THIBET
dans celte histoire «le la propapilion du lioiiddhisme au Tliibet. Les conquêtes de (Jeiigis-Kliaii donnt'reiit un grand éclat uu iaïuaisnie, à. cause de l'adhésion des Mongols a ce système religieux ; Sa-skya Pandifa et son neveu Phags-pa, appelé par les Chinois Pa-sse-pa, obtinrent un rangéminent sous la dynastie mongole, et le couventde Sa-skya dont ils étaient sortis eut alors la primauté. Mais cette érole laissa se développer ou plutôt encouragea de irraves abus, le nt'ptttismo et même |p mariage des ujoinos ; ce ijui amena, à la fin du ijuatorzième siècle, la rélurmo de T<«)n;^-klia-pa. î^e souvenir de ce personnage est vivant dans le monasli re «le Kun-bum, situé prèsdu lac Hleu. au nord-estdu Thibet, et dans la cour duquel un arbre vénérable, dont chaque leuille porte, dii-on, la figure d'une lettre tbibétaine, naquit de la chevelure du réformateur, lorsque sa mère lui coupa les cheveux à Tige de trois ans pour en faire un moine. Tsong-kha-pa restaura la discipline, rétablit le célibat des moines, fit disparaître les enchantements, les tours de force, les opérations magiques «jui étaient en voirne de son temps. T^cs urands et inllucnts monastères du Tliihet datent de lui, aussi bien <[ue le pontitical thibétain, unique au monde. Son école, qui est restée prédominante, porte le nom de secte de la mitre jaune; l'école adverse ou ancieuue éfule est la secte de la mitre rouge ; elle est presque nulle au Thibet, mais prédominante au Boutan. Le pontificat thibétain ne ta% pas constitué en un jour; il se fonda lentement. Il est double, étant composé de deux sièges dont l'un, établi à Lha-sa, dans la province de Dvu, est oe> cupé par le Dalay-lama, qui réside au monastère de (ialdan,sur le mont Potala, l'autre, établi àDigartcbi, dfins la province de Tsang, est occupé par le Pan-tclio-rin-po-tclie, .jui réside, au nutnaslère de Ta-shi-lun-po. Ces deux dignitaires sont egau.x eu droits; cependant, le Dalay-lama est le plus considéré. 11 est probable qu'il y eut entre eux une rivalité, presque une lutte, dans la première moitié du dix-septième siècle. Le pontificat thibétain lui-même faillit disparaître dans cette erise. Il fut sauvé parles Mongols. Ce peuple, après la destruction de Tempire gengiskhanide, avait perdu le bouddhisme; mais il l'avait recouvré depuis la réforme de Tsong-klia-pa. î.,es tribus établies près du lac lileu vinreii! au secours du pontife de Llia-sa en détresse et assurèrent poin' longtemps sa domination. Le titre de Dalay-lama est un souvenir de l interventiou des Mongtds, dalay étant le nom de l'océan dans leur langue. Dalaylama signifie « lama océan ; » pan-tche-rin-po-tche signifie «joyau des savants. » Ces termes, empruntés à la phraséologie indienne, sont les noms des deux grands pontifes thibétains. Malgré la vénération qu'ils ont pour ces deux dignataires, surtout pour le Dalay-lama. les Mongols voulurent avoir un pontife à eux. et ils instituèrent chez les Khalkas, au (îrand Konren, celui (jui j»ot te le titre de 7j'ie-/>tsuii-dam-pa-T;^ranàtba |e très honorable et bon Tàranàtlia . iloiii le nom a été travesti par les voyageurs »'n Guisontaujpa. La révolution qui donna au poimlicat laniaïque sa constitution définitive coïncide avec la conquête de la Chine par les Mandchoux. La nouvelle dynastie sanctionna Tétat de choses existant, moyennant quelques marques de déférence de la part des hauts dignitaires thibétains ; mais elle s'arrangea pour avoir la haute main
TIUBETT
dans .la directiou des afTaircs du pays. La Chine, de son côté, a subi l'inflnence du système thibétain, et le pontificat lamalque est représenté à Péking par trois dignitaires, dont l*un porte le titre de Tchang-teha
(saule blanc), le second celui de Galdan (joyeux). —II. Doctrine, La. eolleciion des textes sacrés du Thibet, traduits pros(iue tous du sanskrit, porte le nom de Kandjour (/?ka/<-/fgyur, traduction du commandement). Il y a h'u i), dans le recueil appelé Tandjour (^stan-Apyur, traduction de leoseignenienl), beaucoup de commentaires des livres religieux, mais le Kandjour est bien le canon sacré. 11 compte 100 volumes et est divisé en 7 parties : le Dul<^ (discipline), le ÇeMchin (sdence transcendante, métaphysique), le ifdo (sûtra), dont les sections intitulées Phal-chen (grande assenibléi ), Kon-tsegs (amas de joyaux), Myang-Adas(Nirvàoa) no sont en réalité que des portions détachées ; enfin le Tuntra, section toute spéciale, propre au bouddhisme thibétain. On trouve dans le Kandjour ce qui se trouve partout dans les livres bouddhiques, la vie de Çâkyamuni et les ciu(j grandes théories qu'on lui attribue, savoir : 1<* les quatre vérités (la douleur, la cause de la douleur, rextinction de cette cause, la voie qui mène à cette extinction) ; 2*> renchainement mutuel des douce causes et effets dont le terme initial est Tignorance, dont le terme final est la YieiUesse et la mort ; 3<> la Bodhi, qui supprime la pretuièredes causes et par suite tous les effols qui en découlent; 4° le Nirvàna, qui est le résultat de la Bodhi et l'atTranchissement de l'existence; S*' le \ idp (ÇunyatA) où se perd l'exisU nce individuelle. Les théories qu'on trouve dans le Kandjour seulement ?ont : 1° celle des Bodhisattvas; 2° celle des Buddhas de l aveuir; 3** celle des Dhyàni-Buddhas ; 40 celle de l'Adi-Buddha ; 5"" le Çivaïsme. — t'u mot sur chacune d'elles: 1* Bodhisattva (qui a en soi l'essence de la Bodhi) est le titre des ftiturs Bnddhas. n est constamment question dans le Kandjour de cette classe d'étns. soit qu'on les désigne individuellement par leurs noms, soit qu'oD les représente comme formant de grandes assemblées. Les Bodhisaltvas cités le plus souvent sont Avalokitervara'et Mandjucrî; Avalokitecvara (en thibétain Tchanrezi) est le patnn du Thibet; il est célèbre par sa cuuipa>sion ; ou raconte qu'il s'est rendu spontanément dans les enfers uhn d'y soutfrir avec les damnés et à leur place. Manjucrl est renommé pour son éloquence et sa sagesse ; il est question aussi de ses tnosforojations. Le lamaïsme a fait passer dans la pratique la théorie des Bodhisattvas : le Dalay-lama n*est autre qu'Avalokiteçvara renaisnot perpétuellement; le Pan-tche-rin-po-tché est Manjuçri. Il y a dans le lamaïsme tout" une série de dignitaires qui ne sont que des Bodhisattvas.— 2« Buddhas de l'avenir. Ce> Buddhas sont, en réalité, des Bodiiiïattvas ; mais ils font bande à j)art. Il y a mille Buddhas qui doivent remplir l'âge actuel du monde, dit Bhadra-Kaipa (âge heureux); on sait leurs noms et certains détails sur chacun : quatre seulement ont déjà para; le Buddha actuel Çftkyamuni, dont la période est de cinq mille ans, est le quatrième. — 3^ Dhyàni-Buddhas : la multitude des Buddhas ne mffit pas, et ces Buddhas sont trop matériels ; on a imaginé des Buddhas la contemplation (Dhyâni-Buddhas). lesquels sont comme le reflet de la pensée des Buddhas humains, qui sont les vrais Buddhas. Ces Dhàyoi-
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Buddhas sont au nombre de cinq, correspondant aux cinq premiers Buddhas de Tège heureux, les quatre déjà parus et le prochain Buddha Maitreya. Ainitâbha est le Dhyàni-Buddha qui correspond au Buddha actuel et historique Çûkyanmni; c'est là ce qui explique la vénération dont il est l'objet au Tliibet, on Chine et surtout au Japon. — i'^Adi Buddha. A force d»; multiplier les Buddhas et d'eu inventer de fantastiques, les bouddhistes en sont venus à confondre tous ces personnages, qui se ressemblent et sont tous décrits d'une façon uniforme, dans un seul et ujuiquu Buddha primordial, dont tous les Buddhas individuels ne sont que des manifestations. Cette unification est une sorte de tentative monothéiste. — 5' Çivaisme. Le culte de Çiva a été introduit sous sa forme la plus terrible dans le bouddhisme tbibéiain. On y invoque des divinités qui portent les noms de « roi de la colère, » de « redoutable, » de « noir, >» de « buveur de sang ; » on y rond aussi un culte aux « mères, » c'est-à-dire aux énergies, aux forces secrètes et mystérieuses de la nature. De plus, les incantations, les enclianlements, remploi des formules magi<iues y jouent un très grand rôle. C'est daus la dernière partie du Kandjour, le Tsntra, que se trouve expobée cette portion du bouddhisme thibétain qu'on iippelle, parce motif, système «tantrika.» C'est elle qui est le plus en honneur aujourd'hui, en dépit de la réforme de Tsong-klia-pa, parce qu'elle est ni(»ins dogmatique, moins intellectuelle et moins caractérisée, qu elle favorise davantage les cérémonies extérieures, les simagréi s, le formalisme, et qu'elle résulte de la fusion de plusit urs éléments très divers. — \\\. Hiirarcltir. La vie ascétique solitaire et la vie conventuelle, qui en est à la fois la dégéuération et la conséquence, est proprement celle des bouUdliistes. Quelques individus vivent dans le creux des rochers, retranchés de la société; mais l'immense majorité habite des monastères fort nombreux, et dont quelques^s sont peuplés de plusieurs milliers de moines, appelés généralement gelong (<fge-flong), traduction du sanscrit bhixu^ mendiant. Au-dessous des gelongs sont les rfge-lsul, novices, et au-<lessous de ceux-ci les ^fge-gnen, sinipb's laïqu(^s exerunt dans les eouvcnts des fonctions subalternes. Parmi les gelongs, il y a des de<:rés ou dt s fondions diverses. Ainsi on disliugue le katchu, qui connaît bien dix ouvrages dilliciies, le rab- Ichampa (surabondant en science), le tchos-rje (prince de la loi), qui paraissent échelonnés les uns au-dessus des autres. Le pandita (savant, dans les livres sanskrits) et le lotsava (interprète), qu les traiduit en ihibétain, cumulent peut-être ces titres avec d'autres ou forment des catégories à part. Le J/khan-po (sanscrit upadhyàya, professeur) est un haut dignitaire qu'on a comparé aux abbés et même aux évéques. C'est le supérieur d'un couvent et probablement dos couvents les plus iiuportanl» ; les tchos-; je seraient les chefs des couvents secondaires. Le titre de lama est donné à des personnages de différents degrés, généralement à ceux des degrés les plus élevés ; o'est un titre d'honneur. Mais Georgi distingue les lamas élus par leurs oouvents respectifs (/anus eleeti) et les lamas renés {famm renati), qui forment une catégorie toute spéciale. Ce sont, en effet, des Bodhisattvas. On les appelle en Chine Buddhas vivants, en mongol Khubilghan et Uutuktu. Hutuktu, qui répond au san*