SCHISME D'ORIENT
Julii, on 70!, et à Aix-la-Chapelle en 809, pour d<^battre cette question. Alcuin et Tliéodulphe d'Orléans défendirent et firent triompher le point de vue de rE|j;lise d'Oi'cident en s'appuyant sur Jean XXII, 21. 22; Jean ITT, 2,'t. 24 et sm [)vri'S [Theoriitlph . op. ed. Sirmond, Paris, I6i0). Léon HT, au(|uel l'empereur soumit les discussions du concile, tout en approuvant le point de vue dogniati<iue auquel il s'était placé, ne put que hlànjer l'addilion faite à une décision d'un concile OMMnuéniijue inspiré par le Saint-Esprit. On voit par ce lait combien peu l'Iv^Hisc de Rome songeait alors à soulever une controverse sur ce point. De son côté, le second concile de Gonstantinople, dit in TmllOf avait sanctionné en 692 la légitimité du mariage des prêtres et réglécertain s points dédisdj^line en opposition avec TEglise de Rome. — Toutefois, malgré tous ces éléments de discorde, la controverse ne prit un caractère décisif et grave qu'à ravriicmpnt dePhotius au patriarchat de Gonstantinople ;voir PhOm tius). Ap[)( lés en 857, par l'empereur Michel Bardas à succéder à Ignace, qui avait refusé d'être l'instrument et le complice de ses crimes, Photius obtint, par la violence et la crainte, la déposition d'Ignace par un concile sans valeur nu)rale. L'évô(jue de Rome, Nicolas ï<'^ dont \c< partisans «l'Ignace avaient invoqué l'appui, écrivit à l'empen ur une lettre pleine d'arrogance dans laquelle il invoquait, en outre, à l'appui de sa thèse, les fausses décrétales {vo'wPseudo-Jsidoré). Les légats du pape, envoyés à Gonstantinople, se laissèrent séduire par les ruses de la diplomatie byzantine et consentirent, trompés par de faux documents, à ratifier la déposition ^'Ignace, mais Nicolas 1% mieux informé, fit casser cette décision eu 8fi3 par un synode tenu à Rome. Au même .moment, le roi des Bulgares, Bogorè s, qui avait d'abord accepté le christianisme sous le rite grec, se rat tacha à l'Eglise romaine en 866. Photius, exaspéré, adressa à tout son clergé \ine encyclique injurieuse ^our Rome et qui reproduisait tous les griefs que nous avons déjà signalés. La cour de Rome opposa auallième à anatlièine. l'n instant la paix senibla possible à l'avcneiuent au trône de Basile le Ma(!édonien. qui (U déposer Photius en 807, et parut disposé à reconnaître la suprématie de Uonu'. Mais • Ignace, pas plus que son prédécesseur, ne voulut accepter les prétentions de Rome sur la Bulgarie, qui avait embrassé le nouveau rite grec, et Jean YUI, après avoir tenté en 879, après la mort d'Ignace, à un soidisant huitième concile cecuménique de Gonstantinople, d'obtenir par quelques concessions la Bulgarie, dut lancer encore une fois Tanathème contre Photius. Ce qui reste de cette controverse, en dehors des ouvrages •le Photius et des pi»'>ces dipIomati(jues, c'est une défense des droits de l'Eglistî latine par Enée, évôque de Paris et par le moine Ratramne de Gorbie d'Achery, *S'//iV //^^âiw, t. I*"" . — Toutefois, ce n'est qu'en 1053 que le patriarche Michel Cœrularius. dans une lettr»' pleine d'invectivos contre Rome, adressée à l'évéïjue de Trani, consomma le schisni»'. Malgré les tentative- de conciliation de l'empereur Constantin Monomacjue auprès de Léon IX, les injures d'un prêtre grec, Nicétas Pectoratus. auquel l'évéque romain llumbert répondit par des outrages, rendirent toute conciliation impossible. Envoyé comme légat à Gonstantinople, Humbert, plein d'insolence et de défi, amena l'empereur à désavouer
SCHISME D'ORIENT — SIMIUTUUES
Nicétas et à reconnaître la suprématie <le Rome. Le 16 juillet 1054, llnniliorf, contraint iJ<' luir devant la fureur du peuple, df'pnsa sur l'auti 1 lie >aiiite Sophie une Ibrniule écrite d'analluMne, ;'i la(}uelle le syiuMe répondit, le i2i juillet, par une séparation detinitivc. L'orgueil romain cl 1 etroitesse byzantine sont responsables devautl liisluire de ladestrucliou des Eglises d*Orient. De nombreuses tentatives de rapprochement, provoquées par la crainte des musulmans, eurent lieu entre les deux Eglises. En 1274, Michel Paléologue signa à Lyon la confession de foi catholique. Chrysoloras assista en 1414, au concile de Constance; en 1430, les pères du concile de i3àle voient hnirs projets d'union contrecarrés par Euf^inio IV, qui ne fut pas plus heureux en 1-438 à Ferrare avec Jean Paléologue, et en iV.V.) à Florence : il n'y a plus eu depuis que (jnehjues tentatives isolées dans le cours des deux derniers siècles. — Sources ; Léo Allatius, De Ecc. occ. et or.perp. 6'o/w.,Col. 1048; Maimbourg, Hist. du sch. des Grecs, Paris, 1677 ; Pitzipios, VEgl. or., sa sépar, et sa rétm. avec celle de Àome, Paris, 18S5 ; T. Guettiere, la Papauté sehism., Paris, 1863 ; Picfaler, Gesch. d. kirehl. TVennung zw. il Or. u. Occ, Munich, 1864. A.. Pauhier.
SEGUR (Louis-Gaston de), prélat français, né à Paris en 1830, mort en 1881. Fils ainé du coujte Eugène de Ségur et petil-fils. par sa mère, du comte Ilostopchine, gouverneur de Moscou en 1812, il entra de Ihiiiih' heure dans les ordres, devint auditeur ili> rote à Rome, prélat de la maison du pape et l'ut nonnné, en 18oG, chanoiue-évôque du chapitre de Saint-Denis. Il était devenu complètement aveugle dans les dernières années de sa vie. Mgr de Ségur a été Tun des membres les plus aetib et les plus influents du parti clérical. U s*est fait connaître par son ardeur de propagande, son injustice envers le protestantisme et ses tendances ultramontaines. Dans ses conférences et dans ses brochures, il soutenait avec un zèle infatigable la suprématie de I Ktat sur les droits de l'Eglise. Nous citerons de lui : Opiisrulrs, 18G2, 2 vol.; la Pieté et la vif >nt<^ ri' urf', 1803-18t)4, 4 vol.; Jnstruciions ftir/tilil-res et lectures du aotr sur toutes les vérités de la rfli'/ion, 180."», 2 vol.; la Liberté, 18G9; Mois du Sacré-Cœur, 1872; le Dojme de imfailUbdilé, 1872; le Jeune ouvrier chrétien, 1876, etc.
SIMILITUDES ou Paraboles. Ces deux noms, presque synonymes, servant à désigner les nombreux récits allégoriques que les Evangiles attribuent à Jésus. Nous diviserons cet article en trois parties. Nous parlerons d'abord de la similitude ou parabole en général. Nous ferons ensuite une étude critique des similitudes des Evangiles. Enfin nous cherclu rHiis les règles de leur inter[)rélation, nous exposerons leur hcrmeneulique.
I. Dt: LA siMU-iTum: (ii;.\KHAL. — Le mot parabole (-afalîoÀr,), en grec classique, n iujplique pas nécessairement un récit. Aristole [Hhétor.. Il, 20), a décrit très exactement la parabole et Ta distinguée de la fable. Elle n'était pour lui que le simple rapprochement de deux &ils presque entièrement différents mais s'accordent sur un ou deux déiaili. « Si, pour prouver, dit-il, que ies magistrats ne doivent pas être élus parla voie du sort, on disait : c'est comme si l'on avait recours au sort pour le choix des athlètes et si l'on prenait non pas ceux qui sont le
plus propres à eombattre, mais ceux que le hasard aurait désignés, on ferait une parabole. » Dans le grec hellénistique le mot zap-afioXr, prit un sens plus étendu. Il fut choisi par les Septante pour traduire l'hébreu màchAl. Ccux-ri ont Mon rendu quelquelbis niâch;\! par -acc.a'a, mais rarpiiipiit Prov. 1, 1 ; XXV, 1 ; XXYI, 7, etc.). Le mot m à c liai est Susceptible Je plusiour? délinitioiis, et les écrivains hiitliques l'ont employé dans un grand nombre d'acceptions diverses. Il dési'fTne de courts proverbes (1 Sam. X, 12; XXIV, 13; 2 Ghron. VII, 20); des prophéties mystérieuses (Nombres XXIII, 7, 18 ; XXIV, 3 ; Ezéch. XX, 49) ; des sentences obscures, des énigmes (Ps. LXXVIII, 2; Prov. I, 6); des métaphores (Eséch. XII, 22); un adage en forme de comparaison (Ezéch. XVIII, 2); une description symbolique (Eiéeb. XYII, 2 et sniv.; XXIV, 3-5); un poème en langage figuré Ps. XLIX. 5; Esaïe XIV, 4; Job XXYII, i), etc., etc. Les écrivains du Nouveau Testament onî, par suite, pris souvent le mot -apa'co/r, dans dos acceptions détournées de son sens primitif et véritahle. Luc (IV, -l'.V , appelle parabole un proveriie et Matthieu (XXIV. .'Î2) donne ce nom à une simple comparaison sans récit alléi:ori([ue. Dans l'épître aux Hébreux (IX, 2), ce mot est employé pour rappeler le caractère figuré des ordonnances lévitiquesou(XI, 19) tel détail prophétique de l'histoire des patriarches. Cependant, dans la langue hellénistique en général et dans les synoptiques en particulier le mot T.x^x^JO^ désigne avant tout lesr^ts allégoriques foits par Jésus-Gbrist; nous disons allégoriques, car il n'y a aucune différence essentielle entre l'allégorie et la parabole. Celle-ci n'est qu*un nom spécial des allégories du Christ. On peut cependant remanpier que • l'allégorie proprement dite est plus transparente que la parabole. L'idéo se laisse entrevoir derrière une forme qui n'a rien de vraisemblai)lo. Dans la parabole la forme est plus solide ; elle n'est pas un voile mais un corps, et il faut y distinguer précisément le corps et l'Ame, Le corps c'est le récil ; Tàme, c'est le sens caché, l'enseip^nement moral ou mystiijue que ce récit renferme. — Nous avons considéré les termes parabole et similitude ronnne à peu près synonymes. Ou peut cependant les distinguer. La parabole suppose toujours un récit; la similitude n'en implique pas nécessairement un. Une comparaison lui suffît. Elle n*est qu'une figure de rhétorique par laquelle on applique à un objet des traits de ressemblance empruntés à un sujet différent. La comparaison d'Aristote que nous citions tout à l'heure est plutôt une similitude qu'une parabole. Jésus a parlé souvent en paraboles et constamment en similitudes parce que son langage était constamment hguré. La comparaison était la forme mi^me de son enseignement. Quand celle-ci reste une simple illustration de sa pensée, elle est une siujilitude (par exemple : la Porte étroite, la voie large, le vin nouveau et les vieilles outres, la pièce de drap neuf et le vieil habit, etc). Quand la comparaison forme un récit complet (le Semeur, l'Enfant prodigue, le Bon samaritain, etc., etc.), elle est une parabole. — Distinguons aussi la parabole de la fable. Celle-ci (ait parler les animaux et des êtres inanimés. La parabole ne, met en scène que des personnages agissant dans les circonstances ordinaires de la vie, et suivant les lois de leur nature. Elle a aussi une plus
m SIMILITUDES
liante port<V nioralo qiio la faltlo. trop souvent ôiroïstc et terre à tme dans SOS com-lusioiis. Enfui nMiiar*jiioiis que la UK-taphore n'est i]u'iine paral>i»le abrogée. « Les iiit'liipliores iic simt autre chose «jundes similitudes abn'gt'es >» (Bctssuet, Sixième averlisaemenf , S2 ; voir aussi Boileau, Loitfjin, Traité du sublime^ ch. 31. « Les paraboles et les comparaisons approchent fort des métaphores et ne diffèrent d'elles que sur un seul point o). Le mot z6cXi^ devint un mot latin, parabota<, et peu à peu, il perdit son sens spécial. Il se généralisa et fut appliqué à tonte espèce de discours. Au moyen âge parabolare signifiait siniplcment parler.— L'enseignement parabolique n'a pas été créé par Jésus-Christ. Les orientauj; ont toujours parlé (Esaïo V. !. etc.), et parlpiit encore en similitudes. Les rabbis contemporains d»- J«'sus se scrvaloiit de ce mode d'enseiirnemeut. Los talmuds MOUS citt'nt bon nombre de paraboles attribuées à lliilel, à Schaiiimai. à Gamalicl et aux docteurs célèbres de l'époijue de Jésus-Christ. Il importe de dire ce qu'étaient ces similitudes et ce qui les distingue de celles du Christ. Pourquoi les rabbis parlaientils en paraboles? Etait-ce par condescendance pour le peuple, pour se faire comprendre de lui, lui donner un ensei.rnement qui,s*il ét:iit resté abstrait, aurait été au-dessus de sa portée. Les juifs du moyen âge l'ont afïlrnié (Mainionide. Porta }fosk, ji. S'il, rt il est certain que les paraboles de tel ou tel docteur citées par les L^uciiiaras sont en général faciles à comprendre. Mais jam.iis il n'est dit ijue les rabbis donnassent ces paraboles au peuple. Us ne les enseignaient qu'à leurs disciples. Les docteurs de la loi affectaient de ne pas 8*occuper de la fuule, et se soa- • ciaient peu d'être compris d*elle. Au contraire, nous savons qu'ils te> naient à lui en imposer par des sentences qui restaient pour elle incom' préhensibles (Matth. XXTII, 3. i; Jean VII, 49). La parabole, loin d'être une accommodation à la faiblesse des petits, était, dans la bouche des rabbis, le plus élevé de tons les enseignements, quelque chosp de supérieur et d'ésolht'rique. Elle avait un sens sublime et caché (}ue \h iiiitii seuls comprenaient. Dans la pensée de Jésus, (ils de Sirach, par exemple (Ecclésiastique XXXIX, 2, 3; voir aussi XXXYIII, 38 , la parabole, loin d'être à ki portée des ignorants, leur est au contraire paitieulièreroent inaccessible. Jésus, au contraire, s'est tourné vefs \h a pauvres en esprit, » il a voulu être compris d'eux, c'est pour eux qu'il a parlé en parab<des. Il s'est servi de ce mode d'enseignement pour se mettre à la portée des gens du peuple qui ne pouvaient saisir les vérités abstraites. Lui-même, du r<^ste, nous le dira tout à l'heure.
II. En ni: (.RmQUF:.nKs snnLiTuni:s de jk>us-christ. — L authenlioitc de? pai al^des de Jésus est hors de doute ; la forme de ces petits rérits est iiiiiintable, et elle est partout d'une entière perfection, il est remarquable que les évangiles apocryphes qui nous rapportent tant de mi* racles de Jésus inconnus des Evangiles canoniques ne se hasardent pss à raconter une seule parabole nouvelle. L'œuvre était trop difficile, Tinvontion était impossilde. Les paraboles forment certainement la partie la plus authentique de l'enseignement si authentique lui-nièine des Evangiles synoptiques. Mais il faut reconnaître qu'elles ne nous «uit pas toujours été conservées dans leur intégrité. La parabole du Hepas
des invit('<, par oxfmplp. nVst pas aussi simple dans rEvangilo <1p Matthieu (XXII. ^2-[ 'il que dans colui df Luc (XTV, Lo preinior des évang»*'li)îlf»s a introduit i\ la fin de son récil un «Iftail qui lui p>f t^ranger siir la nécessité de niettFc un habit de noces. De même la parabole des talents (Matth. XXV, i4-30) a été réunie par Lue & an débris de parabole perdue sur le départ d*un roi et la révolte de ses sujets (Luc XVin« 12 — fin). Il est évident que Jésus a prononcé beaucoup plus de paraboles que nous n'en possédons et il est fàcile de voir que les Evangélistes ont fait un choix. Remarquons ans?! que si Matthieu cite sept paraboles de suitofrh. XIll), il *'<t cependant Inrt doiiteux que Jt^us les ait pronoTic/'o> tellcï^ ([utiles à la suitr les unes des autres. Luc a reproduit lri»i> d'entre elles et il a soin de ]<^s si'pnrer (ch. VIII et ch. XIII). D autre part Jésus a pu réunir deux ou trois brèves similitudes sur un même sujet, lorsqu'elles s'expliquent réciproquement. Il l'a fait sans doute pour les paraboles du levain et du grain de sénevé, du bien caché et de la perle de grand prix, de l'ivraie et des filets, de la brébis et de la dncbme perdues. Il est encore à noter que les évangélistes nous donnent parfois les paraludes sans aucun lien avec ce qui les prér&de et 06 qui les suit. Ain-i Matthieu, quand il rapporte la parabole des ouvriers de diverses heures (.XX, i et ss.) ou Luc celle do réeonoine infidèle (XVI. 10-13). L'un et l'autre ont leur? sujets de prédilection. Matthieu rapporte les paraboles dites du Royaume de Dieu, Luc celles qui renferment des e.xhortations à la charité, comme le Bon samaritain, qui rappellent la grâce de Dieu, comme l'Enfant prodigue, ou qui enseignent la prière comme le Juge inique, le Pharisien et le péager. Quant à Marc il n'a qu'une seule parabole inconnue des deux autres synoptiques, celle delaSemence jetéeen terre (MarcIV, 26-29). — Une étude attentive des paraboles nous permet de les diviser en trois groupes dont chacun se rattache à une période importante du ministère de J 'sus. Le premier groupe est précisément celui de Matthieu (ch. XI H), les paraboles du Royaume. Il no faut pas les jdacer an début même du ministère de Jésus, mais seulement dans la première moitié^ Jésus n'a pas débuté dans sa prédication par des paraboles. Le Sermon sur la montagne, c'est-àdire les béatitudes, les lois et les promesses du royaume à venir, des préceptes faciles à comprendre, des figures d'une extrême simplicité, comme celle de la paille et de la poutre (Matth. VII, 3), de l'accord avec la partie adverse (Matth. V, 25), des raisins cueillis sur les épines et des fijrues sur des ronces (Matth. VII, 10), de la maison b;\tie snit sur le roc, s.iit sur le sable (Matth. Vil. 24-27\ telle fut la première furme de renseignement de Jésus. Ce sont des similitudes au sens strict de ce mot, des métaphores, des embryons de paral>oles, ce ne sont pas encore de véritables paraboles. Quand celles-ci parurent, les disciples s'en étonnèrent (Matth. WÏL, 10). Cet étonnement suppose bien un mode d'enseignement nouveau dans la bouéhe de Jésus-Christ. Dans sa réponse Jésus noiHi dit pourquoi il s'est décidé à raconter des paraboles. Cette réponse nous est donnée sous deu.\ formes diiïérentes. D'après Matthieu .XIII, Jésus dit : « Je leur parle en similitudes parcp qn^m voyant ils ne voient pas et qu'en entendant, ils n entendent ni ne comprennent. »
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C'est-à-dire jp ?ins ol>lig6 d'employer ce langaçre pour Hro conipri- de ce peuple ignorant, {)arce que ju?(|u':i présent il m'a vu. Uiais connut' ?"il ne me voyait pas. il m'a entendu, mais comme s'il ne m'enti iidait pa>, car il ne m'a pas compris. (Marc IV, 12) et Luc (VIII, 10} ont fondu eu une Seule phrase la réponse de Jésus et une citation d'Esale qui la suit, et ils font dire au Christ : «Je leur parle en paraboles a/în </u'ea voyant, ils ne voient point..., etc. » "hx au lieu de (Srt, ce qui est évidemment une erreur de ces évangélistos. Lesi paraboles du Royaume prononcées alors sont au nombre de huit: l'^le Semeur (Mattli. XIII, Marc IV. LucVIlI;; 2° l'Ivraie et le bon u:rain (Matth. XIII le grain de sénevé (Matth.XIll, / « Marc IV); A° la semence jetée en terre 'Mare IV); 5"' le levain ^Matth.
XIII!; 6" le trésor ca. hé dans un champ (Matth. XIII); 7"* la perle do grand prix (Matlh. XIII] ; 8^ h' liletjelé da-is la mer (Matth. XIII). — Le second groupe de paraboles se place chronologiquement vers le milieu da ministère de Jésus-Christ. La plupart des récits qui le compolient ne se trouvent que dans le troisième évangile; de plus, Jésus qui avait jusque là tiré presque toutes ses comparaisons de la nature les emprunte davantage :'i l'homme même et aux .sentiments profonds de son àme. Enfin ces paraboles ne sont pas comme les premi^^res insérées dans des discours an peuple ; elles font snrtont partie de réponses directes de Jt'sus à se? interlueutenr.>. Nous trouvons dans ce seenni] groupe seize paraboles : I" h«s deux débiteurs (Luc VII); 2" le serviteur impitojaiile (Mutth. XVill) ; 3" le bou samaritain (Luc^Xj; 4'' l'ami venant à minuit (Luc XI); 5* l'homme dont les terres avaient beaucoup rapporté (Lue XII) ; &> le festin de noces (Luc XII) ; 7» le figuier stérile (Luc XIII);
le grand souper (Luc XIV); 9» la brebis perdue (Matth. XVIIMue XV): 10« la drachme perdue (Luc XV); 11" J'eufant prodigue (Luc XV) ; 12" l'éeonome infidèle (Luc XVI) ; 13"^ Lazare e't le mauvais riche (Luc XVI); i'i" le juge inique (Luc XVIII); lo^' le pharisien et le péager '\Ah' .XVin) ; IG" les ouvriers de diverses heures (Malth. XXI — Le troisième et dernier groupe de paraboles de Jésus date des derniers temps de son ministère. Il y parle de nouveau du Royaume de Dieu, mais à un point de vue eschatologiiiue. Ce sont des similitudes presque toutes prophétiques. Nous en comptons six. l^Les talents (Matth. XXV) ou les mines (Luc XIX); les deux fils (Matth. XXI); 3** les vignerons (Matth.XXI,Mar. XTl,LiirXX); iMes noces du fils du roi (Matth. XXIl:; 5® les dix ^^erges (Matth . \.\V); 6«>les brebis èt les boues (Mat th. XXV). I! est remarquable «jne le (juatrième Evangile ne renferme point de paraboles ; mais il a des mots paraboliques qui rappellent la forme imafréc de renseignenii nt de Jé.-ns : bi source d'eau vive, le pain de vie, le e^p et le vigneron; la lumière, le bergiT et la brebis. Les synoptiques iieiis offïfent des expressions semblables lorsque Jésus dit ù ses disiipKs : Vous êtes le sel de la terre, la lumière du monde (Matth. V, 13, 14), Tœil est la lumière du corps (Matth. VI, 22), elc, etc.
m. l'herméneutique des paraboi.es. — Sur aucune partie de l'enseignement évan}iéliq»ie, l'interprétation ne^s'est plus souvent égarée que sur les paraboles. I.es [lères de l'Eglise ont donné les premiers l'exemple des explications extravagantes. Le voyageur qui descend de Jérusa-
lem à Jéricho représente, dit Origène, l'âme qui quitte le ciel pour descnulre dans le iiioiido. Pour Ainbroiso. le graÎD de moutarde c'est Jésus-Christ, froment eu tant qu"il fortitie, moutarde en tant qu'il afflige, la plus petite des i?enïeuces quant a ^on abaissement, mais un grand arhre quant à sa sagesse. Au dix-septième siècle on cxpliijuait la parabule de l'enfant prodigue en disant que les pourceaux sont les personnes qui croient à leur propre justicet «t les gousses les prétendues bonnes œavres; Tanneau qu*on met au doigt du fils représente Tamour de Dieu, etc., etc. Daus la parabole du boa samaritain rhdtellerie était l'Eglise > t les deux deniers représentaient les deux sacrements du baptême et de la c^ne. Le développement des sciences exégétiques, le sentiment du naturel et du vrai, le tact littéraire et religieux ont fait justice (le ces explications. Ce|)endant il y a encore des progr^s à faire. Les commentateurs du dix-neuvième siècle qui se sout >[»écialemeiit oreupés des paraboles, Olshausen, Schleicrmacher, Neander, Tholuck, n'ont pas toujours sn éviter Tarbitraire et la lantaisie. Mais ce sont surtout les prédicateurs qui ont contribué et qui contribuent encore à répandre les fausses interprétations des paraboles. L'bomilétique apprend trop souvent à allégoriser les textes et. quand le prédicateur s'adresse à une allégorie toute faite, il est tenté d'en presser les détails les plus insignifiants, pour en tirer des applications édifiantes. Les erreurs viennent précisément de ce (ju'ori veut trouver unv^ intention dans chaque mot, un sens cacli/' et un enseignement daus chaque détail. De nos jours, le théologien Lange s'est demandé sèrieusenjent si nous n'avions pas, dans les paraboles du royaume, une histoire abrégée dePEglise. La parabole du semeur raconterait le fondement de TEgli - e, celle de l'ivraie et du bon grain nous mettrait en présence des hérésies
^es premiers siècles, celle du <^r.ùn dt> sénevé nou^ représenterait l'Eglise devenue un grand arbre abritant les oiseaux du ciel (conversion des barbares). Avec la parabolo du levain, nous aurions le tableau du moyen Age, la force d'cîxpausion de la vérité chrétienne et sa pui^sance sur le jnonde. L'histoire du trésor caché dans un champ pr(q»lit tiserait la Hérorme qui fut d'abord comme l'Eglise véritable cachée dans l'Eglise visible. La similitude de la perle de grand prix symboliserait le développement du royaume deDieU depuis le seizième siècle, et celle du
* filet jeté dans la mer, l'action que TEglise exerce par ses missions sur lo monde resté encore païen. Nous n'insisterons pas sur ce «pi 'il y a de forcé dans de semblables explications. — La meilleure règle d'interprétation des paraboles a été donnée par saint Jeun Chrysoslome [Hom. sur Matt/i. 64). Le premier il montra que l'essentiel était de saisir l'idée générale. Quel est le but de telle similitude? Que veut-elle enseigner? Une luis ce sens général trouvé, tout le reste en dépend. Il ne faut pas chercher de sens nouveau dans les détails ni leur donner une importance qu'ils n'ont pas. Us enrichissent le récit, le complètent, mais il ne but pas leur demander d'autre enseignement qu^ celui que donne la similitude prise dans son ensemble. Cette règle est excellente. Essayons de l'appliquer aux paraboles de Jésus. A ce point de vue exégé- • tique, nous les diviserons en trois groupes. 1<> les similitudes qui ne
m SlMlLilliDES
sont que des exemples à imiter ou à éviter. Celles-là n ont pas besoin d'interprétation spirituelle. Elles ne reniTermeiit pas de sens caché. Leur enseignement est à la surface el aucune traduction n'est nécessaire. Nous reconnaissons cinq de ces récits : L«' bon sainai il;mi, riioininc riche dont les terres avaient beaucoup rapporté, l écunonie mlidéle, Lazare et le mauvais riche, le pharisien et lepéager. Il est évideut,puur U0U6 que uous u'avous pas atïaire ici à de véritables paraboles, car renseignement moral ressort de ces récits, sans qu'il soit nécessaire 4e les spiritualiser. 2^ Dans le second groupe, - nous plaçons les paraboles dont nous n'avous pas à chercher Texplication parce que Jésus-CSirist nous la donne. Le semeur, l'ivraie et le bon grain, les filets sont expliqués par le Ciirist avec beaucoup de détails. Nous rangeons aussi daus cette catégorie les parabolt-s qu'il interprète d'un mot, d'un trait tiiial. dont il donne la morale, si l'on peut s'exprimer ainsi. Par oxountle. celle du vigneron: « Le règne de Dieu vous sera ùté et sera duniita une nation qui eu portera les fruits ; >> celle du festin de noces : « il y a beaucoup il appelés mais peu d'élus; » celle des dix vierges: • Yeillei donc , car vous ne savez' & quelle heure le maître viendra » (voir encore celles des deux fils, de la brebis et de la drachme perdues, du débiteur sans pitié, etc., etc.) 3*> Dans le dernier groupe nous phiçou* les paraboles dont le sens reste plus obscur et pour riuterprélalioii desquelles le contexte ne nous apporte que peu ou point de luinirre. Un ne saurait soumettre leur explication a des n'i^lcs bien rigoureuses. Pour les coiujireadre, il faut se pénétrer des principes que nous rappelions tout a l'heure : La parabole est une; l'exégéte doit réunir le» éléments du sujet en une impressiou générale. Pour cela, qu'il considère l'eusemble du récit et s'aîbandonne avec simplicité au sens objedil et total qu'il présente ; qu'il ramène les détails au point central, et subordonne toujours leur interprétation à ridéc-mère de la parabole. Il est vrai que Jésus-Chri^t en expliquant les similitudes du semeur, de l'ivraie et des lilets. nous a donné le sens des plus minutieux délaili (les oisi'aux de l'air, les épines, etc. , mais il ne faut pas ciicn lii r «lui* celle exception une réjrle, d'iiermeneuti(|ue : Les similitudes de l eulaul prodigue, des ouvriers de diverses heures, des talents, etc., reuferuifut des idées générales très simples et celui qui se perdrait dans les détails de ces paraboles ferait évidemment fausse route. Nous irons plus loin: il y a des détails qu'il ne faut pas hnterpréter du tout. U est certaûi que le fameux compelle hit rare (Luc XIV, 23) n'a pas le sens qu'on lui a trop souvent donné el i^u'il ne faut attacher aucune importance à ce terme dans l expiication de la parabole des invités. De même le mot: « J(! te paierai tout » (Malth. XVIII, 26) et celui-ci: « Il fut livré a la turlure jus<ju'à ce (ju'il eût payé" tout ce qu'il devait » (verset 34J, u impliquent nullemeiiL que Dieu soit un créancier impitoyable; cette interprétation serait en contradiction avec tout l'eu^eigneaiefll de Jésus. De même encore, dans la parabole des talents, il fatil iiégU* ger le reproche adressé au maître par l'un des serviteurs (Matth. XXV, 34), et le fiiit que le talent mal employé est donné i un autre serviteur, n est inutile de chercher dans ces deux versets un rapport