THÉ0PH1LAMIIIU)I»KS
UuUÂropea ou chrétiens français, et dans leur Credo, on disait :
Nous croyons (}uc Jésus fat envoyé sur terre Pour nous instruire et nous guider
Je jure de rester fidèle
A son Évangile sacro ;
Où trouver doctrine plus belle?
De Dieu même il fut inspiré.
Le '< rite de Sens » n'est pas la seule innovation qui se soit produite dans la théophilanthropie. A Paris, dès le mois de juillet 1798, les tht'ophilanthropes de Saint-Tliomas-d'Aquin s'étaient séparés de la société mère. Ils trouvaient qu'on avait trop conservé les allures d'une église; ils ne s'étaient pas séfiarés d'une secte, disaient-ils, pour retomber dans une autre. D'après Texposé de leurs doctrines, il semble qu'ils n'aient touIu constituer qu'une religion purement civile. — Nous nous contenterons de mentionner rapidement les tentatives qui âirent faites pour répandre la théophilanthropie hors de France. Siauve, souschef de bureau au ministère de la guerre et rédacteur de Y Echo des cercles patriotiques, profita d'un séjour qu'il ht en Suisse, au mois d'août 1798, pour y propager les doctrines des tiiéophilautliropes. Nous ignorons jusqu'à quel point il réussit. En Italie, un certain Grégory fit imprimer à IHirin, en 1799, une traduction du Manuei; il rédigea même une préface dans laquelle il engageait les mères de famille républicaines à embrasser le culte théophilanthropique. Son appel ne parait pas avoir été entendu. Le Manmù fut également traduit en anglais et enallenmnd; mais, en Angleterre pas plus qu'en Allemagne, lu théophilanthrupie ne gagna d'adhérents assez nombreux pour qu elle pût y établir son culte. Nous avons vu qu'en France la propagation en avait été assez rapide. Elle avait recruté des disciples dans toutes les classes de la société, mais surtout cbes les instituteurs, professeurs, savants, hommes de lettres. Nous avons déjà signalé parmi ses fondateurs : Chemin et Hafiy. Au nombre de ses adeptes, on peut dier quelques tndens prêtres, telis que Dubroca ; ex-barnabite; Léger, devenu professeur à l'école des arts et métiers de Chàions-sur-Marne ; Siauve, qui avait présenté à l'Assemblée nationale, en 1790, un mémoire dans lequel il signalait les dangers de l'éducation des collèges, et qui fut envoyé, eu germinal an Yi, au conseil des Ginq-Gents. On y rencontre aussi d'anciens pasteurs, comme JuUien dé Toulouse, ancien conyen* tionnel, proscrit par Robespierre, et Malfuson, ez-pasteur de Sancerre. n faut mentionner en outre : Goupil, de Préfeln, ancien constituant, membre du conseil des Ginq-Gents; Ûreuzé la Touche, ancien conventionnel, l'un des auteurs de la fameuse constitution de l'an III, et qui fut pins tard sénateur et membre de l'Institut; Dupont de Nemours, homme d'un va>te savuir, économiste distingué, honoré de l'amitié de Quesnay et de Turgot; Bernardin de Saint-Pierre et surtout Laieveillère-Lépeaux, que l'on représente à tort comme l'unique fondateur et le grand pontife de la théophilanthropie. Lareveillère s'était de tout temps préoccupé de questions sociales. Le 12 floréal an V, quelques
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THKOPIHLANTIIROPES
mois api^s la promièm réunion dos théophilanthropes, il lisait h Tîn»— litut, dans la séance ào la classe des sciences morales et politique?, un méiiioire « sur le culte, sur les cérémonies civiles et sur les fêles natioûale!«, » où l'on retrouve les principes de la théophilanthropie. Ce mémoire eut on certain retentiBsement et, à partir de ce moment, les théophilanthfopes eonndérèrent Lareveillère comme rm des leure. Liulmême ne dissimula jamais son adhésion à la théophilanthropie, et son influence ne fut assurément pas inutile i\ la société. On dépasse toutefois la mesure quand on représente la théophilanthropie comme une sorte de religion d'Etat opposée au catholicisme, et Lareveillère comme un chef de secte, rival du pape, envoyant à Horae le général Berthier pour détrôner Pie YI dont il aurait été jaloux. Lareveillère était tout simplement un esprit religieux, que le catholicisme ne satisfaisait pas et moA s*était rallié à une forme de culte où il avait cru trouver la possibilité de concilier les aspirations de son cœur avec les exigences de sa raison. Le protestantisme l'avait attiré et intéressé un moment. 11 assistait un jour avec sa femme et ses deux filles an culte de l'Oratoire du Louvre, et, dans un rapport qu'il présenta à l'Institut, le 2 mai 1797, il rendit compte des impressions éprouvées par lui et les siens à cotte occdiiion : u La vue de cette nombreuse assistance maintenue ilans la plus grande décence, rangée dans un ordre exact, se levant, s'asseyant ans mêmes instante, ces touchantes prières, ce discours purement moral, ce chorar de mille ou douze cento voix répétant à Tunisson et ms UD parfait ensemble les louanges du Seigneur, quoique le temple fût entièrement nu, que le ministre eût pour tout liabit de cérémonie une triste robe noire, et que le chant et les vers ne fiissont pas bien merveilleux, tout cela cependant produisit sur ces deux enfants un effet si attendrissant qu'elles fondirent en larmes : leur mère et moi en flmes autant. » Malgré cette vive émotion, Lareveillèi>e ne fut pas gagné au protestantisme; disciple enthousiaste de J.-J. Rousseau, il s'en tenait à la profiession de foi du Vicaire savoyard. En dépit du concours d'hommes aussi distingués et aussi influente que ceux dont nous avons fait mention, la théopliilanthropie ne tarda pas à déeliner. Les schismes dont elle eut à soulfrir, dès le début, ne contribuèrent pas peu à l'afTailtlir, et la journée du 30 prairial an VII, qui coûta le pouvoir aux directeurs Treilhard, Merlin de Douai et Lareveillère, lui porta le coup mortel. Vers la lin de l'année 1799, trois ans à peine après son apparition, elle était en pleine décadence. Le 12 vendémiaire an X (5 octobre 1801) parut un arrêté des consuls portant que les ihéophilanthropes ne poturaient désormais se réunir dans les édi-. lices nationaux. Bientôt on alla jusqu'à leur refuser l'autorisiitioa de se réunir dan« un local loué par eux, et ils ne purent môme obtenir qu'on leur doniiiU acte de leur demande d'aul(U'isation. Enfin, un arrêté du préfet de police, en date du il ventôse an X, interdit formellement « le culte de la religion naturelle, dit théophilauthropic. » — Uans un mémoire -qu'il adressait à la société scientifique de Harlem sur cette question t Qu*è9i-€e que la théophilattthrofnef Chemin essaye de se rendre compte des causes qui ont empêché cette institution de réussir.
THÉOPIIILÂNTHROPES 99
Il n'n vil pt ne signale puôre que les causes arressoires; les raisons pnniordidies lui échappent. Ce n'est ni la multiplicité des lieux de culte, iule défaut d'organisation, ni le manque d'arpent, ni les calomnies dirigées contre elles, ni toutes les autres circonstances défavorables qoe rencontrant plt» ou moins les œuvres qui se fondent, qui peuvent •ipltquw réehee de la théophilanthropie. Il &Qt romonter à des causée plus profondes ; il faut considérer autre chose que les eirconstanees au sein deiqaelleg elle naquit, inais l'interroger elle-même dans son esprit et dans sa méthode. Qu'était-ce. en somme, que la théophilanthropie? Cr n'était autre chose qu'un essai do r(3li<rion déiste. Or le déi?me, avec sa conception d'un Dieu qui ^^gne et ne gouverne pas, ne saurait satisfaire les besoins de prière, d'amour, de confiance, qui sont caractéristiques de la piété; il ne saurait servir de principe constitutif à une tociété religieuse. Sans doute» cbes les théophilanthropes, le déinne pareiDent rationaliste de Voltaire était mitigé par le sentimentalisme de Rousseau. A dire vrai, ils procédaient encore plus de Rousseau que de Voltaire ; c'est la même phraséologie, la même sensiblerie de clinquant. Cette forme déclamatoire serait en elle-même assez inoffensive, SI elle ne servait à cacher la pauvreté et la fausseté des idées. Les théophilanthropes, tout en étant une secte nouvelle, une Eglise avec son organisme complet, se détendaient de rien innover en fait de religion. Gn disdpleB de Rousseau paraphiusaient dans leurs discours oe dogme peraiGieux du Vieaire saoeyard : « Toutes les religions sont bonnes quand on y sert Dieu convenablement; » principe déplorable qui ne nous « qu£ trop marqués de son empreinte et qui est négatif de toute innovation, de toute réforme. Il était impossible qu'en portiint une telle contradiction rians son sein, la théophilanthropie n'aboutit pas à un pitoyable avorlcmeut. Cetto méthode, qui consiste à emprunter de toutes mains, non seulement aux religions, mais encore aux philosopbies les plus diverses, sans être guidé dans son choix par une idée (ciginale et féconde, cette méthode éclectique, pour l'appeler par son nom, ne peut aboutir à rien de vivant ni de durable. En religion surtout, l'éclectisme est impuissant. S*il eat un domaine où l'analyse et l'érudition soient choses secondaires, surtout à l'époque des origines, c'est bipu le domaine proprement religieux. Ce qu'il faut alors, c'est la spontanéité, l'enthousiasme et l'inspiration. Nous ne trouvons pas cette inspiration chez les théophilanthropes. I-)aiis les emprunts si divers qu'ils ont faits aux maximes des principaux sages de l'humanité, ils n*ont eu, semble-t-il, qu*une préoccupation, celle de. ne pas encourir raceusatton d'être les plagiaires et les continuateurs du christianisme^ Et cependant il est incontestable que ce qu'il y a de mieux dans leur œuvre procède de l'Evangile et de Jésus-Christ. La théophilanthropie est tombée non seulement parce qu'elle n'était pas portée par le souffle •livin. mais encore parce qu'elle ne tenait à rien, parce qu'elle n'avait ducuu p<iint (ratluclie dans le passé religieux de la nation. On ne crée pas ainsi une religion de toutes pièces et on ne peut pas plus la constituer en cousant ensemble des lambeaux de toutes les moïales et de tous les systèmes qu'on ne formerait un , corps vivant en assemblant artifir
THÉOPHlLANTiniOPES — THÉOPHILE
cieîlement des membres humains. — Voyez, outre divers Mémoires, ceux de Thibaudeau, en parliculier, et le Moniduir do r«''poque, Grégoire, Histoire des sectes religieuses, 2 vol. Paris, 1810.
ÂLFHËD Gauv.
THEOPHILE, ehrétien auquel Luc dédia boh Bvingile et les Actes des apôtres (Luc L 3; Actes, 1, 1). L'épithèto de xp^Itmtc (cf. Actes XXIII, 36; XXIV, 3; XXVI, 25) n'implique pas nécessairement un perâoouage de distinction. Les commentateurs ont émis une foule d'hypothèses, plus
inadmissibles les unes que les autres, sur la patrie et la condition de ce Théophile. L<i plupart cherchent avec Michaëlis {Einl. in das ;V. T'., II, 1088 ss.) à le coniondre avec le fçrand prélre Théophile, fils dWnne ou Hannas (Jos., Ant., 18, 5. 3; 19, G. 2) que le roi Agrippa déposa; d'autres, avec un certain Théophile d'Athènes, dont parle Tacite {AfmaieM, 2, 85, 3). Aujourd'hui l'on incline vers l'opinion émise par Eichhorn {£inl. in das N, T., I, 631), d'après laquelle Théophile aurait vécu en Italie, puisque Luc, qui explique tous les noms géographiques qu'il cita dans rÊvang^ile ou dans les Actes, ne fait suivre d'aucune mention particulière ceux des hicalités situées en Sicile ou en Italie (Actes XXVIII, 12 ss.). — Voyez Usiander, />issrr(. de Theophilo xpartaTto, Tuh.. 1059; Schcivig, Com.de llieoph., Gedau., 1711; Ws'intT^ Uealwœrterb.y ad Yocem.
THÉOPHILE D'WIOGHB (Saint), sixième évèque de cette ville (Eusèbe, But, ece/., IV, 34; Jérôme, De viris illustribusy c. 35), né dans le paganisme, fut amené comme Justin, Tafien, Athénagore et d'autres, par
la lecture de l'Ancien Testament, surtout des li\Te8 prophétiques, à la fni PII Christ [ad Avtolycum, I, 14). Il gagna par la fermeté de son caractère et la solidité de ses connaissances la confiance des chrétiens d'Antioche qui l élurcnt évéque vers Tau 170, à la mort d'Eros. Il se siguala surtout par son sèle contre les hérétiques et, eu particulier, contre les marcionites. U mourut vers Tan i83. L'activité litteraire de Théophile était, d'après Eosèbe et Jérôme, très féconde. L'ancienne Eglise lui attribua des commentaires sur les Evangiles et sur le livre des Proverbes; mais ils ont été perdus, ainsi que ses écrits polémiques, et d'autres que JérAme appelle : « brèves eleganlesfjue tractatus, ad n'difirationem Ecclesi:r jicrtincntes. » Le seul ouvrage qui nous reste de lui est ses trois livres apologétiques Ad Autolycum, un païen avec lequel ré' êque avait conservé des relations amicales et qu'il cherche à persuader de la vanité du culte idol&tre. Cette apologie a paru en général fiûble et de valeur très secondaire. Elle a éte publiée pour la première fois à Zurich, en 1546, avec les écrits de Tatien et de quelques autres; puis à O.xford, 1684. La meilleure édition est celle d'Otto, d'après un manus. de Venise, d;in>^ sa Collection des apologistes chrétiens du deuxième siècle, léna, 1801. — Voyez Tzschirner, Der Fall des I/eidenthums^ p. 217 ss.; de Pressensé, Uist. des trois premiers siècles, II, 395; Tillemont^ ifé— moires, III; Ceillier, JBist. des aul. sacr. et ecclés., II, 103 ss.
THÊOPHUB D'ALEXANDRIE, patriarche de cette ville, mort en 4i2, était éloquent, versé dans la philosophie et les mathématiques, et témoi- . gna d'un grand lèlepour la religion. Il suocéda à Timothée en 385»
THÉOPHILE D'ALEXÂNDIllE — TIIÉOPNEUSTIE
contribua beaucoup au renversemont des moniiraciits df 1 iilulAtrio dans l'Eirypti\ et en particulier à la démolition du temple de Sérapis à Alexaiulrio, sur les ruines duquel il bâtit luie éj^lise en l'honneur de Jean- Baptiste, prit la défense d'Origèue contre Jérôme et Epiphaue, et le combattit plus tard. Il s'opposa à Tordinatioii do Ghrysostome, le fit déposer ensuite dans le conciliabule ad Quereum^ et refusa de mettre son nom dans les diptyques. Cyrille, son neveu, lui succéda. On a de lui un Cycle pascal f quelques Lettres pnsroit^s, un [yiscours et un Traité contre Origène, dont il nous reste un fragment dans Facundus, une Epilre sj/nodale, un écrit sur les Mystères, quelques Canons sur la discipline ecclésiastique. Ils ont été recueillis dans la Bihl. vinx. Pair., Lyon, 1677, t. V. — Voyez Isidore de Péluse, I, Lp. 152 ; Sozoniène, VIII, 12 ; Sociate , VI, 7 ; Pallade, In Diaiog., p. 21 ss.; Geillier, Hist, éet aut. saer, et eeef., IX, 790 ss.
THÊOPHTLACTE, archevêque d'Acride, métropole de la Bulgarie, né à Gunstantinople, précepteur du prince Constantin Porphyrogennela, mort vers 1107, était l'un dos exégètcs les plus savants de son temps. Bien qu'il se montre très dépendant des anciens Pères, et surtout de Chrysostome, il s'attaclie avec précision aux textes et se dislingue par lexactilude et la ûncsse de ses reuiurques. Ses principaux ouvrages sont : i*Imtitutù> regia ad CoHMtant, Porpàyr., publié parPoussine, 1631; Î^EpntolXj Leyde, 1617; Cologne, 1622 (au nombre do 75); 3» Cùmmmt, in prophetas minores, Franef., 1534; Paris, 1542 et 1549; 4** Comment, in IV evangelistas. Bille, 1524; Paris, 1562; 5° Comment, in ep. Pau//, Rome, 1469; Londres, 1636; 6° Comment, in Acta apost., Cologne, 1,568; Bàle, 1570. — Voyez Opern onniin cnm Maria' de Huhcis prxvia disscrtntione de ipsius Theophylacti gestis el scriptis et doctrina^ Veuet.. 17;i5-1758, 3 tomi; Cave, Jlist. lit., II, 153; Du Pin, Nouv. B'él,, VIII, 113; Neander, Kirchengesch., IV, 447.
THfiOPMSUSTIB (de ec^tuotoc, 2 Tim., III, 16), ou inspiration {fcriptwa divùUtus inspirataf Vulg., eod, /oc). Ces termes appliqués à l'Ecriture sainte expriment la qualité que les croyants lui reconnaissent ^'Htc pénétrée de l'esprit de Dieu. Lorjgtemps avant l'ère chrétienne, le peuple juif tenait déjà ses livres sacrés pour écrits sous 1 influence divine. Le Talmud distingue du reste entre l'inspiration de Moïse, vrai lecrétaire auquel Dieu dicta le Pentateuque, et celle des autres écrivains, qui n'est que de second ordre (ils voient à travers sept miroirs au lieu é tto),et laisse une part plus grande à leur personnalité (Hamburger, /féal" ou^L fw Bibelu, Talmud^ 1,850 ss.).Les théologiens juib du moyen Age. poursuivant les distinctions, veulent après la loi placer au second ïsogles écrits dictés par l'esprit prophétique, et au troisième seulement les hrjfri.iîrraphes. (|ui n'ont pour source que l't'S[)ril de sainteté ; d'autres recouiidissentquatre, et même huit ou onze degrés de llieopneustie. Quant SU judaïsme alexandrin, il enseigne que le don de prophétie, qu'uni pos- M tous les écrivains de l'Ancien Testament, existe encore chez les homi^es stges et pieux {Sagesse, "Vil, 27 ; iSitroc. Prxf., 5 ss. ; 17 ss. ; 33); ftinsi les LXX sont inspirés, même dans leurs iautes de traduction (Phi- ^^^Detnta Mot,, éd. Mangey , II, 139; Josèphe, Antiq,^ XII, 2. LesPères
THÉOPNEUSTIE
adiTiettent g»^néralement cette légende). D'autre part, sans nier absolument (les de^'ré> divers dans l'inspiration II. Kil, ss.), Philon décrit ce phénomène divin comme une suspension des facultés humaines, une extase (I, 510 ss.; II, 213, 417), qu'il déclare connaître par expérience personoelle [I, 143, 441). Joscphe à peu près de même (Anfiç. IV, 6, ST; ef. Contra Apion,, I, 7). On reconnaît dans ces idées aleiandrines an écho des théories pidennes relatives à la pi9cvTtx7^(PhocyIid, 121 ; Plutnrch., De Pyth. orac, 1 ; De placU. phil.^ V, 1) et des doctrines de Platon [Timèt', St. 72; Jon., 533 ss.) sur la divine <i.x^th. qui, selon lui, domine les poète?, artistes et prophètes (v. Pauly, /tealencycl. derclass. Altf^rth.'sirissensc/i., art. Ihnnation, par Mezger . — Les môraes idées ne pouvaient manquer d'e.xerccr une certaine influence sur les docteurs de l'Eglise grecque dès qu'ils en viendraient à étudier la question. Mais tel ne fut point encore le cas au premier siècle. On sait que le symbole dit « des apôtres » ne renferme rien àce sujet; quant aux Pères apoetoli* ques, leurs citations bibliques (avec la formule : X^yti t& Trvevax t& ayiov, etc.), manifestent l'autorité qu'ils attribuent aux écrits du Nouveau et surtout de l'Ancien Testament; mais ils n'indiquent ni les limites ni le mode de l'inspiration ; ils n'établissent même pas de distinction précise entre celle des écrivains sacrés et celle dont ils reconnaissent l'existence dans tous les croyants ou qu'ils s'attribuent à eux-mêmes {Heimai PatL, Mandata II, 1 ; Clément, ad Cor,, 90). G'est ainsi que la constitution fort ancienne de l'Eglise d'Alexandrie met ces mots dans la bouche de Jean TapAtre: «Si nous avons omis quelque chose, l'expérience vous le montrera, car nous avons tous le Saint-Esprit » {Comt. ecd, xgypt,, 40). L'idée d'une inspiration passive apparaît chez quelques-uns des Pères des siècles suivants. Ainsi Justin (?). dans Coh. ad Grœc. (8, 10), compare les écrivains sacrés à des lyres que lait jouer l'archet di- • vin ; il est vrai qu il a soiu de relever comme condition de ce phénomène la sainteté de ces hommes, qui leur a permis de s'offrir purs à Taction de TEsprit céleste (cf. Apol.^ I, 36). Athéoagore parle d'une manière semblable et enseigne expressément l'extase des prophètes {Légat., IX, 42). De môme Théophile {,1^ Autol,^ II, 9). Sauf chez ce dernier, du reste (III, 12), il ne s'agit guère en tout cela que des écrivains de l'Ancien Testament, auxquels on ne craint pas d'associer la sihylle [Coh. ad Gr.rr., 'M). Bientôt d'ailleurs, l'idée de l'extase ayant été exploitée par le muntanisme (voy. Tertiillien. adv. iVarc, IV, 22), une opposition générale se manifesta contre elle. Miltiades (v. Eusèbe, ffiU» eec/., Y, 17), écrit un livre : mpl toù •J.f^ Sctv kpo^t^tt^v tv btmi' «SI XoXttv. Clément d'Alex. (5/rom., I, 311) fait de l'extase un caractère des faux prophètes; Chrysostome de même {ffom, 99 in ep. ad Cor,), Origène {eontr, Ctls,^ VII, \) voit dans l'inspiration un degré supérieur de l'illumination que possèdent les croyants ; elle a pour condition, chef ceux qui rolitiennent. un esprit ]»artieulièrement solide m Fsnï.ASy. — L'Eglise est dès lors unaninH* à enseigner que les prophètes n ont jamais cessé d'avoir possession d'eux-mêmes (v. Athauase, e. Ar'tan., i ; Kpipbane, Hœr., XLVIII, 2, 3; Jérôme, Prœm. in Nakum, etc; Grégoire le Grand, Mor, tit Job,, 13; Augustin, tn Pi, LXVII, § 13). Quant aux
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limites de rinspiration, les PèTcsde cetlo é-poque ne sont point d'accord «Dire eux, ai toujours avec eux-mêmes. Théophile {ad Aut.^ 111, i3) tait découler d'elle Texaetitude de k chronologie mosaïque (v. aussi Athé* Mgore, Légat,,, 7,9; Tertullien, i>ejM*«Mrtjpl. il«r., 8, 9 ; ocfo. iforc., 111,6; Cyprien, Ado.Jud, prœf.^ p. 18;Lactance, Imt,, lY, 2S;etc.). Eusèbe de Gésarée trouve téméraire de dire qu'un nom propre ait pu être écrit par mégarde pour un autre {Com. in Ps.^ 33). Irénée déclare rEcritnre parfaite et va jusqu'à attribuer à l'Esprit le choix de tel mot, qu'il aurait imposé à l'écrivain sacré {Adv. Hxr., II, ^8 ; III, 46, 2); mais cela ne l'empêche pas de distinguer expressément entre l'inspiratioo des prophètes et celle des apôtres {Adv. Hxr,^ III, 11, 4 ; IV, 9, 3) ni d'écrire un Hm sur les partienlaritéiB du style de Paul, où il lût dé* «ûuler celle»^ du caraetère impétueux de Tapôtie. Clément d'Alex., en àtaut les saints livres, attribue leurs paroles non pas aux écrivains dont ils portent le nom, mais à Dieu même (CoA., p. 66, ss., 86; Pxd., I, 7). Il insiste sur leur infaillibilité [Slront., II, p. 432, VII, 16, p. 8071. Origène aussi ((jui, plus encore que le précédent, abuse de l'exégcse symbohque) déclare qu'il n'y a dans la Bible nul trait de lettre inutile et qui ne respire la plénitude de l'Esprit divin [Hom. 21 m Jer. \ Hom, tt m iVtim.; J^om. m £xod., 1, 4). D'autre part, il reconnaît l'existence de récits impossibles à harmoniser {Hom. 10 tn Joh,)t de ibutes de style ou de grammaire {Ad Rom., X; Philocalia). Bien plus, U déclare que 1m écrivains sacrés ont porté le trésor dans des vases de terre, ajoutant que, si Jésus et Paul ont été également remplis de l'Esprit, Paul était pour le contenir un vase moins vaste que Jésus {Hom. in Luc, XXIX). Il etaMit en outre, contre les juifs, que le Christ mérite plus de conliance que les prophètes et que Moïse lui-même (6'o«/r. Ce/*., I). Chrysostome appelle la bouche des prophètes : bouche de INeu, et les paroles des «pétres : paroles du Saint-Esprit {Bom, 1 m Jok,\ Hom., 19 m Aci.)\ mais il reconnaît dans les évangiles certaines contradictions de détail, heureuses du reste {Hom. 1 m Matth., § 2); à propos du discours de Paul (Act. XXVI, 6), il dit : « L'apôtre parle humainomont et ne jouit pas en tout de la grdce. mais il lui est laissé la possibilité de niélcr quelque chose de son propre tonds » (0///^, X, 36 i). Augustin compare les apôtres à des mains écrivant sous l'impulsion de la tête, qui est Christ, et il se déclare très convaincu qu'il n*y a aucune erreur dans les Ums canoniques {De eonsetu» ew., I, 35 ; ep. 82 ad Hienm. ; cf. Cenfet., VII, Si). Cependant il dit ailleurs que les évangélistes ont écrit ut quuque meminerai, ut CËiique eordi erat, vel bremut veipro^ lixius {De consens, evv., II, 12) et encore : Audeo dicere forsitan nec ipse Joannes (iixit, ut est, sed utpotuit, quia de Deo homo dixit. Et quidem ùispiratus a Deo, sed tamcn homo {Jo. tr., l î. Jérôme distingue les styles plus ou moins purs des prophètes et remarque les solécismes de Paul; mais il tire de ce lait même une assurance de plus que les écrits de c^ apôtie avaient bien pour eux la force de Tinsphution divine (Com. tîi Epk., U, ad III, I ; m TH., I, ad I, i\. Théodore de Mopsueste statue m degrés d'inspiration : il n*accorde à Salomon que-l'esprit de sagesse ■Ajugs Job et le Cantique à un point de vue purement humain. Mais
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ses opinions sont condamnées par le riiKuiit'iiio ooncili'. — I)('5 lors, la partde l'humain dans la Bible est généralement niécunnue. Au neuvième siècle, Agobard de Lyon ayant dit que le style biblique n'est pas exempt d'imperfections (il y voyait du reste une accommodation volontaire des écrivains), Tabbé Fréd^gisc, de Tours, soutint contre lui que le Saint- Esprit a placé du dehors les mots mêmes {corporalia vcrbn) dans la bouche des inspirés; à quoi Agobard répondit (jiie c'était là rabaisser les prophètes au rang de l ànesse de Balaam. Eutli\ iiiius Zic^abonus [in Matth.y XII, S) souleva plus tard moins d'opposition dans l'Eglise grecque en disant que les évangélistes, n'ayant pas écrit à mesure que Jésus parlait, ont pu oublier bien des cboses, et que de là proviennent leurs divergences. Anselme, dit-on, passa des nuits à se demander comment les prophètes avaient pu voirTaYenir; quant à Abélard, il estimait qu'ils s'étaient quelquefois trompés, prenant pour la voix de l'Esprit leurs imaginations personnelles, ce que Dieu permettait pour les humilii-r (^'j> HOU, p. 11). Thomas d'Aquin [Summa theoL, II, 2. qu. !, art. G; qu. 2, art. 2; (ju. 171-174, 177) décrit l'inspiration comme un charisme intellectuel; c'est un phénomène passif en un certain sens (comme Tintelligence elle-même), mais pouvant avoir diverses formes et divers degrés. L'homme qui sert d^instrument à l'Esprit peut par sa faute nuire à l'effét de ce dernier. Pour Duns Scot, voy. ProL Sentent., qu. 2. Quant aux mystiques, si quelques-uns d'entre eux vont jusqu'à mettre leur inspiration personnelle au-dessus des Ecritures, d'autres, ainsi les Victorins. rrconnaissont son autorité. Savonarole [Cornpend. rei>t'la( qui se dit lui-inèmo prophète, tient la Bible pour venue de Dieu. Gelui-ci, du reste, n'a pas employé les écrivains sacrés coniine des machines, mais a laissé parler les bergers en bergers, les femmes en fetnmes, etc. — Sanctionnant une idée dont les racines étaient fort anciennes, le concUe de Trente mit la tradition sur le pied de rEcriture; mais il ne définit pas exactement le mode d'inspiration de cette dernière. Aussi a-t-on continué de voir dès lors, dans le sein du cathoii» cismiî, à côlé de représentants de l'inspiration verbale, des auteurs (R. Simon, par exemple) qui traitaient fort librement la Bible, et cela souvent dans un but polémique contre le prolestaiitisme. .\insi Bellarmiti {De verbo JJei, lY, 4) relève ce double fait que la mission spéciale des apôtres était la parole, non l'écriture, et qu'ils n'ont jamais rédigé que des écrits de circonstance. Gomme en tout le reste, les jé* suites repré.sentèrentsur ce point des opinions plus relâchées et les jansénistes de plus rigoureuses. — La Uéformation se fit au nom de la Uihle, elle en eélébra la richesse et l'autorité souveraines; mais c'était avec des besoins religieux (ju'on l'avait lue et comprise, aussi était-ce comme un trésor d'ordre religieux (ju'on la traitait; on ne songeait {)as à y voir autre chose, et, pour tout ce qui ne tenait pas directement à ce domaine, on la jugeait avec une grande indépendance. Luther, qui considère la Bible a comme si Dieu même y parlait » (éd. Walch, XVIII, p. 1656), qui la proclame « reine, seule digne de commander et à qui tous doivent obéissance » (Gai. ad I, 9), qui même déclare qu'une de ses syllabes, un de ses titres, vaut plus que ciel et terre (YIII, âl61), n'en relève pas
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moins choz les auteurs sacrés des inexactitudes (Matth. XXIV ot Marc XIII confondent deux sujets; XI, t249()'i, dos raisonnements peu solides (Gai., IV, 22 âs.]; il ne prend pas puur rè^^le dans su traduction la manière dont l'Aiicien Testament est rendu par le Nouveau (Es. VIII, 17 ; cf. Hébr. Il, 13; Waleh, VI, 121). Parlant des emprunts que les écrimns bibliques se font Tun à Tautre, il ajoute qu'ils rédigèrent « ihre guten Gedanken vom heil. Oeitt emgegeben. Ob aber denselben guten^ treuen Lehrem und Fonchern zuweilen auck mit unterfiel Heu, Strohy ffolz. und sie nicht eitel Silber, GoUl und Edelstein bauelm, so bleibt doc/i lier Grund da ; das andere oerzehrt dos FeuHr dfs Tages » (XIV, iH). D'une manière très explicite il déclare que la seule chose qu'il foiedans l'Ecriture c'est le Christ {ad y s, CI, 6); o la vraie pierre de touche pour juger de tous les livres, c'est de voir s'ils mènent au Christ on non...; œ qui n*enseig;n0 par le Christ n*est pas apostolique, qiHÛDd même saint Pierre ou saint Paul Taurait écrit. Mais ce qui prêche le Christ est toujours apostolique, lors même que ce serait l'œuvre de Judas, d'Anne, de Pilatc ou d'Hérode » (Préfaces de son Nouveau Testament de 15:2i) ; on sait l'usage hardi qu'il t'ait de cette nonne pour choisir et classer les écrits canoniques. Enfin, à ceux qui virmlraient eitercûutre la doctrine du saiul par la fui des passages de l'Ecriture où les oatres sont enseignées, y en eftt>il mille, si le Mêle n'est pas asses nvant pour lever la contradiction, purement apparenté du reste, il a le droit, sdon Luther, de répondre : « Le Christ est autor et dontimu ieriptwœ,.^ vous invoquez le serviteur... je vous l'abandonne, et j'en appelle à son maître, qui est pour moi- » {ad Gai. 3 ; I, 388i. — Calvin fjil reposer la certitude des croyants sur le fait « qu'ils tiennent pour arrête et coiit:lu que les Ecritures sont venues du ciel, coiunie s'ils "vaient la Dieu parler de sa propre bouche... C'est Dieu, dit-il, qui parle par l Ecriture et par conséquent la dpctrine qui y est contenue est céleste. » A l'appui de cette conviction il invoque comme preuve excellente et seule sufHsante « le témoignage secret du Saint-Esprit » en noas, et non point des arguments de détail. « L'Ecriture a de quoi se bire connaître, dit-il, voire d'un sentiment aussi notoire et infaillible comme eut les choses blanche-; <'t mnivs <le montrer leur couleur et les fhij>*^s douces ou ainères de moutrer lour savfur... Veuillons ou non, elles nous poindrnnt si vivement, elles (icicrrnnt tellement notre cœur,' elles se ficheront tellement au dedans des moelles... que il est aisé d'apercevoir que les saintes Ecritures ont quelque propriété divine à inspiier les hommes » {ItutU., l. Vin, 1, 3, 4; VII, I, ss.) Tout cela eit d ordre purement religieux, et ne préjuge rien quant à la théorie de l'iospiration. Calvin reconnaît franchement des inexactitudes de détail <laii> les récits bibliques : « Je ne m'en tourmente guère, » dit-il {Ad. Matth. XXVII, 0; Hébr. XI, i>l). Il va jusqu'à parler de la «grande (liir-rence » qu'il y a « en la déclaration de la vertu du Christ » entre le. quatrième évangile et les synoptiques, les derniers ayant « à peine des étioeelles de cette grande lueur qui apparaît si évidemment en saint Jesn. » On le voit reconnaître, dans les Psaumes par exemple, Texpresnon ds sentiments humains, personnels à l'écrivain, et qui ne sont pas
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toujours ^entièrement purs. — Zwingle célèbre admirablement la BiMe, pelarfHs immensum et impprmi'ahile, n nullo ndhuc prn dignitate emen-^ sum (in Jac.). îl va, d'autrt' part, jusqu'à accordor à l'homine spirituel et intérieur, à cette « parulo que Dieu a placée dans notre cœur, » le droit de « juger la parole extérieure » Schrift.^ 11,1, p. i6-17).ill af-
firme du reste que cette demiftre, tout en oontenant des erreurs de détiil, n'en renferme aucune sur la chose essentielle. — Le même esprit général se retrouyeehes hn autres réformateurs, Mélanchtlion,Brenz, Bullinger, Bugenhagen, etc., et inspire les symboles ecclésiastiques de la première pt'^rioHe. Ils affirment ou supposent admise l'inspiration, mais ils ne la détiiiissent point. La confession df» foi de La Rochelle emploie à c« sujet les li'riiies suivants : la Parole a au cominonreuifnt révélée par oracles, a été puis après rédigée par écrit aux livres que nous appelons rBeriture sainte. » La confession helvétique, après avoir dédaré que les livres canoniques « sont véritablement la parole de Dieu, » dit aussi qué « la prédication de la parole de Dieu est la parole de Dieu. » Préoccupés surtout de trouver une ba<r {iDur leurs constructions do^miatiques et pour leurs controverses, les théologiens du dixspptième si(M'le en vinrent bientôt à pn'fisnr la théorie do l'inspiration biblique. Macius {C/nvis S. Se.) déjà se refuse à reconnaître aucune contradiction de détail dans If^s récits sacrés. Calixte [lleap. ad iheol. Afoff.), ayant soutenu que la révélaùon proprement dite n'avait eu lieu que pour les choses du salut, tandis que pour les choses humaines Dien aurait seulement assisté les écrivains sacrés pour les préserver d'erreurs, Calov {S^8t,t I, 48i, ss.) et le Consenstus repetitus fidei verte lut/ter. établissent qu'il n'y a absolument riou dans la Bible qui ne soit h' produit de l'inspiration. Quenstedt \Si/s. (hcoL, I, 55, ss.), Baifr, llollaz étendent ceilo-ci jusqu'au choix des mots, et (contre Musa?us) se refusent à reconnaître des solécisnies dans l'Ecriture. Les Buxtorf (contre Gappel), Gerhard, Heidegger {Corp. theol., II, 34; Ex€rcit, biblic), le Consensus kehetieus^ soutiennent que les pointsvoyelles du texte hébreux viennent, eux aussi, du Saint-Esprit ; selon Gisb. Vo6t (/Hsptir. seL, 1), c*est le cas de la ponctuation elle-même. En 1714, un superintendant de Gotha, G. Nitzsch, se demande si l'Ecriture sainte ne serait pas peut-être « Dieu lui-même et non point tine créature, n En même temps et chez les mêmes théologiens l'idée s'accentue (jue les écrivains sacrés ont été parfaitement passifs : ils écrivaioTit sous dictée, mieux encore : ils n'étaient que la plume que Dieu faisait mouvoir. Quant aux pn uves de l'inspiration, on ne va plus les «berçher, comme les réformateurs, uniquement, ni même toujours en première ligne, dans le témoignage du Saint-Esprit, mais dans un certain nombre de considérations tout extérieures (v. Hase, Hnttnrus redivivus). — Socin,lni aussi, soutient le système delà dictée [Lcrtionn Mocr., 287), mais linnte l'inspiration à l'essentiel et accorde la possibilité d'erreurs légères. r.astalif)n de même {JJialnf/.). Limborch [Thpol. christ., I, 4, 10) est minus hardi. Episcopius [Institut., IV. i, 4) l'est bien davantage. Q"*^"^ ''^ (irotius {Votum prn yiare /.rc/.), il distingue entre l'inspiration proprement dite des prophètes et le simple esprit de
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piété qui animait Ips historiens sacrés. Le Clerc {Srnlimcnt de (/uelr/ues tkéolog.) en fait autant. Le piétisme contribua pour une bonne part à mnener une notion de TEcriture moins anxieuse et plus vivante que celle do dii-aeptièaie «ièele. Bengd exhorte lee chrétiens à manger le piin de vie sans ee toormenter de quelques grains de gravier qui pour* nient s'être mêlés au pur froment. Pour Baumgarten {De discrimine recel, etinspir.). l'inspiration n'est que a le moyen par lequella révélation. d'al>ord immédiate, devient médiate et se fornnil»' pu un livre. » Les supernaluralistes du dix-huitiènje siMc n'attribuent j)his à l'inspiratioD que les chosos dont la connaissance eut »''té au-dessus de la raison humaine (déjà Matth. PfalT en 1719; Kemhard, Dngm. S..od; Storr, Dogm., § 11). Tftllner, J.-G. (Vermitehie Auf.^., 1767, p. 85), le premier, rétablit expressément la distinction de rScriture et d« la Parole de Dieu, qu'elle contient, avec d'autres choses encore, et pas par*^ tout d'une manière égale. Quant au rationalisme, il ne reconnaît ans écrivains bibliques qu'une sorte d'exaltation naturelle, prise pour divine par un Age grossier (Wegscheider, Insliiut % Cette école est incapable de comprendre, môme humainement, le puissant esprit qui loufile dans la Bible. Herder le relève avec génie. De W ette [Dogm., p. 10) attribue au SaiDt*Bqpiit une influence sur la foi religieuse, msis non sur rentendement des écrivains sacrés. — Selon Sehleiermacher (Christl. Glauèe, § 88, 133), les auteurs du Nouveau Testament sont iospirés, dansée sens que l'espAt saint de l'Bglise (effet de l'habitatioa de Dieu en elle par Christ i s'est expriiut' chez eux avec une force et une pureté particulière, qui tenait à leur situation historique sans égale, et qui cnnfere à leurs écrits une valeur normative. L'Ancien Testament n'a qu'une inspiration et qu'une dignité secondaires. Twesten {Vorless. Uerdiê Dogm., I) corrige l'idée de Sehleiermacher en insistant davantsge sur l'objectivité de l'Esprit divin agissant dans l'Eglise. Aux yeux de tous deux, TinspiratioD a des degrés divers. Lange (Phihtoph. Dcgmadk.) et Beck (Syftem df.r christl. lettre ; voy. aussi dans Refmt de théol. de Lausanne, sept. 1870 et juin 1871. une analyse de son cours d Introduction par M. Doret) insistent sur l'impossibilité de distinguer mécani(juement la forme du fond dans l'Lcriture. Le second présente la tbéopoeustie comme une fonction nécessaire dans l'histoire du salut; niStteUe ne s'étend pas aux choses indifférentes à [ce sujet; elle se rattMhe à llUamination que la nonvoUe naissance produit ches l'homme, it peut avoir des degrés. Hofmann (SchriftèetoeU, Fimleitung) ïnnniB «un sor la place organique dn livre saint dans l'histoire de la rédemption; lui, comme elle, est un produit de l'action de l'Esprit divin dans l'humanité libre. Philippi {Kirchl. Glaubend.) et Stier soutiennent l'in- ÊwUibilité biblique quasi absolue, lloilip [Zur Dogmalik ; y. analyse ^ psr &1. Astié, Jiev. de théol. de Lausanne, déc. iHÎW <listingue nettement entre la révélation objective (v. les articles JieUgion et Jtolhe)^ et Wsûttte Ecriture. Celle-ci n*est que le « document de la révélation, » i^gé par des hommes qui ont été directement mêlés à l'histoire de dernière et qui furent inspirés de manière à la comprendre. De là ^^coule l'autorité de leurs écrits; d'ailleurs, leur état moral les rendant
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réc('})tii"s à rilluniiiiation du Saint-Esprit, ils se sont trouvés sous son influence, plus ou moins énergique, mais jamais absolue, alors qu'ils écrivaient la Bible, comme ils le furent aussi dans tout le reste de leur existence. Domer [Christl, 0laubeiul,, I, § 57-59) voit dans Tinspiration un mîraele intérieur ^ui fait saisir à certains homi|ies un nouvel élément de la révélation, mais qui du reste ne les préserve pas de toute erreur humaine. Quoique ce charisme se rattache à l'œuvre générale de l'Esprit dans le sein de l'homme, il ne faut pas y voir un simple réfloxe de la piété et lui donner pour mesure le degré de sainteté des écrivains sacrés : les diverses fondions de la vie spirituelle n'ont pas entre elles une connexité si rigoureuse. Pour Martensen [Dogmatique, Irad. p. 514, 8S.), c*e<t à TEglise qu'appartient proprement l'inspiration ; le Saint* Esprit la pénètre dans le but d'établir l'union permanente de Tbomme avec Dieu. Comme il arrive que le premier éveil d*nn génie en marque précisément l'apogée, ainsi l'Eglise a-t-elle eu son maximum normatif d'inspiration au premier âge, et cela principalement dans la personne des apôtres, qui dés le début étai^Mit entrés dans la communion du Sauveur. Cette habit.Jtion de l'Esprit, loin d atraiblir les individualités humaines, les rend plus personnelles et plus libres. Pour ce qui coacerue la théologie d'outre-Mancbe, nous renvoyons à la traduction anglaise du Lehràueh der Dogmengeseh. de Hagenbaeh (p. 469), en nous bornant à rappeler le bruit qui s'est fait récenunent à propos des opinions critiques de M. le pr.'lV?seur ITttherfson Smith {TA^i Old Teêtm in t/ie /f'U'isrh C/iurr/i ; vuy . /{ce. làéoi. de /musoïdip, mars IHSP. — Quant à la théologie de langue française, la question de riuspiraliun lut réveillée chez elle par le livre de Gaussen sur La t/iéopneuslie (2*' édit., 184i;. A ceux qui, d'une façon générale, ont couliance dans l'enseignement de la Bible, il prétend démontrer par les assertions de celle-ci (surtout â Pi. I, 81. et 2 Tim. III, 16) son inspiration «plénière » et partout égale : la Bible est (( garantie de Dieu jusque dans son langage »; elle ne peut contenir (sinon elle ne serait plus de Dieu, p. 151) aucune erreur quelconque de physique, de chronologie, ni aucune contradiction de détail. On a eu tort de considérer l'inspiration dans les hommes « il ne la fallait voir ({ue dans le livre » (p. 37). Gaussen déclare ignorer connnent s exerce ce miracle, et prétend ne point méconnaître l'individualité des divers auteurs : ce sont des instruments variés que Dieu s'est formés lui-même et dont il joue à son gré sans les confondre. Plus rigoriste encore, M. de Gasparin [ffcoles du doute fiSSZ; La Bible, 2 vol* composés d*articles) cherche à s'appuyer sur lautorité du Christ, qui, par ses citations de l'A. T. (avec ces mots : u il est écrit «). ciuiférerait à ce dernier un brevot il'absolue infaillibilité. L'n raisonnement à /i';7/'/7-/ permet de conclure à celle du N. T. Enlin,pour couronner ce système (qui ne serait complet, du reste, qu'en postulant encore avec le catholicisme Teustence d'un exégète infaillible), un déclare à priori que, d'une manière absolue et miraculeuse, tousles écrits tbéopneustiques, et eux seuls, ont été groupés en canon (voy. aussi Gaussen, Le eanon au double point de vue de la science et de la foi, 18G()); retrouvdt-on aujourd'hui quelques pages authentiques de saint Paul,
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tThéopnedstie
elles <5erdipnt sans autorité pour notre foi. — H«''pudiée au nom de théories plus pondéréos par Clif'iiovi(Tf [Dinne aulur. du JV. T*., 1850), Jalaguier [Inspir, du /V. 7'., 1851), Bost père (J/moires, appendice), etc., • h né<H6olastique genevoise allait surtout rencontrer des adversaires résolus dans Fécole de Yinet. Ce dernier n'avait cessé d'insister (après Pascal) sur le fait que la vérité religieuse, possédant son genre propre de certitude, ne peut ni ne doit étro de celles qui se démontrent à coups de syllo^smes ; aussi ne prpnait-il point la Bible ponr un manuel de dogmatique complet, infaillible et d'une clarté mathématique; il bénissait Dieu de ce qu'elle est tout autre chose (voy. citations dans Ksprit de V., I., 369 ss.). M. Ed. Schérer paraissait animé du même esprit lorsqu'il prenait congé de l'école de Genève par ses deux lettres sur onuiquie et ta foi (1850; voy. aussi Bev, de Strasbourg, I» série, I, 44, 854; YI, 154; IX, 189, 363). Mais bientét on le vit dévier vers le rationalisme avec quelques-uns de ses premiers collaborateurs (MM. Colani, R^ville, etc.). Plus fidèle à la vraie tendance de Vinet, et formant un tiers parti, d'autres se sont efforcés de défendre relativement à l'inspira!tien (les idées à la fois larges et positives. Ainsi MM. Astié (.)/. Sc/iérer, m (iisciplus et ses adversaires, 185-4 ; Deux théologies nouvelles, \ 80:2 ; La Bible et le libéralisme, 1809 ; art. dans Chrétien «van^., mars 1870, etc.^, de Pressensé, etc. Le dernier (Butktin tkéol., 1862, p. 205 ; 1863, p. 59; voy. critique par M. Et. Goquerel, Rev, de Strasbourç, 3^ Bérie, X, 333), après avoir rappelé quel puissant souffle divin règne dans Tensenible de la Bible, prouve, par Texamen des faits bibliques et par les déclarations mêmes des auteurs sacrés, que ces derniers ne furent pas élevés au-dessus de toute imperfection humaine, ni surtout privés d'activité spontanée et naturelle (Luc I, 1 ss.). Sauf dans ses parties prophétiques, qui sont le produit direct de la révélation, la Bible est simplement le document de celle-là, document rédigé par des témoins compétents, pénétrés (surtout en ce qui concerne les auteurs du N. T.) de ce même souffle du Saint-Esprit qui éclaire tout croyant (1 Jean II, IK SfT), mais qui est porté chez eux à une puissance exceptionnelle et pour nous normative. La Bible n'est pas, à proprement parler, la Parole de Dieu; elle la contient sans qu'il soit possible du reste d'en opérer artiGciellement le triage. Lîi proviclence de Dieu s'est puissamment exercée dans la composition du canon, mais sans recourir ici plus qu'uiliems à des procédés magiques incompatibles avec la liberté humaine. ' Tout en s'appuyant sur des bases assez différentes, Fr. de Rougemont (Ckrùt et set témoins^ 1656) a combattu, lui aussi, la théopneustie plénière. D'après lui, rinsiiimtion, don spécial de l'Esprit, conH^re à ses porteurs la connaissance des vérités suprarationnelles, et l'intelligence ^pirituelle (mais non la connaissance môme) des choses (juc riiomme peut naturellement savoir. L'inspiration, qui porte du reste sur le cœur vivant de l'auteur et non sur sa seule main, a des degrés. Il y a, surtout ésns les époques préparatoires, des régions qu'elle n'atteint pas et qui laissent comme des lacunes obscures. La Bible mérite d*étre appelée • iufiiîUible, » on peut dire qu'eUe ne oontioit pas « d'erreurs » (de jngement}, mais elle n'est pas exempte « d'inexactitudes • de fiût, indiffé-
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rentes au salut. — Cette esquisse liistorique suffit h faire discerner combien la tliéorie de rinspiration est un problème d'urdre complexe. Sur le • fait même il ne peut y avoir déiaeeori entre eroyanU : tout sentent avec éfvidenee qne le livre, d'où n*a cessé de sortir pour TEglise et d*oà sort aujourd'hui pour eux-mêmes le flot de la vie, tient cette puissance de celui qui seul vivifie. Mais s*<i;^it il de déterminer le mode et les limites de l'action exercée par Dion dans la formation de ce livre, s'agit-il de formuler une doctrine explicite, on se trouve en présence d'un sujet qui touche non seulement à de jrraves (juestions de principes (autorité, rapport de la nature humaine avec Dieu, etc.), mais encore à une l'ouïe de questions de Ikit dont plusieurs siMit fort délieates. Loin donc d*ètre la première des questions qu*une dogmatique puisse et doive résoudre, la théorie de rinspiration n*en peut guère être qu*une des dernières. Et même nous ne pensons pas qu'elle soit» de sa nature, susceptible d'une solution complète. Pour qui ne se place pas sur le terrain, tout a fait intenable, de l'absolue passivité des écrivains sacrés, il nous parait que le problème se divise aussitôt en cent problème?, dont on ne saurait trouver la réponse : on n'a plus à lormuler /e procédé par lequel l'Esprit de Dieu aurait dicté un livre en maniant à son gré une certaine nature humaine, abstraite et partout la même; il ne s'agirait de rien moins, (chose que nul ne songe à entreprendre) que <U retrouver les voies . infiniment multiples dont Dieu s'est servi dansehaqnecas spécial à l'égard de ces sociétés et de ces individus nombreux, dissemblables, qui ont, les uns après les autres, déposé dans notre Bible l'expression du développement reliirieux auquel l'Esprit les avait faits parvenir. Mais qu'on ne dise pas que ce point de vue individualiste et historique conduit h dissoudre l'Écriture sainte, à mécounaitre sa provenance divine et à anéantir son autorité. AujBontraire, nul point de vue, mieux qne celui-ci, ne sau. rait conduire à reconnaître dans Thistoire de la révélation rexistence d'un moment unique entre tous et dont les produits littéraires doivent à jamais servir de norme à la fui chrétienne; nul ne prédispose mieux k comprendre le caractère unique aussi, le cachet divin tout spécial, de ce recueil l'onné lentement à travers les Ages, composé de tant d'éléments divers, et où règne pourtant une unité d'esprit si merveilleuse, de ce livre vivifiant, qui luit l'eilut d'être lui-môme un organisme, un être animé respirant à pleins poumons ksouflle du Seigneur (Oéomciwroc), de cette Bible enfin qui est tout à la Ibis le produit, le document et l'un des facteurs essentiels de l'histoire de la rédemption du monde, de la coiH ' (]uôte de l'humanité par l'Esprit de Dieu. — Bibliographie. Les diverses histoires des dogmes, par exemple Hagenbach, h ln-huch, (jui donne beaucoup de citations; Sonntag, Dortrina itispir. ejustjue ratio hisforica, Heidelberg, IHIO ; Gredner, Ithrontm iV. T. inspir. qu'ul statucnnt chii&tiam anlc sœc. tertium médium^ lena, 1828; Iludelbiich, dans iMâher, Zeii$ehrifif 1840; Delitiseh, De impirtuione quid stahiermt 'P* apostoliei et apolog., Lips., 1872; Heppe, Dogmatîk der deuisch. Protest, im XVI Jahrh»f I; Romberg» AV' Lehre Luther s rr,n der heiL Sehnff, 1868; S. Ber-er, h lîible nu XVI» Paris. 187»; Uiehni, dans StudUn und Kril,, 1858,11; Mebring, àm^ Zeitickr. fur luth.
THÉOl^NEnSTIE — THÉOSOPHIE
TheoL und A'irche, 1862, I; art. Inspiration, par Griinm, dans Encydop. de Ërsch Gruber; art. Inspiration, dans ÏEncyclop. de Herzojj, S>édit.par Gremer, et l** éd. par Tfaoluek. Deeedernier^ voy. aussi art. àMBsDeuUeheZeiUehJfûr ekrifiL ^tsfeticA., ISftO ; Meylan, CanonieUé et inspiration des saintes J'crtif., Lausanne, 18T7; W. Lee, The mtpirar Uanvf hohj scripture^ 1854. Ph. Bridel.
THEOSOPHIE. I. L'Idée. — Ce termo. dont il est diûicilo de préciser le sens et de trac^^r les limites, désigne, d'après son étymologie, la science de Dieu (ôeôç, Dieu, *7o:p;'a, saf^esse. science), nun pas la science qui se rapporte à Dieu et dont Dieu < si l'objet, niais celle qui vient de lui et dinit il est l'auteur. En effet, quelque variés que soient les eaais et les systèmes théosophiques qui ont paru dans l'histoiie, ils ont tous la préttation de procéder d'une inspiration immédiate^ d'une illumination dinete de la Divinité. Ce qui caractérise la théosopfaie, c'est moins l'objet de la connaissance, que la méthode qu'on applique à cet objet, la forme dûDl on le revêt, les procédés par lesquels on s'en empare. Puur bien saisir la nature et la portée de ce phénomène si curieux du monde intellectuel et religieux, il convient d'en montrer les rapports avec la philosophie et la science d'un côté» et d'autre part avec le mysticisme. — La philosophie, embrassant toutw les scianoes et les ramenant à l'unité, est la recherche d'une vue d'ensemble sur les ehoses, sur le monde et l'humanité, sur la nature et l'histoire ; elle est issue du besoin inhérent à l'esprit humain de pénétrer l'essence des choses, d'en saisir les rapports, d en rechercher les causes. Malgré la diversité des principes auxquels les différents philosophes rapportent les faits ou les notions dont ils recherchent la synthbse, c'est bien le môme instinct qui les porte tous à ramener à l'unité d'une cause première l'infinie variété des phénomèoes. Prise dans ce sens, le plus élevé et le plus étendu, la philosophie fféseote avec la théosopbie une ressemblance firappante. Les théosophes, j'entends ceux dont la puissance intellectuelle est capable de créer un système, ont, eu.x aussi» l'ambition et éprouvent le besoin d'embrasser l'universalité des choses, d'en rechercher l'unité primordiale et tinale, de contempler la nature et riiumanitéà la lumière d'une vérité unifjue et >upréme. Mais, sous cette im ontestable analogie, quelle différence dans la marche suivie de part et d'autre I La philosophie vraiment digne de ce nun èheijche à s*élever à une vue claire etcomplète de la vérité en ayant recours aux opérations intellectuelles dont Tensemble constitue la méthode scientifique, analyse et synthèse, observation, ^'étw ralisation, induction et déduction ; ces méthodes particulières, la [diilosophie les emploie, tantôt réunies, tantôt séparées, selon les points de vue divers où l'esprit peut se placer en réfléchissant sur lui-niéuie, sur la nature et sur Dieu. La théosopbie, au contraire, substitue à la réflexion ruiliiition, à la méthode discussive l'inspiratiou immédiate ; lu Ihéosoplie n'est en première ligne ni un chercheur ni un savant, mais un iUunÛBé, un voyant ; il ne puise pas les éléments de son système dans l'obeervation, dans la nature ou l'histoire, mais dans une révélation spéciale ée la Divinité.— A cet égard, la théosopbie se rapproche du mysticisme: comme celui-ci, elle aspire à franchir les intermédiaires entre l'homme -