Argovie. L'abbé de ce couvent, Jobst de Silinon, avait été l'ambassadeur secret de Louii XI auprès des confédérés suisses. — La Sorbonne était le centre d'une multitude innombrable de collèges : c'étaient Monlaigu, remplacé par la bibliothèque Sainte- Geneviève ; Sainte-Barbe {Hist. de Sfe-/i., par J. Quicherat, 3 vol.); Navarre, célèbre par ses représentations théâtrales, et dont TKrule Polytechni(iue occupe les bAliments (Lauiioy, Iteqii Navarrx (jf/inn. Hist., 16771; le collège de Forlet, où demeurait Calvin quand on vint le saisir, rue des Sept- Voies; le collège de Beauvais, l'onde en 1370 par le chancelier Jean de Darmans et dont la charmante chapelle abritait, encore il y a quelques mois, un couvent de dominicains ; puisle.collège du Plessis etlecoUègedePresles, où Ramus fut massacré, ete. (voyez la bibliographie sommairement indiquée à l'article Cnicersité). — Acété delà Sorbonne l'abbaye de Gluny avait d'un cété son collège et de l'autre

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Bon gradeax petit hôtel, qui porte encore les armes de Jacques d'Amboise (1490). An milieu do quartier des Ecoles, non loin de Téglisr 8eint<SéTerin, le clos de Garlande (actuellement nie Galandc), rappelle le nom d'une célMire famille, et particulièrement d'un nn liidiaGre du un* siècle et d'un grammairien du mémo temps. L'une des plus célèbres écoles de Paris était le collège des Bernardins. On en voit rilcore loi traces rue do Poissy, dans une caserne occupée parles sapeurs-pompiers. C'est en l'an 12-45 que fut fondé ce grand établissement, remarquable par son église inachevée, quia donné son nom à tout un quartier et qui représentait, dans l'université de Paris, l'ordre de Glteaux. L'abbaye de Saint'Victor en avait cédé le terrain. « Les moines de Gftteaui, dit Du Breul, se voyant argués d'ignorance et méprisés par les jacobios, eordeliers et séculiers lettrés, impétrèrent un privilège du pape Innocent IV, par lequel, suivant leur requête, il leur foi permis d'ériger des écoles et coUèges aux fameuses universités, comme à Paris et ailleurs. ') Les doux grands ordres mendiants avaient leurs maisons dans Je (juartier latin ; les jacohiiis-Saint-Jacques conservaient le s<»uvenir de saint Thomas et d'Hugues de Saint-Cher (A. Lenoir, Arch. Honast.^ il, p. 205) et les cordeliers, dont le musée Dupuytrea occupe le réfectoire, conservaient les tombeaux d'Alexandre de Haies et de Nicolas de Lire. Quant aux carmes de la place Haubert, ils montraient, ditp-on, dans leur cloître la chaire de pierre d'Albert le Grand. Les trois grandes abbayes de Saint-Victor, de Sainte-Geneviève et de Sainl-Germain-des-Prés, célèbres, la première surtout, par tant de grands noms et par la richesse de leurs bibliothèques, formaicnfceinture autour de riJniverjilé (voyez les articles Sainte Geneviève, Sat'nl Germain di' Paris cl, pour Saint-Victor, le Cahinet des Manmrritf). — Saint-Gerniaindes-Prés abritait, àPouibre de ses trois clochers, le bourg Saint-Germain. L'abbé Moraird, qui fit reconstruire l'église aux environs de l'an 1000, avait conservé, des constructions de Ghildebert, la grosse tour à laquelle il donna le beau couronnement d'architecture romane qui U aurmonts. 'jNon loin de l'abbaye était la chapelle Saint-Père ou Saint-Pierre, qui a donné son nom à larue desSaints-PèrcHi, et la très andoine église de Saint-Jean, Saint-Laurent et Saint-Sulpice servait de paroisse aux vassaux de Saint-fiermain. Devant l'abbaye s'allongeait le Pré-aux-Clercs. liei' de l'Université, q»ii s'ttenihiit le long de la Seine jusqu'à la petite rue de Courty, voisine du Palais-Bourbon. En 1278, à l'occasion du rétrécissement d'un chemin conduisant au Pré-aux-Glercs, l'abbé appelle ses vassaux au moyeu de sa cloche ; ceux-ci se réunissent au son des trompettes et s*excitent parles cris de : A mort ! à mort! au massacre des Màm\ le prévôt de l'abbaye et les moines frappent de lents épéee plusieiiis étudiants; les uns sont blessés h. mort, d'autres peut-^tre jetés à la rivière, et pendant ce temps, du haut de leurs murailles, les moines faisaient pleuvoir les pierres et les flèches La justice donna tort aux

moines et raison aux écoliers. En 1548, le principal du collège de Presles, ■Ramus, soulève les étudiants contre Tabbé de Saint-Germain, qui a fait construire une infirmerie ayant des vues sur le Pré-aux-Glercs, « parlesquelles veues et canonnières avoit été naguières et la nuit passée, tirés

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^ aucuns coups de hacquebuttes contre les escolliers. » Les étudiants pénètrent dans le clos de l'abbaye, arrachent les arbres fruitiers et les vignes, et le soir ils s'en vont brûler en triomphe devant Téglise Sainte- Geneviève les ceps et les souches qu'ils ont emportés en guise de trophées. Telles étaient les relations des moines et des écoliers. AudelàduPrt^nz- Clercs et du gibet de l'abbaye étaient le fief de Grenelle (Gamelle, Gart^ nella, la petite garenne), dépendant de Sainte-Geneviève; les fourches de Saiiite-Goneviève étaient voisines de Vaugjirard ou Valboitron avait (VnUis lÎDstron'uvJ. L'abbé de Saint-fJormain, Gérard de Moret (fl278) donné son nom àcette commune qu'il avait rebiltie f Herly, Z^'.s r//?»/,!" f^réiaux-Clercs y Hev.arch., xii, 1855-56; Hech.suries terrains de la ^iar .de St- Sulptce qui étaient encore en culture au xvi* siècle^ té., xiu> 4856-1^7). — VL La ViLLB. La paroisse de THètel-de-ville était St-lean-en-Grève, dont la salle Saint-Jean, a conservé le nom jusqu'en 4871. C'est là que l'on conservait rhostic miraculeuse de la rue de» Dillctles. «En 1291, diseot les Grandes Chroniques de France, il ot un juif à Paris en la paroisse de Sai nt- Jean-en-Grève, lequel lit tant jmr devers une femme crestienne que elle 11 apirta le corps de Jliésucrist i ii nneœste sacrée, hujuelle elle avoit reçue «n la se[>niaine peneuse en l;i avommicbant, et la bailla an juil'. Qn.int le juif l'ot par devers soy, si niisl ladite œsteen plaine chaudière de yaue eliande, le jour du vendredi aouré ; et quant ladite œste lu en l'yauc bouillant, il h commença à poindre de son eoutel, et lors devint l'yaue aussi comme toute vermeille. Et après ce, il oeta ladite œste de la chaudière, etla eommeoi^àbatre d'une verge : laquelle diose fu tonte prouvée contre le juif par l'évesque Symon MatifTait. Si avintque du conseil et de l'assentiment des preudommes qui à Paris estoicnt régens en Théologie et en Décret, ledit juif lu condamné à mourir et fu ars devant tout le peuple; et estoit a{)pelé le Bon Juif et sa femme avoità nom Bellatine. » La maison àn Bon Juif fut rasée, et en sa place on WMit une chapelle (jui plus tard fut donnée aux oanues-Billettes et qui devint eu 1808 une église protestante ; sur la porte se lisaient autrefois les mots : « Id Dieu fut bouilli» {Paru et ses kutorUns, p. 189 ; Bùt.liit.delaFi'.^XXlfp.lU; Forgeais, PlomM histmés^ III, p. 114, et P. Lacroix, k$ arts aùmoyen tf$Fe,fig. 233). En face deréglise Sa int-Jacques-de-la-Boueherie demeurait « Flamel l'aisne, escripvain, qui faisoit tant d'aumosnes et hospitalités» (1418). 11 avait fait construire le petit portail de l'église, ainsi qu'une arcade des charniers au cimeti»'re dos Saints-Innocents, et sur le portail, orné de son ima^e, qu on voyait de son échoppe d'écrivain, il avait fait graver les mois : u Tenez-vous eu dévotion. Ayez vraie contrition. » Au cimetière des Innocents se lisaient ces paroles de la mort :

« U n'est vivant, tant sdt plein d'art.

Ne de force pour résistance,

Que je ne frapfie do mon dard, Pour bailler aux vers leur pitauce. o

u A l'église des Innocents, dit Guillehert de Metz, sont engigneusement entaillées de pierre les ymaiges des trois vifs et trois morts

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(elles avaient été gravées en 1408 par ordre du duc de Berry). Illee sont pantures notables de la Danoe Macabre et autres, avec escriptures pour esmouvoir les gens à dévotion. » C'est dans ce cimetière que furent tenus tant de sermons populaires, qui exerçaient sur le peuplo de Paris une si profonde impression. S;iinf -(iervai;?, qui existait déjà au temps do (ihiMobcrt Saint -(icrniaiu-i'Auxerrois, qui rappelle l liistoin* do la viergo de NaiitoiTt;, Saint-Leu, consacrée à saint Loup, le conipagnun de saint Germain d'Auxerre, et Téglise beaucoup plus moderne de Saint-Eustaclie, étaient les principales paroisses de la ville d'Outre le Grand- Poni. En dehors des murs, on voyait le Temple, le prieuré (lunisien de Saint-Martio-des-Ghamps, dont le beau réfectoire abrite encore le Conservatoire des Arts et Métiers, et hors de la porte Saint-Paul et de l'enceinte de Philippe-Auguste, Sainte-Gatherine-du-Val des Ëcoliors. Un monument qui est à Saint-Denis en disait toute l'histoire : « A la prière des serrrens d'armes, Monseigneur saint Loys fonda ceste église et y myst la première pierre, et fii pour la joie de la vittnire qui fu au pont de liovines l'an mil (IC et XIIII. Les sergens d'armes [lunr le temps gardoient ledit pont, et vouèrent que se Dieu leur duniiuit vittoire, ils fonderoient une église en l'honneur de madame Sainte- Katherine, et ainsy fu-il. »«0n voudrait pouvoir joindre à ces courtes pages quelques traits sur le diocèse de Paris, sur ses trois archidiaconésde Paris, de Josas et de Brie, et les doyennés de Montmorency, de Chelles, de Châteaufort, de Montlhéry, de Vieux-Corbeil, de Lagny, et de Cliampeaux. Histoire de l'abbé Lebœuf et les Inscriptions de M. de Guilbermy nnus serviraient de |.Miide dans cette excursion archéolo|^nquc. Paris n'était, jusquea 1022, qu'un simple évéché dépendant dt; l'archevêché de Sens. S. BKRr.RR.

PARIS PROTESTANT. L'abbaye Saint-Germain -des-Prés, située hors de la ville, dans Pespace compris aujourd'hui entre le boulevard Saint-Germain, la rue Saint-Benoit, la rue Jacob et la rue de PEchaudé, fut le berceau de la Réforme française, et le quartier auquel elle a donné son nom a été, durant deux siècles, le foyer du protestantisme psrisien. — I. Faubourg saint-germain. Installé dansl'abbhye par son ancien élève (}uillaumeBriçonnet,Lefèvre d'Etaples va composé plusieurs de ses ouvrages, notamment les S. Pnuli /:pistol,r... rum coînmenfariisiiMÎ) oîi il enseignait la justilicati«ui par la foi, ([ui devint le dogme fondamental de la Rélonne. La bibliothè(iue dans laquelle il travaillait et s'entretenait avec ses disciples préférés, Farel, Roussel, Vatable, existe encore en partie au numéro 13 de la rue de TAbbaye, tandis que h Chapelle de la Vierge, où Farel et lui demeuraient longtemps proste> nés devant l'autel que leurs mains ornaient de fleurs, a été démolie en 180 î. pnur l'ouverture de la rue de l'Abbaye (voir au n*» 6). Il n'abandonna le culte des saints et la prière pour les morts qu'en 1519, sans doute grAce à la lecture de quelque ouvra<^^e de Lutber. A la lin de l'année suivante, Brieuiiiiet, voulant iufruduirc la Kéfornie dans soa diueèse, réunit à Meaux Lelèvre, Farel, Uoussel, Mieliel d'Arandc, Mazurier, Pauvan, auxquels se joignit bientôt Valable. Dès le début de 1521, Marguerite de Navarre s'efforçait d'assurer le triomphe de la

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cause évaiig(''li(iue, tandis qiio If clor^n-, la Sorbonne et le Parloment juraient d'étouircr l'hérésie dans los llanunes. Toutefois il y avait à Paris une Eglise secrète dès le mois d'août 1523, et le culte se célébrait vers 1326, près da Mardié-auz-Pouroeaiii,-noii loin de la porte Saint- Honoré, alors située là où la rue Richelieu rencontre la rue Saint- Honoré. Il existait un roarehé aux pourceaux dans le voisinage de cette porte, en dohors de la ville, et un autre, près des Halles, dans Flmpasse-des-Bourdonnais. C'est tr^s probablement près du premier que se tenaient les assemblées intoniites. — Vers le milieu du seizième siècle. le faubourfr Saint-Germain avait pour limite, à l'Occident, le mur de l'Abbaye (rue Saint-Benoît); au Nord, il n'existait qu'un fragment de la rue de Seine. Sur le petit Pré-aux-Glercs, occupant l'espace , compris entre la rue de Seine, la rue Jacob et la rue Bonaparte, les constructions ne commencèrent qu'après 4540, et seulement au dix-septième siècle, sur le grand Pré-aux-Glercs, dont les limites sont marquées actuellement par la rue Bonaparte, la rue Jacob, la rue Saint-Benoit, le boulevard, la rue Saint-Dominique et Tavenue Happ. Aussi à peine construite (1543), la rue des Marais (aujourd'hui Visconti), donnant sur les prés, située, pour ainsi dire, au bout du monde, et soumise à deux juridictions souvent rivales, celle de l'Université et celle de l'Abbaye, devint-elle le refuge du culte proscrit. Elle fut babitée pre>(jue exclusivement par des protestants dont plusieurs niaîtres brodeurs : de là son surnom de « petite Genève » bientôt appliqué à tout le faubourg. C'est dans cette rue, chez le sieur de la Perrière, que l'Eglise réformée de . Paris fut constituée, en 15SS5, par Télection de son premier pasteur, le futur martyr Jean le Maçon, dit la Rivière. Trois ans plus tard, une manifestation qui eut lieu au PréHiux-Glercs attesta les immenses progrès qu'avait faits la Réforme: au mois de mai 1558, les étudiants entonnèrent, devant tout Paris accouru pour les entendre, les psaumes tradin'ts par Marot dans sa maison du Cos-Brun-'au .'il) rue de (^»ndé), et le roi de Navarre, se plaçant à la téte des chanteurs, fît avec eux le tour du pré. Le 2 octobre suivant, Nicolas Lecène et Pierre Gabart, arrêtés en 1557 à rassemblée de la rue Saint-Jacques, après avoir aussi assisté à cènes qui se tenaient près du collège de Navarre (aujourd.'hui Ecole polytechnique) et à celles du faubourg Saint-Germain, furent brillés au pilori de l'abbaye, situé au carrefour formé par les rues Gozlin, du Four * Saint-Germain, de Buci, et traversé par le boulevard Saint-Germain. A quelques pas de là était la prison de l'Abbaye, où le marquis do Jaucourt, ami de Malesherbes et futur président de la société biblique protestante, fut enfermé en 1702. et dont il sortit, grAce h M^"» de Staël, la veille des massacres de septembre. — îAumois de mai 1559, tous les pasteurs de France et les représentants de soixante- douze Eglises se réunirent sous la présidence de François de Morel, sieur de Gollonges, pour rédiger la confession de foi dont Ghandieu a dit qu'elle fut « faite au temps des plus grands feux, n L'assemblée eut lieu au faubourg Saint-Germain, très probablement rue des Marais et dans l'IiAtellerie de Ije Vicomte, cliez lequel logeaient « les allants et venants de la religion, et particulièrement ceux qui venaient de Suisse et d'Allemagne. »

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QuoNjnp? mois nprôs le synode, un rodonblemont do supplit^e? sitrn.ila ravriieiiii-nt d(S (iiii-p au pouvoir. Une d<' leurs virtiruos. Adrien Daussi, dit Douliancourt. l'ut brûlée vive dans la rue de Seine, ijui ne dépassa la rue de Buci, pour rejoindre la me de Tour non, qu'en 1813 • Parmi les habitants de la rue des Marais 8*6tait glissé un trmttre, Martin Frété, clerc du greffe criminel, qui, jouant à merveille le proies* tant, se faisait emprisonner avee ses prétendus frères pour d»'rouvrir leurs secrets. Sa maison formait l'angle Nord-Kst du ehemin de la Noue (plus tard rue des Petits-Au<jrustins et aujourd'hui rue Bonnparte) cl de la rue des Marais; plie ('tait . selon M. Alf. Franklin. mnliLTur- à celle de Le Vicomte. Un voridicli ,\o l'automne 1559, le lieutenant rriminel cacha chez le délateur une cinquantaine de serpents, destinés à surprendre à table seize protestants logés dans rhôtellerie. Mais Le yir comte et lu plupart de ses hôtes escaladèrent les murs et gagnèrent' les champs, pendant que quatre gentilshommes, l'épéeàla main, recevaient les alguazils, les mettaient en.foite, et s'éclipsaient à leur tour. L'hôtellerie fut pillée et les sergents portèrent en triomphe un chapon lardé, mais non cuit, qu'ils y avaient trouvé. La femme et le père de l'hôtelier moururent dans les prisons. Dans une habitation voisine, chez le sieur de la FrtMlonnière, fut pris l'avocat Coiffart. ancien bailli do Saint- Aipnan, porteur de remontrances a<lressées au roi »'t aux Etats sur la tyrannie des Guise, qui allait amener la conspiration d'Aniboise, dénon- , cée par un antre avocat protestant, Des Avenelles, propriétaire au fanhourg Seint-Qermain. En avril tSdl, des assemblées religieuses se tenaient chez Michel Gaillard, sîeurdeLoogjumeau;lapepnliiise«t<eqaa son hôtel, qui avait appartenu dix années auparavant à Jean de Lisieux, dit le Pavanier. Il était isolé sur le grand Pré-aux-Glercs, et situé sur le chemin devenu plus tard la rue Saint-Dominique, au dch\ d'un autre chemin qui est aujourd'hui la rue du Bac. Gaillard =e défendit avec l ajde de l'avocat Ruzé ; ils tuèrent quatre ou cinq assiiillants, puis les portes cédèrent et le pillage commença. La maison lut démolie peu après, et remplacée par l'hôtel Molé. — Des douze cents gentilshommes huguenots accourus à Paris pour le mariage de Henri de Navarre et de la soeur de Oharies IX, une soixantaine seulement échappèrent à la Saint-Darthélemy; ce furent ceux qui, par défiance, s'étaient logés hors des murs, <dans le faubourg Saint-fiermain, avec Montgomery, les Gaumont, le vidame de Chartres, etc. Avertis du massacre par un maquignon qui avait passé la Seine h la nage, ils se précipitèrent dans des bateaux pour courir au secours de leurs frères, mais une fusillade nourrie les fit reculer. Etant numtés à cheval, ils se ressemblèrent sur le Pré-aux-Clercs et partirent au grand galop. Une méprise du guichetier de la porte de Buci (à rentrée de la rue Saint-André-des-Arts, entre la rue Mazet et le passage du Commerce), qui, trop pressé par Ouise, se trompa dedef, leur sauva la vie. Bn vain Guise et les siens les poursuivirent-ils jusqu'à Montfort-l'Amauy, ils ne purent les atteindre. Jacques Pape de Saiot* Auban, qui se trouvait près de Tamiral lonque celui-ci fut bless/^ p« Maurevert. raconte dans ses mémoires, qne. arrêté à la Saint-Barthélemy •et conduit eu prison près de cette même porte de Buci, il vit massacrer

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quantité de jçens à ses côtés, fut pris trois fois au collet par les égor^^eurs et troisXois laissé, u demeurant eu cette incertitude delà vie durant quinze flemaineB. n Bien qu« le massacre ait été efiOroyable ëaaa le faubourg, on ne comiait qu*aii trèa-petit nombre des viotimea : un nommé Mathurin, sans autre désignation; rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés (aujour* d'hui rue de rAncienne-Goniédie), le chirur|i;ipn Antoine Sylvius ; rue. Saint-Germain-des-Prés •'aujourd'hui boulevard), Greban, horloger, Lus* sant, orfèvre, et son fils, dans la poche duijuel les assassins prirent une montre de sept à huit cents écus, que le duc d'Anjou (Mit pour dix écus; près de l'abbayt', si ce n'est à l'abbaye môme, Jean le jardinier ; rue de Seine, un catholique fut égorgé pour avoir témoigné quelque pitié. Le 18 septembre 1572, Condé, séduit par le ministre apostat Du Rozier» abjurait dans la Chapelle de la Vierge déjà mentionnée. Palissy, Tadmirable artbte et le grand écrivain huguenot, épargné à la rue Saint-Bar*, télemy parce que Catherine de Médicis ne pouvait se passer de lui pour romementation de son jardin des Tuileries, demeurait peut-être alors an faubourg Saint-Germain. Il habitait, en 1375, une maison de la rue du Sépulcre (aujourd'hui rue du Dragon), qui porte actuellement le n» 24, et dans la devanture de laquelle un <h' ses plats est resté encastré jusque dans ces dernières années. Celte maison est située presque en face de la rue à laquelle on vient de donner le nom de Bernard Pdissy. Le grand sculpteur Barthélémy Prieur posséda, sous Henri IV». une maison dn cAté occidental de la rue MazarUie, la 8* en comptant depuis la rue de Bud, tout prte de celle qu*ayait construite Pierre Roffet, rimprimenr de Marot. — Sans parler de Racine et de M"* Lecouvreur, des personnages illustres et de grands artistes ont vécu dans la ruelle obscure à bon droit nommée rue des Marais. En 1547, la première maison à main druite en entrant par la rue de Seine, appartenait à un peintre Jehan Cousin, qu'il y a tout lieu (ridentifier avec le célèbre rétorriié du même nom, loiidalcur de l'école Irançaisc de peinture. Elle touchait d un bout, peut-être par le jardin, à la maison d'un autre peintre, nommé Vachot, laquelle avait sa façade sur la rue de Seine et venait la troisième après la rue des lierais, ^n 1595, l.a maison de Cousin appartenait à ses héritiers, Claude Alexandre et sa femme, et tenait d'ua côté aux héritiers de feu le président De la Porte. En 1584, Baptiste Androuetdu Cerceau, qui commença le Pont-Neuf et acheva les Tuileries, en y ajoutant les deux pavillons extrêmes de Flore et de Marsan, se construisit àl angle Sud-Uuest de la rue des Marais, un grand hôtel, dont la façade, donnant sur le chemin de la Noue (rue Bonaparte), s'étendait jusqu'au chemin longeant le mur ^septentrional de l'abbaye (rue Jacob). Il l'abandonna l'année suivante, quand l'ordre fat donné aux protestants d'abjurer on de sortir du royaume dans k ^nsaine, « aimant mieux, dit L'Estoile» quitter Varaitié du roi que d aller à la messe. » Cet bétel, plusieurs fois pillé dans les années qoi suivirent, fut transmis par Marie Androuet à son mail Eiie Bédé, déjà propriétaire d'une maison continue. C'est ce médecin, qui se faisait appeler Des Fougerais et se convertit par avarice en 1648, que Molière a pris pour type de son tueur d'bommes, DesCooandrès. Sur remplacement

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de la maison de Frété et de la maison voisine, Thomas de Biir^ensis avait élevé un grand hôtel, ayant deux ailes, avec cour au milieu et jardin derrière, le tout comprenant une longueur* d'environ cinqnante-trois toises^aur la rue des Marais, qui n'en compte qu'un peu plus du double. An commencement du dix-septième siècle, cet hôtel fut acheté par le burlesque précepteur de Louis XIII, Nicolas le Vau(]uelin, seigneur des Yveteaux et de Sacy, lequel y joignit un grand jardin, situé de Tautre côté de la rue des Pelits-Auguslins (aujourd'hui rue Bonaparte), et y déploya tant de luxe, que Richelieu faillit acquérir la propriété. Elle passa par héritage, en 1G58, à Jacques le Maeou, seigneur de la Fontaine, qui la moreela en trois parties, touillées entre d'autres mains protestantes, celles des Pape de Saint-Aubau, des Dupuy-Montbrun et des Massanes. Des maisons voisines appartenaient à une autre famille protestante, celle des Heudelet, dont Tun des membres, nommé Etienne, était seigneur de Valpèle et de Pressigny. Près de la rue de Seine, aux Trois-Pavillons , le consistoire de Gharenton entretenait, dans une auberge tenue par un catholique, plusieurs malades de la campagne. En 1GS4, il subvenait aux dépenses de trois hôpitaux clandestins. Il y en eut un, de 1G79 à 1084, rue des Fossés-Monsieur-le-Prince. et en 1084 dans la rue du Sabot. Masle, qui le tenait en 1071), fut condauuié à cent livres d'amende. Des pasteurs et des anciens habitèrent évidennncnt la rue protestante par excellence ; toutefois on ne connaît que l'un de ces pasteurs, dont la maison fut deux fois envahie et pillée, Pierre du Moulin (1605-1617), auquel il faut sans doute joindre Macar (1558). On ne connaît également qu*un petit nombre des anciens : Samuel Dufresnay, procureur au parlement (1604), De Rozemont, Antoine de Massanes (1655- 1Ô85), Théodore Lecoq, sieur des Moulins et de Saint-Léger. En 1081, Claude, appelé dans la rue des Marais, par une mourante, femme d'un tailleur, que des prêtres voulaient convertir à l'agonie, alla recueillir son dernier soupir et faillit être lapid»' en sortant. A la Révocation, plusieurs familles de cette rue passèrent à l élranger, lais.^ant en France des bieus considérables, entro autres Massanes fils, appelé aussi Massanes de Wicquefort, les De La Fontaine et leurs cousines D'Angennes, demeurant avec eux, les Lecoq de SaintrLéger, M"** et M"^ de Nob, la femme de Jacques de Rojsemont, Morin, guidon des gendarmes de M. le Prince, M"" d*Higory, dont Pressigny gérait les affaires, et M"* Jacquesson. — Dans la rue de Seine, nous trouvons Pierre du Moulin (1017), Claude et ses ^oll^gueî5, La Placette et (lilbert, logés, le premier chez Girard, joaillier, marchand de tableaux el ancien, le second, proche de Gervaise, autre ancien, qui ne signa sou abjuration forcée qu'après que deux docteurs de Sorboune, Du Fresue et Cheron, lui curent déclaré par écrit « qu il ne s'engageait à croire que ce que TEglise catholique avait cru et professé du tempsdei apôtres, rejetant ce qu'elle aurait pu croira et enseigner de nouveau depuis ce temps-là. » Ruvigny fils, député généra] des Eglises, habitait aussi le foubourg Saint-Germain ; à l'approche de la RévocatioD (janvier 1685), quand les réunions du consistoire furent interdites et que plusieurs pauvres eurent abjuré parce que la distribution des aunKVnes ne se faisait plus, il réunit chez lui les anciens chaque semaine, en les faisant passer

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par la maison (Win semiripr, choz Inquel demeurait son secrétaire Chausset, dont l'appartcnit'iit comiiuiniquait avec le sien par une porte secrète. Lecocq des Forges, dont l'apostasie fut récompensée (1687) par une pemioD de mille livres, demeurait avec sa sœur, M™® Duplessis, ches Blondel, historiographe du loî, dans la roedtt Vieuz-Golombier (aujourd'hui rue Jacob). Les familles des peintres en émail, Bordier et Petitot, qni émigr^îrenl après avoir subi l'incarcération dans les prisons et les couvents, habitaient une grande maison de la rue de l'Université. M. de Villeret, à qui sa femme écrivait ,1e (î septembre iOHô, pour l'eiip^a^'er à suivre le guide aucjuel elle s était confiée, demeurait rue des Saints-Pères. Les Hardy qui passèrent en Angleterre demeuraient dans la grande rue Taraime (aujourd'hui boulevard Saint-Germain), et Uoriguy, marchand, p absenté » en 1687, habitait la rue du Sépulcre (aujourd'hui rue du Dragon). En 1686, après son abjuration forcée, De Rozemont père pr^ sida durant plusieurs mois des léunions religieuses, dans un cabaret de la rae des Fossés-Honsieur4e-Prince, au riche laboureur. Elles étaient fréquentées par une vingtaine de personnes, entre autres par le portraitiste Elle, dit Ferdinand père (exclu en 1681 avec Testelin, Sébastien Bourdon, Michelin, Heude, Forest, Jacob d'Agar, T/Espagnandel, Dugreuier et Sanmel Bernard, de l'Académie de peinture dont il était membre fondateur), Ferdinand (ils. aussi peintre célèbre, Simon Le Juge, autre peintre, gendre de Ferdinand père, l'ex-procureur Blondel, l'horloger Sarrabat, et Bruneau, avocat récemment converti au protestantisme. A ce moment, des pasteurs, bravant la mort, commençaient à revenir en France et à présider de pistites assemblées. A Pftris, elles furent innombrables. Le 3 janvier 1686, la police en signalait une* qui se tenait dans une cave du faubourg Sîiint-Germain ; un peu plus tard, une autre, qui avait lieu le dimanche chez De La Serre, au jeu de paume de la rue Mazarine, puis une troisième, chez Matthieu Gau'pHiot. sieur du Breuil, tenant une académie ou manège an faubourg Saint-(iermain. Dans celle-ci furent arrêtés Pierre Guillard, Jean Atlainville, Jac(jues Caillot, que l'on comluisit au grand Ghàtelet, Marie, Charlotte, Marguerite de la . Planche, sœurs, couturières, demeurant ches la demoiselle Golonnia, rue Mazarine, Françoise Mabiou. femme de Guillaid et Catherine Maupin, mises toutes cinq à la prison de TAbbaye. Quand elles en furent sorties, les demoiselles de la Planche émigrërent. Du Breuil n*avait pas encore abjuré le 12 janvier 1686, et fut mis à la Bastille : sa femme, native des environs de Crécv-en-Brie, se retira chez l'envové de Daneniark en attendant l'occasion de passer à l'étranger. T^o n juin nîH6. on signalait à La Ueynie une autre assemblée qui se tenait ré|^^ulièrement chez la dame Jacob, brasseuse, dans la Petite-rue-Tarannc aujourd'hui Bernard Palissy) , dans une maison ayant deux portes, l'une sur la Petite-rue-Taranne, Tautre sur la rue du Sabot. Les tablettes de Gardel portaient les adresses suivantes, auxquelles il tint sans doute des assemhlées (1689) : M"'' Amyraut, rue des Marais, chez M. Lesseuille, concilier; Monglas (fils), rue de Seine, proche la Galère, joignant M"" Der- 8'gny ; Brindanière, rue de Seine, au Faisan ; M"** Vaudrescal. rue de Tournon, vis-à-vis de l'hôtel d^s Ambassadeurs, qui était, en 1572, Thôtei

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dn M""' dp Pic([uigny ; Bol, rue Mazarino, au rollègf dos Qiiatrc-Nations (Institut), et enlin rue de l'Egout (démolie pour laire place au comraeaeement de la rue de Rennes). M"« Amyraut était Ut |ietite^le da professeur de Saumur, et La Reynie donna l'ordre de rairéter. — Cottin préâda des assemblées, en i688 et 1689, ches Thorloger Martin, rue des Fos8és-Saint-Geriiiain(aujourd'liui rue de T Ancienne-Comédie), vis-à-vis la Comédie, à Saint-Martin, et choz M assène, cliacTon, rue des Fossés- Monsieur-le-Prince. En 1689, le comtP de Vivans en tint tino. nio Mazarino, du r(^t^'» dr la porff do Buci, au Grand Charles, chez Dubois et l'horloger !)ari;pnt. (> dernier <Hait encore à la Bastille en MiM). Le i*'^ et le H (léc.einl>re HJIM), De Malzac en (it deux d'une (juaraiitaïue de personnes, rue des Marais, chez M. de La Fontaine, dont la maison toudiaît au jardin de lliôtel de La Rochefoueanld-Liancourt (aujourd'hui numéro S de la rue des Beaux-Arts) ; une note de police signale, oomme en ayant été le promoteur, Pressigny, encore soupçonné en février 1619 de donner retraite à un ministre. Enfin Delfalsae fît encore, en 1091 oa 1692, une assemblée chez M. Bourdelin, rue Mazarine, derrièrt^ le colletre des Quatre-Nations. Les Ferdinand demeuraient près de là. Rue du Sépulcre laujoiH'd'hni me du Draj^on), on si;4nalait comme lieu d'assemblée la maison du secrétaire du président de la B;irioire, Jean Barbot, sieur du Jard, dont le frère, Gabriel, portait, en 1090, le litre de peintre du roi. — A 1 angle Nord-Est du boulevard Saint-Grermaio et de la rue des Sainte-Pères, se trouvaient autrefois le cimetière des lépreux, b chapelle Saint-Pierre (sur l'emplaeement de laquelle a été élevée li Faculté de médecine], et la léproserie ou maladierie. Ce cimetière, appelé cimetière Saiht-Gennain ou Saint-Pierre, et par corruption Saint-Père, est le premier qui ait été accordé aux protestants de Paris (1576), et c'est de lui que Gasauhon disait avec une si chrétienne éloquence: « On nous bannit de la cité, on nous jette comme des reliuts dans n'importe quel coin. Soit! Notre part est en Dieu, notre cité est au ciel. ■> M. de Hanibouillet, secrétaire du roi, y fut inhumé en lOOi, et, en lt>03, le trésorier Arnaud, dont il fallut recouvrir de plâtre la tombe en marbre noir, parc^ que la populace avait commencé à la briser. L'exigiiitéde ce cime* tière obligea l'Eglise à s'en procurer un autre. Le 4 mat 1604, Joosi Mercier, seigneur des Bordes et de Grigny (tils de Jean Mercier, succeiseur de Yatable dans la chaire d'hébreu du ('oUège de France), acheta, an nom dn consistoire, le jardin de Joachim Meurier, situé un peu plus bas vers la Seine, de l'autre ciUé de la rue des Saints-Pères, fiir l'emplacement occupé aujourd'hui par le numéro 30. adjacent au rôfé Sud de l'Eicole des ponts et chaussées. A la Révocation, ce nouveau cimetière Saint-Germain l'ut donné avec les maisons qui s'y troavaient, moitié à l'Hôpital-Général et moitié à Thospice de la Charité dont il n'était séparé que par la rue. C'est là qu'ont été inhnmét le pasteur De la Paye (1609), Jaeob Bunel, valet de ehambre etpeiatn du roi (1614), Pierre de Béringhen, conseiller au parlement et valet de chambre du roi (1619), Ale.vandre Gobelin, maltre-teinturier. Odet de Jji Noue, fils de Li Noue Bras-de-Fer (162.1 , Salomon de Brosse, architecte du Luxembourg (1626), un fils du pasteur François de Lu'l

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béran, siourde Montigny (1626), un fils de son collègue Mestrezat (1627), Daoiel Tileuiis, professeur do théologie à Sedan (1633), Marie Groiius (1635), un fils du pasteur Drelincourt (1638), Isaac Lemaistre, maître dès comptes, mis à la Bastille, en 1616, pour avoir rrnbra<î>é \o protestantisme, ft père (le Loiiis-Isaac, <lit De Sacy, qui alla aus>i à la Bastille, »Hi il fit sa traduction d«* la Bible (UiiOj, Saumaise ( l^i'il i, un Aiidrouet du Cerceau (IG44). un fils du célèbre graveur Ahraliam Bosse (16i7), Jean de Bédé, sieur de la Gourniandière, avocat au parlement et père de Desfonandrès i IG48i, Guenaut. docteur en médecine (1648), le graveur Delà Place (IGil)), le peintre Briot (1649), Jacques Guenaut, apothicaire du foi (1649), Yalentin Gonrart, fondateur de l*Aoadémie française et son piemiersearétaire perpétuel (1675). — Les ambassadeurs et résidents des nations protestantes (Hollande, Brandebourg, Suède. Danemark, Angle» tenct, Wartemberg, He8se-Cas8el,etc.)« faTorisërent grandement Témigittionen 1685 et 1686, et même plus tard enoore. Toutefois la consomi- ' onduprute^^lantisrae est en grande partie leur œuvre, ou plus exactement t œuvre des chapelains de Tambassade de Hollande et de l'ambassade de Suède, situées le long des murs de Tabbaye, qui, après avoir abrité la H»' forme à ses débuts, servait de prison aux réformés l'ermement attachés a ItMir foi (entre autres Masclari, ancien de Gliarenton, que les moines "bligeaieut de payer sa pension ainsi que celle de son douieslique). — Lauibassade de Hollande était à l'angle Sud-Est de la grande rue Taranne (aujourd'hui boulevard) et de la rue des Saints-Pères, en face du premier cimetière Saint-Germain, sur remplacement d'un autre cimetière des lépreux antérieur. L'ambassade de Suède, berceau de l'Eglise luthé' rienoe de Paris, était à Tangle Sud-Ouest de la nie Jaoob et de la rue SaintpBenott, en faee d'un pavillon de l'abbaye démoli seulement après 1886. L'ambassade de Brandebourg était établie dans un hôtel de la rue de Greaelle-Saint-Qermain, non loin de l'bétel de Jaucourt, que le dixhuitième siècle appelait « la maison des huguenots », et où Malesherbes conçut le projet de l'édit de tolérance (1787) qui rendît aux protestants l'état civil. Les ambassadeurs recueillaient chez eux un prand nombre lie personnes cherchant à s'évader ; leurs hotel> eu re^fMr;reaient. au«si bien que de coffres renfermant de ^a^^e^t et des obji'ts précieux, qu ils recevaient en dép<')t et expédiaient ensuite hors de France. Les secrétaires distribuaient ou vendaient des passeports, fournissaient les renseignements indispensables et les guides, pour la plupart gens de sac et de corde €i capables de tout, dont l'industrie était des plus florissantes. police ngnaiiit Broseon, 'demennmt dans la Grande-rne-Taranne, près de l'unbassade de Hollande, et se disant résident d'un prinee d'Allemagne, comme Tun de ceux qui prenaient la plus grande part aux évasions, de même que Jean Beck, envoyé de plusieurs prinees allemands et logé chez le peintre FMinand, me Blasarine. Beck ne se laissant point intimider par les menaces d'expulsion, on lui enleva ses trois filles, toutes jeunes, pour les mettre aux Ursulines de la rue Sainte-Avoye, le 24 novembre 1686, et lui-même fut envoyé à la Bastille deux jours après. Un iinba^sadeur d'Angleterre emmenait avec lui plusieurs jeunes gens qu'il ^iùi passer pour ses secrétaires ou ses domestiques. — Dès le 3 dé-

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cembr*^ 1685, uno ordonnance interdisait Taccès des chapelle? des ambassades protestantes, sans prand succès, parait-il; car, au mois de juin suivant, la police constatait que des assemblées se tenaient chez l aiiibassadieur de Hollande, alors absent. Le iU janvier 1687, le roi donnait l*ordre d'arrêter les personnes qui fréquentaient le culte des ambatsades de Danemark et de Brandebourg, en observant de ne mettre la main sur leB délinquants qu'à une distance assez éloignée du domicile des ambassadeurs. Le même ordre fut réitéré, le 20 octobre 1688, relativement à l'ambassade de Brandebourg, et, en 161)8, relativement à la chapelle de l'envoyé de Danemark, M. de Moyercron. chez lequel il se faisait des baptêmes. M. de Moyercron reçut, de son côté, l'invitation de faire cesser les visites (jue son aumônier rendait aux protestants et notamment au baron de Pibrac. En 1700, le sieur de Villaines, écuyer de l'ambassadeur de Hollande, commettait à son tour le même crime ; n'osant le mettre à la Bastille, on demanda son renvoi et l'on prit des mesures pour le fiûre enlever avant qu'il eût franchi la frontière. Trois ans plus tard, Sa Majesté, apprenant que l'on prêchait en français à Tambassadede Danemark, dikïlara qu'elle ne le soulfrirait point, et ordonna d'arrêter ceux qui avaient assisté h ces prédications, notamment l'horloper Dubois delà nie Mazarine, déjà mentionné. Kn 171!). 1726 et 17 lO. des ordres d'arrestation étaient encore donnés contre ceux (|ui allaient au prêche des ambassadeurs de Hollande et d'Angleterre. Durant les huit anuée* de son séjour à Paris (1719-17^7], l'ambassadeur hollandais Hopp ne se borna point à ouvrir sa chapelle à ses coreligionnaires, il s'entremit en leur laveur auprès des ministres du régent, sans oublier les pasteurs du Désert ni les galériens, et mérita le titre de protecteur de TEglise réformée de France. Le culte célébré en français par son ordre attiraitaiM foule telle, (in'il fallut établir deux et même trois services par dimanche, alin d'exciter le nmins possible l'animadversion de la police. L'ambassade est trop petite ptuir contenir tout le monde, écrivait le chapelain Gniton, en 1720. Dans une lettre de la même année, M"" do Villarnoul parle d'assemblées de sept cents personnes. Basnage parh", à son tour, de quinze cents communiants. Sous les ambassadeurs Portland, Stain et Sutton, le culte se célébrait aussi en français à l'ambassade anglaisa, et lorsque lord Walpolase départit de cette habitude, Hopp s'en plaignit àTarcbeVéquedeCanlorbéry. L'église de l'Oratoire possède le registre des premières communions faites à l'ambassade de Hollande de 17i7à 17.81 ; le nombre total dépasse deux mille huit cent-cinquante, bien qu'on n'en compte, pour ainsi dire, aucune de 1731 h 1751 , et seulement onze en 17.^)2. Des environs de Meanx et même de Monueaux (Aisne), K'S catécbumi'nes venaient par bandes de trente; il eu venait aussi de lieux beaucoup plus éloignés : Saint-Quentin, Amiens, Orléans, Gaën, etc., et même d'anciens catholiques amenés à la foi persécutée. Un aumônier ne sufHsant plus, à partir de 1762, Tambassade de Hollande en eut deux, dont l'un, nommé' J. du Voisin, épousa en 4767, avec permission expresse de Louis XV. une des filles de Calas. Son nom ne disparaît du registre qu'après 1780. L'infirmerie de l'ambassade rendit aussi les plus grands services a aux malades de la religion. « Il est donc tout oatuiel

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«pie Marron, dernier chapelain de la légation, soit devenu, en 1788, le premier pasteur de l'Eglise qu'il avait reconstituée avec le concours cîe Rabaut-Saint-Etienne. — T/assistanro nu cuit»; de l'ambassade de Suède ne fut jamais interdite ; mais raml»iis>a(i(Mir fut invité à le faire célébrer dans une salie plus enlV)nct''t', chose difticile et même impossible, la maison étant tout en longueur et de peu de profondeur. Du Jardin de l'abbaye, les moitiés entendaient le chant des psaumes, et oe efaant leur était d*autant plus odieux que c'était le chant des psaumes de Marot, traduits en allemand par Lobwasser, de sorte que les Français chantaient en leur langue les mélodies n'ayant pas été modifiées. La communauté luthérienne rattachée à cette ambassade avait eu pour fondat«Mir Jonas Hambri, prédirafenr de la chapelle suédoise et professeur de langues oripiilales à Tunivorsité de Paris, qui, de Krlij à 1055, remplit toutes les l'ouetions du ministère pour les luthériens étran^^ers présents à Paris. Durant son ambassade ; iOUo 1045), (irotius avait fait prêcher, à côté de Hambri, François Dor, pasteur de Sedan, destitué pour cause d'arminianisme, lequel prêchait nécessairement en français. A la mort de Hambri, les luthériens eurent à souflHr du changement fréquent des chapelains de Tambassade. Pour obvier à cet inconvénient, l'ambassadeur Bielke organisa en 1670, avec lassentiment de Louis XIV, une véritable Eglise, indépendante de l'ambassade. Le roi en reconnut et en toléra l'existence, à condition d'obtenir en Suède la réciprocité pour la communauté catholique rattachée à la chapelle de l'ambassade française. Toutefois les mariages ne s'y célébraient qu'en vertu d'une permission spéciale, autorisant les futurs époux à aller se marier à l'étranger (c'est-à-dire au coin de la rue Jacob) et à rentrer ensuite dans le royaume. A partir de 1711, l'Eglise eut un pasteur autre que le chapelain suédois. J.-N. Nemeits, conseiller du prince de Waldeck, écrivait, en 1716, dans le Séjour à Pari» ; « On a aujourd'hui dans Paris trois assemblées de pro» testants, savoir : une de luthériens, chez M. Gedda, rési-lenl de la part du roi de Suède, et denxdo réformés, savoir : chez l'ambassadeur extraordinaire de la Grande-Bretagne ot chez celui des Etats-Généraux des Pronnces-Unies des Pays-Bas (ee fut de mon temps M. Hopp). Les autres ministres évangéliques, connue ceux de Prusse, de Danemark, de Wurtemberg et de Hesse^Cassel, n'ont point de prédicateurs. Les sermons, aux deux assemblées, chez Tambassadeur d'^gleterre et celui des Etats- Généraux, se font duis les langues de ces deux nations ; mais e*est quelque chose de fort extraordinaire (jue les évangéliques font le service divin en langue allemande chez ledit ministre de Suède. Il est bien probable que cela se fait ainsi pour la commodité et pour le bien des hitliériens. qui ont en partie lour domicile dans certains quartiers privilé}iriés de la ville , par exemple dans reiu los de l'abltaye de Saint- Germain-drs-Prez, de cehii de Saint-Jean-Latran, du Temple, etc., et qui, en partie, sont au service de France dans les régiments de Suisses - et d'autres nations étrangères. Gdtte assemblée a été quelquefois au nombre de plus de quelques Qsntaines d*hommes. Ce service se fait pubUqniement chez chacun desdits trois ministres en particulier, dans un grand appartement qu'ils y ont destiné, tous les dimanches et jours de

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fête, régulièrenipnt de dix jusqu'à douze heures avant-midi. •> — En le pasteur de J'Eglise lutiiérieniie coninienca de priVher en irançais, une et bientôt deux fois par mois, circonstance qui lit aussitôt accourir nombre de rétonnés. Une nouvelle conunuaaulé luthérienne s'organisa en 1747, sous les auspice» de l'ambassadeur de Danemark, et une infirmerie suédoise et danoise s'ouvrit en 1785, rue du Foor-Saint- Germain, en face de la rue des Canettes, dans une maison qui existe encore et où furent aussi soignés des mdades réformés. En 1806, les relations diplomatiques étant rompues entre la France et la Suède, l'ambassadeur, M. de Staël, et le chapelain Gambs quittèrent Paris. L'Efçlise luthérienne trouva un asile à la chapelle de Danemark et fut oriicielleiuHiit reconnue peu après. Elle quitta en [Hi)H la chapelle de Danemark pour l'éplise des Carmes-Billettes (rue des Biilettesj, inuusjurée le 26 novembre 1801). Soixante ans plus tard, cette Eglise comptait, grâce à l'immigration allemande, quatre-Tingt mille Ames, douse pasteun et quatorze lieux de culte. — IL Université et pauboubo SAiNr-HARCtt. Pénétrons maintenant dans les murs du vieux Paris en remontant k» quais. Voici la rue Gruénégaud, que l'ancien de Gbarenton, Samuel Lardeau, habitait en 1685, et où logeait Louis Laumonnier, sieur de La Motte-Varenne «'t oilicier, qui conduisait aux assemblées les pasteurs du Désert, Gottin, Gardel, De Salve, De Malzac et Givry, cvniw qui le lit enfermer au For-l'Evôque, p'uis envoyer, comme nicoirif^iijlc, au cbàtPAU detiuise. A l'angle de la rueDauphine et du quai des Grands-Au}z:ustins est l'emplacement du couvent de ce nom, où eut lieu, le 10 juin iood, la mercuriale à l'issue de laquelle Henri II fit arrêter Anne Duboorg et les autres conseillers au Parlement gui s'étaient prononcés en sa présence pour la tolérance du nouveau culte. C'est dans une saUe de lame Dauphine (celle du Musée, association littéraire créée par CSourt deGébelin^, que le culte reformé fut publiquement céléliré du commencement de 1790 jusqu'au mois d'octobre 1791, après l'avoir été durant six moi? dans la rue Mondétour. Non loin de là se trouvait, dans la rue d'.-Vnjou (aujourd bui rue. de Nesle), l'hôtel de Montpellier, tenu à l'époque de la Révocation par lu protestant Dumas. Paul Carde! a très prubabieinent tenu des assemblées dans la meSaint-André-des-ArtSj à l'hôtel de Tboo, chez Benjamin Uasière, sieur du Passage. Dans la rue Pavée (aujourd'hui me Séguier), sur l'emplacement de la rue de la Savoie, se tnufait l'hôtel de l'An, plus tard hôtel de Nemours et hôtel de Savoie, tenant vers le Nord à une maison qui faisait le coin du quai des Grands-Augustins, sur lequel il avait une issue par une ruelle. G'est là qu'liabitiut Renée de France, la pieuse fille de Louis XII, et qu'elle recueillit, «pioiques jours avant la Saint-Bartbélemy , son coreligiotitiaire Aerippa d'Aubigné, traqué poui* un duel, circonstance à laquelle il dut la Me. Pendant le massacre, elle recueillit également le ministre Merliu, sa , femme et leur fils, et les emmena, le 99 août, à Montargis, dans «n es^ rosse aux armes de Guise, son gendre. La rue de l'Hirondelle a été habitée par l'illustre huguenot, créateur dp la chirurgie moderne, Ambroise Paré, inhumé, temporairement sans doute, dans l'église Saint- Séverin (1Ô80). Dans la rue du Battoir (atyourd'hui rue Serpeatejt

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demeurait, en 1685, landen de Gharenton Tassin, qui répondait aa commi^re de police convertisseur que, avant d'abjurer, î( fallait « attendre que Notre Seigneur l*eùt éclairé. » Philippe Bernard, sieur de Bonilly, ei-avoeat et autre anden de Gharenton, rois au For-l'Evéquie en 1686, et qui ne témoignait encore, Tannée suivante, « aucune disposition à changer de religion, » habitait une rue très voisine, celle du Jardinet. Saluons en passant la place Saint-AndréHies<Art8, où fut l'église da niAme nom, dont Jean Maiot, pasteur de Paris et aumônier de Coligny, avait étr le vicaire. Au bout de la rue de la Huchette (sur la place Saint- Michel actiiclh'), un jeuuc enlumineur et la Gatelle, maîtresse d'école, furent brùitis en 1535. Dans la môme rue, la Saint-Barthélemv fit doux victiiues mentionnâmes par Grespin : une femme enceinte et une jeune fille, demeurant à l'enseigne de l'Etoile. La maison portant le numéro 17 do la rue Suiut-Séverin est à peu de chose près sur remplace- • ment de celle qu'habitaient du Qoudray et Hasclari de la Primaudtye, dans laquelle Malsac tint des aseemblées en 1682, et Lederc, en 1697. Rue de la Harpe, le ministre Thomas Buyrette, fils d'un avoeat tu Parlement, et son beau-firère, Jean Molé, furent massaerés le 24 août 1572, et près de la porte Saint-lfichel, presque en haut du boulevard de ee nom, Mcrianchon, précepteur ches M* de Picquigny. Sully, alors étudiant et déjà diplomate, abandonna son collège et, un livre d'heures sous le bras, chercha un asile au collège de Bourgogne (aujourd'hui Bcole de m<^decinr], dont le principal lui sauva la vir, à la grande colère de plusieurs pnMros. La place Maubert, singulièrement a<;raiidii' par le percement du boulevard Saint-Germain, devint, malgn'; son exiguiié. le principal lieu des auto-da-fé. Les martyrs IlUfjruenots mouraient avec calme, quelques-uns avec héroïsme, tous sans cris ni hurlements; toutofbis le quartier n'en était pas moins empesté par la l'umée et par l'horliUe odeur des chairs brûlées. Le 17 février 1526, Guillaume Joubert, beencié és lois, fils de Tavocat du roi à La Rochelle, ouvrit la lugubre série; 0 n'avait que vingt-huit ans. Il fut suivi, en 1533, par le prédicateur lyonnais Alexandre Ganus, qui fit à haute voix sa prière au pied de la potence; en 1535, par trois imprimeurs, dont Tun, Augereau, avait imprimé le psaume sixième de Marot. Ën 1540, le futur auteur de ÏHittaire de$ Mariffrt^ Grespin, y vit de ses yeux brûler Claude Lepeintre, jeune compagnon orfèvre du faubourg Saint-Marcel, récemment revenu de Genève. Parmi les autres victimes connues, nous citerons Jean Rrihard 1513), secrétaire du car(iiual-évé(|ue de Paris, Jean du liellay, qui avait dabord favorisé la Réforme ; Pierre Ghapot, correcteur d'imprimerie, distributeur de Bibles et autres livres hérétiques (1546); le grand humaniste Etienne Dolet, imprimeur du Nouvrau Testament d'Olivetan et de livres luthériens (3 août 1346); Etienne Pouillot, de Normandie, qui avait transporté la réforme à Fère-en-Tardenois (1546} ; Léon Galinar et Florent Venot (1549); Thomas de Saint-Paul, Soissonnals, le premier qui fut conduit au supplice ayant un énorme bâillon dans la bouche (1551); Antoine Magne, d'Auvergne (1553). Le 38 septembre 1558, ce fut le tour de trois martyrs arrêtés, l'année précédente, à l'assemblée de la rue Saint-Jacques : deux anciens, que. les devoirs de

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leur charge avaient empêché de*fuir, Taurin Gravelle, Nicolas Clinot, déjà brûlé en effigie douze ans auparavant en Saintonge, et Pliilippt' de Lunï!, veuve d'un autre ancien, seigneur de Graveron ou du Graniboy. Celle-ci avait pr<^t«'' sa maison du faubourg Saint-Germain, pour les asseniltlf'rs, et mourut, dans tout l'éclat de sa jeunesse (vingt-trois ans) et de lu beauté, avec une sérénité admirable. Enfin, dans l'année l5o9, on compta huit victimes brûlées au même lieu : Marguerite Le Riche, femme du libraire Ricaut, laquelle avait remis dans la bonne voie Anne Dubourg, un instant défaillant, Pierre Chevet, Morin Marie, Martin Rousseau, compagnon orfTnTe, Gilles le Court, écolier de Lyon, Philippe Parmentier, cordonnier, Pierre Milet, marchand, et JeanJudot, lihrair»». Ces exécutions n'empi^chaienl poiul des habitanls delà place Maubcrt d'ouvrir leurs niiiisons aux assemblées. Des apprentis iujprudemment chassés prétendirent, pour se venger, (jue, le jeudi suint de i.'i.'iy, les lidèles réunis chez l'avocat Boulard ia/<V<s Trouillas), s'étaient livrés à la débauche, et désignèrent particulièrement les deux demoiselles Doulard. Poursuivi pour crime d'assemblée, le père prit la fuite ; puis averti de Taeeusation portée contre rassemblée elle-même, il alla se constituer prisonnier avep sa femme et ses filles, qui se soumirent courageusement à Todieux examen des médecins et des sages-femmes. Bien que cet examen eût démontré l'infamie des accusateurs, ia famille ne sortit de prison qu'à la suite de l'édit d'abolition'd'Amboise (mars lotiO). — Non loin de la place Maubrrt. au collège de Presles ou de Soissons (numéro ti de la rue des (laniiosj, Hauius, l'illustre professeur du collège de Fraiire, fut assassiné durant la Saint-Barlhélemy par ordre de son collègue Cliarpentier. Les assassins le trouvèrent priant; le premier qui entra le mao* qua d*un coup d*arquebuse ; mais un autre lui passa son épée au travers du corps. Le cadavre, encore palpitant, fut précipité du cinquième étage, et des enfants le traînèrent à la Seine après que la téte eut été coupée. — La nuit du 4 septeiubre 1557, des prêtres boursiers du collège du Plessis (numéro 115 de la rue Saint-Jacqties. aujourd'hui <lémoli, tout près du lycée Louis-lc-(jrand), épièrent dans une niaison située en lace de la leur et derrière la Sorbonne. une assemblée de trois à quatre cents protestants réunis pour célébrer lu cèiio, et donnèrent à coups de pierre le signal de l'attaque. Cette uiaisou appartenant à Bertommier, avait été prêtée en Tabsenoe de celui-ci par son parent, Taurin Gravelle. La populace massacra un certain nombre de femmes après que les hommes portant Képée se furent ouvert un passage. Environ cent quarante prisonniers lurent conduits au ChAteletet dans d'autres prisons ; quelques-uns n'en sortirent que pour marcher au supplice et, d'autres y moururent, notammont le serviteur du ministre Chandieu, Jean Morel,dont lecadavre lut exhuiue e( brûlé sur le Parvis Notre-Dame. — Danshi rue des Sept-Yoies (uujourd'liui rue Vallette),sijr l'emplac^'njenl qu'occupe la bibliothèque Sainte-Geneviève, se trouvait le collège de Fortet, dont le cAté Sud touchait au collège Montaigu (à la place duquel a été construit le Panthéon). Ces deux collèges furent successivement habités par un jçune étudiant qui, embrassant tout A coup les idées nouvelles, écrivit la harangue évangélique prononcée ptf

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Nicolas Gop, recteur de l'Université, le jour de la Toussaint 1533, dan» l'église des Matlmrins. attenante aux Thermes de Julien (rue des Mathurins, aujourd'hui ruti du SointiifTard). Ce discours produisit parmi les sorbonni.'tt's unesi «jjraudo irritation, que l'auteur et le lecteur n"évitèrent l'arrestation que par la fuite, et que le nombre des prisonniers luthériens s'accrut de plus de trois cents en un mois. Les prédicateurs Roussel, Berthaut et Gourault, saisis des premiers, n'échappèrent au supphce que grâce à Marguerite, laquelle ouvrit aussi un asile à Jean Gtlvin, poursuivi comme auteur du discours liéiétique. Les premières assemblées de la Ligue eurent lieu dans ce même collège de Fortetdont le fiitur réformateur s'était évadé à temps. Le 5 mai 1535, un bûcher s'allumait dans le même quartier, au puits Sainte>Geneviëve, pour consumor une nouvelle victime du fanatisme. En ioSi, le jour du vendredi * saint, des ligueurs surprirent une petite assemblée, présidée par le ministre Du Moulin (sans doute Joachirn), dans une maison contigu»? à l'abbaye de Sainte-Geneviève, et faisant face au collè^-'e Mmiiaigu. Ils mcnèreut i n ]irison les assistants (ju'ils [)uroiit saisir, et fircnl prononcer L'uiitre le nliIll^t^e la peine du hannissemeut, — Non loin de là se trouvaient, d'un côté, le collège de Navarre (aujourd'hui Ecole polytechnique), dont les élèves jouèrent en 1533 une comédie représentant Marguerite Irauafurinée en furie par la lecture du Nouveau Testament ; et, de l'autre cAté, le cimetière Saint-Marcel, acheté par l'Eglise réformée eu 1614 et ouvert la même année, malgré l'opposition des religieux de Sainte-Geneviève, et des chicanes incessantes qui duraient encore en 1637. Il formait l'angle Sud-Est de la rue des Poules (aujourd'hui rue Laromigttière) et de la rue du PuitSHiui-parle (aujourd'hui, rue Amyot). Un membre de la faniille Dumont de Bostaquet y a reçu la sépulture, de même que Marguerite Gobelin '1635), Salomon Cassegrain, professeuren théologie, envoyé à l'hôpital par un billet de l'ancien Jacques Tap- 'lif 1636), le peintre Daniel de Beauvais (1637), le mathématicien François Pons 1637), Anne de Martigny, veuve de Louis de Sancour. sieur de G uitre J(>41], le marchand de bois Girardot ;' 1048), et l'un des hls du peintre Mathieu L'Kspafriiandel ;16i9j.Un corps de logis ayant porte cochère, et trois hàliiiients placés autour de la cour, étaient adjoints au cimetière; le fossoyeur y soignait les malades sous la direction d'un médecin. D recevait aussi en pension des en&nts entretenus, comme les malades, aux frais du consistoire. Cet hôpital, toujours plus ou moins clandestin, organisé dès 16i9 et peut-être antérieurement, subsista jusqu'à laRévocation, bien que le parlement de Paris l'eût supprimé par un arrêt du 28 février 1660, qui interdisait aux protestants de recueillir leurs malades dans des maisons particulières, et leur enjoignait de les porter à l'Hôtel-Dieu. Au mois de novembre 1673, un commissaire royal y trouvait onze lits occupés, mais aucun de l'autre côté de la rue, chez Michelle de Bar, dans une maison dont la seconde façade donnait sur la rue des Postes, et aucun non plus chez le ferrandier Corbon. A la Révocation, Gardeau, curé de Saint-Etienne-du-Mont, demanda le cimetière de Saint- Marcel, qu'il estimait de 700 à 800 livres, et dont il voulait fiiire un second cimetière pour ba paroisse j mais le roi lui réservait une autre

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destiiuitiou. — La mort de Henri II ayant mis un terme à l'abominable tyrannie des Guise, l'Eglise réformée de Paris respira un instant: à partir du eolloque de Poissy (septembre et octobre 1561), elle s'assembla hors des murs à Popincourt, à Copeau, à la Cerisaie, et au Patriarche, dans le faubourg Saint-Marcel. .La 'maison des Patriarches tirait son nom de Bertrand de Ghaiiar. patriarche de Jérusalem, et de Simon deCramaiilt, patriarche (rAloxaiidrie. auxquels elle avait appartenu successivement. Conliffuë au preshytère de Saint-M»''dard, elle avait entrée sur la rue MoulFflard et se trouvait voisiur de r»'';^lisi' rl du cimetii^re qui doiveut leur célébrité aux miracles accomplis sur le tombeau du diacre Paris. Elle appartenait à l'un des plus célèbres avocats du parlement, Jean Ganaye, professant le protestantisme depuis 1533; Ange de Canle, marchand lucqnois, Tayait louée et « baillée pour les prêches. » Pasquier, écrivain du temps, parle des deux prêches alternatifs qui se faisaient à Popincourt et au Patriarche. Le Maçon et Lestang prêchaient à Popincourt ; Jean Malot et iMathieu Virel, au Patriarche. Les assemblées du i"'' et du 2 novembre ioGl se composaient de deux à trois mille personnes. Le vendredi 20 décembre, Tilluslre jurisconsulte Cbarb-s du Moulin se rendit à Popincourt revêtu do ses insignes, ainsi que plusieurs autres huguenots exerçant des charges publiques. Le lendemain de Moël, xMalol préchant tu Patriarche à trois heures de l'après-midi, eo présence de Th. de Bèie, les cloches de Saint-Mêdard sonnèrent à'toata volée de manière à couvrir la voix du prédicateur. Celui-ci fit chanter le psaume seizième pour attendre que les cloclies se tussent ; mais l'assom*dissante sonnerie continua. Deux membres de rassemblée, députés vers le curé, furent battus: l'un s'enfuit, l'autr», nommé Pacquot, (uiiiba dans l'é'/lise blessé mortellement. Le prévôt Hougeoreille, suivi des huguenots, voulut entrer à son tour; les prêtres, barricadés dans le clocher, le reçurent à coups de pierre ; il fallut enfoncer les portes. Quand ils virent Pacquot étendu sur le pavé, les huguenots le vengèrent en brisant les images. Le chevaliler du guet, Ctobaston, arrivant alon, emmena au Ghàtelet trente-six des plus échauffés, protestants et catho* liques, et même quelques prêtres. Le lendemain, après la célébration du culte, la populace furieuse envahit le Patriarche, brûla les bancs et la chaire, démolit un mur du jardin et dévasta tout. Le temple lui-même allait être incendié, si quelques gentilshommes, notamment Glerrnonf d'Amboise et Soucelles, l'un de ceux qui avaient défendu la maison de Le Vicomte en 1559. n'eussent l'ait prendre la fuite aux séditieux. Deui jours plus tard, le connétable Anne de Montmorency, à la téte d'un corps de troupes, alla dévaster le temple de Popincourt, expédition qui lui valut le sobriquet de capitaine Brûle-bancs. De son côté, le parlemeot ordonna la fermeture du Patriarche, mit en liberté les catholiques a^ rêtés, condamna le chevalier du guet h mort, et fit pendre trois huguenots, dont un père et son lils, devant l'église Saint-Médard. Tel fut le prélude de la i^uerrc civile. Cependant Popincourt restauré fut bientôt rouvert, tandis que le Patriarche restait fermé. La présence de Condé encouragea les ministres à remplacer le lieu de culte interdit par un autre, moins éloigné du centre de Paris. Le jour même où Guise reu*

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trait à Paris (15 mars 1562), couvert du sang rlo Vassy, et salué par des aoelamations frénétiques, Gohdé, suivi de Genlis, Jarnac et de quatre cents gentilshommes en armes, escorta Bèze, allant prêcher au temple de Xérusalem, c'est-à-dire dans une maison ayant pour enseigne la ville de Jt'^nisalem. Elle tétait située hors la porte Saint-Jac(iues, devant un jeu de paume (n° 2() de la rue des Fossés-Saint-Jacques) portant pour eD?eigno un chien lu-aijue, d'oij la dénouiinaliori du jeu de paume du petit braque ou du hraque latin, laquelle a fait donner à une place voisine, celle de TEstrapade, le nom de carrefour de braque ou de braque ktio. On vit dans ce nouveau Heu de culte des assemblées de dix à quinze mille personnes» suivant Hubert Lan guet, et même de trente mille, sui- TSDt La Noue. La maison de Jérusalem était enclavée dans le dos de H. ie Paris, autrement dit fief des Tombes, paroisse de Saint-Benott-le- UeD-Tourné, appartenant à révéque, qui le louait à divers particuliers, et porta plainte au parlement à la suite de l'assemblée du 20 mars. Après le départ de Condé, qui quitta Paris le 23, le cardinal de Bourbon manda Le Maçon et Malot et les prévint que, s'ils célébraient la cène le jour de Pâques, ils seraient « chargés et taillés en pièces. » Le 4 avril, le capitaine Brùlc-bancs alla mettre le feu à Jérusalem et saccager de nouveau Popincourt. Condé était entré le 2 à Orléans, la guerre civile venait de romniencer. Le 12, une ordonnance iiiterdit la célébration du culte réloriné dans la ville et les faubourgs; les pasteurs s'enfuirent à Orléans, et, faute de mieux, des furieux avinés portèrent en triomphe, au bout d'une fourche, les pantoufles de Malot. Le sanglant triumvirat de Guise, Montmorency et Saint-Ândré jeta la terreur dans Paris : le 4 août, quatre des protestants arrêtés dans l'écbauffourée de Saint-Médard- furent pendus dans le temple même du Patriaroheet leurs cadavres, livrés aux flammes. La Saint-Barthélemy allait fidre dans le Quartier d'innombrables victimes, dont les noms ne sont pas venus jusqu'à nous. — £n 1621, la nouvelle de la mort de Mayenne, tué au siège de Montauban, servit de prétexte à l'incendie du temple de Gharenton, et au meurtre le plusieurs protestants dans la vallée de Fécamp (aujourd'hui rue de Fécamp dans le faubourg Saint-Antoine). A leur retour, les incendiaires essayèrent de piller quelques maisons du faubourg Saint-Marcel, habité par tous les artisans que leur religion excluait des maîtrises de Paris, notamment dans la rue des Postes et chez les Gobelins, célèbres teinturiers, dont rétablissement, qui est une de nos gloires nationales, est eu même temps une gloire huguenote. Au mois de mars 1685, il y avait tu&nbourg Saint-Bfaxcel deux instituteurs protestants, Gaultier, rue DaUan (sans doute voisine de la rue du Noir) et Le Brasseur, rue de Lomdne, ayant, l'un et l'autre, un certain nombre d'élèves. Au mois de joia, l'avocat Daniel de Mainoé, gendre de Drelincourt, habitant la me du Petit-Moine (aujourd'hui rue Yésale), près du cloître Saint-Marcel, était dénoncé comme expédiant à son beau-frère, « évéque en Angleterre, » des hardes et jusqu'à de la vaisselle d'argent, pour faciliter l'évasion des protestants. Il prit la fuite à temps, mais sa femme fut mise à la Bastille (1685). En 1G88, le traître Braconnier assistait à une assemblée dans la rue de Lourcine. — Des assemblées eurent aussi lieu à

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Copeau, au bout de la ruo Copeau (aujourd'hui ruo Lacépcde), dans un enclos où se trouvait le luouliu do Copeau, jirès de la Bith re ; rot enclos fait aiijourd'liui partie du Jardin des Plantes, l'n enfant de niaitre Bertlie, avocat, y l'ut baptisé en novembre 1561, et l'on y célébra le mariage de Catherine Boucher, veuve d'Olivier Bouchant, seigneur de Vallecourt, et sœur d'Arnoul Boucher, seigneur d*Orçay et de Piscopt, mettre des requêtes et premier président du conseil. — Daiis la rue de Seine-Saint* Victor (aujourd'hui rue Guvier), qui devait son nom à Tabbaye dans laquelle Abélard avait enseigné, se trouvait la maison des Nouveaux- Catholiques (englobée dans le Jardin-des- Plantes, et dont la cour est aujourd'hui la Cour de la Balnino). Cette congrégation avait été institué en 1632, par le père Hyacinthe, capucin, (pii rassembla quelijue? prêtres zélés pour la conver^ion des protestants, et les installa ,i Paris en 1634, sous le nom de Congrégation pour la propagation de la foi. Elle subsista au moins jusqu'en 1775, et très probablement jusqu'à la Révolution. Le zèle convertisseur des bons pères ne reculait devant aucun moyen, pas même devant la réclusion et le rapt des enfants; aussi leur maison ne fut-elle qu'une prison, où l'on s'efforçait de convertir à tout prix des jeunes gens arrachés à leur famille. Elle comptait en 1673 de \ingt à vingt-cinq pensionnaires, qui y avaient « trouvé aver joie, dit l'un des directeurs, une retraite assurée contre les persécutions de leurs parents. » Nous ne connnisons que dcu.x de ces directeurs, l'abbé Des Prez en 1685, et l'aMt' Filhon, qui avertissait La Heynie de l'é.vasion de Girardot, le 28 septembre 1686. La maison contenait alors trente-neuf protestants, dont six n'avaient pas encore abjuré, et-n*en pouvait recevoir davantage. Le roi lui avait donné à la Révocation le cimetière Saint- Marcel et ses dépea* dances, dont elle ne tirait aucun bénéfice, faute de locataires. — III. L4 CTTÉ. Le 8 ou. le 1:2 aoïjt 1523, sur le parvis Notre-Dame, un bûcher réduisait en cendres les ouvrages de Luther traduits par TiOuis de Berqiiin. Trois années plus tard, un protestant, sunioinme l'iTiiiitcde Livry, subissait le supplice du t'en au même endroit, " avec une grande céréniorii'% étant sonnée la grosse cloche du temple à grand branle pour émouvoir tout le peuple de la ville, » La même place fut souillée, le 27 février 1559, par un auto-da-fé peut-être plus horrible encore, celai da cadavre, arraché à la tombe et à demi-pourri, du jeune Jean Horel, mort dans les prisons de l'évéché, non sans soupçon de poison. Après Véâii d'abolition d'Amboise, les protestants usèrent tenir deux assemblées dans l'enceinte du palais de justice ; l'une de cent trente personnes « en la chambre même de la ciiaucellerie, » l'autre, « en la tour carrée » qui existe encore à l'angle du tiuai. Cette seconde assemblée faillit être surprise; mais grâce à « une personne qui avait été reçue en l'Eglise ce même jour, » les assistants réussirent à s'échapper, et « les sergents n'y trouvèrent que le nid. » Au parvis Notre-Dame eut lieu, le 18 aoûti57S^ sur un échafaudage tendu de drap d*or, le mariage de Henri de Navarre et de la sœur de Gharies IX. Après la messe, dite dans Téglise, et i laquelle Henri de Navarre et ses amis n'assistèrent point, Coligny remarquant aux voûtes de Notre-Dame les drapeaux huguenots pris à Uour

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contour et à Jarnac, et faisant allusion à la guerre projetée contre l'Espagne, s'écria : Nous en mettrons d'autres à la place, plus agréables

avoir. Les aSsassiiiî;, D'Anjou et r,\n^o. no lui on laissèrent pas le temps. A la Saint-I3arth(''l»'ii»y, Madrloiiie iirirniiiirt, ni/'ce de rév«^que de Mrvuix, fille du président do la chambre des coni[)l< s qui, en 1525, avait dénoncé, les hérétiques au parlement, veuve de Thibaut de Longuejoue, et bellesorar de Clermont (l'Amboise, marquis de Renel, fut arrêtée à l'Hôtel- IKen (situé sur le bord de Peau, en faee de PHôtel-Dieu construit de nos Jours) et massacrée sur le Pont-aux-Meuniers; Parmi les victimes de la rue de la Calandre (aujourd'hui démolie et remplacée par la rue de Constantine située un peu plus au Nord), on cite Pierre de Sainterue, * horlojjpr du man^chal de Montmorency, maître (luillaume et sa femme, la feniuie de Jean de Cologne, mercier de la cour, trahie par sa propre fille et Keny, qui habitait la maison des Trois-llois. Dapfué au Marclu'^- Neuf, puis jeté dans le petit bras de la Seine, il monta dans un bateau et s'enfuit à force de rames ; mais un coup de hache lui coupa une maiu et des coups d'arquebuse l'achevèrent. Trois habitants de la cour du palais sont égaleinent au nombre des victimes connues : la femme du Ubraire Jean Borel, Montant, dagué au Marché-Neuf, et un orfèvre boiteux, tué par le parfumeur florentin René Blanchi, demeurant sur le pont Saint-Michel et surnommé l'empoisonneur de la Reine. Dans cette même cour dji palai;; il se tint des assembl/'cs, à l'approche de la Révocation, chez Jeanne Caillouef. veuve d'Olivier de Varennes, libraire, et chez son fîls, Pierre de Varennes. Tous deux énii<^rèrent bientôt après. Le 6 octobre 1685, la pcdice signalait Divry, ciseleur de la rue de Harlay, comme ayant congédié tous ses locataires, pour loger des protestestants accourus de l'intérieur de la France, entre autres quatre ministres. Le même rapport parle d'une assemblée faite la veille ches Roger, marchand de blé du quai de l'Ecole et beau-père de deux ministres. En novembre I6d8, il se préparait à partir pour la Haye, où l'iiti de ses gendres exerçait le ministère ; mais le lieutenant-gt'ni'ral de police dimna Tordre de l'arrêter. Peu avant la Révocation, Jean Catillon, orfèvre du quai de l'ilorlojjo (habitt' aujourd'hui par les Bréguet), avait aussi congédié ses locataires pour recevoir les minislres Du Vigneau, Marchand, Des Loges, et d'autn s parents protestants. Le 14 ou le 15 octobre, M"** Dugrenier, femme du peintre huguenot et 8<Bur de M*^ Catillon, s'enfuit, emmenant avec elle son fils Louis Dugrenier, de la place * Dauphine, sa bru enceinte, sa nièce Marie Catillon, deux enfiints de Pierre Catillon fils, aus-i joaillier sur le quai de PEcole, et Anne Bourdon, fille de Sébastien, le célèbre peintre du roi, demeurant aussi sur la place Dauphine. Toute la troupe, arrêtée par trahison, abjura 80US les verrous, mais réussit une autre fois à passer la frontière. Les trois pasteurs, hôtes de Catillon, abjurèrent aussi après une entrevue avecBossuet. de même que Catillon et sa iemine ; mais Du Vigneau rétracta aussitôt son abjuration, et fut conduit à la frontière après aTOir &it un séjour à la Bastille. Sa femme le rejoignit en Hollande, tandis ipe Jean Catillon devint intendant des bAtiments de Monsieur, en ré* «ompense de la sincérité de sa conversion. En 1686, une assemblée avait

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lieu che7 Sarrabat, horloger de la cour du palais, qui fréquentait les réunions ilu Riche lai nronr, rue Monsieur-le-Prince. Il s'en tenait aussi à la même épofjuc dans la vuo de Harlay. Carde! en présida sans doute (juclqucs-uni^s chez Perron, rue de la Calandn', à la Rose blaiH'hr, procli»^ k' palais. — Le 2i août 1o7:2. le duc d'Anjou, plus avide encore de pillage que de meurtre, présidait à la tuerie sur le Pont-Nolre-Daïue, habité par les plus riches commerçants de Paris, notamment par lei deux joailliers qui avaiênt pour enseigne « la Perle » et le « Marteau d*or. » Il ne laissa point âme vivante dans ces deux opulente magasins attssitdt dévalisés. On cite parmi les autres victimes logées sur ce pont : Nicolas Mercier, tué avec toute sa famille, le quincailler Matthieu et sa femme, le mercier Barthélémy du Tillet, Antoine du Bois d'Anpriran. gouv.M-ncur de Corbeil, et la fcniiue du pluniassier du roi, lill»^ <lu sieur de P(i[)incourt, jetée de sa bouticjue dans la rivière. Sa chevelure la retint accrochée aux piliers du pont, dont elle ne lut détachée que par le cadavre de son niuri, précipité sur elle trois jours après. Sur le Puutau-Ghange, dont le nom indique assex l'industrie des principaux iitl»tants, on cite l'orftvre Larondel, égorgé devant sa porte ; enfin, Charles Perrier, fils d'un libraire de la rue Saint>Jean-:de-Beauvais ; Madeleins Briçonnet, déjà mentionnée, et la veuve du jeune Gastine, égorgés avet une multitude d'autres sur le Pont-aux-Meuniers (plus tard Pont-Marchand),' allant du quai de l'Horloi^e an quai de la Mégisserie, presque en U^f de la rue de la Saunerie (euiplaceniont du théAtre du Cdiàtilct) et brillé, en 1021, avec le Pont-au-Clian^M' (jui fut seiil reconstruit. — IV. Rive DROITE. Mentionnons en passant les assenildées tenues sur le quai Pelletier, en 1689, chez l'horloger Orry, par le pasteur du Désert Gottin, et en 1690, ohex le cabaretier Gérard, par Matthieu de Malsac — La place de Grève (aujourd'hui place de l'Hôtel-de-Ville), eut aasn ses supplices et ses martyrs : le pasteur Jacques Pauvan, né à Thérouane, près de Boulogne-sur- Mer, brûlé vif en 1526, et dont la constance arracha ce cri à un témoin de sa mort : « Jle voudrais qu'il en eût coûté un million à l'Eglise et que cet hérétique n'eût point parlé sur le l)ûcher; » en 1527, Nicolas Doullon. proton(\taire apo>toliijue, l'un des ofticiers de Clément YII et des familiers de Fraiinusl*"; le 22 avril 1529, Louis de Berquin, le rêfonnatenr, l'ami du roi, de Marguerite, d'Erasme et de Lefèvre d'Etaples; le 3 juillet suivant, ua batelier qui avait nié le pouvoir des saints; en 1549, sous Henri II, aa hérétique brûlé pendant une procession en Thonneur de laquelle quatte biichers furent allumés à la fois ; en 1559, Jean Barbeville, le sernirier Jean Befifroy» le mercier Pierre A rondeau, qui avait fortifié Dubourg dans sa prison, et enfin Dubourg lui-niéme, ce conseiller au Parlement qui avait osé dire au roi en [)leine mercuriale : Cessez vos brûlenient?; en 1569, Pierre llamon. l'ameu.x calligraphe et maître d'écriture du roi, puis Philippe de (iastine et son lils Richard, pendu?, avec Nicolas Croquet, pour crime d'assenjblée, le 27 octobre 1572, Cavagne et Briquemault, illustres capitaines qui avaient échappé à la Saînt-Barthéleniy; en 1574, Tauteur involontaire de la mort de Henri II, Montgomerj, que Catherine de Médicis prit plaisir à voir décapiter et couper en qusr*

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tiers; en 1584, Pierre Desgais, pendu et brûlé, et le 2 mai 1589, une femme protestante brblée ^ive. Notons encore que, le 13 septembre 1569, tpiès avoir traîné sur la claie l'effigie de Goligny, le bourreau la suspendit à la potence de Grève, où elle resta Jusqu'à la conclusion de la paix, ^s buguenots enfermés dans la prison de l'Hôtel-de-Ville y furent massacrés à la Saint-Barthélemy ; en revanche, sur les murs du nouveau palais qui s'achève en ce moment, on vorra les statues de plusieurs de nos coreligionnaires. — La Saint-Barthélemy fit de vingt-cinq à trente victimes dans une seule maison de la rue de la Contellcrie, au Bahut royal. On cite aussi un menuisier de la rue Sainl-Bon, massacré non loin lie ^é}^lise du même nom. Sur la [)lace du Cliûtelet, s'élevait autrefois la prison où des milliers de protestants soufi'rirent i)Our le seul crime de la religii»n. Le pasteur de Paris, Antoine de Chandieu, y lut enfermé un instant ; mais le roi de Navarre le lit réclamer comme étant de ta maison avant que la qualité du détenu n'eût été divulguée. Le mioistre Montigny osait y exhorter publiquement un condamné, bardiesse dont s'étonnait L'Estoile..En 1686, nous y retrouvons le peintre Le Jage et plusieurs « nouveaux catboliques » arrêtés avec lui dans une assemblée du faubourg St-6ermain. Non loin de là, dans la me Saintfiermain-l'Auxerrois, sur l'emplacement d'une maison qui portait le n* 65 an commencement de ce siècle (sans doute l'une de celles qui n'ont actuellement de numéro que sur le quai), s'élfevait autrefois le For-l'Evéque, où les évéques de Paris exerçaient leur justice, A la saint Barthélémy, les protestants conduits dans cette prison eurent le même sort que ceux de rHôtel-de-Ville. Elle en reçut un jxrand nombre d'autres à la Révocation ; on en comptait vingt-ct un au mois de janvier 1G86. — ■ Vers 1567, un émule d'Artus Désiré, si ce n'était Désiré lui-même, excitait le peuple au massacre des hérétiques par des placards où on littit:

£t ODt déjà leurs prêcheurs mis Vers Saiot-Germain de l'Auxerrois, Qui font prècbe en quelques endroits. .

C'est dans le même quartier que, le 11 février 1692, la police arrêta le pasteur du Désert Malzac, donnant la cène chez la veuve du S*" Bidache, seiçmeur de la Boissiere, En 1680, Cardel tenait des assemblées chez M""» Gîiillard, demeurant rue des Lavandières-Sainte-Opportune, vis-àvis de la rue des Bourdonnais; en 1697, la police en découvrait d'autres présidées par Leclerc, chez Duglad et chez le banquier Harau, dans la nie Bertiu-Puirée. L'un des vin|?t-quatre derniers anciens de Gharenton, Hobeton, réfugié à l'ctraugcr après la Révocation, habitait la rue Thibaut-aux-Dez (aujourd'hui commencement de la rue des Bourdonnais). La me de Bétbizy, démolie lors de l'ouverture delanfe de Rivoli, commençait an carrefour des me Boucber, Thibaut-aux-Dez, des Deuz- Bonles (aussi démolie) et des Bourdonnais. Goligny, qui Tbabitait, logeait dans une maison qui s*est appelée ensuite Tbôtel de Montbazon, et dont l'emplacement est raanjué par le n" 144 de la rue de Rivoli (où était naguère le café de l'amiral Goligny). Le vendredi 2â août 157â^

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vers onze heures du matin, ce granrl homme de bien sortait du Louvre,

alors séparé lie l'/'^liso Saint-Germain-I'Auxprrois parla rue de lAn- i truche, l'hôtel de Bourbon, la rue des Fossés-Sai[it-(iorinain-rAuxcr- j rois et le cloître qui entourait lYgîise au Sud, k rOu»'st et au Nord. Pour gagner son liotol, il fallait que rainiral passât devant ro rloitrp. Là, dans nno maison appartriiant à un iiiaitr.'-d*lu'»lol du duc d'Aunialf et haliit«'e p;ir le rhnnoinc Picrn* do Villemur, anciou pnVv'ptPur du <liif de (iui>e. un homme rattendait au rez-do-chaussée , depuis trois j.iiir?, derrière nnelVnôtre treillissée et masquée par un vieux manteau, (tétait «le Tueur du Uoi », Charles de Louviers, sseigoeur de Maurevert-cn- Bric, décoré de l'ordre royal après Tassassinat de Vaudray de Motiy. quHl avait pris pour Coligny. A cent pas du Louvre, au moment m raroiral, quittant le quai, venait d'entrer dans la rue des Fossés-Saint- Germain et se trouvait vis-à-vis la petite porte de ThAtel de Bourbon (sor la chaussée qui longe aujourd'hui la grille du Louvre, à peu près au poiot où aboutirait la rue des Prêtres prolongée), Tassassin lui tira un coup d'arquebuse et s'enfuit par le cloître, sur un cheval tout sellé et bride, mis à sa disposition par leduc de (luise. « Coup failli! » L'amiral n'était que blessé; il avait l'index de la main droite brisé et une balle dan? le bras gauche. Il rentra péniblement fi son hôtel où .\ m b roi se Pire accourut avant d'avoir été appel.'. I),ins la nuit du samedi au dimanche commença le massacre dont l'amiral fut la première et la plus illustre victime. Guise et le bàttird d'.Vngouléme se firent jeter le corjis par li fenêtre, et, pendant que Pelrucci de Sienne coupait la tète, qui fat envoyée à Rome, ils se rendirent dons la rue des Prouvaires et y rnisnerèrent tout. Paré, Téligny, Gomaton et le ministre Merlin réussirait à se sauver par les toits. Téligny, réfugié dan» le grenier du sieur de Ghàteauneuf, y fut tué. Merlin, n'ayant pu le suivre si loin à cause de sa mauvaise vue, passa plusieurs Jours dans un autre grenier, puis gajOia sa maison, rue de Grenelle-Saint-Honoré, et entin Phdtel de Renéede France, duchesse de Ferrare. — Dans la rue de Bétbiay et aux environs, les seigneurs protestants loprés chez les catholiques, auxquels le roi avait ord'»nné de vider leurs maisons après l'attentat de Maurevert, périrent tous. Leur nombre dépassait trois cents. Un siècle plus tard. Cuiliii tenait des assemblées chez Cuy. ouvrieren étoffesd'or et d'arjzeut IihSIV. dans cette même rue à laquel]t< se rattache, en dernier lieu, un >.uivcnir de bienfaisance, celui de l'inlirmeric protestante dérouverte chez 1^ femme du menuisier Flocquet en 1691. — Dès 1521, Roussel et Michel d'Ârande étaient à la cour, expliquant à petit bruit les épltres de niot Paul, et plus ouvertement Tannée suivante. La persécution lesenchsoi. Quand les circonstances redevinrent favorables, Roussel reparut; il prêcha au Louvre les carêmes de 1532 et 1533. Lorsque la mort de François II eut i^riis fin au règne des Guise et inauguré celui de Catherinede Médicis, la Réi'orme rentra triomphalement dans le palais deàrois;Jean de Montluc, évéque de Valence, et Pierre du Val, évôque de Séez, l'y prêchèrent en présence du roi de Navarre et des trois frères Ch;iiiîl<>n (lofi!), (jui furent de nouveau logés au Louvre après la première u'iicrro civile. £n 1572, la cour du Louvre n'occupait qu'un quart de 1 espace

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qu'elle comprend aujourd'hui, savoir, la partie Sud-Ouest, foi*nwnt un

parallélogramme qui se terminait, d'un côté, un peu avant le guichet du Pont-des-Arts, et, de l'autre, au pavillon central. Les limites en sont d'ailleurs traçons sur le pavô do l;i cour artuollo ; mais il faut y ajouter l'emplacement delà grosse tour du inilitMi, dcmolio par François l-^'. Le massacre do deux cents nol)Ios lni<,Mien()l>, hotos du roi, lit de celle petite cour un lac de sang humain ruisselant sous la porte. Les cadavres, exposée nue tous les fenétree et au delà du pont-levis, en (ace de l'hdtel de Bourbon, devinrent l'objet des remarques impudiques de Catherine et de son escadron volant. La tradition rapporte que Goujon fut tué sur l'échafaudage où il travaillait, à l'angle Sud-Ouest de cette môme cour, non loin de la salle qui porte son nom et contifmt qnehpiesunes des merveilles dues à son ciseau. Co nVst point du halcon de la galerie d'Apollon que Charles IX a tirô sur son peuple, mais do la l'on«Hrc de sa chambre à coucher, située près do l autro oxtrômitô do cotfo galerie et masquée par les constnu:ti(jns de Louis XIV. Ce ne sont point des fugitifs courant sur la rive gauche qu'il essayait d'atteindre, mais bien les seigneurs huguenots qui, arrêtés au milieu de la rivière par une vive fusillade, regagnaient la rive gauche àforce derames. — Après la Ligue, le protestantisme parisien ressuscite, et le culte réformé se célèbre de nouveau publiquement au Louvre. En 1597, Montigny et La Paye, aumôniers do Cathoriue, soeur do Honri IV, prêchent tous deux au palais; l'un, à huit heures, devant lîuiiizo conts personnes, dans la salle basse ornée dos splendidos caiiatidos de Jean Goujon; l'autre, à dix heures, devant cinq cents personnes, dans la salle de Madame. On vit plu< de trois cents gentilhommes communier là où deu-\ cents autres avaientété égorgés. Quand la pieuse princesse alla s'installer dans son hAtel (hôtel de Soissons et plus tard hôtel des Fermes), elle prit ses mesures pour que le culte continuât au Louvre. On n'y chantait point cependant; mais un jour que le roi retenait sa sœur à causer, D'Aubigné la prévint que le ministre l'attendait depuis longtemps pour commencer le' service. Henri TV rabroua D'Aubigné, suivant sa coutume: « Si Ton s'impatiente, dit-il. qu'on chante pour so désennuyer. » Ravi de pouvoir jouer un bon l;)ur à Henri, D'Aubigné rop irta sériousoment ces parolos à l'assemblée, qui entonna aussitôt un psaume. Le roi, effrayé, renvoya Catherine : tt Allez vite, dit-il, mais, au nom du ciel! qu'on ne chante plus. » Le mariage de Catherine mit fin à ces réunions; le culte, exilé à Grigny (mai 1599), y resta six mois, puis six ans à Ablon, après quoi Henri IV en permit la célébration àChareuton, dont le temple, œuvre de Salomon de Brosse, tomba deux ou trois jours après la Révocation. — X deux pas du Louvre, Montigny avait prêché clandestinement en 15G7, chez Pierre du Ilozier, dans la rue du Coq (aujourd'hui ruo Marengo), autour d'une tablo sur laquelle on établit dos joux de cartes dans la crainte d'une surprise. Sur l'omplaconiont drs constructions nouvelles de la place Napoléon III, entre le pavillon Denon et le pavillon MoUien, s'élevait autrefois l'église Saint-Louis (plus andennement SaintoThomas) du Louvre, dans laquelle le prédicateur du roi, Panigarole, avait exalté ht Saint-Barthélemy, et près de laquelle Clai|de Robert, avocat renommé,

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