THÉOSOPHIE
et Dieu, il entrer en coininunioii diroctf avec Dieu, à sentir et à saisir l'infini sous la multiplicité des l'orines où il se cache. Mais il serait faui de confondre la théosophie et le mysticisme. Le mysticisme, dans son acception générale, est un &it de la nature humaine, aussi impérissable que le sentiment religieux, la soif du divin, respiration vers l'invisible; il a sa source au delà de la raison pure ou de Texpérience sensible, il est inséparable de la religion et de la piété, il n'est pas un phénomène transitoire de l'histoire, mais une manifpsfation essontiolle de la vie religieuse ; en outre, ce qui lui importe avant tout, c'est le rapport de l'individu avec Dieu, l'union de l'àme et de Dieu; le mysticisme n'aspire pas tout d'abord, il n'aspire pas nécessairement à embrasser dans une vaste synthèse la nature et Tesprit, Dieu et le monde. Eh bien, cette ambition de s'élever à une vue d^ensemble des choses finies dans leur relation avec rinfmi, cette prétention à faire rentrer dans la sphère de sa connaissance l'universalité des êtres et à les éclairer d'un jour divin caractérise essentiellement la théosophie. Celle-ri partage donc avec le mysticisme la foi en une communication directe avec la Divinité, l'aflirmation d'une illumination et d'une inspiration surnaturelle ; elle partaire avec la philosophie l'ambition de saisir dans son ensemble et de ramener à une unité essentielle le monde changeant et multiple des phénomènes visibles et des réalités spirituelles. De là ce mélange souvent bixarre de divinations aventureuses et d'observations profondes, d'idéa* lisme enthousiaste et de réalisme grossier; des accents et des allures de prophète en même temps que des recherches de savant, de naturaliste, voire même denuMlecinet d'alchimiste. — D'après co qui précède, il est facile de voir que la théosophie se meut dans une sphère voisine de la théologie et qui souvent se contond avec elle. Elle repose sur des prémisses essentiellement supranaturalistes, et cette croyance au surnaturel la rapproche de la théologie traditionnelle autant qu'elle l'éloigné de la philosophie pure. Il n*en est pas moins vrai que la théologie orthodoxe manifesta le plus souvent une défiance profonde à l'égard de la théosophie, et que généralement elle la combattit. C'est qu'en revendiquant pour elle une inspiration inmiédiate et indépendante de l'Eglise et de ses moyens de grâce, la théosophie semblait porter atteinte au caractère historique et positif de la religion révélée, njéconnaîtrc l'impor^ tance et la valeur des institutions objectives du christianisme et ouvrir la porte aux caprices et aux rêveries les plus arbitraires et les plus aventureuses de la pensée individuelle. Le caractère franchement supranaturaliste de toute théosophie ne réussit donc pas à mettre celle-ci. à l'abri des soup<;<tns ou des attaques de la théologie officielle : ce supranaturalisme, en etlVt, concentré dans le domaine purement subjectif, alTectant ordinairement des allures indépendautes, faisant parfois bon marché de la tradition historique et des autorités extérieures, pouvait et devait éveiller les susceptibilités, les craintes et même l'hostilité des gardiens jaloux de la doctrine et de la hiérarchie traditionnelles : il y a eu, sans doute» des théosophes éminents, tels que Bœhme et OËtinger, qui affirmèrent leur attachement scrupuleux à la révélation chrétienne, et qui même demandèrent le retour au sens littéral et réaliste des Ecritures divme-
THÉOSOPIIIE
mfnt inspirées; mais il n'en est pas moins vrni qn»' les prort'dt'îs liaidtuels dp la théosuphie, et surltiut son principe iii(''iiie, ne sont guère compatibles avec une théologie qui ret,oit sa loi d'une autorité étrangère et extérieure, qui renferme l'iospiration dans Tenceinte sacrée dv. la liiélucfaMoffidelle (doctrine catholique) ou qui limite cette inspiration aux eoofins de Tàge apoitolique (doctrine protestante). — Un dernier trait, eommuD à un grand nombre de tbéosophes, bien qu'il ne se rencontre pas chez tous, achèvera cette caractéristique de la théusuphie. Si la théo» Sophie partage avec la théolog^ie orthodoxe la croyance au surnaturel, elle chr-rche aussi à pénétrer les serrtMs do la nature, et, p.ir là. elle a ivndu indirectement des services à la science. Cependant, dil t:.\celleniueot M. Weber, « elle n'étudie pas la nature pour la nature, mais puur y découvrir les traces de l'Etre mystérieux que la nature cache en même temps qu'elle le révèle. Or, pour le découvrir, il fout une clef de Sésame, on initranient non moins mystérieux que les études théosophiques. La théosophie est donc à la recherche de doctrines secrètes. Ce qui s'otfre à elle sous cette forme, elle le saisit avec avidité et en lait son profit... Elle ne se contente pas de sonder le ^rand iiiy>[ère; il ne lui suilil })aâ ào connaître la nature; elle veut aussi et surtout régner sur elle, la doiiiioer, l'assujettir ; et, de même qu'elle prétend arriver à la cunnaissance des choses par une doctrine secrète, elle se flatte d'arriver à se les assujettir par un art secret, par des formules, des pratiques mystérieuses. C'est dire qu'elle passe à la magie et à la théurgie. La magie se base sur ce principe que le monde est une hiérarchie de forces divines, un système d'agents échelonnés en une série ascendante et descendante, dans laquelle les agents supérieurs commandent et les aj^cnts intérieurs obéiss«MJt. Piiur que donc le théosophe puisse gouverner la nature et la trans- [uruier au gré de ses désirs, il faut qu'il s'assimile les iurct- s supérieures èmt relève la sphère sublunaire, et comme, au point de vue d'Âristote et de Ptolémée, ces forces supérieures sout les puissances célestes, les ageots sidéraux, l'astrologie joue un rùle capital dans les élucubrations théosophiques » (Weber, Ilist. de ia phiiotophie européenne, Paris, 187i. p. iH'}{)-210). Disons, toutefois, que ces observations, qui s'appliquent aux ihéosophes de l'âge de la Renaissance et de la Réformation, De sauraient s'étendre sans restriction à la théosophie en général; les Bœbme, les OEtinger et les Baader sout, à cet égard, bien moins extra* vagants que les Cudan et les Paracelse.
^ U. L'usnoiBB. — Comme la théosophie se fonde sur une révélation mtinne, elle ne peut pas être l'objet d'un enseignement proprement dit; elle ne s'acquiert pas par l'étude, par les procédés ordinaires du raison* Dénient, de l'observation et de roxpérinientation ; elle peut avoir ses élus et ses adeptes, unis entre eux par une ]) n rnté intellectuelle ou religieuse, mais on ne saurait, sans erreur ou malentendu, parler d'écoles théosophiques dans le sens où il est question d'écoles philosophiques ou Ibéologiques. Si les théosopbes cherchent à répandre leurs spéculations M à recommander leurs pratiques, ils n'ont pas recours aux méthodes de la idence ; Us se posent en prophètes, en révélateurs, rendant té- OMn^Dage à la vérité qui les illumine, affirmant plutôt qu'ils ne prou-
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THÊiKSOlMIIE
vent et s'en rapportant aux inspirations directes de l'esprit plutôt qu'à
în forcp du raisnnnpment dialeetiquo ou à IVuipire d'une autorit»^ pxtérit'uro. C'est Jiro ^\uo l'histoire do Ui théo^ophio ne sed«^rouIp pas d'une manière à pou près r<^pulit'>re et rontinuo. comme par exemple celle de la pensée pUilusophique ou du dognie ecclésiastique, dont les phases principales 8*enchatnent et s'appellent avec tine sorte de logique intame' qui domine le développement général des idées ou des croyances, aanssupprimer d*allleurs le rôle personnel des grandes individualités philosophiques ou religieuses. Si l'absence de rigueur logique dans la filia-^ tion des syst^me5 rend presque impossible le récit d'une histoire pragmatique de la tliéosopliie, la dii'ticulté d'une tAche pareille s'aggrave encore par suite du caractère indécis et flottant de l'objet même des études tliér»s<iplii({U('s. Lu peine que Ton a à saisir et à fixer d'une nnanière quehiue peu précise la matière ondoyante et diverse sur là<iaelle s'exerce la pensée ou à laquelle s'appliquent les rêves des théosophes» explique pourquoi il n'est pas possible de grouper dans une exposition générale les principes- des différents- représentants de la théosophie Chaque nom, en effet, représente un système distinct; ce terme mt^mo de système ne s'applique qu'improprement à un grand nombre le doctrines thé<»>;n]iliiri lies, plutôt ébain liées que véritaldement acliev« es et formant un tout tomplet et liurmunieux. Les indications qui suivent n'ont donc pas lu prétention de formeriine' bistoire de la diéOsophie;. elles ne font qu'en esquisser les principaux truits. — La théosophie n'est pas un phétaomène particulier au christianisme; les religions de l'OHent ont eu leurs théosophes; l'Inde, l'Arabie, la Perse surtout ont donné naissance à des systèmes de spéculation théosophifjue, dont quelquesuns nOnt i>as éti' «ans influence sur la pensée clirétienne. Sous plus d'un rapport, le néoplalimisme est une théosophie autant qu'une philosophie, et l'on a pu, non saus raison, ranger Plotin, et surtout Janiblique et Prœhis purmi les théosophes. Les systèmes gnostiques relèvent, eux aussi, de la théosophie plutôt que de la théologie proprement ditei Mais la théosophie la plus célèbre, en dehors dti christianisme, est eetle de la caliale juive. L'influence de la spéculation- cabalistique fut immense: on en retrouve la trace à travers tout le moyen Alc; lors de la Rrnaissance, elle s'exerça d'une manière plus sensible encore et rencontra des adeptes parmi les érudits et les philosophes les plus éminents de cette grande époque. Cepeudaut, au sein de l'Eglise chrétienne, la théosophie ne fut gu^ représentée pendant le moyen âge; car c'est évidemment un abus que de voir, avec M. RoehoU, dans les systèmes grandioses des scolastiques, dans leurs vastes synthèses de la religion et'deift'Scienoe, de la physique et de l'éthique, « une théosophie qui plà<^ lacroix au centre d'une histoire embrassant à la fois le ciel et la terre,l'esprit et la iialiire n ( liril rxqf zn einer Ge^chichte deufsrh'T Theosopltir, p. 7i; ce (jui, en ellèt, nmstiiiie l'originalité de la théosophie, c'està-dire la prétention h une inspiration spéciale et à une révélation immédiate, fait absolument défaut à la scolastique ; tout au plus pourrait-on • trouver des éléments théosophiques ches tel penseur hardi, comme Soot : Erigène, ou ehez tel mystique spéeulatif, oomme maître Bckhart. G'eet
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TUtOSOPilifi
18 mépfeodre aussi sur la nature du mysticisme de Luther et sur la part de ce mysticisme dans la théologie du réformateur que de décoit- \Tir chez lui, comme le fait encore M. Hocholi (o. c. p. 12), de riches sources d'inspiration pour la théosuphie postérieure. En réalité, ce n'est pas de la Réforme, c'est de la Hen;iissance que procèdent les principaux estais ou systèmes de tUéosopbie, qui paraissent à partir du seizième «kle. Pie de k llînBdole profésse la plut vif enthousiaime poup ks doBtimet'du néoplatoiiisma et de la cabale juive, dootrima qu'il place nr la mène, ligne que les enieignements de la Bible. Keuchlin célèbre kl mystènM cabalisti<[ues dans son De ve/^u mirifico (Bàla, 1484) et dans, son 2)^ arte cahhalistica (Ha^enau, 4517); il combine avec ces mystères celui de Jésus-Christ, cul obed'ntnt cœlestia sidéra, infenia nuftiina, naturalia elemimta, noctarna stïenda, arcana Memphiiica^ Tiessalicn pharmacaf C haUlica murmuray Zoroastri dogmata {Ùeverbo mirificoy UI, 12). Uu disciple deReuchlin, Oornelius Agrippa, de Nettea* heim (1487-1 585|, eaeaya d'unir le.pytbagoréisme avee la théurgÎB et la magie et écrit contre le dogmatiBine scolastique son traité De vom» tate saenttarum. Mentionnons encore Jérôme Cardan,, de Pavie (IfiOlil.")70). médecin distingué et surtout mathématicien éminent, qui souleva la colère de:« orthodoxes de l'époijue, par ses doctrines, dans losquelle<s des idées saines et libérales s'allient à d'étranges superstitions astrologiques. Au-dessus d'eux se place Théopbrasle Bombast, de llohenheim, dit Paiacelsa (149^841 ), qui unit dans on amalgama Mcatie lea dac" triaesrda la cabale, lea éluôibratiiDns de rabahimie et de Tastiologie et lamseigneraentBdttahrtatianiame. Selon lui, il y a entre Dieu, l'homme et la nature certaines puissances opératrices dont Taction continuaUei produit sous nos yeux les merveilles que nous contemplons; rhomma est en rapport avec toutes ces vertus secrètes de l'univers, et Paracelse a la prétention de connaître et d'exposer tout le syslèiue des forces mystérieuses qui agissent soit dans la nature, soit dans rbumme, et qui, échappant à bi timidité' de la/pbiloeophie et aux lenteurs de la.saiancet is Ejvèlent.à nous. grAoe> à la lumière intarno, « bien supérieure à- la bestiale misoD. » Ces idées de.Paracelse, au. roiUeudesfuelles'laaeicnee» la pbiloeo|diia^ la. théplogie se mêlent à beaucoup de superstitions et même à une certaine dose de charlatanisme, furent admises et répan* dues avec plus ou moins de fidélité et de conséquence par une série de disciple : A. Bodenstein (le fils du réformateur Carlstadt). VVolfg^ Thalhauser, Jos. Quercetanus, Joachim Tank, G. liurst et autres (voy^ Anobl, Kirch,. u. Ketser^Hittorie, II, 16, c; 23, nf 8). Malgré touteè bmtbétérodoxiaa» Agrippa de Netteebeim et Pazaeelse ne se séparèrent jtiDais eztArieuiumeiitiducatbolieisma. ^ D'autres tbéoeophes surgirent ta soin du protestantisme ; tels furent, aa seizième siècle, SchwenkfeJd {1561). qu'il est d'ailleurs plus juste de ranger parmi les mystiques quo parmi les théosophes proprement dits, et Valentin "Weiijel. qui mourut en 1588, après avoir rempli les fonctions de pasteur lutliérien en Mis- Wfi, où il passa sa vie, obscur et ignoré, dans la pratique des vertus tvengéliques et sans publier le résultat de ses études et de ses méditâtes. Sit «mages, qui ne parurent qu'après sa mort> saulevèrent au-
TiiÉOSOPHIE
tour de Sun nom un»' bruyante coiitroverso, les un;: criant à l'impiété et au l)la8phcme, les autre s voyant en lui un rév»ilalour inspiré de Dieu. Weigel procède des mystiques du moyen Age, niais il s'attache surtout à Paraceise, sans abdiquer d'ailleurs son indépendance et sans adhérer à toutes les extravaganees du médecin philosophe. Weîgel eut un grand nombre d'adeptes, et sa tendance mystique se conserva jusqu'à nos jouis dans c<^rtaines localités de rAlleinagno, si \non t\ur l'on a pu écrire une hisloiro du weigeli'nnisme (L. Pertz, Oesch. des Wcigelianismus^ Hist, Thenl. Zeitschrift, 1857, I; 1859, I}. La tradition théosophique de Paracelse et de Woigel, unie à une opposition très décidée contre la scolastiqn^, f>sl représentée, au dix-septième siècle, par J.-Bapt. van llolmont (1577-iGi4) et son lils Frangois-Mcrcurc van lleluiont (IbiS-iO'JU,, par Robert Fludd (1574-1637), alfilié à la confrérie des illuminée de k Rose-Croix, par Jean Amos Gomenlus ou Gomensky (1592-4671), à U fois sa^Tint philologue et fervent mystique, admirateur enthousiaste d'Antoinette Dourignon, auteur d'une Synopsis physicei ad htmm divinum reformat:e (Leipzig, 1033^, physique très arbitrairement tirée de la ("îenèse. et dont la trinité «le la malière, de la lumière et do l'esprit rappelle la triiiité périi)atétieieune de la malii-re, du mouvement t t de racle. Mais le prince des thé<»soplies l'ut le cordonnier de Gœrlilz, Jacques Bœhme (lo7o-iGi4), communément appefi^ le philosophe teutonique; il est le représentant le plus original, le plus profond, le plus pieux de cette alliance du mysticisme, de la philosophie et des sciences naturelles dont la synthèse constitue la théosophie (voy. Tart. Bœhme^. Son système, que nous n'avons pas à exposer ici, creusa un sillon profond dans le champ de la pensée religieuse et philosophique. Les principaux disciples contemporains ou postéiienrs de lîn'lime sont lutiiiiiiés par M. Malter dans l'étud»; mentionnée. Uaj)pelons seulement, en renvoyant àcli icun de ces noms, OEliuger (i702-178:i;, qui relève à la luis de Bœhme et de Ben gel ; Saint-Martin (1743-1808), qui s'attacha successivement aux doctrines de Martinez Pasqualis, de Swedenborg, de Bcahme, dont il traduisit plusieurs écrits ; Schelling (voy. cet article), qui exalta Bœhme comme l'un des premiers initiateurs de la philosophie moderne et qui, dans sa première manière, se servit parfois de la , terminologie du théosophe lie GoM'Iilz I /ti'r/ii'vchis p/ii/osnphnjin's sur l'essence de la liberté liniii(iiiit\ 18(1!)) ; Uaader ( 1 705-lHi I ), le théosophe catliolhjite, l'un des plus lidèles et des plus dignes héritiers de Badime. L'action des auteurs que nous venons de nommer, sans se renfermer exclusivement dans le domaine philosophique ou théologique, ne fut cependant pas assez populaire pour fonder des communautés religieuses se réclamant de leur nom. Ce rôle échut au fameux théosophe de Stockholm, Emmanuel Swedenborg (1088-1772), dont les adhérents fondèrent des chapelles à Londres, à Manchester, dans d'autres villes de l'Angleterre et des Etats- Unis, et (jui rencontra dans le Wurteniherg l'un de ses adefites les plus enthousiastes, Talel, bibliolliécan-e de l'université de Tuliin;xiie. On a parfois rangé parmi les théosophe» quelques illuminés qui, au commencement de notre siècle, firent du bruit par leurs doctrines, auxquelles se xallièrent passagèrement quelques disciples : J.-H.. Sçhœnheir (1770-
TliËOSÛPHIE
1896) provoqua un mouvement roligienx à Kœnigsberg et dans les onrîroos, recruta quelques adhérents (Ëbel, Bujack, Diestel) qui ne lui resl.Teot pas tous fidèles et conçut un système sp<^culatif empreint d'un dualisme très accentué; Miclu'l Halin (1758-1819) donna naissance à la secte'des micheli<'ns [Mtchelianer], qui fleurit quoique temps dans le Wurtemberg, cette terre classique de la vie religieuse et des exlravaganees mystiques. Cependant les fondateurs de ces sectes, à peine nées viables, ne sauraient être décorés qu'abusivement du nom de théosophes. -> Par contre. Ton trouve des éléments théosophiques souvent riches et profonds dans les écrits de Hamann, de Steffens, de Schiil)ert, de Novalis. »*t cette veine de mysticisme, alliée à une conception philosophique et reliifiouse de la nature, circula onoore dans Ins ouvrages do ]»lus d'un théologien de rAlloniagne ronli-iuporaine. U. Rotlio, qui prctoède surtout de Schleiermacher et de Hegi l, doit à l'inlluence d'OEtinger plus d'une conception de son système si original et si puissant; Hamberger s'est fait l'apôtre convaincu et enthousiaste des idées de Bcahme etd*â5tioger; ce dernier théosophf> a trouvé dans Auberlen un interprète intelligent et un disciple fidèle; enfin J.-Tob. Bed£, le maître pieux et puissant, enlevé en 187S à l'université do Tubingue, fut de la famille spirituemMles Beiigel et dos OEliugcr. Parmi los descendants enooro vivants do la tradition thoosopliii(uo, il faut nommer, en prouiiéro ligue, M. Fr. Delitzscb, professeur à Leipzig, et M. Rocholl, ancien pasteur à Gvttingue, actuellement en Silésie.— Bien qu'il semàeaux spéculations d'un grand nombre de théosophes des hypothèses aventureuses et même des extravagances souvent ridicules, la théosophie ne mérite pas le dédain que les philosophes ou les théologiens de profession lui ont souvent témoigné. 1^1 théologie surtout n'a pas le droit de soumettre la tlu-osophio à uno oxéoulion sommaire ot do la condamner en bloc et sans appel, oubliant les services (pTolle eu a reçus : iille do l'inspiration individuelle, impatiente du joug de l'école, faisant éclater les cadres toujours étroits dans lesquels la scolastique cherche à emprisonner l'essor de la pensée ou du sentiment religieux, la théosophie a maintes fois toulevé les voiles qui recouvrent les expériences de la vie intime, elle a appelé l'attention sur des &its religieux ignorés ou négligés, elle a saisi plu* d'un rapport entre le monde spirituel et la création matériollo ; elle a, tliiiis hion des cas, maintenu vivante et fervente la sève mystique, élément insé|iarahle de la religion elle-même; bien que trop souvent la théosophie se suit alliée à la superstition sous toutes ses formes, il serait donc absolument injuste de n'y voir que le produit d'une pensée malade ou d'une imagination extravagiEmte. — BlibiographH, H n'existe aucune histoire complète'de la théosophie ; on en trouvera les éléments dans les histoires de la philosophie, du mysticisme, des dogmes. Voyez encore, . outre les ouvrages déjà cités dans cette étude et les monographies indiqué»'sdans les articles concernant chaque théosojdio en particulier : sur 1 Orient, Tholuck, S'^ufismua sive t/iensop/u'a Pcrsnrnm panthnislica, Berlin, 18:21 ; Silvestre de Sacy, Journal des savants, an. 1821 et 1822; fe* ouvrages sur la cabale : Fùrst, Die jûdische Iteligiomphilosophte ^ HiiftelalterSy Leip., 1815; l'ouvrage de Molitor, Philosophie der Ge- '
TIIKÛSOIMIIE — THEIIAPEUTES
schic/itr oder iiber die Tmdihony Munster, 1827, s'occupe beaucoup de la cabale nt <lo son iiinnenco; Baur, Dif rhristlirhe </nr)v/.<?. p. 10, 45, 17, 24 ss. Sur los tht'osoplios <lr la Hoiiaissance et leurs siicTesseurs, voy. M. Carrière, iJin pUilosophàrhe \\ ''llans' hautifj der /i e format ionsieit in tkren Beziehungen zur Gegcnwart, 18i7 ; Hixner uiid Siber, Le •ben u, loArmemungen herûAmter Pkjfiiktr dn 16 ». -17 Jahfkmdêrts 4629; Rocholl, Bntrmge zu einer Getehiehte deulÊeher TkeotùpMe, mit èesonderrer Ilftchicht au f M olitor*9 Philosophie d*r Qttekichle^ 18S6; 'SigWBrt, hloine Se/uiflMt £rste Reihe, 1881, i^tudes sur la Ronaistance, entre autres sur Agrippa de Nettesheim et sur Paracelse ; A. Prost, Les sciences et les arts occulfe.s au seizième sif'clc (Corneille Agrippa', 2 vol., 1881 ; l'artich' assez confus de J,-P. Lanpe dans V EncyclofH'die de lierzog; rarlicle très superficiel et in^ullisanl de Mattes dunsleXext* que §eeiitia8tiqi4e (cathol.) deWetser etWelte; Ldbeck, De 9tmieroee$m0f Regiomont, 1827. — ^Voy. enfin Hamberger, Gottwidteine 'Ùffîuiùarungen in iVatur und Geschichte^ 1830 ; Stànmen ans dem Heiliff" tàum der christlichen Myitik u. Thensnphic^ 1857; Delitzsch, System dp.r hihlisrhf^n Psjicliolnrjie . 1855 : 2" édit., 1861 ; Rocholl, Dei' li'^al prx- Aetiz, 1875; Danii 1 , !>><' litvh'utunfi der matenellen Leiblichkcit im [Weltplatie GoUts, fine /n'ierudoie Studie, 1881. P. Lobstkin.
THERAPEUTES. Le trait<^ De la oie contemplative ou Des vertus des suppliants (m^l ^to3 Om)P(T.xc. j txsTuv àf itûv) (eo latin : De vifà eontemplatipâ), traité attribué à Philon, et que nous irouTons dans le reeucA de les œuvres, est eonsaeré à la description d*nne secte de solitaires das daux sens qui auraient eu leur conimunauté principale en Egypt<^, sur nn»^ colline près d'Alexandrie et au bord d'un certain lac Maria. L'auteur donne aux liomines le nom de thérapeutes {(-izzr-rvj'r-n) nux femmes celui de tln-rapeutides (HEûarsjTtÔeç^ Voici un ré<unn^ succinct •des détails dans lesquels il entre : L#*'s ihenipeules, à l'enronlre des -ewéniens (voy. ce mot), ne se livrent à aucun travail, et, en cela, ils loi paraissent bien supérieurs. Leur vie est purement contemplative. Ds diff&rent aussi des esséniens en ce. qu'ils font vora de pauvreté. Les eeséniens versaient leurs fonds dans la caisse commune, les thérapeutes It's laissent à leurs parents; car ils font de la pauvreté un mérite et ne vivent que d'aumônes. Du reste, ils ont tout abandonné en cinbrassant la vie uionacîile : fenune, enfants, trèn s. sonirs, ])ère, ni^re, parents, et ne cherchent que la solitude. 11 faut remarquer ausJ^i qu'il n*y avait point de communautés de femmes parmi les esséniens. Pour le reste, les deux sectes se ressemblent. Les thérapeutes portent des vêtements blancs, et prennent leurs repas en commun ; la place qu'ils y •occupent est réglée par la date de leur entrée au couvent. -Ces repas .aommenrent par la prière et le chant d'un cantique, ensuite un silence absolu est oliservé. La nourriture est très simple, exclusivement composée de légumes, car les thérapeutes font du jeûne et de l'abstinence une vertu. La virginité aussi est ;\ leurs yeux un mérite, et le célibat est, parmi eux, obligatoire. Ils observent le sabbat, •et le septième jour, tous se réunissent, hommes et femmes, pour célébrer le culte. Chaque couvent possède, dans ce but, une chapelle appelée monastère ou temnée