‹ Encyclopédie des sciences religieuses;Chapitre 34 sur 158 · L. Fekr · texte numérisé non relu

L. Fekr

THIBET (Statistique' ecc]('siasti(iup). On donne le nom de Tliibet à une vaste région de l'Asie centrale, tributairede l'empire chinois depuis le milieu du quinzième siècle. Celte contrée , la plus élevée de l'Asie, entourée de montagnes et diffieile d'accès, est restée pendant longtemps presque inconnue. Les voyages de l'abbé Hue, de 1847 à 1849, duRnsse- Prjevalsky en 1872-1873, et de quelques autres ont donné en Europe une idée plus exacte, quoique encore incomplète de ce pays et de ses habitants. Sa population parait s'élever à 6 ou 7,()0(),()0() d habitants : mais ces chitlres ne reposent que sur des évaluations très peu sûres. Le bouddhisme est la religion nationale du Thibet (voyez l'article précédent). Le Thibet est le siège et le centre du pouvoir du grand lama ou Dalal-Lama, qui réside à Lhassa, la capitale du pays. Les pr^res bouddhistes du Thibet prennent le nom de lamas. Ils forment une vaste hiérarchie organisée au sommet de laquelle figure le Dalaï-Lama. Celui-ci est moins un souverain pontifS» qu'un véritable dieu, incarnation vivante du Bouddha. Aussi le grand lama ne meurt-il pas. Lorsque l'âme quitte le corps qu'elle habitait, elle s'incarne aussitôt dans un enfant qu'après de longues recherches le corps des prêtres finit par reconnaître à certains signes fixés, et qui est alors élevé dans le templepalais, qui doit lui servir de résidence, aux euvirous de Lhassa. Depuis un certain temps, du reste, le gouvernement chinois a pris l'habitude d'exercer une influence décisive sur le choix des nouveaux Dalal-Lamas et d'assurer cette situation à des hommes dont il n'a pas à redouter Pactioa poliiiqup. — L'organisation de la hiérarchie lamaïque. telle qu'elle s'est développée au Thibet depuis le treizième siècle présente une surprenante anal(»gie avec la hiérarchie catholique, dont elle est comme la caricature. Le Dalaï-I^ina est assisté de patriarches, auxquels estconlié le gouverne- Dienl des provinces de sou empire spirituel. Pour l'assister, il a à cùtéde lui un conseil de lamas supérieurs auquel est confiée rélectioo de son Bucoesseur. Les couvents de moines et de religieuses tfennent une place importante dans les institutions du lamaïsme, et même plusieurs rites

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da culte rappellent beaucoup los usages catholiques. Plusieurs autenrs croient devoir chercher l'origine de ces anomalies dans les rapports que le^ missionnaires catholiques eurent ii plusieurs reprises avec les khans tar tares, à partir du treizième siècle, mais cette influence du cultecatholique •or les imttkiitioiis «t lei rites du lamàlsme est loin d'être démontrée. — Voyes Hae, Somemr d'un voyageÀamla TVirtorte, 3 vol. I8S0; nouv. édit., f860;Desgadias, NoU tw ie Thibetf dansleBulIetiu de la Société degéographie, mai 1875, etc. E. Vaucher.

THIETMAR (Ditmar ou Dithmar\ chroniqueur allemand, m' avant 976, était tils du comte Sigefrid de Walbeck. Il devint en {002 prieur du couvent de Wulbek, et en \0(YJ év<H(ue de Mer?el)ourg. Il ?e distingua par sa piété comme par sa science. Il mourut en 1018 ou lOlî). Il écrilitde 1012 à 1018 une chronique qui est une des sources les plus importantes pour l'histoire des empereurs de la maison de Saxe. Elle a été éditée par Lappenberg dans les Momimenta Gtrmamm, III, 733^1 ; cf. Wattenbach, Deuttchlands Geschichtsquellen, 4« éd., I, 2H8-2M.

THUO (Jean-Charles), célèbre théologien, né en 1794 à Langensalaa, cnThuringe, mort.\ Halle en 1833. Elevé ;\ rexcellmte école de Schulpforta, il y puisa le goût des fortes études philologiques qu'il poursuivit avec succès à L<Mpzig et à Halle. Depuis 1819,11 professa àcette denaière université jusqu'à sa mort. Egalement versé dans les écrivains de Tantiqûté dassi^e et chrétienne , il s'occupa avec prédilection de recherches lelatiTes à la littérature apocryphe. 11 commença en 1883 la publication de son Codex opocryphvmN, T., e libn» editii et mu. coUeeiuSt reeenutianotisque et prattgcmmiS» iiimiraiu»f consacré aux évangiles apocryphes. Thilo ne publia malheureusement que des études fragmentaires sur les actes des npAtres. les épltres et les apocalypses apocryphes: Acfa npn^t. Pétri et Pauli { I H38) : Art a apost. Andreœ et Matthisp (1846) ; Fragmenta actuum s. Juhannis ^1847). Il laissa aussi inachevé son dernier grand ouvrage» BibUotikeea patrum Grmcorum dogmaiieat dont un seul volume, S- AtkanasH opéra dopnatica ideeia, Leipz., 1853, a paru.

THOLOGK (Frédéric-Âuguste-Gottreu), l'un des représentants les plus éminents de la théologie de la conciliation ( Vermtttlungstheohyie), né à Breslau en 1799, mort à Halle en 1877. Il fit ses études théologiques à Berhn. où il subit l'influence de Neamier et des cercles piétisles qui choyaient;! l'envi ce jeune homme, doué de tant'd'esprit et d'une irnagiuatiun si vive. Protégé en haut lieu, il fut appelé à l'université de Halle eo 18i6, avec la mission d'y combattre l'action du rationalisme. Par ses nenubreiix ouvrages, par ses cours, mais surtout par le contact de sa personnalité, pleine de vie, de firatcbeur et d*expansive bonté, même dans sa verte vieillesse, il s'acquitta heureusement de sa tâche et groupa • autour de lui un nombre considérable d'étudiants. Mais s'il avait, plus qu'aucun autre, le don d'attirer les esprits, de les stimuler, il n'avait pas

celui de les fi.xer, de les satisfaire. Nature esseiitieib'inent souple et

mobile, babile à s'assimiler toutes les tendances théologiques, sans se

nttsflher avec une ferme conviction à aucune, il manque complètement puissance créatrice. — Ge que nous relevons surtout chez Tholuck,

(^«irtedue et rélastidté de son esprit. U sait s'attacher à tout les

m THOLUGK

intér(^ts do la scienco et de la vie et les exploiter au profit do la religion. Ses CDinKiissances dans tous les domaines du savoir liumain sont ôtunnammcnt nombreuses. Ilieu de plus intéressant que les détails si riches et si pittoresques que renferment ses ouvrages historiques ; il aceumule les citations empruntées aux auteurs sacrés et profanes» mais sa pensée manque de suite et de profondeur. .Tholuck est essentiellement édeetique, avec une pointe de romantismo. Il ne se soucie pas dVtre ortho» (loxe; on dirait qu'il craint moins d»' n'être pas d'aecord avec l Ecriture ou avec les livres symboliques que de heurter l'esprit philosophique du temps. Supranaturaliste modôiv ot conciliant, il insiste sur la nécessité de l'expérience personnelle; rénovateur du piétisme, il s'applique à en élargir la base et à en étendre les horizons. II rappelle que le christianisme est airamt tout un principe nouveau de vie et que la vie se démontre par elle-même. Aimer Christ vaut mieux qu*étre savant, car c*est entrer en contact direct avec la source même de la vérité. Tholuck peut ^Ire appelé le père du piétisme moderne : il possède au plus haut degré le don d'édifier et d'intéresser au point de vue spirituel tous ceux qu'il approche. — .Apulogisio do la foi vis-;"i-vis du rationalisme dont il est l'adversaire «léclaré, Tliohick se complaît à en dévoiler les faiblesses par une foule d'anecdotes piquantes. Ses ouvrages apologétiques, tels que la Doctrine du pécheur et du rédempteur (1822), les Lettrée de Guùh et de Julius (1825), et les Entretiens ntr Us principaux proÔlhnet relijietix du temps (1846). n'ont guère eu que le mérite de l'à-propos. Ils renferment une foule de remarques ingénieuses, justes, élégamment exprimées, mais avec un caract^^e aphoristique très prononcé. Dans ses ouvrages liistori^jucs ^uv V h\sf)nt do la thcnlogie Intheriimno n WiUemberg au (lu:-se/)lif'//i'' siècle {\HTi2], ^ur la \ ie académique au dix-septième siècle (1853-1854), sur lu Vie ecclésiastique au dix-septième siècle (1861, 2 vol.), sur le Hationaiisme (1865), notre auteur met, de même, à nu les misères de l'orthodoxie par une foule de traits frappants habilement rassemblés, de manière à démontrer à Tesprit le plus prévenu que ce siècle, où régnait la doctrine pure, ne brillait i>as préeisément par un déploiement sérieux de vie chrétienne. — Les travaux exégétiques de Tholuck comproimont des Cammenlaires sur l'/ypilrc aux /iomains ()82i^. sur los l^sdujurs (I8i'{). sur V Ei^nurjHe srlon saint Jean (1H44, 1" édit., 1857 1, sur \ E pitre aux Hébreux (1850), avec un appendice contenant une exposition systématique du dogme de la rédemption, une interprétation philosophico-tbéologique du Sermon de ta montagne{i9JIS)ei une étude sur la Crédiàilitéde l' histoire éwmgélique{iH31)f dirigée contre la Vie de Jésus de Strauss dont il relève avec bonheur le côté faible, savoir l'absence de recherches critiques sur l'origine des évangiles. Nous devons aussi citer doux articles fort remarqués sur la iJoctrinr di' iinspiralion de 1' /écriture (]i\n^ la /f''rurallc}ii.ptii<rl(i science chrét. (1850, n"* 4i-44), qu'il restreint aux vérités relatives au salut, sans pourtant qu'il soit possible de tracc^ une ligne de démarcation précise entre ce qui est fondamental dans la Bible et ce qui n'est que secondaire. Dans une étude apologétique sur les Prophètes \i960)^ Tholuck, tout en admettant l'origine surnaturelle de la prophétie, montre qu'elle

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s>5t sen'ie de moyens parfaitement adaptés à la nature humaine et approprit's ;ui\ individualités qui devaient on être les instruments. Elle s'pM tnuluito sous la forum d'iuiar't s ou <1 ensoignenionts, suivant <|un la révélation divine avait été ou plastique (vision) ou phonétique (parolo); elle se disting^ue de la simple extase en ce qu'elle est toujours accompagnée de réfl^ion et laisse après eUe un souvenir distinet. Toutes les frophéties se rapportent à rétablissement du royaume de Dieu dans le inonde; cet établissement n'a été prédit que dans ses traits essentiels, jans ceux dont Tintelligence était utile au dévoleppement religieux des cmil'Mnporains des propht'fes : auruno prédiction n'a été faite en vue de la pjjilérité. Dans un autre opn<;oiilc /'.l. /'. dans le IS'. T., 1860), Tho- Inck Imite df^ l'interprétation (jue les ailleurs du Nouveau Testament ont dnanét; de 1 Ancien dans les passages qu'ils citent. Ces citations sont bites d'après la version souvent fautive des Septante; les auteurs sacrés ne craignent pas de négliger le sens littéral et de (aire usage de Tinterpréiation allégorique. Tholuek n*hésite pas à dire qu'en ce qui concerne le sens grammatical, nous comprenons mieux l'Ancien Testament que les apôtres, et que l'exégèse scientifique, loin d'avoir nui à l'exégèse reliirieusp; l'a au contraire servie et pleinement justifiée. La seconde nioitié (jp cet opuscule est cnnsacrér i\ une analyse fort bien faite de ridf.'e du sacrihce et du sacerdoce dans l'ancienne alliance, comparée à cette même idée dans la nouvelle alliance. Nous ne terminerons pas cette nomenclature des ouvrages de Tholuek, sans citer ses écrits ascétiques qui «ont peut-étre ce qu'A nous a laissé de meilleur : plusieurs recueils ItStrmOMt des Heures de reeuHllement ( IHiO), un traité sur VFxOu^ ttment des prière» (187S) et une Atuhnlor/ie di's ouvrages mystiques de rOnptif (IS^.")) —-NWzla Vie f/r T/ioluck, [nir Kivhler, Halle, i877; Sdiwarz. Zur Gesch. der nmest, TAeoi., 4« édit., Leipz., 1869» P- \W ss. F. LicuTi: .Nnhfc;tu;Kn.

THOMAS, «:*(.);xi;,apùtre de Jésus Matth. X, :i ; Marc 111. !«;Luc, VI, 15; Actes I, 13), surnomuié Didyme (jumeau), probablement originaire de la Galilée (Jean XXI, 3). Son caractère paraît avoir été vif, prompt, irréfléchi (Jean XI, 16; XIY, 5; XX, 28). Il éUit bien plutdt un positiviste qn*un sceptique, et la tradition ecclésiastique s*est trompée en en faisant Iptype du douleur. D'après la légende, Thomas prêcha TKvangile chei If- l' irthes (KusM)p, fîisf. ecrl.,',\, | ; Socrate, 1, lî); ftecoijnit. cletn^nt., 19, :29) et fut enseveli a Edesse lUilin, J/ist. eccl., :2, 5). Plus tard, on le lit même voyager en Inde {(in'^i;. de Naz., Orat . 25: Amhroise, InPsaim., 45, 10; Jérôme, /:'/>., 148y et y trouver la mort du martyr, •pris avoir baptisé les mages qui avaient aîdoré le Sauveur dans Tétable. Les chrétiens de la Syrie qui habitaient Tlnde regardaient Thomas comme le fondateur de leur Eglise (chrétiens de saint Thomas). Dans les écrits des Pères, il est fait mention d'un Evangelium seeundum Thomnm et d'Aria Thomx ; les fragnients que l'on a trouvés sous ce nom ont été réunis par Thilo [Codex apocr.IV.-T., 1, 275 ss.). — Voyez Nieiueyer, Charakter., I, 108 ss. ; Asseniani, Bibl. orient., 111, 435 ss.; Riller, jÈV^/A-unrftf, V, l,G06s9. ; Augusti, Dcnkwurdujk., III, 219 ss.

TIMU8 D'AdUIN (Saint), célèbre théologien et philosophe du moyen

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âge, naquit en 12:27 au chAtnau ào Uocca-Sccca. prôs de la ville (l'Aquino, dans le royaume de Naples. Issu de la famille illustre et ancienne des comtes d'Aquino, il n'-sista à l'ambition des siens qui rêvaient pour lui une brillante carrière dans le monde, fit ses premiftrâs études chef les religieux du Mont^Gassin et entra dans Tordre des dominicains. Il étudia sous Albert le Grand à Cologne, suivit son maître à Paris et prit, dans rUniversité de cette ville, le bonnet de doeteur (1257). Son enseignement el ses prédications eurent le plus grand retentissement. Saint Louis, qui l'estimait non moins pour son entente des afTairps ixiiitiques que pour sa piélé et sa science, le consulta parfois el l'adinii souvent à sa table. Il enseigna tour à tour à Rome, à Bologne, à Naples. Il mourut le 6 mars 1274, à l'abbaye de Fossa- Nuova, près de Terracine, au moment où il allait se rendre au ooneile général de Lyon. Plusieurs papes, Innocent lY, Urbain IV, Clément IV, Grégoire X, lui ofRnrent les plus hautes dignités de l'Eglise, mais il les refusa toujours, se contentant dans son ordre du titre de definitor, é(iuivalant à peu près à celui de professeur. Il fut canonisé sous Je ponliiicat de Jean XXII, en 1323. — Le système théolo|^ique de Thomas d Aquin est l'expression scientifujuc de la conscience religieuse de TEglise catholique au moyeu âge. Ce système, le Docteur universel (appelé aussi Dœtor ongeHeus, VAnge deVSeole) Texposa dans trois ouvrages prindpaux. Le Commentaire wr le$ Senieneee de Pierre lombard ne permet pas d'embrasser, dans son ensemble et dans son enchaînement méthodique, l'organisme du système, mais il en renferme les éléments essentiels. 2" La Sitmma catholiciv fîder contra gentiles est un ouvrage à I;i l'ois poléuiifjue et apologétique, destiné à prouver la vérité de la toi ciilholique et h réfuter les erreurs contraires {propositum est ventatem quam /ides catliolica profitetur manifestare erreree eiimùiando eantrarioi), Ponroombattre des adversaires tels que les musulmans et les païens, qui récusent l'autorité de rBcriture et de TEgiisc, Thomas prend son point de départ et sa base d'opération dans les données de la raison naturelle et dans les vérités accessibles à l'in* telligencc de l'homme déchu; de là il cherche à s'élever jusqu'au point où les lumières naturelles ne sauraient suflire et où riioMune. convaincu de la nécnssité d'une révélation surnaturelle, est prêt à amener captive ^a pensée pour la soumettre à l'obéissance du Christ et de sou Eglise. Cette conception de rinsuffisance de la raison naturelle et de la nécessité d*une révélation positive fournit à Thomas d'Aquin la division de son ouvrage : la première partie, qui comprend les trois premiers livres, traite des vérités accessibles à la raison sans le secours d'une révélation surnaturelle, veriffitea perviiv ; la seconde partie, qui se compose du quatrième livre, roule sur les vérités dépassant la poitée de la raison naturt'Ile et révélées à l'hunianilé par le christianisme, in-ftates ratiunem cxcedentes^ veritales im/jervi<e, mysteria, '6° La Suriima tolius theoiogiœ tn fret partes dûtributa est le chefnl'œuvre de la science théologique et philosophique du moyen âge. A la fois lucide et compliquée, subtile et profonde, remontant aux principes les plus élevés et les poursuivant dans leurs conséquences les plus lointaines, saisissant

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l'ensemble et analysant les détails, la S'unmc ào Thomas d'Atjuin est le plus vigoureux effort de la dialectique s'exerçant sur la doctrine officielle de l'Eglise. Voici en «[indiques mots la marche suivie par l'auteur. L'objet suprèaie de toute couuaissancc, la vérité primordiale et finale, e'est Dian. Connaître Dieu, tel est le but de la théologie {principaKs mtentio taerse doetrvm Dei eognùûmem iradere) ; mais 8*11 importe de connaître Dieu tel qtt*il est en lui-même, il &nt ausai que nous le connaissioas dans ses rapporta avec ses œuvres et avee nous-mêmes : Dieu, saisi dans son essence et ses attributs; l'homme, créé à l'image de Dieu et aspirant à s'élever à lui; Jésus-Christ nous ramenant à Dieu p.ir les moyens de grâce {Eglise et sacrements) institués pour sauver l'humanité déchue, voilà le contenu des trois livres de la Summa theologix {primo tractabtmus de Deo^ secundo de motu ralionalis creaturx {mprimii hommù) in Ikum, tertio de Ckmto^ qui, seeundum quod MO, ma ett nobit tendendi m Deum), Bien que le chef-d'œuvre de Thomas d'Aquin soit resté iaachevé, il estfiidle d'en saisir l'imposante grandeur et la forte et profonde unité : encyclopédie des principales sciences connues et cultivées, physique, éthique, psychologie, logique, métaphysique, la Somme du grand docteur ram?'ne tous les éléments delà connaissance humaine au principe souverain que lui fournit l'autorité incontestée de l'Eglise. Il ne saurait rentrer dans les limites de cet article d'exposer en détail la théologie de Thomas d*Âquin. Nous BOBS bomeroos à en esquisser les caractères distinctifs, en renvoyant à Tartiele Seoheiique^ où Ton trouvera notamment de plus amples ren« Migaameots sur les rapports du thomisme et du scotisme. — Thomas d'Aqoin procède à la fois d'Axistote et de saint Augustin. Sa spéculation au ser\ice de l'Eglise aspire à établir la conformité parfaite du •dogme catholique et de la doctrine péripatéticienne. La terminologie philosophique de Thomas est presque exclusivement empruntée à Âristote et revêtue d'une forme néo-latine, longtemps dominante dans \m éeoles etdont dérive en partie notre langage philosophique moderne. Relevons sommairemeot les points qui intéressent plus particulièrement la théologie et la spéculation cbiétiennes. Sur la question des univnsauz, si ardemment débattue au moyen Age. Thomas professe un réalisme mitigé qui s'inspire d'Arislote et do Hni'cf (S"in., I, (}u. 15, art. ! :>; qu. 44, art. 3, Opusc. 55 et 56 /Je universu/i/jus : qutnl univertale est in inuldsy et unum pnelcr tnulta... nniversnlr dum iiitelligilur, iwjulare dum scntitur). La doctrine thomiste de Dieu est empreinte d'un déterminisme qui aboutirait rigoureusement à un panthéisme nataialiste, si l'on en déduisait les conséquences logiques : cette notion de Dieu, en effet, repose sur des prémisses empruntées à saint Augustin et à Denys TAréopagite, prémisses qui reproduisent en dernière analyse les principes de la spéculation néoplatonicienne. Dieu est l'être dos êtres, l'être suprême et absolu, substance de tout phénomène, fond immanent des choses, qui toutes subsistent par lui et en lui; il est la substance absolue, dans laquelle l'être, la volonté et l'intelligence sont identiques [Sum.^ I, qu. 14, art. 4 ; qu. i9, art. 1 : idem in Veo intelliftnetem, velle et ette; koe Deo ett eue qttod inteiligere; e/us veiie

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est suum esse). Colio. iiotinn d'une siihsl.inc*' (■toriiplle et universelle se résoudrait linaleineut en une négation pure, connue chez Denys l'Aréopagite et Scot Erigène ; mais Thomas échappe à cette conséquence et corrige sa première définition en y ajoutant la conception aristotélicienne de Vaeius purus, sans toutefois concilier ce double ordre de conceptions dans une synthèse supérieure. Rien de plus difficilo que d'accorder une pareille idée de Dieu avec le dogme officiel .1*- la Trinité; malgré tou» les elFurfs de Thomas, il ne lui est pas possible d'arriver h une distinction réelle entre les trois personnes de la Divinité; l'analogie psychologique qu'il emprunte à Auj;usfin entre les facultés de Tanie {mefnoria, intelligentia, voluntas) et les personnes divines est absolument insuflisante : la contradiction entre les prémisses bibliques du dogme trinitaire et les principes philosophiques de la théologie thomiste est irréductible. Thomas d'Aquin n'a pas fait faire un seul pas à la christologie ecclésiastique, dont il a simplement développé les formules. Il est plus intéressant de Voir comment il s'exprime au sujet du (lo>i;me de la rédemption. --—Il abandonne l'idée essentielle qui fait le nerfdf la théorie d'Anselme, c est-à-dire la nécessité loifi(jue et métaphysique de la satisfaction réalisée par l'Homme-Dieu ^Smn., III, qu. 46, art. l-3i ; il enseigne seulement que le mode de la rédemption opérée par Christ a été le mieux approprié, le plus convenable (eonvementius)\ il relève, en outre, le côté éthique de lœuvre de Christ en insistant sur Tacte volontaire de son sacrifice {obedientia ommàus sacrificiis anlefertur, et ita eanveniens fuit ut sucrificium passtonis et movtis Christi ex obedientia procederet); enfin il enlève à la doctrine de la rédemption le caractère de transcendance et d'objectivité absolue (bmt l'avait revêtue .\nselme, et il comble labirae qui sépare riiumanilé et le Sauveur eii développant la notion féconde et profonde de la solidarité qui uuit Christ et son Eglise, le chef et les membres {Sum.,m, qu. 8, art. i et 3 : Titta ecclesia, qux est mystieum corpus Christi, computatw qvasi ûha persona cum eapite, çttod est Christus,,, quia ipse est caput nostrum, per passionem suam^ fj'inm px caritate et obedientia sustinuit, libcravit nos tanquam membra sua (i pncraih quasi per prethim suie passi'nuis). La satisfaction acquise par Jésus-Glirist n'est pas seulement siiflisante, elle est plus que suffisaute, elle est supura/jutu/ans : les mérilfs infinis du Uéilcm pleur n't^nt pas besoin d'être complétés par un acte de la volonté de Dieu, acceptant en vertu de sa gréce lesacrillce de Jésus, dont la perfection et l'eflicacité ne dépendraient ainsi que du bon plaisir divin (c'est cequ'enseigneDuns Scot : Stitisfactio seeundam aeeeptationem gratuùatn]. — Le salut se réalise dans l'homme par Tintenuédiaire des moyens de grâce que Dieu a confiés ;\ rE|:lise. La réalisation subjective du salut est conçue par Thomas d une laron extérieure, conforme au dualisme snpranaturaliste de son système reli;.Mfux et aux jiréoccupations hiérarchi(|iies de son Eglise. Sans doute, il se rapproche plus iju.' Duns Scot de saint Augustin, dont il reproduit les principales propositions sur la chute, sur le libre arbitre, sur la grâce {Sum., II, 1, 82-85. i(NMl i) ; mais le pélagianisme qui s'était introduit depuis longtemps dans la pratique de l'Eglise, réagit à tout moment contre le déterminisme augustinien de Thomas : cette

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contradiction éclate surtout dans la doctrine des différents genres de nnîrite, de la foi et des œuvres, des coniniaudeiuents formels de la loi et des conseils facultatife de l'Evangile {Sum., II, i, qu. il4. 113; II, 2, qu. M; n, 1» qu. 108). — C'est surtout la doctrine des sacrements que Hioums a élaborée avec un soin particulier, si bien que la plupart de ses propoditions sont devenues des éléments intégrants du dogme catholique. La théorie de Thomas d'Aiinin n'est d'ailleurs elle-même le plus souvent que la justilicatiou théologiijue de la pratique régnante, et il n'a fait qu't'lever à la hauteur de principes (iogniatiijues les usages adoptés par l'Eglise de son temps : il ajoute de nouveaux arguments à ceux que Pierre Lombard avait (ait valoir pour fixer le nombre des sept sacrements ; U définit refBcadté des sacrements et le rapport de Télément surnaturel et du signe visible de manière à assurer le caractère sévèrement objectif et transcendant des institutions de l'Eglise {Sum. III, qu. Gl-63); il imagine la doctrine de la concomitance pour justifier le refus du calice aux laïques iSum., III, qu. 76, art. 2 : Licff suh specte panis corpus Chrisli et suh spncio vint sanguis ex vl sacranioiti tdntum rontineatur^ sub utraque tamt'n spccie ex reali nnicornitaniia lolum CItristuin conflaeri ceriissima fide lenendum est); il relève l'idée fondamentale de la messe bien que sur ce point sa pensée n*ait pas encore toute la vigueur dogoiatique qui caractérisera cette doctrine plus tard [Sum, III, qn. 83 ; Pnprium est Atde taeromento, quod in ejut eehàratkme Christus immoletur..., huj us sacramenti célébra tio imago quxdamettpatBionis Christi); il développe la doctrine de la pénitence dans un sens essentiellement hiérarchique, en insistant sur la nécessité delà confession {Stan., III. Suppleni., <|U. 7, art i : Quujn soins sarerdos minislrriuin haOrat supur Chrisd corpus, l'ili stjli fucienda est sncrainenlatis r(tnfcssio) ; il achève la doctrine des indulgences en la fondant sur la théorie du trésor de l'Eglise et de la solidarité des membres du corps de Christ ( Sum„ III, Supplem. qu. 25, art. 1 : Itatia quare vaiere possint mdulffentUg, ett miia$ corporis mysltct) \\ sanctionne de son autorité la doctrine du purgatoire, indissolublement unie à la doctrine des indulgences {Comment in sent. L<>mb.. IV, dist. 21. qu. i). — Thomas d'Aqiiin a eu le mérite d'exposer aussi un système de morale plus complet que ceux de se? devanciers (Sum. theol., pnma et sccunda seru/ulce] ; sa morale, dont les principes sont empruntés à Aristote et à Augustin, est rigide; et si les casuistet l'appellent leur roattre, cet éloge n'est fondé qu'à moitié : ils ne doivent à Thomas que leur méthode» non les subtilités dangereuses ou les maximes relAohées que Pascal a flétries avee tant d'ironie et dVloquence dans ses Provinciales. — Rappelons enfin que Thomas d'Aquin fut l'un des exégètes les plus éminents du moyen âge {Corn, m Jofj., Psalm., Proph.; Calcuo aiirca in Krr. '] : à une époque où l exégèse était entièrement au service de la tradition et où l'imagination se complaisait à découvrir dans les textes sacrés des allégories profondes et mystérieuses, Thomas se distingua par une sobriété relative et il formula lui-même quelques principes d'une justesse qui a lieu d'étonner (5tim., I. qu. l.,art. 10 : Omne» sensus icripturm fmdantur tuper wnm $ensum Uteralem, exquosoh poiest trahi argumentum, non auiem

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