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l'ruit des recherches étendues d'un Eusc!)P de Césarée, par exemple, nous montre que le Nouveau Testament renfermait tout ce que la tradition (traie pouvait contenir d'important et de sùr. et les étranges bévues d'un Papias, ou même d'un Irénée, nous prouvent (jue cette tradition orale s'était tout naturellement altérée, dès le deuxième et le troisième siècle, par suite du défout de scienee ou de critique de ses dépositaires, ou de leurs préjugés de provenance juive on païenne. — Mais cette évolution, qui était en train de s*accomplir paisiblement sur les confins de ces deux siècles, fut soudain contrariée par la nécessité où les orthodoxes se trouvèrent de se servir de la tradition orale comme d'une arme défensive contre les hérétiques, et tout spécialement contre les gnostiques, qui. surprenant l'E^'lise avant mémo ([u't'llc eût fissuré ses fondements, cherchaient à insinuer dans le christiaiii^iiie des éléments euipruntés aux pbilosophies polythéistes ou panthéistes. Pour prévenir oette folsification de la doctrine évangélique, l'Eglise se préoccupa d*abord de fixer le canon du Nouveau Testament ; mais elle s'aperçut bientôt que l'invocation des textes apostoliques ne suffisait pas à réduire les hérétiques au silence, attendu que tout le monde usait alors, vis-à-vis des écrits sacrés, de cette exégèse :illé^^)rique (jni permet d'y trouver tout ce qu'on y cherche. C'est ainsi que l'ancienne Eglise catholique l'ut conduite, avec Irén^'e et surtout avec Tertullien (voyez ces noms), à en appeler, d'une part, de la lettre extérieure du Nouveau Tostaoïeut, interprétée par les hérétiques dans leur sens particulier, au contenu intime de rÊcriture, tel que les apôtres l'avaient confié à leurs disciples et tel qu'il avait été conservé par la succession ininterrompue desévèques; et, d'autre part, des prétendues traditions ésotériques invoquées par le gnosticisme à la tradition catholique des ESglises mères, àe& S'^d'^fi nposlofinr. Irénéf et Tertullien opposèrent ainsi aux hérétiques une lin de non-recevoir ; ils les récusaient d'avance, ils les déclaraient « priori indignes d'être entendus; ils soutenaient qu'il y avait contre eux prescription. Et ce même procédé sommaire tut employé contre les gnostiques par des hommes tels que Clément d'Alexandrie et Origène, qui ne craignaient pourtant pas dUnvoquer à leur tour des traditions secrètes, lorsqu'ils se permettaient ici et là de s'écarter quelque peu de la doctrine consacrée. — Tant que TEgUse catholique envisagea comme sommaire de la tradition, et par conséquent comme bouclier de l'apologétique chrétienne et comme clef de l'exégèse biblique, cette élémentaire et primitive rèf//e d*' foi, qui «levait peu à peu se cristalliser dans le Symbole des apôtres (voy. ce mot), elle ne risquait pas de commettre de trop grands écarts. MallM-ureusement, la catégorie de la tradition ne tarda pas à se tran^ormer entre ses mains en une sorte de UaiM^seing, au moyen duquel elle tâchait de légitimer, comme étant d'origine apostolique, tout ce qu'elle désirait instituer ou conserver malgré l'alrâence de fondement biblique. Comme il était manifeste qu'en dehors des dogmes et des préceptes fixés par le Nouveau Testament, il n'existait plus dans l'Eglise de tradition vraiment originelle, on prit bientôt le parti de sulistitU(>r au critère de rantlipiité ct-lui de l'universalité, ou plutôt d'envisager l'universalité d'uae tradition, c est-
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à-dire l'accord unanime des évèqucs à son sujet, comme la pierre de touche de l'autiiiuiié, c'est-à-dire de U provenance apostolique de cette tradition. Mais cette fiction ne s'établit point sans quelques tiraillementa. Lorsque ce même év4que Gyprien, de Garthage, qui travaillait à édifier
la théorie de Tépiscopat unanime, se trouva difT)''rer d'avec son collègue, l'évéque Etienne, de Home, au sujet d.u baptême des hérétique^:, il ne se fît poijit scrupule d'en appeler contre la tradition au moins rituelle) à 1 Ecriture et à la raison: (/onsiirtudo sini' rrrifatc, fcrit-il, cftnstas errn/ is (.'st (A/>. 71 Et au i'oucilc de (iUrthago. l'un tlt; ses colh*«;ues africains, l'évéque Libosus, ne craiguil pas de soutenir la même thèse, en s'appuyant sur ce mot de TertuUien : in evangeUo Dominus : Ego sum^ i'nquU, Veritas. Nondixit: Ego sum çomuetudo, {De Virg, veL, 1). — Il n'est pas facile de caractériser exactement l'attitude que les docteur^ chrétiens des trois siècles suivants adoptèrent à l'égard de lu tradition. On trouve dans Atbanase, dans Basile, dans Cyrille de Jéru?aloin. un grand n(»mî>re de passages attestant la pleine suffisance de r^lciitiire comme ri-gle de doctrine. Et en Occident. Augustin, séparant les livres canoniques des productions chrétieimes [loslérieures. attribue aux premiers, non seulement une infaillibilité exclusive {Ad hier, y Ep. 19), mais encore une pleine suffisance en ce qui touche à la foi et aux mœurs (De doctr, christ. ^ II, 9). £t cependant aucun de ces auteurs n*entend parla contester rautorité de la tradition. C'est qu*à leurs veux, le contenu de l'Ecriture et celui de la tradition étaient absolument identi(jues; la tradition n'.ijoute rien au fond à rEcriture, elle ne l'ail (|ue l'éclairer en la confirmant. Ce n'est guère (|U(' dans le faux Denys rAréi»|>;igit*^ I ///'V. m /.. 1 (jiie l'on rencontre quelques traces de la notion alexandrino de la tradition ésolérique. — La conlruverst3 arienne tendit pourtant à modifier cette situation indéterminée. Los adversaires de Torthodoxie n'étaient plus, cette fois, des hommes qui cherchaient à altérer le christianisme primitif en y mêlant des notions païennes, c'étaient des honnnes (jui entendaient sincèrement, eux aussi, se placer sur le terrain du Nouveau Testament. Pous simpliGer leur défense. Atbanase et llilairc se liAlèrenf de déclarer que le texte de la Bible (levait être interjtrété d'après la tratlition des Pères. 11 ne s'agissait point encore, à leurs yeux, d une tradition (l'ujinatique, indépendante de l'Ecriture, mais seulement d'une tradition exéyétique, ii.xant la signification des passages invoqués des deux parts. Mais lorsque l'orthodoxie -voulut imposer à tous les chrétiens sa nouvelle terminologie dogmatique, elle fut peu à peu amenée à considérer la tradition comme une seconde règle de foi. destinée à compléter la première. Cette évolution s opéra d'abord dans l'Eglise grecque, chez les origénistes de Gappadoce. Gré goire de Nysse renouvelle l'argument de la prescription ; Basile écrit quelque part sjnriiii sanclo, 27^ (jue les ileux sources de la doctrine ont la même valeur; (irégoire de Nazianze (Orfl/Zo X-\XI.c.2G) elChrvsostome {Ad 2 Thess. II, 13) commencent à admettre que le christianisme est perfectible, que le Saint-Esprit a révélé à l'Eglise des clioses que le Fils n'a pas révélées aux apAtres. A la même époque, les mêmes idées deviennent courantes dans l'Eglise httine ; Augustin les appuie en
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bisant obsemr qoe la croyance à TEvangtle, ou & l*Ecritiire, repose, chez l'iadividu chrétien, .sur Tautorité de TEglise, aulrenieut dit sur l'éducation par l'Eglise {Contra Sp, fuudam, c. 5) et que rexplii-ation derEcriture est df'torminée, au moins iit'fiativpment, par la r^j^Io de foi (C <>/., t. X, p. (i89 . — Co fut pour l'aire rentrer dans de jus les limites l'autnrilé trop envahissante de ce dernier docteur, que Vincent de Lé.^ rins écrivit son CommonitoHum^ I ttuvrage classique de l'antiquité durétieniie sur la tradition eeclésiastique. Ce lÎTie se résumait dans ces jDOts célèbres du ch. 3**: Magnopere atrandumeit ut id ieneamut, guod ukique, gtÊod semper^ quod ab omnibus crédit um est; hoc est etemim vere proprieque catholieum. Hoc itû demvm fit, st'gequttmur universitateni, antiqui/atern^ consenxionem. Vincent de Lt^rins ne reconnaissait airi?i cfaiiuie vraiment catholiques que les doctrines cousiicrécs ]);ir les décisions de ronriles généraux ou par l'accord de docteurs considérahles de divers temps et de divers lieux. Il appelait d'ailleurs la tradition d'intelligence de l'Eglise (c. 2) ; u il se la représentait comme croissante, à Timage de celle de Tindividu humain, et il com})arait cette évolution à un défvelopfpement organique. Rigoureusement appliquées, les règles de Vinrent de Lérins auraient réduit la tradition certaine à bien peu de chose, attendu que, chez les Pères les plusandens, on trouve souvent (de l'aveu même de Mudiler , des interprétations, des témoignages et dos jugements contradictoires. En pratique, l'Eglise prit donc I haiiitude de se décider pour ropiiiion la plus répandue, en partant de la présupposition que cette opinion-là était aussi la plus ancienne. Puis, pour constater l'universalité d'une doctrine dans l'espace, die recourut toujours plus à Tinstitution des conciles ceeuméniques, considérés soit comme les organes de la tradition, soit comme les centres inspirés de riatelligence ecclésiastique. Grégoire de Itasanze, qui se déclarait honteux de siéger dans la mauvaise compagnie du deuxième concile œcuménique, érigeait déjà en oraf le le premier de ces conciles, qui n'avait eu lieu qu'un demi-siècle auparavant, et où les traces de l'infirmité humaine n'avaient pas été moins manifestes. Les autorités politiques et ecclésiastiques, Justinien et Grégoire le Grand, égalèrent bientôt les quatre premiers conciles à l'Ecriture sainte. Le cinquième concUe assimila les décisions de ses prédécesseurs à la ttadition et déclara, en ovtre, youloir suivre de tout point une douxaine de Pères et de docteurs, dont il donnait la liste. Enfin le septième concile proclama la solidarité des conciles œcuméniques comme organes infaillibles de la tradition et ses séances furent closes par ce cri: « Anathème à quiconque rejette la tradition <Io l'Eglise, (ju'elle soit orale ou écrite! » — De cette double source des conciles et dos Pères, la tradition reçut toujours de uouveau.v affluents, de sorte qu'elle se transforma bientôt en un fleuve irrésistible. L'étude de l'Ecriture sainte devint pea à peu une afibire deloze. La controverse monopiiysite, par exemple, ne fut que la lutte entre deux traditions hétérogènes. L'Eghse se mit à ratenir fermement les résultats du développement dogmatique antérieur, en les antidatant pour les faire remonter au siècle apostolique, et à donner à toutes les questions encore pendantes la