VERTU
tardie. Le N, T. du Père Quesnel dénoncé à VAcad, franç., 4743, petit i&-8^; Herzog, Jteal-Eneyclopœdie, Leipzig, 4879, III et IV ; Mezger,
Gvschichte dr deutschrn B'beltlbersetzungen in der scfiirn'zfrisck-re' formirfni Kirrfic, liisi l, 1870. in-8«; Alb. Ostertaî.^ Dit' Biln l und ihre Gcsrhir/if>\ H isol, 1803, prtit in-8°; L. N. H., La liUdc et sou histoire, Toulouse, 1801. Pétavrl. /a /Jihlc en France, Paris, 1864,
Hist. de laffueftiion /iih/if/ue en 1802; id., eu 18(>3, dans In Disciple de J.-Chr., 1804; Uuriiier, La version du Nouveau Testament de Lausanne, Lausanni', 1866, in-8» ; Yiollier, Hi$t. de la version de Genève, 4873, Grenève, 4878, in-^; G. Â. Krùger, Remarqtui sur ia version de Segonit Paris, in-8«; Remiede théoi de Strasb., 3* série, III, lY et Y ; nos AUêratiims cathol. et prot. du Nouveau Testament, trad. en fr., dans le tome VI; Bu/Iet. de la Soc. de Chist. du prot., 2« série, X. 3i8, XVI, 393-397. 402. el nnlre Calaloffue raisonné de la biblioth. de la Soc. bihliq. prot., Paris. 1802, in-8". 0. Doi'KN.
VERTU. Nous appelons vertu [virtus] notre aptitude personnelle à faire le bien, à accomplir la loi morale. Cette aptitude, cette capacité, si ToO veut, le chrétien la considère comme un don de Dieu et un effet de bb grâce. Si elle ne peut être conçue que dans un rapport intime et continu avec cette force d*en haut, elle n*eri exi<;e pas moins, de notre part, un effort énerfriquo et ud exercice persévérant (1 Tim. IV, 6; cf. I, 48).— h'essencc de la vertu clin-tienne est la fidélité ou l'obéissance à la volonté de Dieu. Dans le Nouveau Testament, le même terme de zirr.; désigne la toi et la fidélité (1 Cr. IV, 2; Maltli. XXV, 1 1 ss.; Apof. II. 10, etc.. etc.). La vertu chrétienne, considérée comme lidélilé, ne se trouve et ne subsiste que là où se rencontre aussi le natale correspon^ dant, qui est la reconnaissance ou Tamour de Dieu répondant à celai dont il nous a aimés le premier. Quant à la norme objective de la verta chrétienne, nous la trouvons dans Texempleet dans la parole de Jésus- Christ. Dans la contemplation «le ce divin modèle, la loi morale ue conserve pour le chrétien sou caractère Irr/al ou extérieur <pie pour autant que sa vie n'est pas en iianiiome ou se trouve en opposition avec la vie du Christ. Autrement, la loi s'est telleiiionl identiliée avec notre volonté, qu'elle ne semble pas seulement Taire partie de notre nature, mais quelle est devenue cette nature elle-même. Trafisforroês parfoitement à l'image du Christ, nous sommes uns avec lui; il vit en nous et nous en ni (Kom. VIII, 29 ; Gai. IV, 19; 1 Jean II, 6; 4 Pierre D, 21; Jean Xliï, 15). — Les moralistes catlioli(|ues distinguent trois sortes de vertus : l^s intcllerluellcs, l»'s morab's et 1rs tiiéoloi^ales. Les premières sont cellt s '|ui perfectionnent io jugnuient pour la connaissance du vrai, soit ppéciil iiiC, soit pratique. On en compte ciucj de cette sorte : l'iatelligenee, la sagesse, la science, la pru«leuce et l art. Les secondes, appelée!^ austsi cardinales, perfectionnent la volonté pour lui faire faire le bien houiiéte en tout genre et en toute matière. On en compte quatre principales: la prudence, la force, la tempérance et la justice. Les vertus théologalu.4 enfin sontcclle-i »iui ont Dieu pour objet immédiat, en tant qu'il est connu pir la révélati«>n. 11 y en a trois : la foi, l'espérance et la charité. Ces mêmes théologiens distinguent entre les vertus acquisesi
V£RTU — Y£SPÂâiËN
qui sont celles qui s'acquièrent par lev seules forces de la nature, et qui disposent aux actions conformes à la droite raison, et les vertus infoses qoisont celles que Dieu produit en nous sans nous, et qui disposent aux actions surnaturelles et divines (saintThomas, Swnma,l, 21 quœst., 35 ss.), — Les moralistes protestants repoussent ces distinctions comme absolument fausses et dangerpuses, d'aburd parce que la vertu embrasse toutes nos facultés et résulte «le leur commun exercice; ensuite parce qiie toute force, comme tout ilun et toute lumière, nous vient de Dieu, et que, dans la pratique, il est impossible de distinguer entre naturel ou furnaturel, rationnel ou révélé, ac(juis ou reçu. Ces mêmes moralistes repoussent la distinction entre les vertus philosophiques et les vertus chrétiennes, eu tant qu'impliquant une dualité ou une antinomie. Il peut y avoir des divergences de vues sur l'essence, le mobile et la norme de la vertu entre tel système philosophique particulier et la morale chrétienne, de même que les hommes peuvent différer, suivant les temps et Iles lieux, sur les caractères et les applications particulières de la vertu. Il n'en demeure pas moins établi qu'entre la philosophie en soi et l'enseignement de TËvangile il ne saurait y avoir de contradiction, parla simple raison que Tune et l'autre n'ont d'autre idée de la vertu que celle qui leur est fournie par l'analyse et la eonnaisïîance de la nature humaine elle-même. Ajoutons que les moralistes protestants n'attachent aucune importance à la classification des vertus, soit par rapport à leur ohjet, soit en ce qui concerne le moliile qui les inspire; ils sont plus sensibles à Tinconvénient de paraître détacher du tronc commun les branches et les rameaux qu'il pousse dans des directions diverses. En en admirant le feuillage touffu et délicat, en en goûtant les fruits savou* feux, ils en rapportent tout l'honneur à la sève qui les nourrit. A. trop détailler et à trop classer les vertus, on risque en effet de détourner l'attention de la source d'où elles découlent et d*ea amoindrir le prix.
F. LlCnnCNBBRGEB.
VESPASIEN {Titus Flavius Vespasianus^, empereur romain, régna de 69 à 79. Il était né en l'an 7 après Jésus-Christ, avait été préteur sous Cali^ula et tribmi des soldats sous Néron. Il était proconsul eu Afrique lorsque il fut envoyé contre les Juifs révoltés. Enivrés par leurs premiers succès, ceux-ci avaient partout organisé une fornmlable résistance. Vespasien les attaqua par le nord et prit d'abord la Galilée, que Flavius Josèphe, le factieux historien, était chargé de défendre (voir pour l'histoire de la guerre en Galilée le mot Jasèpàe). Josèphe fut Mi prisonnier, prédit à 'Vespasien qu'il serait un jour empereur et devint bientôt son frvori. Gelui-d cependant, après ses premières victoires, s'était retiré à Gésaiée. où il vivait dans l'oisiveté. Au printemps de l'an G9, il recommença les hostilités et prit la Palestine entière, sauf Jérusalem et la forteresse de Masada, Hérodia et Machero. Néron était mort. Ses trois SOece-seurs, Galba, Othon, Viti^llius. ne tirent que passer. L'empire était ploiiL'é dans une effroyable anarchie. Ct'tte année 08 à 09 fut une des plus Muubres de son histoire. C'est l'époipie de la coiu[)o>itiou de l'Apocalypse (voyez ce mot). On ne savait à qui confier les pouvoirs lorsque les légions de Syrie, jalouses de nommer, elles aussi, leur empe-
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reur, songèrent au général Yespasien. Il était déjà âgé, d*ime intelligence ordinaire, mais sérieux, honnête et sans ambition personnelle. Tout porte à croiro i\\n) son fils Titus, alors âgé de vingt-buit ans, fut un de ceux qui s'employèrent le plus activement à sa nomination. Il s'assurait ainsi l'enipirp pour lui-mônie. Vespasien se laissa faire. L'Orient tout fiilicr applaudit et les Juils modérés, eux-mêmes, comme Jo?{"phe, approuvaient ce ehoix. Josf>phe poussa même la ilatterie jusqu'à taire jouer à Vt spasieu uue sorte de rôle niessiauiijue. Celui-ei était a AU'\andrie quand il fut proi lauié et qu'il prêta seruieut ( 1" juillet . Il laissa sou fils contiuuer la guerre. Titus lit le siège de Jérusakuu et prit lu ^Ue un an plus tard (août 70). Elle fut rasée; la charrue passa sur ses ruines et le peuple fut emmené en captivité. Cependant Vespasien était revenu à Rome par TEgypte. Il avait été combattre les derniers partisans de Vitellius et pacifier l'empire. Son règne fut paisible ; il rétablit Tordre dans les ilnances et s'appliqua à effacer les odieux souvenirs do règne de Néron. Yespasiea ne s'occupa point des chrétieus. Peu nom' lireux encore et presque toujours confondus avec les Juifs, leur existence n'était uullement illégale. Quand Vespasien sentit la mort venir, il dit: «Je seusqueje deviens dieu, » faisant allusion à l'apothéose qui ratt»"*!!dail; juiis il s*' lit habiller, se leva, et <lit : « Un empereur doit mourir deliMut.» Il expira entre les liras de ses domestiques. Vespasien fut le premier empereur de la famille llavieime. Le Talmud, dans les détails épurs qu'il renferme sur les Juifs de Jérusalem, le confond souvent avec Titus. — Sources : Tacite, Histoireêt livres II, III, lY, Y ; Josèphe, Bt belh judittcOf livres II, YII; id., Autobiographie ^ passim; Suétone, Vespasien; Dion Gassius, etc. Edm. Stapfer.
VESSON (Jean), l'un des feuatiques contre lesquels Antoine Court eut à lutter, était un tonnelier né à Gros, près de Saint-Hippolyte (Gard), vers 1678. Après le suplice de Brousson (1698), non seulement ancoD pasteur n'osa plus rentrer en France, mais ceux qui y étaient revenus furent réduits à rei>asser la frontière. Il ne resta [dus que des prédicanis, prophètes ou pnqjhélesses, qui appelèrent liientùlaux armes les Cévenols. La }j^uerre eaniisarde linie, «pielqu(\s-uns de ces [)rédicanls continuèrent à tenir des assemblées. De ce non»brc était Vessou, qu'Antoine Court rencontra à Nîmes, au moment où il parcourait le Languedoc eu 1713 avec Pierre Gliabrier, dit BruneL Au synode convoqué par Court, en 17S5, avant la mort de Louis XIV, six d'entre eux étaient présents : Court, Bouvière, dit Crolte, Jean Ibâe^ dit Maiel ou Maselet, qui avair prophétisé sous Rolland, Jean Yesson, et les futurs martyrs Etienne Aniaiid et Pierre Durand. Ni Brunei, ni Montbonnoux, ex-brigadier de la troupe de Cavalier, ni Corteiz, alors en Suisse, n'y assistèrent. — Brunei, liaiel et Vesson , vieux eamisards aux libres allures, se plièrent diCficilement à l'ordre et à la discipline (jue Court entreprenait de rétablir. .Vussi. après avoir pris ])art h la rédaction d'un rè.i:leinent ecclésiastique. Mazol et Yesson s'empressèrent-ils de le viider. Vesstui nnitinna de baptisir.de di>uibuer la cène, sans être cnnsaeré, de prêcher à sa gui^e sans vouloir que ses sermons fussent e.vaïuinés, de laisser surpremlre ses assemblées, faute des précautions les plusélémentaires» et finit par ne plus vouloir
VËSSON
«fltendre parler ni d anciens ni de synodes. L'arrestation de soixautedome penonnes saisies dans une assemblée qu*il tenait près d*Andiue, au mois de janvier 1717, lui valut un nouveau blâme sévère et inutile. Sofin, après une troisième admonition, il fat déposé comme sehismatique, en léfrier 1718, sauf à être rétabli s'il reconnaissait sa faute devant le colloque. Le mois suivant, Vesson fit sa soumission entre les mains de 0>rtt i?:. Roiaviôre et Court, dans la grotte du chiiteau de Fraisac. Mais riiabitude reprit bientôt ie dessus. Vainement une lettre de Court le rapp<^l,i au devoir en i7l9. On hésitait à l'interdire; car la discipline rencontrait une vive opposition, et les relielles «groupés autour de Vesson pt (le Mazel formaient un parti nombreux qui menaçait de l'aire schisme k't de ruiner l'Eglise renaissante. Il fallut pourtant s'y résoudre, (juand on vit que Vesson insultait les anciens et ne cessait de calonmier Court et ses eoUaborateurs. Gorteiilui annonça, le 13 décembre 1720, sa destitutioD. Durfbrt, Congéniès et toute la Vannage se prononcèrent pour le prédicant révolté.-— Après les dragonnades et la guerre des Gévennes, llgnorance était à son comble dans une contrée tant de fois mise à feu et à sang ; si Brousson lui-même avait considéré les attaques de nerfs des extatiques et leurs divagations comme des merveilles admirables et des prodiges divins, il est facile de s'imaginer ce qu'en pensait le vulgaire. Le? inspirations tenaient lieu de tout, étaient consultées sur tout ; on se demandait : A quoi bon la Bible, c'est-à-dire un livre mort, tandis que l'esprit nous parle directement ? Les imaginatit)ns les [)lus folles hantaient les cerveaux, et le prolest.mtisme pouvait périr eu passant à l'état d'hallucination et de maladie mentale. Court vit le danger, et devint « le tléâu des inspirés » auxquels il avait d'abord cru comme tout le monde. Il n'hésita pas à foire censurer le pieux gentilhomme Duplan, qui encourageait et autorisait les visions et les songes de « ces femmelettes » ; il répandit en abondance le livre de Merlot contre les fanaiiquei et une Lettre sur ceux gui $e croient inspirés, écrite par Pictet. Vesson prétendit i^ue celui-ci approuvait sa conduite et se trouva presque abandonné lorsque cette invention eut été démentie. Harcelé par le parti de l'nnlre, et poursuivi par les huissiers en raison dos dettes qu'il avait contractées pour élever sa nombreuse famille, le malheureux disparut tout à coup au mois de juin pour ne reparaître ijue le (i marssui-
Viini. dans le plus étrange eortèirc de prisonniers qui se puisse ima^nner. Il s'était réfugié à Montpellier, auprt'S de M'^° Verchand, loudalrico de la éecte insensée des multipliants, dont il était devenu le pasteur en titre sous le nom mystique de Solmifa, qui ne le préserva point d'être arrêté avec plusieun de ses ouailles. Durant le procès, il offrit, dit-on, à l'intendant Bemage de lui livrer Court et les autres prédicants en échange de la liberté, de cinq cents écus et de la restitution de ses biens. L'intendant refusa et le condanma à mort le 22 avril 1723. Le 5 mai, llaiel était pendu à son tour. Leur supplice porta le dernier coup aiw inspirés. — Voir Hugues, Auf. Court ; /iullet. dp l'hisi. du prol., III. 12; XIII, iriO ; L'i Frnnce prol. ; Les premiers pa sieurs du Désert, et Germain, Nouvelles recherches sur la secte des multipliants, Montpellier, 1857. O. Duijën.
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VEUVES (chez les Héluoux). Pour consonor les biens dans la nu^me famille et perpétuer le iKini des défunts en Israël, la loi con^acra l'iisaire de faire épouser une femme dont le mari était mort sans enfants }iar le frère de celui-ci^ et, à son défaut, par son plus proche parent (Deutér. XXV> 7), ce qui était défendu en tout autre cas, au moins pour le beau-frère (lAvii. XVIII, 16). La loi défend surtout au grand prêtre d'épouser une femme veuve ou répudiée (Lévit.XXI, 14). UAnden Testament M;\mo sévhremont la dureté envers les Veuves (Job XXII, 19;Es.X, 1; Jér. VII. 6; Kz. XXII, 7, etc.). Il recommande d'avoir grand soin de les soulager (Kx. XXIÏ. ±2 ss.; Dent. X. 18; XIV, iM); XXIV. M], de les inviter au repas des dîmes et des sacrilices iDeut. XIV, :29 ; XVI, 11), de leur attribuer une part des glanures (Dent. XXIV, 19), de ne leur prendre comme gage ni habit ni ustensile de ménage (De ut. XXIV, 17 ; Job XXW, 2). Le respect des veuves se continua dans l'Eglise chrétienne (1 Tim. V, 3 ss.). Il y avait même dans TEglise primitive des veuves qui exerçaient certains emplois sous les ordres de févéque, tant par rapport à la visite des femmes malades que dans radministration du baptême (1 Tim. Y, 9). Lji viduité, de même que la stérilité, était une espèce d'opprobre chez les llébnMix (Es. LIV, 1 ss.). Pourtant on louait une veuve qui, par attachement pour son mari défunt, demeurait dans la viduité. On en voit un exemple dans Judith. C'était un déshonneur pour uu homme de n'être pas pleuré parsa veuve, c*est-à-dire de ne pas recevoir les honneurs delà sépulture, dont les pleurs et les louanges de la veuve faisaient la principale partie (Job XXVII, 15). Les veuves des rois demeuraient dans la viduité. Adonias fut puni de mort pour avoir demandé en mariage Abisag de Sunam, qui avait été épouse de David (1 Rois II, 17 ss.). — Voy. Fronmiiller. De vidun heftr;ea. Vit., 1714.
VÉZENOBRE ou plutôt VERNESOBRE (Antoine Court écrit parfois Vei-seno/tre) est le nom de guerre que porta pendant soixante ans le pasteur des Eglises sous la croix, Jean Pradel, l'ami et l'émule de Paul Uabaut. C'est, au même titre que ce dernier, une des plus grandes figures du Désert. Fils d* André et de Marthe Malbois, il naquit à Bédarieux, le 26 janvier 1718, dix-sept jours après Rabaut. Il avait seise ans environ, quand un pasteur, Bétrine sans doute, passant à Bédarieux, remarqua d'heureuses dispositions pour le ministère chez les deux jeunes gens, les emmena avec lui et en fit ses élèves [Annuaire de Habaut le jeune, 1807, p. 88; P<ij)icrs Court à la Bible pub. de Genève, 17, t. U. p. 18.5). Rirnlôt commencèrent poureu.\ une longue série de persécutions. Assaillis, en 1736, à Congénies, la veille d'une assemblée religieuse, par la garnison de Galvisson, ils n'échappèrent aux mains des soldats qu'en se sauvant dans une garrigue pierreuse, la Gombe-de-Biau, où ils passèrent leur première nuit de terreur. Deux ans plus tard, au synode du Bas-Languedoc de 1738, ils sont reçus à la charge de prédicateurs. Le 27 avril 17."11). Vernesobre épousa Elisabeth Pongy fmariagc béni par Claris). 11 «lut bientôt se séparer de sa famille, pour aller conipltHcr se> éludes à Lausanne {Syn, prov. du Bas-Lanpiedoc <le 1741. dont il était le secrétaire). Dès l'année suivante, on le retrouve eii France. II est chargé, conjointement avec Rabaut et Clément de Lussan
VÉZENOBRE
(dont le vrai nonj était Simon Gibert), défaire une tournt'-e'par an dans les Cévcnnes. Il entreprit alors, à peu près seul, la restauration des principales Eglises de ces contrées, car Habaut préférait Xinies, où se trouvait la famiUe de sa femme, Madeleine Gaidan. Le premier, depuis k révocation de Tédit de Nantes, il tint de nombreuses assemblées en plein jour, dans les environs d'Usés. Sa tâche était immense. En mars 4744, il écrivait à Court : « Vous pouvez vous-même juger du nombre prodigieux d'affaires ecclésiastiques dont j'ai été accablé, en portant vos regards sur IV'tendue du quartier où j'exerce mon ministère. Il comprend Nîmes, la Galmette, Vzbs, Montaren, Moussac, le uiandt iiioiit d'Aygalliers, Lussan. Bo?quet, Saint-Ambroix, Saiut-.lean, iiarjac, Valon et Lagorcc, en observant que je vais quelquefois plus loin pour satisfaire des amis et des fidèles Irte lélés et très attachés à la religion... n n*e8t pas de jour dans la semaine où je ne sois appelé à bénir des mariages et à baptiser des enfonts. Certains dimanches je baptise cinq, six et jusqu'à sept enfants, et je bénis quatre à cinq mariages » (L. A. C. t. XV, p. 175; lettre reçue à Tiau?annc le l*""" avril 17i4). Il parcourait ainsi différents endroits dont un seul, comme il le disait, « occuperoit actuellement quatre ministres des plus vigilants. » Il resta en dt'iiurs du Synode national tenu à Lédignan au mois d'août 1744. et n'y parut que pour accepter, au nom de plusieurs de ses collègues, le jugement arbitral rendu dans Tafiaire Boyer, auquel il semble favorable {voy. la lettre de Pradel à Court, du 16 janv. 1744, dans laquelle il se plaint que celui-ci avait écrit avec si peu de charité contre le pasteur accusé : L. A. C. t. XV, p. fô). il avait acquis une influence considé* rable parmi les populations qui le voyaient à l'œuvre; et le même Boyer pouvait «'crire à Floriaii, le (» février 17 47 : «... J'ai eu plusieurs conférences avec les quatre ministres (jui ont le plus de crédit dans la province; leur zèle, leur attachement à la personne sacrée du Roy et de son Etat ne le cède en rien au vôtre, et je ne dois pas passer que celui du sieur Pradel, ministre de FEglise de Nîmes, d*Usès, est des plus éteodua » (Archives de Montpellier). L'intendant Le Nain le chargea alors de s'assurer des intentions des protestants envers les émissaires anglais qui tâchaient de soulever le midi de la France (voyez la réponse de Pradel à l'intendant, dans le fittHotin de r/lisfoire du protestanthme français, t. IX, p. 81). Cette inlluence de Pradel ne fut pas, sans doute, étrangère au différend survenu vers ce temps entre Habaut et lui. Lesdeu.x amis s'étaient partagé Nimes jusque-là; mais la diflicullé des relations augmentant, ils eurent une explication après laquelle Pradel répéta à Habaut les paroles d* Abraham à Loth : « Je te prie, qu'il n'y ait plos de dispute entre toi et moi. Séparons-nous. Si tu choisis la gauche. Je prendrai la droite; si tu prends la droite, je m'en irai à gauche. » Nous avons en main des documents qui nous donnent sur ce pénible conflit personnel l impression de quebiues amis communs, et cette impression est en faveur de Pradel ; nous ne nous sentons pas libre de garder pour nous ces documents ; on y verra que les plus grands hommes et les plus dignes de respect ont aussi leurs petits côtés et leors travers. Le pasteur Pictet, de Genève, écrivait à Court, le 4 juil-
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let 1747 : « M. Paul a un'peu moins de douceur que nous ne l'avions cru et il me laisse voir qu'il ne serait pas likh»'* (Fètre le seul consulté et écouté. » lit dans une autre lettre du 20 septembre 17-47, sur le même sujet : (t La jalijusie, l'envie sont de mauvaises conseillèros, M. Paul, avec cet extérieur doucoroux, en ost pénétré, et c'est la source de tous ses soupçons injurieux contre un très brave homme qui miillicureusement a plus d(; talent que lui et est plus goûté. » Et plus loin : « Votre petit Rabot [sic) est un brouiUon. » Court lui-même, le chaud protecteur de Rabaut, fait à Pradel, au départ de Lausanne de celui-ci, la recommandation suivante : «... Cher ami, lorsque vous serez arrivé an pays, travailles à guérir la prétention, Torgueil. les airs de petit maître que j'ai remarqués dans M. Paul, etquipourroient devenir funestes i loi et à d'autres. » — Rabaut, mis en demeure de choisir son quartier, préféra rester î\ Nimes , et Pradel se rendit à Uzès, où il remplit les fonctions de pasteur, pendant j)lus de viujrt ans, avec le même zèle et le même bonheur, sinon le même éclat (jue son ami. iNous ne pouvons ici raconter toutes les péripéties par les(|uellps eut à passer Pradel pendant ces longs jours de persécutions. Un des épisodes les plus émouvants de sa vie vient d'être reproduit par M. le pasteur Bonnefon, d'Alais, dans ton Benjamin Du Plan (p. 286 etsuiv.), diaprés une lettre deRedonoel, pasteur de Montpellier. 'Voyez aussi le Bulletin^ t. XXX, p. 433 et suiv. L'assemblée que Pradel présidait, le 32 novembre 17S0, aux environs d'Uzès, fut surprise par les soldats; deux cents personnes furent emmenées prisonnières, et le ministre ne parvint à s'échapper que grâce aa dévouement de quelques fidèles qui se jetërentau-devnnt des soldats pour lui laisser le temps de fuir; pour cette fois, ce furent les brebis qui donnèrent, sinon leur vie. au moins leur liberté et lenrs biens pour leur pasteur. Pradel avait une audaee vraiment surprenante. En juillet 1752, apprenant (jue le curé de (îaHar^nies rebaptisait les enfants protestants, «... il eut la hardiesse de venir le trouver dans sa maison, où. après s'être annoncé pour qui il était, il lui reprocha les impiétés sacrilèges que lui et ses confrères commettaient... et le menaça, s'ils eontînuaie&t, du ressentiment des religionnaires que eux, ministres, retenaient tant qu'ils pouvaient ; mais ils sentaient bien qu'à la fin ils n'en seraient pins maîtres et qu'ils ne répondaient plus de ce qui pourrait arriver. Gepeadant, il l'assura qu'ils ne cessaient de prêcher la soumission et la paix... Après trois heures de conférence, le dit Vernesobre se retira...» (Lettre du subdéléj^ué d'Uzès à M. de Saint-Priest ; et lettre de Saint-Priest :ui ministre Saint-Florentin, Arr/u'vcs f/énéraft/s, t. XVV\. — Cette nitiiie année, Pradel. connaissant tont particulièrement la faiblesse du pasteur Molines, dit Flécliier, alors prisonnier à iVbtntpellier, emprunte bs vêtements d un ollicier de ses amis et s'introduit dans les cachots de lu citadelle à la faveur de ce déguisement. Il s'entretient longuement avec Molines, et ne s'en retourne que lorsqu'il croit avoir affermi le ouuiage de son collègue. Après de pareils actes, connus bientôt de tous, le ministre d'Etat et l'intendant s'étonnaient qu'on ne pût arriver à captunr un pasteur si téméraire. On éleva la mise à prix de sa tète jusqu'à U somme fabuleuse de trente mille livres. Ne pouvant le saisir bien qu'il
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fût traqué constainniont couiine uua bête lauve, oa songea un instant à le faire retirer à l'étranger. Frédéric le Grand lui offrait un asile en Prusse et la place de chapelkin à sa cour. Mais Pradel refusa toutes ces offres séduisantos et continua bravement à tenir tête à l'orage. Il n*y put jamais chez lui ces moments de d^^couragemenl que l'on rencontre quciquofois chez Habaut, en particulier dans une lettre de celui-ci du 2 mars 1756, où il parait reniler devant son devoir. Pradel n'p^la toujours le mut de Luther, partant jMuir Wnrms : « J'irai; après tout, Seigueur. c'est ton alTaire que je plaide. » Et il eut, «lans cette circonstance, le privilège de relever son ami qui lui donnait» dans une autre lettre du 12 mars, la c raison qu*il avait de se tenir caché. » Les deux émules se complètent mutuellement. A partir de 1757 jusqu'en 1775, in»nrialdement. Rabaut est modérateur des synodes, ayant Pradel pour adjoint. En 1776. Pradel, modérateur, a pour adjoint Ral)aut, et il occupe ré}iiilièrement cette place jusqu'en ilW.i. Aprf's avoir exercé son iiiinisli're à L'zès et aux environs jusiju'en 1766, Pradel fut appoli' à Marsillargues, où il était pucore en 171)i. 11 mourut, l'annéi' suivante, 4 Toulouse. Il eut deux lils, dont le plus jeune, Ferdinand, fut nonmié pasteur à Meaux au mois de juin 1H06. L'atné, Jean-Frédéric, naquit à Marsillargues le 2 juillet 1769. H ezer<^ le ministère à Mauvezin d'abord, 1781); il rétablit ïk culte réformé à Montauban et à Toulouse après la Kévolution, et mourut professeur et doyen de la Faculté de théologie protestante d«î Montauban, le 12 décembre Il laissait un fils,
Jean-Louis-Etienne-Frédéric. pasteur à Puylaurens de 1827 à sa ujort, ISriT. Le lils de ce dernier, Cliaries Pradel, suit noblement les traditions de sa famille ; il est bien connu des amis de notre bistoire protestante; il a réimprimé I^s Antiquitez de Castres de maistre Pierre Boiel (Paris, Académie des bibliophiles, itos, in-18 jésus, 288 p.] ; il a publié le Journal de Faurin sur les guerres de Castres, première édition conforme au manuscrit original (Montpellier, 1878, in- l",268 p.); Mémoires de Jacques- Gâches sur les guerres de religion à Castres et danx lo Languedoc , publiés pour la première fois, d'après les meilleurs manuscrits, avec notes et variantes Paris, Fischbachcr, 1871), gr. in-8'\ 5,'i8 p. ' ; Lftlres de Coras^ celles df sfi femme, de sou fis ef de sfs amis [Mbï, Nouguiès, 1880, in- 4", 61 p.). — Voyez Charles Coquerel, Bisloire des Eglises du Désert, I, 479 ; II, 14, 24; Bulletm, t. lY, 249; VU, 463, Vin, 573 ; IX, 81, 241 ; XI, 93; XII, 547; A. Borrd, ffistoire de V Eglise réformée de Nîmes, 396; Ed. Hugues, Bistoire de Ut Restauration du Protestantisme, t. Il, p. 131); Dihl. du protestantisme français, collection Coquerel fils, vol. XXVIII, p. 85 et suiv.
Charles Uahou-r.
VIALA Michel^, restaurateur du proleslanli>nic dans le haut Laii;^iii'(l()c, Qaquil vers 1710 au Pont-de-Montvert, en Cévennes. Malgré u son heureuse mémoire, sa conception admirable et sa très grande facilité d'éloctttion, » sa naissance illégitime faillit, dit Court, lui fermer Taccès au nûnistèie. En 1729, il accompagnait le pasteur Roux dans ses courses, et fut agrégé, trois ans plus tard, au corps des proposants. Un synode, tenu le 96 février 1733, le mit sous la direction du pasteur Bétrine, qu*il