‹ Encyclopédie des sciences religieuses;Chapitre 69 sur 158 · VERMEIL — VERNET · texte numérisé non relu

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tiflolier, a gardé longtemps le souvenir de ses premiers sueeès. Quant au pasteur, rappelons seulement le témoignage que le consistoire de Faris, trois ans après sa mort, neuf ans après sa retraite forcée, rendait à l'homme a dont l'activité peu commune et la ji^ande influence ont laissé dans le troupeau des traces visibles et bénies» (Hu[>port du C(tn>istoire, décembre 18G7). Fondateur d'œuvres entin, il a attaché son nom. sans parler d'œuvres locales, î\ trois créations d'intérêt {générai : l"' la Société de précut/nnce et de secours en faveur des veuees tt or/theltns de pasteurs^ dont le siège est à Bordeaux, et qui compte cinquante-trois ans d'existence ; 2° la Société chrétienne protestante de France^ dont il jetait les bases également à Bordeaux (1834), point de départ de la Société centrale d'évangélisation, actuellement si répandue ; 3* enfin et surtout V/tutitution des DiaeonesseSf son œuvre capitale et de prédilection, dont il mûrissait la pensée depuis des années et qu*il s'empressa de fonder, une fois à Paris (1841). Guidé dans cette création par les seules inspirations de sa foi et de son expérience pastorale, ne connnissant d'ailleurs ni Fliednor, ni rcxistonco do son œuvre encore obsiiir»', il mérite, au même titre que Ip pasteur de Kaiserswerth, le nom (le fnndatetir des Diaconesses et partage avec lui la place d'honneur diin> rette restauration <lu niinis1«Te de la femme. Attaqué, non sans vivacité, par libéraux et ortliodoxes, longtemps moins suivi dans cette voie qu'observé par nombre même de ses anciens amis, il y rencontra les difficultés de tout genre qui attendent tout novateur, sans les appuis que, plus heureux, le pasteur allemand et son œuvre trouvèrent bientôt en un pays et sous un roi protestants. — Voyez : Sermons, CatéckUme Hiurgiqucy etc., 3 volumes, avec notice biographique, Paris, 1869-78; article du Protestant libéral, 27 octobre 1864. F. VcRmiL.

VERMIGLI. Voyez Martyr (Pierre).

VERNES (Jacob), pasteur genevois, né en 1728, mort en Î70!. d'abord à la petite cure de Coligny, et à partir de 1770 à Genève môtnc. Outre de? ouvratît's purement littéraires , il a laissé plusieurs écrits sur <les matières religieuse^. Nous citerons parmi eux : 4° Lettres sur le c/iristianisme de J.-J, /{ousseau, Gen., 1763; 2*^ Dialogue sur le christianisme de J.-J. Housseau, 1763 ; 3° Réponse à quelques lettres de J,-J,BQU5seau, 1763; ¥ Confidence philosophique, 1776, 2 vol., sorte de roman dont le but est de réfiiter les prin(;ipes des incrédules ; Sermons, Ism,, 1790; Geo., 1792, 2 vol.; 6^ Caiéehime à Pusage de toutes les eommmwns chrétiennes, 1774; 3* éd., 1778, d'après les principes du rationalisme qui ronnnencait à envahir Genève à cette époque.

VE&NBT (Jacob), membre d'une famille distinguée de réfugiés français (Seymc, Provence), naquit à Genève en 1698. Dans ses études, il se distingua par ses aptitudes j)liilo~ophiques. Le savant Le Clerc ])rit un soin spécial de ce jeune bonune sur lequel il fondait de belles esp«'rance?. Vernet ne songeait pas à la théologie lorsque sa vocation fut délenuinée par le fait suivant: « A l'ûge de seize ans, j'étais dans notre jardin, près de la ville, je vis entrer le vénérable professeur Bénédict Pictet qui me demanda le logis d'une femme âgée et mourante ; je le conduisis, et par curiosité de jeune homme je demeurai dans la cham-

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bre voisine pour écouter les paroles d'un culte auquel je n'avais jamais assisté. Les exhortations du pasteur, ot surtout s;i prière bouleversèrent mon Ame. La fiLiuro angois^^'e de la malade, qui ropri-nait ptni à peu le calnu' et une expression d'espérance, me causèrent une émotion profonde et je résolus do me vouer à ces fonctions dont les bieutaits paiais^aieut visibles auprès des êtres souffrants. » Yemet fiises études pour le pastoiat Jean-Alphonse Turretin fut son directeur dans la science de la foi. Ia théologie de'Vernet peut se résumer ainsi : Jésus-Christ est issu de Dien avant la création du monde. Dieu l'a comblé de tout le pouvoir, de toute la sagesse, de toute la sainteté et la perfection dont il peut revêtir un être créé. C'est ainsi que .lésus est devenu le premier né et l'image empreinte de la Divinité. Voici le sort des hommes : Tous ont péché, tous sont condamnés pour n'avoir pus observé complètement la loi. Mais Jésus apporte ralliauce de grâce, la promesse que Dieu pardonne tous les péchés dont nous nous sommes repentis et que nous voulons essayer de »&parer à Tavenir par une meilleure conduite. La vie étemelle et bienheureuse est le résultat de cotte loi miséricordieuse. Enfin Dieu ne laisse pas les hommes abandonnés à leur misère morale, mais il donae à leurs prières l'esprit de vérité, de sainteté et de grâce qui les console, les régénère, et qui a été manitesté dans sa plénitude en la personne de Jésus-Christ et répandu à large mesure sur les apôtres. — Vernet tut couï^acré au saint ministère le 23 septembre 172i, et lorsqu'on lui demandait de se vouer à la prédication et au pastorat il répondait : « La chaire chrétienne ne peut guère me convenir ; je ne suis paà porté à ce genre de composition, ma voix est basse et peu flexible, ma poitrine fort étroite* mon imagination froide et il me serait très pénible de rester en ce genre un homme médiocre. Ce n'est point fausse modestie; peut-étfs aurais-je quelques parties du prédicateur, maisles plus utiles me manqueraient, et je prendrais beaucoup de peine pour obtenir peu de fruit. Il nie semble qu'un homme sage doit embrasser non pas toujours e<> qui serait le mieux ou soi-même, mais ce qui est le plus assorti à ses talents. Or j'ai déjà dit <[ue le mien, si j'en ai quelqu'un, est celui d'enseigner soit quelques sciences humaines, soit la rôligioa par quelques méthodes, nettes, simples et proportionnées à la portée des jeunes gens. Voilà à quoi je m'appliquerais volontiers, j'ose dire avec succès, si j'y étais appelé. L'état de notre Eglise me parait demander que l'on s'appli> que plus qu'on ne lait à l'instruction religieuse de la jeunesse. L'indévotion s'y glisse de plus en plus, et nous perdra, tôt ou tard. Il serait important que 1 on donnât aux jeunes gens des idées saines et sages de la religion qui la leur fissent aimer et bien comprendre. Ce que j'en ai vu en divers lieux me confirme toujours plus dans la néoeasitéd'y porter remède.» (Lettre à Jean-Alphonse Turretin, communiquée par M. L. de Budé, auteur des biographies de Turretio, B* Pictet et Diodati.) La modestie de Vernet lui voilait le degré et ta nature de ses facultés oratoires. Le juiblif! apprécia ses discours, la foui*', lui demeura fidèle pendant son ministère à la campagne et dans les chaires de Genève et, lorsqu'il fut nommé prolesseur de théologie, en 1750, il tint un rang fort honorable parmi les docteurs prutestunts. — Durant ses voyages il

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fut distingué par les littérateurs -et 1m liommes les plus éminents dans les scioncps pfiilosophiqiies. Il sera question ailleurs do ses rolations avec Voltaire f vov. ce nom^. Vernet fit la connaissance dp Montesquieu à Rome; il avait trente ans et le grand léi^isle trciilp-nouf. Ses. connaissances en histoire frapiMTcnt le célèbre autpur qui ressentit pour le jeune Genevois une allection durable ; il lui conliait ses idées sur la civilisation européenne, il provoquait ses observations et souvint en approuvait la justesie. Ymet lui fiieilita beaucoup ses apprécittions sur les principes et les résultats de la Réforme du seisièma siècle. Montesquieu lui confiait son dessein touchant V£sprit dt» hit; il voulait composer ce travail après avoir terminé ses études sur la Grandeur des Romains et visité sans être connu la Hollande et l'Angleterre. Cette liaison fut continuée et en 1747 Montesquieu chargea le professeur Vernot de faire imprimer à Genève son livre V Esprit des lois ; deux éditions in-4*> se succédèrent en ilAH vi 1749.

Mi>nlesquipu, disait Vernet, avait si forlement miWlité son travail qu il n eut aucune idée iirtportante à modilipr. 11 était d'une extrême sévérité pour le choix des expressions, il jiriait souvent son modeste éditeur de changer quelques mots, et il acceptait volontiers les critiques. » Il savait allier lot giiees du style et la précision, la profondeur et Télé* ganse; un seul dissentiment les sépara. Montesquieu avait envoyé un shapitre sur les lettres de cachet dont la lecture émut profondément Vernet qui le fit imprimer sans retard ; mais, après mûres réflexions, le philosophe comprit que le roi de France et le puhlio de la capitale n'étaient pas préparés à recevoir la vérité sur cette matière et, malgré les sollicitations de Vernet, il voulut qu'on le supprimât. Ces relations avec Montesquieu engagèrent, en 1770, Malesherbes et Hulhièresà consulter Vernet sur les modifications désirables dans l'état des protestants de Frduce. — Cinquante ans auparavant, Vernet avait rencontré à Paris des vieillards témoins et victimes de lu révocation. Ces misères et ces iniquités formaient des souvenirs douloureux et précis. Sous cette inipiewion, Yemet formula les principes suivants : «C'est une idée injuste et fausse que d'obliger despotiquement un grand royaume à ne recon* naître et ne professer qu'une seule religion^ cela est contraire àla liberté de l'homme. On ne peut jamais laisser un peuple sans un culte religisiix» on ne peut non plus forcer personne à professer un culte contraire à sa conscience. Ainsi il faut rendre aux réformés la liberté de leur culte, de leurs écoles, de leurs livres, telle qu'ils la conservèrent même après que le cardinal de Richelieu les eut pulifiquenient abaissés. » Il ne suflit point de fermer les yeux sur les assemblées religieuses, mais il l'iut les légitimer et les mettre en sûreté sous l'autorité du pouvernefiii iil. Vernet d» inaudait non pas la tolérance, mais le droit, la plus parbite liberté pour la Camille, l'éducation, le pouvoir paternel et le mafisge, en un mot, l'abrogation des ordonnances de Louis XIY sur oet objet. Ce mémoire fut favorablement accueilli par les ministres de Louis XVI. Mais on répondit à Tauteur «qu'il est plus difficile de réparer k mal que de faire le bien. » Néanmoins ces idées firent leur chemin, et les voies étaient préparées lorsque l'on rendit, en 1787, aux réformés

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les droits dont ils étaient privés depuis un siècle. — Vernel :iviiit conservé les relalioiis les plus amicales avec Rousseau, Nous verrous daus l'article Voliaire l'éDergie que déploya le philosophe pour défendre son ami contre le grand homme de Femey. Lors de la publication àeVEmile, Yemet fui attristé de voir que Rousseau réduisait la doctrine évangélique aux idées que l'homme peut naturellement découvrir sur la religion ; il écrivit à son ami qu'il préparait une réfutation détaillée du vicaire savoyard. Rousseau lui répond : << J'apprends avec plaisir que vous ne dédaignez pas de |>rendre )a plume pour me combattre. Je suis très persuadé que, sans me ménager, vous pouvez faire beaucoup plusde bleu à la cause commune que si vous écriviez pour ma défense. » Veruet répondit : « J'ai toujours rendu justice à vos talents et j'ai admiré bien des choses dans vos ouvrages, surtout celles qui tendent fortement aux bonnes mœurs. En lisant votre beau tableau de la religion naturelle, j ai redit avec Tertullien : 0 testimonium animœ naturaliter ekrisHanM, Mais je dois vous réfuter, je suis charmé que vous le voyiez sans peine; croyez qu'en contredisant l'écrit, je ménagerai autant que possible l écrivain, et que rien n'altérera la sincère amitié que je ressens pour vous. » — Vernet douna une forme générale à cette réfutation en publiant les principes touchant l'autorité divine des Ecritures dans un livre sur la vérité de la religion ehrétienne qui devînt le Manuel pour la jeunesse genevoise. Il ne &it pas mention spéciale de Rousseau, et nous pensons que cette douceur et ce tact ne furent pas étrangers à l'évolution de Jean-Jacques vers le christianisme révélé. Yemet mourut en 1780, ;\gé de quatre-vingt-onze ans, ayant conservé ses facultés et sa mémoire. Quelques moments avant sa mort, il parlait de l'espérance qui ne confond point, et sa dernière parole fut celle de saint Paul : « Je sais en qui j'ai cru. » J. Gabercl.

VERNT (Louis-Edouard), l'un des représentants les plus éminents du protestantisme ficançais contemporain. U est né le 17 mars 1803 à Mayence, d'une famille originaire du centre de la France. Son pftre, catholique et libéral, chef de division à la préfecture, avait épousé une Allemande luthérienne et pieuse des bords du Rhin. Les fonctions administratives de M. Yerny ayant cessé avec la chute de l'empire, il s'établit comme avocat à la cour royale de Golmar. C'est au collège de cette ville et au gymnase protestant de Strasbourg que le jeune Edouard lit ses études classiques. H étudia le droit à la Faculté de Strasbourg et ne tarda pas à entrer en relation avec M. Bautain. Les cours du eélèbre professeur de philosophie développèrent son goût pour les idées p:énéra1es dont il suivait la njarcheavecun intérêt passionné ; c'est aussi l'abbé Bautain qui alluma dans son cœur la première étincelle d'une foi vivante et personnelle. Yerny appartenait à la famille des esprits réceptifs plutôt qu'à celle des génies créateurs. Comprendre beaucoup, saisir pour comparer, juger plus que produire était le trait orifiinal de son esprit. Il fit en 4823 un séjour à Paris, pendant lequel il se ha avec Cousin et avec quelques écrivains du Gloàe; il songeait à traduire Kant et nourrissait alors déjà l'ambition d'être un des traits d'union entre la vie intellectuelle de l'Allemagne et de la France. De retour en

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Alsace, Verny se fit inscrire au barreau de Golmar, qù il plaida pendant quatre ou cinq ans. Poussé par le désir de se vouer tout entier à l'étude des questions religieuses et philosophiques, il se décida, bien <|u':\|]^é déjà de vingt-eiiKf ans, à suivre les cours de la Faculté de théolo;:!»' proteslaote de Strasbourg ; il n'y passa que detix ans. En 1830, il lut appelé àoocaper le poste de principal du collège de Mulhouse, à la réorganisar tbo duquel il travailla avee un dévouement infatigable et une haute intelligence des besoins nouveaux de Tinstruction publique. — C'est de son séjour à Mulhouse que datent les relations intimes que Verny noua avec Vinet, alors professeur de littérature à Bàle. Dans les lettres qu'ils échangèrent apparaît la parenté d'esprit do ces deux hommes d'élite, qui unissaient une sincérité et une droituro d";\me à toute épreuve à une délicatesse de conscience vraiment ex(jui?e. « Vinel, disait Vcruy, m'a lait l'opération de la c<itaracte. » C'est lui qui a ouvert devant ses jeux émerveillés les trésors intellectuels et moraux que renferme l'Evangile, en m6me temps qu'il a fait goûter i son âme la puissance âe viç qui découle de la communion personnelle avec Dieu et avec Jésus^hrist. Yemy participa à ce que le /{éveil avait'de légitime et de bienfaisant; il sut toujours se garder de ses étroitesses et de sa tendance sectaire. Appelé en 1835, à Paris , comme pasteur de l'Eglise de la confessioa d'Angsliourg, aux Billettes d'abord, h l'église d(; la Rédemption ensuite, Veruy ne tarda pas à grouper autour de sa chaire un public choisi et sympathique. Sans se dérober aux charges écrasantes de l'activité pastorale et des nombreux comités dont il faisait partie, il donna des soins particuliers à sa prédication, qui se distinguait par la ricbesse de la pensée, la fermeté des vues, la dialectique interne qui reliait toutes les parties à l'idée centrale, non moins que par l'émotion édifiante et la chaleur communicative dont elle était aniujée. — Vers 18W), une crise théftlogique connnença à s'opérer dans l'esprit de Verny, Toujours sincère avec lui-inénie et plus que jamais convaincu de la nécessité de concilier la foi avec la science et de réaliser, au sein de l'Eglise, l'unité d'esprit, tout en respectant les divergences nécessaires de pensée et de esraet&re, "Vemy entreprit deux voyages d'exploration théologique en Allprnagne (1841 et 1842); il se lia avec les chefs de la VermitilungS' théologie^ Hotbe, Nitzsch, Tholuck, Jul. Millier, Neander, et se fortifia 'i ins la conviction que la libre recherche thécdogique peut et doit se concilier avec une piété sincère et vivante. Il rapporta de ce voyage la certitude que l'essence du cbri-liaiiisnie ne devait pas être cherchée dans un corps de doctrines, mais dans la personne du Christ et la vio en Christ; que l'Evangile n'est point contraire à la conscience, et qu*il est venu réveiller en nous la vérité ou plutét la force, qui, sous l'action délétère du péché, y dormait d'un sommeil séculaire. Verny demeura, (iepliH, contrairement à son ami Vinct, partisan convaincu de l'union "le l'Eglise et de l'Etat, et du rôle éducateur que sont appelées fi jouer les Eglises de multitude. Bien qu'il souifrît cruellement des conflits entre son intt'lligence qui pouvait ailhérer aux résultats de lu critique, et son cœur qui y répugnait toujours, il ne cessa d'espérer dans le renouvellement de la théologie, qui mettrait ûn à ces luttes doulou-

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reuses. Lui-même, insensiblement, faisait eirculer dans sa prédicatiim comme une sève nouvelle, conciliant admirablement les exigences do ii conscience scientifique et . celles de renseignement populaire, et se fiûsant rinitiateur spirituel d*un auditoire dont les rangs ne cessaient de grossir. Il salua avec joie la publication de la Rewte de théologie dt SlrasbouTff (1850), et noua avec ses directeurs des relations étroites, sans pour cela négliger ses anciens amis. — Obéissant à un <;entiineAt de fl<Tianre, «sans douto exagi^^ré. Vfrny a peu écrit et encoro moins puhlit'. En iHlo et 184() paruront doux sermons, la Prière de la Cnuaiift'iwo ot la Repentance ; pu 1H67. son gendro, M. Ed. Robert, puMia un voliHiie de Sermons, qui fui vivoiiioiit ;ipprrcif'' du public pndestant; il renfermait comme appendicf plusieurs fragments d'articles qnt M. Verny avait publiés dans le Semeur ^ dans {'[Espérance et dans 11 Revue de théologie, notamment une étude magistrale, qui parut dam cette Revue (1** série, IX, 208 ss.) sur le Droit de la teienee et la cmicienee ehrétietme. Il &ut signaler encore un Catéehime (1851) et le Recueil de Cantiques en usage dans TEgiise de la Confession d'Augi* bourg de Paris, qui sont, en majeure partie, l'œuvre de notre autour. Les écrits de Verny se distinguont par la lucidité du style, rabondanc*» des développements, l'étendue do riiitr'lliirenoe. le morvoilleux équilibre de la ponsôo. Ses lecturos otaiont immenses et il entretenait avec une foule d'hommos distingués, voiius do tous les points de Diorizon, un commerce iutelloctu«»l dos plus féconds. I^e salon do M. Voruy était recherché par tous ceux qui s'intéressaient au mouvenïont des idées daos tous les domaines ; lui-môuie était un causeur brillant et un excitateur infatigable. Simple, sérienx, bon, aimablo,il savait se mettre à la portée de chacun : seule, la légèreté lui répugnait absolument. — Gbargdle 19 octobre 1854 d'ouvrir, par une prédication, la session du connstoire supérieur, à Téglise Saint-Tbomas, de Strasbourg, Verny, à la fin d*ua discours d'une rare puissance qui avait auspondu Tauditoire à ses lèms pendant plus d'une heure, s'affaissa soudain dans la chaire, frappé d'un coup d'apoplexie. T.e douil fut général : TEfrlise de la confos.<inn d'AugsbouF}^ de Paris faisait dans le jdus sympathique et le plus éu]inent de ses pasteurs une perte qu'elle ne devait pas réparer; le protestantisme franoais tout entier, à l'heure de sa crise la plus violente et de ses déchirements les plus amers, voyait descendre dans la tombf\ avec M. Verny, celui qui était par excellence l'hounne de la conciliation cl de la paiz. Rare honneur ! n n*était d*aucun parti et tous les partis le pleurèrent. — Voyez la Notice biographnini- ^ placée en tète du volnme de Sermons, Paris, 1867, et l'étude nécrologique, publiée par MM. Seberer et Golani, dans la Revue théologigue de Strasbourg, 1** série, IX,

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V£R0N (François), controversiste français de la première moitié da dix-septiéme siècle, naquit à Paris, dans une bonne famille de robe, aux environs de 1575. et se fit recevoir en 1595, dès l'Aj^e de viuirt ans. dans la Société de Jésus. Ses précoces aptitudes pour la iioléinii|ut> engagèrent ses supérieurs à l'employer pour la conversion di s prolestants. A peine Véron eut-il reçu les ordres qu'il parcourut en tous sens le

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royaume, provoquant dans chaque province à d'incessantes joutes orafoires les prédicateurs et les ihéolopçiens de la confession rivale, obtenant, eu 16ii, du cardinal de Uiclielieu dos lettres patentes qui l'autorisaient à jtrècher et à discuter avec le promit r venu dans les rues et sur les places publiques, recevant do l'assemblée du clergé, en récompense de ses services, une pension de 600 livres et l'impression gratuite de ses écrits. Le passage par Iw opéré, en 1620, du dergé régulier dîne le clergé aécalter et sa nomination aux fonetione de ciuré d'alMid de Siint-Brieuc, puis à Gbaxeoton, ne lefroîdirent aucunement son ardeur de prosélytisme. Il mouiut dans cette dernière ville le 6 décembre 1649. En dépit des éloges qui lui ont été prodifrné? par ses contemporains, sa polémique se distingua davantage par une dialectique retorse et un étalage de vains sophismes que par une loyale et solide érudition. Lorsque les disputes suscitées par lui tournèrent à son détriment, comme ce fut le cas en 1628, à Gaeo, vis-à-vis du savant Samuel Boehart, il ne se -fit aucun eerupule d^alt^rer les pièces du procès, et kii^ seA antagoniste Teut pnblifii«nent convaincu de fausseté, il ee livra à un tel débordement d'invectives que le parlement de Rouen se vit obligé de lui imposer silence par son arrêt du 18 janvier 1631. Parmi ses nombreux ouvrages, nous mentionnerons comme le plus esihué sd Jiè(f le générale de la fat ral/ioli</ue qui, au dire de Richard Simon, repose sur le sain entendement humain, sinon sur une conuaissduce très approtoudie du grec et de l'hébreu (Paris, 1645); son livre sar les MétAodei iU irmttr de$ eontnwertet de rtH^ion (2 vol., 1638), ou il prit œcaaion des divergences qui séparaient les calvinittas des luthériens pour établir la tupàriorité de l'Eglise romaine et leur ccDleata, pour prévenir tout rapprochement entre eux, la faculté de distinguer entre les difi'érents points de la doctrine, fut, malgré le nombre considérable de ses éditions, trouvé betnicoup plus faible par les juges impartiaux. S'il soutint dans son Traité de la puissance du pape (IGiO, in-^'') les maximes gallicanes et afiirma les droits du pouvoir royal visà-vis du saiut-siôge, il n'eu combattit qu'avec plus d'aigreur l'abbé de SûntrCyran dans lei^dt^ én jmuimitet. Sa maladroite intervention, en 1647, dans les débals soulevés par la traduction du Nouveau Testa- SMnt dit de Lonvain, ae servit qu*à mettre au grand jour son incompétanoe critique. Les enivres complétasse Véron ont été réunies en denz volumes in-ft»lio. E. Strcehlin.

VÉRONÉSE Paolo Caliari. dit), eéléhre peintre italien, né à Vérone en 15:*8. mort en 1588, était fils d'un sculpteur. 11 révéla de bonne heure son talent, et marcha bientôt sur les traces du Titien et du Tintoret, qu'il s'était proposés pour modèles. Mal apprécié dans sa ville natale, il alla se fixer à Yeniae, qu'il embellit d'une foule de obefs-d'œuvre. Il Ivilie par l'élégance du dessin, la richesse du coloris, le nombre et Ja wiété des oroeraents, la fécondité et la grandeur de l'imagination, la beauté et la grAcc des tétes ; il peiat l'ancienne et somptueuse vie vénitienne dans toute sa magnifirenep et dans son éclat enivrant : c'est roiiiiiK' un dernier et puissant accord de ces chants de féte qui avaient célébré Tàge d'or de la Heuaissauce italienne. Ou aimait alors à orner

Cana, Pt Paul V<''roii<''se «^o surpassa lui-iiM''iiie dans cet étalage de costumes somptueux, de belles et soui iantcs figuros, d'un luxe de fête propre à charmer Ips yeux et à communiquer la sensation de la joie profonde qui déborde de tous les cœurs. La clarté, la chaleur et l'harmonie que révèlent les compositions du grand peintre véronais ne sou^ firent point de l'importance qu'il accurde aux accessoires pompeux et monumentaux qui les encadrent. L'i^glise Saint-Sébastien de Venise renferme une série des plus lioaux tableaux de Véronèse, en paiiiculier Saint Sé/jastii')i ittarcluint nu su/jplire. Nous citerons aussi V Adoration des Afaf}es,\ù Bon Samarilaùi, Miiise sauvé des eaux, dans la iralerie de Dresde; les iVoces de Cana, Loth et ses filles, Suzanne au bain^ V£mtmtinemenid*S$ther, la Vierge ei Venfani Jésus, les I^èlerùu d'Smmais, au Louyre; le Bepa» chez Létn à l'Académie de Venise.

TÉROHIQÎIE (Sainte), avec le suaire sur lequel vint s'empreindre le portrait de Jésus, couronné d'épines, est le sujet de Tune des légendes les plus pittoresques du moyen Age chrétien. Véronique, ou Bérénice, était une Femme pieuse de Jérusalem, qui, ;\ la vue du < -lirist gravissant le Calvaire, saisie d'une indicible pitié, détacba son foulard et le lui présenta, afin qu'il pût essuyer le sang et la sueur(|ui couvraient son visa;;e. Pour lu récompenser, le Seigneur imprima les traits de son visage altéré par les souffrances sur le suaire et le laissa à Véronique comme ao souvenir et un gage de son amour. Telle aurait été l'origine de la plus ancienne représentation artistique du eaput tpitumtm teu eruentatum. Divers traits ont été ajoutés plus tard à la légende primitive. Ainsi Véronique, ou plutôt BEpovixTi, aurait été la femme aflligée d'une perte de sang qui fut guérie par l'af louchement de la robe de Jésus (Matth. IX, 20 ss.), et qui, d'après lùisébe {//{st.rrrl.,\\]Al . 18), érigea unestaliiP au Seigneur dans la ville de Panée, dans la Phénicie syrienne. D iiprcs d'autres additions, Véronique, issue de sang royal, aurait été la petitefille d'Hérode le Grand, ce qui explique la confusion avec Bérénice, U mére d'Hérodias et la grand'mère de Salomé. On la fait aussi mourir avec cinquante autres jeunes gens et jeunes filles de la mort du martyre à Antioche, tandis que d'autres en font la fiancée d'un certaÎD Amalus, désigné comme le « famulus S. Vtrgime Mari.r rl Jnsephi,et JJomini bajnlus ac nutricius. n Ot Amntus l'aurait accompagnée à Rome, puis en Gaule, où ils auraient vécu de la vie des rénoliitrs. L'empereur Tibère, étant tombé gravement malade et ayant entendu parler du suaire merveilleux de Véronique, l'aurait mandée à Rome et aunit été g^éri instantanément, si hien que, convaincu de la divinité du Christ, il aurait envoyé en exil Pilate, l'auteur de sa crucifixion. Véronique serait demeurée à Rome et atirait légué par testament le suaire miraculeux à Clément, successeur de saint Pierre. En effet, depuis I an 705, l'église de Sai nie-Marie-Majeure, et jdus tard l'égliso de Saint- Pierre se vanta de posséder le portrait merveilleux. Milan et Jaeii, eu Espagne, se vantent également d'être en possession d'un suaire aulbentiquc. Ce qui rend l'existence même de Véronique plus que probléms-

VÉROiNIQDE —

tique, c'est la circonstance qu'au treizième siècle c'est moins la propriétaire du suaire que oe suaire lui-même qui était désigné par le nom de Véronique. Quoi de plus naturel dès lors d'admettre qu'à l'origine Véronique n'a été qu'une contraction corrompue de vera ieon (ebuov), véritable image {imago non manu faeta ted diviniius impressa), — Voy«i4 1. S'S. ad 4 febr., I, 449 ss.; Gretser, Syntagmn de imnginibus non manu factis, Ingolst., 1622 ; Chifilet, De Imleis Christi sepulchrO' lihus servatis crùis histofia, Antv., 1()24; Beausobro, Des images de main divine, dam la Bibl. genn., XVIII, 10; Tillemont, Mémoires, I, 471 ss.; Grinira, Die Sage vom ( rsprwig der (liristushilder, Berl., 1843, et l'article de Zœcklery dans la Real-Encykl, de Uerzog, XYII, 86 <s.

^ mSIONS ANCIENNES DE U BBLE. — I. Versions greociles. Les lines sacrés des Hébreux furent traduits pour la première fois en greo psrdes Juifs établis en Egypte, sous la dynastie des Ptolémées. Cette vsrsion, commencée par le Pentateuque sous Ptolémée Pbiladelphe, dsosia première moitié du troisième siède avant notre ère, était acbevée, M peu s'en faut, cent ans plus tard sous Ptolémée Philomêtor, comme leprouve le prologue de la Sapionce du fils de Siracb, écrit vers Tan 130. Lp juif alexandrin Aristolmie, dans un ouvrage dédié à Ptolémée Phiioinètfir, dont quelcjuos fraji^ments ont été conservés par Clément (l'Alexandrie et par Kusèhe de Césarée, assurait «jn'uuc autre traduction ?r(v.|iie du Pentateuque avait été faite avant celle-li\ ; nuiis cette aOîrniatiun, destinée à expluiucr coniincnt Platim et d'autres philosophes grecs avaient pu emprunter la plupart de leurs idées philosophiques à Mobe, est fort sujette à caution. Le témoignage d'AristobuIe prouve ssulement que la traduction grecque du Pentateuque existait de son temps et que l'on eroyait alors qu'elle avait été feite un siècle aupara-' vant, sous Ptolémée Pbiladelpbe, parlessoins de Démétnus de Phalère, Athénien exilé qui s'était retiré en Egypte et avait occupé un haut rang dans l'Etat sous le premier des Ptolémées. Ceci n'est pas rigoureusement exact, puisque, d'après un passage de Diogène Laerce (V, 78), Déno'frin- tomba en disfn^ce à l'avéneuient du s» cond des Ptolémées, .M.I1S cette inexactitude de forme \w p^rte pas atteinte à la vérité de la tni liti.in rapportée par Aristoluile. Démétrius, qui « pré.^ida à la législaliuU'de TEgyple sous le rè|ine de Ptolémée ^''(Elien, Var. II ist. Âll, 17) et qui « lui conseillait de se procinvr et de lire les livres sur la royaatéet le gouvernement» (Plutarque, AjiophL, 8), peut s'être occupé >ous ce règne d'une oeuvre qui ne fut acbevée que sous le règne sui- ^t. D'après ce passage de Plutarque, il est asses naturel de croire qii'U voulut aussi connaître et faire traduire en grec la législation de Moïse. Les besoins du culte et de l'édification auraient pu suflire assurément pour déterminer les juifs alexandrins à traduire leurs livres sacrés, qu'Us ne comprenaient plus dans le te.xte original; et il en fut ainsi, en tout cas, pour les autres livres de l'Ancien Testament. Mais, pniMju'uiie tradition unanime et assez rapprochée de l'événement attribue 1 initiative de la traduction <lu Pentateuijue à Démétrius do. Phalère st au premier ou au second des Ptolémées, il n'y a aucune bonne raison

VERSlOiSS AMCifiiNiNËS D£ LÀ iilBL£

de la mettre en doute. Cette tradition sVst transformée en légende dans la lettre d^Aristée, officier de Ptolémée Pfailadelphe, 4 eon bk» Pliilocrate. Diaprés cette lettre, dontrinauthenticité est manifeste etqin est sans doute Touvrage d'un Juif alexandrin antérieur à Philon, Ptolémée II aurait envoyé une ambassade à Jérusalem pour demander au grand prêtre Eléazar un exemplaire de la Loi et six vieillard^ do chaque tribu (donc 7^) pour la traduire. (Do là le nom de version cies LXXn ou plus brièvement des LXX). Ces soixante et douze vieillards auraient aa-ompli leur œuvro eu soixante et douze jours dans l'île de Piiaros, Démétrius lui-nuhne écrivant sous leur dictée, etc. Philon, Joscplie, Justiu martyr, Irénée et plusieurs autres Pères de l'EgliM reproduisent cette légende en la modifiant et en Tembelliseant plus M moins. Philon attribue l'inspiration divine aux soixante et douxe vieillards, et cette opinion a été générale dans les premiers siècles 4» l'Elise : Spmim qui t» propketis erat, dit saint Augustin , idm ipte erat eti€m in wpimnfmia vins {Civ. Dei, XVIII, é3). Diverfss particularités montrent que cette traduction fut l'oeuvre de juifs égyptiens. Elle suit fréquemment le texte samaritain ; de plus, d'après Orij^ène {IIvxapL, éd. Montfaucon, I, p. 8(5) et Jérôme [Pi^l. Galeat.) les meilleurs manuscrits des LXX (sans doute du Peutateuque) portaient le nom de Jéliovah (I H V H) en anciens caraclèros. De ces deux laits il faut conclure que la traduction lut faite sur un •exemplaire du Peutateuque samaritain ; mais non exclusivement, csr elle t'éesrte aussi souvent du texte samaritain pour «ulvre le texte massorétique. D'après un traité talmudique(Sôpherim, 1), eUe fiitrœune de dnq auteurs différents, un pour chaque livre; et il est certain que quelques mots sont traduits dans, les di£Béreats livres d'une mauièie différente <voy. Gnetl, (réscA* der Juden^ III, p. 620). Abstraction faite des divergences qui proviennent du texte samaritain, la traduction du Pentafeuque est bien mieux faite que celle des autres livres de l'AncieD Testameiil. — Ceux-ci furent traduits ensuite les uns après les autres par dinVrents auteurs, coninie le montrent les différeuee^ de traduction jqui exir-tent entre les divers livres et qui sont particulièrement faciles à constater dans les passages parallèles. La plupart furent sans doute traduits en E|s'ypte ; mais il faut faire une exceptiou pour le livie d'Estber, qui, d'aprte sa souscription, fiit traduit à Jérusalem par un certain Lysimaqueet apporté en Egypte la quatrième année de Plolémés (sans doute Philométor, donc en 178). — Imhus des idées de la phileeophie grecque, les traducteurs alexandrins, surtout ceux du Peutateuque, ont atténué autant que possible les antbropomorphisojes et les anthropopathics si nombreux dans l'Ancien Testament. Ainsi Dieu ne se rrpent pas, n'est pas offftffë d'avoir fait l'homme (Gen. VI, 7i ; il pense i't réfléchit. Moïse ne le prie pas de sr repentir du qu il voulait faire à son peuple, mais iVavnir pitié du malheur «le sou peuple (Ex. XXXll, 4:2, li). Les traducteurs des autres livres de rAiicieu Testament n'ont pas eu le même scrupule et ont dit, comme le tejrte original, que Dieu s'était repenti (1 Sam. XV, 35; Jér. XVIII, 8; Jon* m, 10). Les vieillards qui accompagnaient Molae aur le Sinal ae vireat

pas le Dt«i d'iBraSl, mais le /Se» oit il était (Ex. XXIV, 10 s.). Moïse «i le pealmisfe m doivent pas contempler la forme de Dieu, mai« aa ffotre (Nombr. XII, 8; Pa. XVU, lë). Job n'exprime pas Tospoir de contempler Dieu après sa mort (XIX, 26 a«) ; Hézékiah De se plaint pat de os que bien tôt il ne verra plus Jéhovah, mais le salut de Dieu, sur la terre des vivants (Es. XXXVIII, 11). Bien plus, les traducteurs ont trouvé moyen d'introduire dans le texte sacr^^, par une interprétation arbitraire, des i<iées philosophiques qui lui sont tout à lait étrangères. Cest ainsi qu ils ont traduit les deux récits de la création de manière à faire croire que le premier se rapportait à la création idéale, iuvjsihie, qui, d'après Platon, avait eu lieu d'abord dans la pensée divine et sur le SMMièle de laquelle avaient été Cormés ensuite les objets matériels. Cf. 6eB. I, a : « le teirs étaittntmîMs » ; 11,3 sa : «Dieu se reposa de tontes m onvres qu'il evnit- commencé de feixe... Quand Dien fit le eiel et U tene et tonte weidnvs des champs awmt qu'eile fût$urla tenr^^ et tonte herbe des champs tmani qu'elle eût pou$$é, Bt Dieu fit pousser encor* delà terre tout arbre... (v. 9.). Et il forma encore de la terre toutes ke bétes n (v. ifà)» Phiion a interprété ces textes dans le sens que nous indiquons. La même idée a été introduite dans Esaïe XL, 26; XLV, 18, où lisent ces mots : « Qui a montré toutes ces choses ? » « Dieu qui a monift la terre et qui l'a faite? « tandis »[ue le texte original porte que Difu a cné ces cho^es, formé la terre. Mais le traducteur a voulu indi- (juer qu'en créant les astres et lu terre. Dieu n'avait lait que montrer, maoifester au dehors uu monde qui existait déjà dans sa pensée. ^ Les traducteurs alexandrins ont introduit aussi dans les textes sacrés certaines idées fiunilières enx juife de leur temps, mais tout à fait étraa* Cimàrantiqnîté hébralqœ. Ainsi, l'idée que chaque nation a un ange fHdien (ctSir.XVn, 47; Daniel, ;Msstm) se trouve dans la traduction da eantique de Moïse (Deut. XXXII, 8 : a Dieu a établi les bornes des peuples d'après le nombre des anges de Dieu, n Le texte hébreu signifie que Dieu avait « établi (fixé, déterminé) des territoires de peuples (ceux des peuplades cananéennes) pour le [petit] nombre des enfants f^'hrai'i. » . — I^es traducteurs alexandrins <\nt eu assez souvent sous les yeux uu texte hébreu diliérenl du texte actuel ; et, à ce point de vue, 1* valeur CI itique de cette antique vers-ion est eunsiuérable. Comment, en effet, sans un texte difTércnt auraient-ils pu traduire couime ils l'ont fiût des passages tels que Ps. XL, 7; LXXXIV, 12 et Unt d^aatresT Xiis il n'en est pas moins vrai, d*atttre port, qu*ils ont souvent mal lu et mal eorapris leur texte, qu'ils ont souvent ajouté, retranché, interverti, divisé autrement, d'une manière arbitraire. Les omissions furent patticulièreaieBt nombreuses dans Job, àcaua^e da lagrande dillicultéde ce poème. Les psaumes sont rangés dans un ordre un peu différent, et il y pna un <le plus, h la fin. Il y a des additions dans Job, E>ther et Daniel. Gela étant, il entassez naturel de pensi t que les omissions et les interversions ((u"<ui remarque dans Jérénue pioviennent aussi du traducteur et non du texte sur lequel il traduisait. I^a tradu<:tion des livres potti- (|ueà et prophétiques est naturellement beaucoup plus mauvaise que erile des livres historiques. Celle de Dauici est tellemeut arbitraire

YËaSIÛNS ÂNGIËNNËS D£ LA BIBLË

qu'elle fut rejetée par l'ancienne Eglise, ayant Tépoque de Jérôme, et remplacée par celle de Théodotion. Elle ne s'est conservée que dans un seul manuscrit, le Codex chûianus, h Home, d'après ic(]iiel elle fut pu> bliée pour la première fois en 1772. — Les Juifs alexandrins rapproclièrent les livres historiques, les livres poétiques et les livres prophétiques, (]ui sont plus ou moins dispersés dans le Canon hébn'U et Imidèrent ainsi la division de l'Ancien Testament «jui, parla Vul},^ate, s'est perpétuée jusqu'à nous. Mais ils mirent les petits prophètes avant les grands et les rangèrent dans un ordre différent de celui du texte hébreu. . Au reste. Tordre des livres n*est pas exactement le même dans les anciens manuscrits. V. l'ordre réel du Vaticanus, du Sinaïticus et de l'Alexandrinus, dans Tische^dorf, V, T. grxce (3« éd., 1875), I, Prolegg., p. Oi, 97. — Plusieurs livres traduits de l'hébreu ou composés en grec par des juifs d*K|îypte et qui \\o faisaient pa<j partie du Canon des juifs de Palostine, s'ajoutèrent pt^u à pt u à la Bible grecque et finirent par jouir presque de la nninie autorité. Ce sont les livres dits apocry' phes. Le nombre n'en est pas toujours le même dans les divers manuscrits. — La version des LXX se répandit même en Palestine. C'est d*après elle que les écrivains du Nouveau Testament citent généralement l'Ancien, même dans les passages où elle diffère du texte hébreu. Mais dans les discussions qui ne tardèrent pas à s'élever entre les juifs et chrétieu-s, les juii's coiitc'stcrent que certaines paroles des proptiètes ou (les psalmistos eii-scut le sens (|ue leur donnaient les chrétiens, appuyés sur la version grecque. Au lieu de la vénération qu'ils avaient eue pour elle, ils n'eurent bientôt plus que de l'horreur, au point de dire que « lorsque la Loi fut écrite en grec, les ténèbres couvrirent le monde pendant trois jours » (Tr. Taanith, f. 80, 2) et que « os fut un jour calamiteux pour Isracl comme celui où fut fait le vean d'or» (Tr. Sôpherim, 1). Les chrétiens, de leur côté, accusaient les juifs d'avoir falsifié le texte hébreu : accusation sans fondement. De ce bfSdin d'une version plus conforme au texte oriuiual naquit, au commencement du second siècle, fclle d'Aqiiila, prosélyte juif, originaire du Pont, qui vivait sous liadncu. Les quelques débris qiu en sont parvenus jusqu'à nous montrent qu'elle était littérale jusqu'à l'absurde. Par exemple, la particule «/A, signe de Taceusatif, mais qui signifie aussi avec, est traduite régulièrement par «uv, suivi de l'accusatif. Elle fut adoptée avec empressement par les juifs. — Peu après, vers le milieu du deuxième sii'cle, nn antre prosélyte juif on un chrétien ébionite (les anciens auteurs eiclé<ia«;tiques ne sont pas d'accord sur ce point:, nommé Théodotion, originaire d'Kphèse, donna une version nouvelle ou plus vraisemblablement une édition améliorée des LXX. Enfin, un chrétien ébionite, nommé Symraaque, fit au commencement du troisième siècle une traduction plus libre, moins littérale (jue les précédentes. Outre ces quatre grandes versions grecques, qui embrassaient l'Ancien Testament tout entier, il y en avait d'autres,, qui ne comprenaient que (juchpies livres, et dont l'uneau moins avait un chrétien pour auteur. Ongène les réunit toutes, avec le texte hébreu, daus un grand ouvrage cuunu sous le nom d'Uexaples et qui contenait, sur

511 colonnes, d'abord le texte liéhrou, puis sa transcription en lettres grecques, puis les version-; d'A^uila. de Syniinaque, des LXX et de Théodotiou. Dans certains livres, une cinquième et une sixième traduction occupaient une septième et une huitième colonne; d'où le nom d'Oetaples. Parfois même une neuvième colonne était nécessaire pour une septième traduction. — Les additions des LXX au texte hébreu étaient inditiuées par un signe nommé obéhs (broche). Quand les LXX Sfaient omis, au contraire, une portion du texte, Origène les complétait <;(^nérale ment d'après la Tcr^ion de Théodotion, parfois d'après celle d'Aquila ou de Symmaque, en indiquant cotte addition au texte des LXX, par un astérisque, suivi de l'initiale du nom du traducteur auquel il l'empruntait. Ce grand et long ouvrage fut composé à Tyr, vers l'an 230. Origène fixa le texte des LXX, qui était alors dans le plus triste état, non seulement par la comparaiscn de différents manuscrits, mais aussi ]par celle du texte hébreu, ce qui était très légitime assurément, mais aurait exigé beaucoup de réserve et de précautions. Il est à croire que, dans plus d'un cas, le texte des IXX n*a pas été rectifié, mais altéré, sous Tinfluence du texte hébreu. Ainsi, dins la revision qu'il fit du Psautier sur le texte hexaptaire des LXX, Jéréme changea corpui autem perfecisti mihi (Ps. XL, 7), en aures autem..., parce que le texte hébreu porte le mot oreilles. Et pourtant, la citation do ce texte étrange dans l'épître aux Hébreux (X, 5-7) prouve bien que lo vrai texte <\g^ LXX était rjfôax Zt xaTr,pT!'7(.) aot. (V. l'explication de cette intorjtulatiuii <'t de la traduction grecque dans mon ouvrage sur le 'Texte prnnUi/' des Psaumes, p. 106 et suiv., et dans la Revue théologique, 187i, p. 01 ss.). — Ce qui reste des llexaplcs a été publié par Montfaucon (Paris, 1713, 2 vol.) et plus complètement par Field (Oxford, 1867-74, 2 vol. in-4"). — Vers la ûn du troisième siècle, Lucien, prêtre d'Antioche, et Hésycbius, évéque égyptien, révisèrent saisi, chacun de son c6té, le texte des LXX. Peu après, Ëusèbe de Géssiée fit transporter le grand ouvrage d'Origène de Tyr à Gésarée dans la bibliothèque de son ami Pamphile et fit faire de nombreuses copies du texte hexaplaire des LXX, en sorte qu'au quatrième siècle il y avait trois éditions différentes des LXX, sans compter le texte Tul^ire et corrompu. L'édition hexaplaire d'Eusèbe et de Pamphile ne tirda pas, cependant, à supplanter les autres. TiCS copistes négligèrent bientôt de marquer les siirnes qui se trouvaient dans les llexaples, en sorte que les manuscrits des LXX parvenus jusqu'à nous, le Vaticanus, le Siuaïticus (quatrième siècle), l'Alexandrinus (cinquième siècle), etc., contiennent bien des passages qui y manquaient du temps d'Origène, CD particulier dans le livre de Job. — Les éditions principales des LXX sont : 1* celle de la polyglotte de Gomplutum (Alcala), 1514-17, qai a été suivie par les polyglottes d'Anvers et de Paris ; 5^ celle d'Aide Manuce ou de Venise, 1318 ; 3** celle de Rome ou Sixtine, publiée par ordre de Sixte-Quint, d'après le manuscrit du Vatican, en 1587 ; elle a ^té suivie par la polyglotte de Londres, la grande édition de Holmes et Par^ons (Oxford, 1798-1827; 5 vol. in-fol.), celles de Van Ess, de Tiacheudorf (5' éd., 187o), etc. EuQn, 4« l'édition de Grabe (Oxford^

1707-lU, 4 vol. in-fol. ; et 1720-i9, 8 vol. in-8^), d'après lê niaauscrit alejtaadrin, d*où est sorti çelle de Breitinger (Zurich, 1730-33). L'édition critique la plus complète est celle de Holmes etParsons ; elle doiun les variantes de 42 manuscrits en lettres ondales et de S6I eo lettm

miouscules. — La bibliothèque Saint-Marc, à Venise, possède un dup nuscrit unique, du quatorzième ou du quinzième siècle, contr^narit mv version «ffrocque de quelques livres seulement de l'Ancien Testament (Pentateiique, Proverbes, Ruth, Canfiqiir> îles rant., E- ' l^siastp, Lîunentations, Jt-n'-mie et Daniel). Elle fut |)ul)lit'e par d'Ans>e de Vill(iisi>n pu 1784 et récemment d'une manière plus correcte par Gebhardt: Grœcus Venetus^ Lips. 1875, in-8«. Elle parait être l'œuvre d'un juif du treisième siècle. Elle suit servilement le texte massoréliqne et le rend dans un style étrange, mêlé d'expressions de toute sorte, choisies et vulgaires, élégantes et barbares. C'est une curiosité littéraire de fort peu de valeur.

II. Versions latines. LWncien Testament fut traduit en latin sur la version des IA-\ et le Nouveau sur le texte grec avant l'f^poqiie de Terlullifu. Non seulement les di(T»h'ents livres fur«'nt traduits par difîéreuls auteurs, mais les mêmes livres furent traduits plusieurs fois, par des auteurs différents, sinon tous^du moins la plupart. C'est ce qui résulte d'un grand nombre de passages des Pères du quatrième et du cinquième siècle, en particulier d*Amhroise, d'Hilaire de Poitiers, d'Augustin, etc. [voy. Zie§^er» JHe lateinischen Bibelûbenetumgm vor Ilteronymut, 4870). Qui scrîpturas ex hrfnœa l'nifjua in grxcam vprferunt mtmerari pnsswit, dit Au^nistin [Ihctr. christ., H, ht'nù autem intn'f,r>*tet

nnllo modo; nt l'nim culquc primis fidni (cntporiùus m innm/s V''nit codex fjrxcus et aliquantulum facuUatis siôi utriusque linguu' liabt'.re videbatur^ ausus est mterpretari. Ces auteurs parlent de la varie tas ou numenmias latinonm mterpretum. Malgré ces témoignages, plusieurs critiques, se fondant sur le fait que Jérôme parle souvent d'une vulgata editw, ou antiqua interpréta tio, qui, avec le temp?, s était altérée d'une manière incroyable, pensent qu'il n'y avait en réalité qu'une seule version latine, mais qui avait subi de telles modifications en sens divers, qu'Aujrustin, .\mbr(»isi', etc., avaient pu s'y tromper et croire que c riaient des versions [)rimitivement différentes. .Mais Jért'une lui-même emploie ailleurs les mêmes expressions : nlii interprètes, varii translatores f mterpretum veuietas, et il témoigne qu'il y avait, en tout cas, plusieurs traductions du livre des Psaumes, faites sur le grec des LXX : M Pro domibus ebumeis (Ps. XLY, 9), ^uta m grmeo seriptum est aico |9«pi(3v èXe^fXVTtWv, quidam latmorum ob verbi ambiguitatem a grûvibns interprefatt sunf » [Fp. ad Priticip.]. El Fulgence de RttSpe {ad Trnsimund., 2, 5) dit quelque cliose d'analogue h propos du psaume CXX.\L\, V. 9 : Tun avait traduit in dircctione, l'autre ante lurem, ce qui correspond au,\ deu.\ leçons que présentent eiicore les manuscrits des LXX : xxt' ôp6<iv et x^t' ÔpOpov, et dont la prrmière est une faute de copiste manifeste. — On voit déjà par cet ezemph; (|ue ces premières versions latines étaient très imparfaites : elles avaient non seulement tous les défauts des LXX, mais aussi tous ceux qui s'étaient peu à

VERSIONS ANCIENNES DE LA fiIBLE

peu introduits dans le texte des LXX par la négligence des copistes. Par exemple, dans Esaïe XLV, 1, on lisait : « Sic dicit Dom'mus Deus Christo domino meo, » parce que le manuscrit sur lequel avait été faite cette traductio|^ portait Kupt'cu, au lieu de Kupcu, à Cyrus. Dans Rom. XII, Il y on lisait, ncHiB dit JérAme {Ep. 27, ad Mareeliam, 3), tempori terniefUes (!), parée que le tnduetear avait la au iieu de xupiw, etc. Ftffois aassi le tnduetear n'avait pas compris le texte grec qu'il avait lOQft les yeux. Enfin la langue de ces versions était fort incorreote. A toutes ces causes d'erreur il faut «nicore joindre celles de la négligence des copistes et de l'ignorance de certains correcteurs, qui, croyant corriçTPr le texte, l'altéraient en réalité. En outre, ces diverses versions semblent avoir été plus ou moins combinées les unes avec les autres par le? copistes, on sorte qu'au quatrième siècle, il y avait, nous dit Jérôme, /or ex(7///>/«r/a ( recensions «lu texlel piriu: quoi codir.es. De toutes ces versions Augustin préférait ïiiala, c cst-à-dire celle qui était usitée en Italie ; il la considérait comme la plus fidèle et la plus claire ; Jlaia cx^ kris prsBferatWf nom ett verbomm tmaeior eum perspicuùmlf unteafur [Dœtr, eAritt., 11, 15). — Les fragments de ces anciennes versions psrvenus jusqu'à nous furent rassemblés au sifeole dernier par le bénédictin Piem Sabatier : Bibliormn i . laiifUB vermnet onHqurn, eto.» ftbsims, I73SM9, 3 vol. in-fol. ; éd. plus complète, 1751. De notre tempe, Ernest Ranke s'est rendu particulièrement utile dans ce genre de recherches : Frnrjmenta versionis S. S. latinx antehieronymianx^ Vienne, 1868. Par palimpsestorum Wirceburgensiurn, iHli. Ces deux palimpsestes do Wiïrzbourg contiennent des iragments du Penlateuque et dos prophètes. Une grande partie du Pentuli'U(jue vieut d'être publiée par M. L'iysse Robert, d'après un manuscrit de Lyon qui date du sixième siècle : Pentateuchi versio iatina an^i^ti/jsjma, Paris, 1881. La plus grande partie dn Nouveau Testamoil a été publiée aussi par divers auteurs, d'après plusieurs anciens manuserits, dispersés dans les bibliothèques de l'Europe. — En 38S» Jéréme entreprit, sur la demande du pape Damase, la revision de Yltala diaprés le texte grec. Il revisa ainsi, à Rome, le Nouveau Testament et le Psautier. Mais il avoue que la ismion du Psautier, d'après le texte ordinaire des LXX, fut rapide : eursim. Cette édition des Psaumes demeura en usage à Rome jusqu'au seizième sièclo (1560 ; elle est connue eu conséquence sous le nom de Ih'dlrriuia romanum. Quelques années après, à Bethléem, où il était ailé s'établir en 386, il en lit une seconde revision, d'après le texte hexaplaire défi LXX, (|n il avait collationné à Gésarée. Cette seconde édition, passablement diil'éreule de la première, fut adoptée dans kl Gaules (de là son nom de Psaltermm ^e/lwantim), puis dans les tatres pays chrétiens, et Mi encore partie de la Vulgate. îéréme corrigea de mémo Job et d'autres livres de l'Ancien Testament. Mais pliilicms évéqnes, engagés dans des controverses avec les Juifs, l'engagèrent à traduire l'Ancien Testament en latin, d'après le texte hébreu. — iérôme, qui s'était déjà livré à l'étude de la langue hébraïque pendant «m premier séjour en Orient (374-79) et qui l'avait reprise à Bethléem KNu la direction d'un jui£ nommé Bar-hanina, employa quinze ans, de

VËKSIOiNS ÂiNGlËNNËS D£ LÀ fiIBLË

390 à 405, à cette œavre eoloesele. Sans grammaire, sans dictionnaire, avec le seul secours des versions grecques et de quelques rabbins qu'il consulta, non sans peine, pour les livres les plus difficiles, il traiiuisit tout l'Ancien Testament et même quelques apocryphes, comme Tobie Judith, qu'il traduisit l'un et l'autre de l'araméen, avec l'aide d'un juif qui hii tniduisait do vive voix l'araméen en hébreu. Malgré l'opposition de Kuliii et nièiiie d'Augustin, cotte version, qui est naturollemoiil meilleure en général, quoiijue pas toujours, que l'ancienne, ne tarda pas à la remplacer. Deux cents ans après, du temps de Grégoire le Grand (600), on se servait à Rome indifféremment de l'une et de Tautre. Mais à partir du septième siècle, & peu près tous les conciles et les auteurs ecclésiastiques ne citent plus que la version de Jérôme. Cependant sa tradac> tion des Psaumes ne parvint pas à remplacer le Psallerium galltcanum^ quo lo peuple chrétien était habitué à chanter dans les église;;. Ceux des livres apocryphes quo Jér^xiio n'avait pas touchés, Baruch. Sirach Ecclésiastiquo), Sapience, 1 et 2 Machabées, ont aussi conservé «lans la Vulgate une portion de l'antique Jlala. — Pendant le moyen âge, le texte de la yulgate se corrompit comme celui de YlitUa et celui des LXX s*étaîênt corrompus précédemment, et par les mêmes causes. Il fut revisé successivement par Alcuio, vers Tan 800, sur Tordre de Gharlemagne; au onzième siècle, par Lan franc, archevêque de Gantorbéry; au douzième, par le cardinal Nicolas, à Rome; au treizième, parles thécdojjiens do Paris et les Dominicains. Los nombrousos éditions de la Vulgate publiées à la hn du (juinziènio et au commenconiont du seizième siècle présentent de nombreuses divergences. Robert Estionne et les théologiens de Louvaia essayèrent d'y remédier par des éditions critiques publiées d'après d'anciens exemplaires. En 1546, le concile de Trente statvU et déclarât ut hœe ipsa vêtus et wlffota editio,.. pru authentiea habeatur et ut nemo illam rejicere quemM prmtextu audeat, et ordonne en conséquence qu'elle soit publiée aussi correctement que possible. De là l'édition de Sixte-Qiiint (Ronio, 1590), qui fut faite d'après los plus anciens manuscrits. Mais Rellaiinin trouva qu'elle pouvait fournir des armes au.x protestants dans leur lutte contre l'Eglise romaine; il ût supprimer l'édition, dont il ne reste plus que quelques exemplaires (voy. Jteime de théol,, 1853, p. 77 ss.). Peu après. Clément VIII fit publier une nouvelle édition (1592), qui est la base de toutes celles qui ont suivi. Une édition critique des LXX, de Vitale et de la Vulgate serait une œuvre de la plus grande utilité. Vercellone a commencé cette œuvre pour la Vulgate : Variœ lectiones Vulgatie latmx, Rome, 1860 et 186i. Hiegler (iHL>0 . Van Ess (1824) et Kaulen (1868), ont écrit l'histoiro de la Vulgate (en alloinand . Voyez aussi dans la deuxième édition de l'Encyclopédie de Uerzog l'article Lattinmhe Biàelûbersetzungen,

III. Versions ARAMiBNm ou tabaouhs. Après le retour de l'exil, la langue hébraïque fut remplacée peu à peu en Palestine par la langue araméenno. Il vint un moment où le peuple ne comprit plus les livres sacrés qu'on lui lisait dans le texte original, et où il fallut les lui expliquer. On trouve déjà tme trace de cette coutume du temps d'Ësdras et

de Néhémie (Néh. Vlli, 8). L'interprète était en général difîérent du lecteur. On lisait un yen%i de la Loi, on pouvait en lire trois des livres prophétiques ; après quoi Tinlerprëte les traduisait en araméen (MegKilla» 4, A). De ces traductions orales naquirent naturellement les traductions écrites. Le fait que Jésus prononça sur la croix lo début du psaume XXII en araméen ne prouve pas nécessairement rexistonce d'un /r/r7o>/w 'interprét'ilion) écrit sur les Psaumes. Mais la Gheniara Sliabbat, ï. 1 15. \ parle d'un (nrfjoum écrit sur le livre de J(d).qui existait dutemps de Ganialiol, le maitre de î>aint Paul. En tout cas, ce n'est pas celui qui est parvenu jusqu'à nous. — Les deux plus anciens targoums connussent celui d'Onkélos sur le Pentatcuquc et celui de Jonathan, fils d*Ouzziel, sur les Prophètes, e'està-dira, non seulement sur les écrits des prophètes, mais aussi sur les livres historiques de Josué, des Juges, de Samuel et des Rois. Les renseignements du Talmud sur Onkélos, fils de Kalonymos, sont incertains et en partie contradictoires; il y est souvent confondu avec Aquila, le traducteur prec. D'après les données les ])lus anciennes, il était prosélyte et disi:iple de (lamaliel. Les auteurs du Talmud ne sachant rien de certain sur sa personne, il vivait en tout cas longtemps avant le cinquième siècle de notre ère. Quelques passages de son targonm montrent qu'il le composa avant la ruine de Jérusalem (Gen. XLIX, 37 ; Nombr., XXIV. 9; Deut.,XXXlII,18). Plusieurs auteurs ont pens^ qu'il était balyloniea; il est plus vraisemblable qu'il vivait en Palestine. VViner (De Onkeloso ejvsque paraphrasi, 1820), ljUzm{<t{P/nloxemis s. de Onkeh.ù.,. vers'"ne, 1830) et quebjues autres en out contesté l'antifjuité. Ce tarj^roum se distinj^ue des autres par sa simplicité, sa fidélité relativos et la pureté delà langue. 11 paraphrase pourtant quelquefois, surtout dans les passages difficiles ou poétiques. Jl se peut que dans queic^aes-uns de ces endroits liait reçu des additions postérieures, car tous les manuscrits ne s'accordent pas. Gomme les LXX, il évite autant que possible les authropomorphismes. Pour cela il attribue à la /)«ro/f? (me m rà) ou à la présence (shekln â), ou à la majesté, ou à Vange de Jébovah ce qui est dit de Dieu même. Dieu ne dpsrpnd pas pour voir la tour de Babel on Sodome, il apparaît ])our Sf n'/if/cr uu pour juger.. . Il ne voit pas, mais les rlioses lui sont dicouverles. 11 ne protège pas les Israélites couime la prunelle de son œil (Dent. XXXII, 10), mais de leur œil. II ne dit pas : u Je lève ma main yen les deux (v. 40) » , mais « J'ai fondé dans les cieuz le yéjour de ma demeure ». Onkélos ne peut croire que Dieu ait dit : « Adam est devenu comme V%m de nous » ; il traduit : » Adam est seul dans le monde à connaître par hn-même le bien et le mal (!) ». Dieu ne !»e reppnt pas, il revient dans parole; il n"est pas aftligé en son cœur, mais il parle en son cœur. En général, Onkélos (•herclie à atténuer, à faire disparaître tout ce qui le clio(|ue : les lils de Dieu (It'U., VI. 1), sont les fils des grands; au lieu d'abaisser la vie humaine ù cent vingt SOS (v. 3), ce qui ne se concilie guère aveek longue vie des patriarches postérieurs au déluge, « une prolongation de cent-vingt ans est accordée aux hommes (pour voir) s*ils se convertiront. » L'épée et l'arc de Jacob (XLVIIl, 22), sont la prière et Toraison. Onkélos introduit dans les textes plusieurs idées postérieures qui n'y sont nullement, celles du xu 28

338 VERSIONS A.NClEiNiSLS D£ lA BIBLE

jour du jugement, de la mort seconde, des esprits mauvais, etc. Inutile de dire que les contre-sens sont nombreux, surtout dans li s passages poétiques; voici l'un des plus curieux : « J^e puits... leur l'ut tlonué à partir du désert; et depuis qu'il leur eut été donné, il desct'ii.lit avor eux dans les vnlléo^ (!), et des valléf^s il monta avec eux vers le^ hauteurs il...), et des hauteurs aux plaines qui sont dans les chauips de Moal)... >» (Nonibr. XXI, 18-20; cf. 1 Cor. X, 4). Il y a aussi un assez hon nombre d'additions ; par exemple, Baûam se tourne vers [le veau que les enfiints d'Israël avaient Csit dans] le désert (Nomhr., XXIV, 1). Onkélos ne rapporte que deux passages au Messie (Gen. XIJX. 9/ss.; Nombr. XXIV, 47) : le shilô, dans lequel il voit lo M. ssie] è qui [sfirllô) [appartient le règne], et Y étoile dont parhî IJalaam et qui fait allusion en nullité à David. Le salut que Jacob espère en mourant (Gen., 1., r., 18), est aussi « le salut du Messie, fils de David. » Mais Onkélos a complètement méconnu le sens de la promesse de l'Eden, qu'il traduit ainsi : (L'homme) se souviendra de ce que tu lui as bit au commencement (î), et toi, tu l'épieras jusqu'à la fin (!). (Gen.III,15).

Le targoum de Jonathan sur les prophètes dut être composé après

celui .d'Onkélos, mais encore avant la ruine de Jérusalem (cf. 1 SÎun. II; Jér. II, 3 ; Hez. XXXYl, 38; surtout Hab. III, 17). Quelques passages, qui semblent au premier abord indiquer qu'il fut écrit après cette catastrophe, n'ont pas ce sens (Es., XXXll. 14; LUI, 5). D'après le Talmud (Uaha hathru. 1. 3, 1). Jonathan était le plus distingué des élèves de Ilillel, le grand-père de Gamaliel; il était donc plus âgé qu'Onkéloâ. Malgré cela, il est plus probable que la traduction de la Loi a précédé eelle des prophètes. La langue de ces deux targoums est à peu près la même ; mais Jonathan paraphrase beaucoup plus qu'Onkélos, surtout dans les livres prophétiques proprement dits. II parait cependant qoe plusieurs des légendes qu'il contient sont des additions postérieures (Rashi, à lléz. XLVIl, 10). — Comme Onkélos, Jonathan introduit dans It's textes des idées de son temps, complètement étrangères à l'antiquité hél>rai(}ue. Par exemple, il trouve dans le cantique de la mère de Samuel la résurrection des morts, le jugement et la géhenne (Ghé-Uiuuàm), qui reviennent à tout propos dans ce targoum, ainsi que le gtaod tribunal, le monde à venir, la vie étemelle, la fosse du séjour de perdition, la mort seconde, etc. Aussi bien que les idées, il transporte dans le passé les institutions de son temps. Déboia, dans son chant de victoire^ loue les scribes que la guerre n'empêcha pas de continuer ;\ interpréter la Loi, assis dans la synagfigne, la tète dei-ouverte. Les prophètes sont souvent apjielés scribes. Non seulement h's contresens sont nombreux, mais ils sont le plus souvent intentionnels. Jonathan trouve dans les textes toutes sortes d'idées qui n'y sont nullement. La mère de Samuel. David dans ses « dernières paroles »» annoncent la venue du Messie et If jugement. Il a vu le Messie dans la plupart des passages prophètes où il en est question, mais il Ta vu aussi dans un bon nombre de tcxtef qui ne se rapportent nullement à lui iEs. lY, 2 ; X, 27; XIV, 29 ; .\VI, I : X.\VlII.ri; 10 (cf. Zak., IV, -1; XLIII, 10; LXVI. 7 ; Jér. X.XXIII. 13: Hos. XI Y, 8; Mich. iV, B; Uah. 111, 18); et même les premiers oui été

^.lyiu^cd by GoOgl

VEUSlUiNS A.NGiEANES DE LA BIBLE

souvent traduits de la manière la plus arbitraire. Ainsi clans Esaû IX, les ténèbres sont la servitude des Hibreiix en Egypte; le Messie ne reçoit pas V empire, mais « la Loi pour la f^arder », et son nom, qui lui est donné « par \o nierveiilpux en conseil. Dieu », se réduit à ces mots : « liéros subsistant t'iternellenienl. » Dans XI, 4. il personnifie le méchant que le Messie doit détruire et le nomme Ariuillos (liomulœ, c*e8t4<-dire rempereur romain). Ailleurs, il a complèteineiit mkoDDu le sens messianique (Jer. XXX, 31 ; Hes. XVII, 23; XXI, 26 s.; XL-XLVIII). D ne peut croire que Dieu veuille détruire les chevaux et les chars de son peuple, à répo<|Ui> messianique (Michée Y, 10 ss. ; Zak. L\. 10), ce sont roux des pni/jlt-s (ju"il détruira. 11 ne voit partout qu'un Mossio ixuerrinr et trionipliant. Aussi ;i-t-il tout fait pour eflacer du LUI® chapitre d'Esaïe, dont il reconnail la portée messianiquo, l'idée d'un Messie méprisé, soullrant et mourant. A quelles violences il a dû avoir recours pour cela, c'est ce qu'il est difficile d'imaginer. Il rapporte aux Israélites, au juste, au temple ou même aux peuples étrangers, la plus grande partie de ce que le prophète dit du serviteur de Jéhovah. Il ajoute, retranche, tord les phrases les plus claires et ne parvient pas, malgré tout, à faire disparaître entièrement de cette page sublime l'idée qnilïtonne et le confond : il est obligé d'avouer que le Messie « sera eu mépris » (v. 3), et qu'il «livrera son Ame à la mort » (v. 12). Mais comme, malgré cela. « il abolira la gloire de tous les royaumes» (v. 3) et « s'emparera du butin de peuples nombreux » (v. 12), il est clair que ce mépris, dont il sera l'objet, au début, de la part de ses ennemis, sera de courte durée, et que, »*U 8*expoëe à la tnort dans les batailles qu'il ftndia livrer pour rendre à Israël son indépendance et pour soumettre les peuples du monde, il ne mourra pourtant pas réellement. C'est ainsi qne l'ont entendu avec raison plusieurs rabbins postérieurs (Cf. Driver and Neubauer, 77«? 53'^ chapier of ïsaiali, p. 3Hi ot 113). Toute l'œuvre morale et religieuse <in Messie se résume pour Jonathan dans la prière d'intercession : «< Il priera pour nos péchés » (v. 4, 11 et. 12), qui «nous seront pardonnés à cause de lui » (v. 4 et 12), et « par sa sagesse il purifiera les purs, pour en soumettre beaucoup à la Loi » (v. 11). — Nous passerons rapidement sur les targoums postérieurs, qui sont beaucoup moins importants à oonnaltre que ceux d^Onkélos et de Jonathan. Outre celui d'Onkélos, il y en a deux autres sur le Pentateuque : l'un, le targoura de Jérusalem, est incomplet et parait n'avoir jamais été achevé; ce sont des développements de certains Iim^miipiiIs <ln Pentateuque, se rattachant plus ou moins à la traduetion «l Unkclos. Un auteur postérieur les a complétés, remaniés, et en a formé un targoum complet sur le FmUUtuque^ qui a été attribué, mais à tort, par quelques rabbins, à Jonathan, l'auteur du targoum sur les prophètes. De là son nom de targoum de pseudo-Jonathan. Il est écrit dans un dialecte fort différent de celui d'Onkélos et de Jonathan. La mention de Gonstantinople, delà Lombardie, les noms de Khadidja et do Fatiine (Gen.XXl,2 , prouvent (ju*il n'est paà antérieur au milieu du septième siècle. 11 est éniaillô de mots {;recs, latins et perses. Sa langue se rapproche beanc(tu|> Je celle (le la partie la plus réceute du Taimud ou Ghemara, tandis que celle du

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VERSIONS ANCIENNES DE LA fiIBLE

targoum de Jérusalem ressemble plutAt à celle de la Mishna. Son aiifélologie est aussi beaucoup plus développée que celle du targoum de Jérusalem. Il est rempli de légendes, empruntées pour la plupart au Tàlmod

ou aui BXiciBnsmidrashim, et [ne peut guère sorvir, comme ceux-ci, qu'à nous faire connaître les idées bizarres des Juifs de l'époque talmudique. — Les targoums sur les Psaumes, sur Joô cl sur les Proverbes paraissent, d'après certaines resseniblancci* de laiiiî.iLrf, avoir été coniposés vers la mémo époqup et dan? le rnthiie pays. Celui sur les Proverhrs, qui saltaclif* au texte ht'breu et ne se ponnet à peu pr«'s aucune de cos amplifications si chères aux autres tarpounis, serubie avoir été lait à TaiiitMle la version syriaque. Ces trois targoums ont donc été probableiuenl composés en Syrie. Celui sur les Psaumes suit tant6t asses fidèlement le texte hébreu, tantôt [au contraire il para])hrase librement comme Jonathan. Dans plusieurs endroits on trouve deux ou trois traductions différentes, dont la deuxième et la troisième sont précédées des mots : un autre targoum. De même dans Joh^ où se trouvent aussi un assez bon nombre d'additions. — Le targoum le plus arbitraire est celui des cioq meghillôth {Cantique des cantiques, Ruth, Lamentations^ Ecclésiastt^ Fsther), qui est peut-être l'œuvre d'un seul auteur, hcs Lamentations ik Jéréiuie se rapportent, dans le targoum, non seulement à la ruine d«' Jérusalem par les Kaldéens, niais aussi à celle qui fut accomplie ptir les Romains. Mais l'interprétation dont le Cantir/ue des rau(i(/ues t'si l'oltjt t dépasse tout ce qu'on peut imaginer. Il y est question de lu Mishua tt du Talmud. Il y a deux targoums sur le livre à*£$iher. Un targoum sur le livre des Chroniques a été édité» par M. Fr. Beck (1680 et 1683), et plus exactement par D. Wilkins (1715) ; il a utilisé le targoum de pseudoJonathan et de Jérusalem. Sauf ce dernier, la plupart des aotiss targoums ont été publiés dans les Bibles rabl>iniques et dans les poly* glottes d'Anvers, de Paris et de Londres. Mais souvent ces divers textes ne s'accordent pas. Une édition critique des targoums serait assurément fort désirable. P. de Lagarde a publié dernièrement celui de Jonathsa et celui des Hai^io^^raplifS [Hagioyraphn clialdakc, Leipsipr. 187,3!. T^s livres de Daniel, d'Ksdras et de Néliémie sont les seuls (|iii n'aient pas été traduits ou paraphrasés en araméen. — Outre leur Pcntafcuque, les Samaritains avaient une traduction de ce même livre dans leur dialecte spécial. Elle se trouve dans les polyglottes de Paris et de Londres ; elle a été publiée dernièrement en caractères carrés par Brûll {Dos Samari' tanische Tar(fum„., 1875-76). La Genèse en avait été publiée auparavant par H. Petermann (Pentateuekus Samariktnus, Fasc. I, Û^Mem» 1872). C'est une version à peu près littérale de la recension du Pentateuque particulière aux Samaritains. Elle existait déjà avant le troisième siècle de notre ère, car les Pères de l'Eglise de cette époque citent sous le nom de to <:%'j.rpz'.r'.x6y une traduction grecque qui probablemeot avait été faite sur la traduction sauiantaine.

lY. Vkusions sviUAOUKS. — Ll's livres canoniiiues de l'Ancien Testament et ceux du Nouveau Testament, à re.\ct'])tion de la seconde épitrô de Pierre, de la deuxième et de la troisième de Jean, de celle de Jude et de l'Âpocalypse, fureut traduits en syriaque par plusieurs auteurs diffê-

VEHSIOiNS ANCIENNES DE LA BIBLE

rcnt>. premiers, de rhébreii, et les seconds, du grec. Cette traduction fut faite prtibahlcinent dans le <Miirs du deuxième siècle de notre ère. Elle est dt'siîîiK'e par le nom de Peshilthô, qui signifie la simple, sans doute parce qu elle contient la traduction pure et simple du texte original, sans développements ni paraphrases dans le genre des targoums. Les autres interprétations de ce mot (la répandue, vulgata, h fidèle ou littérale, la [Bible] traduite ou expliquée), sont beaucoup moins vraisemblables. Au quatrième siècle, le syrien saint Ephrem, qui l'appelle notre version, n'en comprenait déjà plus certaines exprès» sions qui avaient vieilli. Ce fait, joint à l'alisenci' des apocryphes, de quatre épitres catholiques et de l'Apocalypse, prouve sa haute antiquité. Les apocryphes y furent ajoutés avant le quatrième siècle ; mais les additions au livre de Daniel manquaient encore du temps de saint Ephrem.^ Le Nouveau Testament syriaque est peut-être rcsttvre d'un ml aat«ir ; mais en tout cas plusieurs ont travaillé à la traduction de l'Ancien. Quelques critiques, en particulier Perles {Mekiemata Petehttihoniana, Breslau, 1860), ont essayé de prouver que la traduction de TAncien Testampnt avait été faite par des juifs. Il est probahie qu'elle fut l'œuvre <le t hrétiens d'origine juive ou qui se firent aider par des juifs dans leur travail. Ils durent aussi, naturellement, utiliser plus ou moins la vpfsioïi des LXX. — Cette version, publiée en entier dans les polyglottes de Paris et de Londres, a été réimprimée avec des corrections, mais ans voyelles, par la société biblique britanni>iue (1823, in-4°). — Vert lan 500, au milieu des controverses monopbysites, on voulut avoir une TOrsion plus littérale des livres du Nouveau Testament. Cette version nouvelle fut faite par ordre de Tévéque monophysite Xénaias ou Philoxt'nos de Mabong (Hiérapolis), par «on chorèvécjue Polycarpe. T. a traduction des évan-;iles fut achevée en 508. Polycarpe dut traduire le Nouveau Testament tout entier, y compris les quatre épitres catholiques qui manquaient à la Peshitthù et l'Apocalypse ; il traduisit aussi les Psaumes sur le grec. Cette version, nommée phU<mémenne, parce qa*elle était dédiée à Tévéque Pbilozénos, fut revue cent ans après et rendue plus littérale encore par Thomas, moine d*Héraclée, qui vivait à Alexandrie (6tG). Elle a ét»' publiée sous cette forme, d'après des manuscrits d'Oxford, par J. White (Oxford, 1778-1803). L'Apocalypse manqup. mais on suppose que la traduction syriaque de ce livre, publiée par Loui> do Dieu, d'après un manuscrit de Leyde (1G27), appartient aus?! à la version hcrnclcmur. Dans les éditions <le la Pesliiulu'», le Nouveau Testament a été couiplété par cette traduction de l'Apocalypse et par celle des quatre petites épttres catholiques publiée par Pocoeke, d'après un manuscrit d*Oj^ord (Leyde, 1630) et qui est peut-être le seul débris de l'œuvre du chorévéque Polycarpe. — En même temps que le moine d'HéracIée revisait la philoxénienne, Tévôque monophysite, Paul de Telia (ville de Mésopotamie), traduisait en syriaque le texte grec <les LXX. tel qu'Orii^ène l avait lixé dans ses llexaples, en conservant les obèles et les asfcrisr/ues. Cette traduction est parvenue en grande partie jusqu'à nous dans un manuscrit du huitième siècle, originaire d'Egypte, qui se trouve actuellement à Milan et dans quelques autres moins im-

342 YEUSIONS ANCIENNKS DE LA lUBLK

portants (voy. Encyclop. dellerzog. 2» édit., I, p. 286). Celui do Milan. Codex syi'n-hf^xaplarh nmhro^iami^, a étt^ puhli<^ récemment (lH7'i). par Ceriaiii ; il forme le scplii'ine yoIuiih* de ses Momwipnta sacm rt profana inedita. Près d'un sii'clc pliH tard, vers l'an 704. révj^que Jacques d'Eidesse parait avoir revisé l'œuvre de Paul de Telia, à l'aide de la Pesbttthô. De cette révision, le Pentateaque et Daniel se sont conservés dans deux manuscrits de Paris, et Ceriaoi a publié quelques fragments d'Esale (Jfomim. tacra et pro/l* Y, 1), d'après un manuscrit du Briiiik Muséum. Sur d'autres travaux du même genre moins importants, voy. Encyclop. de llerzog, 2" «'dit., II. p.

V. Autres vkhsions oniF.vrvr.Es antkiukures a i/isl\mismf.. — Bilde fut traduite aussi en copte, en éthiopien, en arménien, en p^orpien et prohal)l(Mn(!nt en d'autres lanj^ues de l'Orient (voy. Rcuss, ircschkhteikr heiltgen Sc/iriflen N. T., 3» éd. II, p. HC). Elfe fut traduite dans les trois dialectes de la langue copte ou égyptienne (mempliitiques, thébain et bashroottrique [?] ), vers la fin du troisième siècle ou au commeoeement du quatrième. De la version memphitique il reste le Pentateuqne, les Psaumes, Job, les Prophètes et le Nouveau Testament. Des deux autres il ne reste que des fragments. L'Ancien Testament a ♦'^t*'- traduit sur Ifs LXX. — Il en est de mômedo la version »''liii()|>iernie ou glicez,qui est parvenue en entier jusqu'à nous. I^a tradition du pays la rapporte au missionnaire qui y porta le christianisme vers l aa 330^ qu'elle nomme Abba Salama, mais qui est plus connu sous le nom de Frumentius. Elle date en tout cas de cette époque ou du moins d*one époque peu postérieure. « Quoique les Juifs éthiopiens s*en servent, elle provient (saps doute) d^auteurs chrétiens » (De Wette). Les livres éa l'Ancien Testament y sont rangés dans un ordre particulier. Elle embrasse, outre les apocryphes, plusieurs pseudépigraphes (Hénoch. .Ascension d'Esaie, .Vpocalypse d'Esdras, Livre des Juhilés). qui sont aussi vénérés que les livres canoniijues. Elle n'a été puldiée jusqu'ici qu'en partie. Dillmaua a entrepris une édition complète, dans laquelle toiK les livres historiques ont déjà paru. (Lips., 1853, 18GI ). — En Arménie, Termite Mesrob ou Miesrob (f 441} inventa un alphabet et traduisit la Bible, avec l'aide de deux de ses disciples qu'il avait envoyés à Alexandrie pour se perfectioimer dans la connaissance du grec. L'exemplaire prec sur lequel ils traduisirent fut rapporté du concile d'Ephèsp (i3I). pour l'Ancien Testament, la version arménienne suit les LX.\: naturellement pour Daniel elle suit Tliéodoticm. Pnhiiée pour la première fois à Amsterdam, en l(j6ti, par l'évéque l'.skan ou Osgau. elle l'a été aussi à Venise, en 1805, à Saint-Pétersbourg, en 1817, etc. — Ls Bible fut traduite aussi en géorgien ou grusinien, an sixième siècle, pour les habitants de l'ancienne Ibérie, tovgours d'après les LXX pour l'Ancien Testament. Cette version aurait une assez grande valeur critique pour la reconstitution du te.xte des LXX, si, lors de sa publication à Moscou, en 17 13, elle n'avait pas été modifiée d'après la version sl;ive.

YI. Versions arauks. Quand l'islamisuje se fut n'-pandu m ()ri<M)t ci que l'arabe se lut substitué aux diverses langues parlées précedfumxMit dans ces contrées^ de nouvelles versions surgirent peu à peu. Pour

rAneien Testament, elles furent faîtes sur les LXX, sur la Peshttthô ou sur la yersion eopte ; quelques-unes sur le texte hébreu. Le rabbin Saadia, originaire d'Bf^ypte, gaon (chef) de l'école juive de Sera en Babylonie 942), traduisit l'Ancien Testament sur le texte masoréthique. Son travail ne nous a pas étt» conservé en entier. Le Pentateuque se trouve dans les poly;^|(»ltes de Paris et de Londres; Esaie a ôtr puldié par G. Paulus (îena, 1700 . Lo livre de Job et les Psaumes se sont conaervés dans des manuscrits d'Oxford 'et de Munich. Saadia paraphrase souvent à la manière des targoums, mais à un bien- moindre degré. — Ud samaritain, nommé Abou-Sald, qui vivait au onzième ou douzième siècle, traduisit en arabe le Pentateuque samaritain, à l'aide de la version samaritaine et de celle de Saadia. La Genèse, l'Exode et le Lévien ont été publiés par Kueneii, d'après trois manuscrits (Lcyde, 1801. 1854^ — Un Juif africain du treizième siècle, qui trouvait sans •Ii'iite que la version de Saadia n'était pas assez littérale, tratluisit plus liUtraleraent le Pentateuque. Publiée en 16i2, à L» yde, par Erpenius, cette version est connue sous le nom de Arabs ErpeniL — D'après RoMliger (De orig, et indoie arabicse Uàrorum V. T, historieonm inter* pretatûmis^ Halle, 1829), la traduction arabe du livre de Josué, d'une portion du livre des Rois et du livre de Néhémie, publiée dans les polyglottes, a été faite par un juif du dixième ou onzième siècle sur le tfxtc hébreu. Mais les autres portions de l'Ancien Testament publiées en arabe dans les polyu'lnltes ont été traduites sur les LXX (livres poétiijucs, excepté Job ; proplièles; ou sur la Peshitthô (Job, Cliri)ni(iue, Huth, Samuel, etc.). Le Nouveau Testament a été traduit sur le texte grec. Le traducteur des évangiles est différent de celui des autres livres. Le texte arabe des polyglottes a été réimprimé par la société biblique britannique (IVovi Castri, 1811). Les bibliothèques de TEurope possèdent un grand nombre de manuscrits arabes contenant des traductions dp divers livres de l'Ancien et dii[Nouveau Testaujent. (jui n'ont pas encore été exauliiiés sérieusement. D'une manière générale, ce sujet n'a pas^ enctire été étudié de très près.

VU. Vkrsioms a.nciennes des peuples germaniques et slaves.— Dans la seconde moitié du quatrième siècle, vers l'époque où Jérôme revisait lltala, la Bible fut traduite dans la langue des Goths, établis alors sur le bas Danube et qui avaient embrassé le christianisme sous la forme Mienne, par leur évéque Ulfilas ou Vulfila (348-388). L'ancien Testament fut traduit sur les LXX. D'après Philostorge, Lîllilas ne voulut pas traduire les livres des Rois, pour no pas encourairer l>>prit guerrier de ce peuple par le récit des guerres d'Israël. Il ne s'est conse rvé (jue quelques fraj^rnienls de l'Ancien Testament, dans les livres d'Esdrus et de Néhémie. Mais les évangiles et les épltres de saint Paul sont parvenusjuqu'à nous, quoique avec de grandes lacunes. Le célèbre Codex argenteut^ pris à Prague par les Suédois, pendant la guerre de Trente Ad8, maintenant à Upsal, contient les Evangiles. Il date du cinquième on sixième siècle, et a dii être écrit en Italie. D'autres fragments ont été découverts dans des palimpsestes, à Wolfenbuttel et à Milan. Le tout a été publié par Yon Gabeleotz et Loebe (Leipz., 1813-46) et plusieurs fois-

344 Y£liSiONS MÛDËKN£S DE LÀ BIBLE

depuis. La dernière édition est cello de Bcrnhardt (Halle, 1873).— Quand les niis-^ionnaires grecs, Cyrille et jMélhodius, portèrent le christianisme chez les peuples slaves, dans la seconde moitié du neuvième siècle, ils lour donnèrent aussi une traduction de la Bible eu leur langiuî dut être laite sur les LXX. Introduite en Russie avec la religion chrétienne, vers l'an 988, elle y a éprouvé divers changements, quant à la langue cl quant au texte. La première édition complète fut publiée k Prague, en 1570. — Enfin, la Bible fat traduite en anglosaxon par divers auteurs, en particulier par Tabbé Aelfric, au dixième siècle, sur le texte de la Vulgate. II en reste le Pentateuque et Josué, ■qui furent publiés en 1698 {Jlepiateuchus, éd. Twaitos, Oxford), les Psaunios et les Evangiles, puhliés par Tiiorpe [Psalmorum rrrsi'i atUiq, laL cum parapArasi anglo- saxonica ; Oxou,y 1835, Evonyr/., 1842).

G. Bruston.

VERSIONS MODERNES DE LÂ BIBLE. — I. Avant et môme un peu après la découverte de rimprîmerle, l'Eglise romaine tolérait des traductions à la fois paraphrasées et abrégées de l'Ecriture sainte, Bibkt gloiéet ou historiées, c'est-à-dire défigurées conformément aux préjugés et aux croyances du temps. Plus respectueux envers le texte sacré, deux moines augustins. Julien Macho et Pierre Farget. osèrent le traduire sans suppression ni addition, et donnèrent \mo véritaLlo version française du Nojiveau Teslamnnt. Ce fut la première. Rome laissa imprimer ce livre (Lyon, 1 477, in-8"), aussi Lieu que les Bihles historiées, à partir de 1487; mais lorsqu'on parla de réformer l'Eglise et le clergé en prenant pour norme de la foi les saints livres traduits en langue vulgaire et livrés i l'interprétation de tous, la papauté s'émut et ordonna de jeter au feu les traductions et les traducteurs. Tel faiUit être le sort du précurseur de la Réforme française, Lefevre d'Etaples, dont le Nouveau Testament parut en l."S23. Bientôt poursuivi, Lefévrc quitta Meaux et chercha un refu«^e à Strasbourg, où, peudanl qu'il continuait son travail sur la Vulgate, plusieurs de ses disciples entreprenaient une traduction sur les originaux. Mais tandis que l'Ancien Testament de Lefèvre parut en 1528, et fut réimprimé trois fois (1530, 4534, 1541), le Pentateuque promis et annoncé par Farel, dès 15S6, ne vit jamais le jour. En 1528, un autre disciple de Lefevre, aussi réfugié à Strasbourg, recommença, pour son usage personnel, la traduction abandonnée par Farel, Roussel, d'Arande. etc., et, quelques années plus tard, Fard et Viret le «ommèronf de publier le travail (ju'il venait d'achever. C.alvin. otiroro inconnu, nnt une préface à l'onivrc sou parent et ami Pierre Robert, dit Olivelan (voir ce mot), dont kl Bible, publiée à Neuchûtel en 1535, est un chef-d'onivre pour l'épuque, sauf toutefois le Nouveau Testament, revision trop hùtèe de celui de Leftvre. La Bible d'Olivetan, imprimée aux frais des 'Vaudois du Piémont, devint bientôt la Bible de Genève et celle d«>s prolestants de France. H -vue partiellement par Olivetan lui-même en 1536, 1537, 1538, par Des Gallars en 1531), en 15 1() par les prédicants qui rem^açaient Calvin banni do (lonévc, par Calvin en 1543, elle t'nt fréquemment remanit'c à Genève ius([u'au e innnencement du di.\-luiilirnie siècle. Lâ première revision à laquelle^Ies pasteurs et les professeurs de la cité cal-

VEBSlOiNS MODLUNES DE LA BIBLE 345

viniste aient travaillé en eorpfi, ot à laquelle ils aient orficirllemont donné leur approbation, parut en 1588; ollo est l'œuvre de Tli. do H»'zo. d'Ant. de la Fayp. dp Jean Jaqueniot, de J.-Ii. Uofan, do Simon (iDiilart. de Cora, ot surtout de Gorneillo-nonavonturo liertram, profossour do langues orientiles. Elle est qualitiée de vors^ion nouvelle dans la prélace de la Bible de Genève (1805), et a été imprimée pour la deruière fois en. 1712, non sans subir eneore quelques corrections. — Entraîné sur le terrain Inbliiitte par la controverse acharnée du seizième et du dix-septième siècle, le catholicisme qui, à Pari^ et à Louvain, avait prohibé la Bible de Lefèvre, fut réduit à se rapproprier, aussi bien que celle d'Olivetan, en y introduisant ses doctrines particulières, avoc mod»''ration d'abord, puis sans la moindre pu<leur à mesure qu';ij»proc.liait la révocation de l'Edit de Nnntes. Les protestants, à leur tour, s'i llorcaient de tirer à eux un certain nombre de passages. Ni d'un côté ni de l'autre, on ne comprenait que la science doit seule présider à toute traduction digne de ce nom. La prétendue version de Louvain, dont Niccdas de Leuse et FtaoçoisdeLirben publièrent, en 1548, la première édition, nVst (ju'une révision de celle de Lefèvre. René Benoist, curé de Saint-Eustache de Paris, avait expurgé la Bible de Genève en 15G<> sans rn« ourir aucun blànio ; mais qu;ind on le vit s'opposer à la formation de la Li}?ne, sa versujn fut ju<j:ée trop peu eatiioliquc et nuso à l'iudox par uni- bulle de Grégoire XiU (1575). La revision de Jacques de Bay, jé^u,tc de L'»uvain (1572) et celle de Besse (1608) furent traitées moins rig:oureusement. Dans la préface de la sienne, Jean-Claude Deville (1613) proclame que l'Eglise reconnaît deux parolM de Dieu également in&illible.< : TEcriture et la tradition. Bien que Frizon eût tiré p.irti de tous b s travaux catholiques antérieurs, on l'accusa cependant d'avoir laissé dans sa revision (Itî-iO) « bien des semenees de c.ilvinismo. )> Il n'évita le sort de René Beuoi>^t (pi on déclamant de toutes Sfs forces contre les Bibl 'S liéréliques, vraies (i Hildes du diable », qu'il n'avait que trop imitées. La Bible de Corbiu ^1015; dépasse en hardiesse celle de Frizon, témoin la cdcbre felaification d'Actes XIII, 2 : £ux célébrant ie saint taeripee de la mette. Le Nouveau Testament de Vén>n (1647), furieux curé de ChalenioD, renchérit sur la Bible de Corbin ; Richard Simon avoue que, < étant controversiste, Véron avait ajusté quelques pas>â^os à ses idées.» Mentionnons encore les Nouveaux Testaments de Micln l de Marolles, abbé de Villoloin (IG491, de Girodon (lO(il), d'Ameloto (HMiti . dr Mons, tniliiil par Ant. Le Maistre, Arnaud et Le Maistre de Sm y ^it>07), de Godeau, abbé de Vence (1008), et enlin les revisions de Girod -n (1086, 1688 et 1692). l^^i, la transformation est aussi complète qu* possible; Girodon a réussi à découvrir, cVst-À-dire à luettre dans le Nouveau Testament non seulement la pénitence et la messe, mais le euHe de latrie, les pèlerinages, les processions, le purgatoire, les péclh s véni' Is, le sacrement du mariage, etc. Voulant parfaire l'œuvre des dragons, le «d-'puté de Nos Seigneurs du Clergé, pctur enseigner les controverses,» n .i ait su imaginer ri(Mi de mieux -(iie ce livre destiné aux protestants nouveaux convertis, cniuine si la si-andaleuse i'aisificatiiui -iu texte sacré eût été de nature à ailermir des couversions arracbées par la violence.

m \£aS10NS iMODKKNES DE LA BIBLE

— Les jansénistes, au contraire, aimaient réellement la Bible ; aussi,

malgr»^ son cachet anliprotestant bien marqué, le Nouveau Tostainont dp Port-Uoyal fut-il condamné par le pape. Dp Sacy, pnfprmé à la Bastille, y traduisit, sur laVulgatt». l'Ancien Tostainoiit, dont Ips premiers volumps panirpiit pu 167:2, Pt Ips dprniprspn lt)9'î. T^a Bible dp Sacy pst la niipux «M-riff^ et la plus rppaiidup des vprsions traiicaises ; on lui reproche cependant, avec raison, le défaut commun à toutes les traductions de la même époque, c'est^-dtre la paraphrase. Elle a été revue par Dufossé, puis par Legros (1709), annotée et paraphrasée par le P. de Carrières et l'abbé de Vence (1701-1716), par Dom Galmet (1707-1716), puis corri^M'p de nouvpau à ;)1ti<ipurs reprises, notamment par Rondelet par l'abbé Jager (1846). Nous dpvons mpiitionner encorp 1p Nnnvpau Testampntdu jésuite Boubours 1696). bientôt tpvu parle P. Lallernant, Pt réimprimé pu 1866 avpc les corrections d'IIprbf't, puis 1p Nouveau Te«tamcnldp Qupsnel. enrichi dpnotps jansénistes (1696-1700), le Nouveau Testament de Huré (1700), ceux de Richard Simon (1702), de De With (1718), de Tabbé de Bameville, fondateur de la Société biblique catholique (1719), de Mésenguy (1752), de Vabbé Valart (1760), et la Bible accompagnée deji notes mystiques de M« fîuyon (1790). — A côté de leur version maintes fi»is revisép, à lnjuplle Desmarets joignit, en 1669, les notpsdp la Biblp llamandc. ios prntpstanls de lanprup française possédaient aussi phisipurs traductions uouvpHps : la Biblp <Ip Castalion ; l.'ir)."»!, celle de Diculati (1644), cpUp dp Lccpup (174!) <|up nous avons fait connaître plus liant (voir art. Lecène], le Nouveau Testament de Gonrart et Jean Daillé fils, sorte de revision et de mélange de la version de Mous et de celle d*Amelote (1691), le Nouveau Testament de Leclerc (1703) et celui de Beausobre et Lenfant (1718), réimprimé en 1736 et en 1741. Les ministres de Charenton, Allix et Claude, avaient aussi entrepris une version nouvelle de la Bible. A Genève, on finit par partager le sentiment de Beausobre et de Lenfant sur la nécessité de rpuonccr aux « révisions de rpvisi(ms. » En 1721 , la vénérablp con)pa;-rnip chargeait une commission dp revoir encore une fois l'œuvre séculaire. « Ces messieurs travaillèrent d'abord sur l'ancien pied, c'est-àdire en se contentant de retrancher quehjues vieux mots et quelques expressions hors d'usage. Mais ils s'aperçurent bientôt que travailler de c<>tte njaniere, c'étuit ne ripn fairp , Pt que, dans Tétat où est aujourd'hui la langue française, il falloit refondre en quelque manière notre ancipnnp version, ou. pour mieux dire, en composer une nouvelle. » Dp co travail sérieux, intelliirent , sortit le Nouveau Test^iment de (Ipnévp (1726), dont la vénérable compagnie disait à bon iln»it, dans la prélace que nous continuons de citer : « C'est une version fidèle et exacte, une version claire et intelligible, une version qui ne manque pas d'élégance et qui se lit avec plaisir. » L'Ancien Testament, soumis au même travail, ne parut qu'au bout de quatre-vingts ans (1805\ précédé par une revision du Nouveau Testament (1802). La nouvelle Bible « éclaircit et rpctifip en nonibre (IVndrnits Ip spus des livres nacrés qui était resté obscur, ou qui avait été mal interprété par Ips précédents traducteurs » [Bibliothèque d'un homme de goût, V, 380J. Elle n'obtint

VEUSIONS MODi:i;>ES hïù LA BIBLK

pu, pour dos motifs fMrangPrs à l'ordro scientifique, le succos quVllo mWfait.^ — Kii Ilollando, le pastour ivlutri/' Dnvid Martin avait rovis^ une lois (le plus lo Nouvoaii Tostamont en li'AH), puis, on 1707, la Bildoi entière j>ar ordre du synode wallon. L'approbation synodale revêtit cette raisioti d'une sorte d'autorité exclusive, contre laquelle Martin avait pourtant eu soin de protester à Tavanoe : « C'est, dit^il dans la préface, ou ignorer le foible de Thomine, on ne pas connottre la sublimité et la profondeur des livros saints, que de donner à uneveri^ion, quelle qu'elle soit, la dignité do canonique, ou de prétendre y assujettir absolument la foi des clwrtii m. ^> A peine trente années s'étaiont-ollos éomiléos, qu'il fallut roviior lo travail de Martin. Lorsque, en 1736. Pierre Roques, pasteur à Bàle. voulut réiinprniier la Bilde in-quarto do sein devancier, il y découvrit « un nombre prodigieux de termes ou surannés, ou bas, 00 indécents, on impropres, qui répandent beaucoup d'obscurités sur les choses elles-mêmes, on qui choquent la délicatesse et la pudeur. » H découvrit même « que divers passages avoient une construction vicieuse, ou que la version ne représentoit pas assez bien la pensée des écrivains sacrés. » En conséquence, il consacra ses labours " non àcorrip:er tout ce que la Hihie. «le Martin offrait do défectueux.... mais au moins à enlever les fautes les plus grossières et à changer les expressions les p'us rlio- (juautcs. » Ro»|ues termine ses observations préliminaires on appelant de tes vœux la version nouvelle de TAncien Testament « promise par la vénérable et savante compagnie des pasteurs et professeurs de Genève dans la préface de la version du Nouveau Testament dont elle a naguère a enrichi l'Eglise », et en déclarant que, pour la revision du Nouveau Testament, il a « toujours eu sous les yeux, outre l'original, les excellentes verrions de Genève 'MiiV et de llerlin ». c'est-à-dire Heaiisobre et Lenfant. — En 1744, Jean-Frédérie Ostervald, pasteur à Neucli;Uel, revisait de nouveau l'œuvre de Martin et on retranchait l'appareil scientifique, qu'il remplaçait par des rétlexions pieuses placées au bas des chapitres ; six ans après, D. Durand, pasteur à Londres, revisait encore le Nouveau Testament de Martin (1750). En iT71, et peut-être même auparavant, la revision d'Ostervald était revisée à son tour, mais subrepticement, ki commence le chapitre peu édifiant des remaniements dogmatiques et non avoués. A la revision d'Ostervald moins obscure et moins vieillie, certaines personnes préféraient la révision de Martin, comme plus orthodoxe; de là vient que, malgré ses énormes défauts, celle-ci n'a été généraleinenl abandonnée que de nos jours. Les sommaires des chapitres d'Ostervald différaient considérablement de ceux de Martin, Martin étant de tous les traducteurs celui qui avait vu le plus de prophéties messianiques dans l'Ancien Testament, et Ostervald étant, au contraire, celui qui en avait vu le moins. Pour concilier la clarté relative d'Ostervald et 1 orthodoxie de Martin, on imprima sons le nom du pieux Ostervald, et sans en avertir le lecteur, le texte de l'un et les sommaires de l'autre (voir notre Hist. (h' In Sorirt/- htliliq. pmt. df /*aris\ Tan(iis (Ju'î\ Moniauhan on revisait Martin et iloques sans le dire (Bible in-4" de IHIDj, à Lausanne, au contraire, on agissait au grand jour, ténioin l'Ostervald in-quarto de 1822, <« édition revue avec soin par les sociétés bibliques de

UB YEHSIO.NS MODKUiNËS DE LA BIBLE

Lausanne ot de Neuchàtel, » et la « seconde édition, revue par la Société bibliquedeLausanno » (1836). MM. Bonnet et Baup revisaient, en !8i6, lo Nouveau Testament d'0>terval<l. La Society for prnmoling chri^^tinn Kno fr /pf f f/ r ^)\ih\in[l h Londros. on ]H'i\). « la sainte version revue

sur 1«'S ori;:inaux ». contenant une revision d'Ostervald <lue à MM. Matter. Cuvier, V(M ny. Hui?. llaafj, etc., ijui ne réussirent pas à rendre Oslcrvahi supportable. — Ces révisions ne furent point admises par les Sociétés bibliques de notre pays; celles-ci semblaient considérer la Bible d'Ostervald, revue par l'une d'elles (1824), comme la version officielle duntle malheur des temps nous avait privés jusque-là. Toute critique, tout désir* d'amélioration était tenu pour suspect. Les gens bien pensants eussent dit volontiers, avec Naudé, calviniste rigide, qui ne pardonnait pas à Ostervald d'avoir corrigé l'ancien texte : « Ce zèle pour raniélioration des versions ne laisse rien à attendre de bon de l'auteur. S'il peut y avoir des fautes, ce sont seulement les sociniens et les arminieiis qui y attachent de l'importance, n Cependant, çvAcg au.\ progrès considérables réalisés depuis un siècle par l;i crili(jue sacrée et par les autn'S branches de la théologie, de noiulitcuses traductions nouvellc'î, toutes supérieures aux anciennes, allaient paraître et obliger les Socit tés bibliques à sortir enfin du siatu quo ; le Nouveau Testament de Genève (1835), le Nouveau Testament de Lausanne (1839), le Nouveau Testament anonyme de Paris, ches Aurel (i8i2), l'Ancien Testament de Perret-GentU (4847-1861), le Nouveau Testament d'Arnaud (18S»), k Nouveau Testament de Rilliet (1858), le Nouveau Téstameot de Darby (1859), l'Ancien Testament de Lausanne (4861-1872). la Bible de Paris restée inrchevée [iHVA-iHIV. le Nouvean Testament d'Oltramare (187^), l'Ancien Testament de Segond (1874). la Bible de Ueuss (IS7i-18HI), sans parler de la Bible annotée de Neuchàtel dont quatre fascicules ont paru (!H78-I,S8(I , ni d'un graïul noiubre di' verrions (jui ne comprennent que les Kvaugiles ou des portions détacliéts de l'Ancien Testaujent. En ÏHijli, faisant droit aux réclamations d'un grand nombre d'Eglises, la Société biblique protestante résolut dedonuer désormais à chacune les versions qu'elle demanderait, soit Ostervald, soit Arnaud et Genève (1835) pour le Nouveau Testament, soit Perret-Geotil pour l'Ancien Testament (depuis, les deux dernières ont été remplacées par le Nouveau Testament d'Oltramare et par l'Ancien Testament de Segond). Cette résolution, aussi équitable qne progressive, amena un schisme, lis portion du comité à laquelle Ostervald avait toujours sulfi et qui protestait contre la distribution des versions nouvelles, se retira pour fonder une troisième Société biblique. — Singulier retour des choses d'ici-ha? ! U Société que ses pnnci()aux tontlateurs «leslinaient à ne répauilre que 1 (Jslervald de {H2i, orné des soniiiiaires de Martin, vient de publier une revisuHi d'Ostervald, lailc sous ses auspices 1881). Au triple point de vue du style, de l'exactitude et du texte adopté pour le Nouveau Testament, cette revision est-elle, selon les expressions mêmes de la préface, « au niveau des progrès de la science et des modifications du langage? » Nous sommes loin de le penser. D'abord elle manque à la foii d'unité et d'originalité : le Nouveau Testament a été Tevisé à part, et

M. SoiTond se plaint dos onipnints tn»p nombreux qu'on aurait faits à son Ancien T^^staInont. Assuréiuent les réviseurs, ont amélioré l'œuvre dft leurs devanciers, mais d'une nianicTC iort inégale et qui varie d'un livre à l'autre ; Esaie a été mieux revu que les Psaumes. Si uous ne nous trompons, à l'exeeption d'une seule (1 Jean V, 7), toutes les interpolations rejetées par les éditions critiques subsistent dans le Nouveau Testament. L'ancienoe traduction fautive (Job XIII, 15; Matth. V, 7, etc.), n'a été délaissée que là où elle n'avait point de portée tliéologique ; on n*a eu g:arde de sulislituer « les fils de Dieu n aux « enfants de Diey, » ni de faire disparaître les langues « étrangères » de 1 Cor. XIV. l'interprétation mystique du Cantiijue des cantiques, et les réléhres eontrcsens auxquels Torthodoxie attribuait autrefois une importance capitale (Ps. II, 17 ; Bsaïe VII, 14; 1 Tira. III, 16; Rom. IX, 5 ; 2 Cor. V, 19) (voir sur ce dernier la page 1S3 de VÉitt. de ja Soc, biàlig.). La nouvelle revision est donc bien moins une oanvre scientifique qu'une œnvre dogmatique, et elle ne laisse pas moins à désirer sous le rapport littéraire. On y retrouve bon nombre des incorrections de langage signalées dans la Version d^Ostervaldet les Sociétés bibliques (Ps. XXXIV, 17 ; LVII, 7, 8 ; XXXIII. 17 ; XXXVI, 2 ; XL, 7 ; XXI, 9 ; XXXVIII, 7 ; XLII, 8 ; LV, 21 ; Jos. XVIII, 10; VI, o; XI, 20; Esaïe, XXIX, 13; XXXI, A, S, etc.) Voici quelques autres e.xemples (Ps. XXX, 10) : a Quel profit y aura-t-il à mon sang, à ce que je descende vers la fosse? » (XXX, 6) : « Il n'y a qu'un moment dans sa colère, mais une vie dans sa fiiveur; les pleurs logent le soir et le chant de triomphe revient le matin. » (Juges XY, 8) : • H les battit dos et ventre. » (Esale XXX, id): « Cette iniquité sera pour vous comme une crevasse menaçant ruine, qui fait saillie sur un mur élevé, et qui s'écroule tout à coup. » Kn outre, la préface révèle une tendance dont le triomphe serait aussi funeste à l'Eglise (ju'à la science. Le rêve malsain d'une Vulgate protestante ne s'est point dissipé : au lieu de rOstervald de .1824, c'est celui de 1881 qu'on voudrait introniser dus toutes les chaires, à titre de « véritable et seule version ecclésiastique et populaire. » L'unité de version ne suffirait même pas à quelques^ns ; ils voudraient tout réglementer, jusqu'au catéchisme, jusqu'au chant des cantiques, en nn mot, faire passer un niveau brutal sur toutes les fiertés de la conscience, qui n'est vraiment religieuse qu'à condition de rester libre et de soi-ouer le }ou>^ des « observances et des traditions, n 11 doit être permis de rappeler à ces autoritaires la résolution du synode de Moutauban (1594) : «< La liberté demeurera à l'Eglise de rendre toujours plus parlaite la traduction de la sainte Bible. » Les versions récentes ont leurs imperfections sans doute; mais au moins nul ne songe i les imposer à autrui. — L*Ancien Testament de M. Segond est une œuvre de valeur, généralement animée d'un souffle d'indépendance, et dont la forme eût seule réclamé plus de soin. Son Nouveau Testanu'iit n'a point, à nos yeux, le même mérite ; nous lui préférons, à tojis égards, celui de M. Oltramare, mal}:;ré certaines rudesses de style, (jui lénioisjoent d'un constant ellort p<nir serr.er le texte d'aussi près ({ue possible. On s'accorde à louer la traduction du Nouveau Testament que M. Rilliet a donnée d'après le manuscrit du 'Vatican. La Bible avec

commentaires de M. Ucusà, eu quatorze volumes passerait à juste titre pour ua chef-d'œuvre» nous parlons surtout de TAneien Testament, si l'auteur avait pu joindre la pureté du langage à Fimmense savoir qui lui permet de résoudre, comme en se jouant, les problèmes les plus

ardus. Grâce à l'illustre professeur de Strasbourg, la France est enfin dotée d'une Bible savante, véritable trésor, où sont accumulés les résultats de la critique modcriio, et dans lequel ira puiser encore la génération (jui nous suivra. La version littérale de Lausanne nous inspire un respect sincère ; mais à quoi sert une traduction qui aurait besoin d'être, çà et là^ traduite elle-même? Parmi les versions catholiques de notre siècle, nous eiterons la Bible de Genoude (1822), le Nouveau Testament de Tabbé Dassanoe, celui de Lamennais (I86i), celui de Glaire (1863), celui de labbé Gaumc (1864), la Bible de J.-J. Bourassé et P. Janvier f 1866) et celle de Glaire (1873). La vei:sion de M. l'abbé Gaume, parfois triviale, souvent obscure, n'offense pas seulement la grammaire et le bon goùl, elle est remplie d'une controverse qui déja^se toutes les bornes. Exemple : Les Sociétés hihluiues s'ellorcenl de « venir en aide aux corrupteurs du Livre divm ». « Vous êtes protestant, votre nom donne le frisson, Satan a été le premier protestant... Lorsqu'un protestant se présente armé d*un texte de Bible, on peut le traiter comme un voleur » (p. XVI). La traduction de M. Glaire, dépourvue d*éléganoe, tombe souvent aussi dans l'obscurité pour avoir voulu être trop textuelle. Lamennais suit tantôt le latin, tantôt le grec du texlus receptus, 11 a essayé de « plier notre langue aux formes de l'original, qni, dans sa concision ellipti(iue, néglige fréquemment soit les liaisons grammaticales, soit des pensées intermédiaires, soit certains compléments logiques du discours » ; mais il est lom d'avoir toujours réussi (voirHom. Vil, 40. 14. 18. 21; Vlil, 1, etc.). Sa traduction trop systématique offit» le même genre d*intérêt que la lutte d'un cavalier opiniâtre contre un cheval rétif. Celle de Genoude est plus coulante ; celle de MM. Bourassé et Janvier vaut mieux encore et se distingue par la clarté, la limpidité du style, il est bien rare qu'en le parcourant on rencontre quelque expression qui choque l'oreille. — ho./n/, de M. Kenan (2« édil., IHtkJ), son Cantiquo des Cantiques (18(îO). son iùclesinste (1881). et les fnigiuents du Nouveau Testament épars dans son Histoire des orujines du C/irislianisme, n'appartiennent ni à la caté^rie dés versions protestantes, ni à celle des versions catholiques. Arrivé à ce point et servi tout à la fois par une science approfondie et par la langue d'un grand écrivain, l'art de traduire touche à la perfection. — Chez les Israélites, nous ne trouvons que la Bible de Gahen (1831-1843), qui, malgré son littéralisme et ses incorrections grammaticales, a rendu en son temps de réels service?, et le Pentateuque de M. Wogue (1800-1809), lequel ne brille ni j)ar réléuanco ni i)ar la sûreté de l'interprétation, surchargée (le sulilililés rabl»i[n(jues. — II. Nous ne pouvons donner, pourl'AIlemagne et l'Angleterre, qu'une simple nomenclature. — 1. Versions AL- LEMANDES. Bibles prolettanteê^Là version de Luther (1533-1 534), revisée à plusieurs reprises par Luther et ses collègues, Mélancbthoo, Bugenbagen, Gnidger, Aurogallus, Rœrer; puis par Dieckmann (1690), Hartmann et Lorsbach (1806), Hopf (1850), et enfin dernièrement par Meyer et ses

VERSIONS MODERNES DE LA BIBLt:

collaborateur» Stier, Mœnckebcrg et Frommann. II avait paru à Zurich plusieurs Bibles coniplotos (1525-1 :>:><), !527-lo29, io.'iO) celle île Léon Juda et 1531, avant que celle de Luther lut achevée. Oh-hkI les révisions furent jugées insuffisantes, parurent des versions nnuvelles : celles de Haug l726-ni2j, de Schmidt (1735), de Michaëlis ,1773). de Moldenhauer ^1774), de Grynaius (1770), de De Wetle et Au-usli (1809-1814), deGriesinger 1,1824), et leBibeiwerk de Buosen (1858-1869), dont les hagiographes ont été traduits par Kampbausen, les apocryphes et le Nonmu Testament par Holtzmann. Parmi les versions du Nouveau Testament, il convient de citer celles de Loniceru8(1590), de Polanus de Polansdorfr (1G08), des sociniens (1630), de Reitz (1703), de Triller (1703), de JuDckerrot (1732), de Zinzendorf (1725). de Tim. Phila- (lelphe (1733), de Ueumann (1748), de Bengel (1753), de Bahrdt (1773), de Stolz (1781), de Gossner (1815), de Meyer (1829), de Bœckel (1832), d'AIt ,1837-1839), de Heydt (1852), de Uengsdorfl (1860) et de Weizsaecker (1875). Ajoutons la version de Piscator à l'usaj^^e des Ej^Iises réformées (1020), ofiiciellenient revue eu 1684. — Bibles catholiques : Beriager( 1526), Eniser (1527), Dietenherger(1534),Eck (1.537), Ulenberg (1630), Erhard (1722), Cartier (1751), Hosalino (1781), Seïbt (1781), Weitenauer (1777-1781), Braun (1788-1805), version revue par Feder (1803) et par Allioli (1830-1832); Dereseret Schoh (1797-1833), Van Ess (1823) et Jieckfl847). Les principales traductions du Nouveau Testament font les suivantes : Fischer (1784); Mulschelle (1789), Wegel (1789), Krach (1790), Brentano (1790). Trier (1794); Schnapping (1787-1799), Schwarzel (1802-1805), Babors (1805), Van Ess (1807),Wittmann, d'après le manuscrit du Vatican (1809), Sailer (1822), Kistemaker (1825) et Mùller (18-45). — 2. Versions anglaises. Après la Bilde de Widcf (1321-1381) d(tnt on fit de nombreuses copies manuscrites, parut le Nouveau Teslaiiient de Tyndal (Witteiiberg, 1.526), puis son Ancien TesUment, achevé par Govcrdale (1535). Deux ans plus tard lut publiée la Bible dite de Matthieu, vraisemblablement par Roger, ami de Tyndal. Goverdale donna, en 1538, une revision du Nouveau Testament, et en 1339,1a c Grande Bible » dite^aussi Bible de Grammer, parce que celui-ci ^ publia (1540) une édition améliorée qui devint officielle sous Edouard VI et prit dès lors le titre de « version autorisée. » Des protestants exilés par la rtune Marie publièrent à (îenéve, en 1537, une traduction du Nouveau Testament, et, en 1560, une Bible complète qui eut uu grand succès dans les laiiiillt s anglaises, nudgré sa cotdeur calviniste. Kevisf'f en 15(i8 par un comité dans lequel se trouvaient phi-ieiirs évéques, la v< rsi(tn autorisée fut appelée aussi « Bible de 1 evéque. •> Klh» a été revue de nouveau en Kill, puis en 1769 par Biayney. Lîi Société des Traités eu a publié une nouvelle révision eu 1877, et une commission chargée, en 1870, de la revoir encore, a fait paraître le Nouveau Tsstament en 1881. — Des catholiques anglais fugitifs ont publié à Beims une version du Nouveau Testament en 1578, et la Bible entière à I)«)uai en 1610. — Voyez Richard Simon, Hist. crit, des veniont du Aoweau T' sfament, Hist. ci it. de l'Ancien Testament ;hiïlimsilc, Hist, des versions franfoises de la Bible; Lelong, Bibliotheea taera; La Ghé-

VËitôiONS MODëRNëS DË la BIBLE —

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