‹ Encyclopédie des sciences religieuses;Chapitre 45 sur 158 · TRADITION · texte numérisé non relu

TRADITION

soiutioii indiquée par les prémisses déjà posées. Au coiTiincncemeiit dn septi^me siècle, le monophysite Etienne (iol)ani> il*hntii fiihUoth.^ cod. 232) est pcul-f^tre seul à signaler oncorc les noniluvuses contradiction des P«'res et à combattre l'autorih^ supH-mc de la tradition. — En Orient, le dogme delà tradition lut fixé avec Jean Damascéne. L*Ej;lise grecque ne reconnaît que les sept premiers conciles œcuméniques, plus le qtUniiêxtum de 092. Dans ses livres symboliques, elle coordonne la tradition à l'Ecriture, comme « la forme non écrite et mystiquement transmise de la parole de Dieu. » Enfiut, la tradition de TEglise d'Orient est souvent opposée, non seulement aux textes du Nouveau Testament, surtout dans les questions do culte et de vie elin-tienne, mais encore à* la tradition de l'Eglise d't )t i i(lont. — Les limites que la théologie grecque avait posées au développement de la trailitioii n'existèrent pas pour l'Eglise latine du moyen âge. Cette Eglise alla jusqu'à attribuer une sorte d'inspiration, non seulement aux conciles et aux papes, mais aux docteurs célèbres du temps, aux saints ascètes, aux mystiques et méine aux fenatiques. Bien loin de distinguer entre la révélation chrétienne primitive et son développement humain postérieur, elle honora les Pères à réjral des apAtres. Abélard, il est vrai, relève encore assez hardiment les iijcohéreiKM'S de la tradition {Sir rt tion) et Thomas d'Aquin lui-m«^me distintrue entre la crrfihift»' donnée par le lémoijrnapc de l'Efiiture et la simple pruhabiliU^ fournie par le témoiicna^^e des Pères [Sumvia^ V. 1, qu. i, art. 8). Mais ces opinions demeurèrent isolées. En fait, la tradition régnait seule sur l'Eglise. — Aussi tous ceux qui aspiraient à une réforme tournaient-ils leurs regards du cAté de l'Ecriture, qui devint, dès lors, dans l'Eglise de la tradition, le livre des hérétiques. Citons seulement ici les théologiens Jean de nocli. Jean de Wesel, etc.. et les communautés de Valdo, de Wicleff et de Hus. Lorsque, en \ et l 'i.'S. le rardinal-légal Nicolas de (lusa dut écrire aux hussites au sujet du retranchement du calice, le représentant du concile de BAle déclara ouvertement que l'Eglise pouvait, suivant les circ»Histanccs, changer la forme priraitived'un sacrement, attendu que Tintelligence des enseignements scripturaires croissait chez elle avec l'expérience pratique. Au reste, en assistant aux dissensions intestines et même aux scissions prolongées des grands conciles généraux du quinzième siècle, les hommes qui, comme Cusa, étaient partisans de Tuoité à tout prix, furent tout naturellement amenés à déplacer le siè^-^e de la tradition et à le transférer du collège des évé([nes à la chaire de Saint-l^ierre. Cette dernière évolution de l'Eglise catholique devait s'achever en prestance du grand schisme protestant du seizième siècle. — Les rétorniateurs proclamèrent tous spontanément le principe de l'autorité suprême de rÊcriture. Cependant Calvin visa plus que Luther à rendre à l'Eglise renouvelée la physionomie primitive du christianisme apostolique. Le réformateur allemand s'était contenté de déclarer (dès 1522), qu'on ne devait tolérer la tradition que lorsqu'elle n'était point en désaccord avec la Bible, et les livres symboliques de l'ICglise luthérienne ne rejettent que les traditions humaines «pii peuvent obscurcir le dogme de la justification par la loi. Les écrits confessioiuiels de l'Eglise réformée sont

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plus radicaux ; ils répudient positivement toutes les doctrines et les pratiques qui ne peuvent (Hrc «''taiilies par l'Eîcriture sainte. — Ce fut on opposition directe avec \o système protestant que le concile de Trenic (4* session, 8 avril lo-iG) proclama expressément (}ue l'Ecriture et la tradition étaient deux sources coordonnées de la doctrine chrétienne. Il partit du principe qu'à c6té dea règles dogmatiques et morales des livrée saints, il existe « des traditions qui, ayant été reçues par les apôtres de la bouche de Jésus-Christ lui-môme ou ayant été laissées parles mêmes apôtres à qui le Saint-Esprit les a dictées..., ont ét«'> conservées dans rEgli>e catholique par une succession continue. » L'Ecriture et la tradition, ayant de la sorte une mt^me source, ce (jui exclut par avance tout désaccord rntre elles, ont aussi la nit^me autorité : « Le saint concile les embrasse avec un pareil respect et une égale piété. » Par conséquent, « pour arrêter et contenir les esprits inquiets et entreprenants, » le concile ordonne que, « dans les choses de la foi, ou de la morale même, en ce qui touche au maintien de la doctrine chrétienne, personne, se confiant en son propre jugement, n'ait l'audace de tordre l'Ecriture sainte selon son sens particulier, ni de lui donner des interprétations, ou contraires à colles que lui donne et lui a données la sainte m^.re Eglise, à qui il appartient de juger du véritable sens et de la véritable interprétation des saintes Ecritures, ou opposées au sentiment unaiiimtî des Pères, alors même que ces interprétations ne devraient jamais être mises en lumière. — Cette décision de Trente fut combattue avec talent par le luthérien Ghemnitz, qui montra (dans son Examen coneilH Tridentinif 1365-1573) que la tradition romaine était un véritable %ode d'erreurs. Peu après, Bellarmin défendit (dans son De verhn Dei, 1581^ le décret du coocile et introduisit dans la matière une foule de distinctions prudentes. Les docteurs romains qui sont venus après lui se sont pour ainsi dire bornés à copier ses arguments : c est la prédication oralecjui a toinlé l'Eglise : c'est l'Eglise qui a fixé le canon ; il est impossiblcqueles <pu.'lques pages du Nouveau Testament contiennent tous les préceptes apostoliques; les enseignements fragmentaires et obscurs de la Bible réclament le complément d'une tradition et d'une interprétation infiiillibles ; ' les protestants eux-mêmes admettent des doctrines ou des usages qui n'ont de fondement que dans la tradition, par exemple la Trinité, le dimanche, le baptême des entants, etc. .Si l'on ajoute à ces argnninits celui que Schelstrade iiii;igina. en IGHo. de tiriT de la discipline du srcn't (v. ci> mot i. l'on aura un aperçu à peu près ci)m()let de l'arsenal de l opinion calhidique. — Dans le camp protestant, Grotius etCalixte(v. cesnoiiis) crurent qu'une conciliation serait possible entre les deux points de vue en présence. Mais Ton comprit généralement que oe conflit de prinripes était irréductible. C'est ainsi que Daillé (v. ce nom) démolit (dans son Trotté de remploi des saints Pères, 1632) les preuves patrisUques alléguées à l'appui des idées catholiques, et sa démonstration fut rendue plus forte encore par la découverte de l inauthenticité de plusieurs dos pièces les plus importantes «lu dossier romain. Ue son côté, la dogmatique lutliéniMinr (lu dix-septième siècle se montra toujours inoii's disposée à admettre 1 autorité, môme relative, de la tradition. — Ce qui

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consomma la rupture Jes deux principes proteslaiit et catholique, ro fut ]o pas hnnli fait par Ips jésuites (Valonlia, Prtau, Haunol»!, etc.) lorsqu'ils s«' mirent à affinner i\uo. pour C'tro rci ues commo (ra<liti<»ns lé|iitimes, les «loclrim^s rt les pratitjucs de TE^disr n'avaient nuUeniont besoin de réaliser W caracti re de i anliquilé. Dès lors, le aiagistère iniaillible de TEgUse vivante devenait l'interprète de la tadilioa comme de rEcriture, k troisième tourae de la comuisaanoe chrétieiiDe et lapins haute autorité dogmatique et morale. L'on n'avait plus besoin de recourir à l'idée fictive d'une tradition latente se réveillant, sous la pression des circon-t DKvs, dans la mémoire des évéques, pour se manifester à ce monieuL à la consciom'e de l'E^rlise. I^e génie du christianisme, l'esprit de apôtres, rhiif durcnavant considéré comme animant, d'une manière perinaiieiite, le corps inysli»(ue de l'éjuscopat. Ainsi déliée de tonte dépenil iiiee {gênante à l éganl de l aiitiipiilé chrétienne et dotée. [)our son propre compte, d uue sorte (l'inspiration continue, l'Eghse chercha et trouva son centre d'unité dans le détenteur momentané du saint-siège apostolique. Au reste, Bellarniin lui-même avait, déjà fiut de la pratique de l'Eglise de Rome'(la seule Eglise apostolique dont la sueeessîon épiseopaie fût restée inattaquable) le seul critère certain de la tradition. — Cependant, en France, Tépiscopalisme gallican se refusait à mettre les huiles et les constitutions du pape au nombre «les symlwles et des canons obligatoires de l'Eirlise. Bossuel ht voir (dans son habile /'Exposition de la doctrine d*' r /ùjlise cnllioiuiui^, \iu\] eommeni les protestants euxuiémes avaient tempéré b- principe de l'autorité exclusive de l'Ecriture, par l admission d une certiiiue autorité relative de l'Eglisi^ I^'i-dessus Leibnitz, reprenant les traces de Galixte, se fktta de ramener les deux confessions rivales au teroain neutire de raMienns foi commniie. De 16SOài600, il.paniten Allemagne' une foule d'écrits inspirés par ces vues iréniques. Cent. ans après, ce rapprochement des esprits sembla un instant devoir s'accentuer. Tandis que plusieurs docteurs catholiques se montraient disposés à revenir au respect sincère de l'antiquité, qudques théologiens protestants, tels que J.-(i. Hosenmuller i /?e ta^ii tra-^ ditiiniis in theo/ot/ia, 1H76) se déclaraient prêts à attribuer à la tradition une certaine portée, l'ii des hérauts du christianisme libémi. Lessiii^^ se lit un jeu d'embarrasser l'orthodoxie protestante eu montrant (jue l'Eglise avait été fondée sur la règle de toi bien plus que sur le Nouveau Testament. Delbriick {Phii, }àleltmektkon, (br 0lmÊi6emi*'knr, 1836) et Daniel (Theoiog, Controvtrm, Mjl3) e»«érèrsnt cette tbèse^ qui fat réduite ù sa juste valeur dans l'ouvrage inachevé de Jaeobi et dans les trois lettres de Sack, Nitzsch et Liicke qui sont citées.plns loin. — «Tout autrement sérieux ont été les efforts tentés par le puséysme (v. ce mot) pour rétablir au sein de l'Efçlise anirlicane l'autorité de la tra«lition catholique. A partir de 18'io, Pusey, il. -11. Froude, Keble, Newnian, etc., se mirent à célébrei ia soumission à Toxégèse des Pères et aux décrets des sept premiers conciles comme le seul moyen de restaurer l'unité de 1 Ejj^lisc chrétienne. En Allemagne, l'école ultra-luthérienne éleva, beaucoup plus timideoMiii, âl est vrai, «sa -voix daas le même sens. A la même époque, le cathoUqns Moeblor, profitant de cer-

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laios aperças émis par Marhoineko (1808) et de la notion nouvelle de h C0D8cienr(* générale do l'Eglise, développée dans la dogmatique de Schleif^inachcr (1821), spiritualisa (liniis sa Symbolique. J832) l'idée de la tradition. Il en lit cet esprit collcctil'. invariable dans son essence, mais progressif dans se» manifestations, (jui préside au développpuiont de l'Kglise etqui, en assurant à la génération présente l'héritage mural des gteéraiioos paMées, garantit à la société chrétienne son unité religieuse et son idéalité moiilB. Ge nouveau point de Tue, qui fut adopté par d*aatres docteuis catholiqaes (Staodennuûer, Miebelis, etc.) amena la théologie protaatute à &cer plus exactement la notion oontrorersée. Tout en continuant, dans le oamp de la Réforme, à repoosser, pour des rai«ons toujours plus rigoureusement scientifiques, la notion catholique d»' la tradition, on a généralement renoncé ;\ soutenir (jup tout texte des Ecritures est doué d'une clarté al)>olijt> ot d une autorité immuable, et ijue tout protestant a par conséquent le droit «le s'ériger eu pape, une Bible à la main. L'on se montre, au contraire, disposé à nneux reconnaître le rèle que la tradition chrétienne primitive et la conscience dirétieune eoUeetive oai dft et doivent enoore jouer dans le développement natnel et régulier de TEglise et du dogme. — Ouvrages à consulter. Outre- les eocyclopédieSyleatcaités de controverse, d*liistoire ecclésiastique et d'histoire des dogmes, et les éertte cités au cours de cet article : P. Du Moulin, Du juge des controverses, Gen., 1636. .1. Nbstreiat, Tra'Ué deCEcrittgre «am/#?, «^tc, Gen.. 1()38; (ialura, />'• (radid'one, allerd rrvrlotionh f"iii*', Frib., 1790; Sack, Nitzscb et Liicke, /Jrei Sendschreihen un Ddlji'i'ick ûhev doH Amehi'ii di'v hi'il. Sclivifl und ilir Ver/hi'/fjtlss zur Glaubensref/el in der protest, und in der altvn Kirr/w, Ut nin, \H^1 ; Jacobi, Die kirddiche Lehre v. der l'radilion u. heiligen Sc/trift, Berlin, 4847; Friediieb, Sckrift, Traéitim und Stkrifiauslegung (cath.), IMmi, l854;L. de Saaetis,«Xalr«<iiYion, Paris, iS62; A. Tanner» Du kuth.TraàiHm»4md4aMprot, SchnftprmûpfljitBTae^WA ; Choisy, La traMdmapostoliqWfQm,y 1873; Holtxmann, Kanionund Tradition^ Ludwigsb., L'auteur de cet article a* profité surtout de Tartido Tra/lidon poUié par le méoie Holtxmann, dans la /{'•ai-Encf/rlopœdiedeHenog. F. Ghai'O^jnibre.

TRADOCIANISIIE, nom que les péla«?iens donnaient à la doctrine de sîiint .Vugustin sur le péché originel, (jui passe et se communique [tmlucilur) des pères aux enfcmts. Elle fut développée, après lui, en ce •OU que plusieurs enseignaient que ràuie ello-méme âtmy eafimt émane deeeUe de son fèro et naît ex iradute,

nèttl {Manui Uipm$ TrajamuCrimUit), emperevr romain, régna de «g à 117. U étaitâé «iBfpagne en 52. Consul en 91 , il fut adopté par Nem et lui succéda. Nous. n'avons pas ici à rapporter les événements pineipanx de son rëgne, pour l'étude desquels nous renvoyons le lecteur aux ouvrages spéciaux, histoires romaines, dictionnaires biographiques, etc. La seule question que nous ayons à traiter est celle-ci : t\uv devint l'Eglise chrétienne sous le rè<rne de Trajan? — Autrefois, quand on classait les persécutions de l'empire et que l'on en comptait dix, celle de Trajan était la troisième. Il faut abandonner cette claseifi-

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