TRAJAN
cation arbitraire. Néron et Domitien. avaient pcrséculé illégalompnt Ips clirétiriis. A p;irlir de Trajaii la persériilion cessa dVtre illégale. Elle fut légitimée i)ar un décret de l'empereur lui-même. Voici à qui lle occasion ii le rendit. Pline le Jeune, son ami, gouverneur de Bithynie, lui avait écrit une lettre (Epist.^ livre X, lettre 97), trop longue pour être transcrite ici, et dans laquelle il le consultail sur la conduite à tenir à l'égard des chrétiens de sa province. Cette lettre, qui date de la fin de Tan née \ 12, est un des souvenirs les plus précieux que nous possédions pour l'histoire du christianisme au commencement du second siècle. Voici la réponse de Trajan Pline, np cit.. lettre 08i: « Arlum qucm ffi'htfis(i\ mi Sfeitnde. in excutu'ndis (yniais eorum qui c/trisfiniii ad t>' ili'luti fuerdnt . sprutfis -'s. ■Seque enim in univrrsum ofif/uul, qtiod quasi rcrfam funuani /laU'uty constitui potes l. Couquirendi non sunt. 6i de/erantur et arr/itantur, puniendi sunt; ità tameriy ut qui negaverit se christ ianum esse, idque reipsa manife$tum fecêrit, id est supplicandodiiMnottru,guam»ig suspectiu in preteritum fuerity veniam ex pœnitentia impetret. Sine auetore uero propositi libelU nuÛo mmtne hcum habere debent, Nam est pessimi exempti, née nostri s:rruli est. » — .\u premier abord, cette réponse paraît assez favorableaux chrétiens, et quelques Pères de l'Eglise, Tertullien. Meliton,etc., s'y S'int laissé lr«nnper. Kn réalité, celle lettre autorise toutes les poursuites et absout tous les actes cuiiiiiiis contre les chrétiens. Trajan ne permet pas d'enquête préalable -< cunijidrendi tinn sunt. » Mais il encourage la (b''lation pourvu qu'elle ne soit p;is anonyme, et ces mots : « si deferanturel aryuantui\ puniendi sunt. » s'ils sont accusés et convaincus, il &ttt les punir, rend la persécution partout légale. La lettre de Trajan à Pline est le premier rescrit impérial contre les chrétiens. Tolérant pour les personnes, Penipereur ne l'est à aucun degré pour la religion ellemême. Entre les mains de magistrats cruels, son décret sera une arme terrible, et Trajan est le premier persécuteur .«ivsténiatiijue. Il a été sans doute un des meilleurs empereurs; il n'était point naturellement cruel; ni;ii>. cniiimi' les hommes les j)lns boiiiièh>s de son temps, Pline. Suétone. Tacite, il nourrissait d'invincibles pn jiigi s contre <• la superstition nouvelle. » Tout, du reste, le portait à être sévère, et. avant tout, l ettuinaute eitension que le christianisme prenait depuis quelques années. Il inaugura la seconde période de Thistoire de la persécution, celle oii la poursuite dépendit du caprice des gouverneurs. La trinsième période, celle des persécutions générales, ne commença qu'avec Décius. — Remarquez (pu les chrétiens ne sont plus poursuivis pour des forfaits abomiuables, meurtres d'enfants et orgies secrètes, mais que c'est le christianisme lui-même, innocent cependant et puéril aux yeux de Pline. (|ui est devenu un crime. Heuianiuons aussi que les chrétiens ne s<»ut \A\i> persécutés connue Juifs. Les deux religions sont soigrn'useniont distinguées. Klles le seront tcnijours désormais, saiil par le peuple, qui les coufoud encore daus sa haine. Uu reste, les Juifs, qui cependant se révoltaient, ne furent jamais très sérieusement persécutés. Les chrétiens, qui ne tiraient jamais l'épée, étaient au contraire implacablement poursuivis. Les empereurs reconnaissaient, dans leur religion humble et modeste en apparence, le véritable ennemi de l'Etat, celui qu'il fallait
TRAJAN — TUÉGUIER
vaincre si on ne voulait pas mourir. Désormais le ehrétien sera à la merci du premier venu, on répiera,on observera ses allures. Si, aumar-
clit^ il s'informe delà provenance des viandes qu'il achète, si, en passant d(>vant un toniplr ou une station, il n'etivoie pas un baiser d'adoration, s il s'abstient do paraître aux fêtes publiques, il sera dénoncé. Il siidira d'une lettre signée et il sera perdu. Or le poiiplc fanatique no se l ut pas faute de le dénoncer. — Lalettrede Pline, dont nousavons parlé, nous renseigne exactement sur la procédure suivie après une dénonciation. Le chrétien était interrogé par le proconsul. SU avouait, on le condamnait à mort; mais, avant de le mener au supplice, on apportait Timage de l'empereur et on lui demandait de l'adorer, de brûler de l'encens, de &ire les libations sacrées et de maudire le Gbrist. Quelques-uns se laissaient entraîner à l'apostasie; on les relâchait. U'autres restaient inébranlables et payaient de leur vie leur fidélité. — Ttrnace d Anti tciic et Siméoii, arrière-potit-fils de Clopas. et clirf de l'Eglise de jr-rn^alcin, moururent martyrs sous le rèjxne de Trajan. On nomme encore deux autres personnages, Zozinie et Hufus. La persécution semble avoir sévi surtout en Asie. A la lin du règne de Trajan, les Juifs se révoltèrent une seconde fois. Il allait les réprimer lorsqu'il mourut à Sélinonte. Adrien lui succéda. — Pline le Jeune a écrit le panégyrique de Trajan eu il vante sa bonté, sa franchise, mais il passe sous silence la cormj^tion de ses mœurs et ses e.xcès de table. Le dixième livre de ses lettres nous montre combien était profonde sa science de gouvernement.
Kdm. Stapfer.
TRANSFIGURATION, féte instituée pour céléj>rer laménutire du jnin auqucl Jésus-Christ parut dans un état glorieuxavec Moiseet tlie. ^ur une nionlague où il avait conduit trois de ses apôtres, Pierre, .l.ie.jues et Jean, et que la légende dit être le mont Tiiabor (Matth. XVll, 1 ss. ; Marc IX, 1 ss; Luc, 28 ss.). Lafétede la Transfiguration, fixée au 6 août, est probablement très ancienne (voy. le martyrologe de Yandelbert, qui vivait vers Tan 850). Le papeCalizte III la rendît plus solennelle en 1456> €0 composa Tofllccet y attacha même des indiilixences, en mémoire delà grande victoire que les chrétiens remportèreut la même année sur les Tores devant Bel«rrade, en Hongrie.
TRANSSUBSTANTIATION. Voyez Cène (Sainte).
TRAPPISTES. Voyez La Tnii,i>,\
TREGUIER 'Tri'conuin est célèbre j)ar le nom de saint Tiigdual, fondateur du monastère de ce lieu. Cousin de Déroch , le fondateur du royaume de Domnonée, Tugdual vint aborder sur la côte du pays de lÀn avec soixante-douie moines; c'est non loin du Ck»nquet, dans un pe^t havre de la paroisse de Ploumoguer, que s'établirent les pieux solitaires. Mais bientôt le zèle de leur chef les conduisit du cap Saint-Mahé à lapresqu ile de Tréguier où fut fondé, vers le milieu du sixième siècle, le ff-lèbre nionastère de Treconum. Ce fut en 8i8 que le duc Noménoé (it du LH-and monastère di' Saiiit-'rugdual. qui avait déjà des évèqui'S r/'f/louttnins uu sans di.tcèse. un évéché, soumis d'ahord à Dol, i)Mis a Tours, et qui fut supprimé en 1801. L'église du couvent était déiiiéc à saint André. — Voyez liauréau, Crallia christiana^ XIV; de Courson, Car-
TRKGUIEU — TRENTE
hilain- (lo /{rdon, 1863; Long^non, les hJoprhés fjallo-rnmnhn d' la Bretaf/ne, 1873, et la Vie de saint Tugdual, dans Albert le Grand et Lobinoau.
TJtEJUELLIUS. (Emmanuel), hébriiïsant distingué, aé à Ferrare vers l'an 1510, mort à Sedan en 1580. Issu de parents juifs, il professa Thébreaà Lacques aprëssa conYorshm aucathoticisme; swist ayant eoibnusé les doctrines de la Réfi^roie, il dot «(ttittec l'Italie et se rendit à Slnebôur^'^ et à Oxford. Bn 1o.>3, il alla en Allemagne, et enseigna Thébreu à Hf^ulelberg: plus tard, il professa la même langue à l'aciidémie de Sedan. On a «le lui : 1*> Targum m XII Prophctan minores, Heidelb.. 1567;
Novnm 7'f's/amentum ex st/rifico latinum, Gfn., 1560; Lyon, 1571; .'^^ liihUa snrrn, Francf.. 1575-79, 5 vol. in-fol. Cette première édition ne contient pas k Nouveau Testament, mais il se trouve dans les éditions suivantes, qui s'élèvent à plus de trente. Tremellius a traduit en hébffni et en grec le Catéchiême de Galvin, Paris, 1551, 1554,in-8*,etil apuUié Bueeri PrmUetiones in Ejmt. ad J>Aé«oi,Bâle, 1S6S.
TRENTE I Concile de). Le %ingtième concile général s'ouvrit le 13 décembre 15)5, sous le pontificat de Paul III ; les sessions suivantes eurent lieu le 7 janvier, le 3 février, le 8 avril et le 17 juin 1546, le 13 janvier et le 7 mars 15 j7. Transférée à BoloÊrne par un décret du 11 mars <jui fut conuuuni(}ué par les légats dans la huitième session, l'assemblée tint dans cette ville les sessions 9, 10 et 11. Après une interruption de quatre années, la entièflie teatioii prorogée à-Bologne, fut reprise à Trente le l^' mai 1551, sous le pontificat de Jules III : les sessions 12, 13, 14, 15 et 16 forent tenues le septembre, le 11 octobre, le 25 novembre 1531, le 23 janTicr et le ^ avril 1552. La troisième réunion du concile indiquée parundécretd^ Pie IV, <lu 29 novembre 15r»(), commença le 18 janvier 15(»2 et finit le 4 décembre 1563; huit sessions furent tenues pendant ces deux années, le 18 janvier, le limai, le 4 juin, le 16 juillet, le 17 septeinbr*; l.i62, le 15 juillet, le 11 novembre et le 3 décembre 1563. Le lendemain delà vingt-cinquième BOiskm, le 4 déeemfave, aprèe la lecture ée la foramle de sépamiion, les Pères entonnent ks «odamations, pnmonoent anatbènie contrs les hérétiques et se séparent. — Charles Y -s'était rendu compte, dès l'année 1524, qu'il ne pourrait avoir raison des luthériens dWllemague qu'en s'appuyant sur les décisions souveraines des représeutai.ts de l'Efflise chrétienne : il fut à ce sujet en correspondance avec Adrien VI, il en parla à Clément Vil lors de l'entrevue de lîoloirne ; il insisUi d'autant plus qu'il espérait non seulenient « guérir rjidicaleuient avec l'aide d'un o<jncile la peste qui désolait rAUemagne, » mais relever lu puisaaaoe et la dignité imfénales. La eonfessien'd'Augsbourg avait demandé le léuoion d*mi eeneile oniYersel, libre et chrétien ; Charles V* qni ne noyait plus que la cosciliation fût possible par la voie des aégieeiations, écrivit au pipe, envoya de La Cueva à Rome. Clément VII hésite, le collège des cardinaux soulève des objections; François I'^ consulté, déclare ([u'avant de réunir le coucile il faut demauder l'avis et obtenir le consentement de t-ous les princes chrétiens. Maljrré ces difticultés, Charles V persiste, engage le pape à se mettre en rapport avec
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les luthériens ; à la mort <lo Clément. Alexandre Farnèse, qui avait, toujours »'té partisan du coiu'ilc lut élu |)ape : son premier soin fut de reprendre et de pousser plus vivement les négociations. Vergerius en- Toyéen Allemagne constate bientôt que ni les princes luthériens, ni les théologiens ne sont disposés à reconnaître l'antorité da eoneîle, à moins qu*U ne soit formé d'bommes capables et impartiaux ehoisis par l'empcnnir, les souverains, les princes et les Etats. Cependant Paul IH publie la bulle d'indiction.le 2 juin 1530 ; Mantoue est désignée d'abord comme siège de l'asseinljlée, puis Bolofçne, Plaisance et enfin Vicence : niais les prélats se présentèrent en si petit nombre dans cette «lernière ville (|ue le concile lut indéfiniment prorogé le il mars 1 5.11». — Le pape avait ardemment travaillé ù la récouciliation de Charles Y et de François P' , persuadé qu après la paix xétaUie, les affaires de l'Eglise pourraient être réglées d'oo eommun aoooid. Il s>'était trompé, d'abord parce que, de tous les grands souTerains de TSurope, Charles V était le seul qui eût intérêt à MBmettre et ramener les dissidents, et qu'ensuite les luthériens d'Allemagne refusaient plus citégoriquement que jamais de reconnaître les iléci-ijnns d'un concile dirigé par le pape et présidé par ses légats. L emp^'reiir, quoiqu'en paix avec la France, ne peut pas recourir à la force; il revient aux négociations, institue desc(dloquesà Worms et à Hatisbonne, 1540-1541 ; Gontarini, mieux qualitié qu'aucun autre théologien catholique ponriéusnr anprès des luthériens, formule au colloque de Ratisbonne le dogme de la justification de &çon qu'il peut réunir tous les suffirages ; ni le pape ni Luther n'acceptent la formule de transaction proposée par Contarini qui depnn cette époque. fut moins sonvent consulté et surtout moms écouté à la cour de Home. Charles V, avant de partir pour Alger, r»^ nmniande à Paul III, dans l'entrevue de Lurques. la prompte ciinvocalion (l'un concile. Morone, n«»nce du pape à la. di^te de Spire, tombe d'accord avec Ferdinand pour choisir comme lieu de réunion la ville de Trente, qui est moitié allemande et moitié italienne. La bulle d'iudictim est publiée le 32 mai i54i, et de nouvelles hostilités ayant éclaté suive la France et l'Empire, Paul III recommande anx deux adversaiiea ésje rfeondlter dans l'intéfét commun de la chrétienté. Charles Y, qui combat les Turcs, n'admet pas que le souverain pontife dans ses exhortations le-pkce sur la même ligne que François I*'^ Pallié des Turcs, et s indigne que Paul III observe dans la guerre entre la France et l'Empire une stricte neutralité. — Les li>gîUs s'étaient rentlus à Trente où ils attendirent en vain pendant six mois les prélats; en Allemagne, la situation devient chaque jour plus critique et l'empereur, malgré ses répugnaoses, se .voit réduit, à la diète de'Spire '1544, à accorder aux luthéfisM.r^lité dea 'droits, la promesse d'un coiicile universel, libre et chrétien, ou à définit, d un synode national ou même d'une diète appelée à régler les aJbires 'religieQses et politiques, pour obtenir des Etits des «iil'sides de guerre indispensables. Paul lïî, à son tour, s'irrite de la condescendance de (Iharles V et le blduje publiquement de s'être engagé à l'é^rd iK's hérétiques, d'avoir parlé d'un concile sans avoir consulté ni inème nommé le chef de l'Eglise. La faute, au dire de l'empereur, en Mût au pape lui-même, qui lut sollicité ,plus vivement que jamais de
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hAter la S(jliition oi do rouper rdurl à toutos les dillicultés on rasseml)l!int le concile. Fran( ois (jui vient do sip^nor le traité de Cn spy, appuie la denumde de Charles, sans beaucoup insister toutetuis, et en travaillant sous niaiii pour la faire rejeter. Le lU novembre 1544, la bulle d'indiction est enfin publiée: Gharlet et Ferdinand invitent ks luthériens à députer au concile, mais ceuz-<i refusent, en alléguant le motif que rassemblée convoquée n*est pas celle que Tempereur a promise à Spire (diète de Wonns). Dans Tintervalle, grâce au cardinal de Farnëse, les deux chefs de la chrétienté se sont rapprochés et entendus: une li«rue secrète est conclue, il est convenu que les luthériens seront réiliiits par les armes; niais Tarirent Taisant défaut, Charles se V(»it obligé de remettre à plus tard l'exécution de ses projets. — Le concile s ouvrit le 13 déccmliie l.^i.'); le pai)e y était représenté par trois légats. les cardinaux del Monte, Cervino et Pôle, llien n'avait été arrêté à l'avauce, ui sur le mode de votation, ni sur la marche à suivre dans les délibérations, ni sur les questions à débatire, tant la curie, préoccupée des difficultés politiques, avait négligé Tessentiel : un point était décidé, à savoir que rien ne se ferait à Trente sans Tavis préalable et Tassentim^t de Rome. Âprès avoir posé en règle que rvé(]ues, les généraux des ordres monastiques et quelques autres grands dignitaires seuls auraient droit de vole, (jueles théolo<riensn'assisteraient (ju aux délibérations préliminaires, que les décit'ts élali>)rés et discutés dans les conirrégations seraient proclamés dans les sessions solennelles, ([ue le vote se ferait par tète et non par nation, on se demanda si les dogmes ou la réforme de TEglise seraient portés d'abord à l'ordre du jour de rassemblée. Charles V, qui tenait à enlever aux luthérieus tout prétexte pour persister dans leur opposition et qui pensait d'ailleurs que « les dogmes depuis longtemps inscrits dans les Livres, » étaient indiscutables, insistait pour que les réformes fussent votées et appliquées au plus tôt ; le pape et ses légats donnaient plus d'importance à la délinitiiiii et à la proclamation des doctrines fondamentales du catholicisme et n'avaient i^iièn' <Miici. depuis (juehjue temps surtout, «l'aplanir les voies aux hérétiques rrpeiitaiits : il est vrai de dire ([u'ils appréhendait iit la réforme du chef et des membres de l'K^list!. L'évéque de Fellre uni les deux partis d'accord en proposant de mener de front les discussions théoriques et les questions pratiijues : à ce moment arrivèrent à Trente les prélats espagnols, accompagnés de deux théologiens célèbres, Domingo de Soto et (kranza, et des jésuites Lainez et Salnieron, qui exercèrent aussitôt une grande influence sur les résidutions du concile. — On discute d'abord longuement sur les sources de la foi, sur les écrits de l'Ancien et du Nouveau Testament, sur la tradition orale, puis on aborde, malpié les instiimcs des impériaux qui veulent empêcher le concile de lonnuler lu\ti\ ciiient !<'< jioints controversés, le dogme <lu péché originel et de la justiliciilion. Charles V qui, en négociant avec les protestants, avait rencontré une résistance plus ferme que jamais (Ratisbonne, janvier 1546), et qui avait négocié dans Tespoir de ne pas réussir, s*était mis en campagne, et, après de rapides victoires, était resté maître de TAllemagne ; le pape son allié, trouvant sans doute que
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les armes impériales avaient remporté des succès trop décisifs, rappela ses troupes et publia plus tôt qu'il n'était prudent le décret sur la justification ; de plus, il transféra lo concile à Boinfrne. T.es prélats allemands refusent de suivre les Italiens; Charles proteste et déclare la translation illégale. Del Monte, le président-légïit, répond qne reniporeur est le fils et non pas le Seigneur et maître de l Egiise. Ces contlits eurent pour lésuitat de (aire incliner Charles à la conciliation et aux concessions eu AUemagoe, de réveiller en lui la pensée de réformer TSg^ise sans le eoDconrs du pape, yintérim d'Aiigsbourg (15 mai 4548), quoiqu'il ne sitisflt pas les luthériens, ne laissait pas de déplaire au pape et aux Piles de Bologne. Paul III finit cependant par consentir aux dispenses provisoires que l'intérim accordait aux hérétiques, en réservant toutefois le< droits absolus du concile ; il prorogea, par un décret de septembre iS48, la onzième session tenn«' à Bologne et raj)pela les Pères à Trente, Del Monte, qui devint pape sous le ikhh de Jules III le 8 février 1530. était impatient de rétablir la paix reliizieuse et se montrait tout prêt à seconder les vues de l'empereur ; celui-ci engage les Etats d'Aile- Boagne à profiter des bonnes dispositions du pape, convoque une diète à Augsbourg où il annonce la prochaine réouverture du concile. )jes luthériens, Maurice de Saxe plus que les autres accueillent froidement les propositions de Charles et, quoique la majorité des députés à la difete se ^it soumise par avance aux décrets du concile, Maurice réserve sa liberté d'action, fait rédiger une confession de foi moins modérée que cell»' t]o lo.'JO et semble vouloir attendre les événements. — La deuxième réuiiiun du concile devait avoir lieu le 1" mai 1551 ; elle fut ajournée au 1" septembre à cause de rahsence des prélats allemands. A cette date, Qo assez grand nombre d'évéques italiens, espagnols, hongrois et allemands se trouvait à Trente ; les évéques français fiûsaient seuls dé&ut : l'ambassadeur de Henri II, pour expliquer cette abstention, remit aux Pères une lettre du roi dans laquelle celui-ci repoussait Tantorité du concile, qui .n'était à ses yeux qu'une assemblée privée au profit de quelques personnes. Les luthériens, se rendant aux sollicitations dë l emperenr, arrivèrent pour débattre avec les Pères les (jnostions dogmatiques en litige : Joachmi II de Brandebourg d'autant j)lus porté à la soumission qu'il espérait obtenir pour son fils mineur Ma^nlehouri: et Halbersfadt, Sleidanje député de Strasbourg, de Lindau et de quelques autres villes, les députés saxons et wurtembergeois. Tous, sauf Joachim, prétendent traiter avec le concile sur le pied de l'égalité ; les Saxons réclament pour lés théologiens protestants des sauf-conduits identiques à ceux délivrés par le concile de Bàle à la députation des Bohèmes et déclarent que les Pères devront rapporter les décrets publiés antérieurement et les reprendre à nouveau. L'accueil fait aux luthériens par une partie des prélats, l'appui qu'ils trouvent auprès des 'léputés impériaux efTrayeiit la cour de Home. Nous ne voulons pas, S'crie le pape, que, sous le nom d abus on attaque les institutions les plus vénérables, ni qu'on touche à notre autorité. Charles V croyait être à la veille de triompher de tous les obstacles et de réduire du même eoup sous son pouvoir le pape aussi bien que les luthériens. Hais Téleo-
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tfiir Maurice qui. pour mieux Iromnor son ancien protecteur avait entamé au sujet (lu concile triiitorininaliles négociation?, annoncé et reculé toujours le départ <le ses tliénlogims. renversa brusquement cet échafaudage péniblement élevé en prenant les armes contre Charles V. A la premiàre nouvelle des hostilités, plusieurs prélats allemands quittent Trente; dès le 15 aTril, Jules III est d*avis de suspendre l'assemblée qui décide, le 28 de oe mois de se séparer, malgré les protestations dee partisans de l'empereur. Ia situation de TAllemagne exigeait de prompts remèflf*- d il fallut en revenir h une diète pour régler les questions religieuses. Cbarles V laissa le soin di' traiter avec les lutlu riens à son l'rèri' l'\ nliiiand ri écrivit au pape (jue le concile étant suspendu, et la contusion devenant chaque jour plus grande, une diète seule pouvait ramener un état tolérable. — Entre la deuxième et la troisième réunion du concile» bien des événements s'étaient aeeomplis dans les pays de l'Europe, et particulièrement en Allemagne et en France. Ferdinand, le successeur de Charles V, n'était plus seul à demander des réformes ecclésiastiques ; le roi de France avait intérêt comme lui, en i.56(), à faire disparaître les abus, à rendr»- le clergé respectable, à rejeter les superstitions, à corriger les cérénionit's : à Paris comme à Vienne, on était persuadé que le plus sûr moyen d'avoir raison des huguenots et des luthériens, c'était de régénérer l'Eglise ; Pie IV avait promis au condave qui Tavait élu de rouvrir le concile, mais il ne tarda pas à éprouveirdes scrupules, d'autant plus que les trois grands souverains catholiques, d'acoord sur la nécessité de reprendre les débats et les réformes interrompus en i54H. différaient sur le mode de convocation et sur la valeur et l'autorité des décrets antérieurement publiés. L'Espagne dont les évé(pies trouvaient que toutes les décisions prises avaicTît été bonnes, justes, pieuses et inspirées du Saint-Esprit. parce (jue, dans une d<'s sessions de Trente, leurs attributions avaient été agrandies aux dépens des chanoines et des capitulaires. pensait que la nouvelle assemblée ne devait être que la continuation de celle de 1548; la France et l'Empire, au contraire, voulaient que le travail de réfonnation «t la discussion dogmatique fussent repris par un concile nouveau, ne relevant que de lui-même. Pie FV s'empresse de &ire rédiger la bulle qui « lève la suspension » et de la communiquer à Catherine de Médicis, quand il apprend qu'en France le gouvernement se dispose à réunir les Etats et invite le-; prélats et membres de l'Eglise à s'assemblera Paris. Ferdinand, tout eu regrettant que la curie n'ait pas tenu compte de son désir, adlièrt' au concile et invite les luthériens à s'y faire représenter; la France, quand elle connut la décision de l'empereur, promit d'envoyer une ambassade et des prélats à Trente. La premièrâ session eut lieu le 18 janvier iM2 : les Italiens, comme toiyoura, voulaient s'oeenper des doguies plus que des réforme; les Allemands* les Fram^s et même les Espagnols, conformément aux instructions nettes et catégoriques de leurs gouvernements, demandaient qu'avant tout les Pères prissent souci de la situation de l'Eglise et donnassent des gages de modération. A cet égard, la France et l'Empire étaient complètement d'accord et recommandaient à leurs ambassadeurs de réclamer la réforme
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de>al»iis, et en matière deductrino et île discipline, la tolérance eoiiipalible avec la coriservatiun de la religion catholique. — Pie IV, tout C 'innie ses prédécesseurs, s'effrayait des e.xi<reiiccs des souverains et voulait à tout prix faire écarter leurs propositions : dans les premiers temps, l'ambassade française eut si peu de crédit qu'elle se diispoaait à quitter Trente. Catherine de Médieis, pour donner plus de poids à ses représentations, ebaigea le cardinal de Lorraine, le second personnage de l'Eglise, an dire du pape, de se rendre au concile en compagnie de quarante prélats et théologiens. Le magnifique et hautain prélat, muni d'instructions • qu'U avait dictées lui-même, fit une entrée solennelle dans la ville, le 13 novembre I5G2. On ne tarda pas à s'apercevoir que Guise prendrait id jirt'ujiére place dans rassemblée: on espérait (}u'à sa voix tous les uhr'itnontni/is, et ménïe des Italienspieu.vet bien dis|)osés, s'uniraient pour forcer la main à la curie et aboutir, après des délibérations libres, à des résultats sérieux. Il est certain que jamais personne n'avait parlé au candie avec plus d'autorité; les souvendns catholiques, Ferdinand surtout qui avait fait rédiger une Consuitatio de artieuÙt Beformatianû propontû ae proponendii, appuyaient de leur in0uence les vœux présentés parle cardinaL CSettefois, on pouvait croire que la communion sous ks (l.'ux espèces, le mariage des prêtres, la résidence des évôques, l'admini>tration des sacrements et l'interprétation des Kcritures en langue vuluMiiv seraient accordés et qu'on réussirait, en rétablissant l'ancienne 'iiscipime, à ramener au bercail U s brebis éjjarées. L'opposition de Pie IV et la mauvaise volonté des légats, la faiblesse et Tignorance des évéques Italiens rendirent les dernières sessions aussi stériles, ou peu s'en faut, que les premières. Le pape, pour gagner l'un ou l'autre des che& du parti iodépendant,essayede traiter séparément avecFerdinand et offire à Charles de Lorraine la dignité de légat a latere en France ; les légats cherchent à brouiller la France et l'Espagne à propos d'une question de préséance. Cependant ni le cardinal ni l'empereur ne se laissent séduire tout d'abord ; après leur entrevue à Innsbruck, Ferdinand devient plus pressant que jamais; il écrit à Pie IV que, si le concile ne tail rien, il faudra bien recourir aux svnodes nationaux. — Les événements survenus en France, la mort de François de Guise et la paix <l'Amboise changèrent les dispositions du cardinal : depuis cette époque, il avait hâte d'en finir et, pour ne pas tRéter les délibératioas, il consentit à ne discuter ni l'institution des évéques ni l'autorité du pape. GrAce à ses efforts, les Pères adoptèrent dans la vingt-troisième session le décret de la foi et le décret deréfornur tion; mais toute son habileté n'cmpècba pas le gouvernement français àe se plaindre et l'ambassade de France de quitter Trente. Après son retour de Home, oii il avait trouvé Pie IV en « grand désir que l'on fa-sse de bonnes réformes, i> il ])ressa les Pères de proclamer les derniers décrets et constata non sans joie « que tout iinit d'un bon accord. » Les évéques français ne partageaient pas sa satisfaction, car b's légats, par une réticence calculée et eonvenue avec le cardinal, avaient omis de neonnalire la plénitude des droits des Eglises. Le 4 décembre 1563, furad llorone eut lu la formule de sépuation, Charles de Lorraine entonna les mciamatUm qu'il avait composées et termina en disant :
TRENTE
« Ceci pst la loi do saint Picrro ot <lesapôtres, des Pèreset des orthodoxes.» Le concil)' s'tMi tient pour ranatluMne à des ternies généraux soit pour ne pas lernirr irrévocaldcuient les voio5 à la <-onciliatinn, soit pour ne pas frapper individuellement des hérétii|ues qui pourraient « se rire des foudres de l'Egiiso. » Charles de Lorraine, eu l'absence des ambassadeurs français, prit sur lui de signer les actes au nom de son gouvernement. La France ne fut contente ni de Fattitude du cardinal et de sa conversion subite ni des dernières décisions du concile. Ferdinand, auquel Morone avait tout promis et fait des concessions UlusoireSf lors de son voyage d^Innshrnek en avril 1503, n'avait pas lieu non plus d'être satisfait : cependant il vit sans déplaisir les Pères se séparer puisqu'il avait acquis, après bien des déceptions, la certitude qu'ils étaient inmpables d'accomplir l u- ivre de rét'orniation et de réparation pour laquelle, il le croyait avec beaucouj) d'autres catholi<[ues, ils avaient été convo<|ués. — Voici les décrets essentiels proclaniés dans les différentes sessions : 1'^ période comprenant dix sessions 1545-1547. Après avoir décidé (3* session) que le symbole de Nicéc servirait de b&se aux délibérations, le concile proclame, dans la 4* session, les décrets sur les livres canoniques, sur l'édition et l'usage des livres sacrés, sur la tradition des apôtres ; il recommande aux évéques la visite fréquente des couvents, les engapre à prêcher et à s'entourer de théologiens instruits; dans la o" ses?iiui , proclaiiialinn du décret sur le péché originel; dans la du décret sur la juslilication . sur la résidence des éviMjues et la souuïission des chapitres à l'autorité épisc(»pale. 2* Période ir).)l-I552 (six sessions) décret sur l'Eucharistie; premier saui'-conduit accordé aux protestants (13* session); adoption dans la 14° session de la doctrine relative aux très saints sacrements de la pénitence et de Textréme-onction ; nouveau sauf-conduit plus étendu que le premier accordé aux protestants ; dans la 15*>, les légats se disposaient à faire voter le décret sur le maria tr^ des |)ï êtres : Charles V en empêcha la proclamation. S** période iri():>-I5(»'i (neuf sessions). La 21® session décide que le calice n'est pas (ddi^'atoirc ; la 22*-' promulgue le décret sur le sacrement de la uiessccf nianitimt la Ian<:ue latine dans le canon de la messe ; dans la 2.'V . pultlicaliiui du d. « i< t sur le sacerdoce, l'ordinatifui et son caractère indélébile; sur la hiérarchie dans le sacerdoce, sur les pouvoirs des évèqucs successeurs des apôtres ; dans la 24% le concile arrête le mode d'élection des évéques, traite des synodes diocésains et provinciaux; proclame le sacrement du mariage, impose le célibat aux prêtres. La 25^ et dernière publie le décret sur le purgatoire, l'invocation des saints, les images et b s reliques; traite de Texcommunication et des dispenses, restreint les indulgences et en interdit le trafic. — Sources : Canoftfs r( acta C. T. publiés en ioC.i. 1(515, KîiO, 1771) et IH3i; A. Thcincr, Ada 'irnuinn ... C. T., uunc primuin inh-gracdila, t. 1 et 11, 1874; Dicllinucr. iJncHun^nlf zur Gfsr/nr/itr A'cr/s V, 1802; id., i ugednirklp Il'Vit hte und l'aijehùcluT zur (resr/iirhte des C.V. T., 2 vol., Nordliugen, 187G; Sickel, Zur Crcschichte desC. v.T.^ aus œsterreicht' schen Arehivm, Vienne, 1872 ; Planck, Aneedoia ad kisimam C, T. pertinentia, 2 i programmes, 1791-1815 ; Le Plat, Monumeniotwn C. T.