‹ Encyclopédie des sciences religieuses;Chapitre 50 sur 158 · TUNISIE — TURKESTAN · texte numérisé non relu

TUNISIE — TURKESTAN

jour ])»ni consi«lt*rables. — Bibliographio : Almanac.co Tunisino per raïuio 18H(> ; M. dv Flaux, La réfjence rie Tunis, IHGfi; F. Rousseau. Annales tunisifnnes, 1864; Sir G. Temple, Excursions in thc Mediterranean, Loiidon, 1850, 2 vol; Pellissis, Description de la régence de Tunis , 1859; Daaant, Notice sur la régtnee de Tmit^ Genève, 1858 ; Des Gkktins de Sottbesmes, TunU^ histoire, mœurs ^ etc., 1875; Zaceone, Notes sur Ut régence de Tunis ^ 1875, etc. fi. Vaocher.

TUNKEBS ouDunkers (de rallemand lunken^ tremper, pIon^'er\ secte baptiste araêricaino originaire de FAllemagne. Leur fondateur est Alexandre Mack, de Schwarzcnau. qui, en 17^0, avec un certain nonibro de mennonites de la principauté de VVittirenstein et de la Wetterau, aux- (|uels se joignirent des haptistes donipelaers du Bas-Kliin,se lixaenPensylvanie, dans la petite ville d'Ephrata et dans quelques autres localités. La secte, qui se compose de trente mille adhérents au moins, enseignait et pratiquait, à Torigine, le célibat et la communauté des biens; ai^ourd'hui, àle n> plus conservé des coutumes primitives que le baptême par immersion dans une eau courante, lesagapes, Tonction d'huile des malades, l'exercice de ladiscipline parles anciens, le droit de prédication et de vote accordé indistinctement aux hommes et aux femmes, qui toutes ont pour but de reconstituer la communauté apostolique, mais de fait reposent sur d'anciennes traditions mennonites. Les tunkers professent le dédain de la science et de toute culture intellectuelle ; ils portent de longs cheveux et de longues barbes, des redingotes ou robes traînantes avec ceinture et capuchon ; ils se nourrissent de préférence de racines et de végétaux. — Voyez Schaff, Die polit,, soc, u. kirchl. relif}. Zmtxnde der Vereinigten-Staateny Berl., 1854, p. 268 ; Gœbel, Gesch. des chr. Lebens in der rhein-westphxL JTtrrAtf^ 11^ 419. 843; m, 1>4. 20i ; WifT^rers, Stadstik, I, 470.

TURKESTAN. On donne ce nom à une vaste n^gion siture à l'occiilent de l'Asie centrale et dont les limites, tant géographiques que politiques, sont loin d*étre déterminées d'une manière précise et invariable. Une partie du pays est soumise d'une manière plus ou moins effective à la domination des Mandchouz, maîtres delà Chine, qui se sont emparés en 1758 de la région du Turkestan connue sous le nom de Petite-Boukharie. Les Russes rattachent presque chaque année à leurs possessions asiatiques un nouveau lambeau de m territoire. Enfin, le nom de Turkestan indépendant est donné h une contrée autrefois très vaste, mais que les conquêtes russes diminuent graduellement. La population do rvite contrée est évaluée par les voyageurs d'une manière assez diverse. Les uns ne l'estimeat pas à plus de 5,000,000 d'habitants; d'autres croient pouvoir aller jus* qu'au double de ce chiffre. La vie nomade, que mène une grande partie de la population, rendra longtemps encore difficile toute appréciation un peu exacte. La plus grande partie de la population appartient à 1 1 rare des Turcomans ; certaines contrées sont peuplées par desMong<ds. 11 n'y a gu^re d'étranijers ddn^ le pays, si l'on en excepte quelques milliers de juifs, ain^i que les Russes et les Mandclioux ilans les i)ossessious du tsar et dans celles des Chinois. Les habitants appartiennent prt*s<jue tous à l'islamisme et sont fanatiquement attachés au rite sunnite de celte religion.

TUUKESTAN — TURNÈBE

La ville de Boukbara est un de8 lieux saints les plus v^'ncrés de tout le m<^ï)(\o musulman. On n'y trouve pas moins de 360 mosquiVs, dont plusii iirs sont fort remarquables. Boukhara est également un des centres delà science musulmane. La thiSilogie et la médecine y sont enseignées dans 60 mtklréssés ou cjll«'},^es à de nomhroux étudiants, plus de 10,(KK>, s'il faut en croire certains voyageur.*. Les détails nous fout malheureuse- " mentdéfiiiit sur la manière dont est donné cet enseignement, dont la tenàmeo appartient à la plus stricte orthodoxie sunnite. — Dans la région de Dervazeb, les habitants sont adonnés au paganisme; on ne connaît guère les formes de leur religion et de leur culte. — Les Juifs jouissent d'une tolérance relative dans la plus grande partie du Turkestan. — 11 n'y a pas d'autres chrétiens dans le pays que les soldats russes et les quelques trafiquants qui se sont établis ù lour suite, .\ucune mission clin'tieniie n"a oneorc tenté la conversion de ces populations. — Rildiographie : B. \V. Bax. /iussian rarMry, Loudon. 1876; J. Bryre, Trmiscaucasia and Arai l, London, 1876 ; Clir. von Saranw, Russlaiul s koni' mer:àeUe Missùm in MUtellasient Leïj^zi^, 1875; Eug. Schuykr, Turhatm, S vol., London, 1876, etc. E. Vaucher.

TOSLQPINS. Le peuple parisien désignait sous ce sobriquet les béghards panthéistes qui, à la fin du quatorzième siècle, étaient très nombreux à Paris et dans l'Ue-de-France. Ils tenaient des réunions secrètes dans lesquelles, sous prétexte d(^ représenter le paradis, ils se dépouillaient de leurs habits. Les femmes étaient les plus exaltées. L'une d'elles, Jeanne Dabcnton, fut brûlée à Paris en 1372, et avec elle ses livres et le radavre d'un de ses couipa^nons qui était mort en prison. L'année suivante, Grégoire XI exhorta le roi à appuyer les dominicains dans leurs entreprises contre les tnriupins. Une semblable admonition fut adressée au duc de Savoie, Amédée. Il existait encore de ces sectaires du temps de Gerson qui leur reproche les mêmes hérésies dont se rendaient coupables en Allemagne les frères du libre esprit. Leur trace disparait dans le courant du quinxième siècle. — Toyez Uermant, HisL des hérésies, TV, 374.

TURNEBE (Adrien; philologue français du seizionie siècle, se rattache aux scicnc«^s religieuses par (}uelques-unes de ses éditions et de ses tradurtions. ainsi que par les jliscussions qui s'élevèrent après sa mort au sujet de la religion à laquelle il avait appartenu. C'était un de cesérudits qui avaient commencé à succéder aux humanistes à partir de la seconde moitié du seizième siècle, et il appartenait en particulier, dans le champ de la renaissance gréco-latine^ à cette école française dont le représentant le plus illustre fut Budé, laquelle préférait lacritiqueaux développements originaux et s'associait, pour ce qui concernait le mouve ni entlittéraire proprement dit, aux efforts des écrivains en langue vulgaire qui furent rhoz nous les vrais humanistes. Ainsi Turnèhe fonda sa réputation sur un recueil de rcinartiues d une érutlition et d'une sagacité rares, relatives aux difficultés de passages d'auteurs latins [Adrcrsariorinn iibri X.W, Parisiis, 1580,2 vol. in-fol.) mais il apour Joachim du Bellay et pour Ronsard des éloges enthousiastes (Twnebi opéra, Argentorad, <6O0, IvoL in-fol. divisé en trois tomes ; p. 79 et 83 dut. III} et, si comme

XH 16

242 TUKNBBE

tout le iiji»iide il est puMe lalm, il fait aussi tics vt-rs Iraïu aisijui m* ii-ms soii( pas j)arv(Mius H (jui, s'il fallait en croire l ainitié sans douto partiale Ue Léger du Gliesue, auraient valu les prû<Iuits de la Pléiade dans son oraison ftinèbre par Léger du Ghesne qiii se trouve à la p. 98 du t. III des œuvres de Tumëbe et qui donne sur lui d'utiles renseigoements biographiques). D'ailleurs, si Tumëbe mérita par sa science les pompeux éloj^es des plus célèbres savants de son temps et de Tépoque suivante; si Montaigne n'a pas craint de dire de lui qu'il « sqavoit toutes choses » {Essais, livre II, chapitre X!i) el n'a pas trouvé de meilleur éloge pour la seieiice de Juste Lipse, que de l'apiieler « le plus seavaiit liomnip qui nous reste, vraiment ij^ermain à nmn Turnebus » le même Mon-

taij^ne, si sévi-re pour le conuuun des érudits, ipii ont, dit-il « la souvenance assez pleine mais le jugement entièrement creux w \^livre I, eh. xxiv) fait une exception pour Ttônèbe « qui n'ayant faict aultre profession que de lettres, en laquelle c'estoit, à mon opinion, le plus grand homme qui feust il y a mille ans, n*ayant toutefois rien de pedantesque que le port de sa robbe...car au dedans c'estoit l'ame la plus polie du monde; je Tay souvent à mon escient jocté en propos esloingnez de son usage ; il y veoyoit si clair, d'une appréhension si prom])le, d'un jugement sain, qu'il senddoit qu'il n'eusl jamais l'aii t aultn- nu'slit^rque la uuerre et aU'aires d'estat. Ce snnt natures helL s et lortes, etc. id.). Celte appréciation d un ju<:e aussi diflicile que Montai^'ne est |>eut-èlre .lujourd'hui le nujilleur titre de gloire de Turuèbe. — Il naquit en lul2, en Normandie, aux Andelys, dans une famille noble, mais pauvre et peut-être d*origine écossaise. Il ût de bonne heure, à Paris, de très brillantes études, devint maître ès arts en 1532, obtint par Odet de Ghâtilloa une eliaire à Toulouse et Toccupa jusqu'au moment où il succéda, dans la chaire de langue grecque du collège royal à Tousan, son ancien maître et qui avait été lui-même élève favori de Budé. De iri52 à liSoo il dirigea en outre l'Imprimerie royale [»our les livres grecs, puis se (léi iiargea de ce soin sur son ami (luillaume Morel. Sa vie, en g^énéral tran({uille, n'eut de vit épisode (ju'uiie dispute avec Uamus sur la dialectique (v. le /^a;/ia« de M. Ch. Waddington, p. lOi ss. ; p. loU ss.) Il est à peine nécessaire de rappeler que l'apologie de Poltrot, qu'on lai a attribuée, a pour véritable auteur Mondoré. Nous ne citerons parmi ses travaux que l'édition princeps de Philon (1552), la publication de l'édition de Gyprien qu'avait préparée Guillaume Morel qui mourut avant d'avoir pu la donner lui-même (1564) et deux traductions latines l'une de la Vte de yfoîse \r,ir Philon {135i\ l'autre de la. cessai ion des Gracies par Plutarqne yiri5(l). L'excès de travail abré-^a sa vie. Il mourut à Paris en 1505 à l'Age de cin(juante-trois ans el V(»ulut être cntr-vi.c s.uis cérémonie religieuse dans le eiuielière des écoliers. — Une vive [lolénii'ue s engagea aussitôt sur la question de savoir si, pendant sa vie, il awl été catholique ou prolestant. On consultera sur ce point parmi les pilles du tome III de ses œuvres, la lettre intitulée PhUaretut Calanr de Adriani Turnebi morte, p. 90, à Tappui de U seconde hypothèse, «tles assertions do Léger du Ghesne, dans son oraison funèbre déjà citéA^ foveur de la première. 11 £iut aussi voir les différentes pièces de/ ve»

TURNÈIJE — TURQUIE

latins qui furent publiées à ce sujet et qui se trouvent réunies dans le selcrtonim fiffernrinnim sppcimnn VII f pxhibens disqiihitionem de relifftoncAdr. Tunif'ln île Seelen, Liilx rk, II, Xll'î: Nous n'attachons dans ce «It-liat aucune importance à une jucrc de vers latins contre les j^'suites intitulée ad Soterirum gratis docenlem (p. 7G du t. III des œuvres complètesj et dont on nous semble avoir fait trop de bruit. C'est un mince épisode de la lutte de l'Université contre les jésuites qui a^ent obtenu^ en 1864, des lettres de scolarité. Un passage de la lettre de Tomèbe au roi Charles XI pour lui envoyer le Cyprien de Morel et le prier en &- Yeur de la veuve et des enfants de ce savant aurait plus de poids, s'il exprimait autre chose que le désir commun à tant d'hommes éclairés du temps d'une réforme de l'Ep^lisc dans l'Eglise, s'il n'opposait les évôques et les cures aux moines vendeurs d'indulgences et s'il ne trouvait pas îe type de l'ancienne Eglise dans les écrits de Gyprien, le champion de l'unité de l'Eglise catholique. Quoi qu'il en soit, ou consultera avec utilité sur ce sujet la discussion approfondie (mais aux conclusions peutêtre trop aflBrnuitives)de M. Ch. Waddington dans le Bulletin de la Société de rbistoire du protestantisme français, m, p^ 665. — Bibliographie, outre les sources déjà indiquéeë, et de plus Pasquier, Baillet, Nicéron. Goujet, etc., voir la France protestante et l'article particulièrement bien fait de la biographie Didot. L. Massebieau.

TURQUIE. — L'empire ottoman a perdu dans la dernière guerre qu'il a soutenue contre les Russes une très grande partie de ses possessions en Europe et un territoire considérable dans som domaine en Asie. Malgré les sacritices que lui a imposés le traité de Berlin, il reste un des Etats les plus peuplés du globe. Près de 45,000,000 d'hommes sont encore soumis à la souveraineté immédiate ou à la suseraineté du sultan. L'absence de recensements réguliers dans la plupart des provinces de l'empire tore ne permet pas de donner des chiffres exacts. Voici les évaluations qni paraissent les plus rapprochées de la vérité. La' Turquie d'Europe compte encore 8.897,4(K) habiUmts; mais, sur ce nombre, 4,7îK),()00 seulement reviennent aux possessions immédiates de la Porte. L*^ reste se répartit ainsi (jue suit: la province autonome de la lloumélie orientale, 815. 513, la principauté tributaire de Bulgarie, 1,905,47-4, la Bosnie. l'Herzégovine et le sandjak de Novibazar, occupés par r.\utriehe, en vertu du traité de Berlin, 1,326,440. La Turquie d'Asie contient 16,170,601 habitants, savoir 16,13i,900 soumis directement au sultan, et 37,701 forment la petite principauté tributaire de Samos. Enfin les pays africains sur lesquels la Porte revendique des droits de souveraineté sont le vilayet de Tripoli, avec 1,000,000 d'àmes environ, et l'Egypte, avec 17,400,000. Le sultan prétend également à la suzeraineté de la régence de Tunis ; mais le traité conclu le 12 mai 1881 entre la France et le bey de Tunis ne reconnaît pas la légitimité de ces droits. Pour plusieurs de ces contrées, nous renvoyons aux articles spéciau.x qui leur ont été consacrés (voyez Bulyarie^ Egyitiv., Tripoli, Tunis). Quant à la répartition des habitants de l'empire entre les diverses religions qui y sont représentées, il règne encore une grande incertitude dans la connaissance qu'on en a. Pour la Turquie d'Europe, voici les renseigne-

TUROUIB

ments i]ui paraissent los plus prol)ables; mais il faut garder de les considt^ror comme certains ; ce <iui rend la question difficile à trancher, c'est bien moins l'ignorance que la passion et la partialité des témoins. Presque jamais cette statistique ii*a été tentée d'une manière désiutérewée et» suivant la thèse politique (ju'ils défendent* lesauteurs qui s'en sont occupés grossissent ou diminuent le nombre des chrétiens ou celui des musulmans. La statistique que nous reproduisons est empruntée à M. VV. Jakchitch, de Belgrade, et favorable aux prétentions slaves; les chiffres des amis de la Porte augmentent le nombre dos rnaliométans et diminuent celui des cbrétienf. — Posscj^sions immédiates du suIUin en Europe: :>,48i,5(H rhréliens. 1.883.127 niahométans, 55, UI8 Israélites. — liouaiélic orientale : 551), 77G chrétiens, 359,434 niahométans, 3,96i) israélites.— Bulgarie : 1 .196,248 chrétiens, 768,267 mahométans, 8,959 israélites. — Bosnie et Herzégovine: 780,276 chrétiens, 400,635 mahométans,6,968israélites.~TotdldelaTurquied'Europe: 5,020,801 chrétiens, 3,403,463 mahométans, 74,914 israélites. On remarquera que ces chiffras ne concordent pas enti^^ementavecceux que nous avons indiqués plus haut pour la population de ces contrées; il ne nous a pas été possible de rétablir l'acctinl. — Pour la Tun[uie d'Asie, on ne po>sède (juo des cbillres inliuinient plus insulïisants encore. L'immense majorité dc^ habitants appartient à l'islamisme; on évalue généralement le nombre des chrétiens à 2 ou 3,000,000. — Le sultan n'est pas seulement le souverain temporel de l'empire, il est encore le chef religieux de la religion musulmane. Sous le titre de commandeur des croyants, il exerce presque toutes les attributions religieuses autrefois attribuées aux anciens khalifes. Cependant il ne remplit en personne qu'une petite partie des fonctions atlérentes an titre dont il est revêtu. Son autDrité religieuse sur les luusuliiians (jui vivent en dehors (b* l'empire turc est plus que fragile, et même dans le territoire ottoman les usages et l'opinion restreignent sur bien des points l'autorité du sultan en matière religieuse. Le chef spirituel de Tislamisme en Turquie est le haut fonctionnaire qui porto le titre de cheik-uMslam. D'un rang égal à celui du grand vizir, le cheik-ul-lslam est, comme lui, soumis aux variations de la politique ottomane. Membre du conseil des ministres, il est lié aux destinées de ce conseil et remplacé en même temps que ses rollègues. (Uiefde rnléiiia, corps à la fois judieiaire et religieux, il n'est lui-même ni prêtre ni ina- «îistrat. Son attribution propre et essentielle est l'interprétation de la loi. Sous ce nom de loi, le momie musulman comprend d abord le Coran, ensuite les recueils appelés Multekaet Canon Nameh.La Multeka est un code formé des paroles et des opinions attribuées à Mahomet et à ses successeurs immédiats. Les sentences et les décisions du Gnran et de la Multeka sont obligatoires pour le souverain aussi bien que pour ses sujets, et les interprétations authentiques qu'en donnent le cheik-ul-Islam et l'uléma lient le «rouvernement de la Porte ainsi (jue les musulmans tidèles. T.e f.anon-Namoh ne participe pas à ce caract^re d'obligation ab<i>!u.'. (iCsl un code formé par le sultan Soliman le Maj:nilique, et comprenant une collection de décrets ou hatti-chériifs de ce prince et de ses prédécesseurs. Les interprétations qu'en donne le choik-ul-Islam

Digiii/eu by LiOOgle

TURQUIE tVi

sont ohliLTatoircs pour 1rs sujols, mais non pour le sultun, qui rpstc toujours iilire dp modifier par un hatti-chérifr nouveau, ou par un autre acte de souveraiaeté. les décisions de ses prédécesseurs. L uléuia, dont lêcbeik-ul-Islam est le président, se compose des personnages notables comme juristes et .comme théologiens, que le sultan appelle aux fonctions de grands juges. Ses membres portent le titre de muftis. Le même nom désigne aussi de hauts fonctionnaires des provinces, chaii^és de Tinterprétation du Coran et de la loi civile, et chefs dans leur ressort des autorités religieuses et judiciaires. Du reste, il n'est guère possible de décrire d'une manière sommaire l'organisation du culte nmsulman dans les diverses provinces de l'empire. Les usages et les traditions locales ont floFuié lieu dans cha(jue région à une organisation difiérente. Le seul trait général que l'ou puisse relever, c'est que partout les magistrats dribsoDt prêtres ei\ même temps que fonctionnaires de TEtat. Ceux qui eiercent les fonctions sacerdotales sont- subordonnés aux magistrats dvik qui exercent sur eux un pouvoir de contrôle. Les magistrats ont le droit de suspendre et de déposer les membres du clergé, et, s'ils le jugpQt à propos, de remplir eux- mômes toutes les fonctions du culte. Cette union intime de la théologie et de la jurisprudence .d'une part, de l'Etat et de la religinn de l'autre, s'explique par le fait que le Coran est à la fuis la loi religieuse et la loi civile des mahométans et que par suite il n'v a lieu d'établir aucune distinction entre le domaine civil et le domaille religieux dans les Etats musulmans. Cette union a pour conséquence naturelle que si l'empire ottoman veut appliquer complètement les principes de Tislamisme, U doit être intolérant pour toutes les autres niigions. C*est en effet la position que la Porte a prise en théorie et qu'elle a maintenue en faitautantque les circonstances le lui ont permis. Mais les circonstances ont depuis longtemps amené le gouvernement ottoman à foire sur ce point d'importantes concessions. Le grand nombre ' de chrétiens, sujets du sultan, a empêché celui-ci de prendre les mesures rigoureuses que lui auraient imposé ses croyances religieuses. Les néees- 5it(^s iuii)érieuses du gouvcrneuicnt ont généralement forcé les Turcs à renoucer à la persécution directe de leurs sujets chrétiens pour la remplacer pàr des vexations et des tracasseries. Et depuis longtemps la pression que les puissances occidentales «xercent sur la Porte a valu aux chrétiens de Tempire une tolérance relative, garantie par des actes, souvent violés, il est vrai, mais qui n'en imposent pas moins une certaine retenue au mauvais vouloir des musulmans fidèles pour les chrétiens infidèles. Graduellement, le gouvernement ottoman a été amené à reconnaître ofricicllement les cultes non musulmans dans l'empire. Ce sont d abord les juifs, dont le chacham-bachi ou grand rabbin est en iiièiiie temps chef civil et religieux de la communauté, puis sept confessions chrétieunes, les catholiques grecs, les arméniens, les latins ou catholiques romains, les grecs unis, les arméniens unis, les syriens et chaldéens unis et les maronites. Nous allpns passer ea revue ces dénominations, ainsi que quelques autres moins importantes, qui ne jouissent pas des mêmes garanties légales. — L'Eglise grecque orthodoxe est le groupe chrétien le plus considérable de l'empire ottoman. Depuis ta

prise de Gonstantinople, lea quatre patriarchats de rancienne Eglise

d'Orient sont tous soumis :\ la domination musulmane. Le patriarche d'Alexandrie est souyiis à l'autorité temporelle du khédive d'E^'pte.Le sultan est 1<* çniivcrain immédint d» s trois autres, ceux do (iitnstanlinople, d'Antioche (résidant aujimrd liui à Damas' et de Jérusalem, (les deux derniers n'ont plus du reste, que do forts petits diorèses, et le patriarche de Gouslaulinople seul est un très grand personnage politique et religieux, chef civil aussi bien qu'ecclésiastique de la nation grecque dans Tempire. Le clergé se partage en prAtres réguliers et téeulien; ils forment une hiérarchie empruntée aux souvenirs de l'ancienne Eglise, et Ton retrouve parmi eu.x les nombreuses classes des anciens ordim minores, les lecteurs, les chantres, les lampadaires, les ostiaires, les sous-diacres, etc. Les diacres seuls font partie des ordres majeurs, comme d;ins l'K^lise d'Occident: ils sont rlassés comme les premiers dans la hiérarrhir d<'s oidrcs uiinein-s. Les ordres in;ijeurs ne se couiposent quo des prêtres nu popes, îles arcliipré très ou protopopes et <les dijînitaircs ecclésiastiques, qui sont les évoques, les arctievèques ou métr<q)olifain5 et enfin les patriarches. La liste des évéchés grecs orthodoxes de la Turquie est fort longue, car les diocèses sont petits, et, il serait difficile delà donner exactement ; car les circonstances amènent de fréquents changements dans leur circonscription. 11 y a un évéque dans presque toutes les localités de moyenne importance, un métnq)olitain dans toutes les villes un peu considérables. Les dignitaires ecclésiastiques appartiennent au clergé régulier et sont tenus, comme colui-ci, d'observer la loi du célibat. .Mais cette règle ne s'éteml pas aux popes et aux antres nieuihres du clergé intérieur et la plup;irt «l'entre eux sont mariés. Mais leur mariage doit avoir été conclu avant leur ordination, et. s'ils deviennent veufs, ils ne peuvent contracter une seconde union qu'eu renonçant à leurs fonctions sacerdotales. Le patriarche de Gonstantinople dont dépendent la Turquie d'Europe, l'Asie Mineure et les lies de TArchipel jouit d'une sorte de primauté sur ses collègues. De concert avec soa synodo, il nomme les patriarches d'Antioche et d'Alexandrie; celui de- Jérusalem est élu par son propre synode, mais il doit être coufirmé et consacré à Gonstantinople. Deux archevêques seuls prétendent être indépendants do la juridictidii du jiatriarclie : ce sont les mélropnlitams d'Oelirida en Uouniélie, et do Chypre. Mais tons les autres dignitaires sont nommés par le patriarche assisté do son saint syuiide. Ce saint synode était autrefois un conseil composé de tous les métropolitains du ressort patriarcal. 0 s'est changé peu à peu en un conseil permanent, dont Tes membres résident à Gonstantinople et tiennent des séances régulières. Depuis 1836, le nombre de ses membres, que l'on appelle JEgkritoi, a été fixé à huit, six archevêques et deux conseillers laïques. Ce corps est le tribunal suprême des affaires ecclésiasti(]uos : les décisions des évéfjues y sont portées en dernière instance ; il adniinislro les biens lemporels du siège patriarcal; enlin. de coneert avec les re|uvsentants <les principales lauiilles groc(jues tlo Constantinople, appelées phanariotes, il procède à l'élection du patriarche lorsque le siège est vacant et possède môme le droit de le déposer dans certains cas. La cour

du pafriarchf». qui ost on môme lpmp<; \o chof civil de la nation grecque dans l'empire et jouit en celte qualité d'une autoritt' criiisid/'rahli', est composée d'un grand nombre d'ofliciers dont les titres rajipelh'ut le ujoyen âge byzantin. La cour patriarcale proprement dite est divisée m deux choun, appelés l'un c^flBurde droite, Tautre chœur do gauche, i caase de la plaee qu'ils occupent aux deux côtés du patriarche dans les eérémooies de TEglise. A droite, les principaux officiers sont le grand logotbHe (archichancelier du siège patriarcal), le grand économe administrateur des biens), le grand sakéllarios (inspecteur des couvants d'hommes', le grand skeuopliyllax (chef de la sacristfo). lo grand archiviste, le sakôliiou (inspecteur îles couvents de lenimes:,le protonotaire, etc. A gauche sont des fonctionnaires moins considérables, si l'on excepte le protopapas uu archiprétre. La plupart de ces fonctions du duBur peuvent être et sont généralement conférées à des membres biques des grandes fiimilles phanariotes qui sont ainsi étroitement rat^ ticbées au siège patriarcal. La juridiction du patriarche de Gonstantinople a été notablement réduite par la constitution de l'exarchat de Bulgarie (voyez Bulgarie). Cette création d'une Eglise bulgare indépendante, mise souvent en question jusqu'au traité de Berlin de 1H7S. est maintenant reconnue d'une manière définitive. Le patriarche pndesto bien eucore pour lu forme contre le p/tllelhismc do^ iiulgares ; mais il sait fort bien que ses protestations ne rencontrent plus aucun écho et qu'il i définitivement perdu ce domaine naguère si productif pour lui. — L'Eglise arménienne était autrefois assex nombreuse dans Tempire ottoman ; mais, à la suite de la dernière guerre, la plus grande partie de FAr* ménie a été annexée aux possessions russes de l'Asie. Néanmoins, il reste encore un certain nombre de chrétiens arméniens, tant à Gonstantinoplc même que dans plusieurs provinces asiasticpies de l'empire. Le chef de leur hiérarchie, qui porte le litre de catliolikos, réside dans le couvent d'Escbmiatzin, au pied du mont Ararat; il est par conséquent suj<'t de l'empereur de Russie, qui confirme son élection. C'est le catholikos qui AOffline les évéqnes de sa confession et a sous sa juridiction les deux patriarches arméniens de Gonstantinople et de Jérusalem, de qui dépendent les quelques milliers d'arméniens ottomans. — Les nestoriens ou chaldéens, assez nombreux en Perse, ne forment en Turquie qu'un ^Toupe peu important soumis à la juridiction du patriarche de Mossoul, en Mésopotamie. — Les jacobites établis en Mésopotamie et en Syrie ont un patriarche dit d'Antioche, mais résidant au couvent de Saphran, eu Mésopotamie, UQ primat, établi dans la même contrée, au couvent de Stint-Matthieu, et une vingtaine d'évéquçs. — Tous ces groupes ecclésiastiques appartiennent au type oriental et sonten hostilité avec Rome. D'autres groupes moins nombreux mais plus actife reconnaissent au contniie U suprématie du pape. G est d'abord le groupe latin proprement dit. composé de ceux que rien ne distingue ni dans la doctrine, ni dans les fiiriiies du culte des catholiques romains de l'Occident. Le personnage principal de cette hiérarchie est le patriarche du rite latin de Gonstantinople; il existe également des patriarches latins à Antioche et à Jéru- Mlsm et des archevêques et évéques dans plusieurs autres localités;

mais, malgré le grand zMe de prosélytisme quMl déploie, le clergé ro mai a

ne réussit pas à faire de grands progrès dans l'empire turc. Les chrétiens orientaux, qui se détachent de leurs Eglises pour reconnaître la suprématie du pape se rattach'înt plutôt à l'un des j^roupes oripiitaiix unis. On donne ce nom à des couiiuunautés ecclésiastiques qui ont recoQUU l'autorité du pape et la domination romaine, mais qui ont été autorisées en même temps à conserver leurs formes de cuite et leurs rites particuliers. On compte un assex grand nombre de ces dénominations. Voici les plus importantes. Les grecs unis sont nombreux en Autriche et en Hongrie ; mais dans r<Mi)pire turc, on en trouve beaucoup moins ; ils résident presque t(ms dans les montagnes du Liban et diins la Terre sainte, et sont soumis à la juridiction d'un archevêque qui réside à Antiuche. — Les arméniens unis, 45, (KK) Ames environ, ont d«'S archevêques à Gonstantinople, à Alep et à Diarbékir. — Les nestorieus unis, 2,500 âmes, ont un patriarche à Diarbékir en Mésopotamie et 5 évéques. — Les jacobites unis, 5 à 6,000 en Syrie et en Mésopotamie, ont un patriarche à Alep. — Plus considérable est le groupe des maronites, unis à Rome depuis le xv« siècle. Ils occupent, au nombre de 2 à 300,000, les vallées du Liban. Leur chef spirituel est un patriarche résidant à Antioche: ils ont de plus 17 évéïiues, 8 à IMJO prêtres et pr<»s de 20() eouvcnts. — Le protestantisme ne compte pas dans l'enipH-e oUoiuan d'adhérents d'ancienne date ; mais un grand nombre de sociétés missionnaires se sont mises à l'œuvre soit pour convertir les mabométans, soit pour relever et vivifier les anciennes Eglises orientales. Les résultats de ces travaux, sans être encore très considérables, paraissent déjà sur plut d'un point fort encourageants. Nous ne pouvons donner de ces œuvres qu^une énumération sommaire, probablement déjà incomplète à l'heure qu'il est; car tous les ans on voit naître sur ce terrain de nouvelles entr.'prises, La plus connue est la mission qui dépend de l'évéché anglican de Jérusalem, fondée en i8ii. et longtemps dirijjée par l'éviNjue Gobât. A roté de celte oMivre, nous citerons rAmericiin-board qui entretient un très grand nombre de stations dans presque toutes les provinces de Tempire turc, la société des missions de FEglise anglicane en Palestine, à Gonstantinople, à Smyrne et dans les environs, les missions des protestants épiscopau.x américains, des méthodistes américains, de TEglise éUH blie et de l'Eglise libre d'Ecosse, des presbytériens irlandais, des presbytériens unis d'Amérique, des presbytériens réformés d'Amériijue, de la société pour la propagation de l'Evangile parmi les juifs, de la société de LiMidii s |)our le progrès des connaissauees chrétiennes, du Jcrutaleni's-verein de Berlin, de l'établissement de Krischona, etc. — Bibliographie ; Almanach de Gotha, 1882; Martin, The Statesman s Veaibook, 1881 ;Behm et Wagner, Die Bevœlkerung der Erde^ F/, Gotha, :1880; Salnamé, 1S97 {Almanach officiel de VFmpire .turc pour 1879-1880), 1880; Brophy et Saint-Clair, The Ottoman Empire, Londres, 1869; Edson C]:\rk/f/n' rares of /i II rnpran /'/// A vy, New York, 1870; (î. Geary, Asiatir Tiirlu'ij, London, ^1 vol.. tS78; (lodilerl. Die /h-iœ/kertint/ der etirf)/),risr/ii'n 7'itrkct/, Vienne. IHtili; F. Perrin, L'islamisme, son instiiuiiuiif son in/luence, et son avenir, Paris, 1868; Schweiger-Lcrcbenfeld,

TURQUIE — TURUETTINI

Unterdem ffalbmande. Sin Bilddes Ottamanischen Reichs und teinef Vœiket; léaa, 1876; B. Kaniti, La Bulgarie danubienne et le Balkhan,

Plaris, 1882, etc. E. Vaucher.

TDRRETTINI (ou Tuirotin, Tiirtin) rst \f nom d'uno noblofamillo d'origiiif italienne, dont lesanccMres Gcciipf'ronl âb> le commenreinent du quinzième siècle de hautes charges dans la république jde Lucques. — Francesco, ué le 5 niai 1547, ayant embrassé la foi réformée, dut, pour échapper à l'évéque de Rimioi, que le pape avait envoyé à Lucques pour le ttUtr, s*eDfair d*abord à Florence , p u is «\ Lyon. Ne se sentant pas en sûreté pour sa foi dans cette dernière Tille, où il avait des parents ijm le sollieittrent de rentier dans sa patrie, il vint à Oenève, où il passa quatre années et «acheva de s'instruire et se confirma parfaitement on la parbits connaissance de la religion » (Mémoires de G. Turrettini). Ce ne fut <|nVn qu'il s'y «Haldit définitivement et hAtit la demeure qui abrite iiiaiulenaiit encorn ses descendants . Voué an n/'goce, fai)rieant do draps (le soie. banquiiT et changeur, il rendit à la république de grands stTvices financiers, et fut reçu bourgeois en IH^T. Marié en 1587 avec di'iuniselle Camille Burlamachi, il eut de cette union plusieurs (ils. dont Tainé Benedetto on Bénédict, né à Zurich en 4588, fit au collège et à l'académie de - Genève, de brillantes études. Nommé pasteur et professeur de théologie en i613,'il ajouta à cette double charge celle de prédicateur à TÉglise italienne, pour laquelle il publia en 1624 5et Bomiiie sopra la parole deJ. Christo, Luc XII, 5. 6., etc. En 1620, la vénérable compagnie, qui appréciait hautement le caractère et la piété du jeune pasteur, ainsi que la rectitude de son jugement, le céda pour six mois à l'Eglise de Nlraes que déchiraient les partis hostiles, en même temps qu'elle l'accréditait comme son délégué auprès du synode national d'Alais, où il dut insister sur l'adoption des canons de Dordrechl et réclamer le réLiibiissemcut de la discipline et de la concorde dans les Eglises françaises. D'une orthoéozie rigoureuse, c'était lui qui deux ans auparavant avait écrit au nom cl pour la vénérable compagnie la lettre portée au synode de Bordrecht ptr les députés de Genève. A peine B. Turrettini avait-il achevé àNimes ta mission pacificatrice, que les conseils de la république renvoyaient «•n Hollande pour intéresser les états généraux et le prince d'Orange à la (IpftMise dr Genève, menacée par le duc de Savoie et par l'Espagne. Turrettini réussit à obtenir de larges subsides des ingénieurs et l'appui diplouiatique de la Hollande. Avec Icsbuids qu'il recueillit, on réparâtes anciennes fortifications, et on eu construisit de nouvelles, en particulier le katiUm de Hollande qui a été récemmeut nivelé et remplacé par la p/oee de HolUmde. Bénédict Turrettini mourut le 4 mars 1631, laissant Que mémoire honorée. Outre des Sermom, il a laissé une Défense de la fidélùédei traductions de la Bible faite à Genève^ oppotée au livre du père ^otton inlttulé u Gfenève plagiaire, » Gen.,in-4**, 1618 et 162(); umÈitt. de In rofarme de Genève, imprimée à l'origine dans ri/istoria litteraria fi*' format iimis et publiée en français par M. Fr. Turrettini dans <\\ \otke f'i'jg. sur H. Turcttini, (îen., 1871 etc. — L'un de ses fils, Fiam ois Turrettini, né à (ienève le 17 octobre l():2.'i. mort b- septeud»re IG87. fut tussi destiné au ministère. Après de brillantes éludes théologiques et

TUimETTIM

philosopliitpies fîiitos dans sa ville natale, puis à Leydr", à Paris. :i Montauban. etc., il fut nonimr. on mars lO'iH. pasteur de l'EizIise italienne de Genève, puis en 1050, professeur de philosopliie. 11 refusa ee dernier poste; mais, en 1G53, il accepta celui de professeur detlitiologie. Il occupa à deux reprises les fonctions de recteur de l'académie. F^çois Tuprettini fut, comme son père, chargé en 1661 d*aller solliciter les seeoun des Hollandais. Il réussit dans cette mission au delà de toute espérance. Pendant son séjour en ll<dlande, il prêcha à plusieurs reprises avec tant de distinction, que les Eglises de La Haye et de Leyde (166:â) lui adressèrent de pressants appels. En 1H(16, cette dernière ville lui offrit une place de professeur de tliéolojjcie ; niais les conseils l'obligèrent de refuser ces différentes vocations. Comme tlu'idogien , François Turettini est surtout connu par son ardente opposition à la théologie de Sauniur. Partisan de la stricte orthodoxie de Dordrecht,il en poursuivit l'acceptation et fut l'un des auteurs de la Formula A Genève même, il combattit

la théologie d'Âmyraut dans la personne de deux de ses collègues. Mestresat et Louis Tronchin. Turrettini a déposé le résultat de ses convictions et de ses recherches dans son InstifuUo Theolor/ige £lmcttCA\etc,^ imprimée à (Genève en 1679, 2" éd. 1()8H. 'A vol. in-i". et réimprimée à Eiliujhnur}.'^ en lHi7-1848, avec d'antres écrits du même auteur. — Jean- Alphonse Turrettini, son fils, né à (lonève le 2-4 août 1071. devait partager lu vocatiuu pateruelle, mais non hériter de son esprit. Autant son père avait été intolérant vis-à-vis de quiconque professait des opinions contraires, autant Alphonse devait mettre d'ardeur à rapprocher lespar^ tts. Après avoir terminé fort jeune ses études dan» sa ville natale, il visita la Hollande, l'Anp^lelerre et la France, et s'y liaavecles hommes les (dus cultivés. Consacré en 1694. il fut en 4097 nommé professeur honoraire d'histdire ecclésiastique, en 1701 jusqu'à 1 7 'i7, recteur de Tacadémie, et en 1705 professeur ordinaire dedogmatiqueà la mort de LimisTronchin. Doué d'un grand talent oratoire, d'une vaste érudition et d'une capacité de travail peu en rapport avec sa sauté délicate, Alphonse Turrettini menait de front renseignement de l'histoire ecclésiastique, de la dogmatique, de Texégèse du Nouveau Testament et la prédication. Mais ce qai plus encore que ses leçons et ses écrits, contribua à sa réputation, ce fut la part qu'il prit dans Tabolition du consensus et de la confession de foi obligatoire. Passionné de liberté, ayant en horreur toute contrainte dogmatique, désireux surtout de sauvegardar la sincérité de la manifestation des convictions religieuses, il ne supportait qu'avec répugnance lejoiii: des formules imposées aux pasteurs et professeurs. Aussi réclama-t-il et obUnt-il, après de longues luttes, qu'on en revint au.x ordonnances ecclésiastiques de Calvin. Le lo juin 1725, la vénérable compagnie remplaça le Sic seniiOf sic profiteor , tic doeeho et eontrarùtm non dœebo par l'art. 6, titre I*'' chap. des ordonnances : « Vous protestez détenir la doctrine des saints prophètes et aprttres, comme elle est comprise dans les livres du Vieux et du Nouveau Testament, de laquelle d<»ctrine nous avons un sommaire dons notre (aléchisme. » Alphonse Turrettini a beaucoup écrit. « Le dernier des btuis. le premier des mauvais. » comme quelquesuns l'ont appelé, il distingua entre les doctrines essentielles et les doc-

TURIŒÏTIM — TYU 251

trines SMondaires. et s'efforça d*unir luthériens et réformés. Il eut le

privilège, en mémo temps quo If périlleux honneur, «l'ouvrir les vnifs à la noiivolïp théologie, dont l't'volufinn se pntirsuit encore aujounl liiii. Les ouvngrs lo» plus importants à t'tiidier pour la C(»nnaissance de sa liiôologie, sont ses Cogilalwnesci»es Disse rtationes Mfo/oyi'c.e , ainsi que ses Thèses theologicx (Gen., 4717, 1731,1734). Son Hktoriœ ecclesiaslicx eompendmm qui va jusqu'à 1700, paru aussi en français, sert encore aujon^lim de manuel dans quelques écoles de théolo^e des Etats-Unis. — Sources : Fr. Turrettini, Notice biog. sur Bén, TutTeKiiil ; E. de Budé, François et J. Alphonse Turrettini, -1 vol. L. HuFFBT.

TWESTEN (DL'ttlew-Ghristian). nt' à Giin kstadt, dans le Holstein. en 1789. mort à Berlin, ou IH77, discipli' de Sclileieruiacher, dont il développa la doctrine dans le sens de l'orthodoxie courante, professa la théologie systématique à Kiel depuis 1814, et à Berlin depuis 1835. D se fit remarquer par son talent d*expoeition claire et correcte. Son ODvrsge sur la ûoffmatique de VEgliee luthérienne (Kiel, 18id, 3 vol. ; 4' éd., 1838),qui se distingue parla finesse desanalyses et un grand esprit de conciliation, est malheureusement demeuré inachevé.

TYCHIQUE, chrétien d'.\sie, qui accompagna l'apôtre Paul dans son troisième voyage missionnaire dt' Troa? en Europe (Actes XX, 4 ss.), et se trouva plus tard avec lui à Césarée, d'oii il fut envoyé à Colosses avec la It-ttre, destinée à cette couiniuuauté (Col. V, 7; Eph. VI, 21; cf. 2Tnii. iV, ii; Tite ill, 12}. Lu légende le désigne comme évéque de Chalcédoine, enBitbynie.

TTHDALE (William), réformateur anc^s, né vers 1477 à Httnt*8 Court (Gloucestershire), était le fils du dernier des barons de Tyndale, famille puissante, que son attachement au parti d'York avait ruinée. Cependant cette origine est discutée. Tyndale fit ses études à Oxford et à Ciiiiil'ridL'e et entra cnniiue préc^ptriir chez un ^eiitillioinui»' du (iluncester.-lure. Esprit lonciérciiient indépendant, il se rendit à Londres où ilprèclia ouvertenuuit la réforme religieuse. Forcé de quitter l'Angleterre, à la suite des premières persécutions, il se rendit en Saxe où il «tdes entretiens avec Luther, puis revint dans les Pays-Bas et s'étft- Nit à Anvers. ATinsti^tion du gouvernement anglais, on s*empara de lui et, après dix-huit mois de détention préventive, on le condanma asbAcber, comme hérétique, en 1536. Tyndale est, après Wicleff, le plus ancien des interprètes de la Bible en Angleterre.

TYR [T'jz'j:^: Tsor. rocher, (>n arabe Snnr). — Pour l'histoire de cette >ille, vt)yez rarticle Phénirie. Nous nous CDiitcntt'roiis de décrire eu quelques mots la Tyr moderne, en nous attachant à retrouver les rares vtt%BS de l'antique cité. Tyr est reliée au continent par un isthme aUonneuz. L'Ile primitive, basse et rocailleuse, est parallèle à la côte et mesure environ 1,609 mètres de long. Les deux extrémités, formant les bras d'une croix, se prolongent encore par une ligne de récifs, interfpptant deux baies, au sud et au nord. C'est la baie du nord qui constitue I*' port actuel et la ville est construite de ce côté au point de jonction de lile pl (le l'isthme. Elle reufcruie une population de Ti.OOO habitants ciivirou, moitié musuluiaus et métoualis. moitié chrétiens grecs des deux

Digitizeu by LiOOgle

TYll

rites ou juifs. Unp vipillo muraillo on ruine l'entoure à Test et au sud; cette enceinte, l);\tie à la liàte, en I70G. embrasse à peine le tiers de rcmplaromoiit ocrup»' par la villo au moyen Age. Celle-ci, d'apri"^^ le t^ni(ii^^tia|.'(' de (liiillaimie do Tyr, ôtait d»»fondue, en H24, du cùii' df la nier, par un doubio mur tlauiiué de tours, et, du côté de la terro. par une triple enceinte que protégeaient des tours d une grande hauteur. M. Guérin reconnaît Tun des deux remparts de l'ouest dans le mur actuel, que l'on démolit d*année en année, tandis que Tautre, entièrement submergé, serait situé à Toiiest, au delà des rochers plats qui bordent les contours occidentaux de la prcsqu*tle syrienne (voir ci-dessus). Quant à la triple enceinte de l'est elle est presque entièrement ensevelie sous les monticules de salde qui en marquent la direction. I^e seul monument dont on rctrouvp des restes reconnaissables dans l'intorieur dr la ville est l'ancionno ratlitMlraic, située près de l'angli' sud-est, et qui doit avoir étt' un «'dilice s[)NMidido. Elle rciiffriuait les tombeaux d'Orifçî'ne et de Frédéric Barberousse. Klevée par Paulin, évèque de Tyr, sur les débris d'une basilique qui avait été démolie en 303, en vertu des édits de Dioclétien, et plus tard renversée à son tour, elle parait avoir été en partie reconstruite par les croisés. Elle est, du reste, entièrement démolie aujourd'hui, et c'est à peine si l'on peut y reconnaître les arasements du transept septentrional. Mais des fouilles entreprises par le docteur Sepp, en 1874, au nom du gouvernement prussien, daiis \o but de rofnmvi r lo tombeau de Frédéric Harberousse. ont mis h jour plusieurs toiulieanx, de superbes fûts <b' cidonues monolithes, les unes, de syénitc rose d'Egypte, les autres, de «granit i^ris. Les premières ne mesurent pas moins de 3 mètres <le circonférence. On remarque de maïriifiqups colonnes doubles, formées de deux fûts monolithes parallèles, réunis par leur base et leur sommet, disposition qui se retrouve dans les ruiner de Tell Hoùm (v. l'art. Tibériade), et deux piliers gigantesque, auxquels sont adossées deux demi-colonnes, le tout monolithe et merveilleusement taillé et poli. L'un d'eux mesure 1™,80 de large sur8",10 de long, indépendamment de sa base et de son chapiteau. Ces énormes unisses rappellent le pilier de la Double-Porte à Jérusalem. le<|uel passe pour être de répo.jiie salomonienne voir art. Jcrusa/rtn]. — Trt/)<>i/rtiphir (incii'iine. — Ze> f)i>rts. Le jxni actuel du côté nord, nommé autrel'ois port sidonien, parce qu'il regardait Subui, n'est q\i'une petite baie fermée au nord età l'est par deux jetées composées de matériaux antiques, etacees> sible seulement aux petites barques, à cause de son peu de profondeur. L'entrée en est défendue par des tours carrées, massives à leur base et dont le revétenien t était formé de gros blocs taillés à bossage. Du reste, les tours et les murailles n*ont plus aujourd'hui que 2 à 3 mètres d'élévation et la jetée occidentale est sur presque toute sa longueur dérasée à fleur d'eau. D'aj)rès M. Guérin, ce port était autrefois précédé d'une autre digue, aetiielleiiienf sous-nuirine, qui devait former une sorte d'avant-porl i>a rade. Kutre les deux digues, de nombreuses colonnes gisent couciues dails les flots. Toute la cote occidentale de 1 ile, déserte et bordée de rochers battus par les vagues, laisse encore apercevoir, quand la mer est calme, des fûts de granit et des pierres taillées. A la pointe nord-ouest le

TYU

Toient trente à quarante colonnes renversées sur le rivage : les rochers qui les entourent sont incrus(»'s do déltris i\v pierre, de poteries, de coquilles confondues dans une espoec de ciment. Ces débris sont trop éloignés du mur actuel de la ville pour lui avoir jamais appartenu rt, par conséquent, ils ne peuvent provenir que d'anciennes conslruclions ékrées sur ces rochers. Benjamin de Tudèle, en 1173, parle d'une incienne Tyr ensevelie sous les eaux. « Pour en découvrir, dit-il, les tours, les places publiques et les palais qui sont au fond, on n*a qu'à s*y tnnsporter dans une chaloupe » {Voyages, p. 32). Ce passage, bien qu'empreint d'exagération, s'accorde trop bien avec l'existence des débris que nous signalons, pour que l'on puisse mettre en doute le fait d'un rptrécissenient de la ville vers l'ouest. Pour expliquer ce fait, M. de Bertou et d'autres savants ont émis l'hypothi'se d'un affaissement de la péninsule, tandis que M. (luériii atlribue l'invasion du flot et du sable à la destruction des parties supérieures d une énorme digue qu'il croit avoir retrouvée à l'ouest des récifs. La ville ancienne s'étendait dans la .partie méridionale de la presqu'île, où des fouilles ont fiiit découvrir des restes intéressants de maisons, de colonnes, de statues et une partie des anciennes murailles. — Le port du sud était fermé par une digue, longue de jSOO mètres environ, dirigée de l'ouest sud-ouest à l'est-nord-est, et fïi partie sous-marine aujourd'hui, construite en tn-s gros blocs et avec (lu béton qui a acquis la solidité du me le jdus dur. I) innomljraldes fragiiionts (le poteries y sont nicrustés dans une épaisse couche de niurlicr. M. U< nan voit dans ces débris les restes d un ancien mur de soutèneluenl d'un remblai qui lérmait l'ile de ce côté et probablement portait le rempart du sud, et il appuie son opinion sur l'impossibilité de trouver une entrée à ce port, le mur étant continu, de l'aveu de tous. Au devant de ce port supposé, existent, selon M. de Bertou, les restes d'une immense digue ou brise -lames, épaisse de 1^ mètres et longue de plus de 2 kilomètres, travail gigantesque qui protégeait Ja ville contre les fureurs de la nier et empêchait le sable de s'accumuler dans le port, coinnip il l'a lait d'^puis plusieurs siècles. Selon M. (luérin. cette digue e*"! anjourd tnji ensevelie sous une couclie de plusieurs mètres d'eau, et M. le docteur Lortet a pu, par une exploration tiès attentive, ^"a^surer qu'elle se prolongeait très loin, du côté du cap Ras eI-Abya«l. « Ce ne sont point, dit-il, des rochers 'corrodés par les Ûots, mais d'énormes masses foctices construites en béton et en moellons de grandeur moyenne » {Tour du Monde, t. lAI, p. 18). Les deux ports étaient peut-être reliés par un canal qui coupait l'isthme du sud au nord. On voit, par cette rapide description, qu'il est difficile, dans l'état actuel de la question, de rétablir d'une manière précise la topographie de l'ancienne Tyr. Grâce aux observations de MM. de Bertou, Guérin et Lortet, un pas a été fait dans celte intéressante étude ; mais des fouilles bien c(ui- *luitcs et des sondages pmirraient seuls, en fournissant de nouveaux éléuienls de iliscussion, permettre de retrouver au moins la situation des anciennes enceintes et des ports. — Palwtyr. Tyr était double, bâtie en partie sur le continent et en partie sur une lie. Palœtyr, la ville de terre ferme, s'étendait sur le rivage, à partir du Léontès au nord jusqu'aux

254 TYR — TZSCHIRNER

sources de Ras »'1-Aiii,aii sud. Ces deux villes lurent reliées par Aloxandro au nioven d'une chaussée, représ^'utée par l'isthme actuel, (jui a ô\i\T^\ par l'accuniulation des sables. En sortant de Tyr vers l'est, à rextréinité de l'isthme, on comineaceà suivre les ruines d'tm vieil aqueduc, malheureasement coupé en maints endroits, et formé de ma gniti(|ues areades cintrées, construites avec de belles pierrres de taille; il conduisait autrefois à la ville les eaux du Ras el-AKn (voir ci-dessous) en passant au pied d'une colline nommée Tell Maackouq, dont le sommet porte le ouély de Nébi Ma'achouq, élevé peut-être sur remplacement du temple continental de Melqart. Tell Ma'achouq parait avoir été le point contrai, le noMid de Tyr et de Pahetyr. Les eau\ de Ras el-Aïn, amenées par raijueduc, V l'iirmaient comuie un petit Meuve d'eau excellente, oii la ville insulaire s'approvisionnait et qui servait aussi au,\ besoins du culte, comme îes eaux des vasques de Salomon à Jérusalem, il y a, du reste, au sud et au sud-ouest de Tell Ma*aehouq, un ensemble d'aqueduos qd existait probablement déjà du temps de Salmanasar. L'un d*eux, qui se dirige vers le nord, est encore reconnaissable à de nombreux débris. Tell Ma'acbouq parait avoir été le point central d'une nécropole, qui s'étendait sur toutes les colonies environnantes , depuis la route de Qabr Hiràm, au sud, jus([n'au delà do la MagliAret es-Soûq. an nord. « Partout, dit M. Renan, le std de cette réjjfiou est ellondré d'une in.iincre qui accuse avec évidence sous la terre des caveaux dont la voûte > c-l écroulée. •> Nous menti(»nuerons en particulier les nécropoles des cdlline^ de IJurdJ ccli-Chcuidl, de Bordj el-Qiblèheild grotte connue sous le nom de Maghâret es-Soù(j, dans laquelle on entre par un plan doublement incliné, et qui est divisée en trois nefs d*un aspect grandiose. Le gniul aqueduc qui passe au pied de Tell Ma'achouq prenait naissance aux sources du >Ia9-€^-i4m, qui jaillissent dans Tintérieur de quatre immenses réservoirs connus sous le nom de Puùs de Salimton et situés à 2 kilomètres environ au sud de Tyr, Le plus irrand d'entre eux. de forme octojTone, mesure 22 nn'Hres environ de diamètre et 5 mètres de profondeur. Le mur qui l'entoure a 3 mètres d'épaisseur. Par ces constructions on était parvenu ;\ exhausser le niveau de l'eau, qui était recueillie par l'aqueduc et amenée à Tyr. — Voyez: Ileuan, J/m/on de Phénicie; Guérin, Description géograjj/iiquuj historiqueet archéologique delà Pak»tine; de Bertou, Essai sur la Topographie de I^r; Lortet, Tour du Monde, t. LXI. Ad. Ghauvkt.

TTRÂIINUS, chrétien d'Ephèse dans l'école duquel l'apôtre Paul enseigna pendant quelque temps (Actes XIX, 9). Les uns en font un sophiste païen, les autres un rabbin juif. — Voyez Bandan, De schola Tyromi Bernb., 1766; Walieoius, Acta Pauli tphesina^ Gryph., 1783,1, 10 ss

TZSCHIRNER' (Hem i'(;oltliel.t, né à Mitweida. en Sa.xe, en 177;i, mort ù Leipzig en 1H28. est sans ctintredit l'un des représentants les plus distingués de l'opinion intermédiaire qui, au connuencement de ce sièdet i essayait de sauvegarder à la fois la liberté de la pensée et les principes de la foi évangélique. Fils d'un pieux pasteur de village, il fit ses études au gymnase de Chemnits et à l'université de Leipzig, subit rinfiuence

TZSCIllRMiR 255

•le Hcinhard et professa non sans succps à Wittemlierg et à Leipzig. Passionné pour les guerres de l'indépendance, aumônier des arniérs (jiii en 181 .'i passèrent la frontière du Rhin. Tzscliirner, en reli-iion roMinu' en poiiti((ui', se montra toujours l'adversaire de la réjictiun et le (iélenseur d'un liljéralisme sage et modéré. 11 excellait dans l'art de la prédication, « Celui qui respecte le public, a-t-il dit, et counait les difficultés de Tart oratoire, flétrira sous le nom d'impudence la confiance téméraire avec laquelle plusieurs montent en chaire après une préparation des plus hâtives. » On remarque surtout les sermons qu'il a tenus CD 1817 à 1 occasion du jubilé de la Réformation et qui sont animés d'un J^Mifflp màle et généreux. — Attentif au mouvement des esprits dans ?a patrie et au dehors, Tzscliirner, dans ses sermons, ses Itrochures et dans quelques ouvrages plus étendus, s'est surtout occupé do questions aptiloi^étiqurs. Outre son I/istain^ de /'apoloi/ctiquc (IHOo^, qui malheureusement ne comprend que les trois premiers siècles de l'Eglise, nous citercns son livre sur ia Chute du paganismey qui est également resté incomplet (I8S9), son Etude comparée du proteUantume et du eathotieitme au point de vue de la politique, qui a été traduite dans toutes les langues (1822), s&Dogt/tntù/w, qui renferme des aperçus très fin? sur les doctrines distinclives de l'Eglise luthérienne et de l'Eglise réformée (1829), ses lettres sur les roitfesskms df lin'nhnrd (1811) et o-lles adressées à Chateaubriand, J. de Maistre, Lamennais, Montlosier Pt Benjamin Constant (1828). Tzschirner avait suivi avec intérêt la manière dont ces écrivains avaient essayé de défendre en France la cause du christiauisme et de le justiiier devaut le siècle. Mais il n'en avait pas été latisfiiit et leur reprochait àjuste titre de négliger Teslence, e'est-à-dire Télément éthique du christiaùisme, pour ses apparitions extérieures, son côté esthétique, ses institutions, ses cérémonies, etc. Il croyait que le meilleur moyen de faire accepter la vérité chrétienne était de la présenter dans son auguste simplicité devant la conscience. CV?t dans l'altération du sentiment moral, dans l'alTaiblissetnent du témoignage de la conscience (ju'il voyait surtout la cause du discrédit dans lequel le christiauisme était tombé, ainsi que celle des triomphes de l'incrédulité. — Tzscliirner avait ainsi devancé son temps; il pressentait et prédisait la révolution qui allait s'opérer dans la théologie allemande : il en fut le Jean-Baptiste. Plus qu aucun autre théologien de cette époque, il a su élargir Thorizon dans lequel se mouvait sa pensée. Aueune des questions politiques et religieuses qui se débattaient sous ses yeux ne lui demeura étrangère, et il s'appliqua sans relâche à en faire tourner la solution à Tavancement du royaume de Dieu et au développement logique du principe du protestantisme. Plus historien dogmatiste, plus vulgarisateur que créateur, il ne comprend, lui iiussi. le christianisme que couinie la religion de la raisou. introduite daus le monde par une révélation surnaturelle, en vertu de ce principe <iue l'homme n'arrive à avoir conscience de ce qu'il porte en lui que par me sollicitation qui lui vient du ddiors. Ajoutons encore que la forme dans laquelle s'exprime Tzscbimer est plus soignée, plus élégante, plus artistique que celle que Ton trouve d'ordinaire chez les théologiens alle-

256 TZSOilRiNER — UITËNBOGAARD

mtfkids. Ce sont des écrits animés du plus noble enthousiasme et dignes de devenir classiques. — Voyez Kmg, Tz. Denhnal, Leipz., 182B; Tittmann, Memoria Tx., Lips., 1829; Pœlils, Tz, Kurzer Abrm teim Lebens u. Wirkens, Leipz., 1828, et Texcellent article de G. Fraak. dans la ReaL Encycl, de Herzog, XVI, 348 ss.

UBERTIN DECASALI. frère mineur, né à Casai, vivait dans le quinziôm*' et losoizi«Mno sii'flr. 11 rnmbatlit avec énergie les tendances Je ceux qui avaient essuvi' <!•' teiiipén'r rascétisine propre ùlarèjrle de saint FraiioMS d'Assise et (le ne pas appliquer à la lettre le vomi de pauvreté. 11 partageait d'ailleurs les vues apocalyptitjuesde sou maître Ulivi sur iaeorriiption de l'Eglise et les exposa dans son Ar^omVa? fr««'jlîxi( Venise, 1485, in-fol.]. Obligé de se rétracter, libertin obtint du pape Jean XXII l'autorisation d'entrer dans l'ordre des chartreux. On a ^ncore de lui un commentaire enthousiaste de TApocalypse sous le titre De septem Ecclesix ttatibus (Venise, .1516, in-fol.). — Voyei Wadding, Annales Minorum,

Roui.. 17:j:j, \,:m ?s.; vi, I7i ss.

UBIQUITÉ. Les théologiens luthériens du seizième sièele. pour justifier leurdoctriue de la etuîstihstanlation à l'article de lasaiute cène ; voy.('''t arti<'le), eii5ei;j:uaieut /'itOn^uitas cd/'nis Christi. iju'ils essayèrent de luuder sur de^ passages tels que Matlh. XXVIII, 20; Kpli. I. ûli: IV, 10; Hébr. 1, 3. Ils soutenaient que le corps du Christ participe nécessairement de la toute présence de sa divinité. La Formule de concorde se contente d'affirmer que Christ, en ce qui concerne sa nature humaine, « ex kac eommunicata sibi divina natura prmsens esse potest et reoera est » {SoL decLt VIII, p. 768, 20). Tandis que les théologiens de Tubingne attribuent la omniprœsenfla à la nature humaine du Christ à partirde l'arle de la conception, dans le sens de Vadesscntia, ceux de Giessen, au contraire, no la rev<'ii(li(|u<'nt pour elle que depuis le moment de l'ascension. Elle n'est pour eux (jue la participation active de la nature humaine à la toute-présence de la divine, en vue du gouvernement Au. monde qui lui incombe [omniprxscntia modi/icata seu ojjcrosaj. L«8 théologiens de Helmstœdt la restreignent à une omniprxsentia r€spectu% c'est-à-dire Christ peut, d'après sa nature humaine , être présent où il veut, et il l'est actu là où il Ta promis, c'est-à-dire dans la cène et dans l'Eglise. — Voycx Rocholl, Die Realprxsmz, Gulersl., 1875.

UITËNBOGAARD on l'ylenbogaert Jean), célèbre théologien r< montant, né à Utrecht en lo57. mort en Itii'i. II fit ses études à Genève sous Théodi>re de Beze et revint en l.'^iHI à Utrecht où il ne t irda pas à se ^W^tinguer comme prédicateur. Il s'attacha dès lors à Arnnuius et fut lurii-

inTt;.\BOUAAllD — ULLMAiNN 2o7

fié ptr luî, ainsi que par Gasaubon qu*il eut occasion de voir à Paris en 1610, dans la conviction que le dogme calviniste de la prédestination était déraisonnable et dangereux. Bien qu'il ne cessât do se distinguer par sa modération et lo sérieux <îr son caractôre et que le prince Maurice d'Orange l'eût nommé son chapelain et lui eût confié l'éducation de son fils, l'itenhngaard no put éviter la persécution <[ui at teignit son parti. Il fut banni et ses biens confisqués. Lui-même se retira à Anvers d'abord, puis à Rouen où il resta jusqu'en 1626. En 1629, après avoir séjourné pendant quelque temps secrètement à Rotterdam et employé tous ses efTorts pour réconcilier les partis divisés et assister les remontrants persécutés, il eut la satisfaction de lui voir restituer sa maison, mais ses adversaires réussirent à lui faire interdire toute prédication. — Uitenbogaarri a beaucoup écrit. Parmi ses ou\Tages, tous polémiques, nous citerons seulement : 1** De aucloritate magtslraftts hi rfbi/s rrrh'siasfiris^ La Haye, 1610; Rotterd., 10i7, où l'autour étend celte autorité le plus possible; 2° IJistoire ecclésiastique, offrant h's én-neiiirnis les plus notables de la chrétienté ^ depuis WOJusqu'en 1601), surtout en ce (fui contome Ut PromneeS'Unm, Rotterd., 1646-47, en hollandais ; 3<> Prœ^^ ttamiumei eruditarmk 9ironm Fpittolœ eecles, et theolog.^ Amsterd., 1684. — Yoyei sa Vie, en latin, par Gérard Brandt, Amst., 1790; et par lui-même, en hollandais, 1639; 2* éd., 1646; Burman. Tm jectum fruditum^ p. 435 ss., où se trouve la liste de tous les écrits d'Uitenbo» gaard ; Schnœckh, Kirchmgesch. seit der Beform., V, 226 ss.; Giescler, Kirrhpnfjfr.sc/i: , III, 2, p. 33 ss.

ULLMANN (Gbarles), l'un des représentants les plus éminentsde l'école de Sclileiermacher. Né le 15 mars 171)0 à Eptenhach, près de lleidelherg. où son père était pasteur, il fit ses études sous Daub, Paulus et Scbwarz «t les acheva à Tubingue. Les beaux-arts se disputèrent pendant quelque temps son goi^t et ses occupations avec la théologie. Lié avec le peintre Rotlmann , Fauteur des admirables paysages grecs de la Pinacothèque de Municb, ainsi qn*avee les poètes ijhland , Gustav Schwab et Pfister, il puisa dans leur commerce cet amour des belles formes et ce style clair, correct et attrayant qui caractérise si beureusement ses ouvrages. Après un court vicariat à Kirclihoim, se sentant une vocation décidée pour la carnère dp renseignement, il recommença ses études académiques, suivit à lleidelberg les cours de Hegel et de Kreuzer et lit un séjour dans l'Allemagne du Nord, à Berlin surtout, où il trouva la tendance tbéologique qui répondait à ses propres aspirations. — Depuis 1820, UUmann fit des cous ezégétiques et historiques & Heidelberg et publia deux travaux critiques sur la seconde épltre de Pierre, dont U essaya de sauver le premier chapitre , accordant Tinauthenticité du reste de l'épltre, et sur la tXDitième épltre de saint Paul aux Corinthiens, traduite de 1 arménien et rppardée comme authentique par Hink. Comme fruit de ses études pa- 'riMiques, il publia en 17:25 une monographie sur (jrt'goire dr Xuz'ianze <i'>Dt il admirait le caractère élevé et la puissance des convictions. Egal en valeur aux meilleurs travaux de Neander, cet ouvrage détermina la nomination d UUmann comme professeur ordinaire. MaisHcideliKig était alors un centre peu favorable à son activité académique. Parmi

xji 17

ULLMAiNN

les étudiants, les uns adln'Taient aux vues de Daul», Ips autres à celles de Paulus. Ullinann se lia étroitement avec ^pn collègue Umbreit, esprit droit ft intèoTP, ronnu par ses tr;iv;ni\ sur l'Ancien et le Nouveau TostanifMit, et par une rtude «'stiiiite sur le péché. Il fonda, <!•' i'nin:t>rt aver lui, en 1828. les 7 /n'olni/ls'/ir Studi'ot it. Kritikrn qui devinrent l'organe de la nouvollo théologie évangéliquc et se conquirent promptement un nombreux et fidèle public d'abonnés. — Le premier article d'Ullmann sur la Sainteté parfaite de Jésus causa une grande sensation et, publié à part (Hamb. , 1830), eut un nombre considérable d'éditions. Il a été traduit en français par Th. Bost. C'est une étude apologétique sur le point central de la dogmatique telle qu'elle a été renouvelée par Schleiermacher. Le luit do l'auteur p«t de donner au christianisme une hase historique solide, f>t il croit n'eu pas pouvoir trouver tie meilleure que la sainteté parfaite de Jésus démontrée à la fois par les textes, c'est-à-dire par le témoignage que Jésus se rend à lui-même (ce qu'on peut appeler Tétude psychologique de sa conscience)» et Timpression qu'il a faite autour de lui, sur ses disciples, ainsi que par Texistenee même de l'Eglise chrétienne qui ne s'expliquerait pas sans ce fait. « C'est la réalité seule, dit Ullmann,qui produit la réalité.» De simples concep* tions ne créent pas une vie nouvelle. Ou hien vous êtes ohligé <le nier que les forces les plus pures, capahles de produire une régénération morale, se soient ré[)aiidues, à partir de Jésus, dans une inéjmisahle ahondance à travers l'humanité, et c'est ce que l'histoire von» défend, ou luen vous êtes contraint de recoiinaitre que celui dont découlaient ces forces était doué de manière à produire pr^isémentces effets. On doit fiUre remarquer pourtant que si les textes sont étudiés avec soin dans cette étude, on est étonné d'y trouTeruneabsencecomplètedecritique des sources. Suffisant peut-être à l'époque où il parut, cet ouvratre devrait aiigourd'hui être complété ;\ divers égards pour atteindre le hut qu'il se propose. — Ullniann fut appelé à Halle en 18:2*.) pour y enseigner l'histoirede l'Eglise, la dogniatiijue el la >\ uilmlique. Tnul en contribuant à combattre rinlliience du rationalisme, il s éleva avec une noble énergie en faveur de la liberté de l'enseignement menacée par les attaques de la Gazette écangélique contre Gesenius et Wegscheider (1830) .11 publia dans les Situb'en diveises études historiques , parmi lesquelles celle sur Jean Wnsei (t834), \t précurseur de Luther, fut surtout remarquée. Des épreuves domestique^, l'attrait du pays natal et un appel pressant du gouvernement badois déterminèrent son retour à Heidelberg en 183G. 11 comptait sur un renouvellement de la faculté et des études théologiques dans l'esprit de l'école de la conciliation à lacjuelle lui-même se rattachait, et en effet l'arrivée de Hothe, de Ilundeshagen et d'autres, qu'il avait provoquée, releva le nombre des étudiants. Ullmann fut ramené aux travaux apologétiques par la Vie Jésus de Strauss. Il lui reproche, dans une brochure intitulée Histoire ou mythe? (1838), de fermer la voie à tontecritique impartiale, en affirmant que tout dans les Evangiles doit être ou historique ou mythique; il le blAme avec non moins de justesse de méconnaître l'iniportance de la persnimalité dans l'histoire de la fondation du eluistianisme. — Ullmann lit un pas de plus eu proclamant, dans un traité intitulé de

ULUlÂiSN ^9

ÏEsmet du Chriitùmisme (1845); traduit en français par M. Saidinouz, son indépendance des formules orthodoxes, et en insistant sur la distinction h fair^ entre la foi et la dogmatique. Il relève le caractère humain (lan> I l révélation et dans l'Ecriture, et l'importance de la personne du fllirist. (jui en est le centre intime ot connne la moelle. A côté des écoles qui nous représentent le cliris(i;ini?mp sMccrssiveiucnlcoiiHne nnedoclrino ^ 1p rationalisme etlr supranaturalisiiic), comiiip une loi morale 'Kant/et comme une force rédemptrice (la Uéformation), on trouve de bonne heure ime quatrième quten&it consister le earactàre essentiel dans l'union de l'homme avec Dieu, et le définit en conséquence la religion de Tunité du ^ivin et deThumain, ou celle de la gloriflcation et de la divinisation àe riionime et de l'humanité en Christ et par Christ. C'est à cette dernière définition qu'L'llmann se rallie. Le-christianisme est uae puissance vie. un principe créateur et organi(|no. Tout le christianisme est déjà r»^ii!>rrné dans la personne qui l'a fondé, personne aussi véritablement divine ijuliumaine et humaine que divine, or^'anisme spirituel vivant qui rayonne et déploie magniliquemcnt ses forces et ses dons au scia de rhomanité, et qui tend invinciblement à se l'assimiler pour en faire, par is vertu triomphante, un royaume de Dieu. — Mais cette union et cette pénétration complète du divin et de l'humain, comment &ut-il nous les représenter? Tout est là, et pourtant, c'est précisément sur ce point que nous attendons en vain des éclaircissements de la part de notre auteur. Il ne suffit pas de répéter sur tons les tons que Jésus-Christ est l'Homme- Diouou le Dieu-Homme, ces formules exigent une ititer[irélation rigoureuse qu'Lîilmann a négligé de donner. 11 nous dit encore que le christianisme est divin dans son essence et son origine, humain dans su forme ftdans son développement, et que le rationalisme a méconnu le premier point et le supranaturalisme le second. Tout cehi, h la vérité, ne nous apprend pas grand'chose, alors qu'on nous laisse ignorer le mode d'après lequel Dieu agit sur l'humanité et en vertu dutinel le divin s'unit à l'humain et l'humain au divin. — L'activité d'UlInumn s'exerra avec plus 'le bonheur sur le terrain historique. Son onivre principale, les Kèformaittui-fi avant la Héfonne ('1842), qui ci)uj[»rend, outre l article sur Wessel, des éludes sur Jean de Gocb, Jean de Wessel, les Frères delà vie commune et les mystiques des bords du Rhin, se distingue par h solidité des recherches, la grâce et la chaleur de l'exposition. Avec elle i^irritsnt les publications théologiques de notre auteur. Son intérêt, à ptrtirdece moment, se tourne de préférence vers les ({uestions ecclénsstiqiies pratiques. Il avait un don et un goût particuliers pour les essais de conciliation entre la théologie et la culture intellectuelle moderno. pour la vulgarisatifui et l'exposition populaire des recherches &cioutifi({ues.[Ouantau gouvernement de l'Eglise. Ullmann a énoncé, dans uu opuscule sur l'Avenir de V Eglise éoangùiiquc eu AUetnayne (l8i(î), les principes qui le guidaient dans cette matière. Il veut la distinction nuis non la séparation de l'Eglise et de l'Etat. De le part de l'Etat : toiéfanee de tout ce qui n'est pas contraire à la morale, protection des confessions chrétiennes reconnues (par qui? en vertu de quel critère?) mnme organes des forces morales les plus puissantes qui soutiennent-

260 ULLMÂiNN

l'Etat Dans les universités : obligation de retenir lès principes sur lesquels repose la confession évangélique. Dans l'Egliso : mainti( n des confessions comme types du témoignage de la foi. Ullmann demande également que rorganisation consistoriale, c'est-à-dire césaropapistc et bureaucratique, soit complétép par des institutions presbytéraK-s Pt synodales, comme si les unes n'exduaipnt pas l.-s aiitros. rl connue ^i une indépentlancp sérieuse de l'ivjlis»' était possible avec les droits acconlés à l'Etat en vertu de sa qualité de tuteur de TEglise. — La révolution ba- (b)ise de lH/*8 à 1850 ne fut pas sans exercer une influence flcbeuee snr les vues iï Ullmann. Son conservatisme se précisa davantage. Nomoié prélat à Carslruhe en 1853, il prit une part importante aux essais de réaction ecclésiastique qui atteignirent,leur point culminant au synode général de 1855, dans le nouveau catéchisme, la nouvelle liturgie rédigée par le docteur Bœhr, et le caractère confessionnel que devait recevoir TEglise badoise. Ullmann parta''ea l'impopularité qui frappa les auteurs de ces mesures et fut l'une des premières victimes de rupposilion qu'elles provoquèrent. Il donna sa dénjission en 1800 et mourut cinq ans après, cruellement peiné desécliccs que ses vues ecclésiastiques venaient de subir et des injustes attaques que l'on avait fait rejaillir suraon ciiracière. — Ullmann n'était pas un de ces esprits créateurs, un deces génies prophétiques auxquels il est donné de mener la théologie et l'Eglise dans des voies nouvelles, mais il est Tun des plus beaux talents qu'ait possédés l'Eglise évangélique. dans ce siècle, en Allemagne. Humaniste chrétien, il a réalisé, dans ses écrits comme [dans sa vie, l'essence du christianisme sous sa forme la plus pure et la plus noble. Historien et apologiste, il a rendu en laveur de l Evan^^ile un témoi;:nage éloipient et béni. Caractère aimable, bieuviMllaiit et doux, ennemi de tnu'i les extrêmes, de lout ee (jui trouble l'harmonie et aigrit les esprits. j1 était fait pour être riiouune de la conciliation et de la paix. Schwarz va beaucoup trop loin, lorsqu'il lui reproche une grande pauvreté d'idées cachée sous une habUeté extraordinaire de formes. « Les périodes sont si élégantes, si arrondies, leur chute est si belle que Ton peut difficilement se représenter quelque chose de plus séduisant', mais aussi de plus vide... La théologie d'Ullmann offre un mélange confus d'idées né du vain effort deconcilier le supranatm-alisme et le rationalisme; elle n'est <|u'un supranaturalisme honteux «jui a une répulsion profonde, mais secrète, contre les miracles, en retranche et en snpi)rime autant que possible dans le détail, sans pouvoir se débarrasser de l'idée môme du miracle {Zur Gesc/tir/it<- (h r neut'stin Thaul., '6' édit., p. 371). » 11 y a beaucoup de mauvaise humeur au fond de ce jugement, qui atteindrait au besoin Schleie^ mâcher lui-même et tous les théologiens qui ont retenu dans leur système un élément surnaturel. La vérité est qu'UUmann n'était pas tm esprit systématique. H n'a pas de théologie originale. Il ne fait que vul* ganser, préciser, revêtir de formes claires et saisissables les vues de son maître. Nous ne lui ferons pas un crime d'avoir été grand artiste et médiocre dogmaticien. Son mérite est d'avoir excité chez beaucoup, par ses ouvrages historiques surtout, un vif et sérieux intérêt pour le christianisme, ses témoins, ses œuvres et ses doctrines. — Voyez lieyscUlag,

ULLMANN — ULPlllLAS

K. Ullmann. E ini' hinijr. Skizzf. Gotliii, 1866; HoItznianOi /Vof. Kirchenzeitung , 1865, âi et 23; Uageubach, Prot. Monattblœt' ter, 4865, H. 6. F. Lichtbnb^ger.

ULPHILAS. G'ost de nos jours quo la vie rt l'œuvre d'Ulphilas ont «^té remises on lumière, après avoir été longtemps oltscurcies par l'absence de documents et par les afrirniatioas pleines de partialité des historiens forées orthodoxes, Socrateet Sosomène, bien qu'on eût comme contrepoids les ouvrages de Philostorgius et de Jornandès. Le professeur Waitz a publié un fragment important d*ttO ouvrage polémique de révéque arien Maximin, qui renferme une Biographie d'Ulphilas, par Ameotins. évé(jue de Dorostorns. en Silistrie (Waitz. /,/îAi?n u. Lehre d. Vlphilns, Hann., 1840; Neander, AV/v//^?/?^., 111,188). Bien qup \o nom d'Ulphilas [Wulfila, Wolf) soit d'origine germani(jue et (jne certains biographes attribuent à l inlluence de la race gothique toutes ses vertus, il est prouvé qu'il appartenait à une famille noble originaire de Sadagolthiiia, en Gappadooe, emmenée en exil vers 268, dans une des incnnîons des Ooths en Asie. Né en 318, Ulphilas recueillit les bienfaits de cette double origine ; versé dans les usages guerriers et les légendes de sa nouvelle patrie, il connaissait la langue et la littérature de la Grèce et remplit de bonne heure b s Innclions d«' lecteur. En cette qualité, il exerça un véritable apostolat jiariiii 1rs diverses tribus appartenant à la coniédération des Goths, et gagna un si grand nombre de disciples à l'Evangile, qu'il reçut, dès 343, la charge d'évéque des Goths pour donner plus d'autorité à son ministère. Nous ignorons s*il fut consacré par des évèques orthodoxes ou ariens. Les historiens, partisans d*Atbanase, prétendent qu'Ulphilas, après avoir longtemps penché du côté du synode de Nicée, serait devenu arien, grâce aux présents de Tempereur Constance. Cette calomnie est réfutée par la confession de foi rédigée en 360 par i'évécjue goth , et par sa déclaration formelle qu'il a, depuis sajeunesso, cnnfprisé et cn^pigné lo-? doctrines ariennes, sans esprit de socte, condamnant toutes les dis<'ussions inutiles et s'en tenant au texte môme des Ecritures (Ebrard, Lehrb. der Kirchg., 1, vers la fin). Sa traduction de la Bible, même dans les passages les plusi controversés entre les partis, ne trahit en rien ses convictions ariennes. — Les progrès du christianisme parmi les Goths excitèrent bientôt la jalousie, la haine du chef pnïen Athanarie etdonn^^ent lieu àunepremière éternelle persécution 350). Avec l'autorisation de l'empereur Valens, Ulphilas. emmenant avec lui une partie de sa communauté, vint se lixer en M<esie. à Nicopolis. au pied de l'HnMnus. L'historien Socrate déorit ces Goths, exilés volontaires, couime une population paisible, vouée à Tagriculture et à l'élève du bétail. 11 reconnaît également, bien que déplorant leur hérésie, l'héroïsme des nombreux martyrs de la persécution de 370, dont Ulphilas eut directement peu è souffrir et qui coûta lavieiunSabaetàunNicétas(Zeu^tfn der 197-205). Se-

condé par les prêtres Àudius et Eutychès, Ulphilas ne craignit pas de sVxpnser aux plus grands périls pour évangéliser avec succès les populations païennes de l'autre c<Mé du Danube. Ouehjucs années plus tard, de nouvelles discordes, provoquées par l'esprit d'indépendance des

ULimiLAS — LLTIIAMOMAMSME

tribus gothiques, •''clat^^ent outre Fritip^rn oi Athanaric, En 376, Fritigern envoya Ulpliilas on ambassade aujirôs dp Valons, et obtint par son entreiniïîo la eoiicession d'un vaste territoire au sud du Danube. (Mi sait que. en .'HS. b\s exactions îles toneliunnaires impériaux prov(K|uèreul une nouvelle levée d'armes des barbares. Ulpliilas intervint encore le 8 août, avant la bataille, porteur des dernières propositions de paix, que fempereur repoussa, tout en comblant Pévéque des marques de sa bienveillance. Valens périt le lendemain dans la déroute d'Andrinople, et les Goths arrivèrent jusque sous les murs do Con^tantioople. Nous ne possédons que peu de détails sur la mort tlT Iphilas. que la majorité de< bistoriens reporte à ."{HS, tandis ([ue Waitzet Massmauii le font mourir dès 383. Ce qui est certain, c'est (juo la cnudamnation delinilive de l'arianisme au concih' de (iunslantinoi)!»' de 381, la ruine de ses espérances et le refus détinitit' de l'empereur Théodose de ménager son Eglise, bâtèrent la fin du noble missionnaire, qui lut enseveli à Gun- Btantinople avec un grand concours d'évéques et de prêtres. — L*œuvie qui a surtout conservé jusqu'à nos jours le nom d'Ulphilaa est sa traduction de la Bible entière en langue gothique, d'après les textes grecs et latins. Bien que les Goths pos?t'dn'i<eiit (jéjà des caractères runique*. Ulpliilas dut créer jusqu'à l'alphalM t [niiir cxécuter'^sou oMivre. qui esl à la fois une création hors liirne et un l iier-d feuvri' de litltM;ili>me et de lidélité. Quebjues liislorieus anciens prétendent qu'Llpliilus n a pas traduit les deux livres des Rois pour ne pas exciter les instincts guerriers de son peuple, mais il a bien traduit les Maehabées, livres aussi belliqueux pour le moins. Oublié pendant des siècles, le manuscrit des quatre Evangiles, appelé Cod^jp argenteus, à cause des lettres d*argent et d'or en relief sur le manuscrit do parchemin pourpre, retrouvé dans l'abbaye de Werden en 1563, fut enlevé eu KiiH de la bibliothèque de PraiTUo. par les Suédois, et est à Upsal depuis \VAi\). Des 381» pai;es du manuscrit ori|;inal il ne reste plus que 177 feuillets. En 1750. Knilfel découvrit à Wolfenbiittel des fragments del'épitre aux Romains, provenant d'un manuscrit italien du tauitième siècle. Enfin, en 1817, le ss* vaut Angelo Mai retrouva à la bibliothèque de Milan, dans des palimpsestes venus de l'abbaye de Bobbio, toutes les épitres pauliniennes et une bonne partie des livres de l'Ancien Testament, enfin un connnentairo sur l'Evangile de saint Jean. — Sources : Socrate, IV, 23; Sozoniène, YI. .'{" ; Philostnr'jfo. H, 5: .lornandès, Dn rehm Griicis; A. Maius, l lphil;r ftaitium. etc.. Mediolaui. l8iy;Galdenz et Lodte, I If., V.d N, T. \ crslonis f/of/ticn /ra(/m., Loipz., lH3()-t8i7: Massmann. f /ph. Schrifi., etc., Stuttg., 1836; Bernhard, Krit. L nlers., Meinmgen, 18tii ; Waitz, ouvrage cité ; Bessel, Leben d, Ulf,, Gœtt., 1860 ; W. Krafft, ùie Kirch. Qeteh, der Germ, Vœlker, I, 1, Berlin. A. Pauhibr.

ULTRAMONTANISME (ultra morttei, au delà des montagnes, c*e8t-à-dirs des .Vlpes). On désigne sous ce nom, en France et en Allemagne, la tendance ecclésiastique que la curie romaine a réussi à faire prévaloir au s.'iu de l'Eglise catholiijue, ou opposant victorieusement dans tous les domaines losysti iiie papal au système épiscopal, préconisé dans une certaine mesure, avec l'appui des gouverneuieiUs politique», par le gai-

Digiii/eu by LiOOgle

ULTR^OiNTÂNlâMË UiNiTAiRES 26^

lieanisme et le joséphinisme. Le caractère de rultramontanisme se manifeste surtout par Tardeur avec laquelle il combat toute velléité d'indépendance dans les Eglises nationales, Tintor lit dont il frappe les écrits qui la défendent, la négation des droits de l'Etat en matièn^ de gouvernement, d'administration ou de contrôl»; ecclésiasti(iue, la ténacil6 avec laquelle il a poursuivi la proclamation du domine de rinfaillibilité du pape et avec laquelle il ne cesse de revendiquer la restitution de sa puissance temporelle, comme la garantie nécessaire de 1 exercice de sa souferaîneté spirituelle.

OHBBSrr (lfrédéric>Guillaume-Gliarle8), orientaliste distiugné, né à SoDuebom* près de Gotha, en 1795, mort à Heidelberg, en 1860, oii il professa depuis 1823, après avoir étudié les langues orientales avec Sacy h Paris, et llammer à Vienne. Il fit de l'exégèse philologique et historique des li\Tes bibliques, spécialement de ceux de l'Ancien Testament, la tàehe de sa vie, unissant un sens littéraire et po''li(jue très développé à des connaissances linguistiques de premier ordre. Ses principaux ouvrages seul : 1» Kohelel des weissen Jîœniys See/enkamp/f. Gotha, 1818 ; 2" LUd étt liebe, deu mltette u. tekanute am dm Mur- ^tnUmde, Gœtt., 1890; 3« DasBueh ffiob, Heiddb., 1824; 3<éd., 1832; 4» /Ne Sprûeke Satomo*s, 1826 ; fi« Chrittliehe Erèauung oui dem Psalter^ Hamb., 1835, traduction avec commentaire de 35 psaumes choisis ;

Grwi'ffirne di's A. T.^ Hamb., 1843 ; 7" Prakt. Commentar ùb. die Prnphelen des Altm /inndes, Hamb., IHil-lSiO. i vol., son ouvrage capital : H" //ie Sunde. lïeitnuf zur Thenbufie des A. T., Gotha. l8oU; ^ Ùcr Jfrief nn die Rœmer auf dem (h-mid'' d^s A. J . nn^ipd'^qt , Gotha, 1856. Unibreit fonda en 1818, de concert avec Llllniann, 1 importante revue intitulée fAeo/. Sluàien^u. Kritiken,

OnrOBIIITÉ (Acte d'). Voyez L'glite anglicane,

UNIGENITUS (Bulle). Voyei Jatisénisme,

UNION des Eglises luthérienne et réformée en Allemagne. Voyes

Frédéric-Guillaume lli,

UNITAIRES anglais et américains. Los idées anlitrinitaires furent app<trt''es dans la Grande-Bretagne par les proscrits italiens, ijue l'inijuisition avait chassés de leur patrie et auxquels Kdouard VI accordait une généreuse hospitalité. Le plus nilluent parmi les conseillers ecclésiastîques du jeune monarque, Thomas Granmer, rechercha le concourt de tous les adeptes distingués de la Réforme, soit pour travailler à une i^rme scientifique des universités anglaises, soit pour amener un accord entre les diverses Eglises protestantes, sur les points théologiques If^î plus controversés, celui entre autres de leucharistie. Parmi les docteurs illustres qui répondirent à son appel, nous nous contenterons de citer, pour l'Italie, Pierre Vermigli, qui fut aussilAf après son arrivée Bonuué à une des chaires d'OxIonl et Heraardo Ochino, l'éloquent préiietteur et le fougueux controversiste, aussi remarquable par l'ardeur de is ouriosité intellectttdle et sa foi dans le triomphe final de la vérité que 90D eollègue, par sa modération et sa sagesse ; pour l'Espagne, Enzinas ou Dryander, Tautenr de la première traduction du Nouveau Tettament dans sa langue natale; pour la France, Pierre Alexandre, pour

Ui\lTAll\fc::>

lors professeur à Heidelberg et oonnu parles travaux patristiques ; pour

Strasbourg, Bucer et Fap:ius, auxquels fut confié un enseignement théologique à Cambridge, enfui, pour la Pologne, Jean de Lîisro, qui gagna tontes les sympathies, moins encore par ses hautr-^ ra])acit(''s fcientifi(]ues que par la noblesse de son caractère et son abnégation à toute épreuve. Sous leur direction se fonda, en 1550, l'Eglise des Etrangers, divisée en trois branches : française» italienne et flamande. Cranmer, qui dans toute cette affaire fit preuve d*une grande largeur de vues» la garantit contre les tentatives d'immixtion despotiques de son collègue l'évéque de Londres, Hidley» qui aurait voulu lui imposer la liturgie et le rituel anglicans et lui permit de se donner une constitution autonome que confirmèrent les lettres patentes d Kdouard VI. — L'Eglise des Etrangers, dans la confession de foi qu'avait rédigée pour elle Jean de Lasco, proclamait le dogme de la trinité. Ce fut pourtant dans son sein que les unitaires, dont les vues avaient jusqu'alors manqué de cohérence et avaient souffert de leur confusion avec Fanabaptisme (voir, dans V Encyclopédie ^ Tarticle AniitnmtQire9\ formulèrent pour là première fois un programme net et précis. Le 25 juin t549,le puritaio Ilooper, dans une lettre à Bullinger, se bornait à Stigmatiser en termes généraux « les libertins et les misérables assez audacieux pour nier la messianitê de Jésus et le traiter d'imposlour. » Deux ans après, le 14 août 1551, le premier pasteur de la commanauté flamamlc, Microm, écrit au même réformateur de Zurich, avec lequel il entretenait une correspondance assidue. « Les adversaires principaux de la divinité de Jésus-Christ sont les ariens, qui sont en train débranler nos Eglises avec plus de violenc*; que jamais en niant la conception du Gbiiat par la Vierge,» et en invoquant soit Tunité de Dieu, soit des passages seripturaires. L'excellent pasteur ajoute qu'il a obtenu pour les réfuter le ronrours de Lasco, mais il avoue qu'il ne savait trop quels arguments leur opposer et réclame les lumières de Bullinger. Si nous recherchons à notre tour quels étaient ces sectaires pseudo-évangéliqucs, si dangereux pour l'Eglise des Etrangers, nons voyons que, le 25 avril 1551, fut jugé par le conseil privé du roi et condamné à être brûlé à Smithfield, comme coupable d'arianisme» un médecin distingué par ses connaissances et ses vertus, Georges van Parris. Plusieurs autres de ses coreligionnaires payèrent à cette mdme époque de leur vie leur fidélité à leurs convictions et la hardiesse de leurs doctrines; mais le plus habile adversaire du symbole d'Athanase n'en fut pas moins un des fondateurs de l'E^Miso dos Etrangers, un des théologiens dont l'archevêque Cranmcr admirait le plus la vaste érudition et la subtilité diab-ctique, Bernardo Ochiuo. — Malgré le voile prudent dont il enveloppa ses doutes, il ressort de l'ensemble de ses théories sur la rédemption qu'il admettait déjà en son for intérieur la subordination de Jésus-Christ vis-àvis de Dieu le Père. Si nous suivons son développement théologique et si nous parcourons, sôit ses [jihyrinthes, dédiés à la reino Elisabeth, soit ses Trente dialogues sur la Trinité qu'il écrivit pour le comte de Bedford et le prince Hadziwill, nous reconnaîtrons que, sans avoir jamais poussé jusqu'à la franche négation du dogme ecclésiastique, tout en se

UNITAIRES m

cooteutant de déclarer qu'il fallait nécessairement choisir entre la doctEÎne orthodoxe et l'arianiBnie, il manifeste pour tout lecteur intelligent ses sympathies secrètes pour le second, par la vigueur de ses attaques contre le symbole, comme par la faiblesse de la défense. Les sept années qu'il passa en Angleterre (1547-1553) et la fiiveurnon interrompue dont il jouit, soit aupros d'Edouard VI, soit auprès d'Elisabeth, contribuèrent puissamment à la propagation dos idées antitrinitaires. Parmi les disciples qu'il recruta surtout dans les hautes classes, il convient d'indiqiior, entre beaucoup d'autres, le comte de Bedford, le grand trésorier Burleigh et lady Anne, mère du chancelier Bacon, qui traduisit ses Sermont relatifs à la prédeiiinaHon. — ^Aprës Ochino et dans les dernières années du règne d'Elisabeth, runitarisroe fut représenté par deux hommes de t^te et de cœur et qui, tous deux, appartiennent à l'Eglise des Réfugiés, le pasteur espagnol Antonio Gorrano et l'architecte italien Jacobus Acontius, Le premier, dans un opuscule intitulé : Tableau de Vœiivrp do Dici , proclama rautorité de l'Ecriture pleinement sulBsanle dans les (jucstions de <lo«:nie, en rpj<>tant dans l'onibre celle des confessions de foi et inclina, au sujet de la tniiité, vers des vues subordinatiennes. Le deuxième, dans ses Strataycmes, dédiés à la reine Elisap beth, distingua entre les articles de foi nécessaires au salut et ceux qui pouTaient être abandonnés aux controverses sans risque pour le bien del*Eglise. Parmi les dogmes qu'en vertu de ses principes il n'est pas nécessaire de connaître se trouve celui de la trinité, puisqu'une seule chose est exigée de nous, la croyance au Christ comme Fils de Dieu, et que la notion de fils ne peut convenir qu'à celui qui a réellement un p^re difTérenl de lui-même. Plus heureux que Servet, voire môme qu'Ochino, Corrano, quoiqu'il eût été suspendu de ses fonctions par VéTéque de Londres Grindel, fut, gréée à de puissants protecteurs, nommé professeur à Oxford et chanoine de Saint-Paul, et Acontius conserva la faveur royale tout en maintenant ses opinions antitrinitaires. Avec les Stuarts triompha de nouveau l'intolérance dogmatique. En 1648, l'assemblée de Westminster, sur la proposition de Francis Cheynell, prononça la suppression des Sitraltirihmr<i d'Acontius comme s'ils eussent été réellement des artifices di; Satan et condamna leur auteur comme h '>rétiquf^, par.ie qu'il n'avait fait dans s )n ouvrage aucune mention, ni de la divinité de JésUs-Christ, ni de celle du Saint-Esprit. — En dépit de toutes les excommunications, les idées antitrinitaires ne cessèrent pas de compter an sein de l'Eglise des Etrangers de nombreux adeptes, et entretinrent, parmi les protestants réfugiés à Londres, une atmosphère de tolérance et de libre examen. Aussi, lorsque éclata l'hérésie socinienne, la Grande-Hret;iLnie (dlVit pour sa diffusion un terrain dos plus propices. Son premier lauteur. Lelio Sozzini, nial^^ré la brièveté de Son séjour à Londres et son rxtrc'^me jeunesse, n'en exerça pas moins sur ses coreligionnaires un cliarme puissant, et [continua après ion départ son onivre de propagande par l'intermédiaire des nombreux Anglais qui entrèrent en rapport avec lui, soit à Genève, soit à Zurich, pendant les persécutions de Marie Tudor. Ui presse fut pour lui un auxiliaire encore plus efScace. A partir de 1605, les imprimeurs de

Hackow et d'Amsterdam inond^^ont la Grande-Bretagne d'écrits sociniens. Les premiers, il e?t vrai, furent brùirs par la main du Imurreau, ainsi, en l'exemplaire du calécliisme de Hackow, traduit eu latin,

et dédié à Jacques 1°*^; mais les idées proscrites ressorteot toujours plus vîmes de leurs cendres, et cellet des uDitaires, pour prendre des voies détournées, ne s'en frayèrent qu'un cbemin plus sûr dans les hautes classes de la société anglaise. Sous le règne de Charles I*', elles trouvèrent un appui chez les latitudinaires, à commencer par 1* ur chef, lord Falkland, un esprit des plus ouverts et des plus éclairés dans cette période de troubles civils et de discordes ecclésiastiques. Malf^'ré les enquêtes réitiMves du parlement et les censures de runivfr.-^ilé d'Oxlord, les autitrinitaires anglais, réluijjiés en Hollande, pnursuivirent d'Amsterdam et de l'raiieker, leur œuvre de prosélytisme. En lOoi, eulin, put paraître à Londres la deuxième édition du catéchisme de.Rackow, bientôt suivie de celle des autres écrits les plus importants des frères polonais. A partir de cette époque^les publications sociniennes rencontrèrent un accueil toujours plus favorable auprès du public anglais, jusqu'en d731, une année célèbre dans les fastes de la tolérance, où le révérend Edouard Cofube ne craignit pas de dédier à l'épouse de George II. la reine Candine, la traduction anglaisi; du principal traité de Fauste Socin, De auctonlate sanctx Scri/ifurie. — En dehors des cercles Iettr»"S, les principes anlitriuitaires commencèrent à grouper autour d'eux de fervents adeptes. A. partir de 1644, Welchmann préf^ida & Londres des oonventicules réguliers, oh il enseigna que Jésus-Christ, tout en ayant été prophète et m uni de dons miraculeux, ne pouvait être cependant tenu pour Dieu lui-même. En iG52, John Goodw in, qui avait ouvert une chapelle indépendante pour la prédication dos doctrines 'arminiennes, inscrivit en téte de sa traduction des Straiar/èmes cette fière devise : (' De toutes les armes, il n'en est pas d'égale à la lumitTe pour combattre les ténèbres de l'erreur. •> Un clia{)elain de Charles ^^ professeur A Oxford au collège de Pemi»roke, Thomas Lushington, tradui.^it quelques-uns des commentaires de Grell sur le Nouveau Testament en s'efforcent de les accommoder à Tesprit pratique de sa nation. Mais, des premiers unitaires nés sur le sol britannique, le plus célèbre par sa persévérance comme par ses malheurs fut John Biddle, né en 1G5I à W'otton-sur-Edge, dans le comté de Glocester. professeur à l érolo libre de la ville du mén»e nom, et maître ès arts de l'université d'Oxlord. Ses premiers doiitr«s à l'endroit de la trinilé lui étaient venus par lu simple lecture de la Bible, et sans qu'il eût eiicon^ ouvert de traité socinie:!. Dénoncé par de iSsux frères et traduit devant la commission ecclésiastique de Westminster, il affirma hautement ses hérésies et contesta entre autres la personnalité divine du Saint-Esprit. Une détention de seiie mois dans la prison de Newgate, loin d*abattre son courage, le remplit d'une haine nouvelle contre Tinjustice et le poussa à en appeler des anathèmo-< de ses persécuteurs à l opinti [i iiiiMitjne par sa J^tfre à sir Henri/ \'aiir et ses /Jouze argument!< tires de /'/■.'mfurp contre la divîmto du Sni),f./:spn't ' iOM). A partir de sa première condamnation et sauf quelques rares intervalles d une liberté précaire, la vie deDiddle se

passa tout eutit rc dans les cachots. Il liiiit par mourir dans l'un d'eux,

1 Londres, en I66â, victime d'une mauvaise nourriture et d'une atmosphère malsaine. Ni une captivité à peu près permanente, ni la pcrspeotive de peines plus terribles encore ne purent réprimer son ardeur de prosélytisme. En 1647, ses écrits furent brûlés par la main du bourreau. Le

2 mai 16i8, le parloinent, dans son ordonnanro pour la punition des blasphèmoiî rt dos hérésies, assimila la négation do la trinité au orime de félonio ot la punit do mort. Biddio, toujours vaillant, publia du fond de son cachot deux nouveaux ouvrages: sa Confession de foi touchant la Trinité conformément à la sainte Ecriture et les Témoignages d'Irénée Ju$tm martyr, etc, cùneemant le Dieu unique et Ut troit penonnu, D ne profita de Tamnistie de 4653 que pour s'exposer de nouveau à la rigueur des lois, réunir dans sa maison ses fidèles adeptes et travailler à un double CatiehMme.^~\A fortune sourit davanta;:i^e à son ami et collaboratfur Firmin, un riche marchand de la Cité de Londres, aussi remarquahlo par son inépuisahle générosité vis-à-vis dos proscrits relifi;ioux de \outo dénomination, liugnonots expulsés do France ou antilrinitaires bannis de Pologne, que par sonzMo intelligent comme publiciste. Grâce à ses soins parurent en quatre séries, do 1693 à 1700, les écrits pos> thumes de son maître Biddle, connus dans Tbistoire de la théologie sous le nom à* Ancien» traités unitairee {Old Unitarian lYacts), et qui ont sorvi de puissant véhicule pour faire pénétrer jusque dans le sein de l Etilise établie les idées nouvelles. Déjà, en 1665, Richard Moone, un libraire qui s'était voué tout entier à la propagation des croyances sociniennos. avait publié la traduction du plus important ouvrage de Jean Crell, iJp uno JJeo et Pntre. Ainsi s'ailirmait toujours davantage la solidarité qui. unissait les frères polonais et les arminiens do la Hollande, avec les antitrinitaires de la Grande- Uretagne. Parmi les autres disciples de Biddle, qui s'inspirèrent de son héroïque persévérance et de ton infatigable dévouement, il convient de citer John Knowles, qui tfRrma sa vaillance morale au prix do sa liberté corporelle, et John Cowper, un ancien ministre presbytérien, qui desservit pendant vingt années la petito église de Cheltonham avec une ferveur tout apostolique, GrAce à son caractère conciliant ot à uno largeur «lui n'excluait p«>iut 1 habileté, Firmin avait réussi à nouer dos relations amicales, soit avec de hauts dignitaires de l'Egliso anglicane, soit avec les chefs du qaakérisme. Ce cordial rapprochement sur le terrain de la vérité d'hommes censés appartenir à des partis théologiques adverses prouve, mieux que tous les syllogismes, le sérieux progrès qu'avaient accomplit à la fin du dix septième siècle, les idées unitaires au sein des classes éflairéps, bien qno légalement elles demeurassent toujours proscrites. William Ponn et Robert Barclay s'accordaient avec Biddio, et Firmin, pour le rojot du symbole d'Atliauasr, quoiqu'ils inclinassent vers l'hérésie sahellionno, au lieu d'étro suspects d'arianisme. — Les latitudinaires, qui BOUS le règne de Guillaume III se trouvèrent en possession des premières charges ecclésiastiques, Tillotson, Glarke, Burnet, par leuradhéûon libre et réfléchie à TEvangile, la prédominance par eux assignée à la morale sur le dogme, Tindifférence qu'ils profèssaient sur les points

secondaires débattus entre les diverses Eglises protestantes, travaillaient à la réalisation de l'idj^d annoncé un siècle auparavant par Acontius. L'archevêque de Gaiitp.rlmry, dans un billet ooiifidentiol par lui adressé à son CDllègue de Salisbury, déclarait qu'il serait enchanté de se débarrasser une bonne fois du symbole d'Athanase. Glarke, dans les éradites recherches auxquelles il se livra sur la Doctrine aeripturavre de la Trimîi^ se montra nettement subordinatien. Un siècle plus tard, le plus populaire des apologistes anglais contre le déisme, Nathanael Lardner, distinguait nettement entre les vues émises par Jésus sur sa personne et la rhristologie ecclésiastique. — Mieux encore que par les discussions de l'Ecole, le triompha de l'niiitarisnie nous est attesté par l'adhésion, sinon ouverte, tout au moins implicite que lui donnèrent les trois plus illustres penseurs de cette période : Milton, Locke et Newton . Le chantre du Paniàk perdu dans ce Tnà$ê de la Doctrine chrétienne qui resta si longtemps enseveli dans la poussière des archives, se montre très nettement arien quant au Fils, et nie, à l'exemple de Biddie, la personnalité divine du Saint-Esprit. L'auteur de VEntendement humain laissa très clairement percer ses sympathies unitaires, soit dans sa correspondance avec le professeur arminien Philippo Limborch, soit dans Sun manuscrit posthunif, Advm'saria thcoloffira , où dos deux colounes de passages pour ou contre, la trinité, la deuxiome se trouve de beaucoup la mieux fournie. Des arguments tout semblables lurent développés par Newton,dans son Exposé historique de deuit n&taèlet éelaàtk' eements de i'Ecriture, adressé à Locke et destiné à Lederc, ses O^tervalions sur les prophétie» de Daniel et de VApocalypee, — Contre cet essor spirituel de Tunitarisme aucune jnesure de rigueur ne pouvait à la longue prévaloir ; ni leur exclusion, en leur qualité de sociniens, de l'Edit do tolérance promulgué en lt>89 par Guillaume III. ni le bill plus rigoureux encore dirigé contre eux, en 4721, par (leorge I'^''. Tout au contraire, leurs chels résolurent de profiter de rabaissement graduel des antiques barrières et de la laveur dont ils avaient joui pendant tout le cours du dix-huitième siècle auprès des classes lettrées, pour passer enfin de la situation plus ou moins précaire, où ils avaient vécu jusqu*alors à Tétat d'Eglise régulièrement constituée. Un ministre anglican des plus capables, qui avait renoncé à d'opulents bénéfices et à dos perspectives plus brillantes encore pour obéir aux scrupules de conscience qu'il ressentait A l'endroit des trcnte-nenC article^. Théophile Lindsay, inaugura en 1778, à Londres, la chapelle d'Essen-street, où se réunissent encore aujourd'hui ses coreligionnaires. Plusieurs membres distingués du clergé oliiciel n'hésitèrent pas à sacrifier leurs revenus pour offrir leurs services à la nouvelle association. Trois années après Lindsay, en 4781, un riche marchand William Ghi^tie fonda àlfontrose la congrégation qui servit de noyau aux unitaires écossais. En 1813 furent enfin abolies par le parlement les lois restrictives qui s'étaient si longtemps opposées à leur développement. — A partir de cette date mémorable, leur prospérité intérieure a marché de pair avec la liberté dont ils jouissaient vis-<à-vis du gouvernement civil «'t ecclésiastique. Victorieux sur le point spécial qui leur avait donné naissance, la négation du

dogme trinitaire, les unitaires de la Grande-Bretagne ont porté leur aetivit*^ (jans toutes les autres régions de la théologie et s'efforcent de COnciJi'T les droits de la raison humaine avec les rr'vélations do TEvangile dans une parfaifr ot suprême harmonie. Rapprochés entre eux par un lien purement religieux et moral, il5 repoussent toute confession de Coi coinuie alteiitati»ire h la liberté spirituelle et suivent avec un sympathique intérêt les progrès Je la science en tout domaine. Leur point central de ralliement est YAisodationwiitaàrê britannique et étrangère, fondée en 1822, qui a son siège à Loudres et autour de laquelle se groupent, dans la mère-patrie,' 300, dans rAmérique du Nord, 600 congré> gâtions. Parmi les plus florissantes nous citerons en Angleterre celles de Londres, de Liverpool, de Manchester, de Xortwich, d'York, ({ui possède le séminaire th<^ologique, etc. — Depuis répfxjue où Finiiiu correspondait avec les aruiiniens et traduisait les ouvrages des frères polonais, les unitaires de la Grande-Bretagne ne se sont jamais désintéressés des événements religieux qui se sont accomplis sur le continent, mais ont salné avec une légitime fierté, dans révolution de la théologie contemporaine et Tintroduction dans les diverses Eglises du régime représentatif, la réalisation sur une vaste échelle des principes posés par loirs premiers <locteurs. Aujourd'hui, ils se sont assimilé les plus importants résultats de la criti(iue germanique, entretiennent avec les associations progressives d'Allemagne, de France, de Hollande, de fréquentes et intimes relations et accordent une attention soutenue à la lutte grandiose engagée dans toute l'Europe, entre le principe d'autorité et celui de liberté. Qu'A nous soit permis de rappeler le sympathique intérêt avec lequel ils suivent les débats de l'Eglise réformée dé France et leur profonde admiration pour M. Âth. Goquerel fils, qui occupa à de fréquentes reprises les chaires de leurs prédicateurs les plus éminents. Ils sont restés tout aussi peu étrangers à l'œuvre si originale de réforme entreprise, >\'M\< les Indes, par Keschuh Chunder Sen et l'ont accueilli, lors de son Voyage en Europe, commt; une frère en la foi. — Parmi les hommes d'intelligence et de cœur qui ont voué leurs forces à l'épanouissenjent du principe unitaire, nous nous contenterons de citer les révérends Beard, William-Henry Ghanning, J.-l. Tyler, lames Martineau» H sendt d'ailleurs peu équitable de juger l'unitarisme anglais d'après la grandeur de ses éf^iÂds, ou le nombre strict de ses adhérents, mais il convient pour sa saine appréciation de faire entrer en première ligne l'influence qu'il a exercée sur l'émancipation spirituelle de ses compatriotes. Plusieurs d'entre eux, affranchis des chaînes tradilionnelleî:, n'ont point jugé nécessaire de faire profession extérieure d'unitarisme et de briser avecl'Lglise de leurs pères, assurés qu ils étaient de trouver une entière liberté pour leurs convictions individuelles et une ample satisfaction de leurs besoins religieux dans cette Broad Ghureh, si dignement représentée par Temple et Jowett, Arnold et Stanley. — ^De la Grande Bretagne, à la fin du dix-huitième siècle, l'unitarisme passa dans l'Amérique du Nord, avec Joseph Priestley, l'illustre chimiste, qui avait organisé une congrégation à Birmingham et exposé dans une série d'incisifs opuscules ^ gtavité des altérations que renseignement authentique de Jésus

liMTAIllES

avait subies pondant lo cours des siècles. Obligé de qutttor sa patrie autant à causo de sos synipntliies pour la Révolution Irani aise f|u a cause dp ses h«^résies Ihéologiqucs, chassé de s i demeure et déjiouillé de ses collections scientifiques par réujcute ^1791), il chercha au delà des mers un sol plus hospitalier et s'établit à Philadelphie. Les idées antitrinitains TODContrèrent en lui un représentant des plus distingués par- U solidité de Téruditiony la vigueur dialectique» la parole nette et précise, le zèle infatigable, quoiqu'il ait imprimé un cachet de séchere8s(^ et de prosaïsme à la cause par lui défendue avec une ardeur si désintéressée. Plusienrs adhérents distinj^iés des anciennes sectes, des quakers entre autres et des presbytériens, se lirent iu-crirc dans la nouvelle association, qui recruta surtout des prosélytes au sein des grandes villes et parmi les classes éclairées et qui choisit Boston pour centre de son activité. Un ami de Priestley, le pasteur Freeman, s'y était fixé dès 4787. Dans la première moitié du dix-neuvième siècle, Ghanning {Encyclopédie, III) transforma Tunitarisme à Fimage de son noble cœur, ouvrit aux Ames religieuses les plus magnifiques perspectives et pratiqua dans toute son étendue la liberté, sans s'asservir à aucun symbole ni recevoir le mot d'ordre d'aucun parti.— Après l'onctueux prédicateur, le bouillant athlôte, après le sage ciirétien, l'apôtre animé par une généreuse audace. Théodore Parker {Bnci/lo/x'/lle, X) aborda les grands problèuies dont la solution s'impose à notre époque à tous les esprits sincères, avec une lucidité et une droiture incomparables, se pénétra toujours davantage de rétemelle vérité de TEvangile, tout en acceptant les résultats les plus hardis de la critiquevet de la spéculation modernes, et confirma les enseignements de Jésus par le témoignage de la science la plus avancée. Tous deux, malgré leurs divergences théologiques, appartinrent à la même famille spiriiuelle par la pureté de leur vie, leur inépuisable charité, la sainte passion avec la<|uelle ils abordèrent la question sociale, se consacrèrent au soulagement de toutes les misères et combattirent à l'égal de l'esclavage les péchés favoris de leur peuple. — Aujourd'hui en Angleterre, comme aux Etats-Unis, les unitaires sont divisés en deux fractions : Tune qui regarde plus volontiers vers le passé et s'attache à mettre en lumièrô les cétés positifs de sa doctrine, l'autre qqi ne recule devant aucune nouveauté scientifique et court grand risque, en dissolvant le christianisme dans l'humanisme, de lui fàirepeidre sa saveur. Parmi les représentants de la première, nous indiquerons les révérends Lowe et Hellows, ce dernier aussi connu par ses talents d'orateur et d'écrivain que par la supériorité avec laquelle, pendant la guerre civile, il présida la commission sanitaire des Hlats-Unis, parmi ceux de la deuxième, les révérends WeissetFVottingham, tous deux biographes de Théodore Parker, dont ils ont pris surtout les paradoxes et les négations. Les différences entre les deux branches ne sont point irréconciliables comme le prouvent Soit l'enthousiasme avec lequel a été célébré en iHiH), des deux cAtés de l'Atlantique, le centenaire de Ghanning, soit l'édition populaire ciidcprise.en 1875, par le eomité central de Londres, des œuvres de Parker. L'umtarisme, quoi(ju'il compte aujourd'hui des chapelles dans toutes les grandes cités américaines, New- York, Gincin-

DNlTAmES — UNIVERSITÉ DE PARIS 271

n;i(e. Chicago, Philad»'lj)hie, continua h avoir son principal foyer dans \c Massachusetts oii ses randidats IrtMjuentent l'université d'Harward etoùse piiitlicnl h urs revues les plus importantes : le Christian E xauùner; YUnilarian Ucview, sœurs de la Theoioytcal ^eyi'eîi» anglaise. Parmi les hommes éminents qui ont tenu à honnear de professer les croyances unitaires, il suffit de rappeler le philosophe Emerson, le jurisconsulte Sumner, le critique 'Kelcnor» les historiens Prescott et Btneroft, le poète LoDgfellow. Noos avons, soit dans le cours de cet article, soit dans ceux que nous avons consacrés à Channing et à Parker.suffisamment indiipn' le^ lacunes de runiUirisme, Qu'il nous soit permis de relever, en terminant, la féconde activité qu'il a déployée sur le terrain des réformes sociales, le sympathique intérêt qu'il a toujours témoigné pour les recherches scientifiqueSt sa foi inébranlable dans la liberté humaine, sa sainte passion de Tuniversalité. — Sourees : J. Martineau, Let trm périada de ta théohçie unitaire (1865) ; S^TB^Etquiue Aigtorique éet progrès de riflf''' unitaire dans les temps modem . 1876; G. Bone^ Maury, Zes Origine» du cAriitiameme unitaire cAez les Anglais^ 1881.

K. Sthokiu.in.

UNIVERSALISME, nom «lonn»' à la doctrinr des théologiens qui soutienuent que Dieu donne des grâces à tous les honnnes pour parvenir au salut, eu opposition avec les particularistes (voy. l'article Prédestination).

QHIVERSITi OS PASI8. C'est le nom que portaient, au moyen Age, les iostitutions corporatives où Ton enseignait publiquement les belles-lettres et les sciences et où Ton conférait les degrés ou grades. Les plus aneiens

de ces étab!is>< ments, qui peu à peu embrassèrent toutes les études (mirersitas studti) et réunirent tous les maîtres et étudiants {unîueî'sitas mngistrnriim fl (iiiditoritm ) sont : l'école de médecine de S.iicrne (1150), l'école de tlroit de Bologne (1158) et l'école de théologie de Paris (1213). Bien avant 1243, ou trouve ù Paris des écoles célél)res, celles du doitre Notre-Dame, de^Sainte-Geneviève, de Saint-Victor, du Grand-Pont (Pontau-Ghange), du clos Iftauvoisin, du clos Bruneau. Jean de Salisbury (1136) nous dit que l'on y enseignait les arts (rhétorique et dialectique) et la théologie (droit canon. Ecriture sainte, doctrine des Pères et des conciles). Quelques-unes étaient particulièrement florissantes, alors (jue des inaiires, tels <\uo. Guillaume de Champeaux, Abélard, Pierre Lombard, y attiraient do nnnilireux élévos de tous pays. Le corps de maîtres et d'élèves, connu sous le nom d'iiniv(M <ité de Paris, date du règne de Philippe-Auguste (liOOj. Ses statuts furent rédigés en 1215 par l'Anglais RÂbertdeGourson. — ^L'université n*admitd*abord que deux facultés, ct^Ue de théologie et celle des arts (lettres et sciences); on leur adjoignit en 1131, celle des décrétistes ou juristes, et, en 1200, eelle des médecins. Il n'est pas bien établi si ces institutions avaient à l'origine un caractère laïtpie ou clérical ; en tous les cas, les maîtres étaient astreints au céliiiai. Les scholares étaient considérés comme des f/eriH. Les établissements s empressaient de recherchor la sanction ci le patronage des papes. Les maîtres étaient tenus au costume ecclésiastique; ils pouvaient recevoir des bénéfices avec dispense du devoir de

UNIVERSITÉ DE PAÏUS

résidenro. A la tôto (lpclia«iu«^ laciilt»^, nous trouvons un doyen (rfeca«t»); ù la tfMo (If l'iiiiivorsitt' cIlo-iiuMiiP un rerlour (r^r/or), élu pour trois luois cl l'iioisi (roniuiairo (laii> la faculté dos arts. Il est assisté d'un sénat ou triluinal composé dos doyens des diviTscs facultés. Lps niairistersetlcs étudiants se divisent nlepuis {{VA)) enqualre nations: celles dft France, de Normandie, de Picardie, d'Angleterre (comprenant le niiili qui relevait d*Eléonore de Guyenne, mariée à Henri II Plantagenet) ; cette dernière fut remplacée plus tard par la nation d*Eco8se ou d'Allemagne. Chaque nation était représentée auprès du recteur et de son tribunal par un procureur. Nous avons déjà dit que chaque faculté, comme aussi chaque nation, avait tous les droits corporatils (discipline, caisse, sceau particuliers). Indépendamment de riches dotations, l'université de Paris joui^sail des iminuihinités les plus ét^^^dues (elle comptait jusqu'à 181 j)riviléijc- . comme l'inviolabilité de la propriété, la juridiction parliculièrc, t'tr. KUc prit un»' part importante aux alï'aires publiques, avait ses repri'Si iitanls aux états généraux, et suspendait ses leçons, lorspn' les rois violaient ses privilèges. Elle avait deux chanceliers nommés par le roi, celui de Notre-Dame et celui de Sainte-Geneviève; ils avaient chacun un vice-chancdier. Les autres officiers supérieurs de runivenité • étaient le syndic, le greffier et le receveur. L'université en corps avait ses causes commises au pariement de Paris ; la connaissance de celles de ses membres était au Chàtclet. — Les facultés conféraient les grades de bachelier [baccalnreus), de licencié {licentia docenti)^ de mettre ès arts {magiUer)^ de docteur. L'enseignement consistait en cours {leett'onfs ordtnnrhf* et ex'trnordhinrin'), sousTorme iVeTpostfio et de qu.rstiunes. L<' ryclc des études emitrassail un espace do K à { i ans. Dans les facultés de tln-ologie, le> iii.iLiisters se réservaient la [iréilication et la présidence des SMutenances qui terminaient les exiuuons {(llsputationett)] ils abandonnaicnl l'enseignenient pr<q)rement dit aux sinj[des bacheliers. Les écoliers, généralement pauvres, s'attachaient aux magisters et leur rendaient toutes sortes de services faiblement rétribués, comme de copier leurs leçons (ou d'autres manuscrits), de nettoyer leurs habits, de cirer leurs chaussures. Il n'est pas nécessaire de rappeler la grande licence qui régnait dans les mœurs des étudiants, les orgies, les rixes, les batailles avec le guet, les vols et les déprédations quiavaient lieu presque journellement. — A partir du huitième siècle, nous trouvons à côt*» des facultés des collèges ou convicts. Le plus ancien est celui de Saint-Thomas du Louvri». fond''' pir Robert de Dreux, fils de î^ouis le Gros; le plus connu jtar contre est le collège de Robert, de Sorbonne (près de Ilethel, en Chanipagne), chapelain de saint Louis. Issu de parents pauvres, il avait eu beaucoup de peine à faire ses éludes et à parveiur au grade de magister. Nommé, en 1350, chanoine de Cambrai, il conçut Je projet de fonder un collège pour y réunir de jeunes clercs peu favorisés par la fortune, et pour leur procurer gratuitement des leçons de théologie, n commença à l'exécuter dès l'an 1255. Saint Louis y concourut par ses libéralités. Par divers échanges fiiits avec le roi, Robert acquit le terrain rue Coupe-Gorge, sur lequel est actuellement bâtie la Sorbonne, réédiUée ainsi que Téglise qui y touche, en 1635, par les ordres

Page 1