THÉOLOGIE DE UANGIEN ET DU NOUVEAU TESTAMENT
vérité que de modestie : « li va sans dire qu'une telle entreprise ne peut et ne veut être qu*ua essai. » « Il n'est que trop aisé de s'expliquer, disait OEhler peu de temps avant sa mort, pourquoi nous possédons si
peu de théologies de l'Ancien Testament complètes, et pourquoi ce sont, pour la plupnrt. des œiivn s posthumes. »> Mais il faut que la science rolifjipuse accoinplisse progressivement son ouvre, et pour cria les tableaux d enseiuble n»' sont pas njoins n»''cessaires que les l'tudes de détail. — Voy., outre les ouvrages cités, Diestel, Geichickte des A. T. in der chrùtl, Kirehe, 1869 (§ G8 ss.). G. Brusion.
THÉOLOGIE DU lOOVEAU TESTAMENT. On entend 'sous ce nom une discipline théologique dont le but est d'exposer Tcnsemble des croyances et des idées religieuses qui ont trouvé leur expression historiqno dans les écrits du Nouveau Testaiiioiit. Il ne saurait y avoir dans col ('n-»'tnl)le d'autre unité que colle qu'il va dans lo rocuril lui-ménie. A le bien prendre, cette exposition n'est que le premier ciiapitre de l'histoire des dogmes, à laquelle elle sert de base et dépeint de départ. Toutefois il est bien évident que la notion et la valeur de la théologie biblique varient nécessairement avec les idées que l'on se fait de la Bible et de son autorité dogmatique. Comprise, ainsi qu'elleTa été de nos jours, comme unchapitre et le eliapitre capital de l'histoire des dotrines et de l'histoire des religions, on conq)rend ipie cette discipline soit <\r tormation récente. KUene pouvait guère naître et se développer que du ummenl où dans la conscience religieuse se fit jour le sentiment qu'il n*y avait pas identité entre la dogmatique de TEglise et les doctrines apostoliques. Aussi est-il inutile de chercherles origines de la i/irolof/ir hlhlique au delà de la Héformation, qui fut un retour au christianisme primitif en opposition à la foi et aux pratiques du catholicisme du moyen Age. — T^es premières dofrmatiqut s protestantes iK' \ oulurent être que des théologies bililnjues. C't'St rinleulmn commune, malgré leurs htrmes diverses, des Loci communes theolofjin de Mélancbthon dont la première édition (1521) n'était qu'un i xposé des doctrines de l'épttre aux Romains* de V/nstituHon chrétienne de Calvin (1536), du />e vera et (alsa religùme de Zwingle (i 525), du Sommaire (Taiicuns lieux fort nécessairei âtotU chrétien de Farel 1 1524-1 5*25). etc. Mais le point de vue polémique qui domine nécessairement tons leurs écrits dt'vail eimircher 1<'S réformateurs de saisir compb'tenit'nt et de rendre imparliulemenl les croyances relijiieuses des temps apostoliques. Toute leur conception est déterminée par la doctrine paulinienne qui est la leur et qu'ils retrouvent partout. Le sentiment de Tbistoire et du ca* ra( t( re relatif de toul cequi est bistorique leur nian<{uait. Aussi, quand l'inspiration large et puissante des premiers jours de la Réforme eut disparu, voyons-nous, au dix-septièine siècle, le schola-ticisme élonllVr une fois de plus riiistoirc. Tout se rfiiui>it alors à faire des recueils de /Jir(a prubauda, c'est-à-dire do textes liil»li'|ues destinés à démontrer le dogme officiel ouà rendre victorieuse la polémique. Considérée comme un recueil d'oracles surnaturels, la Bible était exploitée comme un code. La thAorie d'une inspiration verbale absolue avait nivelé tous les livres, toutes les pages, touslesmotsde la Bibleen effaçant les différences des siècles . «les lieux, des inspirations et des talents. Quand on voulait iaire ce qu'où ap-
iait " mit' ilo^inatique biblique » on se bornait à nninir des textes do toute orgine el de toute valeur et à les ranger sous les rubriques de la dogmatique (raditioimeUe : théologie, cbristologie, pneumatologie, sotériologie, CKhalologie, etc. Le caractèro historique, l'organisme interne de la pensée de ehaque auteur disparaissaient complètement. On n'avait plus que des membres morts et dispersés : S«^bastien Schinidt, Collegium bibliciirn M71 ; J. lliilsemann . V'nidir'ipe S. S. per loca ciassicn st/strm. thnii, ir»7U; F. Ktpber. J'iu/ieioti sfir/ o-sanctum, seii dicta ufriusijue tameiUi, etc. (fait pour le compeudium de Hutterus), 2" édit., 1692; J.-G. Baier, Anaiyuà et vindteoHù iUuttràm senpt, dietarum sinceram fidei dœtrinqm atserentiumt 1716. — Les livres de 6e genre furent extraflfdinairement nombreux; ils servaient de mefe-m^cum aux théologiens et anx cnntroversistes; le rationalisme du dix-huitième siècle, qui succéda à l'orlboiloxie du précédent eut les siens composés avec la même méthode et dans le niéin»' but: T«'llt^r. Tnpfrf sncr.v scripfu/\Vy 1761 : Sonilor. Ilistomcli»' und krit. Saiiiinlniitjcn iiàer die suy. Beweisstellen m dcr D'ijinalikAlOi ; Uufnagel, Handbuch der biblischen TheoloffiCf 1785. En Angleterre, le» puritains et à leur téte Milton, dont on a retrouvé» en 1523 , un tnité inédit sons ce titre : De dodrina ehristiana Hbri duo; en France* l'école de Saumur , en Hollande , les arminiens et les disciples de Coccéius; en Allemagne, Speneret le piétisme ramenèrent les esprits àleiiu^' ilirertt' et liliri- de la Bible et l'opposèrent plus on moins à la scola^t olliciolle. Dans les travaux du piétisme, l'intérêt de l'édificaliou niiir ilf l'a [toujours emporté sur la rigueur scicntilique: A. F. Bulehiog, £'pitometheol,e8oH$ tô/^m^acmconeiiifia/a;, 1757. L'influence do piétisme provoqua cependant l'orthodoxie et le rationalisme à des reebwches plus sérieuses : Storr, Doclrinœ christ, e so/igsacn's libris repetUx^pars theorid'icn, 1793; Zacharias, Biblisché Théologie oder Untnrmehimg d>s biblisc/ien Grundfs der vnrnrhmsten throl. Lehren, 1772 ; F. Halirdt, Versuc/i ehtrs hibUschen Sijstmns der /)i>;/))in(ik, n&J ^F.AjYimon, /ùitwurf eitier reoi biblischen J'heolf>gir^n{i2. Goinniefruits tardifs de l'esprit piétiste, un peut citer de G. Knapples Vorlesungen iiber die ekrùtlkhe Glauôenstehre, 1836, de G. F. Schmid, la BiblùeheTheoL de$ N, r.,1853, et de F. Bonifas, YUnité de renseignement apostolique, 1866. — Peu h peu, toutefois, les études archéologiques, critiques et exégétiqucs devaient éveiller le sens de l'histoiro et all'ranchir l'étude des <ir)cfrinos chrétiennes primitives de la tyrannie de la ditgniatifiue. Cette émancipation fut proclamée pour la j)rerniére fois d'une façon raisornu'-e par Gabier daus sa célèbre àï^^axiaiioUf De justo dhcrimine theologiue biblicx etdogmaiiex regundisçue reeteutriusfjue finibus^ 1786, (réimprimée dans ses petits écrits théologiques en 1831). Bauer essaya de réaliser l'idée de GaUerdans ses deuk Théologies bibliques de Vancien et du nouveau Testament (18()0 et 1802). Bien supérieurs sont Jes travaux semblables de h*'\\\'\[(^{fiihlische Dor/matik des A. und.Y. f. 1813), deRiickert, Christliihe P/iilosnphieAom. II. [HXy. de von Cœlln [Biblische Théologie, 1836) etde Lutz {Biblische Unginatik, 18 47), bien que le point dejvuc historique y soit encore borné de bien des côtés. Au contraire, l'ouvrage de Baumgtften-Cnisius (Grundxûge der àibHscken Theologie,i93») marqueun pas
en arrière plutôt quuii progrès. Leschema dogmatique yvoile le développement historique des idées et l'originalité des écrivains. — Hais à toutes ces expositioni plus ou moins exactes manquaient Tintuition du cœur
pieux, la sympathie mystique avec les temps primitifs. Les éveiller etlet répandfp fut l'œuvre de Neaiider qui distinixua trt»3 iiMftemPiit les divers types doctrinaux de l'Airo apostolique et lit ressortir h" caractère î^p^'cial derliaqup écrivain i G l'sc li ich te dor P flanzuny und Leitung der c/in'sl/irhen Kii'clie durch die'Apostel, 1833;. A cette école de Neaiider et de Sclimid, OÙ la critique est tempérée par une grande préoccupation d'apologie, se rattachent les ouvrages de Ifessner {Die Lehren den Apottelj 1856), de JjBchler {Dos apos^lischc und narlinpostoUsche Zeitalttr^ 1851) de Jul, Kœstlin [Einheit tmd Mannigfalti'ikeU der i\t lichen Lehre, dans les Jahrbûcher fiir doutsr/w Tàt^ylogie^ 1837 et 1858). On peut encore mettre ici l'œuvre d'un tlirnid^rieu catholique, Lutterbeck, /Jie Mllichen Lehrbe- (jriffe, 1852, pour autant que i autorité catholique pouvait s'accommoder aux exigences de Thistoire. Dans l'école de Neander, la diversité des types doctrinaux de l'âge apostolique était surtout expliquée par la variété morale des individualités religieuses. — Baur et l'école de Tubingue allèrent plus loin et la rapportant à l'opposition de doctrines hostiles et aux efforts (ju'on fit après les grandes luttes de Paul et des apôtres judaïsants, pour les concilier dans la foi de ^E*^li^e exitliolique du second siècle. L'analy.ie des textes fut poussée ici bien plusavant qu autrefois. Ilsuliitde rappeler le /'aM/î« de Baur(1844j, la forte exposition deSch\vegler(i^as nachapoitolùeke ZettaUer, 1846), celle de Hilgenfeld(2>af Ure^rùienthumm den Hauptmomenten Miner ÈntwiekelvMgt 1855), et le travail plus remai^ quable encore de Uitschl (^/i/s^eAun^ der altkatkolUchen Kireke^ 1850) dont la seconde éditidn ( i8r)7) a révélé l'insuflisance et l'étroitesse logique du point <le vue primitil de iianr. .\ la même tendance appartiennent encttre la li>hlische Thi'oUKjiv Noack (1853), l'œuvre posthume du chef de i école, liaur [Vorlesungen uber die J\tliche Théologie, 1804), et le manuel d'Immer (Ntliche Théologie^ 1878). — Enfin, avec des noanoes diverses quant aux résultats, maïs avec l'application d'une méthode pore» ment historique, aussi bien affranchie des préjugés de la philosophie hétiélienne que de ceux de la tradition, ont paru dans les derniers temps dos travaux remarqualdes (jui répondent à peu près complètement aux exigences de la critique et de la science, Reuss : Jlisioirede la théologie chrétienne au siècle apostoligue, 1852) ; Osterzee, Compendium der Mtliehen Théologie, édïtïijn allemande, 1869);Scholten, Geschiednis der christ, GodgeUerdheidy 1858; Gremer, Btbliseh-iheolog. W^terbueh der Ni lichen Grxdixt, 1872; B. Weiss, Lehrbueh der Hblisehen Théologie dee neuen Testaments, 18G8. On a dû se borner ici aux ouvrages généraux qui s'étendent à (tiut le Nouveau Testament. Les monographies sur une doctrine particulière (rhristtdojj:ie, rédemption, repentauce, foi, etc.), ou bien sur le système doctrinal d'un auteur particulier comuie Paul, Pierre, Jean, Jacques, ou sur renseignemcul de Jésus, sont véritablement innombrables, et l'on trouvera l'essentiel indiqué dans les articles spéciaux consacrés à ces divers sujets.
A. Sabatibr.
THÉOLOGIE GERMANIQUE
TStaJUm mâKODE (U livn de la), ouvrage mystique célèbre, composé ven la fin du quatonième ou dans la première moitié du quin-
Bème siècle par « un ami de Dieu, qui a été prêtre et custode de la maisoD des chevalier j teutoniques (le Francfort» (ou plus exactement de Sachsenhausen, près do Fraricfort-sur-le-Mein). Le seul manuscrit qui en foitcouDU porte la date 1494; au chapitre Xlll se trouve une citation de TaideriT 1361); c'est donc entre ces deux dates extrêmes qu'il faut placer la composition de Fouvrage. C'est à tort que PfeiHer (v. plus loin) a conclu dv nom d' « ami de Dieu », donné par le texte de l'an 1494 à l'autour du livre, que celui-ci a dû idvre au quatorzième siède, par la raison qu' « il n'existe plus trace des amis de Dieu après cette époque » ; autant vaudrait dire que le mysticisme n'a plus compté de représentants en Allemagne au quinzième siècle. La division du texte en 5 i chapitres (division assez mallieureuse, car elle sépare le chapitre 111 du 11' et fait commencer la conclusion du livre au milieu du LUI' chapitre), ainsi que les titres que portent ces derniers proviennent, non de l'autesr, mais du même copiste auquel sont éf(alement dus la courte introduction bibliographique et l'explioit de l'ouvrage. — Le mysticisme d^ la Théologie germanique repose sur une base éminemment spéculative, sur la doctrine de l'unité substantielle de Dieu et du monde, de l'activité universelle, exclusive de Dieu dans tout ce qui est {Pantheiirgisnutij, et de Tabsorption tluale de l'être relatif des créatures par l'être absolu de Dieu. H rappelle ainsi, de très près, certains côtés de la penlée de mattie Bekhart. La tendance générale en est cependant essentiellement pratique ; c'est dans le domaine de la morale, et non dans celui de la métaphysique, que l'auteur se meut de préférence, et c'est dans la soumission absolue delà volonté de l'iiomme à la volonté divine, dans l'identification parfaite de ces deux volontés qu'il place le but suprême delà vie spirituelle, et non dans ranéantissemeul de la personnalité humaine dans l'essence infinie de Bien. La conclusion du livre est particulièremoit instructive sous ce rapport. La vraie doctrine de notre autour n'est donc pas le panthéisme, comme certaines expressions hyperboliques pourraient le faire croire, mais le mysticisme à la fois spéculatif et a^cétique, tel qu'il se trouve formulé dans les sermons de Tauler. Cette doctrine, on le comprend aisément, a été diversement appréciée dans le cours des temps (v. plus loin) ; en voici les points principaux : La sobetanoe infinie de Dieu, la « divinité » ne possède ni connaissance ni volonté; elle échappe à toute dénomination, à toute détermination positive de son être; ^e est l'essence une de toutos choses, le bien suprême. Elle se manifeste à elle-même, elle se connaît et s'aime en tant que « Dieu. » en tant que Trinité. Mais ce principe de la connaissance et de l aniour ou de la volonté) qui existe en Dieu « d'une luanière substantielle » a besoin, pour se réaliser « d'une manière active, » du monde des créatures (édit. de Pfeiller, Stuttg., 1855, § 31, p. Ubj. La laisoa d'être des créatures est de permettre à la volonté étemelle, qui demeure inactive en Dieu, de manifester en elles son activité. Ia volonté ^ réside dans les créatures, et qu'on appelle une volontée créée, est en réalité la volonté étemelle de Dieu, et non celle des créatures.
THÉOLOGIË GERMÂI^IQUE
Dieu a créé la volonté dans l'homme, non pour qu elle toit la volonté particulière de Thomme, distincte de la volonté divine, mais afin qu*il
puisse vouloir et ijrir lui-même au moyen de la volonté de Thomme dont il s'est réservé la propriété (1:5 51, p. i06, 210). Aussi, toute volonté particulière chez la créature est péché (i; -i3, p. 178) ; c'est la volonté particulière qui « hrùle dans l'enfer » (ii 47, p. 70), c'est-à-<lire, qui constitue à la lois Télat moral et le cluitiuient des damnés. Dès que la créature s'attribue à elle-même quelque bien, au lieu de leoonnaltre que « son intelligence, sa sagesse, sa volonté, son amour, sa justice, ses bonnes CBUvres ne viennent pas d'elle-même, mais du Dieu éternel » (S 5ï P« § 6, p. 20), et que par elle-même «< clic n'est rien, n'a rien, ne peut rien, sinon le mal » (i: 20, p. U2) ; dès (}n'cllt' obéit au désir de Bon « moi » de s'affirmer par une activité indépendante de Dieu, elle tombe dans le mal. Ainsi sont tombés Satan et les premiers hommes; ainsi dous tombons encore journellement (§ 3, p. 8). Le dernier terme de cette chute de la créature dans la contingenee de sa volonté propre est atteint par les sectateurs de la &usse liberté spirituelle (frères du libre esprit), qui identifient par orgueil les penchants de leur nature perverse avec la volonté sainte de Dieu, et se rendent ainsi coupables du crime le plus grave de Icse-majrsté divine (i; 25. p. HO'i. Comment cette chute se réparc-t-elle ? Pour réparer la chute d'Adam, Dieu est devenu homme et 1 homme a été déifié (§ 3, p. 10 : got wart ftormmteket wtd der menseke wart vorgoUet), De même, pour réparer ma propre chute, il Tant que Dieu devienne homme en moi, qu'il s'empare de tout mon être et de toutes mes facultés, que ma volonté créée se confonde avec la volonté éternelle de Dieu et s'anéantisse en elle, si bien que la volonté divine vive et a^nsse seule vu moi (i; 3, p. 10; î; p. 104). Pour atteindre ce but, il nous faut suivre les conseils et les enseignements des « serviteurs parfaits de Dieu » (§ 43, p. 48), et apprendre à nous connaître nous-mêmes, notre propre néant et l'eicellence des œuvree que Dieu produit en nous (§ 8, p. 30). Quand l'homme s'est ainsi anéanti en Dieu, « il est devenu Dieu et Dieu est devenu cet homme » 53, p. 229), car « l'homme parfait et le Dieu parfait sont un » {i; 24, p. 81); et si tous les lionuues étaient parvenus à ce degré d'obéissatice, ils seraient tous un en Dieu 16, p. 60 . Alors l'homme peut répéter avec Paul : « Je vis, mais ce n*est pas moi qui vis, Christ vit en moi 1 » Partout où se rencontre cette forme, la plus élevée de la vie* spirituelle, là est et vit Dieu ; notre activité s'est si bien identifiée avec la sienne, que nous sommes devenus pour lui « ce qu'est à l'homme sa propre main » (î; 5i. p. 232; § 10. p. 3i\ Alors, (jnelque anivre «jne Dieu accouiplisse en nous, (pielques suuliraiices qu'il nous iinjiosc, nous supportons tout, « Dieu et les créatures 0 (J; 23, p. 82 ; ^ 46, p. ii^ij, dan^ une « passivité pure et entière » (ii 3, p. 10) ; « il nous semble que toutes les créatures ici-ba# et le ciel vont s'élever contre nous et nous torturer pour venger sur nous leur créateur » (§ 11, p. 38); mais nous ne demandons pas à Dieu d'abréger ou de diminua ces épreuves (§ 43, p. 482 . De quelque félicité intérieure que nous jouissions également alors, quelque radieuses que soient les « visions de l'unité divine, supô-
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TÎeurp à tonte substance et ù tonte ronn;u?sanoe » que Dieu nous accorde parfois, la douleur que nous cause notre péché ne s'eiTucc qu'avec la mort, sans quoi, nous ne sommes pas véritablement «c un homme divin^ UD homme déifié » (§43, p. 178). C'est en réalité Dieu qui soufl&e alors en nous à cause des péchés des 'hommes : cette soufl^ance, qu'il ne pourrait ressentir sans le moyen des créatures, il l'éprouve « partout où il se trouve (l;ins nn hommo déifié, » et elle est si intense, qu'il serait prêt à supporter tout supplice, s'il pouvait eiïacer par li\ un srul péché 37, p. 136) ; les vrais « imitateurs de Christ » vivent ainsi dans une obéissance et une humilité absolues (§ 26, p. 100). « Ce qui est imparfait, dit Paul, cessera quand la perfection sera venue. » Alors « toutes les divisions disparaîtront dans l'unité de Tétre divin s (§ 53, p. 227) ; alors s'évanouiront le « moi, » le « toi, » et en général toute propriété particulière, « sauf ce qui constitue la personnalité » 43, p. 178) ; « toutes les volontés seront un dans la volonté une et parfaite Je Dieu, comme tous les biens sont un dans le bien suprême, comme toutes les substances sont UD dans la substance absolue de Dieu » (§ 44, p. 186). — C'est Luther qui a tiré la Théologie f/ennam'que de Tobscurité, et qui en a publié à Wittemberg, en 1516, une première édition, basée mdheureusement sur un manuscrit incomplet et comprenant seulement -les chapitres 7 à 20 W en existe une réimpression de l'an 1518 à la bibliothèque publique de Stuttgart), sous le titre ZTyn f/ei^flir/t erirh Bttchleynn von rechtt'r inidersrfirid vnd vorstand iras dcr ait inid new mensch sey, was Adam und was gotlis ind sey, kund wie Adam in uns tteràen und Chrisius ersteen soL « Ce livre, dit-il dans sa préfiice, a été trouvé sans titre ni nom d'auteur ; la doctrine qu'il contient rappelle celle du docteur illunn'né Jean Tauler » (comp. la lettre de Luther à Spalatin du 14 déc. 1616, de Wette, I, 46). En 1518, il en publia, d'après un nouveau manuscrit, une seconde édition complète, sous le titre : £'yn deutsch J'heologia (Wittemb., 1518, réimprimée la même année à Augsbourg, sous le titre : J'heologia deutsch), nom que l'ouvrage a conservé. Dans la nouvelle préfiice qu'il écrivit pour cette seconde édition, Luther nous apprend qu'en donnant ce titre au livre du • prêtre et custode de Francfort, » il a cédé à un légitime accès de fierté nationale. « 11 y a longtemps, dit-il, qu'un pareil livre n'a été publié dans les universités... Je lone Dieu de ce que j'entende et trouve mon Dieu en langue allemande connne ni eux (les théologiens scolastiques) ni moi ne l'avons trouvé jusqu'à ce jour, ni en latin, ni en grec, ni en hébreu. Dieu fasse que ce livre se répande, et l'on trouvera que les théologiens allemands sont sans aucun doute les meilleurs théologiens. » Théologie germamgue ne signifie donc autre chose encore que <« traité allemand contenant des matières théologiques, » comme le prétend Pfeiffer (introd. à l'édit. de 1855, p. xxij) ; Luther a voulu, par cette dénomination, opposer les trésors de piété contenus dans un ouvrage en langue populaire h ia pauvreté religieuse des ouvrages composés dans une des langues savantes de son époque. Toutes les éditions ultérieures, jusqu'en^lSSl, ne sont que des réimpressions de celle de 1518; les der» nières sont de Giell (Berl., 1817), de KrQger (Lemgo, 18S9), de Detzer
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THÉOLOGIE GERMANIQUE
(Erl., 1827), (le Troxlcr (Saiiit-riall, 1837) et de Bi.-seiithal i Borl., 1842). Enfin, en 1851, Pfeiffcr publia le texte du manuscrit de 1494 qu'il venait de découvrir {Theologia deutschf Stuttg., 1851), et il y ajouta, dans tme nouvelle et dernière édition de Fan 1855, une traduction en allemand moderne. JPfiMffiar« malhettseusefflent, s'est borné à imprimer le texte de ce seul manuscrit sans tenir compte, autant qu'il Faurait dû, dn texte des éditions de Luther (basées évidemment sur des manuscrits aussi anciens, sinon plus anciens encore que celui de l'an 1494) et sans indiquer aucutic variante, ce qui est d'autant plus regrettable que son texte paraît nïHre en plusieurs endroits importants qu'une paraphrase ortiiudoxc du texte conservé par Luther. Sou édition, malgré le crédit dont elle jouit, ne mérite donc pas la confiance d*une édition vraiment critique, laquelle reste encore àfiure. le seixième siècle, la Théologie germanique fut traduite en latin et en français par Séliaatien Castallion (Theologia germanica, libellus aureus... ex fjormanieo trantUUu*, Jo. Theophilo interprète, Basile», 4557 ; La Théologie germanicque, etc. Anvers, 1558). Une nouvelle traduction française fut faite et publiée par Poiret [La Théologie réelle, vulf/airmnent dite la Théologie germanique, etc. Auist., 1700]. Des traductions anglaises parurent en iG48 et en 1B54 ; il est également fa|t mention d'une tiaduotion flamande de Tan 1590. Le livre du religieux de Francfort, qui compta en tout environ soixante-dix éditions, demeura toujours en honneur dans l'Eglise luthérienne. Flacius en fait un grand éloge dans son Catalogus testimm veriiatis (§ GGGXLV, p. 789 ss.). GarlsUidt et les sectaires de son école la tenaient égalenieul en haute estime (v. la lettre qu'il écrivit le 20 avril 15:23 à un paysan de Silésie nommé (ieorjze Schenk, lequel, dit-il, « comprend la théologie germanique, » el son traité Was yesagl ist, sick geùùsen undiooi èa» tooK Gelaaenheit bedeut^ etc. composé à la même époque, chex Jaeger, Andreat Bodetutem von Carl$tadt, Stuttg., 1856, 325 ss.). L'Eglise réformée lui fit un accueil tout différent {LeUre de Calvin à V Eglise de Francfort, 13 fé\Tier 1859, Bonnet, II, 259 : « Ce sont badinages forgés par l'astuce de Satan pour embrouiller totite la simplicité de l'Evangile. Mais si vous regardez de plus prés, vou* trouverez tpi'il y a du venin caché et mortel, » etc. Gomp. iJ fustolanim theolog. Theod. liezx \ ezelii liber unus, Gcn. 1575, lettres 0 et 46, p. 59 et 213). Au dix-septième siècle, l'auteur de la Théologie germaniçtiea été tenu pour un « enthousiaste » (Hornbeckhis, Summa eonirover' narum, Golberg, 1676, VI,400)| pour un précurseur de Val. Weiget (Hunnius, Christ. Betracht. d. neuen Paraceh. u. Weigelianischen TheoL. Wittemb., 1622, 19 ss.), et même identifié avec David Joris (Jac.Genck, Der unchjeinem Knmpf gehnente l^ehrer. etc.Hamb.. 1086. pré f.). .\la même époque, l'Eglise catholi(|ue, (jui avait abandonné cet ouvrage dès son apparition, le mettait à 1 index par décret du 11) mars 1621 ; aujourd'hui, elle revient de plus eu plus sur a> jugement, tout en maintenant que la lecture du livre n'est pas sans danger pour les personnes peu instruites (Wetzer u. Welte, Encyelopxdie d. kath, TheoL ^ X, 875 ss. ; Ilist. Polit, Blàtter, 1855, t. XXXV, p. 397). Consulter encore : Placcius, Theatrum anonym. et pseudonymontm, Ilamb., 1708, 441 s.; DU-