‹ Encyclopédie des sciences religieuses;Chapitre 124 sur 158 · PÉDAGOGIE · texte numérisé non relu

PÉDAGOGIE

c'est surtout à combattre les erreurs on les hontes du paganisme que s'.ittache le chrétien, et ii défendre contre lui la religion de Jésus. Quant aux convertis, on ne sonrre (|u'à les édifier dans la foi. Vn loniinoviciat, qui est à la fois un tenip> d instriietion et d'épreuve, a pour but de les initier peu à peu à la connaissance et à la pratique de la relig;ion chrétienne. L'éducation, telle que l'entend alors l Eglise, n'est qu'un catéchisme plus ou moins développé. — La conversion de l'Empire au christianisme et^'in^niBion des barbares amènent un changement profond. La culture pdenne disparaît. A la vérité, elle semble devmr se conserver en Orient où les conditions extérieures restent les mêmes, mais l'esprit y est éteint, et le nom de Byzance ne servira désormais qu'à désigner la décrépitude intellectuelle, religieuseet morale. — Bien différente est la situation en Occident. Uest vrai que la barbarie yremplace la civilisation, mais les barbares se sont convertis, ils sont devenus les élèves de l'Eglise; c'est l'Eglise seule qui fait leur éducation. Elle n'a pins à surveiller avec défiance les résultats d'une culture étraiifière; les barbares, tenant tout iTi-lle, tout ce qu'ils acquerront aura pour elTet de la servir et de la glorilier. Aussi travaille-t-elle avec zèle a les élever. Entraînée elle-niénie dans le niouvt'inent de recul vers la barbarie, elle reste néanmoins très supérieure au monde qui l'entoure, et c'est elle qui va être le principe moteur du relèvement. Lorsque, sous Gbarlemagne et plus tard, l'esprit commence à se réveiller, c'est donc dans des conditions toutes nouvelles. Il n'est plus question d'admettre et de prouver que la «rote.culture doit aboutirau christianisme. Elle fait mieux que d'y aboutir, elle en part, elle en procède; elle est l'œuvre et la gloire de l'Eglise. L'Eglise la réclame et la provoque, elle veut que la foi cherche Tintelligence comme jadis l'intelligence cherchait la foi. Aux âmes encore trop grossières pour entendre un autre langage, elle parle par la pompe des cérémonies, par lessplendours du culte, par toutes les voix de l'art, la sculi)ture, la peinture, l'architecture, surtout la musique, par tout ce qui peut atteindre l'Ame eu frappant les sens et 1-imagination. Plus tard, le théâtre lui sera un précieux moyen d'éducation populaire. Quant <à ceux qui ont l'esprit déjà plu? ouvert et plus développé, elle leur en?ei<^me. soit l'analyse, soit la démonstration de la doctrine chrétienne, et engendre ainsi lascolastique, qui n'est point uniquement une gymnastique intellectuelle, mais qui, comme telle, communique déjà à l'intelligence des aptitudes dont l'âge ultérieur profitera. La, religion, qui reste l'intérêt dominant, cesse, peu à peu, d'Âre l'intérêt unique. Du moment que le développement de l'intetligenee est reconnu légitime en lui-même, l'esprit humain aspira invariablement à élargir son domaine. Absorbé d'abord par la religion, il se met à peu à jeter les yeux sur ce qui l'entoure, à observer tout, à s'intéresser à tout, à étudier tout, à vouloir connaître tout. Déjà, sous Charlemagne, on étudie dans les éc(des le frivhtm et le quadriuiumAos lettres et 1»'S scienees, c'est-à-dire iju'on explore déjà tout le domaine de l'intelligence. Tout cela se fait sous le patronape de l'Eulise, mais prépare des résultats que l'Eglise ne peut prévoir. — - De la euriosité naîtra la hardiesse; le désir de tout connaitre engendrera relui de tout expliquer, et l éculc, d'abord entant, élève, succursale de l'Eglisio, aspirera

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mstinetiTemeDt n s'émanciper. — Ce mouvement, d'abord inconicient et confus, ne prodoit • en pédagogie, non plus que dans les autres domaines, que des résultats confus comme lui, un foui1li> de tendances, de buts, de moyenSi de procédés qu'il est bien difficile de classer et dont Tétude détaillée serait seule fructueuse. Education tant At mystique, ascétique et exaltante, tantôt m(^cani(iue et abrutissante des monastères; éducation tantôt lounle, pédantesque et stérilement cneumbrante, tantôt subtile et stiujulante des écoles; enfin éducation tour à tour grossière et poétique, despotique et vivante des classes populaires, tel est, en résumé, le caractère pédagogique du moyen âge. Mais à la Qn de cette longue époque, les grands traits de Tesprit humain s'accentuent, et, dans le mouvement général qui produit la civilisation' moderoe, on voit se former trois courants distincts qui donnent naissance à autant de systèmes dilîérents d'éducation. Le catholicisme, menacé par des adversaires sortis de son propre sein, est eiitraîué, par l'ardeur <'t les nécessités de la lutte, àaccontucr sa méthode et à faire d.' l'autorité de rKi^lisc le pivot de tout son système. « Eternellement incapalde. rhoiimie ne peut rien que s'il est .conduit, enseigné, élevé par l'Eglise. » D'où il résulte que la vertu capitale est la soumission. Toute la pédagogie catholique est dans ce mot. Il réclame au début et il se propose pour fin la docilité de Tesprit. Bien -loin d'adopter le principe que le vrai pédagogue travaille h se rendre inutile et h mettre son élève en état de se conduire seul, l'Bglise aspire à se rendre de plus en plus nécessaire et ne croit avoir atteint son but que lorsque le disciple s'est livré à elle tout entier. — L'obéissance, tel est donc résultat sur lequel est calculé tout l'appareil pédaiîogiijue du eatliolicisine. Parrourez tous ses princiiies, examinez tous ses moyens d'éducation, depuis la confession jusqu'à l'éœle maternelle, depuis les promesses et les menaces delà vie future jusqu'aux savants systèmes de punitions et de récompenses, nés et mis en œuvre sous son inspiration, tout a pour but invariable de dompter, d'assouplir, d'amollir, d'énerver et finalement d'étouffer l'initiative intellectuelle et morale et de tenir l'homme bous le joug. — La Réforme paraît, au pre« inier abord, plus sévère encore pour la nature humaine. Elle est bien plus affirmative sur la inisere intellectuelle et morale de l'homme, sur son impuissance absolue d'arriver au bien et à la vérité, sur la nécessité d'une intervention surnaturelle pour le relever et l'éclairer. Mais ce qui la distingue, c'est qu'elle fait résulument appel aux facultés de l'honime pour arriver à la foi. Non seulement elle subitpu accepte l'examen, mais elle le provoque, elle le déclare nécessaire et n'ajoute de prix qu'à l'adhésion raisonnée ou intelligente. Confiante dans la puissance de la' révélation, elle ne l'est pas moins dans la loyauté et la capacité de l'es* prit bumain pour la reconnaître et la suivre. De là l'impulsion puissante que le protestantisme a imprimée à toutes les forces de la nature humaine. De là l'ardeur et la confiance avec laquelle il applique la science à la reli^îlon; de là ses rapides ])ro|;rès dans toutes les sciences thétdoiriques, et, en môme temps, son zèle pour l'éducation et l'inslructioii du peuple; de là, enfin, la supériorité intellectuelle et morale qui ne tarde pas à distinguer les nations protestantes. — Et tandis que TEglise n'a pour la

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culturr moderno que dos regards inquirts nu liostiles, le protestantisme, là même où il parait le uioins confiant dans la nature humaine, ne s'en montre pas moins convaincu qu'en se développant d'après ses lois» riiomnie doit aboutir ù la foi chrétienne. — Le troisième système se propose exiilusivement le développement des facultés humaines. Il ne discute pas ce développement ; il ne se demande pas si, ou jusqu'à quel point il est légitime; il ne Im assigne point d'avance un but déterminé; Û prend Thomme tel qu'il est et fait consister l'éducation à le cultiver comme on cultive tout être vivant, en lui fourni^sa^t les moyens de vivre, c'est-à-dire de se développer d'après ses lois. Si les lois sont exactement suivies, ]o résultat sera ce qu'il doit être. Ainsi élever l'homme et non le rofaire. prendre la nature pf)ur guide et non pour instrument, la stimuler, la téeouder, non la comprimer ni la façonner, la respecter non seulement dans ses traits génériques, mais dans ses caractères individuelsy lui aider à se manifester librement, telle qu'elle est dans chaque homme, voilà, d'après ce système, Tœuvre de l'éducation. Elle prend son point de départ, non dans un idéal préconçu, mais dans l'idée de l'homme. La pédagogie commence par la psychologie et poursuit sa tMie avec la conviction que l'homme possède tout ce qu'il fiiut pour arriver à l'accomplissement de sa destinée. — Mais ici surgit une question g'rave : dans ces facultés naturelles faut-il compter la relif^ion? La foi religieuse est-elle un élément essentiel de la vie humaine comme la science, comme la morale, comme l'art, et faut-il ou non lui faire sa place dans un système rationnel et complet d'éducation ? — Il est piquant, mais nullement étrange, de voir les deux doctrines pédagogiques les plus opposées se rencontrer dans la même réponse négative à cette question. Éa effet, beaucoup de gens, surtout aujourd'hui, repoussent l'éducation religieuse parce qu'ils regardent la religion comme étranirèro ui même fimesteà l'homme, comme une sorte d'excroissance maladive qu'il fout, ou bien extirper violemment, ou bien, si l'opération paraît danfrereuse, laisser disparaître peu à pt u d'elle-même, mais en ^nrdnni bien de l'entretenir. Les autres, au contraire, proclament la nécessité d'un appareil surnaturel d'éducation, parce que I homme est en état de' chute et que la religion, qui est le principe essentiel de sa vie, lui est devenue àrangère.Dans les deux cas on part du même principe : l'homme ac/ue/ n'est pas religieux. — Avec l'une ou l'autre de ces écoles, le problème de l'édocation religieuse est d'une solution facile. Dans le premier cas^ cette éducation n'existe pas ; dansle second , elle appart ir>nt exclusivement à l'organedelarévélation, c'est-à-dire h l'Eglise. La culture humaine^ là société civile ou laï.]ue, en un mot l'Etat n'a pas qualité pour s'en occuper, et s'il la jugenécessaire, il doit en charger ex{)r('sséinenirEglise. Mais où la difficulté commence, c'est quand on croit que l'homme est naturellement religieux et qu'on regarde la foi comme une laculté native, susceptible comme les autres de développement et réclamant, au même titre, sa part dans l'éducation. Alors on ne peut aspirer à élever l'homme sans pourvoir à son développement religieux, et tout système pédagogique sérieux doit fournir les moyens de poursuivre cette tûche importante. — Gen'estpas ici le lieu d'entrer plus avant dans l'élude d'un pareil sujet; nous avions

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