‹ Encyclopédie des sciences religieuses;Chapitre 36 sur 158 · THOMAS D£ JÉSUS · texte numérisé non relu

THOMAS D£ JÉSUS

— TiiOMAS U£MËRKËN

Iwrté, il ne voulut point retourner dans son pays. Sa sœur, Yolande d'Aodnida comtesse de Unarex voulut payer sa rançon, mais le Pàre

Thomas demanda que la somme destinée à cet objet fût employée au rachat de plusieurs de ses compagnons d'exil. Il continua dès lors à se consacrer toujours davantage au soulagement des Plirétiens captifs, s'efforcant de les fortifier dans la fui rt dr les prémunir contre les dangers de l'apostasie. C'est dans l'activité de ce noble niinistère qu'il mourut à Maroc, le 17 avril 1582, à l'âge de 53 ans. Il a laissé un ouvrage qui a été traduit dans presque toutes les langues derBuropef et qull avait éeiit dans son cachot, sans le secours d'aneuD livre par conséquent; jet de sa pensée qu*il fixait sur le papier à la parcimonieuse clarté d'un soupirail. Cet ouvrage intitulé les Souffrances de Jésus ^ est plein d'onction ; c'est un entrelien de l'âme avec celui dont elle médite les travaux et les douleurs; il a été mis en français par le P. G. Alleaume, jésuite, Paris, iG'J5, 2 vol. in-12; 1703, -4 vol. in-12. On le réimprime tous les jours; la librairie Jacques Lecoffre eu adonné une éditign en 1800, S vol, ia-12. — Sources : Vie du Père Thanuu de Jétutt en téte de son line des Smffranee$ de Jétm; le P. Hélyot, Histoire des ordres feUgieux^ t. III. G*està tort que Fabbé Ghaudon, dans son AouoDiet. Aiif., veut distingner Thomas de Jésus de Thomas d'Andrada : ces noms désignent le même persiinriT^-^p. A. Maulvault.

THOMAS HEMERKEN, du A KEMPIS. . élèbre auteur mystique, né en 1379 à Kt'iiipen ( ville du diocèse de C.ologne. entre Crefeld et Venlo»»\ mort eu 1471 aucuuvent de Mont-Sainte- Agnès (près deZwolle, Pays-Bas). — LSa vie. L'année même delà mortdeTauler, naquitThomasàKempis, d'une fiunille d*ottfrier en métaux (sans doute, tourneur sur cuivre), comme l'indique le nom de son père : Aemerken, en latin malleolus, qui signifie « petit marteau. » Demeurant dans une maison qui avait vue sur le cimetière et l'église et élevé par des parents honnêtes et pieux, il manifesta de bonne heure un gnùt i»ron<>nré pour les « choses d'en haut » et, dans sa treizième année, alla rejoindre à \Vinde^heim son frère ainé Jean, qui avait été attiré dans cette contrée par la réputilioo de piété et d'éloquence de Gérard Groote. Sur sa recommandation, il fut accueilli avec bonté par Florent Radevijns, le successeur de Groote à Deventer, qui le logea d'abord chez une noble dame de ses tmies, puis dans sa propre maison, et pourvut à tous les frais de son éducation à l'école des Frères de la vie commune. Pendant les s< ptannées qu'il passa à Deventer, non seulement Thomas apprit la calligraphie, ICxégèse de la sainte Ecriture, la mt)rale ot riioiiiilétique, mais encore il protita des exeniples d'austérité, de travail, de dévouement fraternel donnés par les disciples de Groote u qui vivaient au milieu du siècle sans avoir rien du siècle.» U s'inspira surtout de cette dévotion à la fois lettrée et ascétique dont maître Florent resta à ses yeux le type vën« rable. — Après avoir été gagner les indulgences de Bonifacc IX à Zwolle, et peut-être fait à Trêves un pèlerinage qui lui fournit l'occasioD do revoir ses parents, il se lit recevoir comme novice au monastère de Mont-Sainte- Agnès (^1400) où son frère était devi'nu prieur et il y pro- QoQ^ les vœux de chanoine, couiurmémeut à la règle de Saiut-Au-

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gustin (12 juin 1406). One reçut rordination sacerdotale que six ans plus tard. C'est sans doute dans cette première période de sa vie conventuelle (1400-1412) qu'il commença à écrire les vies de Gérard (3root<\ da maître Florent et des principaux fondateurs de la congrégation de Windesheim, au fur et à mesure do Ipur mort. Son ordination à la prêtrise et la ci^ébration di* sa premiore nn'sse (1412), tirent une tfllf imprf^ssion sur Tliomas, que, «i'aprt'S l'opinion comuiune, il aurait composé cette année même son traité De sacramento altm is (II" livre de VJtfritation). Les trois autres traités similaires : le Qui sequitur me (l'ouvre), le Regnum Dei tntra vos ett (II* livre) et le Audiam quid loqmtur in me (III* livre), ne tardèrent pas à suivre. En 1425, Tiiumble chanoine fut élu sous-prieur du couvent de Sainte-Agnès, et, en cette qualité, spécialement chargé de l'éducation des novices. Il eut alors Toccasion de composer ses Scrmones ad Xovir'fos, son Dialogm novîcmrum de contentptu mundi, qui, par leur niy-tirité pratique et scripturairf, étendirent au loin sa réputation et <( inculiiut'rcnt In j^oùl do la vraie théologie » au jeune Wessel tianseibort. L exil des chanoines de VVindesheim au couvent de Lunekerk, en Frise, à la suite du schisme qui éclata, en 1429, dans le diocèse d'Utreeht, et la mort de son frère bien-aimé Jean (1432), qu'il assista pendant les quatorze derniers mois de sa vie, au couvent des religieuses de Béthanie(près d'Arnhem), furent lesseuls événements qui forcèrent notre solitaire à voyager et à interrompre la vie calme, méditative, laborieuse, tout intérieure, qu'il menait à Sainte-Agn^s. Après avoir cxprrr qut'Iqu*' temps, mais sans succt's, les Ibiictions d'économe {procuratar], <jui ne convenai»^nt pas à sa nature tout idéale, il fut, pour la deuxième t'ois, nommé sous-prieur et se livra de plus belle à ses occupations favorites : la copie des manuscrits, la méditation des saintes Ecritures et des Pères, la prédication fiiroilière (eoUatio) et Thistorique de son ordre. C'est entre les années 1 'io6 et 1404 qu'il publia ses Sermonés ad fratre$. ses Conciones, ses Meditationes, son traité flamand Van gœden Woerden to liooretiftidr to spreken, et son Chronicon rnnonico^ rum requlnriuin Montis Sanctx Agnetis. Thomas Hemerken mourut dans son couvent d'une hydropisic dt's jamlifs. à (juatre-vingt-douze ans (:26 juillet 1471), dans la plénitude do son uclivilé littéraire et calligraphique, et dans les sentiments de foi naïve, de charité et d'humilité évangéliques qui en font le prince des mystiques de Técole hollandaise et l'un des plus grands parmi les disciples de Jésus-Christ de tous les temps. — II. Son caractère et sa doctrine. Le caractèrede notre auteur se dégage assez nettement de sa devise : In omnitm requiem qù.vswi\ et nusquam inveni, ntsi in een hœkskm, met ecn f/œksken (c'est-à-dire dans un petitcoin. avec un petit livre . C'était un raractrrr uiodcsti' et pacilique, un cœur pur, une àme harmonieuse, avide de iiit ludio, de prière et de couteniplalion. Par un singulier privilège de la destinée, la ciise du péché et de la conversion lui avait été épargnée, et il étaitarrivé, par un développement régulier, à la paix intérieure et à la communion a^ee IHeu. Tout en partageant les croyances les plus naïves de son temps, par exemple, aux apparitions, aux reliques et aux songes, etc., il avait trop le besoin de recueillement pour goûter les pèlerinages, trop de bon

THOMAS HEMERKEN

sen? pour se plaire aux (liscus<io«s scolasti([ue.s, «1 cnrin \n\o Irctp haut»; perception de l'iiléal mural qui est en Jésus-Christ pour admettre le mérite des œuvres, pratiquées sans foi et sans amour de Dieu. — C'est par là que sa doctrÎDe domioe celle de tous les mystiques du moyen âge ; eUe s'appuie sur ce trépied solide : la méditation des saintes Bcri' tures, l'examen de conscience suivi de la réfornio des mœurs et la pratique de la communion : elle se propose pour but l'imitation et Tunion inlime avec J^sus par la foi. De môme que sa mystique est pour ainsi, dire le couronnenu'iit lU* l'école de pirtns litterata, iniidée par Cérard Gr«>otc, ainsi Y Imitation de Jésus-C/irist est le elief-d'dîuvre du iriodeste cliauome do Mont-Saintc-Agiics. Cela nous amène à parler de ses ouvrages. — III. Ses œuvres, Thomas Heroerken est un des auteurs les , plus féconds du quinzième siède; il avait composé une cinquantaine de traités biographiques, ascétiques et homilétiques, dont nous avons cité les principaux à leur date, et dont on trouvera Ténumération dans l'édition de Sommalius. Remarquons pourtant que celte édition, soi-disant complète, ne contient ni la Chi'nniqiip de }/oi}t-Sni/i(p-Af/nh . publiée par Husweyde ( 1052), ni l'opuscule llaiiiaiid \'an f/o-dt^n W'n rde/i, (jui a été retrouvé dans un manuscrit autographe de la bibliothèque de Bourgogne et publié par M*' Malou (1848). Comme la question des manuscrits est une des données les plus importantes pour la solution du problème de l'authenticité de Y Imitation de Jénis-Christ, nous devons en dire deux mots. Il ne subsiste, k notre su, que trois autographes de Thomas a Kempis : deux à la biblioth^quede Bour|jogne (à Bruxelles) sous les n"» 58.'t5-()l et 1585-87, et un à la bibliolhèquc de l'université de Louvain. Ce (leiiiier, qui nVsf pas daté et est sans doute le plus ancien, coutiful la Vda sanrtu- Lideivif/is, les I V/.e de Groote et des Pères de la Confrérie, enfin les Sermones ad Aovicios. Le premier, de Bruxelles, est le manuscrit Aniwerpianus, daté de 1441 , et qui contient, outre 17miïa6bn, neuf traités édifiants (voirrarticle Inûta- . tk^ de Jésus-Christ). Le second, daté de 1456, renferme, outre l'opuscule flamand cité plus haut, le Ptirruni nlphabetum mowichi in scàoia Ûei; Oratioua 111 de Spiritu Sanclo et de sanrtn conversations primîtfc.v EC' clesix; Orntiones pi:r XI I de pnssioni' Domini ; MeditntifuH's <•( O/ atio- ))e.< W U dr /ht'sn f '/irisfn comuninicalion de M. Ouverliaux. conservakur à ia Uibliothèquc royale de Bruxelles). On vient de découvrir à Gœrliiz ^Silésie) un manuscrit latin de 17mttafton, in-i2, sur parchemin, daté de 1431, et signé par le copiste Jean Cornélius. SeraitH» le manuscrit de Louvain disparu depuis le dix-septième siècle? L'attention des éru- 'dits a été dernièrement attirée sur trois manuscritsdel7mi/a^ion, en basallemand, retrouvés dans la bibliothèque du couvent bénédictin An.v Ecossais (h Vienne), dans celle de Wolfeubûttel et dans etdle de la Maats:hnpitij van Nederlandsclte Lftterknnde, à Leide. O dernier contient, à la suite, un cinquième livre de ï'Jmilaiiun, inconnu jusqu'à ce jour, la version des ExercUia spiritmiia et le Bortuhu rosarum, qui ioat de notre auteur. On a prétendu tirer de Faneienneté de ces traduc- ' lions, qui remonteraient au premier tiers du quinzième siècle, la condtnion que Toriginal de l'Imitation devait être antérieur à Thomas

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a Kempis; mais ces objections ne nous ont pas convaincu : l' parce «[ae ces manuscrits ne portent ni date, ni nom d*auteur ; 2* parce que Tho- . mas a Kempis écrivant en latin et en Néerlande, de t \ 1 2 à 1 iiO, il est très possible qu'il y ait eu, bientôt après, des traductions tlaniand«^s. Enfin, nous avons un nouvel argument à fournir vn faveur «le notre chanoine, c'est le t»'moii;iia;4:e de snii eonteriiporain, Adrien de liut, qui ^cnt dans su 6V<ro»?(y//e, à l'année 1 WO : Frater Thomas a Kiniipis^ de Monte Sanctœ Ayneds, p/ ufr.ssurordinitJtegularium Canonicorum, mul' iost scripHstmsewlgatist xdificat, Hie mlamianct» lÀdeungitdeserip^ tii, et quoddam volwnen metrice tuper illud: « Qui sequitur me. » — Bibliographie : Sominalius, Opéra omnîa 3 tomes reliés en I vol., Anvers, 1800-1601 ; Rnsweyde, Chronicon Montis Sanctx AgneiiM et Vindicim Kempcnsps, Anvers, 1()512; Malou, /it^cherches historiques et rn'fir/ues sur le véritdbl*' auteur de /' « Imitation », Tournai, 1848; Delpral, Jje Broe- {{ers, r/ifip can G. Groote t n de Jnvloed dcr Fraterhuiztn, 2" édit., Arnheni, 1836; Mooreu, Machrkhlen ûber Thomas a Kempis ^ w.bst imyedrukten Urkunden, Grefeld, 18S5 ; Hirsche, Prolegomena xu einer neuen Ausgabe der Imitation nach dem Antograph des Themas von Kempen, Berlin, 1873 ; Acquoy, Ilel Kloosler te Windesheim en zij'n Jnvinrd idans le 11« v<d., p. 324-29), Utrecht, Ï876; Wolfsgruber, Van ■der Navoliiinye Crisli Ses Doeke (Einleilung), Vienne, 1871); Giovanni Gersfn, sein Leben und sein W'erk : De iniitalione Chrisli. Aiigsbourg, 188(^; Spitzen, Thomas a Kempis als tichryiver der .\(iv(d>/inf/e v<m Chrisli, Utrecht, .1881. G. 13oMir-M.\Luv.

THOMAS DE VILLENEUVE (Saint), archevêque de Valence, en Espagne, né en 1488 à Fuentana, près de Villa-Nueva (d'où son nom), mort •en 1855. Il professa la philosophie à Tuniversité d'Alcala, entra •en 1518 dans Tordre des augustins à Salamanque, et il y acquit une si grande rt'putation. par ses leçons et ses pr»^dieattion<, «jue Charles- ■Quint le n(tiiinja l'un «le ses prédicateurs ordinaires et l'un de ses théolitgiens. li/'atifié parPaul V (HilH), il fuloanonisé par Alexandre VIT. Il a laissé des Sermons et un Commendiire sur le /ivre des C antiques, qui ont été recueillis par l'évéque de Ségovie, son disciple, et publiés à Alcala, 1581, 2 vol. in-fol. On en a plusieurs autres éditions: Rome, 1659, 2 vol. ; Cologne, 1661, 2 vol. ; Augshourg, 1717, 1 vol. Les sermons ont été traduits en français par le P. Ferrier, Paris, 1867, 5 vol. in-12. — Voyez Quevedo, Thomas de Valence, trad. en franç. par MaimlMiur^'. Paris, IGOti ; Dahert. J/istoire de saint Thomas de Villeneuve. Pans. 1h:»2; AA. SS., sep{., V. 71)1) ss. — II existe une congrégation d'hu>pilalières de Saint-Thomas de Villeneuve, instituée en Bretagne par P. Ange le Proust, augustiu réformé (1681). bille possède aussi plusieurs maisons à Paris, où elle a transféré son siège principal, ainsi que dans les dio€^8es de Versailles, de Soissons, de Sées, de Beauvais, d*Evreux, de Rouen et de Bayeu-x. Outre les hospices proprement dits, cette congrégation dessert des maisons de retraites spirituelles, des maisons de refuges, des écoles de charité, etc.

THOMASIUS Chrétien), jurisconsulte émiaent, né ù Li ij)/!^;, en Itioo, mort à liuUe en 1728, se lit recevoir docteur en 107U» parut avec succès

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au i»arreau et l'abandonna ensuite pour se consacrer au professorat. Ayant choqué le clergé de Leipzig par la hardiesse de ses opinions, il fiit banni, m retira à Berlin où réleeteur Frédéric III loi accorda une pemioD, avec le droit de s*établir à Halle et d'y faire des cours à l'acar

démie noble. En 1604» Tbomasius contribua brâucoup à rétablissement dp l université, occupa la chaire de jurisprudence et reçut le titre déconseiller intimf'. Thomasiiis était un esprit singiilitTCinent libre, hardi el p' tulant. Il a plus (juc tout autre coiitrilmé à renverser l'autoritt". d'Â!i>tt)te en matière de philoï^opliie. Nourri de i'rsprit français, doué duo savoir étendu, mais quelque peu superficiel, il déclara la guerre au pédantisme allemand ; il attaqua les méthodes scientifiques et l'esprit de caste répandus parmi les savants de son époque, se servit le premier de la langue allemande dans ses cours et dans ses écrits, publia une série de satires pleines de rerves centre le clergé et les livres symiioliques et Miiibaffit. non sans sllcc^s. la croyance aux sorcières et l'emploidelatorlure en matière judiciaire. Thomasius ne s'allia aux piétislcs «le Halb' quo parce (ju'ils avaient des adversaires communs, et s'il se prononça en faveur de la tolérance, c'était pour river d'autant plus étioitement les chaînes qui liaient l'Eglise à l'Etat. L'un des premiers, il a préconisé ce système si populaire aujourd'hui en Allemagne, d*après lequel le souverain dispose à son gré de la religion, de ses institutions et de ses ministres, comme d'un instrument utile au progrès de la culture intellectuelle et au développement de la grandeur nationale. Parmi les nombreux ouvraire? de Thomasius, noiis citorons : !" Dr injustn Pnntiî Pilati judicio, Leipz. , 1 676 ; i2*' /nsfitutions de jitrisprudencr divine. Ha Ile, i7(W ; en latin. 1717 ; 3° Autorité drs prem, évangelisles dans /es disjmtes religieuses, 1714 ; La philosophie morale mue enpratique, 17^6. — Toyes Luden, Ch. Thomastus, iSOB ; Biedermann, Deuitekland'i Zmtmule m XVHIJakrk,, II, 355 ss. ;Tholuck, Vorgeteh, de$ Rationalismus. H, 202 ss.

THOMASniS (Geolfroii, dngmaticien luthérien, naquit à Egenhausen, en Bavi<»re, le 26 juillet 1802. Il a été le dernier descendaut. en liprne direrto. de la branche protestante du célèbre jurisconsulte Clirétirn Tliùinasius, de Halle, qui s'était illustré par sa défense do la lib.'rté de conscience. Son père, Frédéric Thomasius, fut successivement pasteur à Bgenhausen, à Ehingen, à Uffenheim et à Pappenreuth, près Nûremberg, oh il mourut en 1847. C'est à Ehingen que le jeune Geoffiroi, IVmé de cinq enfants, fut élevé sous la discipline sévère de son père et loas l'influence de la douce piété de sa mère. Son père était de l'école mjianatura liste, niais se rapprochait de la tendance évangé)i(jue plutôt (JQ? dn rationalisme. E.xcellent littéraliMir. il écrivait eourammont le lalin et était très versé en philosophie. 11 lut député à la C4hambre bavaroise el y défendit énergiquementles droits du protestantisme. Il exerça vue grande influence sur son fils par son sérieux et sa scrupuleuse con- Mienee dans raceomplissement du doYoir. La mère de Thomasius, fille de pasteur, était une àme pleine de noblesse et de distinction : « Toute U vie de ma mère, a dit son flk sur sa tombe, a été une vie de sacrifiée, huDble et fidèle. Jamais elle ne songeait à elle-même. Elle voyait

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ba vucalion dans la tâche de vivre pour sou luuri et pour ses eiiluntâ, de prier pour eux, de leur venir en aide par ses conseils, de porter avec patience et douceur les contrariétés, de redresser les torts, d'entourer les siens de tendresse et d'affabilité. A la base de cette fidélité au devoir journalier, il y avait une piété sereine, fondée sur une solide éducation relipiense. Ello avait une richo connaissance de rEcritiircct avaitappris, dans sa joiinossc, un f:rand nombre do cantifjups. (jui la consolèrent dans les lions comme dans les mauvais jours. Quand jo Tontondais dire et prier ses cantiques, je me rapiu-iais les paroles du psaluuste : u Tes statuts sont le sujet de mes cantiques dans la maison de mon pèlerinage » {Discours funèbre^ 21 mars 1846). Ces qualités de la mère passèrent sur le fils. — Le jeune Tbomasius fut élevé dans la maison paternelle jusqu'à l'âge de seize ans. Puis il entra au gymnase d'Ansbacb, où il fit de fortes études. Le professeur Bomhard lui inspirale goût des travaux historiques, et le pasteur Lehmus, cliartré des cours de religion, sut cultiver et développer ses dispositions relijiieuscs et théologi<iues. En 1821 , Tliomasius se rendit a l'université' d'Erlangen, et bientôt après à Berlin, où il suivit les cours de Schleiennacher, de Néander, de Marheineke et de Hegel. Ce dernier surtout produisit une profonde impression sur son jeune auditeur par sa conception du développement bistorique de Tesprit humain ; et, sous ce rapport, Tbomasius est resté son disciple. A Berlin, il rencontra son compatriote Louis Feuerbach. qui s'illustra plus tard par son radicalisme matérialiste, mais qui alors liail, comme Thomasius aimait à le raconter, un jeune homme plein de pirt»'", ne commençant jamais sa journre san< prière et lecture de l Ecrilun' ^alnt^. I ji ce temps, les cours de Tlioluck commençaient à attirer beaucoup de théologiens ù Ualle. Thoma^ius s'y rendit et lut vivement stimulé parles leçons du jeune professeur, qui devait survivre à son élève, et auquel celui-ci consen a jusqu'à sa fin une affection pleine de respect et de gratitude. Hais ce furent surtout les cours du pieux, timide et vénérable professeur de dogmatique, Knapp. qui frappèrent le jeune étudiant et décidèrent de sa vocation. C'est la théolotrie de Knapp que Thomasius continua quant à l'esprit général de sa dogmatique. — .Après avoir termine ses études à Er]an<(en. en 1826, Thomasius entra dans le njinistère pastoral. Il fut d'abord vicaire à Kadolzbourg, puis pasteur administrateur à Kalchreuth, non loiod Erlaugen. 11 se rendait alors fréquemment dans cette ville pour voir le savant professeur d*histoire ecclésiastique Engelbardt, qui le seconda et le conseilla dans ses études sur Origène. La prédication de Thomasius fut remarquée. Le maire et quelques conseillers municipaux de Nuremberg vinrent l'entendre, un dimanche, dans son village, et bientéit après 1829) il reçut un appel comme troisième pasteur à l'église du Saint-Esprit, de Nuremberg:. Les brillantes prédications de Lo-he, plus tard |(a>leur à Neuemleiielsau et l'un des plus grands orateurs contemporains, attiraient alors la foule. Tbomasius ne prêchait que l'après-midi, et ses débuts furent difficiles. En 1830, il épousa la fille de son ami paternel, le pasteur Lehmus, et trouva en elle une noble et digne compagne qui sut soutenir son courage au milieu des premières épreuves do l'activité

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pislonle, et fût pour lui un appui précieux à travers sa laborieuse existence. L'année suivante, en 1831, Thomasiiis fut nommé troisième pasteur i l'église centrale de Saint-Laurent. Le nombre de ses auditeurs

atifTHienta lentement, mais sûrement. Parmi eux so trouvaient 'jnelques hominos d "élite, tels que le recteurdu gymnase, llofh, et les professeurs NaBgelsbach et Fabri, qui ne niatiquaieiit aucun de ses sermons. Dans les dernières années, la vaste église de Saint-Laurent était toujours au comble quand Tbomasius prêchait. Le recteur Roth, un émincnt pédagogue, était alors occupé à réformer le gymnase deNftiemberg. Il chargea Tbomasius des cours d'instruction religieuse. Le jeune pasteur s'accepta pas sans de grandes hésitations. Son succès fut complet. Il possédait un rare don d'enseigner. Les élèves furent pleins d'enthousiasme pour leur maitre. Celui-ci composa pour eux deux manuels d'instruction religieuse : l'un pour les classes moyennes, l'autre pour lesdassos supérieures dr» reiiseiuneinenl secondaire. dis[)osés de manière à pouvoir être réunis en un seul volume \Grundlimeii zum Rdigiomwtemeht an dm mittleren und oberen Kloisen gelehrter Schulen), qui eurent de nombreuses éditions et servent encore aujourd'hui dans W gymnases de la Bavière. Ces leçons étaient en même temps pour Tbomasius une préparation à la carrière académique. Il continua ses ^tiKlf's théologiques et publia, après dix ans de travail, en 1837, sa monographie sur Origène (Orifjenes, eût /i^'ifrar/ ztir Dogmongcachichte des drittenjahr/iunfff'r/s, NiirembiM'gl, étude remarquable, faite déjà d'après la méthode et les pi iiicipcs que l'auteur appliqua plus tard à ses grands oumges. Cette uioaogiapliic établit la renommée scientifique de Thomaus et motiva plus tard son appel à la chaire de dogmatique de la PMé d'Erlangen. En 1838, Tbomasius prit part à la fondation de la Hevue théologique d'Brlangen (Zeittchrift fur Protestantismus und JSSreke), et en fut un des collaborateurs les plus actifs. C'était l'époque du réveil religieux et confessionnel dans l Eglise luthérienne de Bavière, Thomaïius entra dans ce mouvement, dont il devint un des repr< sentants les plus distingués et les plus sympathiques. — En 18i2, il fut appelé à la Faculté de théologie d'Erlangen comme professeur de dogmatique. Il était dans sa quarantième année lorsqu'il entra dans «tie nouvelle carrière. Là encore ses débuts ne furent pas faciles. A côté de lui, des professeurs comme Harless et Hofmann avaient déjà acquis une grande notoriété. En ce temps, une grande animation régnait lOxFusultés de théologie allemandes. Les étudiants s'étaient passionnés pour le mouvement religioux et discutaient iMMUcoup. Ils allaient 'iErlangon à Halle pour y entendre Tlioluk et Julius Millier; à Berlin, p^jur suivre les cours de Neander et de llengstenberg ; à lionn, chez Kitzsch et Bleek. Les études théologiques étaient vivement poussées. La dogmatique, longtemps négligée, devait reconquérir sa place légitime, îlioinasius y contribua pour une large part. Ses cours sur l'histoire des ^ogmes furent bientôt appréciés, et peu à peu aussi ceux sur la dogmatiqae. Quand Harless quitta Erlangen, Tbomasius le remplaça comme pr^icateur de l'université, et sut gagner les sympathies des professeurs et des élèves. Ses prédications ne concoururent pas peu à fomiliariser

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ses élèves avec ses conceptions dogmatiques. Son renom passa les frontières dp son pays natal. C'est à peine si alors le plus grand auditoire de la Faculté put contenir les étudiants, venus de tous les points de l'Allemagne et môme de l'étranger. De ce moment, le s^oc^s a suivi ce professe ur bien-aimé jus«jirà sa mort. Avec Ilofmann, Dr litzsch et Harnack, Thoniasius a assuré pendant de longues années la prospérité de la Faculté d'Erlangen.. Oii lui fit plusieurs fois de belles propositions pour l'attirer dans d'autres villes. Le ministre de Saxe, H. de Falkenstein, auquel Tuniversité de Leipzig doit son éclat actuel, fit des démarches personnelles auprès de Thomasius pour le décider à venir en Saxe. Tli omasius a toujours refusé, désirant ne jamais quittw son pays natal, sa cliérc Franconîe. Outre los cours sur la dogmatique et l'histoire des dogmes, Thomasius Gt dos c air? do symlndique, d'exégèse pratiijue et d'interprétation d. s anciennes [)ériroj>os. Il publia succossivemeut, dans les trent»'-deu\ aimées de sou professorat, les travaux suivants : De Controvenia Bofmanniana, 1844 ; Bétrœge sur kirehlieken Christologie, 1845 ; Dogmadt de obedientia ChrisH aetwa Aûtorta et prûgreuiontt inde a emfumone Avguitana ad formulant usque concordiip, 1846; Jkts Bekenntniss der evangelisch-lutherischen A'irrhe in der Conséquent seines Prlnzi/)^, IH48. Son ouvrage principal. La perannne rt rn'uvre du C/irisf. /\.rpnsé dr la dnfjmafif/U'' luthéri 'iiiie nu point di' vue r/iris/o/ofpi/io' fCln tsIi Pfrson iind \\ frk iJarlellung der evaiigelisr/t-luf/terischen Dogmattk vom Mittelpunkt der Chrislologie ausj, parut en trois parties (4 volumes) de 1853 à 1861. Avant que l'ouvrage ne fût terminé, dut déjà paraître une seconde édition des premiers volumes (1856-1862) ; Dos Bekenntniss der lutheriscAen Kirehe und die Ver$œhuw/slehre D' Ilofmann s, 1877 ; Dos Wiederenoachen des evanifelhrhen Lebens in der lutherischen Kirche Baierm ; fiin Stûck siiddrutsche Ktrchengesrhirhte von 1800 />/5 1 840, 18G7; Praktische Ausier/inv/ drs liriefes Pnttli an die Kolosser, 1861); fhrislUche DoQuo^n'ie^^rliirlite als /■'nt/rirkclinv/s^/^srfiirhte des kirclilirhen Lehrbe<jrifjs thir;/estellf, IST'i, deux volumes, dont le second parut après la mort de l'auteur; Recueils de sermons^ cin(j volumes de i856 à 4860 ; deux volumes de i86i à 1862 ; un volume de Sermons apologétiques, 1863. Après la mort de Thomasius, la Revue de théologie d*Ërlangen a publié un Choix de lettres datant de la jeunesse de l'auteur. — Thomasius était une nature heureusement équilibrée, fait»; p(nir gagner les sympathie? de tous ceux qui rapprochaient. 11 alliait à uiio grando di)uceur de caractèro unf' inébranlable fermeté de convictions ; à la iiindi ralion dans le jugoment sur d'autres, la sévérité dans le jugement sur lui-même ; à une humeur toujours égale et sereine un profond sérieux ; à un plein abandon à la Providence divine une grande énergie de volonté ; à la foi de l'enfant une entière et courageuse indépendance scientifique ; aux qualités les plus élevées et les plus solides de l'esprit une sincère et touchante humilité : sa polémique n'avait rien d*àpre ni de mordant, on sentait qu'il critiquait par'affeotiou et par devoir, pour gngnor, non pour blesser ni pour se faire valoir ; tout en lui respirait la bonté. Aussi 1 lutlueuce de sa personnalité fut-elle pour

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beaucoup dans son ministère pastoral et dans ses succès académiques. Sa pprsonne tétait la plus puissante apologie de son enseignement scientifique, C<' qui frappait surtout en lui, en comparaismi <\f (\no]qu.e.s-uns do ?0!* c<illi'^ni«^s. c'est l'absence de toute vanité et recherche personnelle, li s'effaçait entièrement, et on avait le sentiment <jue cet esprit (i'humililé et d'abnégation était absolument sincère. Le professeur ne prétendait pu avoir trouvé la solution datons les problèmes théologiques qu*il était appelé à traiter dans son cours. Nous nous rappelons Tavoir entendu fire en chaire très simplement et naturellement : « Gela, messieurs, je ne le sais pas, » et répéter à part lui, à mi-voix : « Non, vraiment, jenele sais pas. » ÎI tenait compte dos réflexions que lui soumettaient ses élèves. Il étudiait, il apprenait par eux et avec eux. — Les heureuses dispositions de Tesprit et du caractère de Thomasius firent de lui un conseiller bienvenu dans les dilficultés de tout genre qu'avait alors à traverser l'Eglise protestante de la Bavière. Il fut chargé dans les synodes,, où il représenta la Faculté depuis 1853 jus(|u'en 1860, des rapports qui demandaient le plus de perspicacité et de prudence ; et il s'acquitta toujsors de sa mission avec un tact qui rallia les suffrages. L'Eglise luthérienne de Bavière lui doit en particulier l'introduction d'excellentes agerules et liturgies. Thomasius avait traversé lui-même les diverses phases de la vie religieuse et ecclésiasti(jue. et savait comprendre et respecter les scrupules de ceu.x qui ne partageaient pas son avis. Il ne tranchait pas dans la discussion ; il s'appliquait au contraire à découvrir ce qu*fl pourrait y avoir de juste dans les objectioils qu'on hd faisait. Cette condescendance lui gagna si bien les sympathies de ses coatradieteurs, qufls ne furent jamais ses ennemis. U eut les mêmes DéDagements pour les scrupules, les doutes, les hésitations, les questions parfois enfantines de ses élèves. Avec quelle patience il vous écoutait! Comme il s'efforçait de vous comprendre, d'entrer dan? vos idées, 'If' se placer à votre point de vue î Avec quelle douceur et cordialité à la fois auncale et paternelle il vous répondait I 11 fallait l aimer. Et en Taiinant, on apprenait à aimer l'Evangile, qui était l'objet de son amour, et l'Eglise, pour laquelle battait son cœur. Que de jeunes Ames il a ga*-goées ainsi à la foi ! Son luthéranisme, quoique nettement aeensé, n'avait lien d'intolérant ni de fanatique. Thomasius était un luthérien avec la labeur et l'élévation d'esprit de Luther. « Le luthéranisme, dit-il, ■'est rien de particulier, existant à côté ou en dehors de ce qui est chrétien et évangélique en général ; nous sommes au contraire convaincus de posséder dans le luthéranisme la vraie synthèse constituant la catholicité chrétienne. » Homme de. paix et de conciliation dans le meilleur NBs du mot, Thomashis fût plus qu'aucun autre l'homme de confiance de la Faculté, des autorités ecclésiastiques, de toute l'Eglise luthérienne le son pays. — La Dogmatique âe Thomasius est une des productions les plus importantes de la théologie moderne, et dans ledomaine spécial -if i l dogmatique orthodoxe du protestantisme, elle occupe le premier rang. Les œuvres dogmatiques de Martensen, de Philippi, de Kahnis,de Borner offrent chacune des parties saillantes, plus particulièrement travaillées et pouvant être opposées avec avantage aux parties correspon-

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dantc's (le l'ouvrage de Thoiiiasins ; mais aucune de ces dogmaliqu»*? ne se maintient, dans sun ensemble, du commencement à la tin, à la hauteur du travail de Thomasius ; aucune De domine dans la mémemesure toute la matière historique ; ches aucune l'expositioii scientifique n'est pénétrée du même souffle reUgienz ; aucune ne donne au même point le sentiment bienfaisant de l'unité de la science et de la foi, de la fidélité confessionnelle et de l'indépendance scientifique, du respect de la tradi- . tion et de la confiance dans le progrès des idées relipien<PS.X.*li<nireuse harmonie des dons de l'esprit et du cœur de Thomasius se retb t»^ d niis tout sou ouvrait'. Quant à la nu'thode, Thomasius se rallie a I rcub' de Schleiermacher, qui, prenant pour point de dépaict la conscience chrétienne, procède analytiquement à l'exposé du système. Toutefois le trait caractéristique et personnel dans l'application de cette méthode cbei Thomasius, c'est qu'il ne part pas d'une définition plus ou moins abstraite du christianisme pour en déduire dialectiquement la dogmatique tout entière. En analysant la conscience chrétienne, il y trouve un ensemble de faits et d'idées révélés, fournis à la conscience par le témoignage de l'Ecriture et de l'Eglise, l^a tâche du dogmaticien est, folon l'auteur, d't'xposer systématiquement ces faits et idées, d'en inontrer l'unité organique et d'établir ainsi leur bien-fondé devant le forum de la conscience religieuse. Par l'unité -organique, Thomasius entend non seulement la relation interne des doctrines entre elles, mais aussi leur lien, leur unité spirituelle avec l'enseignement religieux deâ siècles écoulés. C'est là l'objet de l'histoire des dogmes. Sur ce point, Thomasius est de l'école de Hegel. 11 voit l'évolution historique du doguie à travers les trois moments de la thèse, de l'aiitilhèse et de la synthèse. Kl sur la ba-e de ce pririeipe. il croit aux progrès eonstant-s de la dni^inathjue chrétienne, se séparant ainsi du confessionnalisuie antiscientilique qui ne voit le salut de la théologie que dans le maintien des vieilles formules réputées orthodoxes. — L'ouvrage est divisé en paragraphes dont chacun comprend trois parties : 1^ l'exposé du dogme sur la hase des données de la conscience chrétienne; 2" la preuve scripturaire, exégétiqtie; 3* l'histoire du dogme avec les discussions et réflexions critiques s'y rapportant. C'est on suivant ce développement à la fuis systématiijue et iiisloriqne que Thomasius déruule sa pensée dogmatique et la mène magistralenietit à son but. Ce l»ut n'est pas de prouver la vérité de la doctrine chrétieinie devant le forum delà raison, mais d'expliquer à la conscience chrétienne les faits de sa foi : « DU DoymcUik hat weder die Auff/abe, den Glauàen an Christum zu wirken, nuch viel weniger die gSttliche Thorheit dem naturltchen Ver$tandeannehmàartu-macken;iondern, wie derApostel tagtf dnnen irelche des ^r<"/s7e.< sindj das wns des Gcisies ist zu deuten» (Zeitschr. fur Pi'ot. u. Kirr/if>^ 1860, p. 198). Le dogmaticien n'a pas d'autre preuve ;i fournir. Or, le lien organique des faits religieux à travers les siècles, et leur i-Mn^^éijiieiire et harmonie interne daus l'unité du système, sont, d'après Thomasius, la preuve de leur vérité. Là o>t. à notre avis, le côté faible de cette dogmatique. Le facteur spéculatif ne tient pas la place qui lui revient à côté du facteur syi^tématique et du fÎBiC* teur historique. — Autant la conception systématique est puissante et le

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déveluppeiiient historique grandiose» autant rélémeot spéculatiT est effacé. Cependant il ne manque pas absolument. Thoniasius s est mhm signalé par une conception spéculative do l'incarnation duGhnst, de la Kenons, qui lui a attir.' 1.^ reproche d'hérésie »>t lui a valu de vives attaques de la part de théolu-icns plus orthodoxes. 11 enseii^nait «fue. dans l'incarnation . le FUsde Dieu s'est dépouillé do ses attnhuts divins et asuivi toutes les phasesdu développement humain, depuis 1 étatiDCOn- Écieiit (le l'enfance jusqu'aux angoisses du mourant sur la croix. Thomasius. sur ce point, s'écartait évidemment de la vieille conception chnstolugique, et il était trop bon historien peur ne pas s'en rendre compte. Mais il demandait que la doctrine relative à la personne du Christ négligée à Tépoque de la Réforme, fût soumise à un nouveau travail dognatique. D consacra toute sa puissance spéculalivo à la solution du K'rand problème du rapport entre l'élénimt divin et IVlémcut iiumam en Jesus- Christ. Il avait mis instinclivi nient le doi^^t sur un point taible de la dogmatique chrétienne. Bien (ju'il ne pré^entàl sa thèse que sous la forme modeste d'un essai de solution, elle donna cependant lieu à une controverse fort animée, dans laquelle Thomasinseut le beau rôle dedéfendre Imdépendance scientifique du dogmaticien. U a exposé, à cette ocrasion, tes principes de soumission à la foiàe l'Kglise, et de liherté à 1 égard de h théologie. « Je ne confonds pas, dit-il, la vieille do-mali.iue avec la confession de foi de l'Eglise; sur ce point, je me sépare rnlK-rement de 'ceux qui jugent de l'orlhodoxie d'un thé(dogien d'aprésson accord avec lesanciens doffmaticions, aux théories desquels ils se figurent avoir je ne sais qmd droit d.' h' lier. Dans mon Eglise, je ne me sens pas lesefave, mais [ en/ani de 1 1 maison ; et comme tel. j'ai la soumission et la piété de l'enfant, mais je jouis aussi de sa liberté. » Belles paroles, qui expriment admirablement la position de dépendance et de hherié lilia es du dogmaticien chrétien. Thomasius, .l'antre part, prit la défensedu do-^Muc ecclésiastique, dans la polémique soulevé,, par la notion de la K.Mjrmptiondeson ccdlèguo Ihd'mann. Celui-ci rejetait la conc piiou tia.iilionnelle delà mort expiatoire du Christ. H ensciguail que, d'après l Ecriture et la confession de foi luthérienne, Jesus-Christ a sauvé le monde parla sainteté de sa vie et par son martyre. Thomasins. qui avwt étudié à fond les écrits de la Réforme et en particulier ceux de Luther, ftit blessé dans son sentiment historique, aussi bien que dans sa foi religieuse, par rassertion de son collègue. U publia une brochure où il démontra d une manière irréfutable qu'à la base du dogme luthérien de la Uédemptmn se trouve la notion de l'expiation dos péchés par lecluUiraenl substitutif du Clinsl. Us principaux arguments de crtu- démonstration se retrouvent dan? la hoqumtique. On peut dire que les dogmes de l'Incarnation et de laU. i^niptionontété les deux points de doctrine queThomasius s*e8t tout pariiou.u rement appli.jué à élucider. Le titre même de sa DogmfUque: La pettomie et Fesuvre du Christ, marque bien cette double étude. — L'œuvre de Thomasius a été difiTércmmcnt jugée. Selon certains critiques, ce travail ne devrait son succès qu'à la partie hi<toriqup. dont la haute valeur n'est contestée par personne; selon d'autres, Tliomanus aencore plus de mérite comme dogmaticien que comme historien. Le

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jugoinont dôppiid osrîcrifiolIpiniMit de la notion <]o la d'><inialii]uo qnoTon apj)li(jup à ccllo ((Mivrc. ÎSi \ niluitinn 7^elif/lrns*> ost la (jualitt'; niait r(>s<ie du dognmtiricn. nous devons liantem Mit n*vendiq[ue.r ce titre pour Thomagius ; nous devons mèuie placer le doginaticien au-des9ii8 de l'historien; car Thomasius a été un génie religieux, et ce n^est que grâce à son reoiarquable coup d'œil religieux qu'U est arrivé à sa grande perspicaeité et à sa justesse de jugemont en fait d'histoire. Mais si Ton exige du dogmaticien avant tout le génie spéculatif, il faut reconnaître que d'autres ont surpassé, aneiennr^ment et de nos jours, le doginaticien d'Erlanijen. Ce (|ui constitue la valeur exceptionnelle de l'ouvraj^e de Tliduiasuis, c'est la profondeur de la prnsée religieuse alliée ;\ une belle conception sysléniatique et à un remarquable jugement historique, le tout réuni dans les proportions les plus harmonienses et fondu dans une indissoluble unité. La défectuosité de son travail, c'est l'eShcement de l'élément spéculatif. C*est de ce côté que la dogmatique protestante devra porter ses elîorts, pour faire progresser la science à laquelle Thomasius a élevé un si beau monument. — Ce qui nous confirme dans notre jugement, c'est (jue séparés du travail spécialement dogmatique, les travaux bi'Jtoriques deTlioniasiiis perdent, sinon de leur valeur intrinsèque, du moins de leur portée. Thomasius a ajipelé l'histoire des dogmes son <i premier amour; » et sur la lin de sa vie, il s'est de nouveau consacré spécialement à cette étude, et a publié une Bûtoire de» dogmet. Dans ce travail paraissent toutes les qualités de l'historien ; l'auteury fait l'histoire fira^ mattque des doctrines chrétiennes avec une rare profondeur de vues et une grande clarté et simplicité d'exposition. 11 a certainement droit à la recormaissanee de l'Eglise pour ce l»el ouvrage. Cependant la partie histori(jue, dans la /Jogmatif/m', nous {larait supérieure à cette histoire spéciale des dot:mes;et nous croyons que celui qui veut étiulier l'hisloire des dogmes consultera celle qui se trouve dans la Dogmatique avec plus de fruit, parce que, destinée à illustrer la partie dogmatique, elle est à son tour mise en rehef parcelle-ci, qui lui donne une saveur toute particulière. En Thomasius, Thistorien et le dogmatiden sont si intimement unis qu'il est impossible de les séparer sans dommage. C'est dans cette unité que réside, selon nous, le secret du prestige que l'illustre dogmaticien a exercé sur ses élèves et qu'il exerce encore sur «es lecteurs. — Variiii les publications de 'riiouiasius. nous relèverons encore son beau iravail sur Ln ronfrfisiii/i f/r fui luthi'iii'nne dnim l'unité de soti principe^ son Interprétation pratique de iE pitre aux Colossiens, un chefd*<BUvre du genre, et sa monographie sur Le RévêU de la vie reiù gieuse dans VEgli»e luthérienne de Bavière, Ces trois ouvrages portent le cachet de l'esprit historique, systématique et religieux de Thomasius. Ils captivent, instruisent et édifient en même temps. Les divers dons de l'auteur s'y rencontrent dans leur belle harmonie. On y sent l'âme aimante du grand théologien. — Thomasius dictait ses cours, donnarjt de temps en temps quelques explications supplémentaires, k rencontre de tels d»- ses collègues, il s'applujuait à écrire dans un style simple et transparent. C'est ce qui rend ses œuvres accessibles aux lecteurs moins familiarisés avec les longues périodes des énidits

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allemands. Los sermons de Thomasiiis lurent très goùt.'s. L'orateur avait le rare talent de se mettre à la portée de l'homme du peuple et de sati faire en m. ine temps les besoins intelleotueU d'on auditoire d éhte. Il préparait et écrivait 868 sermons avec le plus grand roin.s appbquant SBftout à les remplir, comme il disait, « de substance biblique. » Ses neneUs de sermons témoignent de ce travail consciencieux. Son débit «tait agréable, mais non brillant; il était empreint d'une cordialité émue qoitouchait l'âme de l'auditeur et fixait son attention jusqu au l>out. Le pasteur Summa a bien earactérisé cette prédication dans un article de la Revue d'ErlauL^-Mi. du mois d.' mai 1876. — Vers la fin deSieiT rière Thomasius, qui n'avait jamais recherché les honneurs, ftit décoré par le roi de Bavière de Tordre de Saint-Michel et nommé « conseiller eedésiastimie inUroe » (Oeheimer Kirchenrath). Les dernières années âs sa vie furent éprouvées par la longue maladie et la mort de sa femme (IWl). Il avait eu d'eUe deux filles, dont l'aînée se maria loin d Erlangen; la seconde épousa un professeur de cette université, une année avant la mort du père. La bénédiction de ce maria-e fut le dernier acte paM..nil <le Thomasius. Sa santé était ébranlée etdonnait des inquiétudes à ses amis. Il avait soixante-douze ans. Déjà depuis quelque temps U s'était démis de ses fonctions de prédicateur de Tuniversité et àvait été remplacé par le professeur de Zesschvrits. Mais U continuait à doniier scsrours. Il dut les interrompre vers No€l espérant les reprendre Uentét. Il souflhiit d'une bvpertropbie du cœur, à laquelle s était jointe tneirritationchroniquedela poitrine. Cette irritation dégénéra en tluxion aiguC, dont la gravité n'échappa à personne. Tbomasius avait les passages de l'Ecriture (lu'on devait lui lire sur son ht de mort. SM enfants étaient auprès de lui. Le jour de sa mort, dans la mafonée, H coiiiinunia et dit un dernier adieu à ses collègues. C'était le 24 janvier 1875. Dans l'après-midi, un accès de suffocation le fit sortir du lit, et c'est debout qu*a exhala son Ame. Les paroles par lesquelles il termina sa dernière leçon caractérisent r homme, le chrétien et le doirmatiden. C'était un cours d'exégèse pratique. Tbomasius dut l interrompre an milieu de l'interprétation du passajre qu'on pourrait appeler le problème de sa vie et de sa théologie : Epitre aux Pbihppiens U, G et suiv. Voiri ?es dernières pan.les, que ses élèves conservent comme P^®"* souvenir : « T^s sentiments qu'a eus Jésus-Christ sont une prédicatton infiniment plus puissante que toutes les paroles. Ils nous montrentle emctère du vrai renoncement, qui consiste à descendre, degré par degré, jusm'au dernier abaissement, pour remonter de là jusquaux hauteurs les plus levées. » Ces paroles expriment la vie de I hounue tout entière. — Il n'existe pas de biographie de Tbomasius. Les journaux religieux et politiques ont publié des nécrolo-.^^ plus ou moins détaillés. En voici les principaux : .l/Zy. ec.-luth. Kirr/ienzpïtung, JSlb, P* o m

article de M. Staihelin; Augsburger . allgem. ZeKimflr, 1875, n Beilage, article de M. de ZettchwiU; Diteours funèbre àe M. rte Zetsehwitx, Erlangen, 1875; Em Kranzdankbaren (Ud^chtnmes^nuj âu Grab emei voUendeien Lehrers, de M. Summa, Eriangen, l«7b. Voir aussi les articles publiés en 1815 dans hi Bévue de théologie d br-

lu6 TUaMÀSlUS — TUUKtiÛVlË

langen, la Nouvelle Gaxetie évangéliquet la Deutsche Rekhspost, la Lttndpott, le Scflifflein Ckritti^ de Paris. — La Dof/mntiqve deThomasius a été tniiluile en anglais. E. Mknkooz.

THOMASSIN (Louis de), savant prêtre de l'Oratoire», né à Aix. (mi Provence, en 1619. mort en 1005, professa la théctlojjie à Saunuir et. ù partir de I65i, à I^iris où il fit des conférences très remarquées dans le séminaire do Saint- Magloire. puis se retira en 4668 dans la maison de Tinstitut pour se livrer tout entier à la rédaction de ses divers oavrages qui lui firent une grande réputation. On a de lui : I* i7 i>û«er- • tationes^ m concilia gtnfraUa et particularin, 1672 ; 2* Mémoires , sur la grâce, 1674. composés pour concilier les molinistes et les jansénistes; 3° Ancionn^Pt nouvelle discipline de t Eglise touchant les bénéfices rt les àéné/icicrs, 1678-79, 3 vol., son principal ouvrajje ; i° T)f^fjmnta théologien, 168()-8i», \\ vol. ; 5" Traité histor. cl dngm. sur dirrrs points de la discipline de C Eglise et de la morale chrétienne ^ 1681-83, 2 vol. ; e* Traitéde Funité de T^'^/ise, 1686-88, 2 vol.; Traité de Cofficedivm^ 1686 ; 8» Traité de faum&ne, 1695 ; 9* Qlouarium univereale hebraîcum, 1693. 2 vol., où il cherche à ramener toutes les langues à Thébreu comme à leur langue m^re. — Voyez son Elngium par Mansi. en tôte de l édition latine de la Vêtus et nova ecclesiœ disrîpHna, Par., 1706 ; Dupin, Nouv. hihl. des anleurs erclrs., .WIH, 187 ss. ; liongerel, l'ie de Thomassin, en tète de son édition JJi pli ne de i I: giise\ André, Cours alphab. de droit canon. , VI, 501 ss. ; Lescœur, Etudesur la théthdieée de Thomasaint Par., 1852.

THOMISTES. On appelle de ce nom les théologiens qui suivent la dootrihe de saint Thomas d'Aquin touchant la grâce et la prédestination, particulièrement les dominicains restés fidèles à l'enseignement du frrand dncteur de rH]<:lise qui représenta avec tant dVclat leur ordn; au moyen ài^e et dont les oiivra'^res vifimeiit, par une luille récente du pape Lé(tii XIII, d'être déclarés uorniatifs pour la science catholique. — Voyez Thinnas d'Atpiin.

f HOBA. Voyez Mosaïque (Loi).

THRAGE, Bpxx^. contrée du sud-est de l'Europe, mentionnée Gen. X, 3

sous le nom de Thiràs, comme étant habitée par des Japhétites, et dans 2 Macb. XII, 34, où parait un cavalier thrace dans l'armée syrienne

commandée per Gorfi-ias. Le diocèse de Tlirare se composait aii quah ièrne siècle dos >iv provinces de Uyzance. Thrace proprement dite ;aiiji>urd'lmi Rouiiiaiiie 1, Héniimont. Uliodope. .\Io'-ie inférieure, Scythie. La ville de Philippupolis en futd aburd la métropole ; niais cette dij^nité fut transférée plus tard à Héradée. La Thrace fut évangélisée par lapôtre Paul, suivant Tbéodoret {Epist, ad Roman,, c. XV); par Tapôtre André, suivant le commentaire grec sur les Actes des apôtres, par le P. Gombefis, cité par le P. I^e(}uien {Oriens Christ,, 1, 1093).

THURGOVIE. Le canton dt; Thurgovieest, depuis 1798. un membre indépenilant de la Uépiih]i(jiie ht lvétique. après avoir été pendant plusieurs siècles un territoire possédé en commun par les huit anciens aintons. Sa population est de 1)6,024 habitants ; on y compte 69,762 protestants, 23,454 catholiques, 84 Israélites. La Thurgovie est régie parlaconstitu-

THURGOVIE 157

tiondu 28 février 18tiU qui. dans son article 17, garantit la liberté de cuite et de conscience et accorde à cliacunle droit de célébrer tous lesactes 4èealte public et privé qui ne sont pas contraires aux lois. Le même artide prodame également la liberté des sociétés religeuses et déclare tous 1m droits civils et politiques indépendants des croyances religieuses. L'article 56 reconnaît comme Eglises nationales l'Eglise évaugélique réformée et l'Eglise catholi(|ue ; il garantit à chacune d'elles i autonomie de sou administration int-'-rieure, tout <'n réservant le droit de surveillance! de l'Etat dans les ati'iiires mixtes. L'organisation de l'une et de l'autre de ces Eglises doit être syuodale et reposer sur le suffrage paroissial. Les deux Eglises ont été constituées en 1870 par des lois spé* dales destinées à appliquer les principes posés parla constitution. — La loi organique de TEglise évangélique du canton de Thurgovie porte la date du 17 juillet 1870. Elle n'institue dans l'Eglise que deux sortes d'autorités, les unes paroissiales, les autres cantonales, et n'institue pas euin> ( Iles de corps intermédiaires. La commune évanf^'éliipie se compose des électeurs prulestants domiciliés dans les localités réunies en une circonscriptittn paroissiale. Elle a pour organes : l'assemblée générale de paroisse, qui est avant tout un corps électoral, mais qui, cependant, peut-être appelée à délibérer sur certaines questions d'administration et de constitution ecclésiastiques; ^ le conseil de paroisse, composé du pasteur et de cinq membres au moins élus pour quatre ans, et possédant UD pouvoir d'administration très étendu et même, dans quelques cas, une autorité disciplinaire sur les fidèles ; enfin, 3" le pasteur, élu à vie par le suffrage paroissial, niais révocable sur la demande de l'assemblée de paroisse. Le nombre des paroisses tburgoviennes est de 58. L'autorité suprême de l'Eglise évangébque du canton est le synode. Il se compose de délégués des paroisses élus pour quatre ans, dans la proportion d*un dépoté pour huit cents habitants. Les paroisses, auxquelles leur populatioo donne droit à plusieurs députés ne peuvent pas élire plus d'un pasteur dans leur délégation. Les paroisses moins importantes désignent à leur gré un pasteur ou un laïijue. Les droits du synode tburgovien «ont très étendus ; il possède même dans les matières purement ecclésiastiques un pouvoir législatif presque indépendant de celui de l'Etal, mais les décisions qu'il prend sur ces matières ne sont définitives qu'après vmt été soumises au suffrage des citoyens réformés. Il eoDfie le soin de le représenter, dans l'intervalle de ses sessions, à la commission ecclésiastique élue pour quatre ans et composée de deux pasteurs et de trois laïques. — L'Eglise catholique est régie par la loi du 23 octobre 1870 ; elle se compose de 54 paroisses, qui se rattacliaient au diiM'è'^c de Bâle-Soleure, jus(ju'à 187.'^; ;\ ce nionn iit. le gouvernement thurgovien s'associa aux mesures de [dusieurs autn-s Etats du diocèse, qui déclarèrent le lieu diocésain avec Bàle-Soleure rompu pour leurs Églises catholiques nationales. La loi de 1870 donne à l'Eglise catholique thargovienne une constitution synodale analogue presque de tout point à celle que nous venons d'indiquer pour l'Eglise évangélique. Les organes en sont les mêmes, assemblée de paroisse, conseil de paroisse, cuié, synode, commission eGdésia9tique. L'autonomie de rËgÙse dans

TinïRGOVIE — TIBÈRE

les ulîaires intérieures est également reconnue, et alors ménioque l'évôque était encore reedimu par le gouvernenient, son rôle était réduit aux ali'aires purement spirituelles ; 1 administration ecclésiastique était entre les midns de« autorités catholiques élues éo canton. En fidt,l*éYèque a conservé, dans presque toutes les paroisses du canton, le pouvoir qu'il y exerçait avant 4873. — (Voyez Staatskalender des K. Thnrrjau fûr 1881; G. Finsler, Kirchf. Satishk (1er ref, Schtreiz, 1856; O. Higgrnbach, Tasrhenbttrh f. sr/nreiz. Geisitche, 1876-1881 ; Gareis et Zom, iitaat und Kirche m der Sçhweizy 1878,1, 3, p. 545-563.

E. Vaicher.

THYATIRE, «uiretpa (Actes XVI, 14; Apoc. .1, 11 ; II, 18), anciennement Pelopia et Evippia (Pline, 5, 31), ville de la Lydie, aux bords du Lycus, à trente>trois milles nord de Sardes, colonie inaoédonieBiie, importante au point de vue militaire et commercial. Ses habitants excellaient dans le tissage de la pourpre. Thyatire est une des sept églises de TAsi*' Mineure mentionnée-; dans TApoealypso. Des mœurs païennes s'y t'tainu iiitrufliiites (Apnr. il, IH . On connaît sept évérjurs de Thyatire — \ ')\ez LtMjiiicn, (/riens Chrisf.. 1. HOtJ ; De (jOiDUjanville, /'"'' T'thle alphah.y p. i>36 ; Alanucrt, Geogr.^ VI, 3, 380; Stosch, Antiq. Thyat., Zwoil., 1763 ; Ernesti, Theol. BibUoth., IV. 812 ss.

TIAKE ou tbiare, ornement de tète des prêtres Juirs : c'était une couronne de toile de byssus ou de fin lin. Le grand prêtre en portait une différente, qui était d'hyacinthe, environnée d'une triple couronne d*or, et garnie sur le devant d'une lame d'or sur laquelle était gravé le nom de Dieu (Exode XXVIII. 3, 39, 40; WIX, 9). La tiare, autrement appelée le règne (reynum), est aussi rornement de léte que porte le pape, conime manjue de sa dignité. C'est un bonnet assez élevé, environné de trois couronnes d'or, el surmonté d'un globe avec une croix et deux pendants qui tombent par derrière, comme ceux de la mitre des évéques. Cette tiare n*avait d'abord qu'une seule couronne; mais Boniface VIII y en ajouta une seconde, et Benoit XII une troisième. Le pape porte la tiaie sur la tétc lorsqu'il donne la bénédiction au peuple. — Voyes Glaire, Diction», des sciences ecclés., II, 2:285.

TIBERE ' Tiherius Claudnia .Yen/, deuxième empereur romain, régna du r.» août 1 1 au 10 mars 37 après Ji-sus-Ghrist. 11 était né en l an -42 (avant .lésus-Christ) et était (ils de Tibérius Néron et de Livie. Celle-ci divor»^ pour épouser Octave (l'empereur Auguste), et son fils, nommé consul, puis tribun, épousa Julie, fille de l'empereur. Il fut adopté par son beau-père, après la mort des fils d'Agrippa (Suét., Tià,, 15; Tacite, Afin., I, 3), et il lui succéda. Tibère, pendant les premières années de son règne, gouverna avec intelligence et modération (Suét., 26-32; Tac, Arm., I, 12 : 11,87; Dion. Cassius, .57, 2). Il ne flattait point le peuple romain, savait refuser les lioimeiirs, administrait làen les finances et ména}.'eait les provinces. Peu à ])eu il devint jalttux, eruel, vindicatif. Il laissa euipoisouuer Germanicus (lUj paix-e <|u"il était aimé du peuple et de l'armée (Suét., 7ï6., 52; Tacite, Ann., III, 2). En l'an 23, il commença à se laisser dominer par Séjan, préfet du prétoire, et la fin de son règne, qui se passa dans Tile de Gaprée, oùil seretira en Tan 96»

TIBÈIŒ . 159

ne lut plus qu'une longue suite de crimes et de débauches. Il se défiait à la fuis des aristocrates et des républicains ; jamais la délation ne fut plus t'!ir"ura^^éo que sous son gouverncincnt, et chaque jour il envoyait au sàual une nouvelle liste de proscri^)lions. Séjan, qui sonj^eait à s'enipmrdn souverain pouvoir, périt à soo tour, en 31, victime de ceux qoll a?ait voulu perdre. Marius, qui lui succéda, fut pire encore que lui, et devint à la fin le véritable auteur des crimes de Tibère. Ce fut lui qui étouffa le vieillard sous des coussins, et Galigula (voy. ce mot) fut proclamé empereur à sa place. Il ne faut pas oublier, cependant^ que, même aux plus mauvais jours do ce règne, l'administration noces«a pas d'<^tre feriii»' et rarméc disciplinée. décomposition de l'empire n'avait pas encore commencé. — Los fai'is qui rattachent l'histoire de Tibère à celle duchristianisme naissant bout peu nombreux. Jésus-Christ vécut et mourut sous son règne. Ge fut la quinsième année de Tibère^ dit Luc (III, i), que Jean-Baptisie commença à prêcher. Cette quinzième année commençait le 19 août 28, et nous avons là une date précieuse pour la chronologie de la vie de Jésus. Pontius Pilalus (voy. le mot Pilate) était procurateur de Judée sous les ordres d'.'Elius Lammia, légat impérial de Syrie (20-.'i:2), lorsque Jésus fut crucilié. Pilatea-t-il adres-é à Tibère, comme l'aflirujent plusieurs Pères, un rapport sur le procès de Jésus ? Le fait en lui-môme n'a rien d'invraisemblable; nuiis l'écrit qui nous est parvenu sous le nom à' Actes de Pilate est un faux sans valeur historique. Nous savons que Pilate, pour exaspérer les Juifs plus encore que pour plaire à l'empereur, avait &it entrer les enseignes romaines tfw Timage de César à Jérusalem. La religion juive interdisait toute leprésentation de divinités dans le voisinage du Temple, et Tibère luimême donna l'ordre non seulotuent d'enlever les enseignes (ce que Pilate, cédant aux réclamations des Juifs, avait déjà fait), mais aussi les boucliers dorés (joi axaient été placés dans la ville sainte et dont les inscriptions, reufermanl des noms de divinités païennes, étaient un scandale pour les Juifs (Phil., Leg, adCaj., § 58). Les prédécesseurs d'^Elius Lammia à la légation de Syrie avaient été, sous le règne de Tibère : Galpnroius Pison (17-19), Go. Sentius Saturninus (19-30) ; et ses suc- ««Meurs furent Pomponius Flaccus (32-35) et Yitellius (35-30). Outre le Terset du Nouveau Testament que nous avons cité (Luc. IH, I), il est eofiore fait allusion à Tibère dans les passages suivants (.Matb. XXII, 17; Mire XII, 14; Luc XX, 22: XXHI, 2; Jean XIX, 12). En l'an 10, Tibère avait cbassé les Juifs de Home. Ils étaient au nombre de 4,(X)0, dit Tacite. Séjan, tout-puissaul alors et acbarné contre eux, avait obtenu cet exil; mais, après la mort de ce ministre (31), la politique de Tibère (bt, au contraire, très &vorable aux Juifs. Il ne faut attacher aucune imporlance à Tassertion de Tertullien, d'après laquelle Tibère, ayant entendu parler de Jésus, aurait voulu le mettre au nombre des dieux* — Le» Hérodes, serviles envers Auguste, furent serviles aussi envers Tibère. Antipas, pour lui faire honneur, donna le nom de Tibériade h sa capitale ^Jusèphe. Âiit. jud., XVIII, 2, 3), et le tétrar<iue Philippe fit frapper ses monnaies à son effigie. On en a retrouvé plusieurs des aouées 16, 19, 26^ 29^ 33, 37. Quand Philippe mourut, sa tétrarchie fut

IlBÊllE — XIBEIUADE

réunie à la province de Syrie {Ànt. jud., XVIII, 4^ 6). Rappelons encore que, lorsque Arétas attaqua Antipas qui avait répudié sa fille, Tibère ordonna à Vitellius (Je marcher contre Arétas et de le prendre niurt ou vif. La mort deTilièn' arrt'l icrltcoxpéditiou i Ant. Jud.,\\\[\, 2, 3), Si Antipas et Pliilip|M' >urent ainsi se cdix ilifr Tibère, il n'en fut pas de même de leur neveu, Hérode Agrippa I""", qui vivait à Home et était très li«" avec Oaiigula. Cette liaison éveilla les soupçons du vieux Tibère, qui le fit jeter en prison. Caiigula lui rendit la liberté à son avènement (voy. le mot Hérode Agrippa i^). — Sources : Suétone, Vie de» douze Césart {Tibère] ; Tacite, Annales, I, II, III; Jos., Ani. Jvd., XVIIl : Dion Gasfitts, 57, 58. KnM. Stapper.

TIBÉRIADE. aujourd'hui Tabaiiyèh. Cette ville, située sur la rive occiilt.'iitale du lac ([iii porte son nom, occupait, d'après saint Jén^me (Onoi;i.tti<i un), l'ciiiplacement de l'ancienne Kenn-th, qui avait donné son nom au lac; si Ion les tradilious rabbiuiqucs, elle répond aussi au Rakkelh de Josué ^XIX, 35). Elle est mentionnée deux fois dans Tévangile (Jean YI, I, 23; XX, 1), sous le nom de Tibériade, et FI. Josèphe nous apprend qu'elle fut fondée par Hérode Antipas, qui lui donna le nom de l'empereur Tibère, son protecteur, vers l'an 16 avant Jésus-Christ [Ant. jud., XVÏII, 2, 3; Gitn-rr rhs ./uifs, II, 9. 1). U ville nouvelle, dotée de privilè^n s de t">ule sorte, devint la capitale delà Galilée. Némn la donna à Ag^rippu le Jeune. Dans la guerre de l'indépendance juive, elle lut iortiliée par Josèphe, commandant en chef delà Galilée, et ouvrit ses portes sans résistance à Yespasien, qui la traita avec clémence. Après la destruction de Jérusalem, Tibériade devint un des centres de réunion de la nation juive et elle fut dans le second siècle le siège du sanhédrin, présidé alors par le célèbre rabbin Judah Hakkodecb, le compilateur de la Mischtia. De l'école de Tibériade sortit encore, au troisième siècle, la Geinara, plus comme sous le nom de Talmnd de Jérusalem, cnmposée par le rabbin Jnchaiian, et, au sixième siècle, la Mnsorali .tradition^ Jérôme éludia ,<uiis la direiUiun d'un de ses docteurs. Elle vil encore lleurir les rabbins Akiba et Maimonides. Sous le règne do Constantin, un Juif converti obtint d'y élever une église chrétienne, et Ton voit mentionné que|({uefois plus tard un évèque de Tibériade. Justinien rebâtit ses remparts ; elle fut prise, en 614, par Khosroi s, en G37, par le khalife Omar. Après la première croisade, elle fut donnée en fief à Tancrèdc, et éri^'ée en évéché. Reprise en 1 1H7 par Saladiu, puis rendue en iJiO au.\ chrétiens, elle retourna délinitivemml aux imi-iulmans, en 1247. Dès lors, elle n est plus mentioniii'-e (jue rarement dans les écritsdes voyaireurs (Ui des auteurs aral>es. Au dix-huiticnie siècle, le cheikh Dhaher el-.\mr l'entoura de fortilications. Un tremblement de terre la bouleversa de fond en comble en 1837. ' — La ville actuelle, située au nord d*une petite plaine pierreuse ménagée entre le pied des montagnes et le rivage, forme un parallélogramme étroit. b»n^ de plus d'un kilomètre. Du côléde l'est, les maisons baignent leur pied dans le lac; des trois autres côtés rèfxne une enceinte massive, flanquée de tuurs, bâtie m gros blocs de basalte, mais en irraiide partie démolie par le treaiblement de terre de 1837. La ville ue possède aucun

TIBÉRIÂDE

monuracnt remarquable ; elle compte 3,500 habitants oiivirou, dont 2,300 Juifs, originaires, soit de TAfrique et de TEspagnc, soit de la Russie. Ce pays ruiné est sacré à leurs yeux, car c*est là que doit venir le Messie, qui établira son trône à Safed. Les tombes des grands ravins qui entourent la ville sont Tobjet de leur vénération. — Là ville ancienne sViendail beaucoup plus vors 1p sud, comme on peut en juger par un assez grand nombre de pierres taillées, do foiidalions, do rolnimos brisées, que l'on trouve dans la plains; d'anciens murs très «'^pais s'étendent au sud-ouest jusque vers la montagne où l'on remarque les débris d'une construction massive, qui peut avoir été une forteresse. M. Mac Giegor a retrouvé, dans le lac lui-même, à une profondeur de 0 mètre 60 à 1 mètre 80, des débris de murs et des restes de colonnes. A droite, dans les rochers, s^ouvrcnt des grottes sépulcrales, vers les bains chauds ili' llammath ou d'Emmaiis.

TIBÉRIÂDE fl^'ic de). — Le lac de Tibériade, ou ynrr de Gennésareth, mer de Galilée, aujourd'hui liahr et-Tabar'ujf'h, est située, d'après les mesures astronomiques du lieutenant Lynch, par 33" 15' 24" de longitude est (au gué de Sémak) et entre 32»4l'2ret 32« 53^37" de latitude nord. 8t longueur est donc de il' 16^ ou de 20 kilomètres 824 mètres ; sa latgeur moyenne est de 5 milles géographiques ou de 9,2S5 mètres. Ces chiffres sont plus forts que ceux que nous a laissés en nombres ronds l'histori<»n Josèphe (100 stades ou 1H,.-)(X) mètres de long sur 40 ou 7, 400 mètres de large). Lr niveau du lac est. selon M. do Bcrtou , à i30 mètres, et, d'après les nomlireusrs observations de M. le docteur Lortet, à 212 mètres au-dessous de celui de la Méditerranée. C'est à cette dépression que ses rives doivent leur température exceptionnelle, qui annonce déjà celle de U plaine de Jéricho et des bords de la mer Morte. Le lac affecte la forme d*aa ovale irrégulier. La profondeur serait, à la hauteur de Tibériade, <ie io mètres environ, d'après un renseignement recueilli par Lynch; elle diminue ensuite vers le sud et n'est plus que de 20 à 25 mètres près de la pointe méridionale , tandis qu'elle se maintient entre 40 et •iô mètres vers le milieu et sur la rive occidentale. Le maximum a été observé dans une dépression, en face du ouady es-Semak, où M. Lortet a dragué par des fonds de 250 mètres. Les montagnes qui rentourent daediè de Test et du sud-est sont taillées en hautes iiilaises , élevées d'environ 300 mètres, qui forment Fescarpement occidental duhautplateaadu Djaoulân. Deux ouadys, le ouady Fik en face de Tbbariyèh , et leenady es-Semak, à peu près en face de Ël-Medjdel, coupent la falaise orientale. Au nord-est, une plaine alluviale, nommée El-Batiyèh , annonce l'entrée du Jourdain. Le plateau ondulé (lui sépare lo lac de Tibériade du lac do Hoùlèh monte graduellement vers ce dernier, sans atteindre une grande hauteur, et laisse apercevoir le sonmiet neigeux du pind Hermon. Plus à rouest se dresse la montagne de Safed, à environ 800 mètres au-dessus du lac. Du côté de la plaine de Gennésaretb, les Mtagnes s'abaissent en pentes douces, tandis que la eôte sud-ouest, au- ^es^ous de Tibériade , s'élève par plateaux successifs vers les plaines du Tabor. Enfin, au sud, s'ouvre la grande vallée El-Ghôr, par laquelle le Jourdain s'échappe en décrivant mille méandres. — La nature volcanixu il

TlBLiUADE

que du bassin du lac est démontrée non seulement par los sources chaudes de Tibériade et de OinnmOeis (Gadara, au su<l-cst). les sources tièdes de Tal)ig:li;i, sur les bonis iiiAmo? du lac. au nord-ouest, mais encore par la fr(''(jiuMice des troiulilciiiruts do terre et la présence dos basaltes qui couvrent les côtes. La masse de celles-ci est cependant de formation calcaire. Les eaux du lac, qui sont en tout temps fraîches et potables, nourrissent un giand npmbre de poissons d'excellente qualité. M. Lbrtet a pu en quelques coups de filet en remplir une grande Imrque. C'était la pèche miraculeuse ! Ces poissons appartiennent aux genres suivants : Clan'as mucracanihns (le Coracinus de Josèphe) ; Capoefa dumescenn; liarhiis Beddonii; plusieurs chroniis, entre autres, le Chromis Andra', le C/iromis Simonts, le C/immis nilotiija et le Chnmh pntrr fmuUnis, découvert par M. Lortet, qui nourrit et porte pendant plusieurs semaines plus de 200 petits dans sa cavité buccale. Mentionnons encore le Labrobaritis canu (Lortet). — La végétation des rives est plus bàtive et plus méridionale que celle de la contrée environnante. L'indigo, le tabac, )b millet, l'orge, le blé, des melons d'excellente qualité en sont les productions principales. Le palmier s'y voit par intervalles et le laurier-rose y est magnifique. Josèphe nous a trac4 de ce beau pays un tableau enchanteur, et il est facile de se représenter ce qu'il devait être au temps où le Christ voyait se ])resser autour de lui les populations actives et laborieuses de ses rivages. Aujourd'hui, le lac presque désert a seulement trois ou quatre barques en bon état. Après Tibériade, El-Medjdel (Ifagdala), fis-Semak et Es-Samra sont à peu près les seules localités har bitées sur ses bords; ailleurs, on ne trouve plus que les populations des Ghaouàrinèh . moitié bédouins, moitié fellahs. — De nombreuses ruines semées tout autour du lac témoignent de l'ancienne prospérité de cette région et marquent l'emplacement de villes qui furent florissantes à l'époque rouiaine. Au sud, sur la hauteur, à une heure et demie environ de Tibériade, les ruines de A'ac/ès répondent probablement au Sennabr'is où campa Yespasien, avant d'entrer à Tibériade. Tout à fait à la pointe méridionale du lac des débris informes, situés sur un petit monticule, et connus sous le nom de Kérak^ marquent l'emplacement de Tariekée, ville fortifiée par Josèphe et qui fut prise d'assaut par Yespasien. Au delà du Jourdain, sur la rive méridionale, Khtrbel es-Sajura est probablement tout ce qui reste de rancienne Nippon, une des villes de la Décapole, chef-lieu de I Hippène. La partie orientale du lac répond au pays des Géraséniens et c'est là qu'il convient de placer la scène du démoniaque de Gadara (Matthieu XIU, 28-34) (v. ci-dessous). Le château ruiné de Qala'at ei-Motn^ sur le ouady Fik, répond sans doute à l'antique Gamala, ville de la Gaulanitide, et place forte dont Josèphe a donné une description topographique sur laquelle il est difficile de se méprendre {G. des Juifs, IV, i . Au fond du ouady, à 2 kilomètres du Oala'nt el-Hosn. se trouve le village de Fik, l'ancienne Apheca, mentionnée par Eusèbe, avecquebjues ruines. Plus au nord s'ouvre le grand ouady es-Semak, près duquel il conviendrait peut-être de placer le Magedan de l'Evangile de saint Matthieu et le Dalmanutha de samt Mare (F. Isambert, Bui. Soe, Géogr., 1853, p. 315). — Des ruines informes,

TIBËIUÂÛË

ùtaéu sur k rive gauche de ce ouady et connues bous le nom de Khena,

ont été identifiées fort judiciousemcnt avec Gergésa (Matth. VIII. 28). On trouve en eflct, au sud de Kliersa, les rochers les plus escarpés de la nie orientale. En remontant aunonl la rive gauche du Jourdain, on ne tarde pas à rencontrer le monticule et les ruines de Et-T>-U, l'anlitjue Bdhsaïde ou JuUas. C'était, comme son nom l'indique, un village de pèclieurs. Philippe, tétrarque d'iturée, ragraudit et lui donna le nom de Julias, en Fhonneur de Julie, ÛÛe d'Auguste. C'est près de ce Bethsdda qu'il convient de placer la scène de la multiplication des pains (Luc IX,. i(M7), après laquelle Jésus-Christ, envoyant ses disciples par 1p lac à Capernaûm, se retira sur la montagne pour prier (Marc 'VI; Luc IX; Jean VI). Mais les ruines et les souvenirs les plus intéressants se pressent surtout sur la ])artie nordnjuest du lac, entre rcnilidiichure du Jourdain et la pointe qui terme au sud la plaine de (lennésareth. Ce petit coin de terre a été le séjour préféré du Christ; c'est là que les évangiles nous le montrent accomplissant son œuvre divine jusqu au jour où 0 quitta pour la dernière fois les bords riants du lac. premières mines que l'on rencontre, en allant de Test à Touest, sontoelles de Tell- Hofun: et, un peu au nord, celles de Kkérnzèli; viennent ensuite t elles (leA'Aa/i Minièh et de Ahi el-Tîn. — .\ j)arlir de Ain et-Tin, vers le sudouest, s'ouvre la plaine de Gcnnésar ou Gcnnésareth (appelée aujourd'hui El-Ghouen, \Q Gliôr), dontFl. Josèphe [Guerre des Juifs, III, 10,8) nous a tracé le plus riant tableau ; cette plaine, aujourd'hui déserte, étonne encore par la puissance de sa végétation et Ton peut y retrouver la plupart dea arbres désignés par l'historien juif. Elle était arrosée non leolement par les eaux de Ain el-Tàbigbaetde Ain et-Ttn, qui viranent do noid-est, et qui y étaient distribuées par des aqueducs dont on retrouve de nombreux vestiges, mais encore, à l'ouest, par le ouady el~ Amond et le oundi/ er-Itabadiyèh. Le premier, il i-sl vrai, n'est qu'un torrent desséché la plus grande partie de l'année et qui n'atteint le lac qup par des canaux mal tracés; le second est un cours d'eau permanent et abondant. Enfin, vers le sud, se trouve une source considérable , le Âmel'Medaoàarah, C^est vers le milieu de cette plaine, sur les bords du Ise, que s'élève le misérable hameau de El-Medjdel, dans lequel on reconnaît le nom de Magdala, la patrie de Marie-Ma^deleioe (MarcXYI,9; Jean XX, 17-18). On a longtemps discuté et Ton discutera probablement longtemps encore, faute de documents précis, sur l'identification des mines que nous venons de nommer avec les villes fameuses de Bcthsaida, Gapernaiim etKhorazin. — Le cadre de cette étude ne nous i)rrin(!t pas d'eutr(;r à fond dans une discussiou longue et délicate etqui d'ailleurs n'aboutirait à aucune solution satis&isante. Nous nous contenterons d'indiquer sur ce sujet les principales hypothèses. Robinson place KhoiitinàTeU Hoùm; mais il est plus probable que Khorazin doit se retrouver au petit village de Kérdzèh, situé dans un vallon à trois kilomètres au nord-ouest de Tell Iloùni. etqui en a conservé le nom altéré. D'autres auteurs, comme Lynch, (îuérin, etc., ont pris Tell Hoùin pour les ruines îûème de Gapernaiim, et cette opinion compte un assez grand nonilire de ^tenseurs. Elle se fonde sur l'importauce des ruines, la beauté des

TIBÉBIADE — TlLLEMOiNT

Uo6S, le style des sculptures qui rappelle ceiui des synagogues de Kefr Bir*fan, de Meiroùii,de Qadès, etc, l'analogie des noms, TèllHoftm ayant été salNttitaé à Kefr Mahoûm, et enfia sur remplacement même des ruines, admirablement approprié au développement d*une grande Tille.

On objecte à cette manière de voir que Tell Hoûm ne possède pas de iiource et n'est pas adossée à une montagne comme le veut Arculfe, tandis que cette double coinlitioii se trouve réalisée à Khiin el- Miniyèh, située sur un rocher, au pied du(|uel rnulc la source altondante, noiiuiiée Aïu et-Tin (source du tiguier). llobiusou n iiésite pas à identifier Khàn el-Miniyèh avec Gapemaûm et les sources de Ain et-Tabigha, situées un peu au sud-est, avec Beihmda, patrie des apAties Pierre, André et Philippe (Jean I, i4), village situé dans la Galilée (Jean XII, 21), et distinct de Bethsaïda-Julias (voy. ci-dessus). Enfin M. de Saulcy place Capcrnaiim près de Aïn el-Medaouârah, vaste bassin situé sur les pentes delà montagne, à l'ouest de la plaim- de Gennésareth, et dont l'eau donne naissance à un petit ruisseau. Mais cette opinion nous poraît devoir éire écartée, parce, qu'il ne se trouve aucune ruine en cet endroit (E. Kobin- &OQfBiblical researches of Palestine^ 3 vol., Londres, 1869 ; W. F. Lynch, Narrative of the Vnited States Expédition to the River Jordan and ihe Dead Sea, Londres, 1840; V. Guérin, Ikicription géographique^ historique et archéologiqw de la Palest'ute , Galilée, Paris , 1874; Mac Gregor, TheRobRoy on the Jordan, 1 vol., Londres, 1876).

An. Chauvkt.

TILLEMONT (Lnuis-Sébastien. Le Nain de) naquit à Paris le 30 novembre 1()37 et mourut dans la même ville le 10 janvier tfiOH. Agé de soixante et un ans. Il était lils d'un niaitre des requêtes; placé ù l'ùge de diz-ans dans les écoles de Pôrt-Royal, il s*y fit remarquer par son ardeur au travail, son application et sa douceur. Il eut pour mattres Sad, Nicole, Beaupuis, Lancelot et plusieurs autres membres de cette illustre société. Après avoir (brillamment accompli ses humanités, il apprit la philosophie au moyen d'entretiens avec Nicole, entretiens qui furent rédiirés et plus tard publiés s<uis le titre (VArl de penser^ c'est la « Logique de Port-Royal. » Mais bientôt, passant aux études sacrées, il commen»;a la lecture des Annales de Baronius, lecture qui lui révéla le genre d'études auquel il devait consacrer sa vie. N'ayant encore que vingt ans, il commença ses travaux sur Tbistoire ecclésiastique. N'ayant ancun goût pour la scolastique, il ne voulait étudier la théologie que dans l'Ecriture sainte et dans les P^res de l'Eglise. Envoyé au séminaire de Beauvais à l'âge de vingt-trois ans, il y poursuivit ses études sous le célèbre docteur llermant fvovez ce nom). Il reçut liientôt les ordres sacrés de M. de Buzenval, évéque de Beauvais, qui aurait désiré le garder auprès de lui pour en faire son successeur; mais le modeste savant s enluit pour se soustraire aux dignités. Il se fit construire un petit logement dans la cour de Port-Royal des Champs et se plongea dans une retraite studieuse d'où les persécutions Tarracdièrent. Contraint d'abandonner le cher désert où son coeur habitait avec ses souvenirs d'enfance, il alla se réfugier à Tillemont, terre que sa famille possédait dans les environs de Yincennes. Depuis cette époque, à l'exception d'un

TILLËMONT

Toyage ea Hollando, o& il alla pour yoir Amauld et révèqoe de Gastorie, la vie de Tilleaioiit s'écoula dani son eabinet. Bon, simple jusqu'à

l'humiliti^, d'une piété tendre ot profonde, aimable et accessOile, savant d'une érudition prodigieuse, tel fut Tillcmont. C'est avec raison qu'un de s^> biof^rapho^ a dit de lui : « TI y a bien peu d'hommes dont la mémoire soit plus irréprocliable, dont lu piété ait été plus sincère, lo? intentions plus droites, et le savoir plus réel. » Quant à son style, dont on a, non sans raison, critiqué la sécheresse, il faut, pour le juger, avoir égard à la nature de ses travaux, qui ne se prêtaient guère à l'ornement et aux images. Malgré cela, on peut reprocher à Tillemont sa phrase teme, quoique correcte ; un peu de chaleur et de mouvement n'auraient pas nui à l'exactitudr. mais ces deux qualités manquent à la plume de notre auteur, il faut bien en convenir. — Les ouvra^res de Tillomont sont les suivants : i'^ Histoire des L'mpereuvs et fies autres princes qui ont régné durant les six premiers siècles de r/iyh'se, des persécutions tja'Hs ont faites aux c/irétieiis, de leurs guerres contre les Juifs^ des écrivains profanes, et des personnes let plu» iiluêtres de leur temps. Justifiée par les citations des auteurs origmaux. Avec des notes pour éelaireir les principales difficultés de Vkistoire, Paris, {690-1738, 6 vol. in-4« ; les deux derniers volumes ne parurent qu'après la mort de l'auteur, par les soins de Tronchav, son secrétairo pI son ami. On a mis en téte du sixième volume l'éloge de Tillemont, extrait dos Hommes illustres » de Perrault; 2'^ Mémoires pour servir à riHsInire eeclésiostif/ue dc.'i six premiers siècles. Justifiés par les citations des auteurs oriyinaux. Avec des notes pour éekàreir les difficultés des faits et de la chronologie , Paris, 1603-1713, 16 vol. io-4'. Ces deux ouvrages qui, réunis, forment an ensemble de 2â volumes in-4<*, constituent, encore à Theure qu'il' est, le monument le plus vaste et le plu^; i)récieux sur l'histoire religieuse (ÎPi! preiniors siècles. Le tome XIII est consacré en entier à saint Augustin. On a encore do Tillemont : 3*' uno Vie de sninl Cj/pricn sons forme de « Préface, » en tôtc d(* la traducticjn française des (euvres de ce Père, par Lambert. Il avait fourni une grande partie des matériaux qui ont servi à la publication des vies de Tertullien, d'Origène, d Atbansse et de Basile, par Hermant ; c'est encore lui qui 9. donné la substance de la Vie de saint Louis, éditée plus tard par Filleau de La Chaise. Au reste, il a collaboré à un grand nombre d'ouvrages, notamment ù la puMication des œuvres de saint Augustin, de saint Paulin et de saint Hilaire. Il a laissé plusieurs ouvrages manuscrits qui n'ont pas vu le jour. Miclu 1 Tronctiay a publié à Cologne, en 1711, une 1 7e de M. Lenain de Tillemont, à laqiielle il a joint des Réflexions sur devers sujets de morale et quelques Lettres de notre auteur. Tillemont fut enterré ù Porl-Koyal des Champs; mais lors de la destruction de celte maison, en 1711, on l'exhuma, et ses cendres furent portées dans l'église de Saint- Aodré-des-Arts. — Sources : Fontaine, Mémoires pour servir à Vhis" tniro ,in Port-Royal^ t. il; Du Fossé, Mém. p. serv. à Vhist. de P.-R.; UtauU de plusieurs pièces pour servir à V Histoire de Port- Royal, Itrecht, 17 U), p. ;{(•):}, 30 '4 ot :m\ Aécrrdocfc de IWljljnyc de Port- Hoyal, au 10 janvier; SuppUment au Nécrologe de V Abbaye de Port'

TILLEMONT — TDION'

Royale p. 301; Besoigne, Histoire de t Abbaye de Port-Royal^ t. V, p. 75 à 101, oii on trouve une vie abrégée de Tillemont; ce récit de Besoigne est des plus intéressants, c'est un morceau précieux plein de

d<^tails intimes et touchants: Guilbert, Mém, histnr. et rhronolog. sur VAbhnyp (k Port-Rotjal (1rs r/tnrnpft, 3« parti<^. t. III; Doin Cl»''monrPt, /7/v^ ffpnt'r. tlf> Pnrt-Hoi/aly t. VIII; l ahlu'' Haciiie. .\f>rr;/é de l'Htsfoire err/ésiasiii/u(\ t. \IÎ, p. 382 h i03. p*;tit<' bio^^raphie trôs Vùen faite: M"*^ Poulain, de Nogent, iVowi'. Jlist. abrég. de L'Abbaye de Port'- Royal, t. IV; Nécrologe dei plui eHèireê défenseun êteùnfesieurs de ta vérité des dix-septième et dix-huitwme sièeleSf t. I ; Tabbé Barrai, £H^ ttorm. kàtor.^ littér. et critique^ art. Nain {Le) ; on sait que Barrai ne brille ni par l'ordre ni par le style, mais il est toujours bien renseigné. Son article sur Tillemont est à ronsiilter. A. MAn.vvn.T.

TILLOTSON (John), pr(''dirat(Mir v\ tlu'olopen anglais, naquit en octohre \ iV.M), à Sowerby, dans 1(^ Yorkshire. Son père, nianutaclurier tle drap, était un rigide puritain qui lui inculqua ses principes. Après avoir fait ses bumanités à Halifax, Tillotson fut envoyé à l'université de Cambridge. Bien que cette université fût alors un des prinLipmx foyers du puritanisme, le jeune étudiant se dépouilla peu à peu de sa raideur sectaire, sous r influence des ouvrages de Chilling Wootle, dont il faisait une lecture assidue, et dans le commerce d'hommes tels que Cudworth et Wilkins, principal du collège de la Trinité. Il défendit désormais, dans ses écrits et dans la chaire, les principes de l'Eglise ang-licano, mais d'une manière tout à fait rationnelle et tolérante. Avant d'entrer dans le ministère évangélique, il quitta l'université pour surveiller Téducation du fils d'Edmond Prideaux^ procureur général sous Gromwell (1657). A cette occasion, il résida à Londres et fut en rapport avec d*éminents personnages. Il avait plus de trente ans quand il se décida à entrer dans les ordres. II desservit d'ahord, comme vicaire, la paroisse de Che^hurst. dans le Herford«îhire (lOGi-lGGi), et, comme recteur, collo de llt'ddington, dans le Siiirolkshire (1GG31. En IGGi. la corporation des avor;it5; de Lincoln's-Inn, à I.ondrrs, \o clidisit rommo uvocU, vi la même année, l'église de Saint-Laurent lui adressa une vocation semblable, n ne tarda {»as à se faire une grande réputation d*orateur. Sous le règne de Charles II, il se tint autant que possible à Técart ; il se signala cependant par la conversion du jeune duc de Sbrewsbuiy, qui m/'cctntenta la cour. Après la révolution de 1688, il fut nommé doyen de Saint-Paul et clerc de cabinet du roi. puis archevêque de Cantorhêry le 23 avril 1G91. Il mourut à Lambeth, le novemlire HV.i'k. up laissant pour toute fortune à sa femme (|ue la propriété de ses oMjvres. Celle-ci vendit le manuscrit de ses sermons posthumes pour !2,500 guinées. La dernière édition de ses œuvres est celle de Warburton, parue, en 18:26, en dix volumes in-8^.

TUON, Tifumt un des sept premiers diacres de la communauté chrétienne de Jérusalem (Actes VI, 5). Les Grecs en font un évéque deBostres, en Arabie, et Thonorent le 23 juillet. Le martyrologe romain en fait un évéque de Bérée et célèbre sa féte le il) avril; il serait mort à Corinthe, où les juii's et les païens le jetèrent au feu, et, voyant qu'il eu

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